jeudi 11 octobre 2001

[Aletheia n°19] Un miracle eucharistique à Santa Lucia di Piave?


Santa Lucia di Piave est un petit village italien, dans le diocèse de Vittorio Veneto. Le 23 septembre 2000 - mais le nouvelle n’a été connue que récemment par un article d’Il Giornale - est survenu ce que le curé de la paroisse et beaucoup de fidèles considèrent déjà comme un miracle eucharistique.
La messe “ anticipée ” du samedi soir 23 septembre avait vu une affluence inaccoutumée parce que cette semaine-là l’église accueillait les reliques du bienheureux Claudio Granzotto (1900-1947), un franciscain natif du village, béatifié en 1994. Environ 800 personnes assistaient à la messe. Au moment de la communion, le curé de la paroisse s’aperçut que les deux ciboires du tabernacle ne contenaient, au total, qu’une centaine d’hosties consacrées. Le nombre des fidèles qui s’approchaient de la table de communion fut évalué à au moins 240 personnes. Le curé, don Oreste Nespolo, commença à distribuer la communion en compagnie d’un autre prêtre, le père Luca Caracoi. Puis, quand il eut épuisé son ciboire, il souffla à son confrère de rompre les hosties consacrées car il allait en manquer. Le père Caracoi distribua sans interruption la communion pendant une quinzaine de minutes puis don Nespolo crut nécessaire d’aller dans la sacristie pour consacrer, rapidement, de nouvelles hosties. Quand il revint, le père Caracoi distribuait toujours la communion. Don Nespolo déclarera : “ Je me suis assis près de l’autel, en adoration, parce que j’ai compris que j’assistais à un miracle. ” Des fidèles témoigneront plus tard qu’en s’approchant de la table de communion, ils apercevaient six ou sept hosties seulement dans le ciboire et pourtant tous, des dizaines de personnes, purent communier.
Un rapport a été rédigé et remis à l’évêque de Vittorio Veneto et 14 fidèles ont fait une déposition, sous serment, devant notaire. La Congrégation des Causes des Saints a été saisie du dossier, parce que le miracle, s’il était avéré, pourrait permettre la canonisation du bienheureux Claudio Granzotto. Pour le moment, la Congrégation des Causes des Saints s’est enquis d’éléments de preuve : photographies, enregistrement vidéo de la cérémonie.
Cette messe “ anticipée ” du samedi était célébrée selon le rite de Paul VI. Si le fait était reconnu comme authentique, ce serait le premier survenu dans une cérémonie liturgique selon le nouveau rite à être déclaré miraculeux.

Un communiqué du Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X
Une nouvelle selon laquelle “ Soeur Lucie de Fatima ” aurait eu une apparition de la très Sainte Vierge demandant que les Carmels prient spécialement (le Rosaire) les 6 et 7 octobre afin d’empêcher le bain de sang qui se prépare ” s’est répandue dans nos milieux ces derniers jours.
Cette rumeur est fausse et a été démentie par le Carmel de Coïmbra.
Elle se fonde probablement sur :
• une initiative de l’Association Notre-Dame du Rosaire à Fatima. Cette dernière a demandé à diverses conférences épiscopales de faire du 7 octobre, fête de Notre-Dame du Rosaire, un jour de prière particulier pour demander la paix dans le monde. Le communiqué de l’Association indiquait que Soeur Lucie et le Carmel s’unissaient à cette initiative.
• le fait que le Carmel de Coïmbra ait prié vingt-quatre heures de suite le 7 octobre, et que la Mère Prieure considère que l’heure est grave.
• une communication interne à certains Carmels mal interprétée.
Tout cela, ajouté à la tension que connaît le monde actuel, a produit la fausse nouvelle énoncée ci-dessus.
Il reste que les temps actuels peuvent très bien être perçus dans la lumière du message de Fatima et l’invitation à recourir à la protection de Notre-Dame et implorer la clémence de Dieu par la prière du chapelet, spécialement en ce mois du Rosaire, est plus qu’appropriée.
+ Bernard Fellay
Supérieur Général

Le trombinoscope des évêques 2001
Les éditions Golias publie, pour la troisième fois en onze ans, un Trombinoscope des évêques1 . Il s’agit d’un annuaire des évêques de France qui, pour chacun, donne une courte notice biographique et un long commentaire sur son activité pastorale.
L’initiative pourrait présenter quelque intérêt et une utilité certaine si elle était menée avec objectivité et dans le respect des personnes concernées. Mais il n’en est rien. Comme les éditions précédentes, cette édition 2001 publie des commentaires qui, presque tous, sont grinçants et souvent caricaturaux ou simplificateurs. Il y a même, au moins dans un cas, des allusions qui frôlent la diffamation.
Comme les éditions précédentes, cette édition 2001 se permet, dans un irrespect total pour les personnes mais aussi pour la fonction épiscopale, de noter les évêques : une, deux, trois quatre ou cinq mitres selon que le pasteur du diocèse, ses déclarations et son activité pastorale ont l’heur de plaire aux rédacteurs de Golias, et un bonnet d’âne pour ceux qui sont à l’opposé des convictions progressistes et laïcistes de Christian Terras et des autres rédacteurs du Trombinoscope.
Les évêques sont classés en douze catégories : des “ novateurs affirmés ” qui, bien sûr, méritent cinq mitres, aux “ réacs ”, qui n’ont droit généralement qu’à une mitre, et aux “ dangereux ”, qui sont tous affublés d’un bonnet d’âne.
Les rédacteurs du magazine de Villeurbanne ne peuvent enquêter personnellement dans tous les diocèses de France. C’est au détour des pages d’introduction qu’on apprend que pour ce Trombinoscope ils mobilisent des informateurs (ce que la police appelle, dans son métier, des indicateurs) : “ ils s’adressent à Golias formant ainsi un dense réseau de questionnements et d’informations, et toujours dans un souci d’une Eglise plus vraie. Eh oui, c’est ainsi, quoi qu’en disent nos censeurs. ” (p. 6).
Les informateurs de Golias , à l’évidence, pêchent leurs informations toujours dans les mêmes milieux. Et c’est ainsi que certains événements, certaines initiatives leur échappent, même de celles qu’ils se seraient fait un plaisir de reprocher à tel “ bonnet d’âne ”.
Les limites d’une telle méthode d’informations se repèrent à divers détails. Par exemple, le Trombinoscope reproche à un évêque (bien sûr noté par un bonnet d’âne) d’avoir donné “ une conférence au monastère de Don Calvet ” (p. 393). Est-ce vraiment une erreur typographique qui laisse l’impression qu’à Golias on ignore la différence entre le “ don ” attribué à tous les ecclésiastiques en Italie et le “ Dom ” (du latin dominus), titulature en usage chez les moines bénédictins ? Ailleurs, page 317, on présente l’abbé Aulagnier comme un “ prêtre de la Fraternité Saint-Pie X qui fait peur à tout le monde, même à ses frères intégristes qui l’ont prudemment mis sur la touche ”. A la vérité, l’abbé Aulagnier a connu une belle façon d’être “ mis sur la touche ” puisqu’il a été nommé Deuxième assistant général de la Fraternité Saint-Pie X, chargé aussi de la communication et de l’information et, à ce titre, fondateur d’une agence de presse électronique et d’un hebdomadaire (D.I.C.I.).
Le Trombinoscope des éditions Golias fait-il vraiment aimer l’Eglise à ses lecteurs ? Son but avoué est de participer à un “ vaste débat qui s’instaure aujourd’hui ” (sur la collégialité épiscopale, le rôle des laïcs, etc). Ce n’est pas la même chose.

