jeudi 29 octobre 2009

[Aletheia n°147] Benoît XVI en dialogue avec les « trois cercles concentriques » - par Yves Chiron

Aletheia n°147 - 29 octobre 2009 
Benoît XVI en dialogue avec les « trois cercles concentriques » - par Yves Chiron 
Paul VI, dans sa première encyclique, Ecclesiam suam (6 août 1964), avait fait la théorie du « dialogue » que l’Église doit engager avec tous les hommes pour mener à bien sa mission : annoncer l’Évangile et conduire, ceux qui le veulent, au salut. « L’Église du Christ Jésus a été voulue par son Fondateur comme mère aimante de tous les hommes et dispensatrice du salut » disait le Pape aux premières lignes de son encyclique.
Paul VI décrivait ce dialogue, nécessaire et toujours inachevé, « comme autant de cercles concentriques autour du centre où la main de Dieu Nous a placé ».
Le premier cercle, le plus éloigné, « immense cercle » disait Paul VI, est celui de « l’humanité comme telle, le monde », marqué largement par l’athéisme ou par l’indifférence à l’égard de la religion (c’est-à-dire de la relation avec Dieu).
Le deuxième cercle, « autre cercle immense », mais « moins éloigné » du Siège de Pierre, est celui « des hommes qui adorent le Dieu unique et souverain ». Paul VI faisait référence explicitement aux religions juive, musulmane et aussi « aux fidèles des grandes religions afro-asiatiques ». Il faut rappeler que Paul VI récusait le relativisme et l’indifférentisme en matière de dialogue inter-religieux : « Nous ne pouvons évidemment partager ces différentes expressions religieuses comme si elles s’équivalaient toutes, chacune à sa manière, et comme si elles dispensaient leurs fidèles de chercher si Dieu lui-même n’a pas révélé la forme exempte d’erreur, parfaite et définitive, sous laquelle il veut être connu, aimé et servi ».
Le troisième cercle, « le plus voisin de Nous », est celui du dialogue « oecuménique » avec les « frères chrétiens, encore séparés de nous ». Paul VI y fondait de grands espoirs et avait la conviction que l’Église catholique était à un moment favorable pour « recomposer l’unique bercail du Christ ».
Paul VI n’oubliait pas le dialogue ad intra, même s’il n’en faisait pas un quatrième cercle : les contestataires catholiques. Le Pape ne nommait personne, mais il visait à la fois, – d’autres discours de cette période le montrent –, ceux qu’on appelait alors les « progressistes » et les « intégristes ». Mais, pour « ce dialogue de famille », disait-il, il attendait d’abord une « obéissance en forme de dialogue ». Cette obéissance devait s’exprimer par « l’observation des normes canoniques » et « la soumission respectueuse au gouvernement du supérieur légitime ».
Quelques mois après cette encyclique, la constitution conciliaire Lumen Gentium (promulguée le 21 novembre 1964), distinguait elle aussi, mais de manière différente, une hiérarchie de ceux à qui s’adresse l’Église : « en premier lieu » les fidèles catholiques ; puis les chrétiens non-catholiques et, enfin, tous « ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile » : les Juifs, les Musulmans et les membres des autres religions « qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent » (LG, § 14-16).
Dans sa volonté de dialogue en vue d’établir ou de rétablir l’unité du peuple de Dieu, Benoît XVI est l’héritier à la fois de la théorie des cercles concentriques de Paul VI et de la distinction, en partie différente, établie par Lumen Gentium. Il l’a dit à plusieurs reprises. En 2006, par exemple, faisant le bilan de son voyage apostolique en Turquie, il évoque « trois ”cercles concentriques” » : « Dans le cercle plus intérieur, le successeur de Pierre confirme dans la foi les catholiques ; dans le cercle médian les autres chrétiens ; dans le cercle le plus extérieur il s’adresse aux non chrétiens et à toute l’humanité » (audience générale du 6 décembre 2006).
Benoît XVI ne cesse de « dialoguer » en vue de l’unité du peuple de Dieu. Le dialogue avec « le cercle le plus extérieur » a été marqué, notamment, par des discours et des initiatives en direction du monde musulman. L’année 2006 fut, à cet égard, emblématique : le discours de Ratisbonne (le 12 septembre 2006 mais il ne concernait qu’en partie l’Islam) et surtout la rencontre de Castelgandolfo (le 25 septembre suivant) et le voyage apostolique en Turquie (du 28 novembre au 1er décembre de la même année). Bien sûr, le dialogue avec l’Islam ne s’est pas arrêté en 2006. En témoigne, par exemple, le Forum catholique-musulman, organisé au Vatican les 4-6 novembre 2008, et marqué, le dernier jour, par un discours de Benoît XVI.
Le dialogue en vue de l’unité avec « le cercle médian », c’est-à-dire avec les chrétiens non-catholiques, prend, avec Benoît XVI, deux directions dominantes : avec les orthodoxes et avec les anglicans. On n’y insistera pas ici. La publication prochaine d’une constitution apostolique pour fixer le cadre canonique et les conditions d’un retour à l’unité catholique des anglicans sera un des événements ecclésiaux de 2009.
Cette publication va intervenir au moment où commence le dialogue doctrinal avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, c’est-à-dire, pour reprendre la distinction de Benoît XVI, le dialogue avec un des éléments du « cercle le plus intérieur ».
Quel objectif ?
Je ne répèterai pas ce qui a déjà été dit sur cette première rencontre doctrinale, qui a eu lieu le 26 octobre dernier. Je ne relève que trois points.
• Sept thèmes principaux de discussion ont été retenus :
– la notion de Tradition,
– l’autorité et les formulations du missel de Paul VI,
– l’interprétation du Concile Vatican II,
– l’unité de l’Église et l’oecuménisme,
– le dialogue avec les religions non-chrétiennes,
– la question de la liberté religieuse.
• Encore une fois, on voit que ce n’est pas le concile Vatican II tout entier que rejette la FSSPX. Mgr Fellay le disait clairement, il y a quelques mois, dans une lettre au cardinal Castrillón Hoyos, alors président de la commission Ecclesia Dei : « Nous ne refusons pas le concile en bloc. Ce qui est repris du Magistère constant de l’Église nous l’acceptons, mais nous refusons les nouveautés – et surtout un certain esprit – qui sont contraires au Magistère de l’Église » (lettre, inédite, du 15 décembre 2008).
• La durée de ces discussions doctrinales n’est pas fixée : « plusieurs années » estime Mgr de Galaretta, un des trois représentants de la FSSPX au sein de la Commission, « pas beaucoup plus d’une année » espère-t-on du côté romain.
Un point très important reste encore à déterminer, le plus important peut-être. Si un accord doctrinal est trouvé, quelle forme prendra-t-il ? Prendra-t-il simplement la forme d’une déclaration commune des deux parties, comme il en existe plusieurs avec la Commission internationale anglicane catholique (ARCIC), avec la Commission mixte catholique-romaine et évangélique luthérienne, et avec d’autres commissions ? Ou cela aboutira-t-il à un acte magistériel, solennel et contraignant pour la foi ?
C’est justement parce que le but final des discussions Saint-Siège-FSSPX n’est pas défini, qu’un théologien romain, éminent, qui avait été pressenti pour être un des représentants du Saint-Siège dans la Commission, a refusé. Je tiens cette information de l’intéressé (cf. Aletheia n° 140, 8.4.2009).

