dimanche 25 mai 2003

[Aletheia n°43] La Messe historique du 24 mai - Vers un accord avec la FSSPX ? - Un essai de l’abbé Barthe sur la liturgie

Yves Chiron - Aletheia n°43 - 25 mai 2003
La Messe historique du 24 mai
La messe selon le rite traditionnel célébrée hier, 24 mai, à la Basilique Sainte-Marie-Majeure par le cardinal Castrillon Hoyos, revêt une grande importance à différents points de vues. Je publie ci-dessous le compte-rendu (traduit de l’italien par mes soins) qu’a bien voulu m’envoyer Stefano Gizzi, précieux ami et bon historien :
Les suggestifs chants en grégorien, l’entrée solennelle du cardinal Dario Castrillon Hoyos, vêtu de fastueux ornements pontificaux, les amples volutes d’encens et la piété sincère des fidèles présents ont fait immédiatement comprendre la valeur et l’importance de la célébration à Sainte Marie-Majeure, qu’à bon droit on peut dire “ historique ”.
Cinq cardinaux ont assisté au sacré rite : Alfons Maria Stickler, Archiviste et Bibliothécaire émérite de la Sainte Eglise Romaine ; Jorge Medina Estevez, Préfet émérite de la Congrégation pour le Culte divin ; William Wakefield Baum, Pénitencier majeur émérite ; Bernard Law, archevêque émérite de Boston ; Armand Gaétan Razafindratandra, archevêque d’Antananarivo (Madagascar). Étaient présents aussi trois évêques : Mgr Luigi De Magistris, Pro-Pénitencier Majeur ; Mgr Julian Herranz ; Mgr Romer. Deux Pères abbés : TRP Dom Gérard Calvet, de l’Abbaye Sainte-Madeleine (Le Barroux) et Mgr Wladimir-Marie de Saint-Jean, abbé des Chanoines réguliers de la Mère de Dieu.
Parmi les nombreuses autorités civiles : Mario Borghezio, de la Ligue du Nord ; Federico Bricolo, vice-président du groupe parlementaire de la Ligue du Nord au Parlement ; Gennaro Malgeri, député de l’Allianza Nazionale ; le Prince Sforza Ruspoli ; la Princesse Elvina Pallavicini ; le marquis Luigi Coda Nunziante ; le professeur Roberto De Mattei, professeur d’histoire moderne à l’Université de Cassino et conseiller de Gianfranco Fini, vice-Président du Conseil.
Dans le chœur étaient présents de très nombreux prêtres et séminaristes de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, de l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre et trois prêtres de l’Union sacerdotale Saint-Jean-Marie-Vianney de Campos.
Une représentation nombreuse de l’Ordre de la Milice du Temple (dirigée par son Grand Maître, le comte della Magione), avec l’habit caractéristique et le manteau blanc avec la croix rouge sur l’épaule et sur la poitrine, a attiré l’attention du public.
Fut remarquée l’absence de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X, tandis qu’étaient présents des fidèles des prieurés italiens et les Disciples du Cénacle de Velletri (fondées par don Francesco Putti), communauté très proche de la FSSPX.
La célébration a commencé, de manière un peu surprenante, par la lecture d’un message officiel du Saint-Père Jean-Paul II, signé par le Secrétaire d’Etat, le cardinal Angelo Sodano, par lequel le Souverain Pontife s’est “ uni spirituellement ” à la Sainte Messe célébrée avec le Missel Romain de 1962 dans la Basilique et “ au pieux hommage à la très Sainte Vierge Marie lui demandant d’intercéder auprès de Son Divin Fils, afin que tous les chrétiens soient levain de sainteté et de renouveau spirituel dans le monde d’aujourd’hui. ”
Le cardinal Castrillon Hoyos a célébré avec une grande solennité et dévotion, prenant un soin particulier, jusque dans les détails, au respect des prescriptions des rubriques du Missel Romain et créant un climat de recueillement spirituel vraiment remarquable et sincère.