A propos de “ La gnose en question ” (n° 18)
Un prêtre, qui suit attentivement, depuis plusieurs années, les variations du combat antignostique, me fait remarquer que les Amis de saint François de Sales, qui publient un Bulletin, et parfois des brochures, ne sont pas une création de la FSSPX, ni ne sont dirigés par elle. C’est une initiative privée. Même si, pour la brochure en question - Les Hérésies de la Gnose du professeur Jean Borella -, l’auteur est un prêtre de la FSSPX et le préfacier un des évêques de la FSSPX, on ne peut dire que cette brochure reflète la position officielle de la FSSPX sur le sujet. Le même correspondant me fait remarquer aussi, pour corroborer cette précision, que la brochure en question n’a jamais été diffusée par le service de librairie par correspondance de la FSSPX (France-Livres/Clovis).
• Emile Poulat m’écrit : “ “Contre-Eglise” me semble une expression apparue en même temps que “contre-société” pour désigner l’intransigeantisme catholique et sa réciproque. L’histoire littéraire de ces expressions reste à faire, comme souvent pour d’autres expressions, par exemple “Fille aînée de l’Eglise”. ”
• Quelques jours après le n° 18 d’Alètheia est paru un numéro spécial de la revue Lecture et tradition (n° 293/294, 72 pages, 35 F., B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil) intitulé “ La gnose et le mystère d’iniquité. Réponse à un défi ”. Cette revue et les éditions de Chiré, toutes deux dirigées par Jean Auguy, ont été les principaux artisans du combat antignostique de ces dernières années. Tous les ouvrages d’Etienne Couvert ont été publiés par ces éditions, certains à compte d’auteur. Sans l’audience des éditions de Chiré et de la librairie par correspondance D.P.F. qui lui est liée, audience qui dépasse assez largement les milieux catholiques traditionnels, ses théories n’auraient connu qu’une diffusion très restreinte. Les Cahiers Barruel , fondés par Etienne Couvert, Jean Vaquié et Paul Raynal en 1978, ont cessé de paraître après vingt-sept numéros, en avril 1994.
Paul Sernine, dans le numéro 4 de Certitudes, déjà cité ici, écrivait : “ nous mettons publiquement au défi les Cahiers Barruel d’apporter le témoignage d’auteurs sérieux et approuvés en faveur de leur description de la “gnose” ”. Lecture et tradition entend relever ce “ défi ” en publiant les textes de quinze auteurs ecclésiastiques, du XVIIe siècle à nos jours, qui ont traité de la gnose.
Sans faire un examen détaillé des textes produits, on remarquera d’une part qu’il ne s’y trouve pas un seul texte du Magistère sur le sujet. D’autre part, la plupart des auteurs cités évoquent le gnosticisme des premiers siècles et, certains, ses continuations jusqu’au manichéisme cathare. En revanche, on aura bien du mal à tirer des textes cités une démonstration convaincante d’une “ Gnose ” unique, universelle, dont les formes diverses auraient une filiation historique certaine.
• Tandis qu’Etienne Couvert va faire paraître, dans les prochains mois, un cinquième livre, toujours consacré à “ la Gnose éternelle ” , et à ceux qui contestent la réalité historique d’un tel courant ininterrompu et universel, Paul Sernine prépare, à paraître aux éditions Servir au début de l’année prochaine, un ouvrage qui développera sa critique du combat anti-gnostique actuel.
• Pour éclairer un peu la question, embrouillée souvent par une connaissance superficielle du sujet, on renverra à l’article gnose du Dictionnaire théologique du père Louis Bouyer (Desclée, 1963, p. 157-158) :
La notion d’une connaissance religieuse, salutaire, et plus précisément d’une connaissance de Dieu (en hébreu dahat, en grec gnôsis) occupe dans l’Ancien Testament, le judaïsme, le Nouveau Testament, et toute la tradition théologique et spirituelle chrétienne, une place considérable. Elle y prend une signification très riche mais bien définie, qu’il est extrêmement important de dégager exactement. Nombre de manuels, même catholiques, restent encombrés par la notion que la gnôsis serait, dans le christianisme, un produit des hérésies dites “gnostiques”. Chez celles-ci, la gnose proviendrait d’une élaboration d’une notion traditionnelle dans la pensée religieuse grecque (païenne). Tout ceci est démenti par les textes et par les faits. (...) Lorsque les théologiens chrétiens d’Alexandrie, comme Clément ou Origène, proposeront une “gnose” chrétienne, quoi qu’il en soit de leurs rapports avec les “gnostiques” en question, ce n’est nullement à ceux-ci qu’ils en emprunteront la notion et le terme. Ils ne feront en cela que se conformer à l’usage et poursuivre la tradition dans l’Eglise de ceux-là mêmes qui s’étaient le plus énergiquement opposés à ces hérétiques, comme saint Irénée en particulier.

samedi 29 septembre 2001

[Aletheia] La gnose en question

Yves Chiron - Aletheia n°18 - 29 septembre 2001

LA GNOSE EN QUESTION

• Le cas Borella.

• Le cas Dante.

• Le dualisme antignostique.


I. Le cas Borella.

Depuis une vingtaine d’années, un débat sur “ la gnose ” grossit et se développe dans les publications catholiques attachées à la Tradition.

C’est l’ouvrage important de Jean Borella, La Charité profanée (publié en 1979 aux éditions du Cèdre, 438 pages), qui a commencé à faire surgir les polémiques. C’était le premier livre publié d’un auteur qui, depuis, a approfondi sa réflexion philosophique tout en menant un itinéraire spirituel personnel qui n’a pas exclu des rétractations (ce que nombre de ses critiques et de ses adversaires n’ont pas pris en considération). Jean Borella était alors professeur de philosophie à l’Université de Nancy. Catholique de Tradition, son livre, fruit d’ “ un travail de douze années ”, avait pour objet central d’étudier la vertu de charité, comment elle se distingue radicalement de l’altruisme et de la philanthropie, comment elle a pour fin la déification. L’ouvrage s’attachait aussi à réhabiliter la notion de gnose que l’auteur employait au sens de saint Paul et des Pères de l’Eglise et qu’il distinguait bien de l’hérésie des premiers siècles, le gnosticisme.

Deux philosophes, aujourd’hui disparus, Louis Salleron et Marcel De Corte, qu’on ne saurait accuser d’inclinaisons “gnostiques” ni de tendances au modernisme, ni, non plus, de ne pas connaître la philosophie de l’Eglise, celle de saint Thomas, publièrent deux longues recensions très laudatives de l’ouvrage (Itinéraires, n° 234, juin 1979, p. 209-218). Deux ans plus tard, encore, dans le premier numéro deVu de haut, la revue de l’Institut universitaire Saint-Pie X, publiée aux éditions Fideliter, Jean Borella exposait dans une longue étude, “ Gnose chrétienne et gnose anti-chrétienne ” (p. 9-21), la possibilité d’ “ une gnose chrétienne ”. Il voulait notamment “ montrer en quoi effectivement le christianisme réalise la vérité de la gnose ”.

Il a fallu attendre 1996 pour que la même Fraternité Saint-Pie X publie une lecture critique de la charité profanée, intitulée - sans sobriété - Les hérésies de la Gnose du professeur Jean Borella (Editions Les Amis de St François de Sales, C.P. 2346, CH - 1950 Sion 2, 45 pages, 26 FF). Cette étude était due à l’abbé Basilio Meramo et était préfacée par Mgr Tissier de Mallerais.

La Nouvelle Revue Certitudes, dans son n° 4 (23 rue des Bernardins, 75005 Paris, 60 F), a publié plus récemment un ample dossier consacré à “ La gnose, éternelle hérésie, nouvelle religion ”. Certaines thèses de Jean Borella, non seulement celles exprimées dans son premier ouvrage mais dans les suivants, sont critiquées par les abbés Héry et Tanoüarn. Mais il est à noter que, pas plus que dans la présentation qui est faite par ailleurs de René Guénon, les critiques ne repoussent en bloc les écrits des deux auteurs. L’abbé de Tanoüarn a voulu ouvrir une “ discussion essentielle ”, basée sur une étude des textes et animée d’un louable souci d’honnêteté intellectuelle. En témoigne encore le dernier numéro de Certitudes qui revient sur le débat en laissant la parole au professeur Borella avant de lui répondre (n° 6, avril-mai-juin 2001, 50 F).

II. Le cas Dante.

Le sérieux de la controverse engagée par Certitudes tranche avec les anathèmes, les simplifications et les arguments ad hominem que d’autres auteurs - Etienne Couvert et Jean Vaquié - n’ont pas craint d’utiliser dans leur combat contre la gnose.

Etienne Couvert, de livre en livre, s’attache à démontrer qu’il existe une “ gnose universelle ” (c’est le titre du tome III d’une série intitulée, De la Gnose à l’oecuménisme, Editions de Chiré, 86190 Chiré-en-Montreuil, 1993, 216 pages). Au fil de ses ouvrages, Etienne Couvert a débusqué comme “ gnostiques ” aussi bien Dante que Descartes, l’Islam aussi bien que Baudelaire, et des dizaines d’autres auteurs ou courants philosophiques et religieux.

Dans le numéro 4 de Certitudes, déjà cité, Paul Sernine, dans un encadré intitulé “ Etienne Couvert contre les papes ”, conteste l’accusation de gnose portée contre Dante en s’appuyant sur les enseignements des papes (de saint Pie X à Pie XII), qui tous ont loué la fidélité catholique autant que le génie poétique de l’auteur de La Divine Comédie. Selon la formule de Benoît XV : “ l’Eglise, sa Mère, entend réclamer, la première et bien haut, Dante pour son enfant. ”

Dans le numéro 6 de Certitudes, Etienne Couvert répond à Paul Sernine et fait référence à deux ouvrages qui, selon lui, apporteraient la preuve que Dante fut bel et bien un “ gnostique ”. Le premier est un ouvrage d’Eugène Aroux, publié au XIXe siècle et intitulé Dante, hérétique, révolutionnaire et socialiste. Si l’on se réfère à La gnose universelle (op. cit., p. 203), on se rend compte qu’Etienne Couvert n’a pas lu l’ouvrage, “ introuvable ” dit-il. Pourtant, il doit bien se trouver dans quelques grandes bibliothèques de France, notamment à la Bibliothèque Nationale de France.

L’autre ouvrage cité en référence par Etienne Couvert est l’étude de Miguel Asin Palacios : L’Eschatologie musulmane dans la Divine Comédie. Etienne Couvert affirme : “ l’auteur démontre que Dante s’est contenté de paraphraser un ouvrage arabe : Le livre du voyage nocturne du soufi Ibn Al Arabi ”.

Toute la démonstration d’Etienne Couvert tient dans un syllogisme : l’Islam est gnostique, or Dante s’est inspiré d’un auteur musulman, donc Dante est gnostique. Qui plus est, le génie poétique de l’auteur de la Divine Comédie est rabaissé au niveau du simple plagiat. Ces pseudo-démonstrations d’Etienne Couvert ne mériteraient gère de retenir l’attention si elles n’étaient lues par un public et reprises par des publications qui se laissent impressionner par la supposée science de l’auteur.

Or, si l’on se réfère à l’ouvrage d’Asin Palacios 1 - Couvert l’a-t-il seulement lu ? -, on trouve tout autre chose. Le grand historien et arabisant espagnol ne cherche pas du tout à démontrer que Dante fut un gnostique islamisant et un vulgaire plagiaire. Selon une méthode critique bien connue des historiens de la littérature, il est parti à la recherche des sources littéraires de l’oeuvre de Dante. Il en a trouvé de deux sortes : “ las leyendas cristianas medievales, precursoras de la Divina Comedia, y otras leyendas musulmanas anteriores a ellas ” (p. 4)2 .

