mercredi 22 juin 2005

[Aletheia n°77] L'affaire Dehon

Aletheia n°77 - 22 juin 2005

L'affaire Dehon

Le Père Léon Dehon (1843-1925), fondateur de la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur (aujourd’hui plus de 2.000 religieux, présents dans trente-six pays), devait être béatifié le 24 avril dernier. La mort de Jean-Paul II, le 2 avril, semblait n’avoir fait que retarder la cérémonie. Puis, elle a disparu des célébrations programmées dans les premières semaines du pontificat de Benoît XVI, avant que le Saint-Siège fasse savoir, début juin, qu’une Commission, sous l’autorité de la Secrétairerie d’Etat, était chargée de réexaminer le dossier.

Le principal texte en cause

L’arrêt de la procédure de béatification est dû à des “ écrits antisémites ” du P. Dehon. Le Monde (10 juin) et La Croix (9 juin) en citent, presque à l’identique, de courts extraits. Des écrits du P. Dehon – mais qui les a lus ? – ne sont retenus par la presse que quelques bouts de phrase tirés de leur contexte.

Les ouvrages importants du P. Dehon marquent à la fois son souci premier de réforme sociale selon la doctrine catholique (Catéchisme social, 1898, 312 pages) et la spiritualité spécifique de la congrégation qu’il a fondée (Etudes sur le Sacré-Cœur ou Contribution à la préparation d’une somme doctrinale du Sacré-Cœur de Jésus, 1922 et 1923, 234 et 244 pages). Ces ouvrages sont-ils vraiment marqués d’une “ ardente haine antisémite ” comme l’écrit Le Monde ?

Si l’on se reporte au Catéchisme social (Paris, Bloud et Barral, 1898), on voit que la question juive n’y occupe qu’une place très réduite (un peu plus d’une page sur un total de trois cent douze). Dans la quatrième et dernière partie de l’ouvrage, le P. Dehon dressait un “ sommaire d’une histoire sociale de l’Eglise ”, qui allait du “ monde romain ” jusqu’au “ réveil ” qu’il voyait poindre de son temps.

Ce “ réveil ” il le décrivait en huit paragraphes : “ L’intervention de Léon XIII ”, “ L’esprit d’association ”, “ La démocratie chrétienne ”, etc. “ La réaction antisémite ” n’était qu’un des éléments, parmi d’autres, de ce “ réveil ” (le sixième des huit signes que le P. Dehon relevait).

Voici le texte en son intégralité.

VIe. La réaction antisémite

Eh oui ! C’est encore là un signe d’espérance. Il peut y avoir un peu d’exagération dans ce mouvement, il y en a toujours quand une force ou une liberté comprimée réagissent et se relèvent.

Il est certain que le juif et le chrétien ne sont pas à armes égales, puisque le talmud met au large la conscience des juifs et des chrétiens. Il faut donc, pour rétablir l’équilibre, quelques restrictions aux libertés des juifs. Les états chrétiens l’ont toujours compris. La France a même encore quelques lois existantes pour les contenir, mais elle ne les applique plus.

Le peuple juif a des instincts inéluctables. Il a la soif de l’or, il a le Christ pour ennemi. Laissé libre et doué d’un grand talent pour la spéculation, il a conquis notre or et il nous tient asservis. Il tient la presse et l’opinion. il remplit nos grandes écoles publiques et vise à s’emparer de l’administration et de la magistrature. C’est une conquête entamée et déjà bien avancée. Nos gouvernements sont esclaves de la Haute Banque. Ils ne peuvent plus prendre une mesure qui déplaise aux milliardaires, sans que ceux-ci élèvent la voix et menacent de provoquer une crise à la Bourse. Nous sommes esclaves, c’est entendu. Mais enfin nous l’avons compris, particulièrement en France et en Autriche, et l’on dit qu’un homme averti en vaut deux. L’alarme est donnée. La question est soulevée, l’attention est éveillée, il faudra bien qu’une solution vienne et ce sera encore un triomphe pour les vieux principes de l’Eglise.

Sans préjuger du résultat des travaux de la Commission romaine qui est en train de réexaminer le “ cas Dehon ”, on peut faire quelques remarques :

• L’ antisémitisme qu’exprime ce texte du P. Dehon n’est pas un antisémitisme racial. Le P. Dehon ne récuse pas l’épithète “ antisémite ”. Mais c’est un antisémitisme social et économique. Le Juif est réputé accaparer “ l’or ” français, et dominer “ la presse et l’opinion ”. Est-ce une vision historique fausse, ou exagérée, pour la France de 1898 ? Les historiens ont déjà répondu à cette question. En tout cas, ce n’est pas, chez le P. Dehon, un antisémitisme racial.

• Le P. Dehon n’a pas fait de l’antisémitisme le fond de sa doctrine sociale. Le texte n’occupe qu’un peu plus d’une page de son Catéchisme social. Sa vision économique et sociale de la question juive ne lui est pas propre, ni même particulière à certains milieux catholiques ou nationalistes du temps. On trouverait aisément une analyse et une argumentation semblables sous certaines plumes socialistes du temps (Jules Guesde, par exemple).

• Pendant longtemps, les quelques pages “ antisémites ” du P. Dehon, dans la mesure où il n’a jamais appelé au progrom ou même à l’expulsion des Juifs, n’ont pas constitué, finalement, un obstacle à sa cause de béatification. Si on se rapporte à l’état des causes en cours auprès de la Congrégation des Causes des saints, on relève les étapes suivantes [1] :

- double Decretum super scriptis, les 20 juillet 1960 puis 19 novembre 1971, attestant que “les écrits du serviteur de Dieu ne contiennent rien qui soit contraire à la foi et aux bonnes mœurs”.

- nomination d’un Rapporteur en 1984.

- “Décret sur la validité de la procédure”, le 21 octobre 1988.

- Decretum super virtutibus le 8 avril 1897, décret de la Congrégation des Causes des Saints, approuvé par le Saint-Père, qui reconnaît que le P. Dehon a exercé les vertus chrétiennes de manière héroïque.

• Le report ou l’ajournement (?) sine die d’une béatification, déjà programmée, est un fait sans précédent dans l’histoire des béatifications et canonisations. Mais beaucoup d’autres causes ont été interrompues dans le passé. Parfois pour des motifs très proches : en 1991, au lieu de la proclamation de l’héroïcité des vertus de la reine Isabelle la Catholique (1451-1504), qui était jugée imminente, fut annoncé, de manière officieuse, l’ajournement sine die de la procédure. Des protestations étaient parvenues au Saint-Siège qui mettaient en cause le décret d’expulsion des juifs d’Espagne signé par la reine en 1492. Ces protestations émanaient de milieux catholiques et d’organisations juives. Avait été décisif, semble-t-il, dans la décision romaine d’interrompre la procédure, un rapport établi par le P. Jean Dujardin, secrétaire du Comité épiscopal français pour les relations avec le judaïsme ; un rapport de huit pages envoyé le 19 octobre 1990.

Dans le cas du P. Dehon, c’est l’historien Jean-Dominique Durand qui a alerté l’épiscopat français. Les cardinaux Lustiger et Barbarin et Mgr Ricard, président de la Conférence épiscopale française, ont fait part de leur inquiétude et de leur désaccord au Saint-Siège. Le changement de pontificat a permis d’annuler la cérémonie de béatification prévue.

• L’annonce de l’annulation de la béatification du P. Dehon a été faite peu de jours avant que Benoît XVI reçoive au Vatican, le 9 juin, les représentants des principales institutions juives : le rabbin Israel Singer, président de l’International Jeewish Committee on Interreligious Consultations et Edgar Bronfman, président du Congrès Juif Mondial.

En l’absence de toute affirmation publique de la chose, on n’affirmera pas que la décision du Saint-Siège a répondu à une demande de ces institutions juives (voire à une condition posée à leur visite). En revanche, elle peut être interprétée comme un signe fait en direction du judaïsme. Au cours de l’audience accordée aux représentants cités, Benoît XVI a réaffirmé sa détermination à poursuivre le “ dialogue avec l’hébraïsme ”, dans le sens d’une “ compréhension ” et d’une “ estime plus grandes entre juifs et chrétiens ” et dans la volonté de “ condamner aussi la haine, la persécution et l’antisémitisme ”.

• Sans qu’il faille, cette fois, établir un lien direct avec la non-béatification du P. Dehon, on remarquera aussi que Benoît XVI ne poursuivra sans doute pas la “ politique ” de béatifications et de canonisations menée par son prédécesseur. Déjà, pour mieux marquer la différence entre béatification et canonisation, le Pape ne préside plus les cérémonies de béatification, même quand elles ont lieu à Rome. Le 14 mai dernier, c’est le cardinal José Saraiva Martins, Préfet de la Congrégation pour les Causes des saints, qui a présidé la cérémonie de béatification de deux religieuses, Mère Marianne de Molokaï et Mère Ascension du Cœur de Jésus. Benoît XVI, même s’il engage toujours son autorité dans l’approbation de tous les décrets de la Congrégation, se réserve désormais uniquement les cérémonies de canonisation.

Une nouvelle thèse sur la liberté religieuse

Le P. Jehan de Belleville, de l’Abbaye Sainte-Madeleine (84330 Le Barroux), a présenté à Rome, en 2004, devant l’Université pontificale de la Sainte-Croix, une thèse de licence en droit canonique intitulée : Le droit objectif dans Dignitatis humanæ. La liberté religieuse à la lumière de la doctrine juridique d’Aristote et de saint Thomas d’Aquin.

