dimanche 16 janvier 2005

[Aletheia n°69] Crise d’autorité et/ou crise d’identité ? - par Yves Chiron

Aletheia n°69 - 16 janvier 2005

L’abbé Régis de Cacqueray, Supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pie X, en présentant ses vœux pour 2005, a estimé que l’année écoulée avait été, pour la FSSPX, “ riche en grâces et en épreuves ”. Parmi les “ épreuves ”, il cite comme la plus douloureuse “ l’affaire de la mutinerie bordelaise ”.

On ne rappellera pas ici les différents épisodes de cette “ mutinerie ” – qui a encore des prolongements –, même si les événements et leurs enjeux n’ont guère été compris par la presse, hormis les publications traditionalistes ou proches du milieu traditionaliste.

Au fil des semaines, puis des mois, les péripéties et les arguments, les prétextes et les justifications des uns et des autres sont passés au second plan et des différends fondamentaux ont commencé à être exprimés publiquement. Des différends qui portent sur la conception spirituelle du sacerdoce et sur les méthodes de l’apostolat.

Sans prétendre présenter de manière exhaustive les deux conceptions en présence, on relèvera simplement les arguments les plus significatifs des uns et des autres.

Les “ règles exactes ”

Dans le n° 266 de Mascaret (novembre 2004), l’abbé Christophe Héry, exclu de la FSSPX pour avoir soutenu l’abbé Philippe Laguérie, explique la crise des mois passés par ce qu’il estime être une “ conception erronée de la sainteté sacerdotale ” : “ Il se répand, écrit-il, une conception erronée de la sainteté sacerdotale prise comme but du sacrement, rapportée seulement au sacrifice intérieur et prétendument mise en danger par la “dissipation“ du ministère. ” Il rejette l’accusation d’ “ activisme ” portée contre les prêtres sanctionnés ou admonestés.

D’autre part, sur différents sites internautiques (Item puis Le Forum catholique), un prêtre de la FSSPX, qui signe simplement “ Daniel ”, a pris la défense des abbés Laguérie, Héry et de Tanoüarn. Faisant référence aux règles de vie précises définies par les statuts de la FSSPX, il écrit avec une franchise brutale, que les intéressés auront d’ailleurs pu juger maladroite : “ la règle est faite pour la sainteté sacerdotale et non le prêtre pour la règle. Et si les abbés Laguérie et Héry étaient de bons prêtres sans appliquer les règles exactes de la Fraternité. (…) Et combien d’autres prêtres ne suivent pas les statuts, mais ne sont pas inquiétés parce qu’ils n’ouvrent pas d’églises en vexant les autorités. ”

L’américanisme

Ce qui est en jeu, dans la crise de Bordeaux, est donc bien une conception divergente du sacerdoce et de l’apostolat. Au sein de la FSSPX, deux voix autorisées l’ont clairement affirmé ces derniers temps. L’abbé de Cacqueray, sur le site officiel de la FSSPX, La Porte Latine, écrit : “ La réponse à nos difficultés ne consistera certainement pas à retomber dans les erreurs de l’américanisme et à envisager l’apostolat en lui-même comme le moyen unique de notre sanctification. Il peut certes y contribuer fortement mais dans la mesure où il est bien comme un débordement de notre vie intérieure. Autrement, il est malheureusement possible de rencontrer des apôtres qui se dessèchent dans un apostolat devenu très humain. ”

La référence à l’ “ américanisme ” est discrète et pourtant elle peut être comprise comme la clef de lecture de la crise actuelle par le Supérieur de district. Si l’on se réfère à la lettre de Léon XIII qui, en 1899, a condamné l’américanisme, on lit les reproches suivants : “ Ils pensent qu’il faut introduire une certaine liberté dans l’Eglise, afin que la puissance et la vigilance de l’autorité étant, jusqu’à un certain point, restreintes, il soit permis à chaque fidèle de développer plus librement son initiative et son activité. (…) ces amateurs de nouveautés vantent outre mesure les vertus naturelles comme si elles répondaient davantage aux mœurs et aux besoins de notre temps, et comme s’il était préférable de les posséder, parce qu’elles disposeraient mieux à l’activité et à l’énergie. (…) À cette opinion sur les vertus naturelles se rattache étroitement une autre opinion qui partage comme en deux classes toutes les vertus chrétiennes : les passives et les actives, suivant leur expression. Ils ajoutent que les premières convenaient mieux aux siècles passés, tandis que les secondes sont mieux adaptées au temps présent. Que faut-il penser de cette division des vertus ? La réponse est évidente, car de vertu vraiment passive, il n’en existe pas et il n’en peut exister. ” (Lettre Testem benevolentiæ au card. Gibbons, 22.1.1899, Actes de Léon XIII, t. V).

Certaines des erreurs de l’américanisme ont-elles été reprises, mutatis mutandis, par les abbés Laguérie, Héry et de Tanoüarn ? Le texte de l’abbé de Cacqueray ne l’affirme pas, pas plus qu’il ne cite aucun nom de personnes. Mais la référence doctrinale est explicite.

On ajoutera qu’avant même la crise bordelaise, l’abbé de Cacqueray a, dans son gouvernement du District de France, a voulu renforcer la vie spirituelle et la vie communautaire des prêtres de la FSSPX dans leur prieuré ou leur école. Aussi, au-delà de la question de l’obéissance, il interprète la crise bordelaise comme une crise de l’identité sacerdotale chez certains prêtres de la Fraternité Saint-Pie X.

On reliera à ce souci du Supérieur de district, l’intervention remarquée de l’abbé Michel Simoulin. Ancien curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et ancien supérieur du district d’Italie, aujourd’hui aumônier du Cours Saint-Thomas d’Aquin à Romagne, il a répondu avec une clarté tranchante à l’article de l’abbé Héry sur la sainteté sacerdotale. Il écrit, dans un texte reproduit sur le site La Porte Latine :

“ La finalité de la Fraternité est clairement exprimée dans ses Statuts. Il s’agit bel et bien de la formation des saints prêtres et de l’aide aux prêtres pour la préservation de cette sainteté, afin de donner à l’Eglise des prêtres aptes à obtenir “le salut des hommes pour la gloire de Dieu“.

La finalité du séminaire est “la formation de prêtres zélés et généreux“ (décret d’érection de la Fraternité, 1.11.1970), c’est-à-dire préparer des candidats au sacerdoce suffisamment munis des vertus nécessaires au sacerdoce, à savoir la science suffisante et la sainteté de vie, ou une vertu éminente (cf. saint Thomas, Suppl. 35, 1 ad 3 – 35,4 – 36,1 et 2).

Cela dit, tout est dit et tout est clair. La confusion et le malaise ne peuvent exister que chez les prêtres qui n’admettent pas ou supportent difficilement les contraintes et les conditions de vie que leur imposent les Statuts de la Fraternité dans le but de leur conserver les vertus nécessaires à l’exercice fructueux de leur apostolat. ”

Des précédents historiques

La crise que traverse la FSSPX depuis quelques mois n’est pas la première de son histoire. Comme dans toute société religieuse, la Fraternité sacerdotale, créée il y a trente-cinq ans par Mgr Lefebvre, a connu des départs, des scissions et des exclusions. En 1980, l’abbé Claude Barthe, ordonné prêtre à Ecône l’année précédente, est expulsé de Saint-Nicolas du Chardonnet pour sédévacantisme. En 1988, plusieurs prêtres qui refusent d’approuver les sacres épiscopaux accomplis cette année-là par Mgr Lefebvre, fondent la Fraternité Saint-Pierre reconnue par le Saint-Siège. Sans être exhaustif, on pourrait citer encore, plus récemment, la fondation de l’Institut Saint-Philippe Néri, à Berlin, par l’abbé Goesche, ancien membre de la FSSPX ; l’Institut a été reconnu par le Saint-Siège en 2004.

Mais, de l’avis même du Supérieur de district actuel, la crise bordelaise (et parisienne) a été “ la plus lourde des croix rencontrées par le district de France cette année et, aux dires des plus anciens de la Tradition, depuis sa fondation ”.

Cette crise n’est-elle qu’un épisode de plus d’une histoire déjà longue, épisodes inévitables dans des sociétés religieuses qui sont aussi des sociétés d’hommes où s’affrontent opinions divergentes et tempéraments différents ? Ou est-elle le révélateur d’une crise plus profonde et plus fondamentale comme en ont connue dans leurs premières décennies nombre d’ordres religieux et de congrégations ? Des crises qui leur ont permis de mieux définir leur vocation spécifique et de mieux établir leurs structures de fonctionnement.

On ne prendra que deux exemples dans le passé : la “ refondation ” des Constitutions de l’ordre capucin en 1536, onze ans après les débuts de cette nouvelle famille franciscaine ; et la crise “ portugaise ” qui affecte les Jésuites en 1553, près de vingt ans après le célèbre vœu de Montmartre (15.8.1534).

L’ordre capucin fut, à son origine, une volonté de retourner aux sources les plus pures du franciscanisme. En 1525, un franciscain de l’Observance, Matteo de Bascio quitta secrètement son couvent pour demander au pape de vivre en ermite selon la tradition franciscaine. Après bien des péripéties, deux autres religieux, Ludovico de Fossombrone et son frère Raffaele, le rejoignirent. En 1529, la jeune congrégation, approuvée l’année précédente par le pape Clément VII, tint un premier Chapitre général à Albacina au cours duquel furent rédigées les premières Constitutions de l’ordre. L’expansion que connurent les Capucins n’empêcha qu’ils connurent dans les années suivantes de graves crises[1] : les Franciscains de l’Observance faillirent réussir à obtenir la suppression de la jeune congrégation puis les deux premiers Ministres généraux (Matteo de Bascio et Ludovico de Fossombrone) quittèrent successivement leur ordre, la même année (1536). Mais les Capucins surent réagir à ces crises successives en adoptant, en 1536 aussi, de nouvelles Constitutions qui, sans rompre avec les principes définis à Albacina, introduisaient les adaptations nécessaires.

