jeudi 16 avril 2015

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lundi 28 décembre 2009

[Aletheia n°149] Natuzza Evolo (1924-2009) - "Il n’y a aucune raison pour que Pie XII ne devienne pas saint" dit Serge Klarsfeld - Réabonnement - par Yves Chiron

Aletheia n°149 - 28 décembre 2009

Natuzza Evolo (1924-2009)

Natuzza Evolo est née le 23 août 1924 à Paravati, en Calabre, dans le diocèse de Mileto. Quelques mois avant sa naissance, son père a dû émigrer en Argentine pour faire vivre la famille. Sa mère se livrait, de manière intermittente, à la prostitution. Natuzza n’a pu aller à l’école. Elle ne saura jamais ni lire ni écrire et ne parlera que le dialecte calabrais.

Depuis l’enfance, elle a été gratifiée de la présence sensible de son ange gardien. À l’âge de huit ans, en 1932, elle a eu une première vision de saint François de Paule. En 1935, elle connaît sa première bilocation : elle « visite » son père en Argentine.

À l’âge de quatorze ans, elle a été placée comme domestique chez un avocat, Silvio Colloca. À partir de juin 1939, elle a commencé à voir des défunts et à converser avec eux. À l’âge de seize ans, en 1940, elle a connu, pour la première fois, le phénomène, rare, de l’hémographie mystique. C’était le jour où elle a reçu le sacrement de confirmation dans la cathédrale de Mileto. Après la communion, elle a découvert, sur son vêtement, à hauteur de l’épaule, une croix de sang, d’environ 5 cm de haut. Le phénomène se répètera des centaines de fois pendant son existence : au cours d’extases ou de bilocations, le sang suintait de différents endroits de son corps (les joues, le front, les mains, la poitrine, les genoux). Sur ses vêtements, ou sur le mouchoir ou le linge où était recueilli son sang, des phrases, en différentes langues (italien, français, anglais, grec, latin, araméen), ou des dessins, apparaissaient, toujours dans une thématique spirituelle.

Après que différentes congrégations religieuses aient refusé de l’admettre comme novice, Nattuza se maria en 1944 avec un garçon de son village, Pasquale Nicolace, qui était menuisier. Elle avait posé comme condition que son futur mari s’engage à respecter sa vocation particulière. De cette union, naîtront cinq enfants.

Quelque temps après son mariage, la Vierge Marie lui apparut et lui annonça qu’un jour seraient construites « une grande église qui sera dédiée au Cœur immaculé de Marie refuge des âmes et une maison pour soulager les jeunes, les personnes âgées et tous ceux qui se trouvent dans le besoin ».

Toute sa vie, Mamma Natuzza, comme elle sera surnommée, fut favorisée de phénomènes mystiques extraordinaires : extases, visions de Jésus, de la Vierge Marie, de saint François de Paule et d’autres saints, stigmates, fragrances miraculeuses, bilocation.

Plus de cinquante cas de bilocation ont été attestés pendant sa vie. « Ce n’est jamais moi qui provoque la bilocation, a expliqué Natuzza. Des défunts ou des anges se présentent à moi et me conduisent dans des lieux où ma présence est nécessaire. Je vois parfaitement tout ce qui se trouve autour de moi. Je peux le décrire, je peux parler et être utile aux personnes que je trouve. Je peux ouvrir et fermer les portes, je peux agir. Je suis ici, chez moi, je parle avec les miens et je me sens en même temps dans un autre lieu où je parle et j’agis de la même façon. La bilocation, ce n’est pas comme un film que l’on voit au cinéma ou à la télévision. Je me trouve vraiment au milieu de l’endroit que je visite. Je reste dans cet endroit le temps nécessaire pour l’accomplissement de ma mission, quelques secondes ou quelques minutes. Je suis bien consciente que mon corps physique se trouve à Paravati (ou en quelque autre lieu, mais différent de celui que je visite). »

À partir de 1958, elle a été stigmatisée de manière visible et sur une longue durée (même si, depuis longtemps, elle connaissait des douleurs répétant la Passion du Christ). Les stigmates étaient visibles pendant le Carême et jusqu’au Vendredi Saint. Une particularité est à signaler : ses plaies n’étaient pas situées dans la paume des mains et dans la plante des pieds, comme chez la plupart des stigmatisés (et comme dans la représentation traditionnelle de la crucifixion), mais aux poignets et au-dessus des pieds. Ce qui correspond davantage à la technique historique de la crucifixion chez les Romains, et à l’image du Saint-Suaire.

Natuzza Evolo est étonnante par la variété et l’abondance des phénomènes extraordinaires qui ont caractérisé sa vie mystique, elle a été exemplaire aussi par sa discrétion et sa charité envers tous. Sa familiarité avec les défunts (on la surnommait « la radio de l’autre monde ») était autant connue que les autres grâces dont elle était favorisée. Pendant des décennies, elle a reçu chez elle, quatre soirs par semaine, des fidèles qui venaient demander des « nouvelles » de leurs défunts et solliciter des conseils spirituels.

