vendredi 21 mars 2008

[Aletheia n°122] Benoît XVI et les sciences historiques

Le 18 août 1883, Léon XIII publiait un très important Bref, De studiis historicis (« Sur les Etudes historiques »), qui peut-être considéré comme la charte des historiens catholiques. Le même jour, il créait une Commission cardinalice pour les études historiques. Cette Commission aura son prolongement dans le Comité Pontifical des Sciences Historiques institué par Pie XII, le 7 avril 1954. Le 7 mars dernier, Benoît XVI a accordé une audience aux membres de ce Comité. Il a prononcé, en cette occasion, un important discours qui prolonge les enseignements de Léon XIII.
Le Pape y considère aussi les études historiques, notamment d’histoire ecclésiastique, confrontées à ce qu’on pourrait appeler une « crise de l’histoire ». Les agences d’informations n’ont cité que quelques extraits de cet important discours. Il n’est pas sûr que la Documentation catholique le publie. Aussi, je crois utile d’en proposer une traduction intégrale.
Je suis heureux de vous adresser une parole spéciale de salut et d’encouragement pour le travail que vous faites dans un domaine de grand intérêt pour l’Eglise. Je félicite votre Président et chacun d’entre vous pour le chemin parcouru en ces années.
Comme vous le savez, c’est Léon XIII qui, face à une historiographie marquée par l’esprit de son temps et hostile à l’Eglise, a prononcé la fameuse phrase : « Nous n’avons pas peur de rendre publics les documents » et a rendu accessibles aux chercheurs les Archives du Saint-Siège. En même temps, il créait une Commission cardinalice pour la promotion des études historiques que vous, professeurs, pouvez considérer comme à l’origine du Conseil Pontifical des Sciences Historiques dont vous êtes membres. Léon XIII était convaincu que les recherches et la description de l’histoire authentique de l’Eglise ne pouvaient qu’être favorables à celle-ci.
Depuis, le contexte culturel a connu un profond changement. Il ne s’agit plus seulement d’affronter une historiographie hostile au christianisme et à l’Eglise. Aujourd’hui l’historiographie elle-même traverse une crise des plus sérieuses, elle doit lutter pour sa propre existence dans une société imprégnée de positivisme et de matérialisme.
Ces deux idéologies ont mené à un enthousiasme effréné pour le progrès qui, animé par des découvertes spectaculaires et des succès techniques, malgré les expériences désastreuses du siècle passé, détermine la conception de la vie de vastes secteurs de la société. Le passé apparaît, ainsi, seulement comme un fond obscur, sur lequel le présent et l’avenir resplendissent avec des promesses trompeuses. À cela est encore liée l’utopie d’un paradis sur la terre, au mépris du fait que cette utopie a montré combien elle était fallacieuse.
Le désintérêt pour l’histoire est typique de cette mentalité et se traduit par la marginalisation des sciences historiques. Lorsque ces forces idéologiques sont actives, la recherche historique et l’enseignement de l’histoire, à l’université et dans les écoles à tous niveaux, viennent à être négligés. Cela produit une société qui, oublieuse de son propre passé et donc dépourvue des critères acquis par l’expérience, n’est plus en mesure d’envisager une vie en commun harmonieuse et un travail commun pour la réalisation des objectifs futurs. Une telle société se présente particulièrement vulnérable à la manipulation idéologique.
Le danger croît toujours plus par la place excessive donnée à l’histoire contemporaine, surtout quand les recherches dans ce domaine sont conditionnées par une méthodologie inspirée du positivisme et de la sociologie. On en vient à ignorer, aussi, des domaines importants de la réalité historique, voire même des époques entières. Par exemple, dans de nombreux programmes d’étude, l’enseignement de l’histoire commence seulement à partir des événements de la Révolution française. Le résultat inévitable d’une telle évolution est une société ignorante de son propre passé ; elle se trouve, ainsi, privée de mémoire historique. Qui ne voit la gravité d’une conséquence semblable : comme la perte de la mémoire entraîne chez l’individu la perte de l’identité, de manière analogue ce phénomène se vérifie pour la société dans son ensemble. Il est évident qu’un tel oubli de son histoire comporte un danger pour l’intégrité de la nature humaine dans toutes ses dimensions. L’Eglise, appelée par Dieu Créateur à remplir son devoir de défendre l’homme et son humanité, est attachée à une culture historique authentique, à un progrès effectif des sciences historiques. La recherche historique à un niveau élevé rentre, en effet, au sens le plus strict, dans l’intérêt spécifique de l’Eglise. Même lorsqu’il ne s’agit pas de l’histoire proprement ecclésiastique, l’analyse historique concourt quand même à la description de cet espace vital dans lequel l’Eglise a exercé et exerce sa Mission au long des siècles. Incontestablement la vie et l’action de l’Eglise sont toujours déterminées, facilitées ou rendues plus difficiles par les divers contextes historiques. L’Eglise n’est pas de ce monde, mais elle vit dans ce monde et pour ce monde.
Si maintenant nous prenons en considération l’histoire ecclésiastique du point de vue théologique, nous relevons un autre aspect important. Sa tâche essentielle se révèle être en effet la mission complexe de chercher à connaître et à clarifier ce processus de réception et de transmission, de paralépsis et de paràdosis, par lequel, au cours des siècles, s’est matérialisée la raison d’être de l’Eglise. Il ne fait pas de doute, en effet, que l’Eglise peut tirer son inspiration pour ses choix en puisant dans son trésor pluriséculaire d’expériences et de mémoires.
Je désire donc, illustres membres du Conseil Pontifical des Sciences Historiques, vous encourager de tout cœur à vous engager, comme vous l’avez fait jusqu’ici, au service du Saint-Siège pour la réalisation de ces objectifs, et à maintenir votre continuel et méritoire engagement dans la recherche et l’enseignement. Je souhaite que, en synergie avec l’activité de vos autres collègues sérieux et compétents, vous puissiez réussir à poursuivre avec efficacité les objectifs les plus difficiles que vous vous êtes fixés et à œuvrer pour une science historique toujours plus authentique.
Avec ces sentiments, je vous assure, pour vous et votre délicate mission, une place dans ma prière, et à tous j’accorde une spéciale Bénédiction apostolique.
(traduction Yves Chiron)

vendredi 29 février 2008

[Aletheia n°121] Dom Gérard (1927-2008) par Yves Chiron

Que faire de mieux, d’abord, sinon reproduire le faire-part de décès que publie l’Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux pour informer ses amis et les fidèles de la mort de leur fondateur :


Le T.R.P. Abbé et la communauté
de Sainte-Madeleine du Barroux,
ont l’immense douleur de vous faire part
du décès de
leur vénéré fondateur et premier Abbé,
le T.R.P. Dom Gérard CALVET
Né à Bordeaux le 18 novembre 1927,
il était entré au monastère de Madiran en 1950.
Après le transfert de la communauté, c’est à Tournay
qu’il avait prononcé ses premiers voeux le 4 février 1951
et qu’il avait été ordonné prêtre le 13 mai 1956.
Ayant fondé la communauté de Bédoin en 1970,
il avait entrepris ensuite la construction de l’abbaye du Barroux.
Après la reconnaissance canonique de celle-ci,
il en avait été nommé le premier Abbé par le Saint-Siège
et avait reçu la bénédiction abbatiale le 2 juillet 1989.
Il avait résigné la charge abbatiale en novembre 2003.
Requiescat in Pace.
Le T.R.P. Abbé et la communauté de Sainte-Madeleine,
la T.R.M. Abbesse et la communauté de Notre-Dame de l’Annonciation,
le Père Prieur et la communauté de Sainte-Marie de la Garde,
en union avec ses frères Jean et Hubert Calvet,
recommandent à vos prières l’âme de leur très aimé Père
et vous prient d’assister ou de vous unir d’intention
à la messe des funérailles qui sera chantée à l’Abbaye
le lundi 3 mars 2008 à 10h00.