Chez les Jésuites, un des fondateurs, Simon Rodriguez, entra en conflit avec saint Ignace de Loyola après quelques années. Ce fut, dit un des historiens récents de la Compagnie de Jésus, “ une crise d’autorité et d’identité ”[2]. Rodriguez était provincial de la Compagnie au Portugal. On lui reprocha de tolérer ou d’encourager des pratiques de pénitence trop sévères et aussi “ le caractère inconstant et arbitraire de son gouvernement ”. Convoqué à Rome par saint Ignace pour discuter de la situation de la Compagnie au Portugal, Rodriguez ne s’y rendit que bien plus tard. Il y critiqua certaines parties des Constitutions de la Compagnie de Jésus. Finalement, saint Ignace nomma un nouveau Provincial pour le Portugal et nomma Rodriguez Provincial de l’Aragon. Celui-ci n’obtempéra qu’avec beaucoup de difficultés. La crise portugaise n’était pas finie. Saint Ignace chargea Miguel de Torres de mener une visite de la Province. Elle se solda par le départ ou le renvoi de plusieurs dizaines de jésuites. Puis, prétextant des ennuis de santé, Rodriguez revint au Portugal. Saint Ignace eut beaucoup de peine à lui faire quitter Lisbonne et à le faire venir à Rome.

Jugé coupable de désobéissance, Rodriguez fut sanctionné par une assignation à résidence. De ces différents épisodes, résumés à grands traits, on retiendra le jugement de John O’Malley : “ C’est dans ce contexte [la crise portugaise] qu’Ignace adresse aux membres de la province du Portugal sa lettre sur l’obéissance, datée du 26 mars 1553, de toute sa correspondance, peut-être la plus célèbre. Il n’est pas douteux que les événements du Portugal aient urgé son caractère appuyé sur l’obéissance dans la Compagnie, et aient été aussi l’occasion de la définir plus étroitement comme idéal de la vie religieuse. La lettre est bientôt imprimée et il est requis de la lire à table dans toutes les maisons de la Compagnie à intervalles réguliers. ”

La crise qu’a connue et que connaît la FSSPX est-elle assimilable à la crise d’identité qui a affecté, dans les premières décennies de leur histoire, ces deux grands ordres religieux ? Il n’appartient sans doute pas à un observateur extérieur d’apporter une réponse péremptoire.

Le prochain Chapitre général de la FSSPX aura lieu en 2006. Un nouveau Supérieur général y sera élu. L’actuel Supérieur général, Mgr Fellay, peut y être réélu pour un nouveau mandat de douze ans ou un autre candidat peut le remplacer. Quoi qu’il en soit, ce prochain Chapitre général pourrait être l’occasion de modifier ou de préciser les Statuts qui régissent actuellement la FSSPX.

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X n’est pas, actuellement, une congrégation religieuse dont les membres prêtent des vœux de religion (pauvreté, chasteté, obéissance). Le prochain Chapitre général pourrait modifier les Statuts actuels qui définissent l’identité sacerdotale de ses membres et la spécificité de la vocation de la FSSPX. Cela passerait-il par une insistance plus grande, dans les Statuts, sur la pratique des vertus qui correspondent aux vœux traditionnels de religion ?

Encore une fois, ce n’est pas à un observateur extérieur à s’immiscer dans une question aussi essentielle. On relèvera néanmoins, pour finir, l’insistance avec laquelle l’abbé de Cacqueray évoque le nécessaire recentrage de la FSSPX sur la “ vie intérieure ”, comme moyen premier de l’apostolat :

“ Nous pensons devoir évoquer ici les vertus évangéliques d’obéissance, de pauvreté et de chasteté. Certes, ni les prêtres de la Tradition, ni les fidèles, ne prononcent les vœux qui correspondent aux deux premières mais ne doivent-ils pas rivaliser d’autant plus avec les sociétés religieuses pour en posséder l’esprit encore mieux qu’elles ? (…) ce n’est pas par l’escamotage de la vie intérieure que nous obtiendrons un apostolat plus fécond mais c’est dans la pratique d’une perfection évangélique supérieure que se forment les plus généreux apôtres de Jésus-Christ. ”

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Revue des revues

. Dans le numéro 90 de Sedes Sapientiæ (53340 Chémeré-le-Roi, 8 ¤ le numéro), on peut lire une très intéressante recension du dernier livre de l’abbé Claude Barthe, Quel chemin pour l’Eglise ? (Éditions Hora Decima), par l’abbé Bernard Lucien (p. 113-125). Tout en louant certaines qualités du livre et en approuvant plusieurs analyses, l’abbé Lucien critique fermement certaines positions et assertions de l’auteur, notamment celle d’“ apesanteur magistérielle ” pour qualifier la situation depuis Vatican II.

. Dans le n° 2, vol. 99, de la Revue d’histoire ecclésiastique (Place Blaise Pascal, 1348 Louvain, Belgique), la plus importante revue francophone d’Histoire de l’Eglise, on lit sous la plume de Roger Aubert, historien averti du modernisme, une recension très critique du livre de l’abbé Bourmaud, Cent ans de modernisme. Généalogie du concile Vatican II (Clovis, 2003). Ironiquement, le chanoine Aubert conclue : “ L’auteur a du moins un mérite : il ne dissimule pas qu’il n’a pas de connaissance directe des “modernistes“ qu’il dénonce, car toutes ses citations sont de seconde main ! ”.

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[1] P. Mariano D’Alatri, I Cappucini. Storia d’une famiglia francescana, Rome, Istituto Storico dei Cappucini, 1994 et Ludovico da Fossombrone e l’ordine dei Cappuccini, sous la direction de Vincenzo Criscuolo, Rome, Istituto Storico dei Cappucini, 1994.

[2] P. John W. O’Malley s.j., Les premiers jésuites. 1540-1565, Desclée De Brouwer/Bellarmin, 1999.

vendredi 31 décembre 2004

[Aletheia n°68] Bons points et coups de règle

Aletheia n°68 - 30 décembre 2004
Bons points et coups de règle


Dans Le Sel de la Terre, la revue trimestrielle éditée par le couvent de la Haye-aux-Bonshommes (49240 Avrillé), on trouve toujours des articles qui retiennent l’attention. Ainsi, dans le dernier numéro paru, n° 51, hiver 2004-2005, 14 € le numéro, on peut lire un intéressant dossier, d’une soixantaine de pages, consacré au P. Fahey (1883-1954), spiritain irlandais, théologien du Corps mystique et de la royauté sociale du Christ.
Mais ce même numéro contient aussi, en fin de livraison, huit pages anonymes, qui, sous le titre “ Informations et commentaires ”, sont une distribution de bons points et de coups de règle sur les doigts. Tour à tour, sont cités à comparaître devant les sévères juges d’Avrillé, Olivier Pichon, directeur de la rédaction de Monde et Vie ; Jean Madiran, directeur de la rédaction de Présent ; enfin, le seul et unique rédacteur de cette pauvre Aletheia. On laissera aux deux éminents directeurs des publications citées, le soin de répondre – s’ils en ont le temps et le goût –  à l’honorable rédacteur anonyme.
Concernant Aletheia, l’anonyme du Sel de la Terre me reproche d’être allé “ à la rescousse d’Emile Poulat ”. L’honorable anonyme se récrie : personne n’a jamais laissé entendre qu’Emile Poulat était franc-maçon ou proche de la franc-maçonnerie.
De qui se moque-t-on ? Quand on cite neuf noms, qu’Emile Poulat est le premier nom cité, et qu’après avoir énuméré les neufs noms on poursuit : “ tout ce monde [1] est, d’une part plus ou moins influencé par les idées de Julius Evola ou de René Guénon et d’autre part souvent lié à la franc-maçonnerie ”, il y a bien amalgame et approximation.
Quand on traite de ce genre de sujet par allusion, sous-entendu et amalgame, on n’est pas loin de la calomnie et de la médisance. Le paragraphe accusateur de Christian Lagrave dans Lecture et tradition a été repris textuellement par Le Sel de la terre, puis par Sous La Bannière puis par Action Familiale et Scolaire. On aimerait, pour l’honneur d’Emile Poulat et de Jean Borella, que ces revues publient des rectificatifs sinon des excuses.
Au début du siècle déjà, quand la campagne antimoderniste et antilibérale avait pris une tournure trop personnelle, les Etudes (janvier 1914) avaient publié un article retentissant, “ Critiques négatives et tâches nécessaires ”. La célèbre revue jésuite, qui se revendiquait, elle aussi, au rang des “ catholiques intégraux ”, s’était indignée :
 “ Quelle pitié de voir ravaler ainsi à des questions de personnes les questions doctrinales de la plus haute gravité ! (…) Chaque semaine, le lecteur attend avec impatience son numéro, en se disant : A qui le tour ? Il ne s’inquiète plus guère de ce qu’est le modernisme ou le libéralisme. Foin des graves problèmes, du souci des précisions et des questions de nuances ! L’important est d’enrichir de quelques noms sensationnels la galerie des suspects ! ”.
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Revue des revues
. La presse s’est fait l’écho du “ Communiqué ” de Mgr Bruguès, évêque d’Angers et président de la Commission doctrinale de l’épiscopat, consacré aux ouvrages de Jacques Duquesne et du P. Dominique Cerbelaud. Ce communiqué a été suivi d’une “ Note doctrinale ”, beaucoup plus développée, consacrée au livre de Jacques Duquesne et d’un “ Résumé ” de cette analyse critique. Ces deux dernières interventions de la Commission doctrinale ne sont, pour ainsi dire, jamais citées. On trouvera le texte de ces trois interventions doctrinales dans la Documentation catholique (3 rue Bayard, 75008 Paris – 4,50 € le numéro), n° 2326, du 19 décembre 2004. Une note doctrinale sur le livre du P. Cerbelaud “ devrait paraître ultérieurement ”.
. J’ai rappelé, dans le dernier numéro d’Aletheia, plusieurs articles et études critiques qui avaient été consacrés au premier, et important, livre de Jean Borella, La Charité profanée. Le P. Lous-Marie de Blignières nous rappelle qu’il avait consacré une “ recension respectueuse et critique ” à un autre livre de Jean Borella, Le Sens du surnaturel. Effectivement, cette longue étude critique, de vingt pages, peut se lire dans le n° 61, automne 1997, de Sedes Sapientiæ (53340 Chémeré-le-Roi).
. Dans le numéro de janvier 2005 de La Nef (B.P. 48, 78810 Feucherolles, 6 € le numéro), on peut lire un très important débat consacré à “ La France : mort, déclin ou renaissance ? ”. Y ont pris part Mgr Brincard, évêque du Puy-en-Velay, Paul-Marie Coûteaux, député européen “ souverainiste ”, Patrice de Plunkett et Jean Raspail. Dans ces huit pages très denses, on relèvera, entre autres, ces analyses de Mgr Brincard : “ il y a une crise grave, cette crise est à la fois intellectuelle et spirituelle. Comment sortir de cette crise ? Sera-t-elle l’occasion d’un retour non pas au passé mais aux sources, ou ouvrira-t-elle le chemin au déclin ? Pour ma part, je pense qu’il y aura un renouveau mais, comme tout renouveau profond, il passera par la croix ”.
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Rappels 
. Le dernier livre de Jean Madiran, La trahison des commissaires, publié aux éditions Consep, est disponible aussi à Aletheia au pris de 10 € franco de port.
. Un “ abonnement-liberté ” au quotidien Présent est possible par un prélèvement automatique mensuel de 27,45 € par mois (formulaire à demander à Présent, 5 rue d’Amboise, 75002 Paris).
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Au seuil de cette nouvelle année, je fais mien ce vœu exprimé par Mgr Brincard : “ Retrouvons l’espérance en faisant ce qui, avec l’aide de la grâce de Dieu, dépend de nous ”.
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[1] Souligné par moi.

