dimanche 3 mars 2002

[Aletheia n°25] Les réactions à l’accord de Campos (suite) + Le bienheureux Escriva de Balaguer et la nouvelle messe (suite) + De nouvelles déclarations de soeur Lucie de Fatima

Aletheia n°25 - 3 mars 2002
Les réactions à l’accord de Campos (suite)
• La revue la Nef ( n° 125, mars 2002 - 6 euros -, B.P. 73, 78490 Montfort l’Amaury), publie un entretien avec Mgr Rangel et la longue note doctrinale par laquelle les prêtres de  l’Administration apostolique Saint-Jean-Marie Vianney expliquent leur position. La reconnaissance de l’autorité du Pape, expliquent-ils, n’a présenté pour eux aucune difficulté. “ Nous n’avons jamais ni adopté la position sédévacantiste ni voulu faire un diocèse parallèle, contestant l’unité de régime de l’Eglise. ” Pour expliciter leur reconnaissance et acceptation du concile Vatican II, ils font référence à des déclarations de Mgr Lefebvre (“ J’accepte le concile, interprété d’après la Tradition ”) et de Mgr Fellay et à un article de Jean Madiran paru dans Itinéraires  en novembre 1966. Quant à la reconnaissance de la validité du Novus Ordo Missae, ils se réfèrent, explicitement, à la déclaration similaire faite par Mgr Lefebvre, en mai 1988, dans l’ “ accord doctrinal ” signé avec le Saint-Siège puis retiré.
Fideliter, la revue du district de France de la FSSPX, ne publie aucun article ni commentaire sur les accords signés. Son dernier numéro (n° 146, mars-avril 2002 - 7,5 euros -, B.P. 88, 91152 Etampes cedex) publie, en revanche, le texte complet du communiqué publié le 16 janvier dernier par Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la FSSPX. Mgr Fellay regrette “ la précipitation et le caractère partiellement dissimulé des tractations qui ont conduit à la reconnaissance actuelle. ” Il reconnaît néanmoins “ qu’aucune concession substantielle au niveau doctrinal n’a été faite. ” Mgr Fellay estime enfin que “ la situation nouvelle créée servira de test pour le futur. La Fraternité reste très réservée et observe avec appréhension d’aussi près que possible le développement de l’oeuvre en attendant d’en voir les fruits. ”
• Dans l’éditorial du dernier numéro de  Pacte (n° 62, février 2002,  23 rue des Bernardins, 75005 Paris - 2,50 euros), l’abbé de Tanoüarn juge sévèrement la “ soumission a priori ” de Mgr Rangel et des traditionalistes de Campos. Dans le même numéro, Maxence Hecquard confirme qu’il y eut bien un visite de Mgr Fellay, supérieur général de la FSSPX, à Mgr Rangel, en octobre dernier, pour “ tenter de le convaincre de renoncer à cette funeste signature ”. Dans la suite des accusations de trahison portées par l’intermédiaire des Dominicains d’Avrillé, Maxence Hecquard estime que Mgr Rangel a rompu avec “ une alliance DE plusieurs décennies avec la FSSPX. ”
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Le bienheureux Escriva de Balaguer et la nouvelle messe (suite)
• Mgr Fernando Ocáriz, Vicaire général de l’Opus Dei, à Rome, a bien voulu nous donner des précisions sur la célébration du Novus Ordo Missae par le bienheureux Escriva de Balaguer, évoquée dans les deux précédents numéros d’Alètheia.
D’après les sources publiées et d’après ses propres souvenirs personnels, il confirme que Mgr Escriva a incité tous les prêtres de l’Opus Dei à adopter le nouveau rite. Le fondateur de l’Opus Dei      “ s’appliqua à apprendre le nouveau rite de la Messe ” et refusa qu’on sollicite, pour lui, une permission de conserver le rite traditionnel. Néanmoins, Mgr Alvaro del Portillo, rencontrant Mgr Bugnini, le secrétaire de la Congrégation du Culte divin, obtint, vers 1974, que le fondateur de l’Opus Dei puisse à nouveau célébrer selon le rite traditionnel.