Que de souvenirs remontent à la mémoire et la gratitude surmonte aisément la tristesse parce que la vie sur cette terre n’est que passage, tandis que le bien fait restera éternellement et sera compté au jour du Jugement.
Le communauté résidait encore à Bédoin quand un séminariste, agrégé de lettres et aujourd’hui évêque, me fit découvrir une communauté bénédictine qui résistait à la tempête post-conciliaire. C’était en 1980. À la même époque, je découvrais dans Itinéraires les mises en garde du prieur de Bédoin, Dom Gérard, contre la « surenchère » et la « tentation » des « schismatiques de droite ».
Des relations plus étroites, nouées plus tard avec le Père abbé du Barroux, m’ont fait goûter ce que peuvent être la mansuétude et la bienveillance d’un moine. Des dizaines de lettres ou de courts billets, de son écriture reconnaissable entre toutes, en gardent la trace et le souvenir.
Il avait eu le R.P. Eugène de Villeurbanne, fondateur de la communauté capucine traditionnelle de Morgon, comme directeur spirituel. Quand j’avais entrepris d’écrire la vie de ce saint fondateur capucin, Dom Gérard m’avait reçu au Barroux, Père Abbé à la potestas de prime abord impressionnante, dans son grand fauteuil, mais très vite il m’avait fait comprendre ce que doivent être l’attention et l’affection toute spirituelle d’un supérieur pour ses frères.
Quand cette modeste Aletheia a commencé à paraître, Dom Gérard en a été un lecteur de la toute première heure, attentif, et d’une générosité continuelle et sans pareille. Quand, en 2002, mon épouse, nos deux enfants et moi-même, nous nous sommes lancé dans l’aventure d’adopter, en Lituanie, trois autres enfants, le R. P. Abbé du Barroux nous a suivis, pas à pas, dans nos périples Nach Ost. Il nous a accompagnés de ses prières, de son attention et de ses bienfaits (comment ne pas rendre hommage, maintenant, à la « quête » discrète qu’il avait faite, auprès de ses moines et de leurs familles, pour nous et qui fut si généreuse).
Dans les années 1980, Dom Gérard avait publié des Lettres aux « Jeunes mamans », aux « Mères de famille ». Je citerai ici une autre lettre qu’il a adressée à une mère de famille qui avait scrupule à s’approcher de la Sainte Communion :
Comme d’autres personnes que je connais & qui sont dans le même cas que vous, peut-être avez-vous scrupule d’user d’une permission que jadis vous ne possédiez pas et qui aujourd’hui vous est rendue sans mérite de votre part.
Mais la question ainsi posée reste insoluble. Car nous ne méritons jamais rien. Tout est don. Surtout la sainte Eucharistie.
Or Notre Seigneur a un désir infiniment plus grand de vous transmettre sa vie, que vous de la recevoir. Refuser ce don n’est pas une juste forme d’humilité, comme si nous pouvions mériter quelque chose de nous-même. La vraie humilité consiste à se confier à la miséricorde divine. Nous en faisons l’expérience tous les jours.
À un père de famille, qui lui soumettait un beau plan de catéchisme pour préparer des enfants déjà grands au baptême, Dom Gérard écrivait encore, avec délicatesse :
Votre KT préparatoire me semble très complet surtout si vous ajoutez (mais vous le faites, j’en suis sûr) Jésus-Hostie… et le bonheur d’être à Dieu !
Quelle leçon ! Combien de traits et d’enseignements de cette sorte pourraient être cités. Dom Gérard fut un combattant, un résistant. Il y aurait beaucoup à raconter, à dire, dans la vérité de l’histoire. Mais, dans l’immédiat, c’est du Père spirituel qu’il convient de se souvenir.

mercredi 20 février 2008

Frère Roger - 1915/2005 - Editions Perrin

Yves Chiron

Frère Roger
1915-2005
Le fondateur de Taizé
(Éditions Perrin, février 2008)


415 pages, prix librairie : 21,50 euros
par correspondance: 25 euros (port compris)
Paiement à adresser à l’ASSOCIATION NIVOIT
5, rue du Berry - 36250 NIHERNE




Le nom de Taizé est aujourd’hui universellement connu. Les célèbres Chants de Taizé ont été traduits dans des dizaines de langues. Les « Rassemblements de Taizé », sur la colline bourguignonne, dans une grande ville d’Europe en fin d’année ou ailleurs dans le monde, attirent, à chaque fois, des dizaines de milliers de jeunes de toutes nationalités.
Il y a un « mystère Taizé », qui a fasciné les hommes d’Eglise comme les profanes. Mystère de son succès et mystère de son fondateur, figure charismatique.
Pourtant, la figure emblématique du fondateur, Frère Roger – Roger Schutz à l’état-civil (1915-2005) – reste, à bien des égards, méconnue.
Ce livre, première biographie historique de Frère Roger, voudrait échapper à la légende, non pour en prendre systématiquement le contre-pied, mais pour restituer toute une vie dans son contexte historique.
La tâche n’a pas été facile. Taizé n’aime ni l’histoire ni les archives et cultive un certain goût pour le secret ou le discret.
Les rencontres de Roger Schutz et de Max Thurian avec Pie XII et d’autres autorités romaines en 1949 et 1950 n’ont été connues du grand public qu’en 1960 [1]. Frère Roger a choisi son successeur, frère Alois, dès 1978, au cours d’un voyage en Afrique, mais il ne l’annonce à sa communauté que vingt ans plus tard. La communion de Frère Roger à l’Eucharistie catholique, qu’il reçoit depuis 1972, n’apparaît au grand jour que lors de la messe des funérailles de Jean-Paul II, en 2005.
Et que dire de l’itinéraire religieux de son grand-père maternel : séminariste catholique jusqu’au sous-diaconat, puis prêtre dans l’Eglise vieille-catholique, avant d’être consacré pasteur réformé ? Frère Roger n’en a jamais parlé et, aujourd’hui encore à Taizé, c’est une sorte de tabou à ne pas transgresser.
La recherche de Frère Roger, nous avons essayé, ici, de la restituer au plus près. Sans nous arrêter à la « légende », mais aussi avec le souci de ne pas travestir la vérité d’un itinéraire exceptionnel.
Outre les volumes du Journal de Frère Roger, où, souvent, il faut savoir lire entre les lignes, d’autres sources permettent de reconstituer les diverses étapes de sa vie. Il y a, d’abord, les témoignages que nous avons pu recueillir auprès de certains membres de sa famille (par exemple, sa fille adoptive, Marie Strugala), auprès de frères ou d’anciens frères de la Communauté et auprès de ceux qui, catholiques, protestants ou orthodoxes, ont été les témoins de sa vie.
De nombreuses archives ecclésiastiques, institutionnelles ou privées, attendaient aussi l’historien, en France et en Suisse. Elles se sont avérées très riches, pleines de surprises et de documents précieux pour mieux saisir les décisions et les tentatives.
Frère Roger fut un « passeur » de frontières. Suisse, il s’installe en France en 1940. Calviniste, il fonde la première communauté monastique protestante en terre française. Fils de pasteur, pasteur lui-même, il est allé au-delà du protestantisme. « Il est formellement catholique » disait, en 2005, le cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens, au cardinal Barbarin qui l’interrogeait sur l’appartenance confessionnelle de Frère Roger [2].
Il a toujours franchi les murailles pour aider et rassembler. En 1940-1942, il aide des réfugiés politiques et des Juifs ; en 1945-1946, il soulage deux camps de prisonniers de guerre allemands établis près de Taizé ; dans les années 1950-60, il est à la pointe du dialogue œcuménique ; dès 1966, il pressent une vague de contestation radicale dans la jeunesse d’Europe et il saura y voir une soif de questions. Et le reste de sa vie, il mettra en œuvre une pédagogie d’accompagnement de la jeunesse qui sera admirée par beaucoup et critiquée par certains.
Frère Roger appartient maintenant à l’histoire de l’Eglise mais aussi à l’histoire de l’Europe. Les Eglises, elles, ont vu en lui un rassembleur qu’elles n’ont pu tenir à l’écart, avec lequel elles ont entretenu un dialogue, parfois rude et difficile. Si Taizé, d’origine protestante, s’est rapproché du catholicisme, il y a eu un mouvement inverse : Taizé a influencé et le protestantisme et l’Eglise catholique.