Cette “ tesina ”, encore inédite, de 177 pages, fait l’objet d’une “ version substantiellement remaniée ”, disponible pour les lecteurs que le sujet intéresse. Elle est articulée en cinq chapitres :

Chapitre I : Droit objectif et droit subjectif.

Chapitre II : Liberté de conscience et des cultes au XIXe siècle.

Chapitre III : Maritain et la liberté religieuse.

Chapitre IV : Le décret Dignitatis humanæ : son parcours.

Chapitre V : La liberté religieuse dans D.H. : définition, fondement, limites. Interprétations diverses.

Le P. Jehan de Belleville entend montrer que “la condamnation de la liberté de conscience et des cultes par le Magistère au XIXe siècle” ne s’oppose pas à l’affirmation de la liberté religieuse définie au Concile [Vatican II] ” (p. 3). Il n’y a pas opposition, explique-t-il, parce qu’il y a eu un “changement de perspective juridique”.Dans la philosophie aristotélo-thomiste, le droit a son fondement dans la chose : le droit est une réalité concrète, objective, due en justice à autrui. Ce réalisme juridique permet un droit objectif.

Avec le décret Dignitatis humanæ, selon l’auteur, on est passé à un droit subjectif, fortement inspiré du personnalisme. Comme le disait le philosophe Michel Villey, qui voyait le nominalisme de Guillaume d’Occam (XIVe s.) à la source de ce droit subjectif : “La jus n’évoque plus le devoir que vous impose la loi morale, mais le contraire, une permission que vous laisse la loi morale – une licentia – ou une liberté – libertas. La science abstraite des modernes isole dans le droit l’avantage qu’il constituera pour l’individu” (cité p. 1).

La déclaration conciliaire, selon le P. Jehan de Belleville, a tenté de ne pas se limiter à un droit subjectif à la liberté religieuse en réaffirmant “le droit naturel comme une mesure rationnelle ou morale de l’agir humain” (p. 149). La déclaration conciliaire affirme que tous les hommes “sont pressés, par leur nature même, et tenus, par obligation morale, à chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la religion” (D.H., 2). Selon le P. Jehan de Belleville, D.H. a défini la liberté religieuse “comme un droit référé à la conscience, laquelle dépend dans son jugement de la connaissance objective des normes générales de la conduite morale” (id.).

Le P. Jehan de Belleville, qui passe aussi en revue les principales interprétations ou contestations de la déclaration conciliaire, ne méconnaît pas les interprétations déformantes que le texte conciliaire a subies et les erreurs auxquelles il peut conduire :

Mettre la liberté religieuse dans la seule volonté délibérée de l’homme, en dehors des fins que Dieu a établies à travers la Création et précisées par la révélation, conduirait non seulement à une autodestruction de la société chrétienne, ou de ce qu’il en reste, mais pousserait les hommes encore plus loin dans les voies contraires de la liberté.

Mgr Agostino Marchetto, secrétaire du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants, qui honore Aletheia de sa bienveillance, et nous de son amitié, vient de faire paraître à la Libreria Editrice Vaticana, Il Concilio Ecumenico Vaticano II. Contrappunto per la sua storia. Dans le prolongement de ses travaux antérieurs, déjà recensés ici ou ailleurs, il propose des analyses historiques à contre-courant de l’histoire de Vatican II. Nous reviendrons ultérieurement sur ce volume important.

NOTE

[1] Congregatio de Causis sanctorum, Index ac status causarum, Città del Vaticano, 1999, p. 226

dimanche 29 mai 2005

[Aletheia n°76] "Communisme" - un mot qui fait toujours peur au Vatican

Aletheia n°76 - 29 mai 2005
"COMMUNISME”  - UN MOT QUI FAIT TOUJOURS PEUR AU VATICAN
Au Vatican, certains ont encore peur du mot “ communisme ”. Plus de quinze ans après la chute du Mur de Berlin et de l’écroulement de l’URSS, dans certains milieux du Vatican on n’ose toujours pas désigner les régimes communistes par leur nom.
Jean-Paul II a été un des artisans de la chute du communisme institutionnel en Europe. Il a su en caractériser la nature et le dénoncer par son nom. Benoît XVI, depuis les quelques semaines où il est Pape, n’a pas peur, lui non plus, de nommer le communisme [1] .
Pourtant, dans les milieux du Vatican chargés de diffuser l’information officielle du Saint-Siège, le mot fait encore peur. On n’hésite pas à le censurer. C’est mon ami Stefano Gizzi, éminent biographe de son parent, le cardinal Gizzi, premier Secrétaire d’Etat du bienheureux Pie IX, qui m’a signalé la chose : les organes d’information du Saint-Siège ont travesti un texte, on ne peut plus solennel, consacré Jean-Paul II. Il s’agit du Rogito, la biographie du Pape défunt, qui est déposée avec sa dépouille mortelle dans le cercueil.
Le Rogito, résumé officiel de la vie de Jean-Paul II, a été rédigé en latin et signé par le cardinal Camerlingue, par le cardinal Doyen du Sacré-Collège, par les notaires apostoliques et par d’autres dignitaires ecclésiastiques. Il a été lu, en latin, le matin du 8 avril, dans la Basilique Saint-Pierre, avant que le corps de Jean-Paul II ne soit déposé dans le cercueil pour la messe des funérailles.
Le texte original, en latin, a été publié dans l’Osservatore romano du lendemain, 9 avril, et a été reproduit sur le site internet officiel du Vatican (www.vatican.va). Le Rogito a retenu comme un des faits saillants du pontificat :
Pontificatus Ioannis Pauli II unus ex longissimis in Ecclesiæ historia exstitit. Hoc temporis spatio multa sunt commutata variis in provinciis. In his communistarum quarundam nationum regiminum dissolutiones annumerantur, ad quam rem multum contulit ipse Summus pontifex.
Sans être un latiniste éminent, on comprend le sens des mots soulignés (par nous) : on attribue, entre autres à Jean-Paul II — “ le Souverain pontife contribua lui-même ” —, la “ désagrégation des régimes communistes dans plusieurs pays ”. C’est une vérité historique.
Comment se fait-il que ce passage ait fait l’objet de traductions, officielles, qui trahissent le texte original latin ? Le jour-même où il publiait la version latine authentique, l’Osservatore romano publiait une traduction italienne qui en déformait le sens du passage en question :
Si annovera la caduta di taluni regimi, alla quale egli stesso contribui.
La “ désagrégation des régimes communistes dans plusieurs pays ” devient “ la chute de certains régimes ”. “ Certains régimes ”…L’imprécision révèle une crainte de déplaire. A qui ? Pourquoi ?
La traduction/trahison de l’Osservatore romano a, dès lors, servi de référence. Le site officiel du Vatican l’a reprise et cette traduction/trahison italienne a servi de référence pour les traductions en d’autres langues qu’on trouve sur ce même site officiel : “ la chute de plusieurs régimes ” dit la traduction officielle française, “ the fall of several regimes ” dit l’anglaise, “ a queda de certos regimes ” dit la portugaise, et ainsi de suite pour les différentes versions linguistiques du site.
Bien évidemment, les traductions de ce solennel Rogito qui ont paru dans la presse mondiale se sont toutes référées à la traduction italienne déficiente, et personne ne s’est donné la peine de traduire d’après le texte authentique latin. Même la Documentation catholique (n° 2336, 15 mai 2005), qui a réalisé, dit-elle, sa propre traduction d’après le “ texte original latin ”, traduit/trahit non d’après le texte latin mais d’après la version italienne puisque pour le passage concerné on lit : “ On peut enregistrer la chute de certains régimes… ” . Est ainsi masqué le qualificatif de “ communistes ”.
Ce n’est pas la première fois que les traductions, officielles ou non, d’une version authentique en latin sont des trahisons. Il est vrai qu’on a vu aussi, avec Jean XXIII, des textes, prononcés en italien, être corrigés, dans leur version officielle latine, dans un sens jugé plus orthodoxe ou plus exact. Cette fois, c’est la vérité de l’histoire qui est travestie.
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À travers les revues
. Reconquête (Centre Charlier, 70 Bd. Saint-Germain, 75005 Paris), 4,50 ¤ le numéro.
Dans le n° 213 de la revue mensuelle du Centre Charlier, on lit un entretien de trois pages avec Jean Madiran. L’intérêt particulier de cet entretien est que, pour une rare fois, Madiran évoque son enfance et son milieu familial, avant d’évoquer la suite : Maurras, la francisque, Itinéraires, Présent.
. Liber canonum (C.E.R.H.M.I.R., 5 rue Albert Sorel, 31500 Toulouse), 25 ¤ le numéro + 5 ¤ de port.
Dans la controverse Fraternité Saint-Pie X/Abbé Laguérie, on a vu des partisans de l’abbé Laguérie contester les qualités du consultant canonique auquel avait fait appel la FSSPX, Bernard Callebat. On a nié, publiquement et sur internet, ses compétences. On a mis en doute qu’il soit un expert en droit canonique. On a même insinué que la revue de droit canon qu’il “ prétendait ” diriger n’existait pas. Or, cette revue, annuelle, existe bien. Elle en est à son IVe volume, qui vient de sortir. Dans ces 200 pages, on trouvera, dus à des universitaires canonistes ou historiens, d’intéressants articles de droit canonique (par exemple Jean-Louis Bahans : “ Le secret professionnel du ministre du culte en droit français ”) et des articles d’histoire du droit et des institutions canoniques (par exemple, Frédéric-Pierre Chanut : “ Clercs et laïcs dans l’Eglise médiévale : les enjeux du pouvoir ”).
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[1] Par exemple, le 23 mai dernier, recevant le président de Bulgarie, Benoît XVI a évoqué “ la longue et difficile période du régime communiste ”.