Loin d’estimer que la foi catholique de Dante a été pervertie par les textes islamiques dont il a pu avoir connaissance - l’Islam qu’Asin Palacios juge avec un mépris certain : “ un hijo bastardo de la Ley mosaico y del Evangelio ”, p. 421 -, le grand historien et arabisant espagnol conclut son étude en affirmant : “ Y Dante, al aprovechar para su poema aquellos elementos artísticos que el islam le ofrecía y que en nada alteraban el fondo esencial e immutable de los dogmas evangélicos de ultratumba, no hizo en definitiva otra cosa que devolver al tesoro de la cultura cristiana de occidente y reivindicar para su patrimonio los bienes raíces que ignorados para ella yacían en las litteraturas religiosas de los pueblos orientales y que el islam venía a restituir, después de haberlos enriquecido y dilatado con el esfuerzo de su genial fantasía. ” (p. 421).


III. Le dualisme antignostique.

Tous les historiens sérieux s’accordent à considérer qu’il n’y a aucun lien de continuité entre les hérésies gnostiques des premiers siècles - le gnosticisme - et la référence à une gnose que font, au fil des époques, différents auteurs, philosophes ou religieux.

Certains auteurs, Jean Vaquié et Etienne Couvert notamment, estiment, au contraire, qu’il y a une continuité. Etienne Couvert tente de le démontrer, livre après livre, en examinant des oeuvres, en présentant des courants philosophiques et religieux. Jean Vaquié, lui, tentait de le démontrer de manière doctrinale : il y a une gnose unique, qui se continue d’âge en âge en prenant des visages et des vocables parfois nouveaux, parce qu’il existe une “ Contre-Eglise ”. La gnose trouverait son origine dans la “ science du bien et du mal ” que le Tentateur a proposé à Adam et Eve de recevoir. La gnose ne serait rien d’autre, donc, à toutes les époques, que le résultat de l’influence du démon : “ le démon propose à ceux qui se mettent à son service une contrefaçon de la foi qu’on appelle justement “gnose” ”3 .

Le diable, inspirateur de la gnose, est en même temps, selon ces auteurs et ces publications, “ l’initiateur de la Contre-Eglise ”. Dans une conception quasiment dualiste du monde, ils en arrivent à élargir immensément le champ de cette supposée Contre-Eglise :

“ En fait, pour appartenir à la Contre-Eglise, il suffit de ne pas appartenir à l’Eglise, car “celui qui n’est pas avec moi, est contre moi” (Mt 12, 30). Tous ceux qui ne font pas partie de l’Eglise font partie de la Contre-Eglise, car Jésus-Christ et son Eglise, “c’est tout un”.4 ”

On doit remarquer qu’aucun grand traité de théologie sur l’Eglise ne contient de développement sur cette notion de “ Contre-Eglise ” et que l’enseignement des papes est silencieux aussi sur le sujet. Le terme de Contre-Eglise n’a été employé, à ma connaissance, par aucun pape.

L’employer n’est-ce pas hypostasier des réalités bien existantes mais qui n’ont pas une unité d’action ? Les persécutions des chrétiens, les luttes contre l’Eglise, les “ sectes impies ” qu’ont dénoncées de nombreux papes, tout cela est bien réel, et a pris des formes diverses, dès l’origine de l’Eglise. Mais la notion de Contre-Eglise est-elle fondée théologiquement ? Je laisse aux théologiens le soin de répondre (et renvoie au numéro 4 de Certitudes qui a abordé le sujet).

En revanche, il ne faut pas une grande théologie pour comprendre ce qu’ont de dangereux certains développements sur la Contre-Eglise. Jean Vaquié, en 1987, évoquant le “ corps mystique ” de l’Antéchrist, écrivait5 : “ En raison du déséquilibre provoqué par la chute, l’humanité a pullulé outre mesure. Elle a été le siège d’une prolifération intempestive parce que les forces de la nature, au lieu d’être domptées par la “discrétion” surnaturelle, se sont dévergondées : “Je multiplierai tes grossesses” (Gn 3, 16). Le nombre final des hommes venus à l’existence sera, en fait, très supérieur à celui qui était nécessaire pour recruter le choeur des élus ; tous les hommes ne seront pas élus, il se sera formé, au cours de l’histoire humaine, un déchet humain, autrement dit un corps de réprouvés. C’est à ce corps que nous avons donné le nom de “corps mystique de l’Antéchrist”, dénomination assez peu utilisée, il faut le reconnaître, mais qui n’est pas répréhensible et qui est très explicative.” ”

Je laisse, une fois encore, aux théologiens le soin d’apprécier cette dénomination nouvelle de “ corps mystique de l’Antéchrist ”. En revanche, on ne lit pas sans frémir, sous la plume d’un auteur antignostique aussi attaché à défendre la pureté de la foi, les expressions “ pullulé outre mesure ”, “ prolifération intempestive ” et “ déchet humain ”...

Non seulement, ces expressions, plus que malheureuses, rappellent les doctrines du malthusianisme mais elles ont aussi un relent de manichéisme cathare (lequel aboutissait, entre autres, à un rejet de la procréation). Au contraire, dans l’enseignement contant de l’Eglise, un nombre élevé d’enfants a toujours été considéré comme une bénédiction de Dieu sur les familles. Dans la liturgie, traditionnelle, du mariage, la Benedictio nuptialis intra missam rappelle avec une grande force la “ bénédiction ” de Dieu sur l’union des époux et incite à la fécondité : “ ô Dieu par qui la femme est unie à l’homme et de qui cette association, principe de l’ordre humain, reçoit la seule bénédiction que n’ont abolie ni le châtiment du péché originel, ni la condamnation du déluge ; regardez avec bienveillance votre servante ici présente (...) Qu’elle soit une mère féconde.. ” (souligné par nous).

Il y aurait d’innombrables textes du Magistère et de théologiens à citer pour illustrer la conception catholique de l’heureuse fécondité. Même la douleur de l’enfantement (Gen., 3, 16), la liturgie des relevailles enseigne qu’elle a été changée par la Nouvelle Alliance : “ Dieu tout puissant et éternel, qui, par la maternité de la bienheureuse Marie toujours Vierge, avez changé en joie les douleurs des chrétiennes qui deviennent mères, jetez un regard favorable sur votre servante, qui, pleine de joie, vient dans votre temple pour vous remercier. ”

L’abbé de Tanoüarn remarque : “ Il m’est apparu qu’Etienne Couvert en faisait trop dans l’antignosticisme au point d’atteindre à une sorte de dualisme historique qui lui-même est de structure gnostique ” (Certitudes, n° 6, p. 17). La même remarque peut-être faite à propos de Jean Vaquié et de ceux qui suivent aveuglément ces deux auteurs.

Il y a, bien sûr, des doctrines erronées à corriger. Les pratiques de certains groupes occultistes sont à dénoncer. Mais encore faut-il le faire avec un discernement intellectuel qui suppose une connaissance approfondie et une étude directe des textes. Le “combat antignostique” dans certains milieux catholiques traditionnels tourne à l’obsession et conduit leurs auteurs non seulement à soutenir des thèses ridicules historiquement mais à élaborer des systèmes théologiques plus qu’hasardeux.

mardi 4 septembre 2001

[Aletheia] Revue de Presse

Yves Chiron - Aletheia n°17 - 4 septembre 2001

Revue de Presse

• Présent (5 rue d’Amboise, 75002 Paris) : dans le numéro du 11 juillet 2001, Jean Madiran publie une pleine page en défense de l’abbé de Nantes. Il écrit notamment : “ il n’y a eu aucune décision infaillible, aucun jugement doctrinal, l’abbé de Nantes a été administrativement condamné sans avoir été jugé, il a été rejeté sans avoir été entendu, il a été disqualifié sans avoir été réfuté.

Il n’est pourtant pas un écrivain ecclésiastique de second ou de troisième ordre. Sur la plupart des aspects de la crise de l’Eglise, son oeuvre écrite fait partie, fait intellectuellement partie, fait éminemment partie de l’état de la question. On peut en contester plusieurs points ? Mais justement : on “peut” le faire mais on ne le fait pas. On se dispense de le réfuter. Qu’on se dispense alors de le juger ? Non point : on l’exclut de toute discussion. (...) Il va sans dire que les réquisitoires de l’abbé de Nantes contre les nouveautés doctrinales ne sont pas forcément sans failles ni lui-même sans reproche. ”

L’article se termine ainsi : “ On a fait de ce réprouvé une espèce de lépreux. Il est temps, il est plus que temps de nous rappeler notre tradition chrétienne d’embrasser le lépreux sans lui demander au préalable un bulletin de santé. ”

Cet article de Jean Madiran a été suscité par un article paru dans la Nef , dans le numéro de juillet-août, où était affirmé que le mouvement de l’abbé de Nantes, la Contre-Réforme Catholique, s’ “ apparente de plus en plus en une secte ” et que l’abbé de Nantes “ développe avec certaines de ses jeunes filles des pratiques proprement scandaleuses. ” Jean Madiran voyait là “ délation ” et “ rumeur infâme ”.

Sans répondre directement à Jean Madiran, la Nef annonce la publication, le mois prochain, de lettres de lecteurs sur le sujet et “ dans les mois à venir un nouvel article plus important accompagné de témoignages. ”

• Du 22 au 24 juillet 2001 se sont tenues à l’abbaye bénédictine de Fontgombault, dans l’Indre, des journées d’étude liturgique. Elles étaient placées sous la direction de Dom Courau, abbé de Notre-Dame de Triors. Le cardinal Ratzinger a prononcé la première conférence consacrée à l’Eucharistie comme “ Sacrifice divin ”. Des théologiens et liturgistes de différents pays ont prononcé d’autres conférences. Les Actes de ces journées sont disponibles à l’Abbaye Notre-Dame, 36220 Fontgombault.

Comme ces journées d’étude se déroulaient dans une abbaye où se célèbre le rite traditionnel et comme différents représentants des communautés traditionnelles y participaient, certains ont voulu voir là une sorte de reprise en main par le Vatican, un conciliabule où il aurait été question de “ réforme du rit traditionnel ”. Il n’en est rien. C’est la Correspondance européenne (Via G. Sacconi 4/b, 00196 Roma, Italia) qui, la première, a donné des informations exactes sur ces journées d’étude. Son directeur, le professeur Roberto De Mattei, en était un des participants et un des intervenants.