(Extrait de l’introduction)
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[1] Le premier article qui évoque ces rencontres paraît dans le Monde le 27 octobre 1960.
[2] Lettre du cardinal Barbarin à l’auteur, le 23 février 2007.

vendredi 15 février 2008

Un nouveau livre d'Yves Chiron: Frère Roger de Taizé

le nouveau livre d'Yves Chiron vient de paraitre:
Frère Roger de Taizé | 1915-2005 | Le fondateur de Taizé
Contenu
Introduction
1. Petit-fils de prêtre, fils de pasteur.
2. Une conversion.
3. Naissance d’une communauté.
4. Retour à Taizé.
5. Les pas décisifs.
6. Entre Genève, Paris et Rome.
7. Au concile Vatican II.
8. « Sortir de l’impasse ».
9. Le concile des jeunes.
10. « Un nomade ».
11. « Autour du Pasteur universel ».
12. Taizé, « une vocation provisoire ».
Notes
Sources
Remerciements

Éditions Perrin, parution février 2008. 415 pages, prix librairie : 21,50 euros.
Bon de commande: voir le document PDF
Yves Chiron
Frère Roger | 1915-2005 | Le fondateur de Taizé
(Éditions Perrin, février 2008)
Le nom de Taizé est aujourd’hui universellement connu. Les célèbres Chants de Taizé ont été traduits dans des dizaines de langues. Les « Rassemblements de Taizé », sur la colline bourguignonne, dans une grande ville d’Europe en fin d’année ou ailleurs dans le monde, attirent, à chaque fois, des dizaines de milliers de jeunes de toutes nationalités.
Il y a un « mystère Taizé », qui a fasciné les hommes d’Eglise comme les profanes. Mystère de son succès et mystère de son fondateur, figure charismatique.
Pourtant, la figure emblématique du fondateur, Frère Roger – Roger Schutz à l’état-civil (1915-2005) – reste, à bien des égards, méconnue.
Ce livre, première biographie historique de Frère Roger, voudrait échapper à la légende, non pour en prendre systématiquement le contre-pied, mais pour restituer toute une vie dans son contexte historique.
La tâche n’a pas été facile. Taizé n’aime ni l’histoire ni les archives et cultive un certain goût pour le secret ou le discret.
Les rencontres de Roger Schutz et de Max Thurian avec Pie XII et d’autres autorités romaines en 1949 et 1950 n’ont été connues du grand public qu’en 1960[1]. Frère Roger a choisi son successeur, frère Alois, dès 1978, au cours d’un voyage en Afrique, mais il ne l’annonce à sa communauté que vingt ans plus tard. La communion de Frère Roger à l’Eucharistie catholique, qu’il reçoit depuis 1972, n’apparaît au grand jour que lors de la messe des funérailles de Jean-Paul II, en 2005.
Et que dire de l’itinéraire religieux de son grand-père maternel : séminariste catholique jusqu’au sous-diaconat, puis prêtre dans l’Eglise vieille-catholique, avant d’être consacré pasteur réformé ? Frère Roger n’en a jamais parlé et, aujourd’hui encore à Taizé, c’est une sorte de tabou à ne pas transgresser.
La recherche de Frère Roger, nous avons essayé, ici, de la restituer au plus près. Sans nous arrêter à la « légende », mais aussi avec le souci de ne pas travestir la vérité d’un itinéraire exceptionnel.
Outre les volumes du Journal de Frère Roger, où, souvent, il faut savoir lire entre les lignes, d’autres sources permettent de reconstituer les diverses étapes de sa vie. Il y a, d’abord, les témoignages que nous avons pu recueillir auprès de certains membres de sa famille (par exemple, sa fille adoptive, Marie Strugala), auprès de frères ou d’anciens frères de la Communauté et auprès de ceux qui, catholiques, protestants ou orthodoxes, ont été les témoins de sa vie.
De nombreuses archives ecclésiastiques, institutionnelles ou privées, attendaient aussi l’historien, en France et en Suisse. Elles se sont avérées très riches, pleines de surprises et de documents précieux pour mieux saisir les décisions et les tentatives.
Frère Roger fut un « passeur » de frontières. Suisse, il s’installe en France en 1940. Calviniste, il fonde la première communauté monastique protestante en terre française. Fils de pasteur, pasteur lui-même, il est allé au-delà du protestantisme. « Il est formellement catholique » disait, en 2005, le cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens, au cardinal Barbarin qui l’interrogeait sur l’appartenance confessionnelle de Frère Roger[2].
Il a toujours franchi les murailles pour aider et rassembler. En 1940-1942, il aide des réfugiés politiques et des Juifs ; en 1945-1946, il soulage deux camps de prisonniers de guerre allemands établis près de Taizé ; dans les années 1950-60, il est à la pointe du dialogue œcuménique ; dès 1966, il pressent une vague de contestation radicale dans la jeunesse d’Europe et il saura y voir une soif de questions. Et le reste de sa vie, il mettra en œuvre une pédagogie d’accompagnement de la jeunesse qui sera admirée par beaucoup et critiquée par certains.
Frère Roger appartient maintenant à l’histoire de l’Eglise mais aussi à l’histoire de l’Europe. Les Eglises, elles, ont vu en lui un rassembleur qu’elles n’ont pu tenir à l’écart, avec lequel elles ont entretenu un dialogue, parfois rude et difficile. Si Taizé, d’origine protestante, s’est rapproché du catholicisme, il y a eu un mouvement inverse : Taizé a influencé et le protestantisme et l’Eglise catholique.
(Extrait de l’introduction)
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[1] Le premier article qui évoque ces rencontres paraît dans le Monde le 27 octobre 1960.
[2] Lettre du cardinal Barbarin à l’auteur, le 23 février 2007.