Les différents groupes présents à la célébration (beaucoup provenaient de France) ont suivi les différentes phases de la cérémonie avec une particulière bonne tenue et conscience, à commencer par le Saint Rosaire, récité à genoux par beaucoup de fidèles.
Durant la Sainte Messe, l’attention et une ferveur sincère ont accompagné l’écoute de la Parole de Dieu, la grande prière du Canon Romain et la Sainte Communion.
L’homélie, très attendue, du cardinal Castrillon Hoyos s’est révélée d’un grand intérêt.
Divisée en trois parties, dans la première il a rappelé la doctrine traditionnelle sur la Très Sainte Vierge Marie Mère de Dieu, commentant les enseignements du concile Vatican II sur la Madonne, à la lumière de la tradition constante de l’Eglise.
Dans la seconde partie, il a traité amplement du thème de la nécessité, pour les catholiques, de s’unir pleinement au Magistère du successeur de Pierre, avec des citations tirées du saint pape Léon et de saint Jérôme.
Dans l’intense partie conclusive, le cardinal Castrillon Hoyos a traité spécifiquement du rite de saint Pie V, précisant en toutes lettres que ce vénérable rite “ ne peut être considéré comme éteint ” et que “ l’antique Rite Romain conserve son droit de cité dans l’Eglise ”, dans la diversité des rites catholiques, soit latins soit orientaux.
Le célébrant a ensuite justifié pleinement l’utilisation du Missel Romain de saint Pie V avec une citation du concile Vatican II : “ la sainte Mère l’Eglise considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières ” (Sacrosanctum Concilium, 4).
Le cardinal Castrillon Hoyos, au nom des présents, a exprimé de vifs sentiments de gratitude au Saint Père, pour l’ “ exquise et paternelle compréhension qu’il montre à l’égard de ceux qui désirent maintenir vivante dans l’Eglise la richesse représentée par cette vénérable forme liturgique ”. Il a rappelé aussi que le rite de saint Pie V a nourri la foi personnelle de Jean-Paul II, dans son enfance, dans son ordination sacerdotale, lors de sa Première messe, dans sa consécration épiscopale, et jusqu’à la fin des années soixante.
En conclusion de son homélie, avec des paroles très diplomatiques, le cardinal a rappelé aussi les difficultés rencontrées par les fidèles traditionalistes dans beaucoup de diocèses et a cité les paroles du Pape : “ Soyez immensément reconnaissants au Saint Père pour l’invitation adressée aux évêques du monde entier “d’avoir une compréhension et une attention pastorale renouvelée pour les fidèles attachés à l’ancien rite“. ”
Après la conclusion de cette cérémonie solennelle, au chant du Christus vincit, cinq réflexions me sont venues à l’esprit :
1. Remerciement dévot et filial envers le Saint Père Jean-Paul II, envers le célébrant, les cardinaux et les prélats présents, pour la sensibilité manifestée.
2. Sentiments de filiale reconnaissance pour l’œuvre accomplie, dans les si tristes années soixante-dix, par Mgr Lefebvre, pour la défense de la Sainte Messe et du sacerdoce catholique, et dont de si nombreux fidèles ont reçu les fruits.
3. Si dans les années 1976-77, de la part des autorités romaines, s’étaient manifestées la même compréhension et la même sensibilité que dans cette période récente, Mgr Lefebvre non seulement n’aurait jamais été frappé de la déconcertante suspens a divinis, mais à l’occasion de la Sainte Messe de Lille et des ordinations sacerdotales du 29 juin 1976, il aurait reçu un message de félicitations de la part de la Secrétairerie d’Etat, avec la Bénédiction apostolique !
4. Si dans les années soixante-dix et quatre-vingts, il y avait eu une célébration comme celle de Sainte-Marie-Majeure, Mgr Lefebvre, intrépide défenseur du rite de saint Pie V, y aurait-il assisté ? Je crois certainement que oui !