lundi 2 mai 2005

[Aletheia n°75] Le Centre Saint-Paul - par Yves Chiron

Aletheia n°75 - 2 mai 2005
Le Centre Saint-Paul

Hier 1er mai, en la fête de saint Joseph, l’abbé de Tanoüarn, exclu de la Fraternité Saint-Pie X en mars dernier, inaugurait le “ Centre Saint-Paul ”.
La messe a été célébrée, dignement et bellement, par l’abbé Aulagnier. Le sermon a été prononcé par l’abbé de Tanoüarn. L’abbé Barthe, autre exclu de la FSSPX[1], a aidé à distribuer la communion. L’abbé Guelfucci, qui fut mêlé à l’affaire de Bordeaux mais qui est toujours membre de la FSSPX – il est en fonction au prieuré de Tours – , assurait les confessions.
La chapelle, dédiée à Saint-Joseph, occupe le rez-de-chaussée du Centre Saint-Paul, dans le quartier du Sentier. Elle était pleine et plusieurs dizaines de fidèles ne purent y rentrer, tentant de suivre la messe depuis la rue.
Sans en faire la seule caractéristique du public nombreux qui se pressait à cette messe inaugurale, on dira qu’on y voyait plus de jeans que de mantilles.
Un “ foyer d’énergie spirituelle ”
Dans son sermon, l’abbé de Tanoüarn a présenté le Centre Saint-Paul. Il a parlé longuement, sans notes. Il n’est pas inutile, pour ceux qui s’interrogent sur les ambitions et les intentions de l’abbé de Tanoüarn, de rapporter l’essentiel de ses propos.
Il s’est défendu de vouloir créer une “ paroisse rivale ” (sous-entendu de Saint-Nicolas du Chardonnet), même si trois messes y seront dites chaque dimanche et jour de fête – à 9h, 11 h et 19 h. Le Centre Saint-Paul, a-t-il dit, sera “ plus et autre chose ” : un “ foyer d’énergie spirituelle ”. Dans une société déchristianisée, où “ nous, chrétiens, sommes en quelque sorte en terre étrangère ”, il y a “ nécessité de rayonner le christianisme ”. D’où le patronage de saint Paul, l’Apôtre des Gentils.
Mais, dans le même temps, la chapelle (aménagée en dix jours), a été dédiée à saint Joseph, parce qu’elle se trouve dans la rue Saint-Joseph, au numéro 12. L’abbé de Tanoüarn voit aussi un “ intersigne où la Providence se manifeste ” dans le fait que cet aménagement et cette inauguration se fassent aux premiers temps d’un nouveau Souverain Pontife, prénommé Joseph au baptême, devenu Benoît XVI.
Dans un beau parallèle spirituel, l’abbé de Tanoüarn a présenté la double vocation de la chapelle Saint-Joseph et du Centre Saint-Paul : saint Joseph, dans l’Histoire Sainte, est “ l’homme du dépôt ”, selon l’expression de Bossuet, “ il garde ce que Dieu a donné de plus précieux au monde : son Fils et la Mère de Jésus ” ; saint Paul, lui, “ diffuse, répand le dépôt ” de la Bonne Nouvelle. Double mission donc pour le Centre Saint-Paul : “ Pas de diffusion sans conservation, sinon nous serions dupes de nous-mêmes ”.
Ces belles et bonnes intentions spirituelles se concrétiseront par la prédication et l’enseignement. Outre les messes, il y a tous les dimanches de ce mois de mai, à 16 h 30, la prédication d’un Mois de Marie, par l’abbé de Tanoüarn. Il y aura aussi, tous les mardis de mai et de juin, à 20 h, des conférences. Au programme, le 3 mai, une conférence de l’abbé de Tanoüarn, consacrée à “ L’héritage spirituel de Jean-Paul II, ombres et lumière ” ; le 10 mai une conférence-débat entre l’abbé Aulagnier et Michel De Jaeghere sur “ Les défis de Benoît XVI ” ; le 17 mai, une autre conférence-débat entre l’abbé de Tanoüarn et un mystérieux interlocuteur pseudonyme (“ Petrus ”) : “ Le sédévacantisme, est-ce un débat tabou ? ”. Suivront, les mardis suivants, des conférences d’Aymeric Chauprade, d’Yves Amiot, de l’abbé Laguérie et de l’abbé Christophe Héry.
“ L’autre rive ”
L’abbé de Tanoüarn, en rassemblant autour de lui, en ce jour, plusieurs exclus d’hier ou d’avant-hier, n’entend pas lancer une sorte de “ Fraternité Saint-Paul ”, concurrente de la Fraternité Saint-Pie X et des autres fraternités qui se sont créées par scission. Pas une fois, dans son sermon, le nom de la FSSPX n’a été prononcé.
En même temps, sans y insister, il a exclu toute tentative de négociation d’un statut auprès des autorités ecclésiastiques diocésaines (et romaines ?) : “ pas de mesquines négociations juridiques ” a-t-il dit.
Quand, dans la tranquille certitude de son sermon, l’abbé de Tanoüarn explique aux fidèles : “ nous ne sommes pas statiques, nous passons sur l’autre rive ”, que faut-il entendre ? La rive quittée est-elle celle où se trouve la Fraternité Saint-Pie X, d’où sont issus les quatre prêtres qui se trouvaient là hier ? Ou, “ l’autre rive ” est-elle celle de la réconciliation avec le Saint-Siège dont l’abbé Aulagnier est un ardent partisan depuis plusieurs années maintenant ?
Aux intéressés à répondre. Je ne me permettrai pas de préjuger des intentions des uns et des autres, intentions qui, d’ailleurs, ne sont peut-être pas convergentes.
Le Centre Saint-Paul deviendra, peut-être, un pôle supplémentaire de l’apostolat spirituel et intellectuel qui caractérise d’autres lieux attachés à la Tradition. On songe, par exemple, à la Fraternité Saint-Vincent Ferrier, qui existe depuis vingt-cinq ans maintenant, et à sa revue Sedes Sapientiæ[2].

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LA LAÏCITE DANS L’ÉGLISE, de Jean Madiran
On parle souvent de “ laïcité apaisée ” pour décrire la situation actuelle des rapports entre les religions et l’Etat en France. La loi du 15 mars 2004 réglant “ le port des signes religieux dans les écoles, collèges et lycées publics en application du principe de laïcité ” en serait l’illustration.
Jean Madiran y décerne tout autre chose. Dans un essai très argumenté, il estime que cette loi du 15 mars 2004 “ suppose, implique, manifeste une nouvelle conception de la laïcité ”. L’Etat ne veut plus seulement être “ séparé ” de l’Eglise, il veut que l’Eglise lui obéisse. L’expression est-elle trop forte ? Lisons Madiran :
Précisément, que l’Eglise taise deux choses :
- que l’Etat, pouvoir politiquement autonome, est cependant soumis à une loi morale qui lui est supérieure, qu’il ne peut ignorer ni modifier ;
- que l’Eglise catholique est la seule détentrice de la vérité religieuse tout entière.
Et donc, qu’au contraire :
- l’Eglise accepte, jusque dans l’ordre moral et dans la définition du bien et du mal, la supériorité de la loi civile, émanation de la souveraine volonté générale ;
- et que l’Eglise ne prétende plus être la seule à détenir la vérité religieuse intégrale.
La laïcité n’est donc pas seulement une conception politique et sociale. Inséparablement, elle est une conception impérieuse de qu’il est permis ou non à l’Eglise d’enseigner à ses fidèles.
Ce n’est plus simplement la “ laïcité de l’Etat ”. C’est une obligatoire laïcité de l’Eglise.
La “ laïcité de l’Eglise ”, l’Eglise de France l’a très largement acceptée. Jean Madiran cite les rares voix qui se sont élevées contre cette laïcisation de l’Eglise : Mgr Brincard, évêque du Puy, Mgr Doré, archevêque de Strasbourg, Mgr Breton, évêque d’Aire-sur-Adour et de Dax.
L’Eglise de France, note encore Jean Madiran, se laisse conduire à atténuer puis à taire dans son enseignement, dans sa catéchèse et dans ses écoles, les chapitres de sa doctrine qui se déclinent autrement que les droits de l’homme, autrement que le principe de mixité et celui de laïcité. Précisément : elle se limite un peu trop au Rendez à César ce qui est à César, sans énoncer aussi que le Rendez à Dieu ce qui est à Dieu est une obligation pour César lui-même. – Actuellement, on ne peut en convaincre le César républicain ? – On pourrait du moins s’attacher à en convaincre les catholiques ; en avertir aussi tous ceux qui, par hasard ou par curiosité, une fois ou souvent, prêtent l’oreille au langage que tient l’Eglise. Ils l’entendent ordinairement parler de psychologie, de sociologie, d’économie politique. Ils devraient l’entendre parler de rédemption, de vie éternelle, de salut des âmes ; de l’espérance d’un salut ; du fait que l’Eglise seule en détient les paroles et les sacrements, contrairement à ce qu’insinue ou proclame le Panthéon de la laïcité républicaine. Et s’il n’est pas actuellement possible – en effet ! – qu’un tel langage soit admis dans l‘école publique ni à la télévision, du moins on voudrait qu’il ne cesse de se faire entendre dans les églises et dans les monastères dans les écoles libres et dans les cercles d’études, dans le scoutisme et les autres associations catholiques.
Le précédent livre de Jean Madiran, La Trahison des commissaires, n’a pas été sans produire, semble-t-il, quelque effet sur certains évêques. Celui-ci, et ses annexes, devrait être lu aussi avec attention, et reconnaissance.
Jean Madiran
La Laïcité dans l’Eglise
La nouvelle laïcité
Le sens usuel d’un mot à double sens
Le principe constitutionnel
La laïcité telle qu’on la parle au XXIe siècle
Dans le vocabulaire de l’Eglise
La stratégie de la Conférence des évêques
Face à l’Islam
Incertitudes, concepts inadéquats et contradictions
La condition du droit à l’existence
La parabole du pommier
Appendice I : La loi de 1905
Appendice II : Réflexion sur les deux pouvoirs
Appendice III : Requiem pour trente de théologie
Appendice IV : La démocratie des mœurs.
Un volume de 152 pages, aux éditions Consep.