samedi 5 septembre 2009

[Aletheia n°146] Un livre de Gérard Leclerc sur les « lefebvristes » - par Yves Chiron

Aletheia n°146 - 5 septembre 2009

Un livre de Gérard Leclerc sur les « lefebvristes » - par Yves Chiron

Gérard Leclerc, éditorialiste à France catholique, collaborateur de l’hebdomadaire Famille chrétienne, un des fondateurs, en 1971, de la Nouvelle Action Française (dissidence de l’Action française), et collaborateur, depuis cette date, du bi-mensuel Royaliste, publie un « Dossier » consacré à Rome et les lefebvristes[1].

Son essai, rapide – moins de cent pages – veut « prendre la mesure des désaccords, des possibles rapprochements, sans sous-estimer la difficulté d’un plein accord ».

Selon Gérard Leclerc, l’explication principale de la crise « lefebvriste » (qualificatif qu’il préfère à celui de traditionaliste) tient à une sorte de déficience théologique de Mgr Lefebvre et de ses partisans (p. 72, p. 76, etc.). Selon lui, Mgr Lefebvre « n’admit jamais qu’on pût distinguer des aspects positifs dans la recherche exégétique et doctrinale contemporaine. Tout ce qui échappe aux catégories de la scolastique telle qu’il l’a apprise est entaché d’erreur. Il n’y a pas de demi-mesures concevables » (p. 30). En écrivant cela, Gérard Leclerc reprend, de manière irréfléchie, la vulgate anti-lefebvriste d’un prélat d’Écône intellectuellement obtus. Des dizaines de faits montrent le contraire.

Par exemple, l’exégèse du Nouveau Testament a été enseignée au séminaire d’Écône, à partir de 1972, et pendant trois ans, par le P. Ceslas Spicq, dominicain, un des plus grands exégètes du XXe siècle.

Dans le petit livre de Gérard Leclerc, les approximations et les affirmations inexactes ne manquent pas[2]:

. Paul VI aurait « voulu arrêter la logique de la rupture » avec Mgr Lefebvre en le recevant au Vatican (p. 15 et p. 60). Il est avéré que Paul VI n’a reçu Mgr Lefebvre que sur l’insistance de certains membres de son entourage et avec la volonté d’obtenir sa pleine soumission à son autorité, à Vatican II et à la réforme liturgique.

. Mgr Lefebvre se serait engagé « pour les quatre ans que durera le Concile, dans une opposition irrémissible à l’élaboration des différents documents qui formeront le corpus de Vatican II » (p. 36). Il aurait manifesté une « incompréhension radicale […] à l’égard du travail conciliaire. Toutes les données théologiques, patristiques et scripturaires semblent lui échapper » (p. 37). Là encore, Gérard Leclerc ajoute l’erreur à la généralisation. Mgr Lefebvre n’a pas rejeté tout le travail accompli au concile et rejeté tous ses documents. Il est bien connu, par exemple, qu’il estimait très réussi le décret du concile Vatican II sur le ministère et la vie des prêtres, Presbyterorum ordinis, décret qui est loin de s’en tenir aux catégories de la scolastique et qui s’appuie, justement, sur de nombreuses données « patristiques et scripturaires ».

. Et encore, comment Gérard Leclerc peut-il citer longuement l’assertion simpliste du P. Chenu : « La théologie de Billot était totalement ignorante et insoucieuse de l’historicité de l’économie chrétienne, sans familiarité avec les sources scripturaires, élaborée hors de l’expérience pastorale de l’Église, et plus encore du peuple chrétien » (p. 74). Gérard Leclerc se contente d’ajouter : « Cette appréciation extrêmement sévère devrait sans doute être modérée ».

Le jugement du célèbre théologien dominicain sur son aîné n’est pas à son honneur ; il jetait le discrédit, de façon plus qu’outrée, sur l’œuvre considérable du grand théologien jésuite Louis Billot (1846-1931). Tout au contraire de ce qu’affirmait le P. Chenu, le cardinal Billot a, longuement, et à plusieurs reprises, scruté « l’historicité de l’économie chrétienne ». En témoigne encore la publication récente de certaines de ses pages[3].