dimanche 12 décembre 2004

[Aletheia n°67] Mgr Rey : "On ne peut être catholique et franc-maçon"

Aletheia n°67 - 12 décembre 2004
Mgr Rey : “ On ne peut être catholique et franc-maçon ”
Après la claire intervention de Mgr Brincard, évêque du Puy, en 2002[1], un nouvel évêque français, Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, rappelle la position traditionnelle de l’Eglise sur la franc-maçonnerie et explique pourquoi l’appartenance à la franc-maçonnerie est interdite aux catholiques. Il le fait dans un long entretien à la revue La Nef, en conclusion d’un important dossier qu’il avait suggéré lui-même à la revue de réaliser.
Mgr Rey explicite trois raisons principales qui rendent condamnable la franc-maçonnerie au regard de la doctrine catholique :
-          Elle diffuse un enseignement de type gnostique : “ Elle prétend donner à ses adeptes une formation ésotérique, enseignement secret qui révèlerait le sens caché de l’univers. Tous les rituels font miroiter aux yeux des initiés l’acquisition d’une soi-disant “ Tradition primordiale ”, et d’une “ Lumière ” qui, au mieux, est celle de l’intelligence humaine, mais en aucun cas celle de la Transfiguration en Christ ”.
-          “ Le maçon soutient le primat et l’autonomie de la raison par rapport à toute vérité révélée ”.
-          “ Elle rejette tout dogme. Elle prône le relativisme, au prétexte de la tolérance absolue. Relativisme religieux qui met toutes les religions sur le même plan, les considérant comme des tentatives concurrentes pour exprimer la vérité sur Dieu qui, en soi, est inatteignable. […] D’autre part, la franc-maçonnerie prône le relativisme moral. Aucune règle morale n’est pour elle d’essence divine, donc intangible. La morale doit évoluer au gré du consensus des sociétés ”.
Dans son entretien avec Christophe Geffroy, Mgr Rey ne s’en tient pas à l’analyse doctrinale et à la mise en lumière des principes erronés et dangereux de la franc-maçonnerie. Il est lucide sur l’influence de la franc-maçonnerie dans la société française : “ Par l’entremise de cercles de pensées et de réseaux d’influence, bien des projets de lois votés par le Parlement ont été préparés dans le silence du temple. ”
D’autres points de cet entretien de trois pages mériteraient d’être relevés, notamment quand, parmi les “ réponses pastorales pertinentes ” à la franc-maçonnerie, l’évêque de Fréjus-Toulon invite les catholiques “ à investir le vaste champ politique, comme le rappelle si souvent le pape Jean-Paul II, à inventer de nouveaux modes d’apostolat sur des terrains autrefois occupés par les mouvements de type Action catholique, mais qui sont aujourd’hui déserts. ”
Le constat sur le “ désert ” et les nécessaires “ nouveaux modes d’apostolat ” ouvre la perspective sur la mission des laïcs. Vaste question où Mgr Rey, là aussi, fait preuve d’une lucidité réconfortante qui tranche avec les discours convenus de l’épiscopat français. 
Le dossier de 12 pages sur la franc-maçonnerie comprend les articles suivants [2] :
. Michel Toda, La franc-maçonnerie hier et aujourd’hui.
. Yves Chiron, Les rituels francs-maçons.
. Paul Airiau, L’Eglise et la franc-maçonnerie.
. Michel Toda, Les chimères du Père Riquet.
. Entretien avec Mgr Dominique Rey : “ On ne peut être catholique et franc-maçon ”.
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Pour l’honneur de Jean Borella et d’Emile Poulat
Plusieurs revues, relayées ou inspirées par des folliculaires internautiques, répandent la rumeur qu’Emile Poulat aurait des accointances avec la franc-maçonnerie. C’est sa direction de la revue Politica Hermetica et son dernier livre, Notre laïcité publique (Berg International, 2003), qui ont suscité cette campagne où l’amalgame rivalise avec l’approximation. Comme je l’ai déjà relevé[3], d’autres collaborateurs de Politica Hermetica ont eux aussi été mis en cause, leur point commun serait d’être “ souvent lié à la franc-maçonnerie ” (on appréciera l’imprécision !), et parmi eux, Jean Borella, collaborateur éphémère de P.H.
Le bon et sérieux dossier de La Nef sur la franc-maçonnerie est l’occasion de prendre à nouveau la défense de ces deux auteurs qui sont aussi des lecteurs bienveillants et attentifs d’Aletheia. Une rumeur non démentie ou une insinuation répétée deviennent des fausses vérités que l’on croit établies.
Jean Borella, philosophe et chrétien, a été un lecteur attentif et critique de René Guénon. Sa recherche spéculative l’a amené à produire des ouvrages importants sur le symbolisme, l’ésotérisme et le surnaturel. On peut contester certains aspects de sa pensée[4]. Mais laisser croire qu’il est franc-maçon est une calomnie et une mauvaise action. À la suite de ma précédente évocation de cette affaire, le Professeur Borella m’avait adressé une lettre dont je crois utile de reproduire la claire affirmation suivante :
Les insinuations de Ch. Lagrave concernant mon éventuelle appartenance à la F.M. sont évidemment fausses. La seule “ organisation ” à laquelle j’ai appartenu et appartiens toujours, c’est l’Eglise catholique, apostolique et romaine. Et, s’il plaît à Dieu, je lui appartiendrai toujours. Je me suis intéressé à la F.M., à son histoire et un peu à sa symbolique. Mais je n’ai jamais remis en cause les condamnations de Rome à son encontre.
Émile Poulat, lui, a protesté, auprès de deux revues qui le mettaient en cause, par des lettres qui apportent des rectifications et précisions propres à faire taire les calomnies. On aimerait que les revues en question publient, par honnêteté intellectuelle, les lettres d’Emile Poulat. Il écrit, entre autres affirmations claires : “ je n’ai et je n’ai jamais eu aucun lien, aucune accointance avec la franc-maçonnerie ”.
Émile Poulat, dans une de ces lettres, revient aussi sur la question de la laïcité et de la loi dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat du 9 décembre 1905. À l’approche du centenaire de cette loi, il n’est pas inutile de citer l’état factuel de la question qu’il dresse en réponse à un de ses contradicteurs[5] :
Cette loi dite de “ séparation ”, qui l’a lue dans son texte publié au Journal officiel et aujourd’hui introuvable en librairie ? A-t-elle été condamnée ? Oui, par Pie X trois fois, et une fois par Pie XI en 1924. La condamnation a-t-elle été levée ? Non. L’interdit jeté par Pie X sur les associations cultuelles a-t-il été levé ? Oui, par Pie XI en 1924, au terme de longues négociations et sous la forme d’associations diocésaines. La loi de 1905 est-elle modifiable ? Oui, et déjà une dizaine de fois, la dernière en 1998. Ces modifications ont-elles été condamnées. Non : un modus vivendi jugé satisfaisant à Rome et en France a donc été trouvé dans le cadre d’une loi qui reste condamnée, mais dont la plus grande partie se trouve désormais sans objet et dont le reste a été amendé, interprété ou complété. La réalité qui nous gouverne, c’est le régime issu de cette loi, et d’autres, régime qui, lui, n’a pas été condamné. Le mot séparation lui-même ne figure dans aucun texte de loi et n’a aucune valeur légale : seulement rhétorique.