samedi 9 février 2008

[Aletheia n°120] Réformes et restaurations, pas à pas - par Yves Chiron

Au regard de ses écrits et de ses actes antérieurs au pontificat, il était clair, dès le début, qu’en matière liturgique, Benoît XVI serait à la fois un réformateur et un restaurateur (cf. Aletheia, n° 74, 20 avril 2005).
Non pas seulement un réformateur du nouveau rite (la fameuse « réforme de la réforme ») et un restaurateur de l’ancien rite (le non moins fameux « droit de cité »), mais aussi un réformateur de l’ancien rite. Avec, au terme de ce double mouvement de réforme et de restauration, la fusion des deux rites.
Celui qui était le cardinal Ratzinger l’avait affirmé dans une lettre à son ami le professeur Barth : « le rite romain de l’avenir devra être un seul rite, célébré en latin ou en langue populaire, mais entièrement fondé dans la tradition du rite ancien » (lettre reproduite dans Aletheia, n° 89). Que cette perspective de l’unique rite soit à long terme, à très long terme même, celui qui est devenu Benoît XVI en a bien conscience lui qui sait aussi que le temps de l’Eglise ne s’apprécie pas avec la même mesure que le temps des affaires et des projets uniquement humains.
Quatre actes récents montrent ce double mouvement de réforme et de restauration :
• les éditions du Vatican ont créé une nouvelle collection « Monumenta Liturgica Piana » qui propose l’édition anastasique des livres liturgiques selon la dernière editio typica de 1962. Le Missale Romanum vient de paraître, suivra la réimpression du Rituale Romanum dans l’editio typica de 1952, du Pontificale Romanum dans l’editio typica de 1961-1962 et du Breviarium Romanum dans l’editio typica de 1962.
Le Missale Romanum qui vient d’être réédité n’est pas destiné aux fidèles. Par son format, c’est un missel d’autel, relié, avec notations musicales. Il est destiné aux prêtres, comme un prolongement naturel du motu proprio de juillet 2007[1].
• le 13 janvier 2008 dernier, dans la Chapelle Sixtine, Benoît XVI a célébré la messe (en italien), sur l’autel ancien, sous la fresque du Jugement dernier de Michel-Ange, « tourné vers le Seigneur » et non pas face au peuple comme l’usage s’en est répandu avec le nouveau rite.
Sans en faire une norme pour tous les prêtres, Benoît XVI a voulu mettre en acte, en tant que Souverain Pontife, une conviction spirituelle et théologique. Cette conviction, il l’avait exprimée, notamment, il y a plus de quinze ans, en préfaçant la traduction française de l’ouvrage de Mgr Klaus Gamber, Tournés vers le Seigneur (Editions Sainte-Madeleine, 84330 Le Barroux) : « L’orientation de la prière commune aux prêtres et aux fidèles – dont la forme symbolique était généralement en direction de l’est, c’est-à-dire du soleil levant – était conçue comme un regard tourné vers le Seigneur, vers le soleil véritable. Il y a dans la liturgie une anticipation de son retour ; prêtre et fidèles vont à sa rencontre. Cette orientation de la prière exprime le caractère théocentrique de la liturgie ; elle obéit à la monition : Tournons-nous vers le Seigneur ! ».
• Mgr Athanasius Schneider a publié, le 18 janvier, aux éditions du Vatican, un ouvrage consacré à la communion[2]. Mgr Albert Malcolm Ranjith, secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin, a accordé une préface à ce livre. Mgr Ranjith regrette que la pratique de distribuer la communion dans la main ait été « introduite abusivement et à toute vitesse dans certains milieux de l’Eglise tout de suite après le Concile. »
Cette pratique a banalisé l’acte de la communion, mais aussi a généralisé une attitude désinvolte ou irrespectueuse face à l’hostie consacrée elle-même. Mgr Ranjith estime nécessaire de « revoir » et « si nécessaire abandonner » la pratique de la communion dans la main.
Dès 1969, Jean Madiran avait analysé la « tromperie » du Processus de la communion dans la main[3] ; un processus qui a commencé avec l’instruction Memoriale Domini de la Congrégation pour le Culte divin, en date du 29 mai 1969. L’instruction procédait en trois temps. Elle faisait référence à une consultation des évêques du monde : ils s’étaient montrés très largement hostiles à la communion dans la main : 567 Placet contre 1.233 Non placet. Elle indiquait la position de Paul VI : « le Souverain Pontife n’a pas pensé devoir changer la façon traditionnelle de distribuer la sainte communion aux fidèles ». Mais, elle laissait aux Conférences épiscopales le soin d’autoriser « un usage différent », dans certaines conditions.
Cette autorisation exceptionnelle et conditionnelle de mai 1969 est devenue la norme universelle, sans éviter les risques redoutés par l’instruction elle-même : « manque de respect ou d’opinions fausses qui pourraient s’insinuer dans les esprits au sujet de la Très Sainte Eucharistie. »
L’alarme lancée par Jean Madiran en 1969 a trouvé, près de quarante ans plus tard (!), une première réponse dans la préface du secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin.
• La prière « pour la conversion des Juifs », qui figure parmi les oraisons du Vendredi saint, avait été modifiée dans l’editio typica du Missel de 1962 (les mots perfidis — incrédules – et perfidia – incrédulité – avaient été supprimés). Après le motu proprio de juillet dernier, des organisations juives avaient demandé que cette prière pro Iudaeis soit supprimée. Par un décret du 4 février, Benoît XVI ne supprime pas cette prière, mais il en rend obligatoire une nouvelle version : si les expressions auferat velamen de cordibus eorum et a suis tenebris eruantur sont supprimées, la conversion des Juifs est toujours demandée à Dieu : Ut Deus et Dominus noster illuminat corda eorum, ut agnoscant Iesum Christum salvatorem omnium hominum.
Précisions
• À propos du n° 118 : outre le P. Philippe Verdin, dominicain, il faut compter aussi au nombre des inspirateurs du « Discours du Latran », son amie, Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy. Elle a tenu à le faire savoir au Figaro (16 janvier 2008).
• À propos du n° 119 : un lecteur, jésuite, a fait remarquer que les Jésuites ne sont plus 22.000 dans le monde mais « seulement 19.500 ». Il précise aussi que le noviciat français jésuite n’est pas « mixte » mais qu’ « il y a un internoviciat ignatien qui se réunit de temps à autre ». En d’autres termes, jeunes novices masculins jésuites et jeunes novices féminines de la famille ignatienne se retrouvent de temps en temps, pour quelques jours de « partage », de réflexion et de prière.
• Après le Discours du Latran (20 décembre 2007) à destination des catholiques et après le Discours de Riyad (le 14 janvier 2008) à destination des musulmans, il y aura le « Discours au Grand Orient de France » à destination des francs-maçons et des tenants de la laïcité. La date n’est pas arrêtée, mais Nicolas Sarkozy a accepté de venir s’exprimer lors d’une « tenue blanche fermée » devant le Grand Orient de France. Ce sera une première sous la Ve République de voir le Chef de l’Etat s’exprimer dans une loge maçonnique.
Y.C.
[1] Missale romanum. Edition typica (1962), Libreria Editrice Vaticana (00120 Città del Vaticano), 1.096 pages, 59 euros.
[2] Mgr Athanasius Schneider, Dominus Est, Libreria Editrice Vaticana, 2008, 8 euros.
[3] Jean Madiran, « Le processus de la communion dans la main », Itinéraires, n° 135, juillet-août 1969.

