mercredi 21 mars 2001

[Aletheia n°12] La Fraternité Saint-Pie X et la nouvelle messe (suite) - par Yves Chiron

Aletheia n°12 - 27 mars 2001

On a attiré mon attention sur le fait que le dernier numéro d’Alètheia, consacré à l’ouvrage publié par la Fraternité Saint-Pie X sous le titre Le Problème de la réforme liturgique, a suscité un certain émoi dans les sphères dirigeantes de la dite-Fraternité. Ce fut plus que du mécontentement. Venant de tous autres horizons, d’autres réactions me sont parvenues. Je voudrais donc revenir sur ce livre important [1] .

Une figure éminente du monde éditorial de la Fraternité Saint-Pie X disait, avec quelque condescendance, qu’Alètheia n’a “ qu’un intérêt anecdotique ”. Je dirais plus exactement, au risque de répéter l’avertissement qui figure en tête de chaque numéro, qu’Alètheia est une lettre libre d’informations religieuses. Ni plus, ni moins.

1. Tout ce qui s’y imprime n’engage que moi, et en aucune manière les publications auxquelles, par ailleurs, je collabore.

2. Les analyses que cette modeste lettre publie n’entendent pas prendre parti dans les querelles perpétuelles que certains, dans le monde traditionaliste, s’évertuent, semble-t-il, à maintenir, pour s’assurer de leur existence et de leur bonne marche sur la voie qu’ils ont choisie.

3. Cette modeste lettre ne vit que de la bienveillance et de la charité de ses lecteurs, des lecteurs qui s’inscrivent dans une géographie ecclésiale très diverse, de Paris à Rome, de la Suisse à la Provence. A défaut de pouvoir être, hélas, un lien d’amitié, elle est un lien d’informations, au service de la seule vérité.

• Ce sont les “ quelques remarques d’un fidèle du dernier rang ”, qui accompagnaient la présentation du livre, qui ont suscité l’émoi évoqué plus haut. On les juge “ superficielles ”, ce qui ne signifie pas erronées. Je laisse aux théologiens qualifiés le soin de discuter plus en profondeur les analyses du livre.

Sur le plan formel, il est clair que cette étude sur “ la messe de Vatican II et de Paul VI ” est, de la part de la FSPX, une nouvelle approche de la question. L’angle d’attaque choisi, si l’on peut dire, est

celui de la doctrine du mystère pascal, qui serait sous-jacente à toute la réforme liturgique. Cet angle d’attaque est-il pertinent ? Aux théologiens et liturgistes de répondre.

En revanche, on peut saluer l’effort doctrinal que fait, par ce livre, la FSPX. Elle ne s’en tient plus au Bref examen de la nouvelle messe des cardinaux Ottaviani et Bacci, qui date de 1969. La FSPX a voulu aller aux sources elles-mêmes de cette réforme : les liturgistes et théologiens qui, à travers notamment le Consilium, l’ont inspirée. D’où une multiplication de références et de citations d’auteurs.

Mais cette méthode a ses limites. A plusieurs reprises, les auteurs appuient leurs démonstrations par des citations de théologiens et de liturgistes, dans leurs oeuvres de différentes époques, et les entremêlent de citations du Magistère actuel. Cette juxtaposition incessante de citations vaut-elle démonstration ?

• Un autre lecteur, figure éminente des catholiques Ecclesia Dei, s’est demandé si ce livre n’était pas une provocation, lancée dans le public au moment où la FSPX négociait à Rome, pour torpiller les dites-négociations.

S’il y a eu, comme je l’ai dit, interrogation, de la part des autorités de la FSPX, sur l’opportunité de publier une tel livre en ce moment, il n’y pas eu volonté de provocation. Cette étude sur la réforme liturgique était en préparation avant que des négociations s’ouvrent avec Rome.

Elle s’inscrit, plus largement, dans un effort d’approfondissement doctrinal auquel est décidée la FSPX. Après la réédition des Dubia sur la liberté religieuse de Mgr Lefebvre, cette étude théologique et liturgique sur la nouvelle messe est une nouvelle étape de cet effort d’approfondissement doctrinal. Il se prolongera à l’avenir, semble-t-il, par des études sur l’oecuménisme, l’ecclésiologie et d’autres sujets.

On peut même dire que la FSPX, par ces différents ouvrages doctrinaux, veut contribuer au débat auquel Jean-Paul II a appelé dans le motu proprio Ecclesia Dei adflicta (2.7.1988), demandant aux théologiens d’approfondir “ les points doctrinaux qui, peut-être à cause de leur nouveauté, n’ont pas été compris dans certaines parties de l’Eglise. ”

• En matière liturgique, parmi ceux qu’on appelle les catholiques Ecclesia Dei, le C.I.E.L. (Centre International d’Etudes Liturgiques) présidé par Loïc Mérian, est l’instance qui, avec des théologiens qualifiés et le soutien de plusieurs cardinaux, a le plus oeuvré, depuis des années, à cet approfondissement doctrinal. Les colloques réunis chaque année par le CIEL, et dont les actes sont publiés, témoignent de cette réflexion approfondie engagée, au service de l’Eglise.

Ne serait-il pas opportun que le CIEL organise un colloque sur cette doctrine du “ mystère pascal” que mettent en cause les auteurs du Problème de la réforme liturgique ?

• Le cardinal Medina, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, a déjà adressé une lettre aux supérieurs de la FSPX relatives à ce livre. On en ignore la teneur. Il serait étonnant que l’épiscopat français, au moins par le SNOP, ne réagisse pas à son tour puisque le livre a été envoyé à 22.000 prêtres de France. Il est simplement à espérer que cette réaction ne prendra pas la forme d’un communiqué de mise en garde, comme il y en a eu jadis à l’égard d’autres traditionalistes. L’étude sur la nouvelle messe produite par la FSPX mérite une réponse appropriée, c’est à dire des “ clarifications doctrinales et liturgiques ” comme le demande Mgr Fellay dans l’Adresse au Saint-Père qui ouvre le livre.

• Pendant longtemps, on a prêché dans certaines chapelles de la FSPX qu’il valait mieux ne pas assister à la nouvelle messe si on ne pouvait pas assister à la messe selon le rite traditionnel. Cette position est-elle encore celle soutenue par la FSPX ? Il le semble, à lire la page 115 de l’ouvrage cité. Cette position n’est pas sans poser des problèmes théologiques divers. Je laisse aux théologiens le soin d’en discuter.

• Enfin, les différents points soulevés dans cette lettre, comme les “ remarques ” faites dans le précédent numéro, n’empêchent pas que je partage pleinement l’objectif poursuivi par les auteurs du livre : que des “ clarifications doctrinales et liturgiques ” du N.O.M. soient apportées par le Magistère. On peut aussi, tout uniment, partager les demandes de la FSPX : que la liturgie romaine traditionnelle soit universellement autorisée pour tous les prêtres et qu’il y ait “ modification ou abrogation ” de la nouvelle liturgie.

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[1] Le Problème de la réforme liturgique, éditions Clovis (B.P. 88, 91152 Etampes), 128 pages , 69 F.

jeudi 15 mars 2001

[Aletheia] La Fraternité Saint-Pie X et la nouvelle messe

Yves Chiron - Aletheia n°11 - 15 mars 2001

La Fraternité Saint-Pie X et la nouvelle messe

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X vient de faire paraître un ouvrage sur la réforme liturgique. D’après nos informations, l’ouvrage était en préparation avant l’ouverture des discussions avec Rome, mais celles-ci lui donnent un relief particulier. Aussi, cette étude est-elle précédée d’une Adresse au Saint Père, en date du 2 février, rédigée par Mgr Fellay. L’ouvrage, avant d’être rendu public, a été envoyé, au milieu du mois de février, au pape Jean-Paul II, et aux cardinaux Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, Medina, préfet de la Congrégation pour le culte divin et Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé et président de la Commission pontificale Ecclesia Dei..

C’est dire si, pour la Fraternité Saint-Pie X, il ne s’agit là pas seulement d’une étude de plus sur la nouvelle messe mais aussi d’une prise de position solennelle, en forme de manifeste et de revendication. L’ouvrage, imprimé depuis un certain temps, n’a pas été diffusé de suite dans le public, pour ne pas paraître une provocation au moment où les discussions avec Rome se poursuivaient. Puis, finalement, et alors que ces discussions continuent, l’ouvrage est livré au public. Il sera envoyé aussi à 22.000 prêtres de France, par l’intermédiaire de la Lettre à nos frères prêtres de l’abbé de La Rocque.

Intitulé Le Problème de la réforme liturgique (éditions Clovis, B.P. 88, 91152 Etampes cedex, 125 pages, 69 F), l’ouvrage n’est pas signé mais on croit reconnaître, entre autres, la méthode argumentaire qu’avait employée l’abbé Grégoire Celier dans son essai, La Dimension oecuménique de la réforme liturgique (Fideliter, 1987); et parmi les autres auteurs de cet ouvrage collectif, il y a aussi, sans doute, M. l’abbé de La Rocque, qui travaillait depuis longtemps à une étude de la nouvelle messe.

L’ouvrage se présente comme une “ étude théologique et liturgique ” du nouvel ordo. Sans se référer aux nombreuses études critiques déjà existantes, les auteurs font référence uniquement aux textes officiels de l’Eglise sur la réforme liturgique (notamment l’Institutio generalis Missalis romani, 1969) et aux nombreux théologiens et liturgistes qui ont inspiré ou collaboré à la réforme liturgique.

Dans son “ Adresse au Saint Père ”, Mgr Fellay demande, à propos de la Nouvelle messe, “ des clarifications doctrinales et liturgiques de la part de l’Autorité suprême ” (p. 7) et “ sa modification ou son abrogation ” (p. 7). Il demande aussi - ce fut, on le sait, une des deux exigences posées lors de l’ouverture des négociations avec Rome - que faculté soit donnée à “ tout prêtre de célébrer selon l’intègre et fécond missel romain révisé par saint Pie V, trésor précieux si profondément enraciné dans la tradition millénaire de l’Eglise Mère et Maîtresse. ”

L’étude s’articule ensuite en trois parties et en 122 paragraphes numérotés.