Sur cette question de la laïcité, le premier mérite d’Emile Poulat est d’être allé aux faits. Comme il l’a fait, depuis quarante ans, dans ses travaux sur le modernisme, sur l’intégrisme et sur l’antilibéralisme de l’Eglise. Ces travaux sont devenus des ouvrages de référence, salués aussi bien dans le milieu historique universitaire que dans les milieux traditionalistes (ou “ intransigeants ” comme disent les Italiens et Emile Poulat). Pourquoi, aujourd’hui, dans une frange de ces mêmes milieux traditionalistes, jette-t-on le soupçon voire la calomnie sur cet auteur ?  N’est-ce pas là une preuve de plus de l’affaissement intellectuel qui touche tous les milieux, y compris les milieux traditionalistes ?
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Mises au point sur Fatima (suite)
Les “ Mises au point sur Fatima ” publiées dans un récent numéro d’Aletheia (n° 65, 21 novembre 2004) ont suscité des réactions diverses. Philippe Maxence, rédacteur en chef de L’Homme Nouveau, me précise que le débat sur la question reste ouvert dans les colonnes de son journal, qui a publié, depuis, des courriers de lecteurs, contradictoires, sur le sujet[6].
M. l’abbé Aulagnier, directeur du site item.snoozland.com, rappelle qu’il avait publié un dossier sur le sujet et il a reproduit mon article du 21 novembre en le résumant ainsi : “ L’article d’Yves Chiron se veut apaisant et nous encourage à nous “reposer sur nos deux oreilles“. […] “Peuples, dormez en paix ! Rien de “ méchant ” ne se prépare à Fatima “ ”.
Le cher abbé, outre qu’il invente des expressions d’un langage familier que je ne permettrais pas d’utiliser dans un écrit, fait un résumé par trop cavalier de mes analyses.
Un lecteur belge, lui, m’accuse de vouloir “ cacher ” (sic) à mes lecteurs un article de Nouvelles de chrétienté (n° 89, septembre-octobre 2004), article de Vincent Garnier “ Les hindous à Fatima ”[7]. Loin de moi l’idée de cacher quelque article que ce soit sur le sujet. Mais, je n’ai pas vocation, ici, à établir des bibliographies exhaustives.    
Depuis, le dossier s’est enrichi d’une nouvelle pièce, une nouvelle “ mise au point ” publiée par Jeanne Smits dans le quotidien Présent, le 4 décembre dernier. Cette fois, elle publie le texte d’un communiqué, important, de Mgr Serafim de Sousa Ferreira, évêque de Leiria-Fatima, qui sonne comme un “ désaveu ” de ce qui s’est passé à Fatima le 5 mai dernier.
Pour clarifier la controverse, qui a pris une dimension internationale, et qui porte sur plusieurs points, on peut, je pense présenter les faits en trois étapes en les plaçant sous leur vrai jour :
- un congrès interreligieux a bien eu lieu à Fatima en octobre 2003. Déjà, au moment des faits, la FSSPX avait mobilisé ses prieurés et ses écoles pour faire prier contre ce “ nouveau scandale d’Assise ”. L’honnêteté pourtant commande de ne pas assimiler les deux événements. À Assise, en 1986, il y eut une réunion interreligieuse, à l’initiative et en présence de Jean-Paul II, pour prier, séparément. À Fatima, il y a eu un congrès d’études, organisé par le sanctuaire, en présence de diverses hautes autorités ecclésiastiques, mais cela ne s’est point fait à l’initiative du Saint-Siège ni sous son patronage. On doit convenir que plusieurs des interventions faites au cours de ce congrès étaient en contradiction flagrante avec la doctrine catholique mais aussi que les déclarations faites en la circonstance par le P. Guerra, recteur du sanctuaire, ont été déformées.
- Un groupe hindou (et non bouddhiste, comme l’écrit par détraction une des publications citées) est venu en pèlerinage à Fatima le 5 mai dernier. Des participants ont pu accéder à l’autel de la Chapelle des Apparitions. Mais, a précisé plus tard le recteur du sanctuaire : “ Le prêtre [hindou] a chanté une prière pendant quelques minutes. Il n’a fait aucun geste, n’a effectué aucun rituel sur ou en dehors de l’autel. ” C’était une prière pour la paix. Même ramené à cette dimension, l’événement reste choquant (on peut en voir des images sur le site du mensuel catholique américain Catholic Family News : www.oltyn.com). Et c’est lui qui, semble-t-il, a suscité la plus grande réprobation du Saint-Siège[8].
- La construction d’un nouveau sanctuaire a bien commencé à Fatima. Ni la chapelle construite sur le lieu des apparitions ni la basilique actuelle ne seront détruites ou abandonnées, le troisième édifice cultuel en construction est dédié à la Sainte Trinité. Reste un point à éclaircir, signalé par Jeanne Smits dès son article du 28 août et rappelé, à juste titre, par M. l’abbé Aulagnier dans son dernier article sur le sujet : un autre bâtiment, appelé “ Centre Paul VI ”, sera construit face à la nouvelle église. Il sera voué, dit le projet, à la “ documentation interreligieuse ”. Le mot peut recouvrir des choses très diverses. Si le futur Centre Paul VI organisait des réunions interreligieuses, et non pas de simples colloques ou congrès, il y aurait un risque de confusion très dommageable pour la foi.
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[1] Mgr Brincard, “ Il faut combattre la franc-maçonnerie ”, entretien accordé à Radio-RCF-Le Puy, reproduit intégralement dans Aletheia, n° 28, 16 avril 2002.
[2] La Nef (B.P. 48, 78810 Feucherolles), n° 155, décembre 2004, le numéro 6 euros.
[3] Aletheia, n° 62, 18 septembre 2004, p. 2-3.
[4] Son premier livre, La Charité profanée, publié en 1979, aux Editions du Cèdre du regretté abbé Lefèvre, avait fait l’objet de deux longues recensions louangeuses, et parfois questionnantes, de Louis Salleron et de Marcel De Corte dans Itinéraires (n° 234, juin 1979, p. 209-218, — photocopie à la disposition des lecteurs qui le souhaiteraient). Quelques années plus tard, j’ai publié un long entretien avec Jean Borella sur ce livre, et sur d’autres sujets, dans la revue L’Age d’Or (n° 5, 1986, p. 16-27, — photocopie à la disposition des lecteurs qui le souhaiteraient). L’abbé Basilio Meramo, de la FSSPX, a publié, lui, Les hérésies de la Gnose du professeur Jean Borella, Editions les Amis de St François de Sales (C.P. 2016 — 1950 Sion 2, Suisse), 1996, une brochure de 42 pages préfacée par Mgr Tissier de Mallerais.
[5] Arnaud de Lassus, “ Emile Poulat et la laïcité ”, Action Familiale et Scolaire (31 rue Rennequin, 75017 Paris), n° 175, octobre 2004.
[6] L’Homme nouveau, 10 rue Rosenwald, 75015 Paris, 4 euros le numéro.
[7] Nouvelles de Chrétienté, Etoile du Matin, 57230 Eguelshardt, 3,50 euros le numéro.
[8] Depuis septembre, la presse portugaise évoque un prochain remplacement du P. Guerra et de l’évêque de Fatima, remplacements que le Saint-Siège aurait instamment demandés.