5. Les importantes affirmations du cardinal Castrillon Hoyos sur la “ non-extinction ” du rite de saint Pie V et sur le plein droit de cité dans l’Eglise du même vénérable rite, n’ont-elles pas besoin maintenant d’une sanction légale, par le moyen d’une notification de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, communiquée à tous les évêques, clarifiant ainsi toutes les vicissitudes et surmontant beaucoup d’hostilité préconçue ?
Avv. Stefano Gizzi
Président de l’Académie des Beaux-Arts de Frosinone
Conseiller communal de Ceccano



Vers un accord avec la FSSPX ?
Le souhait exprimé par Stefano Gizzi dans sa cinquième et dernière “ réflexion ” n’est pas un vœu pieux. D’autres sources apportent des informations qui laissent présager un accord possible entre la FSSPX et le Saint-Siège.
Dans la récente encyclique, Ecclesia de Eucharistia, Jean-Paul II avait annoncé la préparation, en cours, de “ normes liturgiques ”, “ avec des rappels d’ordre également juridique ”. La Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des sacrements, dirigée par le cardinal Arinze, est chargée de la préparation de ces normes. Selon des sources fiables et sérieuses, cet important document, à paraître entre octobre et décembre prochain, contiendra des normes strictes pour en finir avec “ la Messe autofabriquée ” (selon la propre expression du cardinal Arinze) mais aussi une plus large faculté concédée aux prêtres pour célébrer la messe selon le rite traditionnel.
Dans un propos rapporté dans la Croix, le 30 avril dernier, Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, voyait comme “ un geste important de la part de Rome ” la célébration annoncée à Sainte-Marie-Majeure pour le 24 mai. Il souhaitait aussi : “ Rome doit reconnaître que la messe de saint Pie V n’a jamais été abrogée ”. L’homélie du cardinal Castrillon Hoyos est venue répondre à cette demande. Enfin, Mgr Fellay souhaitait que “ Rome libéralise encore plus la célébration du rite tridentin ”. Les normes en préparation par la Congrégation pour le Culte divin contiendront, peut-être, cette autorisation sans préalable.
Si tel était le cas, une des deux conditions préalables posées par la FSSPX pour une réconciliation “ avec Rome ” serait remplie (l’autre étant la levée de l’excommunication de 1988). Mais rien n’assure, pour le moment, que le document en préparation à Rome concède une liberté complète et inconditionnelle pour le rite traditionnel.
En attendant, la FSSPX n’a pas rompu toutes relations avec le Saint-Siège, à l’inverse de ce qu’ont cru certains. Le père Georges Cottier, O.P. , Théologien de la Maison Pontificale, consulteur de plusieurs Congrégations romaines, reste en dialogue officieux avec des prêtres de la FSSPX mandatés par leur Supérieur général.
Celui-ci, dans un long entretien accordé au Giornale (25.4.2003), sans citer les noms d’interlocuteurs, a reconnu : “ Les négociations continuent, elles ne sont pas mortes ”. Il a aussi porté un jugement “ très positif ” sur la récente encyclique sur l’Eucharistie. Contre le maximalisme de certains de ses prêtres, il a rappelé encore le jugement de la FSSPX sur la “ nouvelle messe ” : “ nous n’avons jamais dit que la messe de Paul VI était invalide et encore moins l’avons-nous jamais définie “hérétique“. Nous la considérons cependant nuisible et dangereuse pour la foi, parce qu’elle n’exprime pas clairement tout ce qui devrait être dit dans la messe. ”
Le 10 mai dernier, dans le quotidien Présent, Jean Madiran estimait : “ La célébration du samedi 24 mai sera une étape solennelle (peut-être l’avant-dernière) dans la lente sortie de l’ostracisme injuste qui depuis trente-trois ans frappe la messe traditionnelle ”. Elle aura été aussi, peut-être, une des dernières étapes avant la réconciliation de la FSSPX avec le Saint-Siège.