Une première partie tend à démontrer que “ pour désigner les différences entre le missel traditionnel et le nouveau missel le terme de rupture liturgique est plus juste que celui de réforme liturgique ” (p. 16).

Une deuxième partie veut montrer que “ les nombreuses et substantielles différences entre le missel traditionnel et le nouveau missel ” trouvent leur “ principe unificateur ” - et leur inspiration - dans la doctrine, nouvelle, de “ mystère pascal ” (p. 49). En une quarantaine de pages, les auteurs s’emploient à démontrer qu’appliquée à la liturgie cette “ nouvelle théologie ” - qui nierait “ la valeur expiatoire de la mort du Christ comme essentielle à l’oeuvre rédemptrice ” (p. 64) - aboutit à gommer ou à réduire la dimension sacrificielle de la messe.

La dernière partie, la plus brève, entend prouver que la nouvelle messe a introduit une “ rupture dogmatique ” et que “ le nouveau missel ne propage plus la lex credendi de l’Eglise, mais une doctrine à saveur hétérodoxe ” (p. 115).

Quelques remarques d’un fidèle du dernier rang

N’étant pas théologien, et simple fidèle du dernier rang (à la messe dans l’un ou l’autre rite), je me permettrai seulement de faire trois remarques.

• Cette étude, qui cite de très nombreux actes du Magistère, de différentes époques, et de très nombreux théologiens et liturgistes, ne fait pas une seule référence aux actes du Magistère qui, depuis le concile Vatican II, ont réaffirmé avec solennité la doctrine traditionnelle sur la Sainte Eucharistie. Entre autres, l’encyclique Mysterium fidei (1965) de Paul VI toute entière consacrée à mettre en garde, à propos du “ mystère très saint ” de l’Eucharistie, contre “ certaines opinions qui troublent les esprits des fidèles ”. Et du même pape, la Profession de foi (1968), qui réaffirmait, notamment, que la messe “ est le sacrifice du calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels ”.

• Quand les auteurs du Problème de la réforme liturgique font référence aux définitions du Catéchisme de l’Eglise Catholique (1992), ils le font, me semble-t-il, de manière partiale et minimalisante. Le CEC ne définit pas seulement la messe comme un “ mémorial sacrificiel ” mais définit bien l’Eucharistie comme “ un sacrifice ” (1365) et rappelle longuement les définitions du concile de Trente (1366 et 1367).

• Enfin, à propos de la la théologie du “ mystère pascal ”, que les auteurs contestent, on remarquera que l’ouvrage le plus important sur le sujet, celui du père Louis Bouyer, Le Mystère pascal, Cerf, 1945, n’est pas cité. Or, dans cet ouvrage, le père Bouyer, par exemple, faisait une vigoureuse mise en garde contre une conception erronée de l’offertoire et du sacrifice (p. 460, de la 5e édition revue et augmentée, 1957). Cette page rejoint exactement ce que disent les auteurs (p.19-21).

Ceci dit, on lira avec intérêt ce livre accessible à un grand public. On sera d’accord avec Mgr Fellay quand il demande à l’Autorité suprême “ modification ou abrogation ” de la nouvelle messe. Mais entre l’une ou l’autre décision, il y a une différence de taille et on voit mal comment pourrait disparaître une nouvelle liturgie dorénavant trentenaire ...

vendredi 2 mars 2001

[Aletheia] Une notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi - Renforcement de la Commission Pontificale Ecclesia Dei - Revue des revues

Yves Chiron - Aletheia n°10 - 2 mars 2001

I. Une notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (document).

II. Renforcement de la Commission Ecclesia Dei.

III. Revue des revues.


Une notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi

La récente Déclaration Dominus Jesus “ sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Eglise ” publiée par la Congrégation pour la doctrine de la Foi en 2000 [AAS, 92 (2000), 742-765] réfutait des erreurs répandues dans certains milieux et dans certains écrits. Etait visé, notamment, sans être nommé explicitement, l’ouvrage publié par le père Jacques Dupuis, s.j., ancien professeur à l’Université grégorienne : Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux (Paris, Cerf, 1997).

Aujourd’hui, de manière plus explicite, la même Congrégation publie une Notification concernant directement ce livre. Estimant que l’ouvrage contient “ de graves ambiguïtés et des difficultés sur des points doctrinaux qui peuvent conduire le lecteur à des opinions erronées ou dangereuses ”, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi publie une mise au point doctrinale qui a été approuvée par Jean-Paul II durant l’audience du 21 novembre 2000 et confirmée le 19 janvier 2001.

Le père Jacques Dupuis, dit la Notification, “ s’est engagé à reconnaître les thèses énoncées et à s’en tenir à l’avenir, dans ses activités théologiques et ses publications, aux contenus doctrinaux indiqués ”. Il s’est engagé aussi à faire figurer la Notification de la Congrégation pour la Doctrine de la foi dans toute réédition, réimpression et traduction de son ouvrage.

Voici les cinq points doctrinaux rappelés par la Notification (dont on trouvera le texte intégral sur le site internet du Vatican et, bientôt, dans la Documentation catholique) :

I. A propos de la médiation salvifique unique et universelle de Jésus-Christ

1. Il faut croire fermement que Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, crucifié et ressuscité, est le médiateur unique et universel du salut de toute l’humanité.

2. Il faut aussi croire fermement que Jésus de Nazareth, Fils de Marie et seul Sauveur du monde est le Fils et le Verbe du Père. En raison de l’unité du plan divin de salut, qui a son centre en Jésus-Christ, il faut tenir en outre que l’oeuvre salvifique du Verbe est accomplie dans et par Jésus-Christ, Fils incarné du Père, en tant que médiateur du salut de toute l’humanité. Il est donc contraire à la foi catholique non seulement d’affirmer une séparation entre le Verbe et Jésus ou une séparation entre l’action salvifique du verbe et celle de Jésus, mais aussi de soutenir la thèse d’une action salvifique du verbe comme tel dans sa divinité, indépendamment de l’humanité du Verbe incarné.

II. A propos de l’unicité et de la plénitude de la révélation de Jésus-Christ

3. Il faut croire fermement que Jésus-Christ est le médiateur, l’accomplissement et la plénitude de la révélation. Il est donc contraire à la foi de l’Eglise de soutenir que la révélation par/en Jésus-Christ soit limitée, incomplète ou imparfaite. En outre, même si on ne possédera la pleine connaissance de la vérité divine qu’au jour de la venue glorieuse du Seigneur, la révélation historique de Jésus-Christ offre tout ce qui est nécessaire pour le salut de l’homme et n’a pas besoin d’être complétée par d’autres religions.

4. Il est conforme à la doctrine catholique d’affirmer que les graines de vérité et de bonté qui se trouvent dans les autres religions participent d’une certaine manière aux vérités contenues par/en Jésus-Christ. Par contre, considérer que ces éléments de vérité et de bonté, ou certains d’entre eux, ne dérivent pas ultimement de la méditation-source de Jésus-Christ, est une opinion erronée.

III. A propos de l’action salvifique universelle de l’Esprit Saint

5. La foi de l’Eglise enseigne que l’Esprit Saint, à l’oeuvre après la résurrection de Jésus Christ, est encore l’Esprit du Christ envoyé par le Père qui opère de manière salvifique aussi bien dans les chrétiens que dans les non-chrétiens. Il est donc contraire à la foi catholique de considérer que l’action salvifique de l’Esprit Saint puisse s’étendre au-delà de l’unique économie salvifique universelle du Verbe incarné.

IV. A propos de l’ordination de tous les hommes à l’Eglise

6. Il faut croire fermement que l’Eglise est signe et instrument de salut pour tous les hommes. Il est contraire à la foi catholique de considérer les diverses religions du monde comme des voies complémentaires à l’Eglise pour ce qui est du salut.

7. Selon la doctrine catholique, les adeptes des autres religions sont eux aussi ordonnés à l’Eglise et sont tous appelés à en faire partie.

V. A propos de la valeur et de la fonction salvifique des traditions religieuses

8. Selon la doctrine catholique, il faut tenir que “ ce que l’Esprit fait dans le coeur des hommes et dans l’histoire des peuples, dans les cultures et les religions, remplit une fonction de préparation évangélique (cf. Const. dogm. Lumen gentium, n. 16) ”. Il est donc légitime de soutenir que l’Esprit Saint pour sauver les non-chrétiens, utilise aussi les éléments de vérité et de bonté qui se trouvent dans les diverses religions, mais considérer comme voie de salut ces religions, prises comme telles, n’a aucun fondement dans la théologie catholique ; en effet, elles présentent des lacunes, des insuffisances et des erreurs sur les vérités fondamentales regardant Dieu, l’homme et le monde.

En outre, le fait que les éléments de vérité et de bonté des différentes religions puissent préparer les peuples et les cultures à accueillir l’événement salvifique de Jésus-Christ, ne suppose pas que les textes sacrés des autres religions puissent être considérés comme complémentaires à l’Ancien Testament, qui est la préparation immédiate à l’évènement du Christ.

Cette Notification est uniquement consacrée aux religions non-chrétiennes ; alors que Domini Jesus évoquait aussi les confessions non-catholiques et l’oecuménisme. Cette Notification, si elle est une critique de certaines tendances actuelles de la théologie des religions, peut aussi être lue comme une clarification de certains actes de Jean-Paul II. Des initiatives spectaculaires, et contestées, comme la rencontre des religions à Assise, le 27 octobre 1986, doivent être interprétées à la lumière de cette Notification qu’il sera difficile d’accuser de syncrétisme.

II. Renforcement de la Commission Pontificale Ecclesia Dei

La Commission avait été instituée par le motu proprio Ecclesia Dei du 2 juillet 1988 “ pour faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, séminaristes, communautés ou simples religieux et religieuses jusque là liés de quelque manière à la Fraternité fondée par Mgr Marcel Lefebvre, et qui souhaitent restés unis au Successeur de Pierre dans l’Eglise Catholique. ”

Depuis avril 2000, cette Commission est présidée par le cardinal Dario Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé. Ses deux initiatives les plus spectaculaires ont été, jusqu’ici, ses interventions dans la vie interne de la Fraternité Saint-Pierre (avec la nomination d’un nouveau supérieur) et l’ouverture de discussions avec la Fraternité Saint-Pie X (discussions non achevées à ce jour).