L’Homme nouveau (10 rue Rosenwald, 75015 Paris), dans son numéro du 2 septembre, publie le texte intégral de la très belle homélie qu’a prononcée le cardinal Ratzinger lors de la messe du dimanche 22 juillet. La Nef (B.P. 73, 78490 Montfort l’Amaury) publie un long compte rendu de ces Journées liturgiques et un entretien avec Dom Forgeot, abbé de Notre-Dame de Fontgombault. Celui-ci conteste que ces Journées liturgiques aient été l’amorce d’un complot contre la liturgie traditionnelle. Ces craintes, dit-il, “ sont sans fondement ” et “ révèlent chez ceux qui les ont propagées un très regrettable et apparemment systématique esprit de défiance et de suspicion à l’égard des intentions du Saint-Siège. ”

• Golias magazine (BP 3045, 69605 Villeurbanne Cedex) publie dans son numéro 78, mai-juin 2001, un important dossier consacré au “ scandale Medjugorje ”. Il y a d’abord le résultat d’une enquête de Jean-Arnault Derens à Medjugorje et dans les Balkans. La nécessaire évocation des invraisemblances et mensonges contenus dans les supposées apparitions est malheureusement mêlée de considérations politiques qui manifestent une hostilité systématique aux Croates et une vision déformée des événements historiques anciens ou récents (IIe guerre mondiale et guerre de Bosnie). Un article de Luca Rastello évoque de manière, bien informée, le rôle fondamental des franciscains dans le développement de ces apparitions. Enfin, est publié un long entretien avec Joachim Bouflet, auteur de Medjugorje ou la fabrication du surnaturel, Editions Salvator, 1999.

Alètheia, dans son numéro 5 (20 novembre 2000), a évoqué les autres ouvrages critiques consacrés à Medjugorje.

• Le Sel de la terre (Couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé) publie dans son numéro 37, été 2001, à l’occasion du 10e anniversaire de la mort de Mgr Antonio de Castro Mayer, un important dossier de soixante-et-une pages, qui comprend d’utiles renseignements biographiques et de nombreux textes de l’évêque de Campos. On trouvera, en particulier, le texte en latin, et sa traduction française, du votum que Mgr de Castro Mayer, comme tous les évêques du monde entier, a adressé à Rome pour la préparation du concile Vatican II.

Ce dossier du Sel de la Terre vient utilement compléter la biographie de Mgr de Castro Mayer publiée en 1993 par David Allen White, The Mouth of the lion. Bishop Antonio de Castro Mayer & the last catholic diocese, MO-Kansas City, Angelus Press, 287 pages.

Rectification

M. l’abbé Francesco Ricossa, de l’Institut Mater Boni Consilii, lecteur attentif d’Alètheia, signale une erreur dans le n° 14 : “ J’y lis, page 4, que Mgr Dolan “a été sacré irrégulièrement par Mgr Guérard des Lauriers”. Cela est faux. Mgr Dolan a été sacré par Mgr Pivarunas, qui a été sacré par Mgr Carmona, sacré à son tour par Mgr Ngo Dinh Thuc. ”

vendredi 29 juin 2001

[Aletheia n°16] Emile Poulat, fin observateur du catholicisme + Jean XXIII: la controverse des traductions

Aletheia n°16 - 29 juin 2001
I. EMILE POULAT, FIN OBSERVATEUR DU CATHOLICISME
Emile Poulat a fait, depuis un demi-siècle, du catholicisme “ un objet de science ”. Ce n’était une évidence, ni pour les théologiens, ni pour les hommes d’Eglise, qui eurent du mal à accepter ses  analyses historiques, sociologiques et distanciées, froides pour ainsi dire, du modernisme, du dossier des prêtres-ouvriers, des variations du catholicisme contemporain. La démarche d’Emile Poulat fut difficilement comprise aussi de l’Université qui fut d’abord étonnée qu’on étudie, dans une perspective historique, des phénomènes en mouvement, en vie.
Aujourd’hui, l’oeuvre d’Emile Poulat s’impose par son acribie exceptionnelle. Je ne rappelerai pas ses nombreux livres et je renverrai, pour une bibliographie complète (du moins, à la date de parution...), au volume collectif d’études et de témoignages qui est paru il y a quelque temps : Un objet de science, le catholicisme : réflexions  autour de l’oeuvre d’Emile Poulat, Paris, Bayard, 2001, 288 pages, 198 F.
On doit signaler aussi le dernier numéro de France Catholique (60 rue de Fontenay, 92350 Le Plessis-Robinson, numéro du 29 juin 2001, 20 F) qui fait sa une avec une belle photographie d’Emile Poulat et publie une longue - sept pages - et intéressante interview. Pour inviter les lecteurs à lire ce passionnant entretien, je n’en citerai que quelques extraits qui incitent à la réflexion :
“ D’une certaine manière, le premier vrai successeur de Léon XIII est Jean-Paul II. ”
“ Le catholicisme français s’est longtemps pensé comme un modèle pour le monde. Il est convaincu que le concile Vatican II est son oeuvre, celle de ses experts. Comme j’ai rencontré beaucoup d’autres personnes qui sont persuadées avoir fait le concile, il y a un peu d’illusions et beaucoup de prétention. L’illusion va loin, car lorsqu’il y a différences d’interprétations, si l’on s’éloigne de l’interprétation qui est la vôtre, on dit que le Concile se pervertit.”
“ On dit que le Concile s’est ouvert à la modernité : or dans l’index des actes du Concile, le mot modernité ne figure pas, ni le mot modernisme. Cinq fois l’adjectif moderne mais dans un sens tout à fait banal. Il faudrait revenir aux textes. Soyons clairs : par qui a été fait le Concile ? Par des évêques formés sous Pie XII et certains encore sous Pie XI, qui n’étaient pas réputés pour leur modernité. Comment auraient-ils pu devenir subitement les héros d’une église progressiste ? ”
“ Après des générations qui ont déserté, voici ces nouvelles générations habitées religieusement, voyez la fréquentation des églises : Notre-Dame qui était vide est à nouveau pleine. (...) J’ai connu le centre historique de Paris au temps où il était religieusement mort, ses églises désertées. Aujourd’hui ce centre est religieusement très vivant. St-Nicolas du Chardonnet mais aussi St-Séverin, St-Gervais, St-Etienne du Mont, St-Médard, vous êtes là dans des paroisses qui vivent. Ce n’est pas vrai partout. On sait ce qu’il en est dans certaines provinces. Dans le diocèse de Cahors, on se demande s’il y aura encore un prêtre dans dix ans, mis à part son évêque. ”
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II. JEAN XXIII : LA CONTROVERSE DES TRADUCTIONS
Le père Gino Concetti, qui est considéré comme le théologien principal de l’Osservatore romano, a publié, le 22 avril dernier, un grand article pour dénoncer la trahison qu’aurait subie Jean XXIII dans la traduction italienne de son célèbre discours d’ouverture du concile Vatican II. Le 11 octobre 1962, Jean XXIII fixait comme objectif  au concile Vatican II qui s’ouvrait :
“ une nette avance dans le sens de la pénétration de la doctrine et de la formation des consciences, en correspondance plus parfaite avec la fidélité professée envers la doctrine authentique, celle-ci étant d’ailleurs étudiée et exposée suivant les méthodes de recherche et la présentation dont use la pensée moderne.”
Cette version a été celle diffusée en France, et dans d’autres pays, selon la version italienne du discours. Or, si l’on se réfère au texte latin paru dans L’Osservatore romano dans son édition du 12 octobre, texte latin, seul officiel, et publié comme tel ensuite dans les Acta Apostolicae Sedis, le sens du discours est fort différent :
“ que la doctrine soit plus largement et plus profondément connue, qu’elle anime et forme plus pleinement les esprits ; il faut que cette doctrine certaine et immuable, qui a droit au plus fidèle respect, soit étudiée et exposée selon une méthode que demande notre temps. ”.
 Le père Concetti  en conclut : “ La traduction du latin a été épurée dans un sens progressiste ”.
C’est Jean Madiran qui, le premier, je crois, en avait fait la remarque, peu de temps après l’événement ; cf. “ Autour du concile ”, Itinéraires, n° 68, décembre 1962, p. 12-14 (voir aussi Itinéraires, n° 70, février 1963, p. 100-106).
Jean XXIII trahi ? Un de ses biographes les mieux informés, Peter Hebblethwaite, semble montrer que la trahison ne s’est pas faite dans le sens que Jean Madiran puis le père Concetti l’ont cru. Il explique (Jean XXIII, le pape du Concile, Paris, Le Centurion, 1988, p. 472-476) que Jean XXIII a rédigé son discours en italien mais que le texte latin qu’il a prononcé dans la Basilique Saint-Pierre, texte qui sera publié dans les AAS,  est une version corrigée et expurgée (par qui ?). Hebblethwaite ajoute : “ Quand le pape Jean découvrira ces modifications scandaleuses fin novembre 1962 il aura l’habileté de ne pas congédier le responsable des Acta Apostolicae Sedis. Il se contente de citer son texte, dans sa version non publiée, dans des discours importants. ”

dimanche 24 juin 2001

[Aletheia n°15] Communiqué de l’évêque de Troyes sur l’abbé de Nantes + Mgr Fellay et Fideliter