Si l’on réussit à passer outre ces excès et ces erreurs, on relèvera quelques points intéressants dans les analyses de Gérard Leclerc. Sur la question liturgique, par exemple : « Il est certain que depuis les années 70, la question liturgique a beaucoup évolué. Tout d’abord, nombre d’abus qui avaient accompagné les premiers temps de la réforme se sont atténués […] Nous ne sommes plus dans la situation de blocage du pontificat de Paul VI. Le rite tridentin a reçu un statut officiel […] Les tendances iconoclastes qui avaient abouti à l’éclatement de l’espace sacré sont à reconsidérer et il est permis de revenir sur l’ensemble des réformes imposées » (p. 70-72).


Rectification

Contrairement à ce que j’ai écrit dans le précédent numéro d’Aletheia (n° 145, 6 août 2009), Mgr Fellay a bien célébré, en août 2000, une messe selon le rite traditionnel dans la basilique Sainte-Marie Majeure. Monsieur l’abbé Grégoire Celier, actuel rédacteur en chef de la Lettre à nos frères prêtres, craint que mon erreur factuelle, imprimée dans le n° 145, porte « atteinte […] à la réputation de Monsieur l’abbé de La Rocque et de la Lettre à nos frères prêtres ». Il me prie de préciser : « en dehors et en plus du pèlerinage jubilaire, Mgr Fellay a bien célébré, le 15 août de cette même année [2000], une messe chantée en la basilique Sainte-Marie Majeure ».

Pour résumer cet épisode de l’histoire de la FSSPX et du pèlerinage du Jubilé, on peut donc dire qu’aucun prêtre de la FSSPX, ni son supérieur général, ni aucun des prêtres « amis » qui accompagnaient le pèlerinage jubilaire, n’ont obtenu l’autorisation de célébrer la messe dans les basiliques majeures. Mgr Fellay lui-même l’a regretté dans son homélie prononcée lors de la messe célébrée en plein air, sur le Colle Oppio : « comme vous le voyez, il ne nous a pas été permis de célébrer dans les basiliques ».

Comment et pourquoi ce qui n’a pas été possible, ce qui n’a « pas été permis », les 8, 9 et 10 août 2000, l’a été cinq jours plus tard, une fois les pèlerins partis ? C’est une question qui reste irrésolue pour le profane. Mgr Fellay doit posséder la réponse.

On remarquera que ni Fideliter, ni La Tradizione cattolica (la revue officielle du district italien de la FSSPX) n’ont évoqué cette messe du 15 août dans leur compte-rendu du pèlerinage jubilaire.

Un des prêtres qui a été un des prédicateurs de ce pèlerinage jubilaire me précise dans une lettre : « je ne suis pas au courant [de cette] messe du 15 août de Mgr Fellay à Sainte-Marie Majeure, mais ça ne devait pas être la messe officielle du pèlerinage… achevé. […] ça ne pouvait ni devait être comme supérieur de la Fraternité St Pie X, organisatrice principale du pèlerinage, et peut-être alors ”concédée” pour quelque motif de charité. »

Y.C.


NOTES

[1] Ouvrage publié aux éditions Salvator, 95 pages.

[2] Sans parler des dérapages d’une plume trop rapide. Par exemple, Gérard Leclerc écrit que, dans la fameuse déclaration du 21 novembre 1974, Mgr Lefebvre opposait « la Rome éternelle et la Rome temporelle, influencée par les idées du monde moderne » (p. 56). Mgr Lefebvre opposait, en fait, « la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité » à « la Rome de tendance moderniste et néo-protestante ».

[3] Louis Billot, Prophéties de l’Histoire, Éditions de L’Homme Nouveau, 2007, 127 pages.

jeudi 6 août 2009

[Aletheia n°145] Le statut canonique de la Fraternité Saint-Pie X, de ses évêques et de ses prêtres - par Yves Chiron

Aletheia n°145 - 6 août 2009

Le statut canonique de la Fraternité Saint-Pie X, de ses évêques et de ses prêtres - par Yves Chiron

La note de la Secrétairerie d’État, en date du 4 février 2009, qui a suivi la levée de l’excommunication des quatre évêques de la FSPX, précisait :

La levée de l’excommunication a libéré les quatre évêques d’une peine canonique gravissime, mais elle n’a pas changé la situation juridique de la Fraternité Saint-Pie X, qui, au moment présent, ne jouit d’aucune reconnaissance canonique dans l’Église catholique. Les quatre évêques, bien que libérés de l’excommunication, n’ont pas de fonction canonique dans l’Église et n’exercent pas de ministère licite en son sein.

Le 10 mars suivant, dans sa Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la levée de l’excommunication, Benoît XVI expliquait les raisons doctrinales de la situation canonique actuelle de la FSSPX :

La levée de l’excommunication était une mesure de la discipline ecclésiastique : les personnes étaient libérées du poids de conscience que constitue la punition ecclésiastique la plus grave. Il faut distinguer ce niveau disciplinaire du domaine doctrinal. Le fait que la Fraternité Saint-Pie X n’ait pas de position canonique dans l’Église, ne se base pas en fin de compte sur des raisons disciplinaires mais doctrinales. Tant que la Fraternité n’a pas une position canonique dans l’Église, ses ministres non plus n'exercent pas de ministères légitimes dans l'Église [...]. tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n’a aucun statut canonique dans l’Église, et ses ministres – même s’ils ont été libérés de la punition ecclésiastique – n'exercent de façon légitime aucun ministère dans l'Église.

La pleine communion de la FSSPX avec le Saint-Siège n’a pas encore été retrouvée. La levée de l’excommunication a été, de la part de Benoît XVI, un geste de miséricorde et le début d’un processus dont le but n’est pas encore atteint : « inviter encore une fois les quatre Évêques au retour » (Lettre du 12 mars 2009).

La FSPX reste, aujourd’hui encore, dans une situation canonique anormale, ou anomique si l’on veut. Cette position a été rappelée, à quelques jours des ordinations prévues à Écône, par un communiqué du Saint-Siège, le 17 juin dernier, qui concluait : Ces ordinations doivent donc être considérées également comme illégitimes.