Le samedi 24 février, Jean-Paul II a institué un conseil de quatre membres qui viendra assister le Président de la commission. Ce conseil est composé du cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ; du cardinal Jorge Medina Estevez, préfet de la Congrégation pour le culte divin ; du cardinal Louis-Marie Billé, archevêque de Lyon et de Mgr Julian Herranz, président du Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs.

Ce renforcement notable de la Commission Ecclesia Dei et la présence, pour la première fois, d’un Français dans ses organes de direction, ne sont sans doute pas sans rapport avec les discussions ouvertes actuellement avec la Fraternité Saint-Pie X.

III. Revue des revues

. Pio IX (Palazzo dei Canonici, 00120 Cité du Vatican), la revue de la postulation du bienheureux Pie IX publie, en un numéro spécial de 125 pages, les actes du symposium international qui s’est tenu à Rome le 14 septembre 2000 :

- cardinal Vincenzo Fagiolo La santità di Pio IX ed il suo messagio oggi ;

- cardinal Alfons Maria Stickler, Due perle del Pontificato di Pio IX : l’Immacolata Concezione e l’Infaillibilità Papale ;

- Walter Brandmüller, Il concilio Vaticano I nella storiografia ;

- Francesco Leoni, Pio IX e la storiografia italiana ;

- Yves Bruley, Pie IX vu par les Français : itinéraire dans les sources et l’historiographie ;

- Yves Chiron, Pie IX et la Franc-Maçonnerie.

. Certitudes (23 bis rue des Bernardins, 75005 Paris) publie dans le n° 4 de sa nouvelle série (128 pages, 50 F), un très abondant dossier consacré à “ La gnose éternelle, hérésie et nouvelle religion ”. Par rapport aux élucubrations que l’on a pu lire depuis de nombreuses années dans plusieurs publications traditionalistes, on a là une série d’approches sérieuses et d’un grand intérêt. Sous la plume de Paul Sernine (pseudonyme d’un ecclésiastique, semble-t-il) on trouve une magistrale réfutation de la notion de “ gnose ” qu’ont diffusée Etienne Couvert et ses (défunts) Cahiers Barruel. On appréciera, entre autres, l’étude de la pensée de F. Schuon par l’abbé Christophe Héry qui montre qu’il s’agit, en fait, d’une pensée de l’immanence. Intéressant aussi le témoignage de deux “ rescapés d’une secte gnostique ”.

Si la justice est de à rendre à chacun ce qui lui est dû, il semble que cette définition soit inconnue de certaines publications catholiques. Coup sur coup, l’une reproduit intégralement un document publié par Alètheia sans citer sa source ; l’autre reprend dans un article tous les éléments d’information parus dans Alètheia n° 8, p. 1 à 3, y compris certains détails significatifs, sans citer, elle non plus, sa source.

Alètheia n’est pas une publication commerciale. Ses lecteurs ne lui doivent rien, ses utilisateurs non plus, si ce n’est une utilisation juste quand il s’agit d’informations qu’on ne trouve pas ailleurs.

dimanche 25 février 2001

[Aletheia n°9] Les “ Petits Gris ” : vingt-cinq après - Les négociations de Rome avec la FSPX - La “ manipulation ” de Fatima ? - La “ manipulation ” de F

Yves Chiron - Aletheia n°9 - 25 février 2001
I. Les “ Petits Gris ” : vingt-cinq après.
II. Les négociations de Rome avec la FSPX.
III. La “ manipulation ” de Fatima ?
IV. Revue des revues.

I. Les “PETITS GRIS”, 25e ANNIVERSAIRE
La congrégation des Frères de Saint-Jean, appelés plus familièrement les “ Petits Gris ”, du nom de leur habit, trouve son origine dans la consécration à la Sainte-Vierge que cinq étudiants français en théologie ont faite le 8 décembre 1975. Ils suivaient l’enseignement du dominicain Marie-Dominique Philippe, à l’université de Fribourg (Suisse). Celui-ci, sur les conseils de Marthe Robin, qu’il rencontrait régulièrement depuis 1964, accepta de fonder la Communauté Saint Jean qui reçut sa première reconnaissance officielle en 1978. Etablie comme congrégation de droit diocésain en 1986, elle a connu un expansion considérable : elle compte aujourd’hui 514 Frères, répartis dans 53 couvents, essaimés dans 20 pays.
Dans toute son oeuvre écrite et ses prédications, le père Philippe a allié fidélité à la philosophie de saint Thomas et perspective contemplative. La communauté nouvelle a placé au coeur de sa vocation deux piliers : “ métaphysique et compassion ”, dans une fidélité entière à Rome. On a accusé le père Philippe de former une sorte de clergé parallèle et quand, en 1982, la Communauté Saint Jean a quitté Fribourg et s’est installée à Rimont (Saône-et-Loire), une lettre, anonyme, a été envoyée à tous les évêques de France pour les mettre en garde contre le p. Philippe, sa Communauté et ses liens secrets avec Ecône (M.-D. Philippe, Les Trois sagesses, Fayard, 1994, p. 368).
Le père Philippe s’est toujours défendu de tout lien avec Ecône. Récemment encore, dans un entretien au journal la Croix (8.2.2001), il s’est attaché à combattre cette “ fausse rumeur ” : “ Certains racontaient ... que j’étais proche d’Ecône, alors que je n’y ai jamais mis les pieds ”.
Les choses sont un peu moins simples. S’il n’a “ jamais mis les pieds ” à Ecône, le père Philippe ne fut pas sans lien avec Mgr Lefebvre. Il a encouragé la première communauté établie en 1969, à Fribourg, par le futur fondateur de la Fraternité Saint-Pie X et du séminaire d’Ecône. L’abbé Aulagnier, dans son ouvrage La Tradition sans peur (Editions Servir, 2000, p. 66-67), a raconté : “ Le père Marie-Dominique Philippe venait de temps en temps nous donner des conférences spirituelles ” . Il ajoute aussi : il “ fut très vite agacé par les positions outrancières de certains d’entre nous, en Écriture sainte par exemple. Il prit de lui-même ses distances. ”
Si on considère les choses avec un certain recul, on est frappé par les similitudes entre les origines de la Fraternité Saint-Pie X et celles de la Communauté Saint Jean. Dans l’un et l’autre cas, à la même époque, de jeunes Français animés d’une vocation sacerdotale solide et exigeante, sont venus solliciter l’aide d’une personnalité religieuse éminente qui, sans en avoir eu le projet auparavant, est devenue, par les nécessités de l’époque, fondateur. Les choix des deux fondateurs contemporaines ont ensuite été différents.
En avril prochain, la congrégation des Frères de Saint-Jean réunira son chapitre général. Son fondateur, plus que nonagénaire, cédera la place à un nouveau prieur général, qui sera élu. Sans être dans le secret des dieux, on peut se demander s’il ne s’agira pas de l’ancien dominicain Jean-Michel Garrigues. Celui-ci, théologien et philosophe éminent, avait fondé, en 1975, la communauté des Frères de Saint-Jean de Malte qui exerça un apostolat de “moines dans la ville” en Avignon. Il a rejoint, en 1998, les Frères de Saint-Jean.

II. LES DISCUSSIONS DE LA FRATERNITÉ SAINT-PIE X AVEC LE VATICAN
Les discussions engagées, à l’initiative de Rome, avec la Fraternité Saint-Pie X (cf. Alètheia n° 8), se poursuivent dans une relative discrétion. Les rumeurs les plus contradictoires courent dans les milieux traditionalistes. Une communauté religieuse, jusque-là proche de la Fraternité Saint-Pie X, laisse circuler des documents confidentiels qui, interprétés avec un esprit malin, sèment le trouble. Pour ne pas alimenter le feu des controverses naissantes, je me garderai, ici, de rapporter les rumeurs contradictoires qui circulent et les agissements de certains. Ces pratiques révèlent les coeurs : l’amour et le sens de l’Eglise font décidément bien défaut à certains défenseurs de la “Tradition “.