Des groupes de prière se sont constitués spontanément à Paravati, puis dans le diocèse et dans toute l’Italie. Ces groupes de prière, organisés à partir de 1994 sous le nom de Cénacles du Cœur immaculé de Marie refuge des âmes, ont vu leurs statuts approuvés canoniquement par Mgr Cortese, évêque de Mileto, le 22 février 1999.

Dans les dernières années de sa vie, Natuzza Evolo a pu voir également le début de la construction des édifices qu’avait demandés la Vierge Marie dans son apparition de 1944. Le 30 mai 2006, la première pierre de l’église dédiée au Cœur Immaculé de Marie refuge des âmes a été posée.

Natuzza est décédée le 1er novembre dernier, à l’âge de 85 ans. Ses funérailles ont été célébrées par l’évêque du diocèse de Mileto, où elle a passé toute sa vie. Cinq autres évêques et plus de cent prêtres ont participé à la cérémonie.

Comme pour le Padre Pio, plusieurs médecins et de spécialistes ont examiné, à différentes époques, Natuzza Evolo.

Les contradicteurs et les explications rationalistes n’ont pas manqué non plus. La première est venue du P. Agostino Gemelli, célèbre franciscain, qui avait été médecin, spécialiste de neuro-psychologie, avant de devenir religieux et un des fondateurs de l’université catholique de Milan. En 1940, après le premier cas d’hémographie mystique, l’évêque de Mileto envoya le vêtement marqué du signe de la croix au P. Gemelli, accompagné d’un petit dossier sur Nattuza. Sans avoir rencontré la mystique, le P. Gemelli avait conclu à l’ « hystérie ».

C’est le même P. Gemelli qui avait été, vingt ans auparavant, un des principaux adversaires de Padre Pio. Il l’avait rencontré quelques instants, le 18 avril 1920, dans un couloir du couvent de San Giovanni Rotondo. Il avait rédigé ensuite un rapport pour le Saint-Office, sans avoir examiné les stigmates du saint capucin, et dans un article, publié à deux reprises en 1924, il l’avait rangé, sans le nommer, parmi les « stigmatisés hystériques » qui se procurent des stigmates « artificiellement, pour ainsi dire sans qu’ils s’en rendent compte ».

Le P. Gemelli repétait donc, pour Natuzza Evolo, un diagnostic établi à distance et une explication rationaliste.

En 1949, c’est un autre médecin, le professeur Annibale Puca, membre de la Société italienne de psychiatrie, qui portera un diagnostic semblable dans un article : Interpretazioni miracolistiche in un caso d’istérismo con sudore e grafia ematica, paru dans la revue Il Lavoro neuropsichiatrico (IV, 1949), la revue de l’Hôpital psychiatrique de la Province de Rome et de la Clinique des maladies nerveuses et mentales de l’Université de Rome. Il expliquait les « sueurs de sang » et l’hémographie mystique par une « vasodilatation segmentale » due à une « concentration émotive » portée à son plus haut degré d’intensité par une « hétéro-suggestion hypnotique ».

Plus récemment, deux ethno-sociologues, Maricia Boggio et Luigi-Maria Lombardi Satriani, ont cherché à expliquer les phénomènes observables chez Nattuza en référence aux traditions et croyances magiques de la culture populaire calabraise : Natuzza Evolo : il dolore e la parola (Rome, Armando editore, 2006).



"Il n’y a aucune raison pour que Pie XII ne devienne pas saint" dit Serge Klarsfeld[1]
Le feu vert de Benoît XVI à la béatification du pape Pie XII suscite de nombreuses protestations au sein des communautés juives. Une décision qui “ne choque absolument pas“ l’historien Serge Klarsfeld, fondateur de l’association “Les fils et filles des déportés juifs de France“.

Que pensez-vous de la prochaine béatification de Pie XII ?

Serge Klarsfeld : C’est une affaire interne à l’Église ! Je pourrais presque dire que cette décision me laisse assez indifférent. Il n’y a aucune raison pour que Pie XII ne devienne pas saint ! En revanche, une chose me heurte davantage : la publication des lettres antisémites de Céline dans La Pléiade, chez Gallimard. Même si Louis-Ferdinand Céline est considéré comme un génie littéraire, je trouve cela choquant. Et puis, si l’on parle beaucoup de Pie XII, pourquoi ne regarde-t-on pas aussi le général de Gaulle ? Il est considéré comme un saint en France ! Eh bien, lors de l’été 1942, après la rafle du Vel’ d’hiv’, le général de Gaulle n’a pas élevé la voix. Pourtant, par la suite, de nombreuses autres rafles ont suivi, menées uniquement par des uniformes français et organisées par l’administration préfectorale ! Le général de Gaulle n’a pas élevé la voix pour avertir par exemple : “Fonctionnaires, si vous arrêtez les juifs, vous serez arrêtés et traduits en justice !“.

Quel est votre jugement sur la position de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale?

Pie XII a joué un rôle déterminant contre Hitler, mais aussi dans la lutte contre le communisme en Europe de l’Est. Le Polonais Karol Wojtyla, futur Jean-Paul II, est né de la volonté de Pie XII de lancer ce mouvement de résistance. Le rôle de Pie XII a aussi été diplomatique et idéologique : il a été le rédacteur de l’encyclique de 1937 condamnant le nazisme et publiée par son prédécesseur.