Disponible à Aletheia au prix de 18 euros franco. Indiquer ses NOM, PRENOM, ADRESSE, et le nombre d'exemplaires souhaités. Paiement à la commande. Chèque à l’ordre des Editions Nivoit, 5 rue du Berry, 36250 Niherne.


[1] C’était en 1980, pour sédévacantisme.
[2] Dans le dernier numéro paru de la revue (Société Saint-Thomas d’Aquin, 53340 Chémeré-le-Roi), n° 91, 8 euros, on lit un long entretien avec le P. Louis-Marie de Blignières, Prieur et fondateur de la Fraternité. Une version, abrégée, de cet entretien avait déjà paru en janvier dernier dans L’homme nouveau. Le P. de Blignières s’explique, notamment, sur son changement de position, en 1987, sur la liberté religieuse et le sédévacantisme.

jeudi 21 avril 2005

[Aletheia n°74] Benoît XVI - par Yves Chiron

Aletheia n°74 - 20 avril 2005

Le cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi depuis 1981, a été élu pape hier, mardi 19 avril, au quatrième vote du conclave. La presse italienne le donnait “ favori ”, mais, ailleurs dans le monde, beaucoup en doutaient. Le théologien interdit d’enseignement sous Jean-Paul II, Hans Küng, estimait “ peu probable ” l’élection d’un cardinal aussi “ conservateur ”. Golias, “ l’empêcheur de croire en rond ”, dans un numéro hors-série composé en catastrophe et arrivé aux lecteurs le jour même de l’ouverture du conclave, ne plaçait pas Ratzinger parmi les “ papabile de premier plan ” (qui alignait tout de même 15 noms), mais parmi les “ grands électeurs ”. Golias estimait que sa “ contre-position abrupte et radicale par rapport à la modernité pourrait, on le comprend, discréditer la candidature de Ratzinger, au moins auprès des cardinaux libéraux et modérés ”. À l’autre extrémité du spectre catholique, l’abbé Barthe, dans un entretien accordé à Pacte (n° 91) pronostiquait, justement, que “ le prochain pape ne sera pas un progressiste ”, mais estimait : “ rien ne dit que le Préfet de la Foi acceptera d’entrer en lice. Il peut parfaitement désigner un candidat qui pourrait surprendre le monde ”.

Pourtant, rapidement et à la majorité traditionnelle d’au moins les deux tiers des voix, les 115 cardinaux électeurs ont désigné le cardinal Ratzinger pour succéder à Jean-Paul II. Il a pris le nom de Benoît XVI.

La “ restauration ”

L’œuvre accomplie sous le pontificat de Jean-Paul II par celui qui est devenu Benoit XVI a été tout entière marquée par une volonté de résistance et de restauration (le mot est apparu, sous sa plume, il y a vingt ans, en novembre 1984). Résistance à la destruction de la foi et de la liturgie, restauration non par le seul rétablissement de l’ordre ancien mais aussi en réformant, révisant les réformes faites (notamment en matière liturgique). C’est lui aussi qui a lancé, pour ce dernier domaine, l’expression de “ réforme de la réforme ”.

On pourrait dresser un bilan détaillé de son œuvre depuis sa nomination comme Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, en novembre 1981. On se limitera à rappeler quelques faits saillants :

. janvier 1982 : alors que la crise du catéchisme dure en France depuis une quinzaine d’années, crise aggravée par la publication, en 1980, de Pierre vivantes comme “ texte de référence ” pour la catéchèse des enfants, le cardinal Ratzinger prononce, dans les basiliques Notre-Dame de Fourvière à Lyon et Notre-Dame de Paris, une conférence retentissante : “ Transmission de la foi et sources de la foi ”. Il affirme que “ la crise de la catéchèse ” est une “ crise de la foi ”. Pour “ surmonter la crise ”, il donne en référence le Catéchisme romain (c’est-à-dire le Catéchisme du Concile de Trente) et il donne sa “ structure ” comme un modèle à suivre. “ Ce fut une première et grave faute de supprimer le catéchisme et de déclarer “dépassé“ le genre même du catéchisme ” estimait aussi le cardinal Ratzinger. Dix ans plus tard sera publié le Catéchisme de l’Eglise catholique qui connaîtra une diffusion mondiale. Fort volume de 676 pages dont on peut penser que Benoît XVI se hâtera de faire paraître le compendium en préparation depuis plusieurs années.

. 6 août 1984 : instruction Sur quelques aspects de la “Théologie de la libération“ dirigée contre “ les théologies qui, de quelque manière, ont fait leur l’option fondamentale du marxisme ”. Cette instruction aura des prolongements dans des mesures personnelles contre certains théologiens (interdiction d’enseignement, réduction à l’état laïc).

. en 1985, publication, en diverses langues, d’un livre d’entretiens avec le journaliste italien Vittorio Messori, Entretien sur la foi. Le cardinal Ratzinger appelait à “ redécouvrir le vrai Vatican II ”, au-delà des (mauvaises) interprétations et des (mauvaises) applications qui l’ont défiguré[1]. Il faut, disait-il aussi, accepter et comprendre “ les documents dans leur authenticité, sans réserves qui les amputent, ni abus qui les défigurent ”. Dans le même livre, le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi attirait l’attention, entre autres choses, sur les multiples “ signaux de danger ” qui minent l’Eglise : une “ théologie individualiste ”, le “ morcellement de la catéchèse ”, la “ rupture du lien entre Eglise et Ecriture ”, “ le Fils diminué, le Père oublié ”, l’ “ oubli voire la négation du péché ” originel.

. en 1987-1988 : le cardinal Ratzinger répond aux Dubia sur la liberté religieuse que lui a envoyés Mgr Lefebvre et fait des propositions concrètes à celui-ci pour “ sauvegarder [son] œuvre dans l’unité et la catholicité dans l’Eglise ”. Un protocole d’accord est signé le 5 mai 1988 entre Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger prévoyant l’érection de la FSSPX en société de vie apostolique, la mise en place d’une commission commune, la consécration d’un évêque membre de la FSSPX. Ce protocole est dénoncé le lendemain par Mgr Lefebvre, avec les conséquences que tout le monde connaît.

. en 1992, en présentation du livre de Mgr Gamber, La Réforme liturgique en question (Editions Sainte-Madeleine, Le Barroux), le cardinal Ratzinger reconnaît : le résultat de la réforme liturgique “ n’a pas été une réanimation mais une dévastation ”.

. en 1993, le cardinal Ratzinger rédige pour l’édition française d’un autre livre de Mgr Gamber, Tournés vers le Seigneur ! (Éditions Sainte-Madeleine, Le Barroux), une préface pour affirmer le “ caractère théocentrique de la liturgie ”.

. en 2000, pour corriger l’impression de relativisme et d’indifférentisme donnée par la rencontre inter-religieuse d’Assise (1988) et les suivantes, publication de la déclaration Dominus Jesus “ sur l’unicité et l’universalité de Jésus-Christ et de l’Eglise ”. La rédaction de cette déclaration devrait beaucoup à Mgr Ivan Dias, archevêque de Bombay[2].

Auraient pu être cités d’autres instructions ou notes émanant de la Congrégation dont il a été le Préfet et qui ont marqué par leur caractère de réaffirmation traditionnelle : sur la procréation (1987), sur la vocation du théologien (1990), sur la notion d’ “ Eglises-sœurs ” (2000), sur la place des femmes dans l’Eglise (2004). On retiendra comme ultime expression de la pensée et de la foi du cardinal Ratzinger comme docteur privé, avant qu’il ne devienne pape, le sermon qu’il a prononcé le lundi 18 avril, lors de la messe Pro eligendo Romano pontifice qui a précédé l’entrée en conclave. Le cardinal Ratzinger, bien dans la lignée antimoderne de Jean-Paul II, s’est montré, une fois encore, vigilant et déterminé dans l’annonce de la foi :

Combien de vents de doctrine avons-nous connus au cours de ces dernières décennies, combien de courants idéologiques, de modes de pensée… La petite barque de la pensée de nombreux chrétiens, bien souvent, a été agitée par ces vagues, jetée d’un extrême à l’autre : du marxisme au libéralisme, jusqu’au libertinisme ; du collectivisme à l’individualisme radical ; de l’athéisme à un vague mysticisme religieux. Chaque jour naissent de nouvelles sectes, réalisant ce que disait saint Paul sur l’imposture des hommes, sur l’astuce qui entraîne dans l’erreur (cf. Eph. 4, 14). Avoir une foi claire, selon le Credo de l’Eglise, est souvent étiqueté comme fondamentalisme. Tandis que le relativisme, c’est-à-dire se laisser porter “ à tous vents de doctrine ” apparaît comme l’unique attitude digne de notre époque. Une dictature du relativisme est en train de se constituer qui ne reconnaît rien comme définitif et qui retient comme ultime critère son propre ego et ses désirs.