lundi 29 novembre 2004

[Aletheia n°66] Jean Madiran interpelle les évêques de France

Aletheia n°66 - 28 novembre 2004
Un nouveau livre de Jean Madiran
Jean Madiran interpelle les évêques de France
Le titre – La trahison des commissaires – rappelle la célèbre Trahison des clercs de Julien Benda. Le mot “ commissaires ” peut sembler renvoyer aux systèmes idéologiques totalitaires et à leur “ police de la pensée ”,   mais il peut aussi être pris à la lettre, au sens étymologique : “ personne chargée d’une mission publique ou privée ”. En effet, c’est la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France que Jean Madiran interpelle.
Cette Commission doctrinale est de création récente dans l’histoire de l’Eglise de France. Elle est une des formes qu’a prises l’exercice collégial du ministère épiscopal. Jean Madiran fait remarquer d’emblée : “ L’institution récente de commissaires doctrinaux dans l’Eglise de France n’avait pas pour but, en tout cas elle n’eut pas pour effet de rectifier les erreurs et de corriger les dérives ”.
Jean Madiran en fournit une démonstration, d’une acuité sans pareille, en examinant, l’une après l’autre, les trois interventions de la Commission doctrinale au cours des quatre premières années du XXIe siècle : le communiqué qui a approuvé la nouvelle traduction de la Bible publiée aux éditions Bayard (août 2001), la note doctrinale sur le film La Passion de Mel Gibson (mars 2004) et celle qui a critiqué et approuvé à la fois l’émission télévisée L’origine du christianisme (mars 2004).
Ce que la Commission doctrinale enseigne ou valide officiellement par ces déclarations est une “ nouvelle religion ” estime Jean Madiran. Une religion chrétienne qui ne se veut plus “ une vérité révélée par Dieu à son Eglise ” (p. 10).
La Bible éditée chez Bayard, par ses traductions nouvelles et par ses annotations critiques, a répandu dans un très vaste public des “ extravagances hypercritiques et négationnistes ”, notamment celle qui distingue entre le “ Jésus de l’histoire ” et le “ Jésus de la foi” .
Jean Madiran, qui est le contraire d’un esprit manichéen, reconnaît que deux évêques ont, plusieurs mois après le communiqué de la Commission, jugé très sévèrement cette Bible : Mgr Guillaume, évêque de Saint-Dié, dans un article paru au début de l’année 2002[1], et Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon, dans un message pastoral à ses diocésains. “ La Bible Bayard est une œuvre littéraire, elle n’est pas une Bible chrétienne, encore moins catholique ” a dit le premier, “ Non, cette Bible n’est pas celle de l’Eglise ! ” a déclaré le second.
Mais ces deux interventions, isolées, ne furent suivies, remarque Madiran, d’ “ aucune mise au point rectificatrice ”. La Bible Bayard continue à être diffusée avec l’affirmation que son appareil hypercritique et négationniste “ permet d’inscrire cette traduction dans la tradition vivante de la foi catholique ” (termes employés par la Commission doctrinale).
La note doctrinale sur les émissions de Prieur et Mordillat consacrées à L’origine du christianisme est tout aussi terrible pour les chrétiens. Elle disserte sur le “ conflit d’interprétations ” (lecture juive/lecture chrétienne) et affirme : “ Que l’une ait raison n’entraîne pas que l’autre ait tort ”.
Jean Madiran s’indigne de cet abandon : “ [La Commission] abandonne le public au milieu des “difficultés“ qu’elle lui a retransmises. Elle ne donne aucun repère, allant jusqu’à recommander “ces émissions“… ”.
À force de “ questionnement ”, on se demande s’il y a encore des certitudes chez ceux qui ont rédigé cette Note doctrinale. On nous dira que la Commission doctrinale n’est pas l’expression unique et univoque de l’épiscopat français et l’on mettra en contrepoint les deux déclarations épiscopales citées plus haut. Mais ce que Madiran appelle “ l’unité de façade ” est maintenu. Il y a parfois des réactions individuelles, il y a aussi des corrections subreptices[2], mais il n’y point de rétractation ou de clarification officielles.
Au-delà du texte de ces trois documents officiels de la Commission doctrinale de l’épiscopat français, Jean Madiran pointe avec une acribie sans pareille cette nouvelle religion qui s’est répandue et se répand : “ Du rang de vérité révélée, enseignée au nom de Dieu avec une rigueur dogmatique impliquant des exigences morales inébranlables, la religion catholique en France, dans ses expressions officielles, est en train de glisser à celui de mythe fondateur d’une idéologie humanitaire accompagnant souplement la diversité évolutive des consciences individuelles. ”
Ce nouveau livre de Jean Madiran est “ une réclamation qui s’adresse principalement à la hiérarchie catholique ”. Sera-t-elle entendue ? Le livre sera-t-il même lu par ceux à qui il s’adresse en premier ? Depuis longtemps déjà, il y a, dans l’épiscopat, un mépris, intellectuel et spirituel, à l’égard de Jean Madiran[3]. “ Mépris intellectuel ” parce qu’ils ne perçoivent pas que cette voix est celle d’un “ beau défenseur de la foi ” (l’expression fut employée par saint Pie X à propos d’un autre laïc français, il y a quelque cent ans). “ Mépris spirituel ” parce qu’ils ne s’imaginent pas que cette voix est d’abord animée par un grand amour de l’Eglise qui se soucie de la foi des petits, des humbles.
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[1] L’article parut dans le n° 1 de la revue Kephas, janvier-mars 2002, revue publiée avec les “ encouragements ” du cardinal Ratzinger.
[2] J. Madiran rappelle (p. 60-62) l’affaire du Nouvel missel du dimanche où, de 1970 à 1976, figura un “ rappel de la foi ” qui niait le caractère sacrificiel de toute messe. À partir de l’édition de 1976, ce “ rappel ” fut subrepticement retiré de ce même missel des dimanches.
[3] “ Comme des chiens. Voilà comme ils nous traitent ” écrivait Madiran, il y a quarante ans déjà ( ” Les Chiens ”, Itinéraires, janv. 1965, n° 89). La réponse de l’épiscopat, si l’on peut dire, fut la “ Mise en garde ” de juin 1966 contre Itinéraires et d’autres publications de la “ minorité [qui] conteste, au nom d’une fidélité au passé, les principes du renouveau entrepris ” (l’expression est celle qu’employait le Conseil permanent de l’épiscopat français dans sa mise en garde).

dimanche 21 novembre 2004

[Aletheia n°65] Mises au point sur Fatima - Vient de paraître...

Yves Chiron - Aletheia n°65 - 21 novembre 2004


La transformation du sanctuaire de Fatima en un centre inter-religieux a été annoncée comme un projet avéré et certain, mis en œuvre par les autorités actuelles du sanctuaire de Fatima et avec l’approbation du Saint-Siège. Un premier pas de cette “ évolution ” du grand sanctuaire marial aurait été “ un service religieux hindou ” qui se serait déroulé dans la chapelle même des Apparitions le 5 mai dernier.
Cette double information a fait l’objet de plusieurs articles dans des publications catholiques qui s’en scandalisent. Il y aurait, de fait, matière à scandale si le projet était bien celui que l’on annonce. Le site fatima.be a lancé une “ Pétition contre le projet de construction d’un sanctuaire interconfessionnel à Fatima ”, pétition “ à envoyer au Saint-Père ”. La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X annonce un pèlerinage à Fatima, sous forme de “ Journées de réparation ” du 20 au 22 août 2005.
En s’en tenant aux seuls articles récents, on signalera trois protestations :
- un article de l’abbé Charles Tinotti, dans L’Homme nouveau daté du 5 septembre 2004, intitulé : “ Tempête et subversion. Les religions de Fatima ”. Il y annonce que “ le sanctuaire doit être reconverti en un centre pluri-confessionnel ”. Il y évoque, pour s’en indigner, “ un service religieux hindou [qui] s’est tenu dans la chapelle des apparitions ”.
- la “ Lettre du Supérieur Général ” de la FSSPX, parue dans le numéro de septembre de la Lettre aux Amis et Bienfaiteurs du District de France de la FSSPX. Mgr Fellay déplore l’annonce de “ la construction d’un nouvel édifice pluri-religieux ” à Fatima et dénonce la “ provocation ” qu’a représentée la cérémonie hindouiste du 5 mai dernier.
- une pleine page de l’hebdomadaire Rivarol, le 12 novembre dernier, sous la signature de Jérôme Bourbon. Sous le titre “ Offense faite à la Vierge…et à l’Europe : Fatima livrée aux rabbins et aux gourous ! ”, Jérôme Bourbon annonce que Fatima est appelé à devenir “ un centre où toutes les religions du monde se rassembleront pour rendre hommage à leur(s) dieu(x) respectif(s) ”. Il voit là un épisode de plus de l’ “ apostasie radicale ” de “ la Rome moderniste et [de] l’Eglise conciliaire ”.
Or, un article très important de Jeanne Smits, sur la transformation du sanctuaire, est paru le 28 août dans Présent. Je l’avais signalé alors (Aletheia, n° 61, 1.9.2004) car il apportait des éclaircissements et des rectifications convaincantes. Jeanne Smits avait enquêté sur place et avait établi que “ tout est parti d’un unique article paru dans l’hebdomadaire Portugal News, journal anglophone édité dans l’Algarve (côté sud du Portugal) ”. J. Smits citait aussi les démentis apportés par le P. Luciano Guerra, recteur du sanctuaire, dans la revue officielle Voz de Fatima.
L’article de Jeanne Smits dans Présent aura donc échappé au dernier protestataire en date (J. Bourbon). En revanche, cet article de Jeanne Smits (et peut-être la recension qui en a été faite dans Aletheia) n’auront pas échappé, semble-t-il, à la rédaction de L’Homme nouveau. En effet, le numéro suivant du bimensuel, daté du 19 septembre, contenait une sorte de rectificatif. Sans faire référence à l’article de l’abbé Tinotti qui avait été publié à la même place dans le numéro précédent, était publié, cette fois, un “ document ” important qui venait tout simplement le contredire. Il s’agit, sous le titre “ Semper idem ”, de la traduction d’un article du P. Guerra, publié dans Voz de Fatima le 29 juin 2004. Le recteur du sanctuaire y fait de nouvelles mises au point. Mise au point sur le “ pèlerinage ” hindouiste du 5 mai et mise au point sur le futur sanctuaire : “ nous n’avons pas et n’avons jamais eu l’intention de réaliser dans l’église en construction des célébrations qui ne soient pas prévues par les directives de l’Eglise catholique ”.
Le recteur du sanctuaire de Fatima aura donc fait trois mises au point en moins d’un an (13 janvier, 29 juin et 13 juillet 2004). S’il a dû les faire, c’est que certaines de ses déclarations ont été ou déformées, ou mal comprises ou maladroite. Mais aussi, si une rectification n’a pas suffi, s’il a dû les répéter, c’est que les rumeurs et les fausses informations circulent plus vite et mieux que les éclaircissements et les démentis.
Rappelons encore que cette église en construction est dédiée à la Très Sainte Trinité – nom guère “ inter-religieux ” ! – et que Jean-Paul II a offert “ un petit morceau de marbre qui provient de la tombe de l’apôtre Saint-Pierre à Rome ” comme première pierre de l’édifice[1]. L’inauguration est prévue pour le 13 mai 2007.