----------

Un article de L’Année canonique

L’Année canonique est la principale revue française de droit canonique. Elle est publiée sous les auspices de la Société internationale de droit canonique et de législations religieuses comparées et de la Faculté de droit canonique de Paris. Son dernier numéro contient un article de Philippe Toxé, doyen honoraire de cette Faculté, consacré à « La levée des excommunications de quatre évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X »[1]. Cet article de treize pages procède de manière méthodique : il analyse d’abord le décret de remise de peine du 21 janvier, puis il en montre la portée.

On ne reprendra pas toutes les analyses de l’auteur, qui s’en tient strictement au plan canonique. Il rappelle que le décret du 21 janvier 2009 « ne concerne que les fidèles pour qui il est porté, et que la peine mentionnée. Il ne faut donc pas lui faire produire des effets juridiques au-delà ou lui demander de résoudre d’autres questions ».

Les évêques de la FSSPX, s’ils sont relevés de l’excommunication, ne sont pas encore en communion complète avec le Saint-Siège : « ces quatre évêques n’ont pas de mission canonique, n’ayant ni office ecclésiastique de nature épiscopale, comme un office diocésain, ni titre in partibus. Ce n’est que dans la mesure où ils recevront un tel titre ou office qui manifestera leur mission canonique en communion avec le siège apostolique qu’ils seront membres du collège épiscopal de l’Église catholique. »

Sans même parler du statut canonique de la FSSPX en général, la situation canonique des prêtres de la FSSPX reste, elle aussi, non résolue. Le décret du 21 janvier n’a pas modifié leur statut personnel : « Salvo meliori iudicio, il semble raisonnable de penser que le plus grand nombre de ces clercs a encouru deux censures : l’excommunication latae sententiae dès lors qu’ils ont adhéré au schisme et la suspense a divinis ipso facto, dès lors qu’ils ont été ordonnés sans dimissoriales d’un ordinaire légitime ».

Cette suspense ne les empêche pas de recevoir les sacrements, « mais leur interdit d’exercer le pouvoir d’ordre et de juridiction ». Leur statut personnel reste à déterminer et leur situation canonique est encore en attente de régularisation.

Ce que ne dit pas l’article, ce sont les accommodements avec le droit canon qui ont été trouvés, avant le décret du 21 janvier, et encore plus depuis le décret du 21 janvier.

Tout le monde se souvient du pèlerinage que la FSSPX, ses quatre évêques en tête, a pu faire dans les basiliques majeures de Rome à l’occasion du Jubilé de l’an 2000. L’abbé de La Rocque écrivait ensuite dans la Lettre à nos frères prêtres (n° 7, sept. 2000) : « Le quinze août de l’an deux mille, en la fête de l’Assomption de la Très sainte Vierge Marie, notre Supérieur Général, Son Excellence Monseigneur Bernard Fellay, put célébrer une messe chantée en la Basilique Sainte-Marie-Majeure ».

L’information était fausse. Mgr Fellay n’avait pas obtenu de pouvoir célébrer la messe dans la basilique. C’est en plein air, sur le Colle Oppio, qu’il a dû la célébrer. En revanche, en cette année jubilaire, nombre de sanctuaires et d’églises se sont ouverts, en France et ailleurs, aux prêtres de la FSSPX. Depuis, au cas par cas, selon la générosité des curés, recteurs et évêques diocésains, des permissions ont été accordées et sont accordées, en nombre toujours plus grand, pour des messes de pèlerinage, ou des mariages ou d’autres cérémonies religieuses. Avec, parfois, des restrictions ou des vexations.

Outre les solutions institutionnelles et canoniques encore à trouver pour la FSSPX, ses évêques et ses prêtres, il reste encore, bien souvent, une conversion des cœurs, de part et d’autre, à opérer.

----------

NOTE

[1] Le numéro où paraît l’article est le 49, année 2007. Comme toutes les revues scientifiques ou universitaires, L’Année canonique paraît en retard. Ce tome XLIX (566 pages) a été imprimé en juin 2009 pour les éditions Letouzey et Ané (87 boulevard Raspail, 75006 Paris).

vendredi 31 juillet 2009

"Une opinion sur l’Action Française" (Berto) et "Pourquoi Pie XI a-t-il condamné l’Action française?" (Chiron/Poulat)

Vient de paraître :


Abbé V.-A. Berto

Une opinion sur l’Action Française

L’abbé Victor Berto (1900-1968), docteur en philosophie et docteur en théologie fut tour à tour vicaire de paroisse, professeur de séminaire, fondateur d’œuvres pour l’enfance (les Foyers Notre-Dame de Joie) et de la fraternité des Dominicaines du Saint-Esprit. Il fut aussi un des fondateurs de La Pensée catholique et le théologien de Mgr Lefebvre au concile Vatican II. En avril 1968, il publia, dans Itinéraires, un important article, « Une opinion sur l’Action française ». Cette analyse catholique, trop peu connue, même des historiens de l’Action française, méritait d’être rééditée.

Éditions BCM, 26 pages, 5 euros
ISBN 978-2-918361-00-8


Yves Chiron – Émile Poulat

Pourquoi Pie XI a-t-il condamné l’Action française ?

La condamnation de l’Action française, en 1926, a provoqué une crise majeure dans l’Église de France. Cette condamnation a été interprétée par Maurras et l’Action française comme une condamnation politique tandis que les libéraux et les démocrates-chrétiens y ont vu une légitimation de leur opposition au mouvement monarchiste. Yves Chiron, par une lecture critique, puis Émile Poulat, par une étude inédite et qui va aux principes, montrent ce qui était en cause : la sécularisation du politique.