Pourtant, on reproche à Pie XII son silence pendant la Shoah...

Tout cela est très difficile à apprécier. N’occultons pas que Pie XII a eu des gestes discrets et efficaces pour aider les juifs. Citons par exemple ce qui s’est passé à Rome. Un millier de juifs ont été arrêtés lors d’une rafle-surprise. Pie XII n’a pas protesté à voix haute, mais il a demandé aux établissements religieux d’ouvrir leurs portes. Résultat : des milliers de juifs ont pu être sauvés. Alors que si Pie XII avait élevé la voix, quelles auraient été les conséquences ? Est-ce que cela aurait changé les choses pour les juifs ? Probablement pas. Déjà, ses déclarations pour défendre les catholiques n’ont pas été entendues puisqu’en Pologne deux millions de catholiques ont été tués. Néanmoins, une prise de parole publique aurait sûrement amélioré la propre réputation de Pie XII aujourd’hui.

Au sein du monde juif, certains sont plus virulents que vous...

Quelques-uns, comme moi, essaient de regarder quels étaient la réalité historique et le contexte de l’époque. En revanche, d’autres ne pensent pas une seconde aux milliers de catholiques tués, mais en priorité aux rabbins et aux juifs massacrés pendant la Shoah. Mais le pape, c’est avant tout le pape des catholiques. La priorité de Pie XII était de protéger les catholiques des régimes nazi et communiste.

Alors que pensez-vous de cette polémique ?

Cette controverse ne me surprend pas. Elle me paraît assez normale dans la mesure où les archives du Vatican n’ont pas été ouvertes malgré des promesses. Il s’est quand même passé plus de 60 ans depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les archives devraient être libres d’accès pour que l’on constate, par nous-mêmes, quels ont été les gestes et la réaction de Pie XII.
Cette réaction de Serge Klarsfeld est intéressante car elle montre qu’avec le temps certains arguments des défenseurs de la mémoire de Pie XII commencent à être entendus et acceptés. Je relèverai simplement une illusion qui persiste : que les « archives » du Vatican restant à explorer contiendraient des documents qui pourraient encore révéler des documents significatifs, susceptibles de faire comprendre « les gestes et la réaction de Pie XII » pendant la Seconde Guerre mondiale.

On rappellera, simplement, qu’une grande partie des archives vaticanes concernant cette période a été publiée, à l’initiative de Paul VI, à partir de 1965 : Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde guerre mondiale, Libreria Editrice Vaticana, 1965-1981, onze tomes en 12 volumes.

Ce vaste ensemble documentaire a longtemps été méconnu ou ignoré des historiens de la période. Certes il ne contient pas toutes les archives du Vatican sur la Seconde Guerre mondiale, mais on sait que Jean-Paul II a décidé d’ouvrir aux historiens le reste de la documentation conservée sur la période.

Cette masse documentaire est encore considérable, elle n’est pas encore intégralement classée et répertoriée. Pour avoir travaillé, il y a quelques années déjà, aux Archives Secrètes Vaticanes sur les pontificats de Pie X et de Pie XI, j’ai pu constater que pour chacune de ces périodes certaines archives n’étaient pas encore communicables aux chercheurs parce que le classement n’en était pas achevé.

Sous le pontificat de Pie XI, le futur Pie XII était nonce apostolique en Allemagne puis Secrétaire d’Etat. Les archives sur cette période, rendues accessibles ces dernières années, viennent confirmer ce que l’on savait déjà d’Eugenio Pacelli : il ne fut en rien complaisant avec l’Allemagne nazie.

Concernant le pontificat-même de Pie XII, les Archives Secrètes Vaticanes ont publié deux volumes intitulés Inter arma caritas. Le premier volume est l’inventaire des archives de l’ Ufficio informazioni Vaticano per i prigioneri di guerra, institué en 1939 et qui a fonctionné jusqu’en 1947 ; le second reproduit intégralement des centaines de documents. Ces deux volumes – près de 1500 pages au total – évoquent l’aide concrète, au cas par cas, apportée aux prisonniers de guerre de tous les camps, par le Saint-Siège et ses représentants. Le sort dramatique des Juifs n’est pas absent de ces volumes. Pourtant cette publication a été ignorée par les grandes revues historiques universitaires françaises et par les historiens de la période.

On ajoutera qu’entre le moment où la Congrégation pour les Causes des saints s’est prononcée, à l’unanimité, pour reconnaître les vertus héroïques de Pie XII (8 mai 2007) et le moment où Benoît XVI a signé le décret (19 décembre 2009), il s’est passé plus de deux ans. Le pape n’a pas tergiversé pendant plus de deux ans. Il a demandé au P. dominicain Ambrosius Eszer, un des rapporteurs généraux de la Congrégation, de mener une recherche exploratoire complémentaire dans les archives vaticanes. Son travail a duré dix mois. Ce qu’il a trouvé a confirmé ce que l’on savait déjà de la charité de Pie XII et de sa sollicitude pour les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Y.C.