Aletheia n°15 - 24 juin 2001
I. Communiqué de l’évêque de Troyes sur l’abbé de Nantes (document).
II. Mgr Fellay et Fideliter.
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Un COMMUNIQUE de l’EVEQUE de TROYES
La presse s’est fait l’écho, ces derniers jours, d’informations relatives à l’abbé de Nantes. Elle l’a fait de façon déformée ou tendancieuse. N’a-t-on pas entendu une grande radio périphérique appeler son correspondant à Nantes pour lui demander d’évoquer “ le cas de l’abbé Georges ” (sic).
A titre d’information, je reproduis donc intégralement le communiqué de l’évêque de Troyes qui a suscité cette vague nouvelle de désinformation :
L’évêque de Troyes communique
Suite à un certain nombre de questions posées récemment, concernant Monsieur l’abbé Georges de Nantes, pour couper court à toute autre rumeur, l’évêque de Troyes communique ce qui suit :
I. Par décret du 1er juillet 1997, l’évêque de Troyes, en vertu du canon 1720, décidait :
1. La suspense a divinis infligée à Monsieur l’abbé Georges de Nantes le 25 août 1966 demeure en vigueur.
2. L’accès au sacrement d’eucharistie et de pénitence lui est interdit dans le diocèse de Troyes*.
3. Cette suspense et cet interdit ne seront levés que lorsqu’il aura signé une rétractation en bonne et due forme des affirmations et attitudes qui ont conduit à les établir, se mettant en accord avec le précepte qui lui a été donné le 9 mai 1997.
4. Cette suspense et cet interdit ont effet sur l’ensemble du diocèse de Troyes, y compris les divers locaux de la “Maison S. Joseph”, à S. Parres-les-Vaudes.
II. Contre ce décret et le décret antérieur du 9 mai 1997, imposant un précepte pénal à l’abbé de Nantes, celui-ci a institué un recours hiérarchique devant la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Celle-ci, le 24 mars 1998, a répondu “ne pas accueillir l’appel”.
III. L’abbé de Nantes, par une lettre du 24 mai 1998 et un libelle du 27 mai 1998, a déposé un recours contre ces deux mêmes décrets au Tribunal de la Signature Apostolique.
Celui-ci, le 7 octobre 2000, a lui aussi répondu que le recours de l’abbé Georges de Nantes manque de fondement et doit être rejeté dès le début.
Dès lors les sanctions établies par le décret de l’évêque de Troyes en date du 1er juillet continuent à être vigueur.
Fait à Troyes le 21 avril 2001.
                                       + Marc STENGER
                                       Évêque de Troyes
Il est rappelé que :
- la “suspense a divinis” consiste principalement à interdire de donner les sacrements (sauf s’il y a danger de mort).
- l’ “interdit”  consiste principalement à interdire de les recevoir.
* En vertu du canon 1332 et du décret porté par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le 24 mars 1998, l’interdit n’est plus territorial mais personnel. Il a donc valeur pour l’Eglise Universelle.
Je ne commenterai pas ce communiqué officiel. Je renvoie, pour de plus amples informations, au bulletin du diocèse de Troyes, L’Eglise dans l’Aube (3 rue du Cloître Saint-Etienne, 10042 Troyes),  n° 3, mars 1997. Et à Résurrection. La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle (10260 Saint-Parres-lès-Vaudes) pour le commentaire que fera sans doute l’abbé de Nantes à ce communiqué.
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Mgr FELLAY et FIDELITER
Le 22 juin m’est parvenue une lettre du directeur de la revue Fideliter qui accompagnait et commentait une lettre de Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X. Celui-ci y demandait que soit mis fin à ma collaboration à la revue. Comme les lecteurs de Fideliter vont voir disparaître mon nom des pages sans, peut-être, en connaître le motif, je crois utile, sans esprit de polémique, de publier ici la lettre de Mgr Fellay qui est à l’origine de cette exclusion :
Menzingen, le 16 juin 2001
Cher Monsieur l’abbé,
Par cette lettre, j’aimerais confirmer ce dont nous avons déjà parlé lors de notre réunion de la semaine passée. Il s’agit de M. Chiron et de sa collaboration à Fideliter.
Depuis quelques mois, M. Chiron a pris publiquement des positions nettement marquées en opposition à la ligne qu’entend donner la Fraternité à ses fidèles. Même s’il ne l’a pas fait dans Fideliter mais dans sa lettre personnelle, dans notre petit monde traditionnel tout se sait ; en particulier l’annonce publique faite par La Nef de la collaboration régulière de M. Chiron chez eux m’oblige à intervenir et à demander que la collaboration de M. Chiron à Fideliter, pourtant si longue et qui nous oblige à un sentiment de gratitude, soit terminée. La Nef entretient à notre égard une attitude par trop hostile pour que nous puissions tolérer cette double collaboration.
Veuillez croire, cher Monsieur l’abbé, en mes prières in Christo Jesu et Maria
+ Bernard Fellay 
Je ne ferai pas une exégèse, ligne à ligne, de cette lettre de Mgr Fellay au directeur de Fideliter. Je me permettrai, respectueusement, quelques remarques :
• J’ai collaboré à chaque numéro de Fideliter pendant treize ans, parfois par deux, trois ou quatre articles, sous ma signature et en utilisant divers pseudonymes. Il s’agissait de recensions de livres ou d’article à caractère historique. Je ne regrette pas cette collaboration et j’exprime un sentiment de gratitude envers ses deux directeurs successifs, M. l’abbé Aulagnier puis M. l’abbé Celier, qui m’ont laissé m’exprimer en toute liberté. Ni quand j’ai commencé à collaborer à cette revue, à l’initiative de M. l’abbé Aulagnier, ni plus tard, on ne m’a demandé si j’étais dans la “ ligne ” de la FSSPX. A l’époque, 1988 (“ l’année climatérique ”), j’étais collaborateur régulier de la Pensée Catholique, depuis plusieurs années, et de Présent, depuis plusieurs années aussi. On ne peut pas dire, particulièrement en cette année-là, que ces deux publications étaient dans la “ ligne ” de la FSSPX. On ne m’en a fait aucune remarque, ni demandé ne cesser ma collaboration ailleurs (ce que je n’aurais pas accepté). Il me semblait que c’était là un signe suffisant de la liberté d’esprit au sein de la FSSPX.
• La décision de Mgr Fellay est motivée aujourd’hui par “ des positions nettement marquées en opposition à la ligne qu’entend donner la Fraternité à ses fidèles ” que j’aurais prises ces derniers mois. Mgr Fellay entend par là, je suppose, les trois pauvres et petits numéros d’Alètheia que j’ai consacrés au livre collectif de la FSSPX : Le problème de la réforme liturgique (éditions Clovis, B.P. 88, 91152 Etampes cedex, 125 pages, 69 F). Ma présentation, complète et honnête, je crois, de l’ouvrage avait été accompagnée de modestes “ remarques d’un fidèles du dernier rang ”. Ces remarques avaient fortement déplu à Mgr Fellay.
Je ne vois pas d’autres occasions où, “ depuis quelques mois ”, j’aurais “ pris publiquement des positions nettement marquées en opposition à la ligne qu’entend donner la Fraternité à ses fidèles ”. Mgr Fellay ne visait sans doute pas les articles que j’ai consacrés au livre de M. l’abbé Aulagnier, La tradition sans peur (éditions Servir, 15 rue d’Estrées, 75007 Paris, 350 pages, 125 F). Très bon livre de témoignage et aussi de prospective que j’ai présenté successivement, à partir de janvier, dans un numéro complet d’Alètheia, dans un article de Présent et dans un article d’Ecrits de Paris. M. l’abbé Aulagnier n’avait pas considéré comme des “ positions nettement marquées en opposition à la ligne ” les quelques “ scories ” que j’avais cru utile de relever.
• L’autre reproche qui m’est adressé est d’apporter une “ collaboration régulière ” à la Nef.  A la vérité, j’y ai collaboré épisodiquement depuis des années ; la FSSPX n’y trouvait alors rien à redire. C’est une collaboration régulière, depuis avril, qui est jugée insupportable. Une collaboration qui, c’est à noter, n’a pas été, jusqu’ici, un commentaire de l’actualité religieuse mais n’a comporté que des recensions et des articles d’ordre historique ou culturel.
Il se trouve que la Nef  (B.P. 73, 78490 Montfort l’Amaury) publie ce mois-ci un important dossier sur Le Problème de la réforme liturgique (n° 117, juin 2001, 40 F). C’est ce dossier qui, semble-il, a suscité l’ire de Mgr Fellay.  Il comprend notamment un long article du Père Emmanuel, osb, intitulé “ Une analyse peu convaincante ”. Le Père Emmanuel, du Monastère Sainte-Madeleine du Barroux, relève quatre “ erreurs de méthode ” dans l’ouvrage,  avant de mettre en lumière les         “ bonnes choses ” qu’il comprend néanmoins.
Mgr Fellay, dans une vision étroite du combat pour la Tradition catholique, voit, sans doute, dans ce dossier un nouvel acte de guerre contre la FSSPX. Je préfère, de loin, la réaction de M. l’abbé Aulagnier. Dans le dernier numéro de son très intéressant D.I.C.I. (1 rue des Prébendes, 14210 Gavrus, n° 12, 10 F), après avoir signalé à ses lecteurs la parution du dossier de la Nef,  il commente : “ Un débat va s’instaurer et c’est heureux ”.
• Mgr Fellay  évoque “ la ligne qu’entend donner la Fraternité à ses fidèles ”. L’expression est, en plusieurs points, curieuse et contestable. Je pensais que les fidèles qui assistent à la messe dans un prieuré de la FSSPX, et tout aussi bien les parents qui envoient leurs enfants dans les écoles de la FSSPX, n’étaient point des “ fidèles de la Fraternité ”, mais des fidèles de Notre-Seigneur Jésus-Christ et des fils de l’Eglise Catholique. Et qu’ils n’entendaient point recevoir de la Fraternité une       “ ligne ” de conduite (?), de pensée (?) à tenir. Mgr Fellay connaît-il suffisamment bien les prieurés de la FSSPX, du moins en France, pour ne pas savoir que les fidèles qui assistent aux messes dites par des prêtres de la FSSPX ne sont pas forcément tous d’accord avec toutes les décisions et positions prises dans le passé ou récemment par les dirigeants de la dite-Fraternité (sur les sacres de 1988, par exemple) ? Et qu’un nombre, difficile à déterminer, de fidèles assistent, selon l’occasion, à la messe traditionnelle dans un prieuré de la FSSPX mais, tout aussi bien, aux messes traditionnelles célébrés dans les chapelles de la Fraternité Saint-Pierre, de l’Institut du Christ-Roi, ou dans les abbayes du Barroux, de Randol, de Fontgombault, etc.
  L’axiome “ Hors de la Fraternité Saint-Pie X point de salut ” ne saurait être une “ ligne ” de pensée et de conduite. Je préfère décrire la situation actuelle, mais qui dure depuis trop longtemps maintenant, en reprenant le titre d’un livre de Jean Madiran : “ Quand il y a une éclipse, tout le monde est à l’ombre ”. En estimant aussi que l’éclipse est, me semble-t-il, de moins en moins complète.
Et, à la vérité, les fidèles du dernier rang ont de quoi être déconcertés. L’abbé Aulagnier, qui est, rappelons-le, deuxième assistant du supérieur général de la FSSPX, souhaitait, il y a quelques mois, dans son livre cité plus haut, qu’un front commun des traditionalistes se reconstitue :  “ Il faut faire abstraction des blessures du passé et reprendre le combat commun, fondé sur des fidélités claires, des convictions solides ”. Il en citait deux, “ qui sont incontournables : une condamnation claire du libéralisme catholique et un attachement indéfectible à la messe traditionnelle ” (p. 212). L’abbé Aulagnier affirmait encore : “ les sacres ne sont pas la ligne de partage des eaux. Il faut arrêter de juger les gens en fonction de leur attitude à ce moment-là ” (p. 244).
Aujourd’hui, en reprochant à un collaborateur ancien de Fideliter de ne pas avoir applaudi des deux mains un livre collectif sur la nouvelle messe (qui ne fait pas l’unanimité parmi les prêtres de la FSSPX, d’ailleurs) et de collaborer à une revue qui est, tout de même, une des voix principales des catholiques de tradition hors de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Fellay semble démentir l’enthousiasme généreux de son deuxième assistant.