III. LA “ MANIPULATION ” DE FATIMA ?
Il y a plusieurs mois, déjà, la revue des pères Dominicains d’Avrillé, le Sel de la Terre, avait annoncé la publication d’une recension critique du livre Fatima. Soeur Lucie témoigne (Paris, 1999). Cette recension, établie par l’abbé Fabrice Delestre, prêtre de la FSPX en poste au Portugal, est enfin parue dans le n° 35 de la revue (Le Sel de la Terre, Couvent de la Haye-aux-Bonhommes, 49240 Avrillé, 90 F le numéro de 250 pages).
La recension est d’un ton très mesuré, ce qui change d’un certain écrit, du même auteur, qui a circulé de manière non publique il y a quelques mois (cf. Alètheia n° 1). Même si l’auteur n’a pas réussi à me convaincre, son étude - qui occupe les pages 64 à 88 de la revue - mérite d’être connue de ceux qui s’intéressent aux faits de Fatima, à son message et aux demandes de la Sainte Vierge en ce lieu. C’est la critique la plus sérieuse et la plus argumentée qui ait été faite des deux entretiens que soeur Lucie a eus en 1992, avec le cardinal Padiyara (et d’autres interlocuteurs), et en 1993, avec le cardinal Vidal (et d’autres interlocuteurs).
Dans une première partie, M. l’abbé Delestre s’interroge sur les “Garanties d’authenticité et de véracité ” des deux entretiens publiés. Dans une deuxième partie, il relève “ Des contradictions manifestes ” entre ce que soeur Lucie a déclaré dans ces entretiens et ce qui était connu jusque là. Les contradictions, supposées, ne s’expliquent, selon l’abbé Delestre, que parce que le texte publié ne présente aucun caractère d’authenticité et de véracité.
Je voudrais d’abord relever quelques points et diverses questions :
. M. l’abbé Delestre admet que les deux entretiens ont bien eu lieu. C’est déjà un acquis.
. En revanche, il conteste que la retranscription qu’en a faite Carlos Evaristo, et qui est publiée dans l’ouvrage cité, soit fiable.
Or, après l’entretien de 1992, le cardinal Padiyara a adressé six lettres à Carlos Evaristo. Elles sont reproduites dans l’édition portugaise du livre (mais ne l’ont pas été dans l’édition française). M. l’abbé Delestre estime : “ aucune ne confirme l’authenticité et la véracité du contenu des paroles de soeur Lucie, telles que M. Evaristo nous les rapporte ! ” (souligné dans le texte).
Une telle affirmation étonne puisque le 12 août 1994 le cardinal Padiyara écrivait, en anglais, à Carlos Evaristo : “ Thank you for the beautiful booklet ‘ two hours with Sr. Lucia’ ” Le cardinal remercierait-il d’un “ beau livre ” qu’il n’aurait pas lu ou avec lequel il serait en désaccord ?
. M. l’abbé Delestre affirme : “ l’existence de l’enregistrement audio du second entretien [celui de 1993] , avec le cardinal Vidal] est plus que douteuse ”. Interrogé sur ce point précis, le cardinal Vidal m’avait déjà répondu dans une lettre en date du 25 juillet 2000 : “ As far as I could remember, there was someone among the group with me at that time who di a video coverage. ” Il y eut bien, donc, un enregistrement de l’entretien de 1993.
Interrogé aussi, Carlos Evaristo m’a confirmé, par une lettre du 7 novembre 2000, qu’il existait bien un enregistrement : “ The video I have is in NTSC US system ” ; et, le 14 novembre suivant, il précisait qu’il existe “ 3 audio tps ”.
Le visionnage et/ou l’audition de ces cassettes devrait permettre de vérifier l’authenticité et la véracité de la retranscription qui a été faite de l’entretien de 1993.
. M. L’abbé Delestre dénie toute authenticité au livre Soeur Lucia témoigne, il conclut à une “ absence totale de crédibilité ” (p. 86). Cela signifie-t-il que tous les propos de soeur Lucie contenus dans le livre sont des inventions ? L’abbé Delestre le pense. Il voit dans l’organisation-même des entretiens (qui ont bien eu lieu) puis dans la publication de leur supposée retranscription un complot : il s’agirait rien moins que d’une “ manoeuvre ” (p. 69, p. 72, p. 74), d’une “ manipulation ” (p. 74), dont les fils sont tirés par des “ personnages beaucoup plus considérables ” (p. 72).
L’édition française du livre est précédée d’une “ Présentation ”, en quarante-six pages, que j’ai rédigée. M. l’abbé Delestre en conclut “ M. Chiron, bien connu des milieux traditionalistes français, a dû être choisi à son insu pour faciliter une opération d’intoxication de ces milieux, et s’est laissé entraîner dans ce piège, sans doute par imprudence ” (p. 87).
Il reste à M. l’abbé Delestre à nous dire plus clairement quels furent, selon lui, les commanditaires de l’opération. Il ne livre que deux noms : les cardinaux Casaroli (mort en 1998) et le cardinal Sodano, Secrétaire d’Etat. Pourquoi ces deux hommes d’Eglise ? Parce qu’il existe une photographie où l’on voit le cardinal Casaroli en compagnie de Carlos Evaristo ... (page 71, note 1). L’argument est mince. Pourquoi ne pas remonter plus haut, jusqu’au pape Jean-Paul II ? Puisque, selon la thèse conspirationniste de M. l’abbé Delestre, les deux entretiens de 1992 et 1993 n’auraient eu pour but que de préparer - bien à l’avance ! - les esprits à la fausse révélation du troisième secret de Fatima, faite en 2000...
Le raisonnement de M. l’abbé Delestre rappelle celui de certains sédévacantistes qui, depuis les années 70, soutiennent la thèse du “ sosie ” : l’enseignement de Paul VI étant, selon eux, incompatible avec celui de l’enseignement traditionnel de l’Eglise, ce ne peut être le vrai Paul VI qui a écrit et parlé, c’est un “ sosie ” qui lui a été substitué. Pareillement, pour l’abbé Delestre, le contenu des entretiens de 1992 et 1993 puis celui du troisième secret lui-même étant, selon lui, incompatible avec ce que l’on savait alors du message de Fatima, ce ne peut être soeur Lucie qui a parlé et donné son approbation au texte révélé du troisième secret. M. l’abbé Delestre ne va pas jusqu’à dire qu’un sosie a été substitué à la dernière des voyantes de Fatima mais il évoque une mystérieuse “ manipulation ”.
Posé ainsi, le problème prend une dimension terrifiante. Il faudrait plutôt faire un effort de compréhension spirituelle, surnaturelle. Ceux qui ont la grâce de voir la Sainte Vierge ne sont pas assurés, par la suite, de rester dans leur vie digne de la grâce qu’ils ont reçue (songeons à ce que fut la vie tourmentée d’un des deux voyants de La Salette, Maximin), ni, non plus, tous leurs propos ultérieurs ne sont marqués du sceau de l’infaillibilité.
Dans le cas de soeur Lucie, dans les deux entretiens en question, il faut distinguer les propos de circonstance, les analyses et jugements personnels et les affirmations solennelles. La façon dont soeur Lucie a parlé de l’enfer en 1992 semble à l’abbé Delestre en “ parfaite contradiction ” avec l’enseignement traditionnel de l’Eglise et avec certains passages des Mémoires où soeur Lucie évoquait la vision de l’enfer qu’elle et les deux autres voyants eurent en 1917. Plutôt que de considérer que soeur Lucie n’a pas pu tenir de tels propos sur l’enfer en 1992, pourquoi ne pas considérer, tout simplement, que soeur Lucie, âgée de plus de quatre-vingt ans, au cours d’un entretien à bâtons rompus et qui ne fut pas préparé, a pu s’exprimer de façon trop imprécise et avec des maladresses voire des insuffisances.
Quand soeur Lucie s’exprime sur le communisme et la situation de la Russie, là encore on peut bien considérer qu’elle n’émet pas des analyses infaillibles. Par exemple, elle évoque une visite de Gorbatchev à Jean-Paul II au cours de laquelle le dirigeant communiste se serait agenouillé aux pieds du pape et lui aurait demandé pardon. Le Saint-Siège a dû démentir, en 1998, que Gorbatchev, au cours de la rencontre, ait eu ce geste précis. M. l’abbé Delestre voit dans ce démenti une preuve supplémentaire du manque d’authenticité et de véracité de la retranscription des entretiens.
Tout au contraire, cette affirmation erronée me semble une preuve supplémentaire de l’authenticité des propos de soeur Lucie. On lui avait rapporté de manière erronée la rencontre de Jean-Paul II et de Gorbatchev. Le geste de celui-ci semblait correspondre avec l’analyse qu’elle fait de la situation de la Russie. Aussi elle l’a évoqué dans l’entretien de 1993. Encore une fois, tous les propos de soeur Lucie ne sont pas marqués du sceau de l’infaillibilité. Point n’est besoin d’imaginer une “ manipulation ”. Tout au contraire, comment imaginer que les “personnages beaucoup plus considérables ... qui tirent les ficelles de la manoeuvre ” [les cardinaux Casaroli et Sodano, selon l’abbé Delestre] aient laissé passer voire aient suggéré une telle énorme bourde ?
Quant à la consécration de la Russie - qui est bien le coeur des deux entretiens -, soeur Lucie n’émet plus, à l’évidence, des analyses personnelles. Elle explique longuement, et à plusieurs reprises, pourquoi la consécration accomplie en 1984 a bien correspondu, enfin, à ce qu’avait demandé la Sainte Vierge. Et elle précise, avec une grande discrétion, que la Sainte Vierge , au cours d’une apparition, a accepté cette consécration.
M. l’abbé Delestre estime que la consécration de 1984 n’a pas correspondu à ce que demandait la Sainte Vierge. Selon lui, soeur Lucie n’a jamais pu approuver l’acte de 1994 et ce n’est que par une “ manipulation ” qu’on lui a fait dire le contraire, en 1992 et 1993. Pourquoi ne pas considérer que le jugement de soeur Lucie sur l’acte de 1984 a évolué ? Non suite à des pressions humaines, mais suite à une apparition de la Vierge (Soeur Lucia témoigne, p. 58 et p. 67).

IV. REVUE DES REVUES
• Dans le dernier numéro d’Alètheia, à propos de la mort de Gustave Thibon, j’écrivais : “ Sauf erreur de ma part, le quotidien la Croix n’a consacré aucun article au philosophe chrétien ”. En fait, sous la signature de Jean-François Bouthors, dans son numéro du 22 janvier, la Croix lui a consacré un court article.
Danièle Masson, qui a évoqué Gustave Thibon dans le supplément littéraire de Présent déjà cité (3 février), l’évoque aussi dans le numéro à paraître en mars de Fideliter (B.P. 88, 91152 Etampes). On retrouve encore sa signature dans le grand dossier que consacre la Nef (B.P. 73, 78490 Montfort l’Amaury) au philosophe disparu. Rien moins que quatorze articles : outre deux de Danièle Masson, on lira aussi des articles de Gérard Leclerc, Mgr Barbarin (évêque de moulins), les moines du Barroux, Mgr Brincard (évêque du Puy), Philippe Barthelet, Yves Daoudal, Alain de Benoist, Emile Poulat, Bernard Antony, Jacques Trémolet de Villers, Philippe Maxence, et aussi le message de Mgr Blondel (évêque de Viviers) aux obsèques de Gustave Thibon, message déjà publié dans le dernier numéro d’Alètheia.
• Le numéro spécial d’une revue italienne (en français) crée quelques remous. Il s’agit du dossier sur la “Commission canonique” de la Fraternité Saint-Pie X que publie la revue Sodalitium (n° 51, Loc. Carbignano 36, 10020 VERRUA SAVOIA, Italie). La création de tribunaux canoniques par la FSPX pour concéder des dispenses et des annulations de mariage était connue depuis plusieurs années, mais point du grand nombre des fidèles rattachés aux prieurés de la FSPX. De tels tribunaux, selon Sodalitium, qui est une revue qui refuse d’être en communion avec le pape, outrepassent le pouvoir d’ordre des prêtres et évêques ordonnés par Mgr Lefebvre et ils relèvent du pouvoir de juridiction réservé au pape. Mgr Tissier de Mallerais, président de la Commission canonique, avait déjà répondu à l’objection en affirmant : “ nos sentences, comme tous nos actes de juridiction supplétoire, et comme les sacres épiscopaux eux-mêmes de 1988, 1991, etc., devront être confirmés ultérieurement par le Saint-Siège ” (Cor unum, bulletin interne de la FSPX, n° 61, octobre 1998, p. 44).

mardi 13 février 2001

[Aletheia n°8] Rome renoue le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X (document) - Un nouveau livre d’Alain de Benoist - La disparition de Gustave Thib

Yves Chiron - Aletheia n°8 - 13 février 2001
Sommaire
I. Rome renoue le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X (document).
II. Un nouveau livre d’Alain de Benoist.
III. La disparition de Gustave Thibon (document).