Yves Chiron, directeur du Dictionnaire de biographie française, auteur d’une Vie de Maurras (1999) et de diverses études sur le fondateur de l’Action française. Il a publié aussi la biographie de plusieurs papes, notamment Pie XI (Perrin, 2004).

Émile Poulat, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences sociales. Il a publié plus d’une trentaine d’ouvrages, notamment Intégrisme et catholicisme intégral (1969), Une Église ébranlée. 1939-1978 (1980), L’Église, c’est un monde (1986), France chrétienne, France laïque avec Danièle Masson (2008).

Éditions BCM, 70 pages, 11 euros
ISBN 978-2-918361-01-5


Pour commander « Une opinion sur l’Action française » (5 euros port compris) ou « Pourquoi Pie XII a-t-il condamné l’Action française ? » (11 euros port compris), adresser un chèque à « Association Anthinéa », 16 rue du Berry – 36250 NIHERNE – France, en précisant ses nom, prénom, adresse.

vendredi 10 juillet 2009

[Aletheia n°144] Évangéliser la mondialisation ? - par Yves Chiron

Aletheia n°144 - 10 juillet 2009
La première encyclique de Benoît XVI consacrée aux questions sociales, attendue depuis plus de deux ans, a été promulguée le 29 juin dernier et publiée peu de jours après. Intitulée Caritas in veritate, l’encyclique surprend d’abord par sa longueur. Elle compte beaucoup plus de pages que les encycliques sociales qui l’ont précédée.
Si l’on s’en tient aux encycliques considérées comme les plus importantes dans ce domaine, du moins celles auxquelles Benoît XVI fait référence, on peut établir la comparaison suivante :

  • Léon XIII, Rerum novarum (1891) : env. 84.000 signes (ou caractères).


  • Pie XI, Quadragesimo anno (1931) : env. 145.000 signes.


  • Paul VI, Populorum Progressio (1967) : env. 72.000 signes.


  • Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis (1987) : env. 145.000 signes.


  • Benoît XVI, Caritas in veritate (2009) : env. 210.000 signes.

Dans l’encyclique de Benoît XVI, les sujets traités sont plus nombreux que dans les précédentes encycliques sociales. Des sujets nouveaux ou peu abordés précédemment font l’objet de longs développements : la mondialisation ou la nécessité d’imposer des règles à la financiarisation de l’économie. Mais Caritas in veritate, par son ampleur, par son caractère plus doctrinal et plus théorique que pratique, par sa densité, n’est certainement pas une encyclique qui pourra être lue intégralement par l’homme de la rue ni même accessible facilement au fidèle de bonne volonté.
La charité dans la vérité
Composite – le plan même de l’encyclique se ressent des rédactions successives et des rédacteurs divers qui ont collaboré à sa préparation –, cette encyclique trouve sa touche la plus personnelle, la plus ratzingérienne, dans les premières pages. Benoît XVI montre les liens étroits qui doivent exister entre la charité et la vérité[1] : « Ce n’est que dans la vérité que la charité resplendit et qu’elle peut être vécue avec authenticité ».
La charité peut connaître des « dévoiements », des « pertes de sens ». « Sans vérité, la charité bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité. Il est la proie des émotions et de l’opinion contingente des êtres humains : il devient un terme galvaudé et déformé, jusqu’à signifier son contraire. La vérité libère la charité des étroitesses de l’émotivité […] ».
Sans qu’aucune personnalité ne soit nommée ni aucune organisation citée, on relèvera cette critique qui vise un certain humanitarisme chrétien : « Un Christianisme de charité sans vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n’ayant qu’une incidence marginale ».
L’autre principe essentiel de l’encyclique est le rappel que « l’adhésion aux valeurs du Christianisme est un élément non seulement utile, mais indispensable pour la construction d’une bonne société et d’un véritable développement humain intégral ». Plus loin, Benoît XVI plaidera pour le « droit de cité », au sens littéral, de la religion chrétienne. « L’exclusion de la religion du domaine public » empêche les véritables progrès de la société. Le Pape rappelle son discours de Sydney aux jeunes, en 2008 : « Quand Dieu est éclipsé, notre capacité de reconnaître l’ordre naturel, le but et le ”bien” commence à s’évanouir. »
L’économie doit être morale
Dans cette encyclique, comme l’a remarqué Denis Sureau, « Benoît XVI récuse le libéralisme sans pourtant jamais le nommer (pas plus qu’il ne nomme d’ailleurs le capitalisme, le socialisme et le communisme) »[2]. Le Pape conteste l’ « autonomie de l’économie ». Soustraire les questions économiques et financières à la sphère morale « conduit l’homme à abuser de l’instrument économique y compris de façon destructrice. À la longue, ces convictions ont conduit à des systèmes économiques, sociaux et politiques qui ont foulé aux pieds la liberté de la personne et des corps sociaux et qui, précisément pour cette raison, n’ont pas été en mesure d’assurer la justice qu’ils promettaient ». Hors, insiste Benoît XVI, « toute décision économique a une conséquence de caractère moral » ; l’activité économique « doit viser la recherche du bien commun ».
L’encyclique de Benoît XVI, qui se situe avec insistance dans la continuité de l’enseignement social de Paul VI (cité 78 fois), relie trois des enseignements importants de ce pape : Populorum progressio (1967), Humanae vitae (1968) et Evangelii nuntiandi (1975). Le progrès social, moral et économique des peuples va de pair avec la défense de la vie et l’évangélisation. Comme l’écrit le cardinal Barbarin en présentant l’encyclique : « C’est dans la recherche de la vérité que les hommes trouveront le moteur et le fil conducteur de leur action. Le progrès et le développement auxquels la société travaille, supposent une connaissance profonde de ”l’homme tout entier” et de la création. Il est clair qu’on doit agir avec cohérence et qu’on ne peut dissocier l’éthique sociale de celle de la vie, ou l’écologie humaine du respect de la création. »
L’unification de l’humanité est-elle possible ?
Une des convictions de cette encyclique est l’idée que « l’humanité » est « en voie d’unification ». L’idée n’est pas nouvelle, l’utopie d’un gouvernement mondial a été soutenue par de nombreux auteurs, hommes politiques et hommes d’influence. Loin de rejeter cette perspective, Benoît XVI pense que les Chrétiens et l’Eglise doivent « favoriser une orientation culturelle personnaliste et communautaire, ouverte à la transcendance, du processus d’intégration planétaire » (§ 42). Le Pape croit que l’interdépendance et l’interactivité, qui sont une des caractéristiques du monde d’aujourd’hui, peuvent devenir « une communion véritable » (§ 53). Il pense que des institutions temporelles peuvent la favoriser. Il émet un vœu : « il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale » (§ 67).
Le Pape, qui ne ménage pas ses critiques à l’encontre de la mondialisation telle qu’elle est aujourd’hui, n’en conteste pas le but. Sa vision optimiste et évolutionniste de l’avenir de l’humanité le conduit à un choix politique : le mondialisme