Nous, en revanche, nous avons une autre mesure : le Fils de Dieu, l’homme véritable. C’est lui la mesure du véritable humanisme. Une foi qui suit les vagues de la mode n’est pas “ adulte ”.

Des critiques de tous horizons

L’action restauratrice et affirmatrice du cardinal Ratzinger a été critiquée dès son origine et n’a cessé de l’être par des courants que tout, apparemment, auraient dû opposer.

En 1985 et en 1986, la revue sédévacantiste Forts dans la foi, à laquelle collaboraient, alors, l’abbé Barthe et Bernard Dumont, publie des articles anonymes (mais où l’on reconnaît le style et l’argumentation du premier) très critiques envers la “ restauration ” ratzinguérienne. Dans le premier, intitulé “ Joseph Ratzinger et son image ”, publié fin 1985, l’anonyme affirmait : cette “ restauration ” “ n’a de réalité que celle d’un épouvantail ”. Il estimait aussi que “ toute troisième voie est vaine ” et que “ le seul choix véritable est entre la fuite en avant dans le sens de l’esprit du Concile et la remise en cause de celles de ses orientations qui sont absolument irrecevables au regard du critère de l’évolution homogène du dogme ”. Le deuxième article, intitulé “ Hypothèques sur une réforme ”, publié début 1986, estimait : “ La solution à la crise de l’Eglise passe nécessairement par une clarification doctrinale. Parce qu’elle exclut tout débat de fond quant au contenu des textes du Concile, la réforme conduite par Jean-Paul II et le cardinal Ratzinger restera sans effets ”[3].

Un même rejet de la “ restauration ” ratzinguérienne s’est exprimé dans les milieux théologiques progressistes. En 1987, des théologiens, des historiens et des sociologues de la religion de différents pays, publient un recueil d’études intitulé : Le Retour des certitudes. Événements et orthodoxie depuis Vatican II (éditions du Centurion). L’ouvrage, sous un vernis scientifique et d’observation, déplorait le “ retour à l’orthodoxie romaine ”, “ la fermeté des rappels à un ordre moral, étranger aux vicissitudes de l’histoire […] en dehors de la réalité quotidienne et de ses contradictions ”. En 1989, sous la même direction, avec les mêmes théologiens, historiens et sociologies, rejoints par d’autres, paraissait un deuxième recueil : Le Rêve de Compostelle. Vers la restauration d’une Europe chrétienne (Editions du Centurion). Était cité le jugement de Karl Rahner, théologien qui avait été influent dans les années pré-concilaires et conciliaires : “ les autorités ecclésiastiques de Rome donnent davantage l’impression de favoriser un retour frileux au bon vieux temps que de prendre réellement conscience de la situation actuelle du monde et de l’humanité… ”. Étaient regrettées, entre autres choses, les concessions faites aux traditionalistes.

Enfin, sans avoir dressé le panorama des oppositions à l’œuvre et à la pensée du cardinal Ratzinger, on signalera encore une charge récente, émanant d’un prêtre de la Fraternité Saint-Pie X. Dans un livre intitulé Cent ans de modernisme. Généalogie du concile Vatican II (éditions Clovis, 2003), l’abbé Dominique Bourmaud consacre un chapitre entier au cardinal Ratzinger. Y sont critiquées non seulement ses supposées positions doctrinales en matière exégétique (un “ modernisme soft ” écrit l’auteur) mais aussi son action restauratrice : “ A certains égards, le cardinal Ratzinger ressemble à Paul VI. Comme lui, il est tout-puissant à la Curie, puisqu’il cumule les fonctions de préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, à la Commission théologique internationale et à la Commission biblique pontificale. Comme Paul VI, il pleure sur le travail de démolition à l’œuvre autour de lui. Et pourtant, comme Paul VI, il agit en idéologue aveugle qui va jusqu’au bout de ses principes. ” Selon l’auteur, “ l’après-concile avec Paul VI, Ratzinger et Jean-Paul II, sous les mêmes couleurs œcuménistes, est tout aussi moderniste [que Vatican II] ”.

Ce livre, à l’argumentation faible et au style déplorable, est l’œuvre d’un prêtre qui a été longtemps professeur dans les séminaires de la FSSPX, il n’en est pas pour autant l’expression du jugement de cette même Fraternité Saint-Pie X sur le cardinal Ratzinger, devenu, par la grâce de Dieu, Benoît XVI.

“ Réforme de la réforme ” et réformes

Les critiques faites, de part et d’autre, à Joseph Ratzinger Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi seront-elles maintenues à l’égard de Benoît XVI ? Les journaux qui, en France, ont annoncé son élection sous le titre “ Benoît XVI le conservateur ”, ont employé cette épithète tout autrement que comme un compliment.

Mais les pontificats contemporains sont rarement tels qu’on les annonçait à leur début. Jean XXIII, élu pape à l’âge où Benoît XVI l’est, a été le pape qui a convoqué le concile Vatican II. Paul VI, perçu longtemps comme progressiste et libéral, a donné à l’Eglise, en l’année de la révolution (1968), Humanæ vitæ et le Credo.

Benoît XVI “ le conservateur ” s’attachera sans doute à continuer l’œuvre restauratrice entreprise et, plus que son prédécesseur peut-être, il voudra mettre en œuvre la “ réforme de la réforme liturgique ”. Mais la lecture de son dernier livre d’entretiens (Le Sel de la terre, Flammarion/Cerf, 2003 ses livres) montre que son “ conservatisme ” et sa volonté restauratrice (de l’ancien rite liturgique, par exemple, p. 172) s’allie avec des vues réformatrices audacieuses (p. 246-248).

Dans sa première allocution comme pape, ce matin, devant les cardinaux, il a annoncé une volonté d’ “ œcuménisme ” et de poursuite du dialogue avec les cultures et les religions. Cet œcuménisme s’étendra-t-il aux traditionalistes de la Fraternité Saint-Pie X ? Sans doute. Des conversations, non officielles, ont déjà eu lieu entre la mort de Jean-Paul II et l’ouverture du conclave. Nul doute que Benoît XVI, qui s’est montré si attentif comme Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à l’égard de certaines communautés et publications traditionnelles — y compris à l’égard de cette modeste feuille qu’il a reçue depuis son premier numéro et à laquelle il a bien voulu manifester sa bienveillance —, saura proposer à la Fraternité Saint-Pie X une réconciliation.

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NOTE

[1] Ce que Jean Madiran commentera ainsi : “ ce n’est pas l’interprétation qu’il faut rectifier, ni l’application, le concile a été appliqué par le législateur lui-même et selon l’interprétation forcément la plus valable, la sienne. […] Ce qu’il faut rectifier, c’est l’intention, qui a tout dirigé ” (Itinéraires, n 297, nov. 1985, p. 4-5).

[2] Six mois plus tard, Jean-Paul II créera Mgr Dias cardinal. Il sera intéressant de voir qui Benoît XVI nommera à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la foi.

[3] Quelques mois plus tard, l’abbé Barthe et Bernard Dumont rompront avec l’abbé Barbara et Forts dans la foi. Ont-ils rompu alors avec leur position sédévacantiste ? À ma connaissance, mais je peux me tromper, l’abbé Barthe ne s’est jamais expliqué publiquement sur le sujet. En 1987, l’abbé Barthe et Bernard Dumont créeront la revue Catholica qui plaide, toujours, pour une “ clarification doctrinale ”.

lundi 4 avril 2005

[Aletheia n°73] Jean-Paul II pape antimoderne (1978-2005)