dimanche 20 janvier 2008

[Aletheia n°119] Le nouveau "pape noir": le R.P. Adolfo Nicolas

Le nouveau "pape noir": le R.P. Adolfo Nicolas
Le samedi 19 janvier, en fin de matinée, la 35e Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus réunie à Rome, a élu un successeur au R.P. Kolvenbach, Préposé Général démissionnaire pour raison de santé. La Congrégation, qui n’a pas achevé ses travaux, a réuni, autour du P. Kolvenbach, 225 délégués.
L’origine de ces 225 délégués montre bien que le centre de gravité de la Compagnie de Jésus a basculé hors d’Europe : 18 délégués viennent d’Afrique, 40 d’Amérique Latine, 64 d’Asie et d’Australie, 69 d’Europe et 34 des Etats-Unis.
Les Européens ne représentent plus qu’environ un quart des 22.000 Jésuites que compte la Compagnie (elle comptait 35.000 membres au début des années 1960). La Province de France, dirigée par le P. Dumortier, rassemble 27 petites communautés en France métropolitaine et 7 communautés extérieures (une au Maroc, trois en Algérie, une en Grèce, une sur l’île Maurice et une à La Réunion) rattachées à la Province de France. On est loin de l’époque où les Jésuites de France étaient répartis en six Provinces. Le noviciat de l’unique Province française, désormais situé à Saint-Didier-du-Mont-d’Or, près de Lyon, compte six novices (dont une fille, car le noviciat est mixte).
Sans en faire la seule caractéristique de la Compagnie de Jésus, on rappellera que ces dernières années, trois théologiens jésuites ont fait l’objet de notifications de la Congrégation pour la doctrine de la Foi pour leurs écrits erronés en matière de christologie (le P. Jacques Dupuis en 2001, le P. Roger Haight en 2004, le P. Jon Sobrino en 2006) et qu’un quatrième, le P. Peter C. Phan, a reçu, en 2006, de la part de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et, en 2007, de la part de la Commission doctrinale de la Conférence épiscopale américaine, des exhortations à s’expliquer sur plusieurs points litigieux de ses écrits.
Sans que leurs noms soient cités, la tendance hétérodoxe qu’ils représentent suscite de l’inquiétude. Les deux interventions solennelles du Saint-Siège et de Benoît XVI lui-même, avant l’élection du nouveau Préposé Général, y ont fait allusion.
Deux exhortations solennelles

La 35e Congrégation Générale (la « CG 35 » comme on dit chez les Jésuites, « GC 35 » chez les Américains) s’est ouverte, le 7 janvier dernier, dans un climat d’interrogation sur l’identité et la mission des Jésuites dans le monde.
Le cardinal Franc Rodé, qui n’est pas jésuite mais Préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, a prononcé lors de la messe d’ouverture, une homélie dans laquelle il a exprimé deux fois son « inquiétude » : face à l’« éloignement croissant de la Hiérarchie » qui se manifeste dans la Compagnie, et face à « la séparation toujours croissante entre foi et culture, séparation qui est un empêchement grave pour l’évangélisation ».
Le cardinal Rodé a demandé aux Jésuites « de présenter aux fidèles et au monde l’authentique vérité révélée dans l’Ecriture et la tradition ». Il a demandé aussi aux censeurs jésuites plus de vigilance – et comment ne pas voir ici une allusion aux quatre théologiens cités plus haut : « Ceux qui, selon votre législation, doivent veiller sur la doctrine de vos revues, de vos publications, qu’ils le fassent à la lumière et selon les ”règles pour sentire cum Ecclesia” avec amour et respect. »
Trois jours après l’homélie du cardinal Rodé, Benoît XVI a adressé une lettre au R.P. Kolvenbach, pour lui exprimer sa « gratitude ». Il a voulu aussi faire « quelques considérations » pour « encourager » et « stimuler » les Jésuites « à réaliser toujours mieux l’idéal de la Compagnie ». Il a demandé à la Compagnie de rester fidèle au « vœu d’obéissance directe au successeur de Pierre, perinde ac cadaver ». Il a rappelé qu’ « il est indispensable […] que la vie des membres de la Compagnie de Jésus, ainsi que leur recherche doctrinale, soient toujours animées par un vrai esprit de foi et de communion ”en harmonie avec les indications du Magistère” ». Il a aussi souhaité « vivement » que « tous les Jésuites » soient « encouragés à promouvoir la vraie et saine doctrine catholique.
Si ces exhortations ne sont pas nouvelles – Benoît XVI a repris certaines recommandations faites par Jean-Paul II lors de la précédente Congrégation Générale, en 1995 –, la demande qui suit est plus inattendue. En effet, quittant les directives générales, Benoît XVI a demandé à la Congrégation Générale de faire une profession de foi sur différents points et doctrines qui ont conduit notamment aux mises en garde et condamnations citées ci-dessus. « Il pourrait être fort utile, a dit le Pape, que la Congrégation Générale réaffirme, dans l’esprit de saint Ignace, son adhésion totale à la doctrine catholique, en particulier sur des points névralgiques fortement attaqués aujourd’hui dans la culture séculière, comme par exemple le rapport entre le Christ et les religions, certains aspects de la théologie de la libération, et divers points de la morale sexuelle, surtout pour ce qui regarde l’indissolubilité du mariage et la pastorale des personnes homosexuelles. »
Depuis longtemps on n’avait pas entendu un Pape se montrer aussi directif envers les Jésuites.
Le 29eme successeur de saint Ignace
Le P. Adolfo Nicolas, élu le 19 janvier dernier Préposé Général, est âgé de 71 ans. Né à Palencia, en Espagne, en 1936, il est entré au noviciat à dix-sept ans. Il a commencé ses études de philosophie à Alcala de Hénarès, avant de poursuivre celles de théologie au Japon où il a été ordonné prêtre en 1967. Il a accompli toute sa carrière ecclésiastique en Asie où il a été successivement professeur de théologie à l’université jésuite de Tokyo, directeur de l’Institut Pastoral de Manille, aux Philippines, recteur du scolasticat de Tokyo, Provincial du Japon avant d’être, depuis 2004, Modérateur de la Conférence jésuite d’Asie orientale et Océanie. Il est l’auteur d’une étude sur les directives spirituelles de saint Ignace dans sa correspondance (1960), d’un essai sur la Théologie du Progrès (1972) et de réflexions sur la vie religieuse, intitulée L’horizon de l’espérance (1978).
Le 29e successeur de saint Ignace n’apparaît pas comme un conservateur, certains vaticanistes le qualifient même de « très progressiste ». Mais les pronostics des vaticanistes sont souvent démentis par les faits et leurs analyses parfois simplificatrices.
Pour avoir une idée plus précise de la vision du nouveau Préposé Général, on peut se reporter aux réponses qu’il a données, à la fin du mois de décembre dernier, au site des Jésuites américains. Invité à s’exprimer sur ce qu’il attendait de la 35e Congrégation Générale, il avait répondu par six questions : Can we be realistic ? Can we be transparent ? Can we be accompanied ? Can we be creative ? Can we be practical ? Can we be short ?
Il ne souhaitait pas une CG trop longue, qui multiplie les textes. Il espérait qu’elle serait l’occasion d’une prise de conscience : « dans quelles mauvaises directions sommes-nous allés, ce qui a manqué dans nos vies, ce qui a été déformé ou blessé dans notre esprit, ce qui nécessite conversion, renouveau ou réforme radicale. »