I. Rome renoue le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X
Divers signes, ces derniers mois, laissaient comprendre qu’un nouveau type de relations était en train de s’instaurer entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X. Alètheia, au fil de ses numéros, les avait signalés : le dialogue, en profondeur, de l’abbé La Rocque, de la FSPX, avec les prêtres diocésains de France à travers sa Lettre à nos frères prêtres ; les églises et sanctuaires qui, à Rome et en France, se sont ouverts à la FSPX à l’occasion du Jubile ; l’entretien accordé, cet été, à Trenta Giorni par Mgr Fellay, Supérieur général de la FSPX ; le livre de l’abbé Aulagnier, deuxième assistant général de la FSPX.
Le 22 janvier dernier, Mgr Fellay a publié un “ Communiqué aux membres de la Fraternité et aux Communautés amies ” pour annoncer l’ouverture de négociations entre le Vatican et la FSPX. Ce communiqué était destiné aux seuls prêtres de la Fraternité qui ne pouvaient en informer leurs fidèles “ de vive voix seulement ”. “ Le texte lui-même ne doit pas être remis aux mains des fidèles jusqu’à nouvel avis. Il est interdit de le publier ” était-il précisé. La FSPX, sans doute, ne voulait pas laisser le dialogue engagé être parasité par des commentaires inconsidérés.
Mais comme la consigne n’a pas été respectée et que le texte du communiqué est disponible sur internet, en voici, à titre documentaire, le texte intégral :
Communiqué de la Maison généralice, le 22 janvier 2001
Destiné aux membres de la Fraternité et aux Communautés amies
1. Suite à notre pèlerinage à Rome cet été, le cardinal Castrillon Hoyos a eu un premier contact direct avec les évêques de la Fraternité en août.
2. Au mois de novembre, le même Cardinal mandaté par le pape Jean-Paul II a invité le Supérieur Général à venir “ pour préparer une visite au pape ”.
3. Le 29 décembre, le Cardinal Castrillon propose à Mgr Fellay les divers éléments qui pourraient servir à un possible accord entre Rome et la Fraternité, et le Supérieur Général exprime son point de vue, ses méfiances, ses appréhensions. (Bien que jamais Rome ne soit allé si loin en faveur de la Tradition).
4. Le 30 décembre, pendant quelques instants, le Supérieur Général entrevoit le pape dans sa chapelle privée (aucune parole d’importance n’y est échangée).
5. Le 13 janvier, réunion spéciale du Conseil général, des évêques de la Fraternité et du délégué de Mgr Rangel où sont établis les principes qui nous guident dans la situation présente.
6. Le 16 janvier, nouvelle rencontre avec le cardinal Castrillon, pendant laquelle le Supérieur Général expose la nécessité de garanties de la part de Rome avant d’aller plus avant dans le concret d’éventuelles discussions ou accord :
• Que la messe tridentine soit accordée à tous les prêtres du monde entier.
• Que les censures qui frappent les évêques soient annulées.
Les principes qui nous guident à travers cette situation quelque peu nouvelle sont les suivants :
1. Rome étant l’auteur de la démarche, il est normal que la Fraternité l’examine avec le sérieux qu’elle mérite.
2. Ayant devant les yeux d’une part l’exemple tout récent de la Fraternité Saint-Pierre, d’autre part la continuité de la ligne post conciliaire constamment réaffirmée par Rome, notre défiance est extrême.
3. La Fraternité n’a aucunement l’intention de modifier ses principes et sa ligne de conduite. Les fruits si abondants de grâces d’une part, le désastre conciliaire d’autre part ne font que renforcer sa détermination à conserver la Tradition catholique.
4. Si accord il y avait, il ne serait à envisager que dans la perspective de redonner à la Tradition son droit de cité, même si le triomphe final ne s’obtiendra que graduellement.
5. Les prières demandées aux membres de la Fraternité pendant un mois ne signifient pas du tout notre attente que tout soit réglé durant cette période ou dans une quelconque précipitation. Il s’agit d’un temps de prière où nous demandons plus intensément à Notre Dame qu’elle ouvre les Coeurs des responsables romains et des évêques, qu’elle nous fasse éviter tout piège et qu’elle fasse triompher dans l’Eglise les droits de son divin Fils.
Menzingen, 22 janvier 2001
+Bernard Fellay
On remarque, dans ce communiqué, la “ défiance extrême ” de la FSPX à l’égard des discussions engagées et , aussi, la froideur avec laquelle est évoquée la rencontre avec Jean-Paul II. On remarque aussi, a contrario, le caractère non-excessif des “ garanties ” demandées par la FSPX.
Sans évoquer la teneur des propositions, généreuses, faites par le Saint-Siège, on peut signaler que Mgr Fellay est venu exposer le 1er février dernier, aux prêtres de la FSPX de France (les plus nombreux dans la Fraternité), l’état actuel des discussions avec Rome.
Il semble que la grande majorité des prêtres de la FSPX voit favorablement l’ouverture de ces négociations. Il n’en va pas de même des Dominicains d’Avrillé. Nul doute que si un accord avec Rome intervenait, certains prêtres de la FSPX, peu nombreux, le refuseraient, par principe. Déjà, il y a quelques mois, un prêtre qui avait quitté la FSPX, l’abbé Xavier Grossin, dénonçait les compromissions de Mgr Fellay avec Rome : “ A chaque visite du Supérieur Général au Vatican, un de ses prêtres fidèle au dogme de l’infaillibilité fait les frais de ces politesses en se faisant renvoyer. Il faut bien leur montrer de la bonne volonté en excluant les durs ” (Le Bastion de Saint-Maurice, 35360 Montauban-de-Bretagne, octobre 2000).
Ce même abbé Grossin, avec l’esprit de finesse qui le caractérise , dénonçait, dans une lettre, publiée sans signature dans la revue des Dominicains d’Avrillé (Sel de la terre, n° 31, hiver 1999-2000, Couvent de la Haye-aux-Bonhommes, 49240 Avrillé), “ les hérésies gnostiques avec leur cortège d’immoralité ” de “ monsieur Chiron ” et disait prier pour sa “ véritable conversion ”...

II. Un livre d’Alain de Benoist
Alain de Benoist passe, à gauche, pour un dangereux homme d’extrême-droite qui arbore le masque d’une “ Nouvelle Droite ” improbable. Dans beaucoup de milieux de droite, il passe pour un dangereux “ païen ” dont la pensée se réduirait à l’anti-christianisme. Il est vrai que jadis Alain de Benoist a édité Celse et Louis Rougier et qu’il les a réédités récemment. Il y a quelques mois, il faisait publier un ouvrage de Ram Swarup (1920-1998) qui fut un des principaux théoriciens du fondamentalisme hindou. Cet ouvrage, Foi et intolérance (éditions du Labyrinthe, 70 rue Compans, 75019 Paris, 233 pages, 129 F), est une analyse critique du christianisme et de l’islam sous “ un regard hindou ”.
Il serait injuste de réduire Alain de Benoist à ces caricatures opposées. C’est, avant tout, un homme de réflexion, curieux de tous les domaines du savoir. Son dernier livre est la publication de son journal de l’année 1999 sous le titre : Dernière année. Notes pour conclure le siècle (L’Age d’Homme, 302 pages). A coté de nombreuses considérations sur d’autres sujets non-religieux, il s’y montre quasiment hanté par la figure de saint Paul ; il rapporte ses recherches sur le (faux) problème des supposés “ frères de Jésus ” ; il évoque, à deux reprises, ses conversations avec l’abbé de Tanoüarn sur des questions d’exégèse et de patristique.
Certes, la conception des origines du christianisme qu’a Alain de Benoist est erronée ( “ Paul a créé une religion nouvelle, ce que Jésus n’avait jamais eu l’intention de faire. Bel exemple d’hétérotélie ”, p. 83). Mais Alain de Benoist ne fait peur qu’à ceux qui ne le lisent pas et ne le connaissent pas.

III. La disparition de Gustave Thibon
La disparition de Gustave Thibon, le 19 janvier dernier, n’a pas eu, dans les médias, l’écho dont bénéficie la disparition de personnalités qui ont beaucoup moins apporté à la civilisation. L’Action Française 2000 (10 rue Croix-des-Petits-Champs, 75001 Paris), dans son numéro du 1er février, a publié un intéressant hommage au philosophe “ poète-paysan ” avec des articles de Michel Fromentoux, Eric Vatré, Antoine Clapas, Robert Gaud et Stéphane Blanchonnet. Le quotidien Présent (5 rue d’Amboise, 75002 Paris), dans son supplément littéraire du 3 février, a publié des articles de Danièle Masson, Rémi Fontaine et Olivier Mirande.
Rappelons qu’en 1993, après avoir publié depuis 1934 de nombreux volumes d’essais et d’aphorismes, Gustave Thibon publiait, sous le titre Au soir de ma vie (Plon, 219 pages), un volume de “ mémoires recueillis et présentés par Danièle Masson ”.
Sauf erreur de ma part, le quotidien la Croix n’a consacré aucun article au philosophe chrétien. Mais l’Eglise ne l’a pas oublié. Lors des obsèques de Gustave Thibon, un message de l’évêque du diocèse a été lu. Ce texte n’ayant été publié ni cité dans aucun quotidien ou hebdomadaire, je crois utile de le reproduire ici intégralement :
Message pour les obsèques de Monsieur Gustave Thibon
Le 20 janvier 2001
Je désire me joindre à vous auprès de Monsieur Gustave Thibon.
Vous ses enfants et petits-enfants, vous aussi qui l’avez entouré et accompagné de sollicitude et d’affection. Je vous exprime toute ma sympathie.
Vous les paroissiens de Saint-Marcel d’Ardèche lieu de sa naissance auquel il est toujours resté attaché. Vous perdez un des vôtres dont vous étiez fiers.
Je partage vraiment votre peine. Je regrette profondément de ne pas être physiquement avec vous, cela m’a été impossible, mais je vous suis uni par la prière.
Vous connaissez pour la plupart beaucoup mieux que moi Monsieur Thibon, vous qui lui étiez proches.
Permettez-moi cependant de lui dire en toute vérité mon admiration et mon Merci et ceux de l’Eglise. Il a su dans toute la recherche d’une vie, dans toute sa méditation approfondir le sens de l’homme et de sa vocation indissociablement liés à la foi chrétienne.
Il a su être comme un sillon où se rencontrent une véritable humanité et la grâce de la foi avant de germer ensemble.
Il en a rendu compte par la parole et par ses oeuvres. Ce fut sa façon d’être un témoin. L’Eglise de France lui est reconnaissante.
Deux phrases de lui en correspondance avec ce que nous vivons aujourd’hui :
je porte en moi des morts plus vivants que les vivants. Mon plus haut désir est de les retrouver
mon Dieu, à ma mort prenez-moi tel que vous m’avez fait et tel que je me suis défait, ayez pitié en moi de Votre image
Que le Seigneur de l’espérance exauce cette double prière.
François BLONDEL
Évêque de Viviers