Aletheia n°73 - 4 avril 2005
JEAN-PAUL II PAPE ANTIMODERNE (1978-2005)
Depuis deux jours, un déluge d’images, de commentaires, d’articles et de numéros spéciaux de journaux déferle, à travers le monde, pour évoquer Jean-Paul II. Ce déluge va dépasser, en nombre de pages, les actes magistériels, pourtant extraordinairement nombreux, de Jean-Paul II : 14 encycliques, 11 constitutions apostoliques, 42 lettes apostoliques, 28 motu proprio, auxquels s’ajoutent des milliers de messages et de discours ; sans oublier les cinq ouvrages, personnels, publiés par Jean-Paul II depuis son élévation au pontificat. “ Il a beaucoup parlé, peut-être trop ” estime l’historien Philippe Levillain.
La mondialisation de l’information a relayé l’émotion universelle. Pourtant, au Vatican, la veille de la mort du Pape et le soir de la mort du Pape, les autorités du Saint-Siège ne se sont pas laissé submerger par la spectacularisation que recherche l’information immédiate et mondialisée. Ce sont deux veillées de prières, sobres, auprès d’un agonisant puis d’un défunt, qui ont été improvisées dans un grande simplicité chrétienne. Les médias télévisés ont dû se plier à cette spiritualisation de l’événement.
Ces prières publiques, deux soirs de suite, sous le regard des caméras du monde entier, étaient bien dans l’esprit de ce qu’a été le pontificat de Jean-Paul II. Le Pape s’est montré modernissime par l’art de se servir des médias pour faire passer le message de l’Eglise. Il fut le premier pape “ cathodique ” a-t-on dit. La visibilité d’un Souverain Pontife n’avait jamais été aussi grande dans l’histoire.
Jean-Paul II a su donner, aux médias, les images spectaculaires, symboliques ou émotionnelles, qu’ils attendaient. Au risque de susciter l’incompréhension voire le scandale parmi les fidèles catholiques. Ainsi en est-il de cette image d’un pape embrassant le Coran ou encore la vision inouïe, dans l’histoire de l’Eglise, comme ce fut le cas à Assise, en 1986, d’un Chef de l’Eglise catholique entouré des représentants d’une douzaine de confessions religieuses, chrétiennes et non-chrétiennes.
Image forte, louée par les uns, incomprise par beaucoup de catholiques, chacun, finalement, y voyant la même chose, pour s’en féliciter ou pour le déplorer : l’impression d’un relativisme affirmé.
La réunion d’Assise, et les autres réunions inter-religieuses qui ont suivi, ont été, dans l’esprit de Jean-Paul II, comme la médiatisation précédemment évoquée, un moyen qu’il a cru pouvoir utiliser pour répandre le message évangélique. Il n’y eut, de sa part, ni syncrétisme ni même indifférentisme, mais volonté de dialogue. Au risque de créer la confusion entre la foi révélée et les sentiments religieux qui animaient les représentants des religions rassemblés. C’est pour corriger cette image que sera publiée, en 2000, la très forte Déclaration Dominus Jesus “ sur l’unité et l’universalité de Jésus-Christ et de l’Eglise catholique ”.
Cette correction, et d’autres (voir, notamment, la condamnation de certains ouvrages théologiques), n’ont pas empêché qu’une tendance à la minimisation du caractère non-réductible de la foi catholique s’est répandue au sein même de certains dicastères et chez certains évêques dans le monde (sans parler des théologiens et des commentateurs).
Le “ scandale d’Assise ”, comme ont dit Mgr Lefebvre et nombre de traditionalistes, fut non pas une évolution de la théologie des religions mais, pour Jean-Paul II, un élément d’une stratégie de présence au monde et d’expansion du christianisme.
Jean-Paul II est allé à la “ rencontre du monde et de l’homme ”, comme un Paul VI avant lui. Mais, plus que chez son prédécesseur, sans doute, il y avait, chez lui, une défiance envers la culture moderne et une hostilité aux valeurs libérales. Les continuités entre Paul VI, Vatican II et Jean-Paul II ont pu masquer  certaines ruptures. Le temps avait fait son œuvre. Alors qu’il n’était encore que Mgr Karol Wojtyla, le pape avait pris une part déterminante à la rédaction de la célèbre constitution pastorale, Gaudium et Spes, si optimiste. Devenu pape, il n’a pas rédigé et signé de texte équivalent dans sa tonalité. C’est qu’entre temps, la déchristianisation s’est aggravée, la “ culture de mort ” s’est répandue, le monde a poursuivi son évolution. Si l’Eglise de 2005 n’est pas dans la situation où elle était en 1978, ne peut-on penser que Jean-Paul II, lui aussi, a changé entre 1978 et 2005, dans sa perception du monde et des évolutions historiques.
 
Antilibéral
Jean-Paul II fut, finalement, un pape intransigeant dans la lignée de Pie IX et de Pie XI. Lui aussi a affirmé, en philosophie comme en morale, le primat de la vérité sur la liberté. Devant le Parlement italien, le 14 novembre 2002, il a rappelé un des enseignements de l’encyclique Centesimus annus :
S’il n’existe aucune vérité ultime qui guide et oriente l’action politique […] Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois.
Le primat de la vérité vaut autant pour les sociétés que pour les individus. La conscience individuelle n’est pas la dernière instance de l’agir humain. Jean-Paul II l’a affirmé face à l’individualisme areligieux moderne :
On a attribué à la conscience individuelle des prérogatives d’instance suprême de jugement moral qui détermine de manière catégorique et infaillible le bien et le mal. À l’affirmation du devoir de suivre, on a indûment ajouté que le jugement moral est vrai par le fait même qu’il vient de la conscience. Mais, de cette façon, la nécessaire exigence de vérité a disparu au profit d’un critère de sincérité, d’authenticité, “d’accord avec soi-même“, au point que l’on est arrivé à une conception radicalement subjectiviste du jugement moral. (Veritatis splendor)
Anti-subjectiviste, Jean-Paul II ne croyait pas non plus à I’immanence de l’Histoire. Il plaçait le Christ au centre de toute l’histoire de l’humanité.
Lors de son premier voyage en Pologne, lors de la messe célébrée, le 2 juin 1979, Place de la Victoire, à Varsovie, il a affirmé :
On ne peut exclure le Christ de l’histoire de l’homme en quelque partie que ce soit du globe, sous quelque longitude ou latitude géographique que l’on soit. Exclure le Christ de l’histoire de l’homme est un acte contre l’homme.
L’affirmation était si forte, si provocante, au pays du diamat, que les télévisions soviétiques interrompirent la retransmission de la messe.
Et après avoir été un artisan de la chute du communisme en Europe de l’Est, Jean-Paul II ne s’est pas satisfait de la victoire de la démocratie et des droits de l’homme. À Lubaczow, à nouveau en terre polonaise, le 3 juin 1991, il a mis en garde ses compatriotes face à la société hédoniste et consumériste qui avait remplacé la société communiste :
Le postulat de n’admettre en aucune manière dans la vie sociale et étatique la dimension de la sainteté est un postulat qui correspond à installer l’athéisme dans l’Etat et dans la vie sociale et cela n’a rien de commun avec la neutralité idéologique.
Jean-Paul II n’appelait pas seulement l’individu à être chrétien, il interpellait les états et les sociétés. En ce sens, il était donc profondément antilibéral et antimoderne.
 
Les “ Non ” de Jean-Paul II
Jean-Paul II a assumé les apparences de la modernité et a su jouer de la mondialisation et de l’immédiateté des moyens d’information pour mieux rejoindre chaque homme, et pas seulement les croyants. Aucun être humain sur terre n’a ignoré le visage de Jean-Paul II et aussi, ce fut le but de ses102 voyages hors d’Italie, à un moment ou à un autre, chacun a pu entendre au moins les lignes forces de son enseignement en matière morale  : non à “ la culture de mort ” (avortement, contraception, etc.), “ la permissivité morale ne rend pas les hommes heureux ”, “ faire le bonheur de l’homme en se passant de Dieu est une dramatique illusion ”.
Les millions de jeunes qui, sur presque tous les continents, ont participé aux “ Journées Mondiales de Jeunesse ” – une des innovations majeures du pontificat –, ne sont, certes, pas tous devenus des croyants pratiquants. Mais tous ont entendu les invitations du Pape à “ garder la fidélité au Christ ” et à vivre de la vérité “ ce bien éternel ”.  Qui peut connaître le moment de la floraison des semences ainsi jetées ?
Philippe Maxence a bien défini Jean-Paul II en mettant en lumière la double force qui l’animait : “ Comme Jean, il était un contemplatif et comme Paul, un évangélisateur tout terrain ”.
Les pessimistes, analysant le pontificat, diront que “ dans le quotidien [de l’Eglise], rien n’a vraiment changé ”. Est-ce bien sûr ? L’histoire dressera les actes et les axes de la restauration accomplie par Jean-Paul II durant les vingt-six ans de son pontificat pour faire face à la crise de l’Eglise. Ce travail de reconquête est passé par la nomination d’évêques d’un nouveau type, la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique, d’encycliques et de déclarations de réaffirmation doctrinale. Il est passé aussi par l’encouragement donné à des communautés nouvelles ou traditionnelles et par l’appel à la “ nouvelle évangélisation ”. Beaucoup reste à faire ? Sans doute. Un Petit catéchisme est en préparation, qui pourra être mis dans les mains de tous les enfants. Et en matière liturgique, la “ réforme de la réforme ” n’a-t-elle pas été affirmée comme une nécessité par le cardinal Ratzinger, le plus solide soutien de Jean-Paul II pendant tout son pontificat ?
Jean-Paul II aura été, dans le domaine liturgique, celui qui aura commencé la restauration (loin d’être achevée). La liturgie célébrée en Pologne en 1978, donc celle célébrée par celui qui devenait pape, était dans sa forme et, plus encore dans son esprit, fort différente de celle pratiquée dans certains pays ouest-européens, et particulièrement en France. Jean-Paul II s’est soucié, très vite, des dérives en matière liturgique. On pourrait dresser une chronologie de ses interventions et initiatives, elle commencerait dès 1979. De manière plus précise, c’est il y a plus de vingt ans que le rite traditionnel a recommencé à avoir droit de “ droit de cité ” dans l’Eglise (l’indult de 1984).
L’abbé Aulagnier, dans un message diffusé le dimanche 3 avril, a justement noté : “ Je retiendrai les efforts soutenus qu’il a manifestés avec les dicastères romains pour la restauration du culte eucharistique et éradiquer les abus liturgiques qui se sont introduits, pour le grand malheur des fidèles, dans la vie eucharistique des églises ? A-t-il réussi ? Il est encore trop tôt pour le dire. Il a voulu également, timidement, faiblement, mais réellement, je crois, le retour, sur les autels de la chrétienté, de la messe dit de saint Pie V. Il aurait pu la dire lui-même, cela eut été une véritable affirmation. Il n’a pas vraiment réussi. Mais il y a, mystérieusement, en cette affaire, tant d’oppositions. C’est que le modernisme se cache toujours dans les rouages de l’Eglise et de son gouvernement.[1] ”
L’erreur de perspective serait de juger de l’efficacité d’une pastorale et d’une politique à l’aune de la situation d’un pays (la France) ou un demi-continent (l’Europe occidentale). Si en France, il est fréquent que six ou sept paroisses doivent se partager une messe ou deux messes dominicales (où le pire liturgique est toujours possible), à Saigon, au Vietnam, il y a six messes par dimanche à la cathédrale, et de la première (à 5h30) à la dernière, l’église est pleine d’une foule fervente qui s’agenouille pendant la lecture du canon et l’Agnus Dei et qui ne reçoit pas la communion dans la main.
 