Un essai de l’abbé Barthe sur la liturgie
L’abbé Claude Barthe publie un essai très intéressant sur “ l’essence de la liturgie ”. Prêtre atypique à bien des égards – il ne dépend d’aucun diocèse ni d’aucune congrégation et il dirige avec Bernard Dumont la revue Catholica, qui occupe une place à part dans le paysage traditionaliste et antimoderne français –, il n’est lié à aucune autorité immédiate qui le contraigne ou limite sa liberté d’expression.
D’où ce livre libre, qui est aussi une belle méditation sur la liturgie qui “ fait l’Eglise dans le monde en recouvrant toutes choses terrestres d’une trame de sacré ”. Sans entrer dans toutes les démonstrations d’un livre qui expose que “ la grande “crise de conscience“ de la liturgie romaine a commencé en même temps que celle de la société occidentale ”, on s’attachera à la conclusion intitulée “ Une nécessaire transition ”.
L’abbé Barthe fait justement remarquer qu’ “ entre l’état présent et une inscription déterminée dans un processus de reconstruction, il faudra une période, plus ou moins longue, de transition. ” Il note aussi que cette transition est engagée, en France, en silence, dans un nombre de paroisses forcément difficile à déterminer. Autel “ remis à l’endroit ”, retour de la table de communion, canon romain en latin, et ce, dans un rite qui n’est pas le rite traditionnel, sans être non plus le rite Paul VI en français qui se célébrait encore jadis, dans la même paroisse, il y a dix ans. À la suite de l’auteur, on pourrait multiplier les exemples, tirés d’autres lieux. Réintroduction de l’exorcisme dans le rite “ réformé du baptême ”, multiplication des adorations du Saint-Sacrement dans les paroisses et tant d’autres redécouvertes. La pratique liturgique en France en 2003 n’est majoritairement pas celle qui prévalait en 1963, mais elle n’est plus celle non plus qui régnait en 1973 ou en 1983.
Claude Barthe, Le Ciel sur la terre, François-Xavier de Guibert (3 rue Jean-François Gerbillon, 75006 Paris), 146 pages.

dimanche 4 mai 2003

[Aletheia n°42] Trois réactions à l'encyclique Ecclesia de Eucharistia

Aletheia n°42 - 4 mai 2003
Trois réactions à l'encyclique Ecclesia de Eucharistia
. Le père Paul De Clerck, théologien, professeur à l’Institut catholique de Paris, interrogé par la Croix le 18 avril 2003, commente la récente encyclique sur l’Eucharistie (cf. Alétheia n° 41). Il le fait sur un ton qui aurait été inimaginable il y a quarante ans. Il estime : « Les idées neuves sont entravées par le recours à la théologie eucharistique du Moyen Age occidental dont on connaît aujourd'hui les limites », « l’encyclique oublie de se situer dans une perspective historique », « elle semble se réduire à la théologie occidentale classique qui n'a qu'un seul propos : le sacrifice et le rôle sacerdotal du prêtre », « les deux mises en garde majeures concernent la dimension sacrificielle de l'Eucharistie, fortement soulignée, et la "nécessité du sacerdoce ministériel". On peut parler ici de crispation. »
Cette réaction d’une autorité enseignante, relayée par le seul quotidien catholique quasiment officiel en France, montre, a contrario, la nécessité de cette encyclique de clarification doctrinale.
. Christophe Geffroy, dans le numéro de mai de La Nef, avant d’en proposer une lecture pas à pas, présente ainsi l’encyclique : « Texte à vocation essentiellement doctrinale, il s’intéresse à l’Eucharistie dans ses aspects théologiques, non à la liturgie — c’est-à-dire à la façon concrète dont l’Eucharistie est célébrée —, sauf de façon incidente ici ou là. En effet, la situation pratique de la liturgie dans les paroisses est rarement abordée, de même que les questions rituelles qui sont totalement absentes. » Il signale aussi que « le cardinal Ratzinger a largement collaboré » à la rédaction de cette encyclique.