Vient de paraître
Égards, la “ Revue de la résistance conservatrice ” au Canada (5122, Chemin de la Côte-des-Neiges, C.P. 49595 Montréal, Québec, Canada, H3T 2A5 ; le numéro 10 $) publie dans son numéro V, entre autres articles intéressants, une étude de Jean Renaud sur “ L’idéologie homosexuelle ” (p. 59-70). L’auteur appelle “ idéologie homosexuelle ”, non pas seulement l’éloge de l’homosexualité, mais une “ symbolique ” qui “ a pénétré l’ensemble des mœurs et des doctrines modernes ” : “ le moi, la subjectivité ” deviennent “ un critère universel ”. Le narcissisme est une des caractéristiques principales de la modernité anomique. Marcel De Corte, cité par l’auteur, avait fait remarquer, il y a quarante ans : “ la philosophie contemporaine est homosexuelle de fond en comble : l’autre en tant qu’autre est banni, et il n’existe plus pour elle que l’autre en tant que moi, en tant que construction de la pensée autonome ” ( “ Une définition de la droite ”, Ecrits de Paris, juillet-août 1964).
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NOTE
[1] Les Bienheureux François et Jacinthe Marto, bulletin officiel de la Postulation, juillet-septembre 2004, p. 4

lundi 25 octobre 2004

[Aletheia n°64] Une lettre inédite d’Etienne Gilson sur Teilhard de Chardin et sur la crise de l’Eglise - et autres textes

Aletheia n°64 - 25 octobre 2004

Une lettre inédite d’Etienne Gilson sur Teilhard de Chardin et sur la crise de l’Eglise

En 1967, Etienne Gilson publiait, aux éditions Vrin, Les Tribulations de Sophie, un ouvrage de 167 pages qui rassemblait diverses études consacrées, entre autres, à l’ “ Actualité de saint Thomas d’Aquin ”, au “ cas Teilhard de Chardin ” et aussi des “ Divagations au milieu des ruines ”, les ruines dont il est question étant “ les ruines que l’après-concile accumule autour de nous ” (p. 162).

Cette même année 1967, Etienne Gilson acceptait que la revue Itinéraires de Jean Madiran publie une nouvelle édition de Christianisme et philosophie, ouvrage paru pour la première fois en 1936[1].Pour cette réédition dans cinq numéros de la revue de Jean Madiran, Etienne Gilson avait rédigé un nouvel “ Avant-propos ” où il expliquait pourquoi lui, chrétien réputé de gauche, il acceptait de paraître dans une revue apparemment éloignée de ses vues temporelles. Etienne Gilson voulait qu’on interprète la publication d’un de ses ouvrages dans la revue de Jean Madiran comme “ une volonté d’union sur l’unique nécessaire en un temps où plusieurs de ceux qui en ont la garde semblent le perdre de vue et paraissent même vouloir nous en détourner. ” Il écrivait aussi : “ On ne peut rien faire d’utile pour l’Eglise à moins de s’établir d’abord dans un climat de foi commune, de grâce et d’amitié. ”

Etienne Gilson a eu un sens aigu de la crise de l’Eglise. Dans la préface aux Tribulations de Sophie, datée du 30 avril 1967, il estimait : “ Le désordre envahit aujourd’hui la chrétienté ; il ne cessera que lorsque la dogmatique aura retrouvé son primat naturel sur la pratique. ”

Deux ans après la parution des Tribulations de Sophie, un prêtre, religieux marianiste, le P. Boulet écrivait à Etienne Gilson pour s’étonner de sa “ modération ” et de son “ indulgence ” à l’égard de Teilhard de Chardin[2]. Le philosophe lui répondit par une lettre, intéressante, que nous publions pour la première fois, avec l’autorisation bienveillante de son destinataire[3].

Etienne Gilson exprime, sans fard, son sentiment sur l’œuvre de Teilhard de Chardin et sur la crise que traverse l’Eglise.

89 – Vermenton
12 mai 1969

Monsieur l’abbé

Votre lettre m’a beaucoup amusé, car je reçois d’ordinaire des protestations indignées contre les mauvais traitements que j’ai fait subir au pauvre P. Teilhard, alors que vous me reprochez le contraire.

Mon excuse pour tant de modération est que je sens pour son œuvre une détestation si profonde, une révulsion si exaspérée que je dois me pencher en sens contraire pour ne pas laisser la violence prendre le dessus.

Une autre raison est que ces détestations totales sont généralement le signe d’une présence réelle, de quelque chose qui est là et demande qu’on lui fasse droit. J’ai remarqué cela dans les arts : Stravinsky et Picasso n’auraient pas provoqué, jadis et naguère, des réactions si violentes si l’un et l’autre n’avaient été quelqu’un. Mon horreur morbide pour Hegel me fait craindre de manquer un bien que je n’ai pas la perspicacité de découvrir. Et justement, Teilhard… que j’abomine, me revenait hier à la mémoire en relisant Darwin, The Descent of Man. Il m’est soudain venu à l’esprit : au moins, Teilhard aurait écrit “The Ascent of Man “. Que l’évolution, si elle est plus que simple changement, soit une montée plutôt qu’une descente, que le singe soit monté vers l’homme plutôt que l’homme ne soit descendu du singe, lui du moins l’aura vu. Il faut lui en savoir gré.

Et puis, j’ai eu des violences, je les ai toutes regrettées tôt ou tard.

Ou simplement, je deviens vieux. Plus exactement, je le suis devenu ; il est très vrai, comme vous le dites, que les esprits qui trouvent dans Teilhard de quoi justifier leur sentiment d’être chrétiens se font illusion. Mais j’en connais personnellement au moins deux. Ce sont des “ scientifiques ” ; hors de leurs spécialités, ils raisonnent comme des enfants, mais j’en suis venu à me demander si ces enfants-là aussi ne sont pas de ceux que Jésus veut qu’on laisse venir à lui ? Je ne sais pas. Aussi suis-je d’autant moins exigeant pour les autres que je le suis plus pour moi-même. On ne peut attendre que l’Eglise ne se compose que de saints Thomas d’Aquin… La contestation actuelle qu’évoque la fin de votre lettre ne me semble pas due à Teilhard, même en partie, car lui fait partie des symptômes de ce cancer généralisé. Des fous demandent aujourd’hui la réhabilitation de Luther, et je ne serais pas autrement surpris qu’on introduisît la cause de sa béatification en Cour de Rome. Alors le pauvre Teilhard, avec son optimisme larmoyant, fera figure d’un petit François d’Assise en comparaison avec l’apôtre du Pecca fortiter. Je crains que nous ne voyions pire à brève échéance.

Mais je vous remercie de votre aimable lettre ; nous ne sommes pas seuls à souffrir de ce qui se passe et je reconnais que des réactions plus violentes que les miennes sont sans doute bienfaisantes, nécessaires même. Il y en a d’ailleurs. Il y en a même de parfaitement objectives et équilibrées, je plaide donc coupable. Teilhard a désormais d’éminents avocats dans la Commission romaine e théologiens : nous n’en sommes pas, nous autres laïcs, à exiger la rigueur théologique, en un temps où notre hiérarchie s’amuse à fronder le pauvre pape Paul VI, qu’ils ont littéralement crucifié.

Et prions Dieu que tous nous veuille absoudre ![4]

Avec mes remerciements, veuillez agréer l’assurance de mes sentiments respectueusement dévoués.

Etienne Gilson

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La controverse sur l’anaphore de Addaï et Mari

L’anaphore de Addai et Mari, en usage chez les Nestoriens, est une anaphore qui a la particularité de ne pas comporter de récit de l’Institution. Une “ Note ” du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des Chrétiens, publiée le 20 juillet 2001, a autorisé comme “ valide ” l’utilisation d’une telle anaphore dans la liturgie catholique. Cette décision a suscité une controverse publique, en même temps qu’elle rencontrait de vives critiques dans certains milieux romains.

Divinitas, revue internationale de recherche et de critique théologique publiée au Vatican sous la direction de Mgr Gherardini, publie un numéro spécial de 296 pages entièrement consacré à ce sujet[5]. Le fait même est significatif du non-monolithisme qui règne désormais au Vatican.

La perspective des études publiées est scientifique et doctrinale mais les douze articles historiques, théologiques ou liturgiques laissent s’exprimer des avis très divergents sur la question.

Après une traduction intégrale en italien de l’anaphore et la publication de la note du Conseil pour l’Unité des Chrétiens, on trouve les articles suivants :

A. Gurati, A proposito degli “Orientamenti“.

Yves Chiron, La réception de l’Anaphore de Addaï et Mari en France.

Enrico Maza, Che cos’è l’anafora eucaristica ?

Bonifacio Honings, Addai e Mari : l’anaphora della Chiesa d’Oriente.

Robert F. Taft, Messa senza consacrazione ? Lo storico accordo sull’Eucaristia tra la Chiesa cattolica e la Chiesa assira d’Oriente promulgato il 26 ottobre 2001.

Cesare Giraudo, L’anaphora degli apostoli Addai e Mari : la “ gemma orientale ” della Lex orandi.

Enrico Mazza, Le récent accord entre l’Eglise Chaldéenne et l’Eglise Assyrienne d’Orient sur l’Eucharistie.

Brunero Gherardini, Le parole della Consecrazione eucaristica.

David Berger, “Forma huis sacramenti sunt verba Salvatoris ” – DieForm des Sakramentes der

Eucharistie.

Thomas Marschler, Neues und Altes zur Eucharistischen Sakramentenform.

U.M. Lang, Eucharist without Institution Narrative ? The Anaphora of Addai and Mari revisited.

Renzo Lavatori, Il contesto mariologico nella liturgia della Chiesa siro-orientale.

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Vient de paraître

. Michel de Penfentenyo, Turquie : Un national-islamisme au cœur de l’Europe ?, Éditions de L’Homme Nouveau (10 rue de Rosenwald, 75015 Paris), 2004, 32 pages, 6 euros franco.