Le paradoxe
La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, qui a été, en France et dans le monde, l’opposante la plus déterminée à certaines initiatives spectaculaires de Jean-Paul II et à beaucoup de réformes conciliaires, en particulier celle de la liturgie, a fait paraître, dès le jour du décès de Jean-Paul II, un communiqué de son Supérieur général, Mgr Fellay. La FSSPX, dit-il, “ salue les batailles menées par Karol Wojtyla pour la défense de la vie et son engagement sur le plan moral ” mais aussi “ elle se sent aujourd’hui le devoir de redire qu’elle a toujours réprouvé l’engagement inlassable du pape Jean-Paul II pour l’œcuménisme, engagement qui a conduit à un affaiblissement de la foi et de la défense de la  vérité ”.
Un des paradoxes du pontificat aura été d’avoir emprunté des chemins nouveaux pour faire connaître l’enseignement de l’Eglise et sa doctrine du salut et, par ce fait-même, d’avoir désorienté certains de ses fidèles et leurs pasteurs. Il ne faut pas voir là une opposition entre un Pape progressiste voire moderniste et des traditionalistes dépassés, mais plutôt deux voies, parfois convergentes parfois divergentes, d’affronter la modernité.
 
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Deux numéros spéciaux 
. L’Homme Nouveau (10 rue Rosenwald, 75015 Paris, 3 euros le numéro).
Sous la direction d’Agnès Jauréguibéhère, articles des cardinaux Paul Poupard et Jean Honoré, des R.P. Léo Elders, Patrick de Laubier, Jean Longère et  Joseph Vandrisse, de Denis Sureau, Philippe Maxence, Alain de Penanster, Aline Lizotte, Bruno Couillaud et Pierre Durrande.
. Le Figaro Hors-Série (en kiosque, 116 pages, 7,50 euros).
Sous la direction de Michel De Jaeghere, illustré de très nombreuses photographies en couleurs. On trouvera d’abord, jalonnant les grands moments de la vie de Jean-Paul II :  “ Douze journées de la vie d’un pape ” racontées par Elie Maréchal, Jean Sévillia, Alain Barluet et d’autres. Puis, on trouve un “ Bilan du pontificat ” en dix articles : Aymeric Chauprade, Isabelle Schmitz, Guy Baret, Claude Barthe, Joseph Vandrisse, Gérard Leclerc,Vincent Tremolet de Villers, François Foucart, Yves Chiron, Michel De Jaeghere.
[1] L’abbé Aulagnier fait référence à un entretien avec le cardinal Medina (qui fut Préfet de la Congrégation pour le Culte divin de 1996 à 2002). Dans cet entretien, paru simultanément dans l’Homme nouveau (numéro du 3 avril) et dans la Nef (numéro d’avril), le cardinal Medina déclare notamment : “ La dimension sacrificielle de la célébration eucharistique en est un élément essentiel, et pas seulement dans l’ancienne forme du rite romain, mais bien pour la doctrine catholique tout court […] C’est pourquoi j’aurais voulu, à l’occasion de la troisième édition typique du missel de Paul VI, alors que j’étais préfet de la Congrégation du Culte divin, réintroduire quelques éléments de la forme ancienne, mais j’ai rencontré des oppositions très décidées ”.

dimanche 6 mars 2005

[Aletheia n°72] Jean-Paul II et la "séparation" - et autres textes - par Yves Chiron

Aletheia n°72 - 6 mars 2005

JEAN-PAUL II ET LA “ SEPARATION ”

En date du 11 février, Jean-Paul II a adressé une Lettre apostolique aux évêques français. Après la visite ad limina des évêques de France, et à l’occasion du 100e anniversaire de la loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat, cette Lettre apostolique veut “ réfléchir sur l’histoire religieuse en France au cours du siècle écoulé ”.

Deux affirmations du texte apparaissent comme une évolution de la doctrine sociale de l’Eglise.

D’une part, la Lettre apostolique, s’adressant aux évêques de France, affirme : “ Le principe de laïcité, auquel votre pays est très attaché, s’il est bien compris, appartient aussi à la Doctrine sociale de l’Eglise. Il rappelle la nécessité d’une juste séparation des pouvoirs (cf. Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise, nn. 571-572), qui fait écho à l’invitation du Christ à ses disciples : ”Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu” (Lc 20, 25) ”.

D’autre part, dépassant le cas français, la Lettre pose en principe : “ la non-confessionnalité de l’Etat, qui est une non-immixtion du pouvoir civil dans la vie de l’Eglise et des différentes religions, comme dans la sphère du spirituel, permet que toutes les composantes de la société travaillent au service de tous et de la communauté sociale. ”

La “ séparation ” de l’Eglise et de l’Etat (le mot est dans le titre de la loi de décembre 1905) est, pour la première fois dans un document pontifical, qualifiée de “ juste ” et de nécessaire ( “ nécessité ”). La “ non-confessionnalité de l’Etat ” est perçue positivement, comme une liberté pour l’Eglise, et non plus négativement, comme une liberté de l’Etat (au sens où l’Etat se libéralise, s’affranchit de la religion).

Émile Poulat, dans un balancement auquel le lecteur doit être attentif, approuve la volonté affirmée d’apaisement, mais note aussi que la Lettre pontificale fait l’impasse sur le fond (les questions conjointes de la liberté, de la vérité et de la conscience) :

C’est un texte qui va faire date. Un texte de référence. Une page est tournée. Le ton est bon, conciliateur, bienveillant. Il n’y a rien de nouveau sur le fond mais c’est un développement presque inédit du thème de la “ saine et légitime laïcité ” définie par Pie XIII. Il faudra suivre de près la réception de ce texte par la presse et par les politiques. Toute la question reste cependant de savoir ce que les évêques vont en faire car il y a une part de langage codé. Le Pape y fait part d’une préoccupation interne. En ce sens, il ne faut pas penser que cette lettre atteigne automatiquement son objectif. C’est maintenant aux évêques de la digérer, puis de réagir. L’autre problème de ce document – qui commet au passage une erreur sur la date du Concordat – vient du fait qu’il part d’une fausse problématique, celle des relations Eglise-Etat. Or, le problème de fond n’est plus là. Les vraies questions sont celles du pouvoir de l’Eglise sur la société et de la liberté de conscience absolue revendiquée par les partisans de la laïcité. Et c’est bien sur ce point qu’ils attendent l’Eglise. L’Eglise admet certes la liberté de conscience, mais pas de façon absolue. Il y a donc un malentendu qui reste à résoudre.[1]

Un nouveau “ ralliement ” ?

Jean Madiran, en lecteur attentif des textes pontificaux, voit, pour sa part, dans cette Lettre apostolique “ une grande nouveauté ” :

Pendant un siècle, la doctrine de l’Eglise rejetait la séparation entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, elle enseignait leur distinction et prônait leur union. Néanmoins le terme de “ séparation ” était admis et couramment employé (par inadvertance, par ignorance doctrinale, ou bien par insolence délibérée) dans les milieux les plus à gauche de la mouvance politique dite démocrate-chrétienne. Mais pour trois et disons quatre générations de familles catholiques militantes, “ la Séparation ” a été et demeure le mal, la honte, la défiguration de la fille aînée de l’Eglise, le reniement qui justifie le reproche adressé un certain jour à la France :

Qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ?

Le ralliement à la séparation dans le vocabulaire pontifical était ouvertement en préparation. On avait bien remarqué que l’exhortation apostolique Ecclesia in Europa ne rejetait plus la “ séparation ” mais seulement la “ séparation hostile ”, suggérant en somme d’imaginer une séparation amicale. Cependant le discours pontifical du 12 janvier 2004 en revenait au terme traditionnel de “ distinction ”, disant :

“ Le principe de laïcité [est] en soi légitime s’il est compris comme la DISTINCTION entre la communauté politique et les religions. ”

Dans la récente lettre pontificale, le pas est franchi, la notion de “ séparation ” est acceptée et elle est déclarée “ juste ”, cette qualification surprenante pouvant d’ailleurs être comprise comme une limitation tout autant qu’une promotion […].