. Jean Madiran, le 30 avril, dans le quotidien Présent, reconnaît que l’encyclique « rappelle avec force le miraculeux changement » de la transsubstantiation, et qu’elle « s’en prend surtout aux causes doctrinales de la décomposition liturgique ». Il estime aussi que le Saint-Siège finira par rendre aux catholiques « la messe » — dans sa forme traditionnelle — ; « c’est inévitable ».
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L’abbé Berto
Dans son numéro 43, comme je l'ai ici déjà signalé, la revue trimestrielle Le Sel de la Terre, des Dominicains d’Avrillé (Couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé, 14 ¤  le numéro), publiait, pages 17 à 55, des « Lettres du Concile » de l’abbé Victor-Alain Berto (1900-1968). Jean Madiran, aussitôt, dans une pleine page de Présent (1er/2/2003), relevait plusieurs « anomalies » inexpliquées dans cette publication.
Jean Madiran — à la différence des Dominicains d’Avrillé dont aucun n’a connu celui dont ils ont publié les lettres — avait bien connu l’abbé Berto, à partir de 1955. Jean Madiran avait publié dix-huit de ses articles dans Itinéraires, et pouvait, à juste titre, l’appeler « notre ami vénéré » (cf. les 174 pages qui lui furent consacrées, après sa mort, dans le n° 132 d’Itinéraires, avril 1969).
Les Dominicaines du Saint-Esprit, de Pontcalec, fondées par l’abbé Berto, dirigées par lui jusqu’à sa mort et héritière de ses écrits comme de sa pensée, ont réagi aussi à cette publication intempestive des religieux d’Avrillé. Elles avaient été, il y quarante ans, les destinataires de ces lettres, publiées aujourd’hui sans leur accord.
Ces religieuses, qui se consacrent, dans la discrétion, à une œuvre admirable d’éducation envers les « chers petits pauvres », publient, en douze pages, une Réponse à la revue Le Sel de la terre n° 43 (brochure, hors commerce, disponible, contre une offrande puis-je me permettre d’ajouter, à l’Institut des Dominicaines du Saint-Esprit, Pontcalec, 56240 Berné).
La religieuse dominicaine, modestement anonyme, qui a signé ces pages, précise d’emblée, selon les normes du droit français, et particulièrement du droit qui régit la propriété littéraire, que la correspondance de l’abbé Berto « est presque tout entière la propriété exclusive de l’Institut des Dominicaines du Saint-Esprit ». L’autorisation de procéder à cette publication n’a pas été demandée par les Dominicains d’Avrillé et, précise la rédactrice, « elle aurait été formellement refusée pour plusieurs raisons ».
Ces raisons sont exposées avec précision. Il appert que la publication des lettres faite par les Dominicains d’Avrillé s’est faite non sans coupures, importantes et graves, notamment les passages où l’abbé Berto voulait faire saisir à ses correspondantes — les Dominicaines de Pontcalec — toute sa pitié filiale envers Paul VI. Les Dominicaines de Pontcalec, fidèles à l’esprit romain de leur fondateur, jugent aussi que ces lettres qui leur étaient adressées « n’ont été ni pensées, ni vécues, ni communiquées, dans l’esprit de la Revue [le Sel de la terre] qui les confisque aux fins de sa dialectique. »
Sans reproduire tous les arguments et très utiles éclairages apportés par cette Réponse, on citera encore ces lignes écrites par l’abbé Berto, à quelques semaines de sa mort, et qui sonnent comme un testament spirituel : « Je recommande à tous ceux et à toutes celles qui se sont trouvés plus spécialement confiés à moi, la fidélité à Notre Seigneur Jésus-Christ, la piété envers la sainte Vierge Marie, la fréquentation de l’Eucharistie, l’esprit de prière, l’attachement et la docilité envers le Souverain Pontife et l’Eglise romaine, l’amour de la vérité. Ce sont ces sentiments qui ont rempli ma vie. Je souhaite qu’ils remplissent la leur. »
Tout lecteur des « Lettres du Concile » parues dans Le Sel de la terre doit connaître les précisions et rectifications apportées par les héritières spirituelles et doctrinales de leur rédacteur.