dimanche 13 janvier 2008

[Aletheia n°118] Après le discours du Latran - par Emile Poulat

Aletheia n°118 - 13 janvier 2008

Article paru dans l’hebdomadaire France Catholique (60 rue de Fontenay, 92350 Le Plessis-Robinson), le 11 janvier 2008.

Ce n’est pas à moi d’expliquer au pape Benoît XVI et au président Sarkozy ce qu’ils doivent penser, dire ou faire. D’ailleurs, ils ne me le demandent pas. Je me sentirais trop comme Grosjean voulant en remontrer à son curé ou à son instituteur. En revanche, à moi ou à nous, il nous appartient de les écouter, ce mot à double sens : les suivre et leur obéir, mais d’abord les entendre et les comprendre. C’est donc par là que je commencerai.

Nicolas Sarkozy a donc rendu visite à Rome à Benoît XVI. Cela fait trois points distincts : le voyage, le programme, le discours.

1/ Le voyage

Le Saint-Siège est la première puissance avec laquelle, depuis le XVe siècle, la France entretient des relations diplomatiques. Ces relations ont été interrompues pendant la Révolution française, reprises par Bonaparte, et rompues – seule et unique fois – par la IIIe République de 1904 à 1921.

Le voyage du chef de l’État nouvellement élu s’inscrit donc dans la meilleure tradition diplomatique. Ce qui est nouveau, c’est le style : d’une part, la suite bigarrée qui l’accompagnait ; d’autre part le rythme accéléré du programme de moins de vingt-quatre heures et avec les occupations parallèles (un dîner avec les chefs de gouvernement italien et espagnol).

2/ Le programme

Le programme comportait deux moments forts : une audience privée du Pape – courte, vingt-cinq minutes -, une cérémonie en la basilique Saint-Jean de Latran, cathédrale du Pape, où Nicolas Sarkozy a été accueilli par le chapitre des chanoines pour y prendre possession de la stalle de « premier et unique chanoine d’honneur », titre transmissible décerné à Henri IV pour sa générosité envers le chapitre. En réalité, la « stalle » est un fauteuil au milieu du chœur, montrant bien ainsi que, parmi les chanoines, ce laïc n’est pas l’un des leurs, même si, traditionnellement, une stalle est réservée à un chanoine français (présentement Mgr Louis Duval-Arnould) pour le représenter.

Il semble bien que, depuis la fin de l’Ancien Régime, et peut-être même avant, la prise de possession soit tombée en désuétude. Elle a été relevée par la Ve République, comme un signe des bonnes dispositions de la France envers le Saint-Siège, à une heure où celui-ci occupait une place croissante sur la scène internationale. Nous sommes dans l’ordre de l’honorifique et du symbolique, sans aucune confusion des rôles et des plans, et selon un usage dont on trouverait bien des équivalents dans la société civile.

3/ Le discours

Ce qui a fait mouche et a ouvert le débat, c’est le discours prononcé par le président de la République à l’occasion de sa prise de possession, d’autant plus que ce discours s’inscrivait dans le prolongement du livre d’entretiens La République, les religions, l’espérance1.

Ce discours est donc à deux faces : la laïcité, la religion. Sur la laïcité, il a fait bondir la gauche laïque et même le centre (François Bayrou) rallié à la laïcité, et on peut se demander si c’est bien toujours à bon escient. Sur la religion, il a ravi les autorités romaines, et on peut se demander si ce n’est pas imprudence ou précipitation : la satisfaction était de circonstance, et donc s’imposait, mais à quoi allait-elle ?

Sur ces deux thèmes, la nouveauté du ton était indéniable, dans le style du président. Il y avait, dans le propos, une chaleur inhabituelle et une formule nouvelle : laïcité positive. Deux questions se posent aussitôt : n’était-ce pas déjà en France la réalité progressivement établie ? Et, si notre société peut faire mieux en ce domaine, que peut-on attendre de cette déclaration d’intention ?

Deux distinctions capitales s’imposent ici si l’on veut sortir de la confusion habituelle qui alimente les débats. La première est entre deux ordres de réalités : la laïcité qui habite chacun d’entre nous, la laïcité qui nous gouverne tous. La seconde est entre deux notions qui ne s’équivalent pas : laïcité et séparation.

La laïcité qui nous habite, c’est l’idée que chacun de nous est libre de s’en faire et sur laquelle se sont longtemps affrontées les familles de pensée, sans qu’on puisse considérer l’opposition comme surmontée et la discussion comme close. La laïcité qui nous gouverne – Notre laïcité publique2 – c’est le régime juridique et administratif progressivement mis en place, de la IIIe à la Ve République, un régime qui s’impose, à la fois par la force de la loi et par la satisfaction qu’il procure généralement dans son ensemble.

Ce régime représente bien aujourd’hui une réalité positive, qui n’exclut personne et qui intègre les religions. S’il y a des aspirations et des contentieux, leur domaine est limité et mineur. Personne ne songe à le remettre en cause radicalement. Laïcité positive, qui ne s’en réjouirait ? Objection : si elle n’était que positive, tout irait bien, mais elle renvoie à une laïcité négative et à ses partisans, qu’elle condamne et qui, justement vivaient leur idée de la laïcité comme positive. Comment ne pas raviver « la guerre des deux France » ? Autre objection, sémantique et inextricable : ajouter un adjectif, c’est changer le sens du substantif. Mais alors, pourquoi opposer à cette « laïcité » positive la « laïcité républicaine » ? Et parler simplement de « la laïcité » devient vite incantatoire, comme de parler de « la modernité » ou de « la liberté ».