Mais cette séparation des pouvoirs est présentée comme une collaboration entre eux, comme une association, comme un partenariat.[2]

La “ juste séparation ” admise par la Lettre apostolique de février 2005 semble donc contredire les enseignements pontificaux précédents, historiques désormais. Il est à remarquer que la Lettre apostolique signée Jean-Paul II est datée du 11 février, soit exactement la même date que celle de l’encyclique Vehementer nos (11 février 1906) par laquelle saint Pie X condamnait la loi française de Séparation de l’Eglise et de l’Etat. Est-ce une coïncidence ?

À quelque cent années de distance, le discours pontifical a bien changé. En 1906, saint Pie X, dans Vehementer nos, affirmait : “ Qu’il faille séparer l’Etat de l’Eglise, c’est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur ”. En 1924, par l’encyclique Maximam gravissimam, Pie XI, acceptant l’institution d’Associations diocésaines, avertissait encore “ ce que Pie X a condamné, Nous le condamnons de même ; et toutes les fois que par ”laïcité” on entend un sentiment ou une intention contraires ou étrangers à Dieu et à la religion, Nous réprouvons entièrement cette ”laïcité” et Nous déclarons ouvertement qu’elle doit être réprouvée ”.

Le cas chilien (1925)

Pie XI a été un des papes contemporains qui a signé le plus grand nombre d’accords avec les Etats de son temps. On a pu relever dix-sept concordats, conventions et accords avec des Etats signés durant son pontificat (1922-1939)[3]. Mais il est à noter que ce pape, si adversaire du laïcisme, s’est accommodé d’un régime de séparation de l’Eglise et de l’Etat imposé par le Chili en 1925. Il s’en est accommodé non sans sauvegarder le principe :

En dépit des excellentes relations qui existaient antérieurement et qui existent encore entre elle et le Saint-Siège, la République du Chili a décrété l’application du régime dit de séparation. À la lumière de la foi catholique, ce régime n’est certainement pas conforme à la doctrine de l’Eglise, non plus qu’à la nature des hommes ou de la société civile. Cependant, il est appliqué d’une manière tellement amicale que, loin d’être une séparation, il semble plutôt une union amicale (amicus convictus). Aussi, nous l’espérons, l‘Eglise catholique n’en continuera pas moins d’exercer son influence et son action sur la vie morale de ce pays qui nous est cher, et pour son plus grand bonheur. [4]

Il resterait à étudier les circonstances dans lesquelles s’est établie cette “ séparation ” au Chili et les conséquences qu’elle a eues sur la vie sociale, morale et politique du pays. Et l’ “ union amicale ” dans la séparation, que Pie XI voyait à l’œuvre au Chili, a-t-elle quelque analogie avec la situation actuelle de la France (la “ séparation amicale ” qu’évoque Jean Madiran) ? La question mérite d’être posée.

On relèvera encore que Pie XI attendait que l’Eglise catholique continue à “ exercer son influence et son action sur la vie morale ” du Chili. Aujourd’hui, Jean-Paul II attend des fidèles qu’ils fassent “ rayonner les valeurs évangéliques et les fondements anthropologiques sûrs dans les différents domaines de la vie sociale ”.

La différence essentielle entre le Chili de 1925 et la France de 2005 reste que le régime de séparation est jugé différemment : “ non conforme à la doctrine de l’Eglise ” dit Pie XI, “ nécessité d’une juste séparation des pouvoirs ” dit Jean-Paul II.

“ Questions autour d’une lettre ”

Pour en revenir à la lettre de Jean-Paul II, on ne sera pas inattentif aussi à ces observations de Denis Sureau dans Chrétiens dans la Cité :

…cette lettre doit être située dans le contexte de la fin du pontificat de Jean-Paul II. Ce n’est plus un secret : son état de santé ne lui permet plus de maîtriser nombre de décisions et publications soumises à sa signature. Comme nous le confie un membre de la Curie, les différentes congrégations romaines s’affrontent discrètement. Ces circonstances expliquent probablement le décalage substantiel de ce texte avec les mises en garde répétées de la papauté contre le laïcisme en France et en Europe. Et avec l’inquiétude croissante des personnalités de l’Eglise de France – notamment les cardinaux Lustiger et Barbarin – face à l’hostilité grandissante des pouvoirs publics et la multiplication des discriminations de toutes sortes dont souffrent les catholiques. Il est étrange que ces perceptions de l'archevêque de Paris et du Primat des Gaules soient absentes d’une lettre conçue comme un écho à leur venue à Rome. [5]

Trois livres sur la Séparation

1905, la séparation des Eglises et de l’Etat. Les textes fondateurs, Perrin, collection de poche “ Tempus ”, 476 pages, 10 euros.

Publié avec le concours du Ministère de l’Intérieur, et préfacé par Dominique de Villepin (flamboyant et lyrique à son habitude : “ la loi de 1905, fondatrice de notre identité républicaine, indissociablement laïque et libérale ”), l’ouvrage vaut surtout par les nombreux documents qui y sont publiés, parfois dans leur texte intégral. Choisis et présentés par Yves Bruley, on y trouve des dizaines de textes. La loi de Séparation de décembre 1905, bien sûr, mais aussi, en aval, le débat sur la liberté et la laïcité qui a parcouru tout le XIXe siècle (les catholiques libéraux, Pie IX, Gambetta, Jules Ferry). D’autres parties montrent “ la République en marche vers la Séparation ” (notamment la loi de 1901 sur les congrégations, des extraits des débats dans les Chambres, des articles de journaux). Puis viennent les épisodes de la loi de Séparation elle-même et la situation ainsi créée. On sait gré à Yves Bruley de n’avoir pas opéré une sélection réductrice. Défenseurs de l’Eglise et adversaires de la Séparation sont autant représentés que les partisans de la Séparation et les anticléricaux. D’où, face à Combes, Waldeck-Rousseau, etc., des textes de Péguy, Maurras, Mgr Turinaz, Lyautey, d’autres encore et, bien sûr, les allocutions et encycliques de saint Pie X. Une source documentaire précieuse.

• Jean Sévillia, Quand les catholiques étaient hors la loi, Perrin, 323 pages, 21 euros.

Jean Sévillia publie une chronique bien informée sur la politique anticléricale de la IIIe République. Son “ histoire de la révolution laïque ” est articulée en sept chapitres, de Léon Gambetta à la loi de Séparation de l’Eglise, et s’achève sur une longue réflexion intitulée “ Quand la laïcité ne suffira plus à dire qui nous sommes ”.

Jean Sévillia note justement (mais en parlant au passé) : “ la laïcité, dans l’esprit et la pratique de ses fondateurs, ne signifiait nullement la neutralité religieuse de la puissance publique : c’était alors une œuvre militante, une œuvre de combat contre le catholicisme et son influence en France ”.

De Gambetta (programme de Belleville de 1869 qui réclame la séparation de l’Eglise et de l’Etat et une école laïque) aux lois scolaires de Jules Ferry (1879-1882), il y a une continuité parfaite. Ce même Gambetta qui proclamait aussi en 1871 : “ Je désire de toute la puissance de mon âme non seulement qu’on sépare les Eglises de l’Etat, mais qu’on sépare les écoles de l’Eglise ”. Puis qui lançait à la Chambre des députés, le 4 mai 1877 : “ Le cléricalisme, voilà l’ennemi ”.

Des lois Ferry à la loi sur les congrégations de Waldeck-Rousseau (1901) et à la loi sur la Séparation (1905), même continuité encore. En 1901, Waldeck-Rousseau déclarait en tant que chef du gouvernement : “ L’anticléricalisme est une manière d’être constante, persévérante et nécessaire aux Etats ; il doit s’exprimer par une succession indéfinie d’actes et ne constitue pas plus un programme de gouvernement que le fait d’être vertueux, ou honnête, ou intelligent. ”

• Paul Airiau, Cent ans de laïcité française. 1905-2005, Presses de la Renaissance, 286 pages, 18 euros.

Paul Airiau livre une réflexion qui s’inscrit la une longue durée. Il qualifie la séparation de l’Eglise et de l’Etat de “ sécularisation de l’Etat ” (ce qui n’est peut-être pas adéquat, car l’Etat, même en régime de chrétienté, a toujours été séculier, sauf dans les théocraties ou états cléricaux, ce que n’a jamais connu la France). On sera davantage d’accord avec la définition de la laïcité comme “ une libéralisation, au détriment des religions ” (p. 283).

À juste titre aussi, Paul Airiau voit l’origine institutionnelle de ce vaste mouvement de laïcisation dans la Déclaration des droits de l’homme adoptée en 1789 : “ le religieux est désabsolutisé. Il n’est plus qu’une opinion, et perd son statut de vérité absolue. Une opinion n’est pas un jugement, elle n’est que relative. Ainsi, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen opère une triple mutation qui fait brutalement basculer la France du principe de catholicité au principe de laïcité, pour reprendre l’expression d’Emile Poulat. Elle procède à une privatisation, une abstraction et une relativisation du religieux qui entend lui retirer son rôle de principe organisateur de la vie sociale ” (p. 186). C’est cela même que l’Eglise ne peut accepter, hier comme aujourd’hui.

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NOTES

[1] La Croix, 14 février 2005.

[2] Présent, 16 février 2005.

[3] Cf. notre Pie XI, Perrin, 2004, 417 pages (disponible à Aletheia, 23 euros franco).

[4] Allocution consistoriale du 14 décembre 1925, Actes de S.S. Pie XI, t. III, p. 109.

[5] Chrétiens dans la Cité, n° 162, 27 février 2005 (17 re Manessier, 94130 Nogent-sur-Marne), 3 euros le numéro.