vendredi 5 janvier 2001

[Aletheia] L’abbé Aulagnier à coeur ouvert - Un témoin - Quelques scories - Une nouvelle stratégie

Yves Chiron - Aletheia n°7 - 5 janvier 2001

L’abbé Aulagnier à coeur ouvert

Le livre d’entretiens avec l’abbé de Tanoüarn que Monsieur l’abbé Paul Aulagnier publie sous le titre La Tradition sans peur (Editions Servir, 15 rue d’Estrées, 75007 Paris, 350 pages, 125 F) est d’un très grand intérêt. Il est à souhaiter que le Service de Presse des éditions Servir soit suffisamment bien fait pour que cet ouvrage dépasse le cercle - étroit - des traditionalistes et parvienne aussi où il faut, c’est-à-dire auprès des instances romaines qualifiées.

J’ai lu ce livre d’une seule traite, en quatre heures. L’abbé Aulagnier, sous l’aiguillon des questions fines de l’abbé de Tanoüarn, a su faire alterner souvenirs, précieux et utiles pour une meilleure compréhension de ce qui appartient déjà à l’histoire, et analyses doctrinales. L’abbé de Tanoüarn a voulu, souvent, se faire “ l’avocat du diable ”, et d’autres fois, il sait reprendre une question restée sans réponse.

Ainsi quand, à deux reprises, il incite l’abbé Aulagnier à commenter le fameux passage de la Lettre ouverte aux catholiques perplexes (Albin Michel, 1984) où Mgr Lefebvre écrivait : “ On écrit aussi qu’après moi mon oeuvre disparaîtra, parce qu’il n’y aura pas d’évêque pour me remplacer. Je suis certain du contraire, je n’ai aucune inquiétude. Je peux mourir demain, le Bon Dieu a toutes les solutions. Il se trouvera de par le monde, je le sais, suffisamment d’évêques pour ordonner nos séminarises. Même s’il se tait aujourd’hui, l’un ou l’autre de ces évêques recevrait du Saint-Esprit le courage de se dresser à son tour ”.

Le sacre de quatre évêques effectué en 1988 par Mgr Lefebvre a semblé à certains commentateurs, notamment Jean Madiran, en contradiction avec cette assurance surnaturelle de 1984. L’abbé Aulagnier, lui, fait remarquer que dans ce passage, qui terminait la Lettre ouverte aux catholiques perplexes, Mgr Lefebvre “ nulle part ... n’exclut positivement la perspective de sacres sans mandat pontifical, alors qu’il aurait pu, d’un mot, dissiper l’ambiguïté ” (p. 186). Monsieur l’abbé Aulagnier estime aussi que Mgr Lefebvre, dans cette question, a fait preuve de pragmatisme. Nous y reviendrons.

Un témoin

Le livre de l’abbé Aulagnier vaut d’abord comme un témoignage. On retiendra d’abord l’évocation, sensible, de ses origines familiales : “ cette atmosphère bourgeoise et provinciale qui a marqué mon enfance ”, la “ piété filiale ” envers ses parents ( cette vertu, dit l’abbé Aulagnier, “ me paraît une valeur constitutionnelle de l’homme même ”), le militantisme de sa mère à la Cité catholique puis à l’Office. Le jeune Aulagnier s’est situé d’abord, naturellement, dans cette filiation. Il reconnaît, aujourd’hui, que les deux livres qui l’ont “ formé ” sont Pour qu’il règne de Jean Ousset et La nécessaire conversion de Jean Daujat.

Les pages où l’abbé Aulagnier évoque les quatre années qu’il a passées au Séminaire Français de Rome (1964-1968), avant de rejoindre Mgr Lefebvre, racontent la révolution qui s’est faite dès ces années : les “para-liturgies” imposées avant-même la réforme liturgique de 1969, les statues enlevées, etc. L’abbé Aulagnier expose aussi longuement les années “fribourgeoises”, prélude à la fondation de la Fraternité Saint-Pie X et du séminaire d’Ecône. Le témoignage de l’abbé Aulagnier est précieux puisqu’il fut, avec le futur Mgr Tissier de Mallerais, “ le premier membre de coeur ” de la FSPX (selon l’expression de Mgr Lefebvre) et le deuxième prêtre ordonné par Mgr Lefebvre pour la Fraternité Saint-Pie X (l’autre étant un anglais, l’abbé Peter Morgan, qui se séparera ensuite de Mgr Lefebvre).

Les historiens devront se référer à ces pages pour connaître en vérité les circonstances de la fondation de la FSPX et du séminaire d’Ecône, entourés, à leurs débuts, de soutiens et d’appuis qu’on a, ensuite, oubliés ou laissés dans l’ombre. Bien sûr, le témoignage de l’abbé Aulagnier pourra être corrigé ou complété par d’autres sources, notamment l’ouvrage (hors-commerce) publié en 1997 par la Fraternité Saint-Pie X : La Fraternité St. Pie X. 1970-1995 (CH-6313 Menzingen, 254 pages).

La suite de l’histoire de la Fraternité racontée par l’abbé Aulagnier contient d’autres pages où sont rapportées des choses qui étaient jusque là peu connues ou mal connues. Ainsi celles qui évoquent les trois principales crises qu’a rencontrées la Fraternité : en novembre 1974, après une déclaration solennelle de Mgr Lefebvre ; en 1977, au moment de la tentative de “ putsch ” des professeurs d’Ecône ; en 1988, après le rejet par Mgr Lefebvre d’un accord avec Rome et le sacre de quatre évêques.

Concernant la fameuse déclaration de novembre 1974, qui contenait notamment l’affirmation suivante : “ Nous refusons ... de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues ”, l’abbé Aulagnier signale la désapprobation qu’elle suscita parmi le plus grand nombre des professeurs du séminaire d’Ecône et chez certains amis (religieux et laïcs) du séminaire. Il écrit aussi : “ Mgr Lefebvre ne changea jamais un mot dans sa déclaration. Il reconnut toutefois l’avoir écrite dans un moment d’émotion, mais il en maintint tous les termes ” (p. 98). En fait, Mgr Lefebvre a reconnu un peu plus que cela. Dans la “ relation ” qu’il a faite ensuite de sa comparution devant une “ commission cardinalice ”, Mgr Lefebvre a reconnu que cette déclaration de 1974 a été “ rédigée dans un sentiment d’indignation, sans doute excessive ” (“ Relation ” publiée dans Itinéraires, n° 195, juillet-août 1975, p. 137-140).

Concernant les sacres accomplis par Mgr Lefebvre en 1988, l’abbé Aulagnier évoque longuement la réunion qui a eu lieu au prieuré du Pointet le 30 mai, réunion des représentants de toutes les communautés traditionalistes autour de Mgr Lefebvre et au cours de laquelle chacun put exprimer son point de vue sur l’accord signé le 5 mai et la nécessité ou non de procéder à des sacres épiscopaux. Dans la biographie du père Eugène de Villeurbanne que j’ai publiée en 1997 (Veilleur avant l’aube. Le père Eugène de Villeurbanne, éditions Clovis), j’avais présenté, d’après le témoignage direct de participants à la réunion, des informations qui n’ont pas été contestées. Monsieur l’abbé Aulagnier, dans son livre fait, du même événement, un récit qui confirme et précise (pages 174 à 176).

A propos de ces sacres, on relèvera encore, outre les arguments déjà cités, cette analyse de l’abbé Aulagnier : “ entre 1976 et 1988, dans le coeur de Mgr Lefebvre, il n’y avait pas de différence fondamentale : en 1976, il refuse d’obéir au pape, pour ordonner 15 prêtres. (...) Il estimait vraiment qu’il fallait maintenir coûte que coûte l’idéal du sacerdoce catholique et que, pour cela, il devait faire son devoir d’évêque jusqu’au bout (...) En 1988, la situation n’avait pas changé...” (page 178). Elle s’était même aggravée, aux yeux de Mgr Lefebvre. Le sommet interreligieux d’Assise, en 1986, fut, selon l’abbé Aulagnier, “déterminant dans la décision de Mgr Lefebvre. Dans le lent processus qui l’a conduit à sacrer des évêques sans l’accord de Rome, cela fut la circonstance ultime” (page 190).

Quelques scories

On trouvera, au fil des pages du livre, des renseignements et témoignages utiles sur des personnalités traditionnelles ou traditionalistes en marge de la Fraternité Saint-Pie X : le père Théodosios, Bernard Dumont, l’abbé Claude Barthe, d’autres encore.

Mais, il y aura des précautions à prendre avec certains noms propres, mal orthographiés. La faute en revient à celui qui a réalisé la retranscription des entretiens. Le père “ Hauptmann ”, dont il est question page 34, est Pierre Haubtmann ; l’abbé “ Séralda ” de la page 154 est, bien sûr, l’abbé Vincent Serralda et le “ Ralph Witgen, journaliste américain ” évoqué page 228 est le père Ralph M. Wiltgen...