Voici pourtant vingt-cinq ans que la Ligue de l’Enseignement a mis à son programme une recherche et une réflexion sur l’histoire et sur la mise en œuvre de notre laïcité française. Elle avait parlé, certes, non de laïcité positive, mais de laïcité ouverte, puis de laïcité plurielle. Entre la Ligue et le Président, c’est le tunnel du Mont-Blanc en percement, son ouverture par les deux bouts, en attendant l’heure de se rencontrer si chacun a calculé juste, un travail ingrat mais gratifiant loin du ciel des idées pures. C’est ce travail qui oblige à distinguer clairement laïcité et séparation des Églises et de l’État. Quand François Bayrou explique qu’il s’en tient à la laïcité de Jules Ferry3, c’est un peu court, pour deux raisons : parce que la laïcité ne se limite pas aux lois scolaires, et parce que, si la laïcité commence avec Jules Ferry, elle ne s’arrête pas avec lui.

Notre régime de laïcité publique s’enracine pour l’essentiel dans une période de vingt-cinq ans : des lois scolaires (1881-1886) à une loi cultuelle (1905) « concernant la séparation des Églises et de l’État ». Ces deux bornes ont été à l’origine d’un grave conflit avec l’Église catholique : deux conflits réglés - ou plutôt apurés en 1923-1924 pour le culte4, en 1959, par la loi Debré, pour l’enseignement.

La République est devenue constitutionnellement « laïque » en 1945 par la volonté commune d’un gouvernement tripartite (communistes, socialistes, démocrates-chrétiens) et en 1958 par la volonté d’une majorité gaulliste, sans que soit définie cette « laïcité », sans que soit assuré un accord sur une même acception. Des progrès sont nécessaires et peuvent être escomptés en vue d’une clarification, mais devant ce flou persistant, on comprend que le Saint-Siège n’ait pas les idées plus claires et demeure perplexe, tout en ayant sa propre idée d’une « vraie et saine laïcité ». Il reste que nous sommes bien parvenus à un régime apaisé, ouvert, pluriel, positif. C’est de lui qu’il peut sortir, si on l’estime possible et souhaitable, de nouvelles avancées.

L’État n’est pas devenu plus laïque grâce à la loi de 1905, simplement un peu moins sacristain. Il administrait à son échelle le temporel de quatre cultes reconnus : il y renonce au profit d’une entière liberté reconnue à tous les cultes. En ce sens, c’est la République qui est devenue plus laïque, puisqu’elle ne privilégie plus aucun « culte ». Et pourtant, on bute sur un obstacle inattendu : les sectes, en même temps qu’on dut découvrir une frontière incertaine entre culte et culture.

En 1905, le législateur a reculé devant une séparation intégrale. Il aurait pour cela fallu faire à l’Église catholique un « cadeau » - un cadeau empoisonné – et il s’y est refusé : lui rendre les 40.000 églises et chapelles nationalisées en 1789 et, depuis 1802, affectées à l’exercice du culte catholique. Au sein de la laïcité, la loi de 1905 est de nature hautement symbolique, mais son dispositif est singulièrement limité : elle se borne à supprimer le service public du culte, le budget des cultes et l’administration des cultes chargée de gérer ce budget et ce service. Elle a été modifiée une vingtaine de fois – la première moins d’un an après sa promulgation – selon une dizaine de critères. Elle appelle d’urgence une édition critique : sa version dite « consolidée » publiée officiellement est loin d’être satisfaisante. Faut-il encore la modifier ou la compléter ? Il faut d’abord la lire et bien la lire. La loi de 1905 a été condamnée par le pape Pie X et, à nouveau, par le pape Pie XI qui en a pourtant autorisé l’usage sans que le gouvernement ait accepté de la modifier. Elle a donc été condamnée tout en étant acceptée par l’épiscopat français et par le Saint-Siège. L’essentiel n’est pas d’ergoter sur le mot séparation, mais de suivre le Conseil d’État qui, dès mars 1906, a établi que la majorité parlementaire avait écarté une loi de combat au profit d’une loi de liberté : une liberté comme l’Église n’en avait jamais connu au cours de l’histoire de France. Et, d’une certaine manière, c’est bien ce qui faisait la difficulté : ni l’État, ni l’Église, ni personne n’avait l’expérience de cette liberté où il fallait s’engouffrer, sans savoir où elle menait.

Depuis un siècle, l’Église a donc toute liberté d’occuper tout l’espace public dont elle est capable. Traduit dans son langage, l’article 1er de la loi de 1905 assure la libertas conscientiarum et garantit la libertas Ecclesiæ en matière de culture, indépendamment des lois qui lui ouvrent libéralement accès à tout le champ des libertés publiques (presse, enseignement, association, réunion, syndicats, etc.) à une exception près, levée en 1942 : les congrégations. On dira qu’il ne faut rien idéaliser. Il faut plutôt éviter de confondre. Tout bien décanté avec le temps, si l’Église a eu à souffrir, ce n’est pas du nouvel état de droit mais du mouvement de la société. La loi de 1905 pouvait modifier le rapport de la puissance publique et de l’Église catholique : elle était le produit d’un rapport de forces sociales qu’elle n’avait pas le pouvoir de modifier, moins encore d’inverser. Dès lors, deux questions vont se poser à l’Église : la liberté pour quoi faire ? Et la liberté dans quelle situation ?

Le laïcisme n’a jamais désarmé et l’Église l’a toujours dénoncé : aussi agissant qu’on le suppose, il n’a jamais entamé le régime juridique issu des « lois laïques ». Mais surtout, il est à double face comme Janus : fils de la philosophie des Lumières et marqué à gauche ; fils de l’économie libérale et de la sécularisation des activités humaines, marqué à droite. Un exemple : les premiers ont supprimé le repos dominical, remplacé par le repos hebdomadaire fixé le dimanche, et ce sont les seconds qui réclament le dimanche jour ouvré, malgré les Églises et les syndicats.

C’est dans cet environnement défavorable, à régime juridique constant (sauf corrections successives toutes favorables), que l’Église va devoir exercer sa nouvelle liberté et faire l’apprentissage des possibilités qu’elles lui ouvrent. Et ceci sur deux registres bien distincts : la vie paroissiale dans le cadre diocésain, comme toujours ; depuis la Révolution française, un projet de restauration chrétienne de la société (« chrétienté profane », selon Jacques Maritain ; « royauté sociale » de Jésus-Christ sur les individus, les familles et les nations, selon Pie XI).

Chacun peut voir ce qu’il en est advenu : baisse continue des statistiques de pratique religieuse et de la fréquentation des Eglises ; affaissement de la catéchisation des enfants, des patronages et des mouvements de jeunesse catholique (à l’exception du scoutisme) ; rupture culturelle des jeunes générations ; sécularisation des organisations d’étiquette ou d’inspiration catholique ; révolution des mœurs (cohabitation juvénile, sexualité précoce, contraception, avortement, divorce, pacs, homosexualité revendiquée, pornographie généralisée, drogue banalisée, pédophilie, perspectives ouvertes par la génétique, etc.) L’Église n’a plus les moyens de son projet et ne les retrouvera pas, sans disposer d’un projet de remplacement, sans même une analyse et une réflexion sur les raisons de cette rapide transformation du paysage. L’Église de France reste pourtant d’une grande vitalité et d’une forte créativité, mais en tous sens, et avec une portée limitée, dans le prolongement de ce qu’au XIXe siècle, on appelait « les industries du zèle », sans dissiper les inquiétudes.