----------
[1] Le pape, dans la première partie de son encyclique, emploie le plus souvent le mot « charité » (carità) et parfois le mot « amour » (amore). La traduction officielle en français diffusée par le site officiel du Vatican n’a pas toujours respecté le texte original italien, employant souvent le mot « amour » pour traduire carità. Dans les citations faites ici, je me suis référé au texte italien.

[2] Chrétiens dans la Cité (17 rue Manessier, 94130 Nogent-sur-Marne), n° 226, juillet-août 2009.

mardi 23 juin 2009

[Aletheia n°143] Le regard de Jean Madiran sur les trente dernières années de la vie de l’Église - par Yves Chiron

Aletheia n°143 - 23 juin 2009

Quant à la messe, il y a plusieurs variétés de catholiques, et plusieurs variétés de prêtres, d’évêques et même de cardinaux :

• ceux qui n’acceptent que la messe traditionnelle. « Hors de la messe de saint Pie V, il n’y a point de salut ». La formule n’est pas littérale, mais sous une forme aussi brutale elle a eu cours et elle est encore professée ici et là. Dans la Fraternité Saint-Pie X, longtemps on a prêché (par exemple aux enfants des écoles qui partaient pour les vacances d’été) qu’il valait mieux ne pas aller à la messe le dimanche si on ne pouvait pas assister à une messe selon le rite traditionnel. Ce n’était pas un sermon d’occasion, mais un sermon répété d’année en année. Le dit-on aussi brutalement aujourd’hui ? Je n’en sais rien. En tout cas, depuis longtemps la FSSPX ne prêche plus selon la position exprimée par Mgr Lefebvre en 1970 : « Si on n’a pas le choix et si le prêtre qui célèbre la messe selon le Novus Ordo est un prêtre digne et fidèle, on ne doit pas s’abstenir d’aller à la messe »[1].

• en face, il y a ceux pour qui la messe traditionnelle est un vestige d’archéologie chrétienne. « Hors de la messe de Paul VI, il n’y a point de vie spirituelle » pourraient-ils dire. C’était la position du P. Congar, théologien tant estimé dans la deuxième moitié du XXe siècle : « J’ai aimé la messe latine que j’ai célébrée pendant près de quarante ans. Mais je ne voudrais pas y revenir. J’ai récemment assisté (et, comme prêtre, concélébré) à une messe dite de saint Pie V, célébrée pour l’enterrement d’un ami. Franchement, c’était pénible. L’assistance n’a pas dit un mot ; elle ne voyait rien et n’entendait presque rien de ce que le prêtre, dos au peuple, faisait à l’autel.[2] »

• il y a encore les adeptes d’une voie moyenne, ceux qui, sans refuser aux autres la messe traditionnelle, ont fait de l’assistance à la messe de Paul VI un critère de communion ecclésiale. Leur formule pourrait être : « Sans la messe de Paul VI, au moins une fois par an (pour la messe chrismale), point de communion pleine et entière ».

La position de Jean Madiran ne se ramène à aucune de celles-là – nomenclature non exhaustive. Aux premières pages de son Histoire de la messe interdite (fasc. 2), il écrit : « Une messe nouvelle (et facultative) ne paraît pas impossible en principe, si elle est explicitement et intégralement catholique, sans équivoque ni omission. Peut-être est-il vrai que le niveau mental de l’obscurantisme et de la barbarie modernes, fermés au spirituel et au transcendant, appelle une messe simplifiée (mais authentique) ; une messe-digest pour une Église yankee, fille plus ou moins émancipée de l’Église latine. On peut rêver à une application en ce sens de la constitution conciliaire sur la liturgie ; à ce qu’aurait pu faire Paul VI ; peut-être voulait-il le faire ; et il l’a raté. »

Dans le dernier livre de Jean Madiran, on trouvera une chronologie des faits, citations et déclarations relatifs à la « messe interdite » pour la période 1976-1989, chronologie entrecoupée de « récits » à forte saveur.

Dans les années 1970, sur le sujet de la messe, tout s’est passé comme si l’épiscopat français, à travers ses autorités, avait donné le ton aux déclarations romaines. Le communiqué du cardinal Marty, le 28 février 1977, suite à l’occupation de Saint-Nicolas-du-Chardonnet – Il ne s’agit pas d’une querelle à propos du latin. Il ne s’agit pas d’abord de la messe selon le rite de Saint Pie V. il s’agit de la foi catholique elle-même –, est repris, presque mot pour mot, par le cardinal Poletti, vicaire de Rome, dans un communiqué en date du 5 juin suivant.