On attribuera à l’enthousiasme exagéré de M. l’abbé Aulagnier le chiffre de 30.000 participants donné pour la grande journée de l’Anti-89, le 15 août 1789, devant le Louvre (35.000 dit même l’abbé Laguérie dans la préface qu’il a donnée au livre). Exagération aussi de présenter Mgr de La Chanonie, l’évêque de Clermont-Ferrand dont dépendait l’abbé Aulagnier avant son entrée dans la Fraternité Saint-Pie X, comme le “ cofondateur ”, avec l’abbé Luc Lefèvre, de La Pensée Catholique (p. 26). En fait, la célèbre revue catholique, aujourd’hui disparue, a été fondée par l’abbé Lefèvre, le chanoine Lusseau, l’abbé Roul et l’abbé Berto. Dans le numéro 1 de la revue, l’abbé de La Chanonie, alors curé de Saint-Maixent, figure seulement parmi les collaborateurs de la revue, dans laquelle, finalement, il n’a jamais publié d’article !

Tout ceci n’est que points de détail, qui pourtant pourraient induire en erreur certains lecteurs (et les historiens de demain).

En revanche, ce n’est point par inadvertance que Monsieur l’abbé Aulagnier se montre sévère envers Dom Gérard et les moines du Barroux. Il regrette l’ “ apathie ” des moines (page172) et il estime qu’avant-même les sacres “ dom Gérard n’avait pas une approche vraiment doctrinale de la crise de l’Eglise ” (page 172). Ce jugement me paraît sévère et injuste. La vocation monastique n’est pas identique à celle du clerc jeté dans le siècle. On n’attend pas d’un moine qu’il combatte dans l’arène, comme peuvent le faire des prêtres à travers leurs revues ou bulletins périodiques et en organisant des pèlerinages et des manifestations.

Une nouvelle stratégie

La partie du livre où M. l’abbé Aulagnier expose ce qu’on pourrait appeler une “ nouvelle stratégie ” de la Fraternité Saint-Pie X n’est pas la moins intéressante. Cette stratégie n’est pas entièrement nouvelle et les observateurs attentifs avaient pu, depuis un certain temps déjà, la voir mise en oeuvre. Mais, jamais jusqu’à aujourd’hui, elle n’avait été exposée aussi clairement et longuement.

On sera d’autant plus attentif à cet exposé que M. l’abbé Aulagnier a été durant dix-huit ans supérieur du district de France et qu’il est aujourd’hui deuxième assistant du supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Fellay, et le rédacteur du Bulletin Saint Jean-Eudes (1 rue des Prébendes, 14210 Gavrus), fondé en septembre 1995 et qui tire à 13.000 exemplaires.

L’abbé Aulagnier date de l’année 1989 l’ “ effort de retour à la tradition ” dans la hiérarchie de l’Eglise. Cette année-là, le cardinal Ratzinger fit une conférence à Santiago du Chili. Cette conférence serait, selon l’abbé Aulagnier, une sorte de réaction après les sacres opérés par Mgr Lefebvre (p. 251). L’analyse semble un peu biaisée. Le Saint-Siège n’a pas attendu les sacres de 1988 pour effectuer un “ recentrage ”, selon l’expression employée par l’abbé Aulagnier. On peut, au moins, en voir le premier signe éclatant dans le livre d’entretiens Entretien sur la Foi publié par le cardinal Ratzinger en 1985 et dans plusieurs pays simultanément.

On s’interrogera aussi sur les jugements contradictoires émis par M. l’abbé Aulagnier sur Veritatis splendor (page 114 et page 251).

En revanche, on sera pleinement d’accord avec l’attitude qu’il prône face au “ recentrage” de plus en plus visible à Rome : “ Il faut sortir de nos tranchées, de nos ghettos, il faut, je le répète, sans peur, nous mettre au service de l’Eglise universelle, en utilisant notre liberté pour critiquer les nouvelles orientations, dans la mesure où elles ne représentent encore que des replâtrages qui ne sont pas appelés à durer, et aussi pour souligner tout ce qui va dans le bon sens, sans nous perdre dans l’opposition stérile et dans la critique systématique ” (page 244).

On relèvera aussi son analyse pertinente de l’indult de 1984, dont on voit encore les limites et les dangers (page 270 et suivantes) ; même si on doit aussi le considérer, de la part de Jean-Paul II, comme un geste libérateur qui allait à contre-courant de l’intransigeance de Paul VI en la matière.

L’abbé Aulagnier fait, aujourd’hui, de la “ liberté inconditionnelle pour la célébration de la messe traditionnelle ” un combat prioritaire. Il suit, en cela, une demande faite dès 1993 par la Fédération internationale Una Voce dans une lettre au pape. “ On a là une belle ligne de bataille ” estime l’abbé Aulagnier (page 276). C’est aussi la position de Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, exprimée dans un entretien paru dans le mensuel 30 Jours , entretien dont nous avons cité un autre passage significatif dans le dernier numéro d’Alètheia.

L’abbé Aulagnier, enfin, souhaite qu’un front commun des traditionalistes se reconstitue : “ Il faut faire abstraction des blessures du passé et reprendre le combat commun, fondé sur des fidélités claires, des convictions solides ”. Il en cite deux, “ qui sont incontournables : une condamnation claire du libéralisme catholique et un attachement indéfectible à la messe traditionnelle ” (page 212).

Avec un accent qui n’a pas toujours été celui de la FSPX, l’abbé Aulagnier affirme encore : “ les sacres ne sont pas la ligne de partage des eaux. Il faut arrêter de juger les gens en fonction de leur attitude à ce moment-là ” (page 244).

Puisse cet appel être entendu, de part et d’autre. Le livre de l’abbé Aulagnier, en tout cas, restera comme une borne milliaire.

mardi 19 décembre 2000

[Aletheia n°6] Les jubilés de la Fraternité Saint-Pie X - Les prières de guérison : un avertissement de Rome - Disparitions - Nouvelles

Yves Chiron - Aletheia n° 6 - 19 décembre 2000
Sommaire :
  • Les Jubilés de la Fraternité Saint-Pie X.
  • Les prières de guérison : un avertissement de Rome.
  • Disparitions.
  • Nouvelles.

I. Les jubilés de la Fraternité Saint-Pie X
On sait que la basilique Saint-Pierre a ouvert ses portes à la Fraternité Saint-Pie X venue en pèlerinage jubilaire à Rome. D’autres basiliques romaines se sont ouvertes pour les mêmes pèlerins, jusqu’à Sainte-Marie-Majeure où Mgr Fellay a pu célébrer la messe le 15 août.
C’est assurément un geste de grande charité à l’égard d’évêques et de prêtres que le Saint-Siège avait excommuniés. Il est moins connu, peut-être, que des marques de charité analogues ont été prodiguées dans plusieurs diocèses de France. Monsieur l’abbé Laurençon, supérieur pour la France de la Fraternité Saint-Pie X, a remercié “ pour leur bon accueil ” les évêques et prêtres de France.
Il l’a fait dans la très intéressante lettre trimestrielle de liaison de la FSPX avec le clergé de France (Lettre à nos frères prêtres, n° 8, décembre 2000, 15 F le numéro, à la Maison Lacordaire, 21150 Flavigny) :
“ Depuis le début de l’année, écrit M. l’abbé Laurençon, maintes cérémonies se sont organisées de-ci de-là en France, grâce à la bienveillance épiscopale et à la nombreuse participation des fidèles. Il m’est impossible de toutes les citer. Je pense bien sûr à cet après-midi d’Ascension où M. l’abbé Bouchacourt (Saint-Nicolas-du-Chardonnet) emmenait 3000 de ses fidèles à Saint-Sulpice, après permission cardinalice. Peu après (dimanche 18 juin), 1300 fidèles se retrouvaient dans la collégiale de Mantes-la-Jolie pour assister à une messe solennelle célébrée par un prêtre de la fraternité Saint-Pie X. Il faudrait également citer les 3500 pèlerins de Lisieux qui, le 14 octobre, remplirent la basilique. A Lourdes, la direction du sanctuaire accordait à nos 2500 laïcs réunis la basilique Sainte-Bernadette pour la messe dominicale. C’était le 29 octobre, à l’occasion de la fête du Christ-Roi. En sortant les ornements - offerts par Léon XIII s’il vous plaît ! - le sacristain, aimable et malicieux, déclara : “cela leur fera du bien de prendre l’air, ils n’ont pas servi depuis le concile“ ! A Nantes, Mgr Soubrier laissait sa cathédrale à la disposition de nos 1000 fidèles désireux d’y prier aux intentions de l’Eglise.
Enfin, un merci tout particulier à Mgr Billé, qui ouvrait Notre-Dame de Fourvière à nos fidèles lyonnais le premier dimanche de l’Avent.
(...) Arrêtons-nous là : mon but n’est pas d’être exhaustif, mais bien de remercier les évêques et prêtres qui, à chaque fois - sauf quelque part dans l’ouest bordelais ... -, se sont montrés bienveillants, accueillants, compréhensifs. Qu’ils en soient assurés : en ces jours, nous priâmes aussi afin que porte toujours plus grande soit ouverte au Christ. ”
Ainsi donc, en cette année jubilaire, les évêques de France et les autorités romaines ont pu faire droit, ponctuellement, aux fidèles et aux prêtres attachés à la Tradition. Ces petites hirondelles jubilaires ne font certes pas le printemps d’une restauration complète et durable. Mais le voeu de Mgr Lefebvre exprimé à Paul VI - Laissez-nous faire l’expérience de la Tradition - est toujours un peu plus exaucé. Historiquement, c’est Jean-Paul II qui, par l’indult de 1984, aura ouvert la voie. Beaucoup, certes, reste à faire. Les catholiques fidèles au motu proprio Ecclesia Dei regrettent que les recommandations de Rome ne soient pas assez suivies d’effet ; les catholiques restés fidèles au choix de Mgr Lefebvre en 1988 jugent que les différends doctrinaux restent plus importants que les concessions liturgiques ponctuelles.
Mais il devient, de jour en plus, plus ridicule d’agir et de penser comme si, depuis la mort de Paul VI (1978), la Tradition n’avait pas reconquis des droits, que ce soit dans le domaine liturgique ou dans le domaine doctrinal.
On relèvera encore, dans le dernier numéro paru en français - de la revue italienne 30 Jours (n° 9, 2000) - ou, du moins, dans le français souvent approximatif, de la traduction - , un long entretien avec Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X. Il s’interroge sur l’opportunité de demander une audience au Pape mais déclare aussi : “ S’il m’appelle, je vais. Tout de suite. Ou plutôt, je cours. C’est certain. par obéissance. Par obéissance filiale à l’égard du chef de l’Eglise. ” Il estime encore : “ La situation [au Vatican] est telle que l’on peut imaginer que la recomposition de l’unité [avec la FSPX] se fera en un an, mais aussi en vingt. ”