dimanche 13 mai 2001

[Aletheia n°14] Revue de presse - Nouvelles

Yves Chiron - Aletheia n°14 - 13 mai 2001
Revue de presse
Sedes Sapientiae, n° 75, printemps 2001, 86 pages, 50 F (Société Saint-Thomas d’Aquin, 53340 Chémeré-le-Roi).
La revue des Dominicains de Chémeré publie la traduction d’une longue et importante intervention du cardinal Biffi consacrée à l’immigration. Face aux vagues d’immigrants qui arrivent, généralement de façon irrégulière, en Italie, l’archevêque de Bologne expose “ la complexité du problème ”. L’Eglise, explique le cardinal Biffi, a déjà réagi en publiant deux longs documents, l’un émanant de la Commission Justice et paix, l’autre de la Commission ecclésiale pour les migrations. Ces deux documents étaient “ de nature à construire et à diffuser dans la chrétienté une “culture de l’accueil”.” Le cardinal ajoute : “ Il manque cependant un peu de réalisme dans l’examen des difficultés et des problèmes. Surtout l’importance de la mission évangélisatrice de l’Eglise à l’égard de tous les hommes, et donc aussi à l’égard de ceux qui viennent demeurer chez nous, ne semble pas avoir été mise suffisamment en relief. ”
L’intervention du cardinal Biffi est axée donc autour de trois nécessités : une politique d’accueil réaliste, la sauvegarde de l’identité nationale et la nécessité de l’évangélisation des personnes accueillies.
On trouvera dans Sedes Sapientiae trois autres études intéressantes : “ L’éducation des hommes dans l’histoire du salut ” par L.-J. Elders, “ Les débuts de dom Guéranger dans la prédication ” par Dom Matthieu Wallut et la première partie d’un article sur la tradition politique gallicane par Nicolas Warembourg.
Le Sel de la terre, n° 36, printemps 2001, 256 pages, 90 F (Couvent de la Haye-aux-Bonhommes, 49240 Avrillé).
Une partie du numéro est consacrée à Mgr Lefebvre, à l’occasion du dixième anniversaire de sa mort. Un long article, non signé, montre en Mgr Lefebvre “ un confesseur de la foi ”. Sont évoquées, en neuf dates, “ les grandes étapes qui ont marqué la croisade entreprise par Mgr Lefebvre contre les erreurs actuelles ”. Puis, Mgr Tissier de Mallerais évoque “ Mgr Lefebvre face à la réforme de la messe ”. Ces pages sont extraites d’une biographie de Mgr Lefebvre que Mgr Tissier prépare. Les pages publiées en avant-première laissent présager un travail historique sérieux, abondamment documenté et référencé.
Outre trois textes de Mgr Lefebvre (un éloge de saint Thomas d’Aquin, un extrait de son Itinéraire spirituel, déjà édité, et un sermon sur l’état religieux), on trouve dans la revue des Dominicains d’Avrillé, reproduits en fac-similé, les extraits de deux lettres adressées par Mgr Lefebvre, en 1989 et 1990, à un des religieux du couvent. Un des deux extraits reproduits, relatif à la naissance du Sel de la terre, semble n’avoir pour but que de désigner les ennemis qui étaient et qui sont toujours ceux de la revue dominicaine. Il y aurait bien d’autres choses à dire sur les origines de la revue et son évolution.
Ce numéro contient de nombreux autres articles, notamment la traduction d’une étude critique de l’abbé Simoulin parue en italien il y a près d’un an (et déjà recensée ici) et un “ Petit catéchisme du sédévacantisme ”, signé Dominicus.
Nouvelle Ecole, n° 52, année 2001, 160 pages grand format, 130 F (Labyrinthe, 18-24 quai de la Marne, 75164 Paris Cedex 19).
Une grande partie de la revue dirigée par Alain de Benoist est consacrée au christianisme. On y trouve quatre études, une de Pierre Le Vigan, deux d’Alain de Benoist et une d’Alexandre Gryf. Cette dernière est consacrée, significativement, aux “ persécutions contre les païens, de la conversion de Constantin (312) à la mort de Justinien (565) ”.
Une des études d’Alain de Benoist retient l’attention parce qu’elle est consacrée à “ Jésus et ses frères ”. Elle était annoncée depuis un certain temps (cf. Dernière année, L’Age d’Homme, 2001, p. 23 et 77, déjà recensé dans Alètheia). Bien que dédiée “ A Guillaume de Tanoüarn ”, elle est décevante. Elle peut impressionner de prime abord : 153 notes et références pour un texte de près de trente pages, d’innombrables auteurs cités (de Renan jusqu’aux plus récents travaux d’exégèse en français, en anglais et en allemand). On s’étonne, néanmoins, de voir non seulement mentionner mais utiliser les travaux et hypothèses émises par des auteurs peu sérieux comme Gérald Messadié et Robert Ambelain.
Alain de Benoist s’attache à montrer, après bien d’autres, que les “ frères ” et “ soeurs ” de Jésus mentionnés dans les Saintes Écritures ne sont point des cousins du Christ ou des enfants que Joseph aurait eus d’un premier mariage mais bel et bien des enfants selon la chair de Marie et de Joseph. De là, forcément, s’écroulent le dogme de la virginitas in partu (Ephèse, 431) et la croyance en la virginitas post partum.
L’exégèse récente, en nombre de ses voix, conclut, elle aussi, à l’existence de frères et soeurs de sang du Christ. Dernier exemple en date, postérieur à l’article d’Alain de Benoist, l’Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien (30-135) de François Blanchetière, Editions du Cerf, 2001, 587 pages. L’auteur y consacre près de vingt pages, p. 188 à 204, à l’existence historique de frères et soeurs de Jésus.
Tout ceci, pourtant, ne doit pas impressionner le catholique fidèle. Le grand exégète américain Raymond E. Brown, décédé en 1997, avait résumé très clairement la position catholique sur le sujet : “ comme ces frères sont associés à Marie (Mc 3, 31-32 ; Jn 2, 12), si l’on ne disposait que du NT on pourrait supposer qu’ils étaient les enfants de Marie et Joseph, nés après Jésus - opinion tenue dans l’antiquité par Tertullien et aujourd’hui par la plupart des protestants. Mais dès le début du IIe siècle, on voyait en eux les enfants d’un précédent mariage de Joseph (Protévangile de Jacques 9, 2). Cette interprétation est conservée dans la plus grande partie du christianisme d’Orient, et Bauckham (Jude Relatives 31) déclare qu’elle “mérite plus de considération qu’on ne lui en accorde aujourd’hui”. L’idée qu’il s’agit d’un cousin de Jésus sera introduite au IVe siècle par Jérôme et elle est devenue courant dans l’Eglise occidentale. Dans le catholicisme romain la thèse selon laquelle Marie resta vierge après la naissance de Jésus est généralement considérée comme enseignée de manière infaillible par le magistère ordinaire. ” (Que sait-on du Nouveau Testament ?, Paris, Bayard, 2000, p. 780).
• Roma felix, a. III, n° 4, avril 2001 (Fraternita S. Pio X, Via Trilussa 45, 00041 Albano, Italia).
La lettre mensuelle d’informations de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X en Italie, dirigée par l’abbé Michel Simoulin, et rédigée en italien, apporte sur les discussions en cours avec le Saint-Siège, un éclairage qui n’a guère transparu dans les communiqués officiels. L’abbé Simoulin, évoquant les propositions faites par le cardinal Castrillon Hoyos en janvier dernier (au cours d’une rencontre avec Mgr Fellay, à laquelle il a participé semble-t-il), écrit : “ tout semblait tellement beau et inespéré que nous avions peine à le croire ”.
Depuis, reconnaît l’abbé Simoulin, les enthousiasmes se sont rafraîchis, parce que, écrit-il, la Fraternité a demandé “ que le Vatican fasse quelque chose en faveur de la Messe tridentine ” et, pour l’heure, “ rien n’a été fait et peut-être faudra-t-il beaucoup de temps encore pour que quelque chose soit fait ”.
Bulletin saint Jean Eudes, n° 64, avril 2001, 24 pages, 10 F (Prieuré saint Jean Eudes, 1 rue des Prébendes, 14210 Gavrus).
Dans le dernier numéro de son bulletin mensuel, l’abbé Aulagnier raconte longuement, avec de nombreuses photographies à l’appui, le séjour de huit jours qu’il a fait au Gabon en mars dernier. Un récit chaleureux, personnel, pittoresque. Mgr Lefebvre fut treize ans missionnaire dans ce pays. La Fraternité Saint-Pie X y est implantée depuis quinze ans. L’église Saint-Pie comprend plus de 2.500 fidèles, note l’abbé Aulagnier qui ajoute : “ L’évêché vient de le confesser tout récemment : “Saint Pie X est la plus grosse paroisse de Libreville””. Depuis 1986, plus de 4.600 baptêmes y ont été dispensés.
M. l’abbé Aulagnier se demande à un moment (p. 14), avant une conférence sur la messe, si les Gabonais connaissent la Fraternité Saint-Pierre et Dom Gérard ? Oui, ils les connaissent, au moins indirectement, puisque l’Institut du Christ-Roi a, lui aussi, deux missions au Gabon. L’une à Mayumba, l’autre à Mouila, avec chacune un prêtre et une communauté de laïques consacrées. Une association, en France, s’attache à les soutenir et à les aider : Jeunes missionnaires en Afrique, 334 rue Pioch de Boutonnet, 34090 Montpellier.
Au Gabon, aussi, la Tradition est polyphonique.
La Nef, n° 117, juin 2001, 40 pages, 40 F (B.P. 73, 78490 Montfort l’Amaury).
Dans ce numéro, qui paraîtra dans une quinzaine de jours, plusieurs articles de théologiens et de liturgistes répondent à l’ouvrage de la FSSPX sur la nouvelle messe. L’un d’eux met en lumière, notamment, l’ancienneté de la notion de “ mystère pascal ” chez les Pères.