Bulletin de réabonnement

Avec ce numéro 149, s’achève la dixième année de parution d’Aletheia. Quinze fois, cette année,  librement, sans souci de plaire ni crainte de déplaire, ont été publiées des informations et analyses au service de la Vérité et de l’Eglise. Et ce, dans un format plus que modeste.

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Note

[1] Propos recueillis par Ségolène Gros de Larquier et publiés dans Le Point le 24 décembre 2009.

dimanche 29 novembre 2009

[Aletheia n°148] Louis XVI peut-il être canonisé? - Episcopi vagantes - par Yves Chiron

Aletheia n°148 - 29 novembre 2009 

Louis XVI peut-il être canonisé ? par Yves Chiron
L’abbé Edgeworth de Firmont, qui a assisté Louis XVI dans ses dernières heures et au pied de la guillotine, a laissé un témoignage émouvant et authentique sur cet épisode dramatique de notre histoire[1]. Il a montré comment Louis XVI avait accepté sa mort prochaine dans un esprit chrétien. Le roi condamné s’est préparé, comme tout bon chrétien doit le faire, à comparaître devant son juge, Jésus-Christ.
Pour l’abbé de Firmont, qui fut le dernier confident et le dernier confesseur de Louis XVI, la mort du roi n’est pas sans ressemblance avec la Passion du Christ. Il était persuadé que Louis XVI allait recevoir une immédiate « récompense », c’est-à-dire que son âme irait en Paradis.
Il ne faisait aucun doute pour lui, et pour de nombreux Français, prêtres, religieux, religieuses ou laïcs de cette époque, que Louis XVI mourait en authentique martyr chrétien. Cette certitude fut ensuite affirmée par le pape Pie VI.
L’allocution de Pie VI
Le 17 juin 1793, soit cinq mois après la mort du roi, le Pape prononce, en consistoire, une longue allocution tout entière consacrée à Louis XVI.
Il fait référence explicitement aux conditions posées par Benoît XIV dans son célèbre traité sur la béatification et la canonisation et il montre qu’on peut considérer Louis XVI comme un authentique martyr. Il donnait trois raisons essentielles :
• la cause de sa mort est bien la haine de la foi catholique ;
• le roi a accepté sa mort non seulement avec courage, mais dans un esprit de foi et de sacrifice ;
• si dans sa vie privée ou publique, le roi défunt a commis des fautes, il les a regrettées, il s’en est confessé et elles ont été amplement lavées par le sang du martyr.
Cette magnifique allocution du pape, écrite dans l’émotion du moment, a été connue de l’Europe entière par de nombreuses traductions et éditions[2].
Mais, le pape Pie VI n’a pas proclamé Louis XVI comme « martyr » ; il n’a pas voulu contourner les procédures canoniques habituelles.
Or la cause de béatification de Louis XVI n’a jamais été ouverte, malgré les tentatives qui ont été faites.
La réponse de la Congrégation des Rites
Au début de la Restauration, soit un peu plus de vingt ans après la mort de Louis XVI, la mémoire du roi-martyr restait vive. En 1816, sur la proposition de Sosthène de La Rochefoucauld, la Chambre des Députés a voté une loi qui faisait du 21 janvier un jour de deuil national.
En 1820, la duchesse d’Angoulême, c’est-à-dire Marie-Thérèse, la fille survivante de Louis XVI et de Marie-Antoinette, fit part au nonce du pape à Paris de son désir de voir introduite la cause en béatification de son père. Le nonce, Mgr Macchi, en référa au cardinal Consalvi, secrétaire d’Etat de Pie VII.
Le cardinal fit examiner la requête par la Congrégation des Rites chargée, à l’époque, des causes de béatification et de canonisation. Il en résulta un long mémoire, en italien, qui a été envoyé au nonce à Paris en septembre 1820[3].
La Congrégation des Rites rappelait diverses notions théologiques et quelques principes canoniques. Était rappelée la définition du martyre donnée par saint Augustin : « ce n’est point le supplice, mais la cause du supplice qui constitue le véritable martyre ».
En d’autres termes, ce n’est pas la façon dont le chrétien est mort qui en fait un martyr mais la raison pour laquelle il a été mis à mort. Tout chrétien innocent mis à mort n’est pas pour autant un martyr. Pour qu’il y ait  martyr, il faut non seulement que le persécuteur ait agi en haine de la foi mais aussi que la victime soit morte pour conserver intacte cette foi, ait préféré la mort plutôt que de renier la foi.
En 1820, donc, la Congrégation des Rites a estimé qu’il n’était pas possible de démontrer irréfutablement que la mort de Louis XVI réunissait ces conditions. Le mémoire dit : « comment pourra-t-on démontrer qu’il fut immolé par les impies en haine de la foi, et non pas pour des motifs temporels ».
La Congrégation des Rites donnait deux raisons :
• la Révolution a sacrifié Louis XVI d’abord pour « affermir […] la République naissante » ;
• même si Louis XVI avait accepté « tous les principes irréligieux et tous les décrets abominables » de la Révolution, il aurait été mis à mort.
La Congrégation des Rites rappelait aussi que la procédure en vue d’une béatification doit être engagée par le diocèse où est mort Louis XVI, c’est-à-dire par l’archevêque de Paris. Le Procès diocésain consistera essentiellement en une audition de témoins pour recueillir, sous serment, toutes données factuelles permettant de reconstituer la chronologie de l’événement et d’établir la preuve du martyre au sens traditionnel.
Si les preuves sont jugées suffisantes, alors la cause pourra être introduite à Rome auprès de la Congrégation des Rites. Même si les causes du martyre étaient reconnues comme telles, il fallait encore, à l’époque, que deux miracles soient reconnus pour que le martyr soit proclamé bienheureux et deux autres pour qu’il soit proclamé comme saint.
En précisant ces étapes d’une procédure possible, la Congrégation des Rites ne faisait que rappeler les règles canoniques alors en usage.
La prudence des archevêques de Paris
Le moins qu’on puisse dire est que ce mémoire de 1820 était peu encourageant ; il estimait que l’issue d’une éventuelle procédure était « très incertaine ».
L’archevêque de Paris en fonction en 1820, Alexandre de Talleyrand de Périgord (oncle du célèbre Talleyrand, l’évêque défroqué), n’osa pas s’engager dans une entreprise que la Congrégation des Rites estimait « pour le moins douteuse ».
Son successeur, Mgr de Quelen, archevêque de 1821 à 1836, n’ouvrit pas non plus d’information.
Les divisions et les difficultés politiques de la Restauration ont contribué à rendre un éventuel procès canonique de plus en plus délicat. Après la Révolution de 1830, la monarchie de Juillet a supprimé, en 1833, le jour de deuil national voté dix-sept ans plus tôt.
Au XIXe et au XXe siècle, plusieurs mémoires ont été publiés, par des particuliers, pour inciter à l’introduction de la cause de béatification et de canonisation de Louis XVI.
L’image et l’idée de Louis XVI « roi martyr » ont perduré jusqu’à aujourd’hui. En 1943, le marquis de La Franquerie publiait un petit livre avec ce titre[4]. L’ouvrage était préfacé par l’archevêque d’Avignon, Mgr de La Villerabel, qui souhaitait, clairement, la béatification de Louis XVI comme martyr.
À partir de 1950, et pendant un demi-siècle, Paul et Pierrette Girault de Coursac ont publié de nombreux ouvrages pour réhabiliter la mémoire de Louis XVI. Leur premier livre s’intitulait, Le roi stigmatisé, publié en 1950. En 1976, ils faisaient paraître Louis XVI roi martyr ?, le point d’interrogation n’était là que pour ne pas préjuger de la décision de l’Eglise.
En 1992, les deux auteurs ont adressé au Saint-Siège un mémoire pour demander l’ouverture de la cause de béatification de Louis XVI. Le cardinal Felici, alors préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, leur a répondu : « Cette congrégation reçoit quelquefois des lettres postulatoires en faveur de cette cause, mais, selon les dispositions juridiques actuelles, elle ne travaille que sur une documentation envoyée par les ordinaires des lieux où sont morts les Serviteurs de Dieu. En cette matière, les évêques sont les premiers juges de l’opportunité d’une cause… »[5].
 Finalement, jusqu’à ce jour, aucune procédure canonique n’a jamais été engagée. L’initiative ne pourrait en venir, aujourd’hui, que du cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris, puisque c’est dans ce diocèse qu’est mort Louis XVI.
Déjà, en 1820, la Congrégation des Rites estimait qu’il y aurait lieu de « s’interroger, avant d’esquisser le moindre pas, sur le fait de savoir s’il convient, dans les circonstances actuelles, d’ouvrir une cause qui ne manquera pas de susciter quelque tapage ».
Aujourd’hui, on voit mal l’archevêque de Paris courir le risque d’un « tapage » médiatico-politique.
L’Institut du Bon Pasteur et diverses associations ont organisé, le 21 mars dernier, un colloque consacré à Louis XVI. Les Actes de ce colloque ont été publiés sous le titre Faut-il canoniser Louis XVI ; ils sont disponibles à l’Institut du Bon Pasteur (12 rue Saint-Joseph, 75002 Paris).
Je publie ici une version révisée et corrigée de ma communication à ce colloque.