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Nouveautés romaines
. Francesco LEONI, Il Cardinale Alfredo Ottaviani, carabiniere della Chiesa, Editrice Apes, 31 pages
Le professeur Leoni, recteur de l’Université libre « S. Pio V » fondée à Rome par le cardinal Ottaviani consacre une étude à la pensée et « au rôle politique » de celui qui fut surnommé « le carabinier de l’Eglise » et qui est mort en 1979. On trouvera là des renseignements intéressants et de longs extraits de textes ou de documents, notamment le texte intégral de l’entretien accordé en 1969 à la revue Relazioni. Le cardinal y expliquait dans quel contexte sont intervenues les deux condamnations du communisme prononcées par le Saint-Office, en 1949 (sous Pie XII) et en 1959 (sous le bienheureux Jean XXIII).
. Burkhardt SCHNEIDER, Pio XII, San Paolo, 148 pages.
Burkhardt Schneider (1917-1976), jésuite d’origine allemande, docteur en théologie et docteur en histoire ecclésiastique, professeur d’histoire de l’Eglise à l’Université Pontificale Grégorienne pendant plus de vingt ans, fut le fondateur, en 1963, de la revue annuelle Archivum Historiæ Pontificiæ, qui reste une des principales revues d’histoire ecclésiastique. Il fut aussi le co-directeur et co-éditeur du célèbre, mais peu lu, recueil documentaire : Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la seconde guerre mondiale (Libreria Editrice Vaticane, douze volumes publiés de 1965 à 1981).La collation et l’édition de ces actes et documents lui avaient donné une exceptionnelle connaissance du pontificat et de la personne de Pie XII. De cette familiarité historique avec le Pastor Angelicus, il avait tiré un livre, publié en 1968 en allemand : Pius XII. Friede, das Werk der Gerechtigkeit. Ce livre est aujourd’hui traduit en italien, augmenté d’une présentation par le P. Blet s.j., un des quatre responsables de l’édition des A.D.S.S., d’une « Nota bibliografica » sur Pie XII par Franco Perini et de trois appendices très importants : « La Santa Sede e la difesa degli Ebrei durante la seconda Guerra mondiale » par Robert A. Graham s.j. (article paru initialement dans La Civiltà cattolica en 1990), « La Leggenda alla prova degli archivi. Le ricorrenti accuse contro Pio XII » par Pierre Blet s.j. (article paru initialement dans La Civiltà cattolica en 1988) et « Pio XII e gli Ebrei » par le rabbin David G. Dalin (article paru initialement dans The Weekly Standard le 26.2.2001).
. PONTIFICIO CONSIGLIO PER LA FAMIGLIA, Lexicon. Termini ambigui e discussi su famiglia, vita e questione etiche, Edizioni Dehoniane Bologna, relié, 867 pages.
S’il est un domaine où la continuité du Magistère est indéniable, de Pie XI à Jean-Paul II, c’est bien celui qui concerne la famille, les droits à la vie et les questions éthiques. Le Conseil pontifical pour la famille a décidé, en 1999, de présenter cet enseignement en un volume synthétique et analytique à la fois : 78 thèmes ont été retenus et ont été confiés à des spécialistes de différents pays (théologiens, psychologues, scientifiques, clercs ou laïcs). Ils ont œuvré dans un souci de synthèse, claire et suffisamment ample pour répondre aux questions et objections, et aussi dans un esprit de fidélité à l’enseignement de l’Eglise sur ces questions. Présentés par ordre alphabétique, les thèmes traités vont de l’Amore conjugale à l’idéologie « Pro choice » (Vita e scelta libera), en passant par le travail des enfants, la biotechnologie, la contraception, le contrôle des naissances, l’économie domestique, l’euthanasie, les familles monoparentales, l’idéologie du « Gender », l’avortement, les mariages mixtes, et des dizaines d’autres notions ou réalités. Parmi les 69 collaborateurs de ce Lexicon, on relève le nom de dix français ou francophones : Tony Anatrella, prêtre et psychanalyste, qui, au moment des débats français sur le Pacs ou, en d’autres occasions, sur la drogue, a su exprimer des positions à contre-courant du discours dominant ; Mgr Jean-Louis Bruguès, évêque d’Angers, qui a longtemps enseigné la théologie morale à l’Université de Fribourg (Suisse) ; le père Cottier o.p., théologien de la Maison pontificale ; le professeur Gérard-François Dumont, démographe anti-malthusien ; Marie-Thérèse Hermange, député européen ; le professeur Jean Didier Lecaillon, économiste ; le Dr Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune ; Jean-Marie Meyer, philosophe ; le père Michel Schooyans, spécialiste de démographie politique ; Jacques Suaudeau, docteur.