Nouvelles
• Selon des informations romaines, les discussions entre la FSSPX et le Vatican sont suspendues mais point définitivement interrompues. L’exigence posée en préalable par la FSSPX - que la messe traditionnelle soit autorisée sans restriction - n’a pas été acceptée. Du moins, pas encore. Le 22 avril dernier, au cours d’une réunion inter-dicastères réunies autour du Pape, une forte majorité des cardinaux présents s’est opposée à une reconnaissance de la liberté de la messe traditionnelle pour tous les prêtres et fidèles du monde entier, sans condition restrictive.
En revanche, la possibilité d’accorder un statut juridique à la FSSPX est plus largement acceptée. Elle avait été évoquée dès la rencontre de janvier entre Mgr Fellay et le cardinal Castrillon Hoyos.
• Les milieux sédévacantistes sont à l’origine de deux ouvrages, tous deux collectifs, qui connaissent une certaine diffusion ces derniers mois.
Mystère d’iniquité se présente comme une “ Enquête théologique, historique et canonique ” sur la vacance du Siège apostolique (Carmel Sancta Maria, 4790 Reuland 143, Belgique, 332 pages). Les auteurs s’efforcent de démontrer que “ depuis la mort de Pie XII, il n’y a plus de pape ” (p. 249). Chaque chapitre de l’ouvrage se termine par un bref résumé encadré. Pour donner le ton de l’ouvrage, il suffira de citer le résumé du dernier chapitre : “ L’Eglise dite “conciliaire”, ne possédant point les quatre notes caractéristiques de la véritable Eglise, est une secte, une “contrefaçon d’Eglise”. Roncalli, Montini, Luciani et Wojtyla président une secte hérétique ; ils ne sont pas papes de l’Eglise catholique. ” L’ouvrage est préfacé par Mgr Daniel L. Dolan, un prêtre américain qui a été sacré irrégulièrement évêque par Mgr Guérard des Lauriers, un dominicain qui, lui-même, avait été sacré irrégulièrement évêque par Mgr Ngo Dinh Thuc.
L’Eglise éclipsée ? est publié par les Amis du Christ Roi (éditions Delacroix, B.P. 18, 35430 Chateauneuf, 298 pages). L’ouvrage en est à sa troisième édition. Il se veut une démonstration, essentiellement historique, du “ complot maçonnique contre l’Eglise ”.
L’ouvrage s’ouvre sur des entretiens avec Malachi Martin qui eurent lieu, à New-York, en 1996. Malachi Martin est le pseudonyme d’un jésuite, aujourd’hui décédé, qui s’est fait connaître par des ouvrages, habiles, mi-romanesques mi-historiques, sur la papauté et le Vatican et dans lesquels il prétendait révéler des secrets, plus ou moins compromettants. Dans les entretiens retranscrits dans le volume (p. 17-27), Malachi Martin est affirmatif : Jean XXIII était franc-maçon ; à deux reprises, au cours des conclaves de 1963 et 1978, le cardinal Siri a été élu pape mais a dû renoncer immédiatement à la charge suite à des menaces.
Les auteurs veulent établir que “ les ennemis de l’Eglise ont choisi Karol Wojtyla parce qu’il était “le pape dont ils avaient besoin” ” (p. 138), “ Karol Wojtyla a été pressenti depuis de nombreuses années pour devenir le Pontife de la Gnosis et de la science ésotérique” dont parlait Roca ” (p. 139). Tout le projet de Jean-Paul II serait d’établir une “ religion mondiale, maçonnique : le noachisme ”.
Le livre se veut aussi une arme de combat contre la FSSPX qui reconnaît la légitimité de Jean-Paul II et a exclu de ses rangs, à partir de 1979, les prêtres sédévacantistes et ceux qui refusaient, à la messe, de prier una cum.
Ces deux ouvrages témoignent de l’influence accrue des théories conspirationnistes dans certains milieux traditionalistes et des dérives qu’entraînent certaines positions ecclésiologiques.
Pour rétablir la vérité sur les conclaves de 1963 et 1978, on pourra se reporter plutôt à ce qu’en ont écrit deux des biographes du cardinal Siri, bien documentés et qui ont chacun bénéficié d’entretiens avec lui, avant sa mort : Raimondo Spiazzi, Il cardinale Giuseppe Siri, Bologne, Edizioni Studio Domenicano, 1990, p. 95-101 et Benny Lai, Il Papa non eletto. Giuseppe Siri, cardinale di Santa Romana Chiesa, Bari, Laterza, 1993, p. 199-206 et p. 262-281.
• L’abbé Aulagnier, responsable de la communication et de l’information dans la FSSPX, a lancé une nouvelle publication : les Documentations Informations Catholiques Internationales (D.I.C.I.). L’abonnement à cette publication, hebdomadaire, est de 390 francs (Les Amis du Prieuré Saint Jean Eudes, 1 rue des Prébendes, 14210 Gavrus).

mardi 24 avril 2001

[Aletheia n°13] La Fraternité Saint-Pie X et la Nouvelle Messe (III)

Aletheia n°13 - 24 avril 2001
LA FRATERNITÉ SAINT-PIE X ET LA NOUVELLE MESSE (III)
I. Réactions à l’étude de la FSPX
II. Quatre questions à M. l’abbé Sulmont (document)
III. Les études précédentes sur le N.O.M.
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A la lecture de la présentation faite du Problème de la réforme liturgique  (éditions Clovis), un prêtre de la FSPX, vivant en Suisse, m’a intimé un ordre  : “ vous n’êtes pas théologien. Alors taisez-vous ” (sic). Il juge aussi que je suis “ un homme dangereux ” (re-sic). En la circonstance, il semblerait que ce prêtre péremptoire ne soit pas le porte-parole d’autorités nettement supérieures à la sienne mais rien de plus que l’écho de lui-même.
Je continuerai donc, en toute liberté, la présentation de quelques faits ou événements de l’actualité religieuse, sans crainte de déplaire ni souci de plaire. Cette voie d’indépendance n’est pas sans intérêt, si j’en crois ceux qui m’encouragent et/ou contribuent à la diffusion de cette petite lettre libre. Alètheia ne prétend à aucun magistère, elle ne se veut qu’un service de la vérité.