Ceux qui ne lisent pas Jean Madiran ou qui lui prêtent de mauvaises intentions, devront bien, un jour, reconnaître son honnêteté intellectuelle et son talent dans l’acribie. Ses pages sur Mgr Lefebvre – p. 41 à 105 – déplairont, en certains passages, aux « lefebvristes » et apprendront beaucoup aux autres. Jean Madiran rappelle que le combat pour la messe traditionnelle a d’abord été le fait des laïcs : « il a fallu attendre au moins deux ans pour qu’il [Mgr Lefebvre] prononce une parole semi-publique contre la messe nouvelle de Paul VI » (p. 53).

Des évêques actuels de la FSSPX, Madiran dit avec justice – au sens traditionnel du mot : « Ils n’ont pas la carrure de Mgr Lefebvre. Mais ils sont évêques. Ils ont de ce fait, dans l’Église, une présence qu’on ne peut méconnaître. Leurs propos, leur comportement, parfois ou souvent, peuvent être jugés plus ou moins regrettables. Mais leur présence maintient de façon militante un témoignage épiscopal contre la disparition du catéchisme romain et contre l’interdiction ou le mépris de la messe tridentine. Sans Mgr Lefebvre et sans ses successeurs il y aurait quand même des prêtres, des laïcs, des instituts militant pour la messe et le catéchisme traditionnels ; il y en a eu, il y en a en dehors de la FSSPX : sans évêques, ils seraient loin d’avoir le même poids » (p. 62).

Le même souci, spirituel, de justice lui fait écrire à propos de Jean-Paul II et la liturgie traditionnelle (p.107, p. 112) et à propos de la réunion d’Assise (p. 113) des pages qui ressemblent à une retractatio, du moins qui portent la marque du recul que donne le temps.

Sur la commission cardinalice secrète qui s’est réunie entre 1982-1995, « et même au-delà », pour examiner la question de la messe traditionnelle, Jean Madiran donne quelques précisions et attend des informations.

Pour donner encore une idée de la manière, unique, qu’a Jean Madiran de poser le status quaestionnis, on citera cet extrait des pages consacrées aux sacres de 1988 dans leur rapport avec la messe traditionnelle : « Les deux thèses n’ont pas cessé d’argumenter chacune de son côté : selon l’une, sans les sacres l’interdiction aurait été maintenue beaucoup plus longtemps ; la thèse inverse estime que l’acte dit schismatique de 1988 a au contraire retardé la reconnaissance officielle du fait que la messe traditionnelle n’était pas valablement interdite : Jean-Paul II estima qu’il valait mieux y surseoir dans cette période de troubles et de tensions ; il en transmit la charge à son successeur ».


NOTES

[1] Position relevée par Jean Madiran, Histoire de la messe interdite, fasc. 2, Éditions Via Romana, 2009, p. 76. Cf. aussi la recommandation aux séminaristes de Fribourg, en 1969, p. 75.

[2] Yves Congar, La Crise dans l’Église et Mgr Lefebvre, Cerf, 1977, p. 39.

mercredi 13 mai 2009

[Aletheia n°142] En 2010, un quart des séminaristes français seront de "Forme Extraordinaire" - par Paix liturgique

Aletheia n°142 - 13 mai 2009

En 2010, un quart des séminaristes français seront de "Forme Extraordinaire" - par Paix liturgique

Cet article est paru dans le n° 176, 4 mai 2009, de Paix liturgique (1, allée du Bois Gougenot – 78290 Croissy-sur-Seine ; ou paixliturgique.com). Les intertitres sont de la rédaction.

La chute vertigineuse du nombre des séminaristes est, en France, un des aspects les plus angoissants de la crise religieuse. À la fin du Concile, en 1966-1967, ils étaient 4 536. Aujourd’hui, en 2008-2009, ils sont environ 740, soit une chute de plus de 80 %.

Pour être plus précis, ils étaient :
. en 1966 : 4 536 ;
. en 1975 : 1 297 ;
. en 1977 : 1 151 ;
. en 1996 : 1 103 ;
. en 2000 : 976 ;
. en 2005 : 784 ;
. en 2006 : 764 ;
. en 2007 : 756.

Les rentrées, qui étaient de 900 en 1966, sont tombées à 200 dans les années de l’après-Concile et de la réforme liturgique, pour amorcer une petite remontée dans les années 80 (234 en 1990) et retomber régulièrement ensuite (133 en 2007). Le nombre des séminaristes parisiens qui était remonté à 100 dans les années 80, dépasse à peine 50 aujourd’hui, de même que le nombre des séminaristes du plus prestigieux des séminaires de France, celui d’Issy-les-Moulineaux – étant précisé que les séminaristes issus de la Communauté de l’Emmanuel résistent à l’érosion, à la manière d’une « valeur refuge », et constituent, par exemple, une part importante des séminaristes formés à Paris.

Pendant le même temps, est née une autre catégorie de séminaristes, destinés à devenir des prêtres célébrant la messe traditionnelle, essentiellement dans un premier temps, pour la Fraternité Saint-Pie-X. Les chiffres des années antérieures à 1980 ne sont pas connus. En revanche, de 1980 à 1988, en vertu d’un « effet Jean-Paul II », les rentrées dans les séminaires de la Fraternité Saint-Pie-X ont connu une baisse sensible, alors que les séminaires classiques, tels ceux d’Ars, Paris, Aix-en-Provence, étaient en croissance, sans pour autant enrayer une inexorable baisse globale.

Puis, à l’époque du motu proprio de 1988, alors que se créaient des séminaires tridentins officiels, les rentrées dans les séminaires classiques ont commencé à baisser (Ars : 20 en 2007-2008 ; Aix : 9), cependant que les rentrées enregistrées dans les séminaires de la Fraternité Saint-Pie-X restaient stables. Puis, le motu proprio de 2007, avant même sa parution, produisit un nouvel effet de croissance des vocations vers l’ensemble des séminaires de rite tridentin (160 en 2007-2008 ; environ le même chiffre en 2008-2009, non compris, il va de soi, les novices des instituts religieux), le séminaire diocésain de Toulon qui accueille des séminaristes pour la forme extraordinaire bénéficiant de ce mouvement.