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Revue des revues
. La revue italienne Si si no no (Via Madonna degli Angeli, 78   I - 00049 Velletri), proche du District italien de la FSSPX, consacre, dans son numéro du 15 mars 2003, un article à l’entretien que Sœur Lucie de Fatima, a accordé en 1993 au cardinal Vidal. La revue s’indigne des propos tenus en cette occasion et conclut qu’ « à la ‘nouvelle’ Eglise il ne pouvait manquer un ‘nouveau’ Fatima et une ‘nouvelle’ Sœur Lucie ».
La revue croit que cet entretien « a été tenu jusqu’ici caché (nascota) ». Il n’en est rien. Cet entretien, et un autre, ont été édités en portugais en 1998. J’ai contribué à leur traduction et édition en français en 1999 (Fatima. Sœur Lucie témoigne, Editions du Chalet). Les propos de Sœur Lucie avaient été alors fortement contestés par des publications en français de la FSSPX. Cette controverse a d’ailleurs été à l’origine de cette modeste Alétheia.
Si nouveauté il y a aujourd’hui, ce n’est point dans les propos de Sœur Lucie, connus donc depuis plusieurs années, mais dans le fait que, pour la première fois, en janvier 2003, l’entretien de 1993 a été diffusé sur les ondes italiennes. Ceux qui contestaient imprudemment l’authenticité des propos de Sœur Lucie doivent donc s’incliner. Même s’il est loisible de chercher des explications aux affirmations de la voyante : la consécration « a été faite » en 1984, et la conversion de la Russie « a déjà commencé ».
. StAR (The Saint Austin Review, 296A Brockley Road, London, SE4 2RA, United Kingdom), est une revue, de langue anglaise, proche de la Fraternité Saint-Pierre. Publication bimensuelle, à la présentation très élégante, elle consacre dans son numéro de mars-avril un dossier à la France. On y lit, notamment, des articles sur Mauriac, Bernanos, Maurras (accompagné d’une brève anthologie).
Dans cet ensemble intéressant, on trouve un article curieux, signé par Ferdi McDermott, « The Ball and the Cross. Haunted by the Ghost of Maurras ». L’auteur y affirme que Mgr Lefebvre est issu d’une « solide famille d’AF [Action Française] » et qu’il était « un vrai maurrassien » (a true Maurrassian). C’est donc logiquement que, la crise de l’Eglise survenant, Mgr Lefebvre aurait « subordonné » (subservient) sa foi catholique à ses « quelques grandes idées », maurrassiennes, bien entendu.
La réalité est tout autre. De son vivant, Mgr Lefebvre s’était expliqué, à plusieurs reprises, sur son « maurrassisme » supposé. Tout lecteur de bonne foi de la biographie que lui a consacrée Mgr Tissier de Mallerais (Marcel Lefebvre. Une vie, Clovis, 2002, 719 pages), y trouvera aussi une réfutation incontestable de cette légende. Il est regrettable qu’une revue traditionaliste anglaise la perpétue encore, et pas à bon escient.