I. Réactions à l’étude de la FSSPX
Ce que je redoutais dans le précédent numéro d’Alètheia, le 27 mars dernier, s’est produit. Le même jour, la Croix publiait ce qui semblait être l’extrait d’une lettre adressée par le cardinal Eyt à la Croix. “ Voici ce que nous écrit l’archevêque de Bordeaux ...” disait le journal en citant des extraits d’un texte dont il n’indiquait ni la nature ni la date. En fait, par la Documentation catholique datée du 15 avril, où on peut lire le texte intégral du document, on constate qu’il s’agit d’un communiqué officiel, daté du 25 mars.
L’archevêque de Bordeaux est présenté souvent comme la “ tête théologique de l’épiscopat ”. Sa réaction était attendue. Elle est décevante et, pour tout dire, n’est pas vraiment à la hauteur et du problème posé et des demandes faites.
On ne sait de quoi s’indigner davantage :
. Le cardinal-archevêque de Bordeaux commence ainsi : “ D’après des informations parvenues en France assez mystérieusement, le Saint-Siège et le Saint Père en personne ont manifesté depuis de longs mois déjà, le désir de développer des contacts avec la Fraternité Saint-Pie X. ” Manière détournée pour dire et s’indigner que l’épiscopat français n’en ait pas été informé, à l’origine.
. Le Supérieur général de la FSSPX, Mgr Fellay, est désigné avec un mépris désolant : “ Selon l’homme [sic] qui semble guider la discussion, Mgr Fellay... ”
. Puis, le cardinal Eyt se réjouit qu’à la date où il écrit les discussions soient interrompues : “ je me félicite que la cause de la dite suspension vienne “du côté de Rome” ”.
. Le fond du problème n’est pas vraiment abordé. Les questions abordées  dans le livre ne sont pas traitées : la théologie du “ mystère pascal ” est-elle nouvelle, est-elle au coeur de la nouvelle messe et a-t-elle été introduite une doctrine qui est “ un danger pour la foi ” ?  Le cardinal-archevêque de Bordeaux se contente de qualifier l’étude des “ théologiens lefebvristes ” (sic) d’ “ attristante caricature de la théologie catholique de l’Eucharistie ”.
. Le communique du cardinal Eyt se termine par une mise en garde qui semble s’adresser à Rome et qui est clairement indiquée comme l’opinion d’une partie importante de l’épiscopat français : “ nous sommes nombreux à voir sur cette route [les discussions entre Rome et la FSPX] davantage d’obstacles que d’ouvertures. ”
Quelques jours plus tard, le 2 avril, la Croix  publiait un article de Bruno Chenu intitulé “ Pourquoi Vatican II a “corrigé” Trente ”, tout entier consacré à “ riposter ” au livre de la FSSPX. Le théologien assomptionniste - mais à le lire et à le voir, en veste-cravate, le lecteur qui ne le saurait pas, ignorera que Bruno Chenu est un religieux des Augustins de l’Assomption et un spécialiste de la théologie africaine -, lui aussi, traite le livre par le mépris. Il parle de “ la littérature ” de la FSSPX, de “ prétendus théologiens ” et, finalement, d’ “ imposture intellectuelle ”.
Sur le fond, les arguments du père Chenu, plus développés que ceux mis en avant par le cardinal Eyt, ne répondent pas, me semble-t-il, aux critiques exposées par les auteurs du Problème de la réforme liturgique. La doctrine de la messe comme sacrifice propitiatoire, le père Chenu la renvoie aux calendes grecques : “ les catholiques de plus de 50 ans, écrit-il, se rappellent peut-être le catéchisme de 1947 ... ”. Cette doctrine, explique-t-il, était l’héritière du concile de Trente.
Mais le concile de Trente, explique-t-il encore, est daté, il “ ne peut être compris que dans son contexte ”.  L’argument est stupéfiant sous la plume d’un théologien. Que fait-il de la valeur permanente des formules dogmatiques ? En estimant une formulation dogmatique dépassée, on verse dans l’historicisation des dogmes, le relativisme doctrinal. Le père Chenu  affirme aussi qu’avant Luther “ l’expression “le sacrifice de la messe” était pratiquement inconnue en Occident ”. Ce genre d’argument a déjà été avancé pour le port de l’habit ecclésiastique : c’est à partir du concile de Trente que le port de la soutane aurait été introduit dans la discipline du clergé. Cette dernière affirmation peut être contredite, aisément, par l’histoire. Je ne doute pas qu’il ne puisse en être de même pour la notion de sacrifice.
Enfin, comme l’indique le titre de son article, le père Chenu est persuadé que le concile Vatican II a “ corrigé ” le concile de Trente. Un concile pastoral aurait corrigé un concile dogmatique ? Et, ce, sous la motion du Saint -Esprit (qui est, bien sûr, le “ grand oublié de la théologie lefebvriste ” affirme le P. Chenu) ?
Ni le cardinal Eyt, par son communiqué, ni le théologien Chenu, par son article, n’ont répondu aux critiques et requêtes des auteurs du Problème de la réforme liturgique. On peut ne pas être entièrement persuadé par la démonstration de ceux-ci, mais il y a d’autres manières de répondre qu’en jetant des pierres ( “ attristante caricature ” dit le cardinal Eyt, “ imposture intellectuelle ” dit le père Chenu).
Pour être juste, il faut dire aussi que la Croix, ensuite, le 11 avril, a laissé, dans sa tribune des lecteurs, l’abbé de La Rocque, un des auteurs du livre en question, exposer longuement sa position.

II. Quatre questions à M. l’abbé Sulmont (document)
Le Bulletin paroissial de Domqueur (80620 Domqueur), que vous dirigez, fête cette année son 30e anniversaire. Pensez-vous qu’en trente ans la situation de l’Eglise s’est aggravée ou, du moins sur certains points, améliorée ?
Pensez-vous que si la liberté de dire la messe traditionnelle était universellement rétablie, et sans conditions, de nombreux prêtres de paroisse la célébreraient à nouveau ?
Les jeunes prêtres de votre diocèse vous semblent-ils plus traditionnels, moins “ idéologisés ”, que leurs aînés (les 40/65 ans) ?
Pensez-vous qu’une réforme du missel de Paul VI soit possible ou sera-t-il nécessaire d’en venir à son abrogation ?

III. Les études précédentes sur le N.O.M.
Par la voix de son président, Loïc Mérian, le CIEL (Centre International d’Etudes Liturgiques), proche de la Fraternité Saint-Pierre, a réagi au livre sur la nouvelle messe publié par la Fraternité Saint-Pie X. Intitulée “ Enfin ! ”, sa chronique, publiée dans la Nef , estime : “ Après plus de 30 années de combat contre le rite de la messe instituée par le pape Paul VI, la Fraternité Saint-Pie X vient enfin de sortir une étude consacrée au “ problème de la réforme liturgique”. (...) En 30 années rien d’autre que quelques conférences de l’été “chaud” 1976, diverses plaquettes écrites par des laïcs, un seul ouvrage celui de Louis Salleron mais qui était surtout une réaction d’époque et c’est tout ! ” Seraient venus ensuite les travaux de Mgr Gamber, des bénédictins du Barroux, des dominicains de Chémeré-le-Roi et du CIEL, tous travaux, écrit Loïc Mérian, qui seuls constituent “ un véritable corpus de réflexion sur ces questions liturgiques qui soit sérieux... mais qui émane de la mouvance Ecclesia Dei. ”
Cette rétrospective caricaturale et injuste de trente années de combat pour la messe catholique traditionnelle, latine et grégorienne a valu à son auteur une réponse, ou plutôt une volée de bois vert, de Jean Madiran. Dans Présent , le 7 avril, Jean Madiran a rappelé, à juste titre, que l’abbé de Nantes, dans la Contre-Réforme catholique, de très nombreux auteurs dans Itinéraires, ont argumenté sur le sujet, produit des analyses qui ne furent pas “ rien ”. Jean Madiran fait remarquer : “ Les écrits de l’abbé Georges de Nantes, sur la messe comme sur quelques autres sujets, font partie de l’état de la question, c’est simple justice de le reconnaître. On trouve que l’omettre est plus facile que le réfuter.” Il y a eu, rappelle encore Jean Madiran, deux ouvrages de Louis Salleron : La nouvelle messe (Nouvelles Editions Latines) et Dix dialogues sur la crise de l’Eglise (Dominique Martin Morin).
Loïc Mérian, après qu’il ait cité les travaux “ de la mouvance Ecclesia Dei  ”, écrit : “ Du côté de la Fraternité Saint-Pie X rien ”.  C’est méconnaître les six ouvrages publiés par la dite-Fraternité avant Le Problème de la réforme liturgique  :
- abbé Paul Aulagnier, La Raison de notre combat, la messe catholique, Editions Saint-Gabriel, 1977.  Texte d’une longue, et très claire, conférence donnée par M. l’abbé Aulagnier en 1977 à Paris.
- abbé Didier Bonneterre, Le Mouvement liturgique, Editions Fideliter, 1980. Histoire du “ mouvement liturgique ” qui a traversé tout le XXe siècle et qui est à l’origine de la réforme liturgique de l’après-concile.
- abbé Grégoire Celier, La Dimension oecuménique de la réforme liturgique, Editions Fideliter, 1987.
- dom Edouard Guillou, Le Canon romain et la liturgie nouvelle, Editions Fideliter, 1989. Ce n’est pas un écrit de circonstance mais un commentaire, ligne à ligne, du canon romain, comparé aux textes de la nouvelle liturgie.
- La Messe traditionnelle, trésor de l’Eglise, Editions Fideliter, 1992. L’ouvrage se voulait une réponse à La Réforme liturgique en question de Mgr Gamber. Après un texte, polémique, de l’abbé Laguérie, on trouvait réédition de trois textes : une conférence de Mgr Lefebvre consacrée à ce qu’il appelait “ la messe de Luther ”, donnée à Florence en 1975 ; la conférence, déjà citée, de l’abbé Aulagnier et le Bref examen critique du Nouvel Ordo Missae  qui fut présenté en 1969 par les cardinaux Ottaviani et Bacci.
- La Raison de notre combat : la messe catholique, éditions Clovis, 1999. Le livre est la réédition des quatre ouvrages précédents (hormis le chapitre polémique de l’abbé Laguérie), augmentés de deux textes parus à l’origine dans Itinéraires : l’un du Père Calmel, en 1970, qui était une “ Déclaration ” où il exprimait les raisons de son refus du N.O.M. ; l’autre de l’abbé Raymond Dulac, en 1972, “ La bulle de saint Pie V promulguant le missel romain restauré ”.
En publiant Le Problème de la réforme liturgique, la Fraternité Saint-Pie X n’a donc pas “ enfin ” apporté sa pierre à la critique du N.O.M., on devra dire plutôt qu’elle l’a fait avec une argumentation nouvelle. C’est cette argumentation qu’il s’agit de discuter. A ce jour, ni le cardinal Eyt, ni le théologien Chenu, ni le directeur du CIEL n’ont apporté des réponses à la hauteur des analyses contenues dans le livre.
Sur le N.O.M., je ferais volontiers miennes les distinctions que m’écrit un religieux :
“ Le N.O.M. est orthodoxe, c’est-à-dire conforme à la foi. Sinon il n’y aurait plus d’Eglise. Cela n’est pas contradictoire, hélas ! avec le fait que son caractère évolutif et de saveur oecuménique puisse travailler contre la foi. Je dirais la même chose du nouveau Code de droit canon. Il n’est pas hétérodoxe mais il fait tomber des remparts. ”