EPISCOPI VAGANTES
En 1961, le pasteur anglican Henry Brandreth, recteur d’une des églises anglicanes de Paris, recensait quelque 200 episcopi vagantes dans le monde, c’est-à-dire des personnes qui prétendaient avoir reçu une consécration épiscopale sans être pourtant en communion avec une des Églises historiques (Église catholique, Communion anglicane, orthodoxes)[6].
Aujourd’hui, même en se limitant aux seuls episcopi vagantes qui se réclament de l’Église catholique, on dépasse très largement ce chiffre.
Celui qui signe  ”MRJV”[7] avait publié, en mars 2007, un Organigramme des successions épiscopales thucistes et leurs différents liens, que j’avais recensé ici. Aujourd’hui, il publie une nouvelle version du même travail, dans une édition plus claire (avec flèches et courbes), corrigée et complétée[8].
Cela nous vaut un long organigramme (29 cm de haut sur 2,18 m de large), où sont présentées les différentes successions épiscopales parallèles : « thucistes », « palmariennes », « guérardiennes » et autres.
Deux regrets : que Mgr Lefebvre et les évêques qu’il a consacrés illicitement en 1988 figurent encore dans cet organigramme alors que ceux-ci ont bénéficié d’une levée d’excommunication. Deuxième regret : qu’un index des noms ne vienne pas compléter l’organigramme, il rendrait le document plus aisément consultable.
Parmi les successions épiscopales qui se forment, on relèvera celle de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie V (dissidence de la Fraternité Saint-Pie X, née aux Etats-Unis) : après la consécration épiscopale de Clarence James Kelly en 1993, il y a eu celle de Joseph Santay en 2007.
Les choses se compliquent lorsque l’évêque consacré, par souci de légitimité ou pour des raisons plus bassement clientélistes, cherche à se faire consacrer à nouveau par un autre évêque illégitime. Ainsi Hugues-Georges de Willmott-Newman a été consacré évêque onze fois ! Il a lui-même sacré d’autres évêques. MRJV signale quatre évêques consacrés par Willmott-Newman, en fait il y en a eu vingt entre 1944 à 1966.
Sur cet organigramme figure, parfois, le nom des prêtres ordonnés par ces episcopi vagantes. Si l’auteur avait voulu indiquer toutes les ordinations sacerdotales effectuées par ces episcopi vagantes, il lui aurait fallu mentionner des centaines de noms. Pourquoi avoir retenu certaines ordinations et pas d’autres ? Ainsi pourquoi mentionner « T. Cazal » (en fait, Thomas Cazalas) ordonné par l’évêque guérardien Mc Kenna et ne pas mentionner Michel Adriantsarafara ordonné par un autre évêque guérardien, Geert Stuyver ? Pourquoi mentionner encore l’ordination d’un prêtre – dont je ne citerai par le nom – ordonné de manière illicite par Mgr Ngo Dinh Thuc en 1981 mais qui, depuis, a fait régulariser sa situation canonique ?
La complexité du réseau des episcopi vagantes, la multiplicité des affiliations, le caractère souvent secret des consécrations et reconsécrations épiscopales, sans parler des prétentions infondées, rendent difficile l’information exacte et exhaustive.
Tel qu’il est, le travail de MRJV rendra néanmoins de grands services aux chercheurs et aux curieux. Il devrait aussi éclairer les fidèles catholiques qui s’interrogent sur la légitimité voire la validité de telle messe, de telle confirmation ou de telle ordination sacerdotale célébrées par tel ou tel « évêque ». 