Pendant ce temps, les autres séminaires sont tombés au plus bas étage jamais atteint (Paris : 63 en 2007-2008 ; Lyon : 19 ; Toulouse : 9 ; Agen, Pamiers, Belfort, etc. : 0). Tous les instituts Ecclesia Dei (reconnus par Rome), mais aussi la Fraternité Saint-Pie-X, prévoient une rentrée extrêmement importante l’année prochaine.

Un sur quatre

En 2008-2009, il y a, à quelques unités près, 740 séminaristes diocésains en France pour la forme ordinaire et 160 pour la forme extraordinaire (dont 40 environ pour la Fraternité Saint-Pie-X). Certaines corrections doivent être faites dans l’une et l’autre catégories : en ce qui concerne les séminaires diocésains, la première année, dite de propédeutique, n’est pas comptée, alors qu’elle est comprise dans les chiffres des séminaires pour la forme extraordinaire ; mais les séminaristes formés dans les séminaires diocésains de France ne sont pas toujours français (par exemple, les séminaristes asiatiques formés à Ars), et un nombre non négligeable des séminaristes du diocèse de Toulon – une quinzaine sur cinquante – sont destinés à la célébration de la forme extraordinaire. Par ailleurs, de nombreux séminaristes diocésains ne cachent pas leur sympathie pour la forme extraordinaire du rite romain et disent vouloir appliquer demain dans leurs futures paroisses le Motu Proprio de Benoît XVI.

S’il est difficile de quantifier ces séminaristes qui entretiennent des relations étroites avec les communautés Ecclesia Dei et qui apprennent à célébrer la messe traditionnelle, il n’en demeure pas moins que l’émergence de ce nouveau clergé va considérablement amplifier la tendance. En d’autres termes, quasiment un séminariste français sur quatre (et même un peu plus pour les raisons ci-dessus évoquées) est aujourd’hui destiné à la célébration de la forme extraordinaire.

25 contre 1

Un séminariste français sur quatre formé pour la forme extraordinaire… tandis que le nombre de lieux de culte où est célébrée la forme extraordinaire de la messe ne représente quant à lui-même pas 1 % des paroisses… Cette proportion déjà significative de un sur quatre n’est donc pas arrivée à son paroxysme et reste en pleine croissance. Dès lors que l’immense majorité des jeunes ne connaît pas cette forme liturgique faute d’y avoir accès dans leur paroisse, la comparaison reste relative. Plus la messe traditionnelle sera célébrée, plus les jeunes la connaîtront et par suite seront dans la possibilité de choisir. Il sera très intéressant de suivre cette évolution les prochaines années. Paix liturgique y reviendra.


Pour la canonisation du bienheureux Pie IX - par Yves Chiron

Giovanni Maria Mastai Ferretti (1792-1878) est devenu le pape Pie IX en 1846.

Sa cause de béatification a été introduite le 7 décembre 1954.

Le regretté Mgr Piolanti [1911-2001], qui fut un des ultimes représentants de la théologie romaine[1], fut aussi, à partir de 1971, postulateur de la cause de Pie IX. Outre le travail historique et théologique propre à la cause, qu’il a mené avec ténacité et intelligence, il a mis en œuvre différents moyens pour mieux faire connaître Pie IX : à partir de 1972, une revue, Pio IX, qui existe toujours ; une collection « Studi Piani » à la Libreria Editrice Vaticana et d’autres initiatives.

Le décret reconnaissant les vertus héroïques de Pie IX a été publié le 6 juillet 1985, la congrégation ordinaire sur le miracle nécessaire à la béatification s’est réunie le 10 juin 1986. Ce n’est qu’après avoir surmonté divers obstacles idéologiques que la béatification a pu intervenir le 3 septembre 2000, en même temps que celle de Jean XXIII[2].

Aujourd’hui, Mgr Gherardini, qui a succédé à Mgr Piolanti comme postulateur de la cause, espère que la canonisation interviendra dès qu’un miracle, dû à l’intercession du bienheureux Pie IX, sera reconnu.

À cette intention, je glisse, dans ce numéro d’Aletheia[3], une image du bienheureux Pie IX avec, au verso, une Prière pour implorer sa glorification et obtenir des grâces.

L’obligeance de Mgr Gherardini, et de Franco Zampini du Musée Pie IX de Senigallia, me permet d’offrir, gracieusement, aux lecteurs intéressés deux livres, en français, publiés quelques années après la mort de Pie IX :

• Enseignements et conseils du Souverain Pontife Pie IX aux catholiques, tirés des Brefs, Allocutions et Discours de Sa Sainteté, 1880, 320 pages.

• Grâces obtenues par l’intercession depuis l’époque de sa mort, suivi d’un appendice : Les derniers moments de Pie IX, La dépouille mortelle de Pie IX, La tombe de Pie IX, 1884, 136 pages.

Pour obtenir ces deux volumes, il suffit d’adresser une demande écrite à Aletheia (les livres sont offerts, une participation, libre, aux frais d’envoi est demandée).

Rappelons qu’existent en français deux biographies du Pape de l’Immaculée Conception et du Syllabus : Pie IX, pape moderne (éditions Clovis, 1995 ; traduit en anglais, espagnol et italien) et Pie IX. Le pape des tempêtes (éditions Jean Picollec, 1999).

La brochure Pie IX et la franc-maçonnerie (éditions BCM, 2000) est disponible à nos bureaux au prix de 5 euros.


NOTES

[1] Cf. Aletheia n° 22, 17 décembre 2001.

[2] Cf. Aletheia, n° 3, 5 septembre 2000.

[3] Les lecteurs de l’édition électronique d’Aletheia peuvent obtenir cette image par une demande écrite qui comporte leur adresse postale.