On comprend que, dans cette situation, l’appel romain de Nicolas Sarkozy à l’Église catholique et aux catholiques de France ait été accueilli par des applaudissements et qu’il ait « fait mouche » parmi les cardinaux « buvant du petit lait »5 . On comprend qu’il ait irrité les « laïques » comme une entorse à la laïcité.

Le Président voulait taper fort, au risque de taper trop fort, pour frapper l’opinion. Il a réussi. Il ne pouvait choisir meilleur moment, à l’heure où l’Église de France se montre soucieuse de sa visibilité, d’une plus grande visibilité, et s’interroge sur les voies à prendre, en réaction contre ceux des siens qui lui expliquaient qu’elle n’était plus qu’une minorité et qu’elle devait se faire modeste.

Pour une part, je trouve ce débat interne fallacieux. Je repense au débat ouvert par Maurice Druon en 1972, Une Église qui se trompe de siècle. Je pense qu’elle se trompe de cible. La question fondamentale pour elle n’est pas d’être visible, mais d’être audible, en sachant qu’il ne suffit pas de parler pour être entendu, mais qu’il faut trouver l’oreille d’autrui et lui dire des choses pour lui pertinentes.

En outre, elle sous-estime sa visibilité présente, qu’elle devrait apprendre à mieux mesurer. Je ne peux ici développer mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, après l’État, aucune organisation ne dispose – et de loin – de moyens équivalents. Sera-t-elle en mesure de répondre à l’appel présidentiel plus qu’elle ne fait aujourd’hui ? On peut le souhaiter sans discerner clairement la réponse. Et l’on ne peut oublier les deux freins qui pèsent sur cette réponse : la crainte de l’Église d’être instrumentalisée, et la persistance d’importantes divergences (en tête l’immigration, la bioéthique, la famille et le travail dominical). Il suffit de se souvenir que l’Église de France et le Saint-Siège ne sont toujours pas clairs avec la loi de 1905 – qui demeure condamnée – et avec les associations cultuelles qu’elle a instituées, et moins encore avec l’idée de laïcité.

Sur ce point, le discours présidentiel du Latran risque, en effet, d’accroître la confusion plutôt que de la dissiper. Le ton nouveau qu’il a adopté peut avoir un effet, limité, sur l’opinion publique : il ne change rien à l’ordre existant. Jean-Pierre Raffarin l’a expliqué sans équivoque : « la société française ne peut accepter qu’une religion tente de lui imposer un projet politique.6 »

Il faut en être conscient – et c’est sans doute là le vrai « tournant » - Nicolas Sarkozy ne fait que dire enfin tout haut ce qui se pratique au quotidien sans phrases, malgré les représentations contradictoires, éloignées de la réalité, que peuvent s’en faire des catholiques et des laïques. Ce qu’il dit n’est que la tardive reconnaissance publique du caractère libéral de notre régime de laïcité et de sa pratique depuis un siècle. Désormais, il y aura contradiction et même hypocrisie si l’on n’accorde pas ce qu’on pense de la laïcité et ce qui est fait un peu partout.

Si l’on voit, dans le discours du Latran, une atteinte ou une menace pour la laïcité, il faut aussi dénoncer le maire socialiste de Villiers-le-Bel après les violences qu’a subies sa commune, déclarant aux associations et aux religions : « J’ai besoin de vous »7. Il faut dénoncer Lionel Jospin qui, en 2002, a institué une rencontre annuelle entre le gouvernement et l’épiscopat. Il faut dénoncer Vincent Auriol qui, en 1947, a rétabli la présentation à l’Élysée des vœux des cultes anciennement reconnus, supprimée en 1905. Il faut dénoncer tous les recours de la puissance publique à l’aide des organisations d’étiquette ou d’inspiration confessionnelles.

L’appel du Latran laisse en l’état le statut des cultes et de ses ministres. Les religions ne redeviennent pas un service public. La loi de 1905 lui ouvre les portes du monde associatif sur un mode particulier, de droit privé. L’appel aux associations a précédé l’appel aux religions.

La religion se perd, et elle n’est plus ce qu’elle était, mais il nous faut apprendre à voir qu’elle occupe encore une place considérable dans l’espace public, et en grande partie du fait de l’Église catholique. La Raison, organe de la Libre-Pensée, s’est récemment plaint que l’agenda de Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur chargée des cultes, ne lui permette pas de recevoir ses représentants, alors qu’elle trouve largement le temps de recevoir et de visiter les autorités religieuses8.

Il faut bien le constater : le ministre sait ce qu’elle peut demander aux grandes religions sur le terrain social, tandis qu’elle n’attend rien en ce domaine de la Libre Pensée.

Il était bien temps de le reconnaître publiquement et d’en tirer les conséquences, ou alors c’est un siècle de régime libéral et de pratique libérale de la laïcité qu’il faut remettre en cause. Il faut aussi reconnaître le long chemin à parcourir, au sein de la société française, pour qu’elle soit au clair avec la laïcité qu’elle s’est donnée.

Je n’ai pas abordé l’Europe et ses racines chrétiennes. C’est devenu un véritable cactus, un débat mal engagé où les sensibilités l’emportent sur la raison. Je m’en tiendrai à la remarque de bon sens du cardinal Jean-Louis Tauran : « Quand on fait un traité, on n’est pas obligé de faire de l’histoire ; mais quand on fait de l’histoire, on doit la respecter ».

Reste un dernier sujet, fondamental : l’espérance. Je ne suis pas sûr que le Pape et le Président s’en fassent la même idée et que le mot revête pour eux la même réalité. « L’espérance des peuples n’est pas dans la foi, mais dans la démocratie et le droit », écrivait récemment Bernard-Henri Lévy9. Mais de quelle foi s’agit-il ? Et comment s’articule-t-elle avec notre condition historique ? Plus qu’un point, grave de désaccord, j’y vois le lieu d’une réflexion commune à instaurer. « Spe salvi », sauvés dans l’espérance, cette deuxième encyclique de Benoît XVI, c’est le point de départ, pour l’Église, d’une réflexion, d’une redéfinition de son projet pour l’humanité au XXIe siècle10.

(1) Avec Thibaud Collin et le Père Philippe Verdin, éditions du Cerf, 2004, 172 pages, 17 €.

(2) Émile Poulat, Notre laïcité publique, Paris, Berg International, 2003, 416 pages. 22 €.

(3) Le Figaro, 26 décembre 2007.

(4) Emile Poulat, Les Diocésaines. République française, Église catholique : Loi de 1905 et association culturelle, le dossier d’un litige et de sa solution (1903-2003), Paris, la Documentation française, 2007, 578 pages, 25 €.

(5) Reportage de Samuel Pruvot in Famille Chrétienne, 29 décembre 2007.

(6) Le Figaro, 28 décembre 2007 (en réponse à F. Bayrou).

(7) Le Figaro, 26 décembre 2007.

(8) La Raison, décembre 2007.

(9) Libération, 28 décembre 2007.

(10) Comment oublier deux ouvrages demeurés sans suite, la Théologie de l’espérance, de Jürgen Moltmann, Cerf, 1970 - et la Sociologie de l’espérance, d’Henri Desroche (Calmann-Lévy, 1973) ?