Mgr Ocáriz précise que le futur saint Josémaria Escriva de Balaguer pratiqua en fait ce qu’on appelle le bi-ritualisme : “ au cours des dernières années de sa vie, le bienheureux Josémaria célébrait d’ordinaire la Messe sans peuple, et lorsque parfois il la célébrait en présence du peuple, il utilisait le Missel de Paul VI. ”
Hormis le cas du futur saint Josémaria, la sanctification dans le nouveau rite liturgique est manifeste pour Mère Teresa de Calcutta ou Marthe Robin. Quant au Padre Pio, s’il a conservé jusqu’à sa mort le rite traditionnel, on ne peut en déduire une hostilité au nouveau rite, puisqu’il est mort en 1968, avant que le Novus Ordo Missae soit promulgué. Certes, il a obtenu une dispense écrite de suivre les premières réformes introduites dès 1965, mais les documents rassemblés à l’occasion du procès de béatification montrent que seules des raisons de santé ont alors été évoquées.
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De nouvelles déclarations de soeur Lucie de Fatima
• Comme pour mettre un terme aux controverses qui n’ont pas manqué de surgir suite à la publication et au commentaire, par le Saint-Siège, du troisième secret de Fatima, Mgr Bertone, Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a rendu visite à soeur Lucie, en son carmel de Coïmbra, le 17 novembre 2001, et l’a longuement interrogée (pendant plus de deux heures). A l’issue de cet entretien, un long communiqué a été publié, qui porte la signature conjointe de la voyante de Fatima et de Mgr Bertone. Le traduction intégrale de ce communiqué est parue dans le n° 2264, 17 février 2002, de la Documentation catholique  (4,12 euros - 3 rue Bayard, 75008 Paris).
Soeur Lucie conteste que le troisième secret n’ait pas été révélé intégralement : “ Tout a été publié, a-t-elle déclaré ; il n’y a plus rien de secret. ” Elle dit aussi, à deux reprises, son accord avec l’interprétation que le cardinal Ratzinger a donnée du texte. Enfin, elle réaffirme avec force : “ J’ai déjà dit que la consécration désirée par Notre-Dame a été faite en 1984, et elle a été acceptée par le Ciel. ”
• Ces nouvelles déclarations solennelles ne convaincront sans doute pas ceux qui jugent que la consécration demandée par la Sainte Vierge n’a pas été faite (le Père Gruner, la CRC, la FSSPX, et d’autres) et ceux qui estiment que le texte du troisième secret n’a pas été révélé complètement (FSSPX et site internet fatima.be, entre autres).
La pointe extrême de cette contestation est sans doute représentée par un ouvrage publié par une maison d’éditions millénariste (Le troisième Secret du 26 juin 2000 est un Faux..., Editions D.F.T., B.P. 28, 35370 Argentré-du-Plessis, 192 pages - 17,99 euros).
L’auteur, Laurent Morlier, estime :
“ après comparaison des déclarations anciennes et nouvelles de celle qu’on nous présente comme “Soeur Lucie”, il est aisé de conclure que quelque chose d’assez suspect se passe autour d’elle. Nous en sommes réduits aux hypothèses, mais deux seulement sont envisageables ; soit la vraie Lucie est atteinte de démence sénile ou a été droguée, mais si nous étions dans cette situation ses propos seraient plus ou moins incohérents, ce qui n’est pas vraiment le cas (...) Deuxième hypothèse donc : la vraie Lucie a été “mise au placard” et remplacée par une fausse “Soeur Lucie” tout acquise aux désirs du Vatican actuel, et que l’on met en scène dans certaines occasions importantes où elle doit apparaître en public. ”
Cette hypothèse, hautement rocambolesque, avait déjà été avancée jadis, par les mêmes milieux,  pour expliquer l’évolution du pontificat de Paul VI : le pape de l’application du concile Vatican II aurait été un imposteur, un sosie du vrai Paul VI qui, lui,  aurait été maintenu au secret ...