[1] Les pages de l’abbé de Firmont ont été publiées par M.V. Woodgate, Le dernier confident de Louis XVI. L’abbé Edgeworth de Firmont, Téqui, 1992.
[2] Dernière édition intégrale dans Yves Chiron, Edmund Burke et la Révolution française, Téqui, 1987, p. 155-173.
[3] Mémoire publié en version originale et en traduction par Philippe Boutry, « ”Le Roi martyr”. La cause de Louis XVI devant la Cour de Rome (1820) », Revue d’Histoire de l’Eglise de France, n° 196, janvier-juin 1990, p. 57-71.
[4] Louis XVI, le roi-martyr, 1943 ; réédité en 1974 aux éditions Résiac.
[5] Lettre du cardinal Felici à Paul et Pierrette Girault de Coursac, le 5 juin 1992. Cf. Yves Chiron, Enquête sur les canonisations, Perrin, 1998, p. 239-241.
[6] Henry R.T. Brandreth, Episcopi vagantes and the Anglican Church, Londres, S.P.C.K., 1961 (1ère édition 1947).
[7] Il s’agit de Monsieur R. J. Veyron, qui se présente comme « chercheur indépendant ».
[8] À commander à MRJV 11 rue Ambroise Fredeau 31500 Toulouse.

samedi 28 novembre 2009

Livres d'Yves Chiron + livres autour de Charles Maurras

Yves Chiron a écrit quelques livres, disponibles en librairie. Ils peuvent aussi être commandés directement auprès de l'auteur, la liste en est disponible ici au format PDF. Les ouvrages qui ont fait l'objet de traductions sont signalés pour information, mais ces traductions ne sont pas disponibles auprès de l'auteur.

Il est proposé, par ailleurs, en premier lieu, des livres, neufs ou anciens, de Charles Maurras. Puis, des ouvrages sur Charles Maurras et sur l’Action française et des ouvrages d’auteurs de l’école d’Action française. Et, accessoirement, des ouvrages et revues sur divers sujets. Cette initiative n’est pas une entreprise commerciale. Tous les bénéfices contribuent au financement des Éditions BCM dans le cadre de l’Association Anthinéa. - En voici la liste au format PDF.

dimanche 1 novembre 2009

Xavier Soleil - Mes Partis pris (deuxième série) - Préface de Samuel Martin

Vient de paraître:
Xavier Soleil - Mes Partis pris (deuxième série) - Préface de Samuel Martin

Autant de bibliothèques que de lettrés : une fois inventoriés les titres de la culture courante ; une fois définie la part des lectures propres à une génération ; une fois, en quelque sorte, circonscrits les communs, chaque bibliothèque est unique par son corps principal, ses ailes, ses greniers, ses débarras et son jardin d’été… Entrer dans une bibliothèque autre, c’est, derrière les aspects séduisants ou déroutants, c’est, intimidé ou à l’aise, découvrir un monde organisé autrement, des perspectives nouvelles et des points de vue différents.