Michel de Penfentenyo, qui a été secrétaire général de la Cité catholique, puis vice-président et directeur de l’Office, publie une brochure pour accomplir, dit-il, un “ double devoir : devoir de mémoire et devoir de lucidité ”. À l’heure où l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne est l’objet d’un large débat public dans différents pays —rappelons, pour mémoire, la position prudente et inquiète de l’épiscopat allemand et celle, négative, du cardinal Ratzinger — , Michel de Penfentenyo apporte, principalement par une évocation très détaillée du génocide arménien de 1915, des réponses aux questions suivantes : “ D’où vient la nation turque ? Quels ont été ses comportements habituels, ses traditions, son atavisme, ses caractères propres en tant que nation ? Quelle est la nature de l’islam turc ? ”.

. Paul Sernine répond à ses lecteurs, Editions du Zébu (J.B. Chaumeil, 16 rue Brézin, 75014 Paris), 2004, 32 pages, 6 euros franco.

Le livre de Paul Sernine (abbé Grégoire Celier), La Paille et le sycomore, publié il y a un an, a suscité une vive controverse. Il établissait une critique des thèses d’Etienne Couvert sur la “ gnose ”, thèse diffusée depuis vingt ans maintenant par différents livres : De la gnose à l’œcuménisme (1983), La gnose contre la foi (1989), La gnose universelle (1993), La vérité sur

les manuscrits de la mer Morte (1995), La gnose en question (2002)[6].

Les ouvrages d’Etienne Couvert — et ses thèses nouvelles, sur les origines du bouddhisme, par exemple – n’ont pas retenu l’attention des revues scientifiques ; pareillement, la controverse lancée par Paul Sernine s’est principalement limitée au milieu traditionaliste.

Dans la brochure publiée aujourd’hui, qui se présente comme un entretien avec Philippe Vilgier, Paul Sernine répond aux arguments qui lui ont été opposés par les partisans des thèses d’Etienne Couvert.

Les réponses de Paul Sernine sont d’ordre formel et factuel. Une autre réponse à Etienne Couvert et à ses partisans est parue : signée Anselme Farigoule (Un dossier sur la gnose, 40 pages), elle aborde diverses questions de fond et de méthode. Mais cette étude, pour l’instant, n’est pas diffusée dans le public.

. Bulletin Charles Maurras (16 rue du Berry, 36250 Niherne), n° 24, octobre-décembre 2004, 40 pages, 8 euros.

Ce numéro contient un dossier consacré à “ Pie XI, Maurras et l’Action Française ” dont voici le sommaire :

- Charles Maurras, Le grand deuil de l’Eglise (reproduction de l’article paru dans L’Action française le 11 février 1939).

- Yves Chiron, Pie XI et Maurras.

- Abbé Guillaume de Tanoüarn, La grandeur de Pie XI.

- Théophane Breton, Le “Pie XI“ de Yves Chiron.

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NOTES

[1] Margaret McGrath dans Etienne Gilson.A Bibliography/Une Bibliographie, Toronto, Pontifical Institute of Medieval Studies/Institut Pontifical d’Etudes Médiévales, 1982, p. 14, mentionne la réédition du livre en 1946 et les traductions japonaise et polonaise, mais elle ignore cette réédition de 1967 qui comportait un nouvel avant-propos et des “ retouches de détail ”.

[2] Page 97, à propos de Teilhard de Chardin, Gilson avait écrit : “ je ne vois aucun péril en la demeure… ”. Mais il avait commencé par dire : “ La pensée du P. Teilhard de Chardin ne me semble avoir jamais atteint le degré de consistance minimum requis pour qu’on puisse parler à ce propos d’une “doctrine“, c’est pourquoi je parlerai seulement du “cas“ Teilhard de Chardin. ” Il avait écrit aussi : “ …marécage doctrinal où l’on est certain de s’enliser si l’on s’y hasarde, la théologie teilhardienne est une gnose chrétienne de plus, et comme toutes les gnoses, de Marcion à nos jours, c’est une Theology-fiction. ”

[3] Le Père André Boulet est l’auteur de plusieurs études consacrées aux rapports de la science et de la foi. En 1995, il a publié Création et Rédemption, aux éditions C.L.D. ; en 2003, La Genèse au risque de la science, un ouvrage de 76 pages disponible chez l’auteur (Résidence Chaminade, 44 rue de la Santé, 75014 Paris), 5 euros franco de port.

[4] Souligné dans le texte.

[5] Divinitas, anno XLVII, Numero speciale 2004, Palazzo dei Canonici, 00120 Vaticano.

[6] Tous ces ouvrages ont été publiés, à compte d’auteur, par les Editions de Chiré, B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil.