La bibliothèque de Xavier Soleil, telle qu’elle apparaît dans les pages qui suivent, montre avec force que la littérature est liée à la Cité, à ses dimensions religieuses, politiques et sociales. Par ce lien qu’on oublie parfois à l’usage, ou qu’on minimise pour privilégier la littérature comme évasion, des noms se trouvent rapprochés : Balzac, Béhaine, Le Play ; Rebell, Benjamin, Maurras.
Que des auteurs connaissent un temps de purgatoire, que d’autres ne restent appréciés que par un premier cercle, situation normale dans le cadre de l’histoire de la littérature. Mais les quelques noms cités ci-dessus, en majorité obscurs, le sont non par le jeu du temps mais parce qu’ils ne sont pas admis dans le domaine de l’histoire littéraire officielle : ils restent sous le boisseau par incompatibilité politique avec le système dominant. Ecrivains « interdits » - Drumont -, écrivains délaissés par lâcheté et facilité - Barrès -, parce qu’ils ont pris parti dans bien autre chose que des disputes de chapelles littéraires : dans la querelle politique des Anciens et des Modernes, lors de l’Affaire, lors de l’Epuration, etc., ils habitent l’enfer où la Démocratie laïque et obligatoire les maintient.

Parler d’un écrivain qu’on apprécie sans communiquer l’envie de le lire, serait un échec. On se convaincra de la réussite de Xavier Soleil à transmettre ses goûts et ses idées en lisant les études rassemblées ici, qui suggèreront à chacun d’augmenter sa bibliothèque de quelques noms et titres.

Samuel Martin

Bon de commande

Mes Partis pris ( deuxième série)
26 euros (+ 3 euros de contribution aux frais de port).

Du même auteur, chez le même éditeur

Mes Partis pris (2007)
23 euros (+ 3 euros de participation aux frais de port)

Histoire d’une Société de René Béhaine, pages choisies présentées par Xavier Soleil avec une lettre de Michel Déon de l’Académie française
28 euros (+ 3 euros de participation aux frais de port).
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Commande à adresser aux Editions Nivoit - 5 rue du Berry - 36250 Niherne, en précisant ses nom, prénom, et adresse de livraison. Chèque à l’ordre des Editions Nivoit.

jeudi 29 octobre 2009

[Aletheia n°147] Benoît XVI en dialogue avec les « trois cercles concentriques » - par Yves Chiron

Aletheia n°147 - 29 octobre 2009 
Benoît XVI en dialogue avec les « trois cercles concentriques » - par Yves Chiron 