dimanche 3 octobre 2004

[Aletheia n°63] Jacques Duquesne, lecteur du R.P. Cerbelaud

Aletheia n°63 - 3 octobre 2004
Jacques Duquesne, lecteur du R.P. Cerbelaud
Il y a dix ans, Jacques Duquesne publiait un Jésus qui balayait nombre de dogmes et de croyances avec un aplomb paré d’un vernis pseudo scientifique. “ Les théologiens se sont gentiment moqués de cette entreprise vulgaire qui ressemblait à une arnaque ” rappelle le R.P. Verdin o.p.[1]. L’ouvrage, servi par un battage médiatique doublé d’une campagne publicitaire, s’était vendu à 400.000 exemplaires.
Aujourd’hui, Jacques Duquesne récidive avec un ouvrage consacré à la Mère de Dieu[2]. Il a l’ambition d’aller “ à l’encontre de ce qui a été présenté des siècles durant comme des vérités absolues ” (p. 13), en l’occurrence : l’Immaculée Conception de Marie, l’Annonciation, la conception virginale de Jésus, l’Assomption. Avec, en point d’orgue, un chapitre 6 intitulé “ Marie, mère de famille nombreuse ”. Jacques Duquesne entend démontrer que Jésus eut des frères et des sœurs. Il affirme : “ Que Marie ait été mère de famille nombreuse, voilà une affirmation qui ne pose plus de problème aux historiens, ni aux exégètes (même si tous ne l’avouent pas nettement) ”[3].
Ce Marie, achevé d’imprimer en juin, a été diffusé cet été pour faire l’objet de recensions et être présent dans toutes les librairies avant la venue du Pape à Lourdes, le 15 août. Jacques Duquesne, homme de presse, savait que le voyage de Jean-Paul II allait susciter, dans tous les journaux et toutes les revues, des articles sur Lourdes et sur la Vierge Marie et que les télévisions et les radios consacreraient des reportages à l’événement. En effet, pas un organe d’informations n’a manqué et presque tous ont signalé ou recensé l’ouvrage de Jacques Duquesne. Cette manœuvre habile et réussie a été prolongée par une campagne de publicité coûteuse (presse et radio) qui dure encore. Jacques Duquesne est en passe de connaître à nouveau un énorme succès de librairie.
Il se défend d’avoir voulu réaliser un “ coup marketing ”. Il affirme avoir travaillé à ce livre depuis trois ans. Pourtant, en bien des endroits, ce livre sent la précipitation. Il a été sinon conçu du moins achevé à la va-vite et très mal relu. On passera sur les nombreuses fautes de frappe : “ Assises ” (p. 132), “ Nicolas de Talentino ” pour Tolentino (p. 141),  “ 1975 ” pour 1935, date d’un message de Pie XI (p. 163), “ Cenetto ” pour Ceretto, lieu d’apparition de la Vierge (p. 220), d’autres encore.
Moins excusables sont les bourdes ou erreurs de copie qui témoignent d’un savoir approximatif. Comment Jacques Duquesne peut-il écrire “ hécharitomène ” (p. 33) pour le célèbre “ kecharitômêne ” de l’Annonciation ? N’est-ce pas une lecture trop rapide qui lui fait appeler “ Gui François ” (p. 139) le languedocien Gui Foucois  (le pape Clément IV) ? Et que dire de ce “ Paul Newman, le célèbre théologien catholique britannique ” (p. 212).
Outre ces erreurs factuelles, on reste ébahi par l’embrouillamini des références (par exemple, page 221, sur la question des révélations privées, Jacques Duquesne cite de seconde main, sans le dire). Pour détruire toutes les croyances et dogmes relatifs à Marie, il n’hésite pas à faire flèche de tout bois. Il utilise et cite les travaux dévastateurs des historiens juifs récents de Jésus. Il cite Pères de l’Eglise et théologiens. Mais les a-t-il bien lus et compris ? Par exemple, il cite saint Thomas d’Aquin de la manière suivante : “ l’Esprit-Saint n’a pas produit la nature humaine dans le Christ à propos de sa propre substance ” (p. 57), il faut lire, bien sûr : “ à partir de sa propre substance… ”.
Ailleurs, il fait référence à un sermon de saint Augustin (Sermo de tempore XXII) pour se moquer de l’explication de la conception virginale qui y est donnée : “ la fécondation se serait faite par l’oreille ” (p. 55) commente-t-il. Voltaire déjà s’était saisi de ce texte y trouvant du “ ridicule divin ”. Or, c’est un sermon apocryphe. On le sait depuis longtemps[4].
Au-delà de la “ bêtise ergotante ” de Jacques Duquesne[5], ce livre est révélateur de la vulgarisation (au sens littéral comme au sens figuré) d’une certaine exégèse critique. À plusieurs reprises dans son livre, Jacques Duquesne dénonce la “ surenchère ” qui se serait fait jour dans le domaine de la mariologie à partir du concile d’Ephèse (celui où a été donné à Marie le titre de “ Mère de Dieu ”).
La même idée a été exprimée, il y a un an, de manière plus savante et moins provocatrice, par un théologien dominicain, le R.P. Dominique Cerbelaud. Il parlait, lui, d’ “ inflation dogmatique ” et d’ “ inflation mariale ”[6]. Son ouvrage a été largement utilisé et cité par Jacques Duquesne.
Le théologien dominicain, professeur à l’université catholique de Lyon, n’a pas la brutalité du journaliste, mais son travail, articulé en douze thèses, tend à montrer que toute la dogmatique mariale repose sur l’affirmation de la conception virginale et que c’est “ l’article qui fait tenir ou tomber toute la mariologie ” (p. 293). Sous couvert de questions, le théologien dominicain en arrive à remettre en cause tout l’édifice doctrinal sur la Vierge Marie : “ la relativisation de l’aspect physiologique de la virginité in partu, fréquente chez les théologiens catholiques contemporains, peut conduire à se poser des questions analogues sur la virginité ante partum, c’est-à-dire sur la conception virginale : ne convient-il pas de l’entendre, elle aussi, au sens “symbolique“ ? Mais dans ce cas, c’est tout l’ensemble du réseau dogmatique qui va subir les contrecoups d’une telle “relecture“.
Dans l’élaboration plus récente, les incertitudes concernant le dogme du péché originel retentissent directement sur celui de l’Immaculée Conception. Quelle signification ce dernier peut-il conserver, si la notion même de péché originel se dilue ? ” (p. 298).
Entre le R.P. Cerbelaud et Jacques Duquesne, il y a la différence entre un théologien érudit et un journaliste vulgarisateur, mais il y a une identité dans la volonté de “ déconstruire ” la dogmatique mariale.
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De l’affaire Laguérie à l’affaire Sernine : allers et retours
. Mascaret (19 avenue de Gaulle, 33520 Bruges, 1,50 ¤ le numéro), le “ Bulletin mensuel des catholiques girondins ”, consacre les seize pages de son numéro 265, septembre-octobre 2004, à ce qu’il est convenu d’appeler désormais “ l’affaire Laguérie ”. L’abbé Laguérie, directeur du bulletin, y signe l’éditorial et un “ Ephéméride de l’été 2004 ”, tandis que d’autres collaborateurs abordent la question sous d’autres aspects (juridique mais aussi humoristique). On lira ces pages comme un plaidoyer pro domo de l’abbé Laguérie, sûr de son droit : “ rien ne sera comme avant, les remises en question vont bon train. (…) Saint-Eloi vit, prospère, et la Fraternité peut et doit suivre. ”
. Dans ce numéro de Mascaret, de façon incidente, l’abbé Laguérie dit de l’abbé Celier : “ [sa] tête est réclamée par Chiré-en-Montreuil, ce qui explique son zèle soudain à me pourfendre… ”. Jean Auguy, directeur de la S.A. D.P.F. sise à Chiré-en-Montreuil, a fait paraître aussitôt un communiqué où il affirme notamment : “ Nous posons ici publiquement une question précise à M. l’abbé Laguérie : où, quand, à qui, sous quelle forme et de quelle manière aurions-nous “réclamé la tête“ de M. l’abbé Celier ? Nous attendons une réponse explicite et étayée de preuves… lesquelles seront d’ailleurs difficiles à fournir, car cette accusation —est-il besoin de le préciser ? —relève de la plus haute fantaisie.  […] M. l’abbé Laguérie a peut-être été abusé par une rumeur calomnieuse qui circule en ce moment à Paris dans les milieux de la Tradition, rumeur selon laquelle Jean Auguy et Etienne Couvert seraient récemment allés voir Mgr Fellay pour lui “réclamer“ la tête de M. l’abbé Celier. Cette rumeur est absolument fausse et aussi absurde que fausse, mais il serait intéressant de savoir qui l’a lancée, qui la fait circuler et dans quel but ! ”
. Jean Auguy a raison de démentir cette rumeur qui le concerne, lui et son équipe. La “ tête ” de l’abbé Celier n’a été réclamée, publiquement, que par des feuilles comme celles de Louis-Hubert Rémy et de Philippe Ploncard d’Assac, et aussi par un nouveau site internet qui réclame la “ purification ” de la FSSPX. La “ tête ” de Celier/Sernine est réclamée en même temps que celle de l’abbé de Tanoüarn, le directeur de Pacte et de Certitudes et l’éditeur de Celier/Sernine. Bien que l’affaire Laguérie ait dissocié les deux accusés de l’affaire Sernine, la controverse a rebondi sous des oripeaux nouveaux.
. Plus qu’à ce nouvel épisode de ce que j’ai appelé la guerre picrocholine, on sera attentif au dernier numéro de Pacte (23 rue des Bernardins, 75005 Paris, 2,50 euros le numéro).Ce numéro daté du 15 septembre 2004 était attendu. L’abbé de Tanoüarn n’avait pas, à ce jour, exprimé de position publique sur l’affaire Laguérie, bien qu’il ait soutenu son confrère dès le départ.
L’abbé de Tanoüarn estime que “ la Fraternité Saint-Pie X se trouve déchirée par une des crises les plus graves de son histoire ”. Il estime aussi que les enjeux sont doctrinaux  et que deux “ questions gravissimes ” sont posées par l’affaire Laguérie.
La première est celle de la formation des séminaristes dans la FSSPX et des critères de la vocation. Le directeur de Pacte estime que de “ nouveaux critères ” de discernement de la vocation ont été introduits dans la FSSPX : “ les directeurs demandent aux candidats d’autres aptitudes, non révélées, malgré les demandes faites par différents prieurs ou directeurs d’école, qui ont besoin de connaître ces critères pour orienter les jeunes ”. Ces “ nouveaux critères ” expliqueraient des renvois incompréhensibles des séminaires de la FSSPX et des “ départs mal gérés ”.
La deuxième question de fond, selon l’abbé de Tanoüarn, est celle de l’exercice de l’autorité dans la FSSPX. L’abbé Laguérie n’a pas obtenu, dit-il, le droit de faire appel de la mutation/sanction qui l’envoyait de Bordeaux au Mexique. “ Une deuxième instance, ajoute-t-il, pourrait donner du poids aux sentences du supérieur ”.
Les deux questions — critères de la vocation sacerdotale et exercice de l’autorité — seraient donc révélatrices d’une crise d’identité qui frappe la FSSPX. Une crise de la maturité estime Maxence Hecquard dans ce même numéro de Pacte, qui souhaite aussi qu’ “ un débat serein peut et doit s’instaurer ”[7].
. Les fines analyses de l’abbé de Tanoüarn ont le mérite de vouloir dépassionner le débat et de ne pas le réduire à une querelle de personnes. Mais on ne saurait minimiser, dans les décisions prises par les autorités de la FSSPX, la question de Saint-Eloi, l’église acquise à Bordeaux par l’abbé Laguérie, et sa situation juridique (l’abbé Laguérie étant président de l’association propriétaire des lieux, ce qu’ignoraient ses supérieurs).
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Courrier des lecteurs
Un éminent lecteur de mon Pie XI (Perrin, 2004) m’écrit à propos de l’Action Catholique :
“ Pie XI ne reprend pas la distinction pourtant si indispensable de saint Pie X dans Il fermo proposito (11 juin 1905) entre deux types d’action catholique (en minuscules) : d’une part l’action des laïcs catholiques dans la cité pour en convertir les institutions au règne social du Christ, d’autre part l’apostolat au sens propre (même si le 1er type est un “apostolat“ au sens large) pour convertir les âmes. Et le saint pape précisait les différents degrés de dépendance de ces deux types d’action à l’égard de la hiérarchie.
L’absence de cette distinction chez Pie XI a causé les désastres bien connus, après la guerre. ”
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Annonce
L’Ecole Saint-Louis, à Nantes (8, rue de la Sirène), organise le samedi 16 octobre, de 14 à 19 h, sa IVe Journée du Livre. Yves Amiot, Jean-Luc Cherrier, Yves Chiron, Daniel Hamiche, Claude Mahy, Jean-Louis Picoche, Philippe Prévost et Henri Servien y signeront leurs ouvrages. Le rédacteur d’Aletheia sera heureux d’y rencontrer ses lecteurs de la région nantaise.
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[1] Père Philippe Verdin o.p., “ Notre-Dame des Poncifs ”, Le Figaro, 12 août 2004.
[2] Marie, Plon, 230 pages, 18,50 euros.
[3] Cette pseudo démonstration de l’existence de “ frères et de sœurs ” de Jésus était déjà au centre de son précédent livre. L’épiscopat français avait fait rédiger une réponse, en forme de mise au point, par l’exégète Pierre Grelot : “ La conception virginale de Jésus et sa famille ”, Esprit et Vie, 104/46, 1996, p. 629-631.
[4] Goulven Madec, “ Marie, Vierge et Mère, selon saint Ambroise et saint Augustin ”, in La Virginité de Marie, 53e session de la Société Française d’Etudes Mariales, Médiaspaul, 1998, p. 71-83.
[5] L’expression est du R.P. Verdin, art. cité.
[6] Dominique Cerbelaud o.p., Marie un parcours dogmatique, Editions du Cerf, 2003.
[7] On retrouve aussi, sous la plume de Maxence Hecquard, la vieille prétention de la FSSPX à représenter à elle seule “ la Tradition catholique ”. Quand il évoque “ les diverses tendances de la Tradition ” et  “ les congrégations amies ”, il limite le périmètre de la Tradition à ceux qui reconnaissent la légitimité des sacres de 1988.