Paul VI, dans sa première encyclique, Ecclesiam suam (6 août 1964), avait fait la théorie du « dialogue » que l’Église doit engager avec tous les hommes pour mener à bien sa mission : annoncer l’Évangile et conduire, ceux qui le veulent, au salut. « L’Église du Christ Jésus a été voulue par son Fondateur comme mère aimante de tous les hommes et dispensatrice du salut » disait le Pape aux premières lignes de son encyclique.
Paul VI décrivait ce dialogue, nécessaire et toujours inachevé, « comme autant de cercles concentriques autour du centre où la main de Dieu Nous a placé ».
Le premier cercle, le plus éloigné, « immense cercle » disait Paul VI, est celui de « l’humanité comme telle, le monde », marqué largement par l’athéisme ou par l’indifférence à l’égard de la religion (c’est-à-dire de la relation avec Dieu).
Le deuxième cercle, « autre cercle immense », mais « moins éloigné » du Siège de Pierre, est celui « des hommes qui adorent le Dieu unique et souverain ». Paul VI faisait référence explicitement aux religions juive, musulmane et aussi « aux fidèles des grandes religions afro-asiatiques ». Il faut rappeler que Paul VI récusait le relativisme et l’indifférentisme en matière de dialogue inter-religieux : « Nous ne pouvons évidemment partager ces différentes expressions religieuses comme si elles s’équivalaient toutes, chacune à sa manière, et comme si elles dispensaient leurs fidèles de chercher si Dieu lui-même n’a pas révélé la forme exempte d’erreur, parfaite et définitive, sous laquelle il veut être connu, aimé et servi ».
Le troisième cercle, « le plus voisin de Nous », est celui du dialogue « oecuménique » avec les « frères chrétiens, encore séparés de nous ». Paul VI y fondait de grands espoirs et avait la conviction que l’Église catholique était à un moment favorable pour « recomposer l’unique bercail du Christ ».
Paul VI n’oubliait pas le dialogue ad intra, même s’il n’en faisait pas un quatrième cercle : les contestataires catholiques. Le Pape ne nommait personne, mais il visait à la fois, – d’autres discours de cette période le montrent –, ceux qu’on appelait alors les « progressistes » et les « intégristes ». Mais, pour « ce dialogue de famille », disait-il, il attendait d’abord une « obéissance en forme de dialogue ». Cette obéissance devait s’exprimer par « l’observation des normes canoniques » et « la soumission respectueuse au gouvernement du supérieur légitime ».
Quelques mois après cette encyclique, la constitution conciliaire Lumen Gentium (promulguée le 21 novembre 1964), distinguait elle aussi, mais de manière différente, une hiérarchie de ceux à qui s’adresse l’Église : « en premier lieu » les fidèles catholiques ; puis les chrétiens non-catholiques et, enfin, tous « ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile » : les Juifs, les Musulmans et les membres des autres religions « qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent » (LG, § 14-16).
Dans sa volonté de dialogue en vue d’établir ou de rétablir l’unité du peuple de Dieu, Benoît XVI est l’héritier à la fois de la théorie des cercles concentriques de Paul VI et de la distinction, en partie différente, établie par Lumen Gentium. Il l’a dit à plusieurs reprises. En 2006, par exemple, faisant le bilan de son voyage apostolique en Turquie, il évoque « trois ”cercles concentriques” » : « Dans le cercle plus intérieur, le successeur de Pierre confirme dans la foi les catholiques ; dans le cercle médian les autres chrétiens ; dans le cercle le plus extérieur il s’adresse aux non chrétiens et à toute l’humanité » (audience générale du 6 décembre 2006).
Benoît XVI ne cesse de « dialoguer » en vue de l’unité du peuple de Dieu. Le dialogue avec « le cercle le plus extérieur » a été marqué, notamment, par des discours et des initiatives en direction du monde musulman. L’année 2006 fut, à cet égard, emblématique : le discours de Ratisbonne (le 12 septembre 2006 mais il ne concernait qu’en partie l’Islam) et surtout la rencontre de Castelgandolfo (le 25 septembre suivant) et le voyage apostolique en Turquie (du 28 novembre au 1er décembre de la même année). Bien sûr, le dialogue avec l’Islam ne s’est pas arrêté en 2006. En témoigne, par exemple, le Forum catholique-musulman, organisé au Vatican les 4-6 novembre 2008, et marqué, le dernier jour, par un discours de Benoît XVI.
Le dialogue en vue de l’unité avec « le cercle médian », c’est-à-dire avec les chrétiens non-catholiques, prend, avec Benoît XVI, deux directions dominantes : avec les orthodoxes et avec les anglicans. On n’y insistera pas ici. La publication prochaine d’une constitution apostolique pour fixer le cadre canonique et les conditions d’un retour à l’unité catholique des anglicans sera un des événements ecclésiaux de 2009.
Cette publication va intervenir au moment où commence le dialogue doctrinal avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, c’est-à-dire, pour reprendre la distinction de Benoît XVI, le dialogue avec un des éléments du « cercle le plus intérieur ».

Quel objectif ?

Je ne répèterai pas ce qui a déjà été dit sur cette première rencontre doctrinale, qui a eu lieu le 26 octobre dernier. Je ne relève que trois points.
• Sept thèmes principaux de discussion ont été retenus :
– la notion de Tradition,
– l’autorité et les formulations du missel de Paul VI,
– l’interprétation du Concile Vatican II,
– l’unité de l’Église et l’oecuménisme,
– le dialogue avec les religions non-chrétiennes,
– la question de la liberté religieuse.
• Encore une fois, on voit que ce n’est pas le concile Vatican II tout entier que rejette la FSSPX. Mgr Fellay le disait clairement, il y a quelques mois, dans une lettre au cardinal Castrillón Hoyos, alors président de la commission Ecclesia Dei : « Nous ne refusons pas le concile en bloc. Ce qui est repris du Magistère constant de l’Église nous l’acceptons, mais nous refusons les nouveautés – et surtout un certain esprit – qui sont contraires au Magistère de l’Église » (lettre, inédite, du 15 décembre 2008).
• La durée de ces discussions doctrinales n’est pas fixée : « plusieurs années » estime Mgr de Galaretta, un des trois représentants de la FSSPX au sein de la Commission, « pas beaucoup plus d’une année » espère-t-on du côté romain.
Un point très important reste encore à déterminer, le plus important peut-être. Si un accord doctrinal est trouvé, quelle forme prendra-t-il ? Prendra-t-il simplement la forme d’une déclaration commune des deux parties, comme il en existe plusieurs avec la Commission internationale anglicane catholique (ARCIC), avec la Commission mixte catholique-romaine et évangélique luthérienne, et avec d’autres commissions ? Ou cela aboutira-t-il à un acte magistériel, solennel et contraignant pour la foi ?
C’est justement parce que le but final des discussions Saint-Siège-FSSPX n’est pas défini, qu’un théologien romain, éminent, qui avait été pressenti pour être un des représentants du Saint-Siège dans la Commission, a refusé. Je tiens cette information de l’intéressé (cf. Aletheia n° 140, 8.4.2009).