II. Les prières de guérison : un avertissement de Rome.
Le 23 novembre dernier, la Congrégation pour la doctrine de la foi a publié une Instruction sur les prières pour obtenir de Dieu la guérison. Curieusement, à ce jour, la Documentation catholique ne l’a pas encore publiée et la presse, d’habitude si prompte à s’emparer de toutes les déclarations et instructions romaines, s’est montrée très discrète.
Cette instruction vise, en fait, les multiples séances de prières de guérison qui se multiplient dans les communautés charismatiques. Et plus particulièrement les grandes assemblées de prières organisées régulièrement, dans le monde entier, autour de prêtres ou de religieuses qui prétendent exercer un “ ministère de guérison ” (cf. Yves Chiron, Enquête sur les miracles de Lourdes, Perrin, 2000, p. 191-200). Les plus célèbres “ guérisseurs ” des milieux charismatiques sont le père Tardif, décédé il y a quelque temps, soeur Briege Mc Kenna et le père Raymond Halter ; sans parler des milliers de charismatiques qui, dans leurs réunions de prière locales, prétendent exercer un charisme de guérison.
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sans nommer les personnes, s’inquiète de ce “phénomène nouveau ”, du conditionnement psychologique qui s’y révèle, de “ l’attente ” que les responsables de ces réunions de prière s’efforcent de susciter artificiellement et de l’exaltation sans discernement d’“ un prétendu charisme de guérison ”.
Cette instruction, organisée en cinq parties doctrinales, se termine par des dispositions disciplinaires en dix articles.

III. Disparitions
Le père Michel André est décédé le 17 novembre dernier à Angers. Ses obsèques ont été célébrées par Mgr Fellay le 21 novembre.
Sa grande modestie a fait que sa vie restait peu connue, y compris des fidèles qui lui étaient attachés.
Il était né le 13 mars 1915 à Angers. Il fit d’abord des études de droit et de commerce (licence en droit à la Faculté Catholique d’Angers et Ecole Supérieure de Commerce d’Angers). Il fut aussi le créateur de deux troupes scoutes et accomplit une P.M.S. (Préparation Militaire Supérieure) qui lui permit de sortir de son service militaire avec le grade de lieutenant.
En 1937, il entra au noviciat des Pères du Saint-Esprit (spiritains) à Orly. Ordonné prêtre en 1944, il fut envoyé l’année suivante en Martinique. De 1947 à 1956, il fut professeur dans divers institutions spiritaines en métropole, avant de repartir en mission en Guinée, de 1956 à 1958, et en Argentine, de 1962 à 1971.
Face à la crise de l’Eglise, et sur les conseils de Mgr Lefebvre, il quitta l’Argentine et revint en France en 1971. En 1972, il créa, à Angers, l’Association Noël Pinot (A.N.P.), pour la défense de la messe traditionnelle et pour l’aide aux prêtres fidèles à cette messe.
Depuis sa création, plus de 2.000 prêtres ont appartenu à l’A.N.P. ; aujourd’hui ils sont quelque 735 adhérents ou sympathisants, en France et à l’étranger (notamment en Amérique du sud).
Cette même année 1972, il fondait un bulletin trimestriel, Introïbo. Ce bulletin de doctrine et d’informations connaîtra une grande diffusion puisque son tirage a atteint 6.000 exemplaires. On peut encore se procurer la collection complète d’Introïbo (de 1972 à 1999, soit 106 numéros, pour 200 F) au siège de l’A.N.P., 54 rue Delaâge, 49100 Angers.
Claude Mouton, bien connu pour ses travaux sur Claire Ferchaud et le général de Sonis, prépare une biographie du père André.
• Dom Guy Marie Oury est décédé à l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes le 12 novembre dernier, à l’âge de 71 ans. Né à Tours en 1929, entré à l’abbaye de Solesmes alors qu’il n’avait pas encore dix-huit ans, il avait prononcé ses voeux solennels en 1952 et avait été ordonné prêtre en 1954.
Il occupa, au long de sa vie monastique, des charges très variées : cérémoniaire, lecteur de liturgie et de droit canonique, chapelain du monastère de bénédictines de Westfield (aux Etats-Unis), enfin, maître des novices.
Ce sont ses travaux historiques très nombreux (près de 80 livres et plus de 200 articles scientifiques) qui l’ont fait connaître d’un large public et reconnaître, par le milieu universitaire, comme un spécialiste de l’histoire de la spiritualité, notamment au XVIIe siècle. Il publia aussi, pendant quarante ans, de très nombreuses recensions dans l’Ami du clergé (devenu Esprit et Vie).
Dom Oury était devenu postulateur de la cause de béatification de dom Guéranger. Il avait achevé une biographie du grand restaurateur de la vie monastique et de la liturgie qui va paraître prochainement aux Editions de Solesmes (Abbaye Saint-Pierre, 72300 Sablé-sur-Sarthe).
On signalera encore que Dom Oury avait publié en 1975 La Messe de s. Pie V à Paul VI (éditions de Solesmes, 127 pages) pour répondre, expressément, aux livres de Louis Salleron et de da Silveira. Il voulait y montrer que le nouvel Ordo Missae “ s’insère sans véritable rupture dans la tradition liturgique de l’Eglise romaine ” et, pour ce, il apportait des réponses d’ordre canonique, théologique et liturgique.
On sait que la Congrégation de Solesmes, depuis la réforme liturgique, utilise le missel latin promulgué par Paul VI en 1969 ; à l’exception de l’abbaye de Fontgombault et de ses “ filles ” (les abbayes de Randol et de Triors et le prieuré de Gaussan) qui, elles, après 1988, ont pu revenir à l’usage du missel traditionnel.

IV. Nouvelles
A l’occasion du 25e anniversaire de la mort d’Henri Charlier (décédé le 24 décembre 1975), le peintre Albert Gérard, fondateur de l’Atelier de la Sainte-Espérance, organise au village du Barroux (rue de la Pératoure), une exposition. Y seront présentées, du 26 décembre au 6 janvier, puis de juillet à septembre 2001, des oeuvres d’Henri Charlier qui, avant d’être un écrivain, fut d’abord un sculpteur et un peintre de grand talent. Ses réflexions sur l’art ont été publiées, notamment, dans Le martyre de l’art, ou l’art livré aux bêtes (1957) et L’Art et la pensée (1972).
• Quinze ans après la parution en italien de l’ouvrage de Romano Amerio, Iota unum. Studio delle variazoni della Chiesa cattolica nel secolo XX, Enrico Maria Radaelli publie une très utile Introduzione a Iota unum (121 pages, 25.000 Lires, chez l’auteur : Via San Sisto 3, 20123 Milano).
En fait, l’ouvrage est autant une introduction au grand livre de R. Amerio (avec notamment un glossaire en vingt pages) qu’un recueil de documents et de notes inédites. Il comprend aussi une bibliographie complète de Romano Amerio.
On relève notamment un chapitre sur les rapports entre R. Amerio et Mgr Lefebvre et la publication de plusieurs recensions significatives parues en 1986 (dans la Civiltà cattolica, dans Jesus et aussi publication de la recension qui avait été demandée par l’Osservatore romano à don Angelo Paredi et qui n’a jamais été publiée...).
• Le cardinal Dario Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le Clergé et, depuis le 13 avril dernier, président de la Commission pontificale Ecclesia Dei, a accordé un long et intéressant entretien à la Nef (n° 111, décembre 2000, 40 F le numéro, B.P. 73, 78490 Montfort l’Amaury). Il y évoque divers sujets : la crise des vocations dans le monde, la célébration de la messe dans l’ancien rite, la possible “ réforme de la réforme liturgique de 1969 ” et la crise de la Fraternité saint-Pierre.
Parmi ses propos, on relèvera une analyse statistique, très précise, sur le nombre des entrées au séminaire et le nombre des ordinations depuis 1975 : une tendance, mondiale, à la hausse, sauf en Europe : “ ce dernier continent est atypique, avec une forte chute jusqu’en 1975, une reprise tout aussi rapide jusqu’en 1986, et un nouveau fléchissement en certaines zones depuis 1991, qui est préoccupant pour ce qu’il peut signifier de perception du prêtre dans le peuple chrétien. ”
A propos de la “ réforme de la réforme liturgique de 1969 ”, le cardinal affirme : “ Rien ne s’oppose à ce que l’on puisse discuter certains aspects pratiques et certains choix concrets qui ont été faits, lors de l’élaboration de la réforme liturgique actuelle. En outre, la réalisation de la réforme, avec les années, réclamera certainement une oeuvre de révision. ”
• En août 1941, après l’adoption d’une nouvelle loi portant statut des Juifs, le Maréchal Pétain a demandé à son ambassadeur au Vatican, Léon Bérard, de consulter les autorités romaines.
Le 2 septembre suivant, Léon Bérard adressait un long rapport au Maréchal Pétain. Le Saint-Siège ne condamnait pas la législation adoptée par l’Etat Français mais regrettait seulement que le législateur se soit référé explicitement à la notion de “ race ”.
Ce rapport, souvent évoqué dans des polémiques récentes relatives à l’attitude de Pie XII pendant la IIe Guerre Mondiale, est très peu connu, même des historiens de la période, sans doute parce qu’il est quasiment introuvable depuis sa publication en octobre 1946 par la revue du C.D.J.C., Le Monde Juif. Je l’ai donc réédité intégralement, avec une présentation historique. Le Vatican et la question juive en 1941. Publication du rapport Bérard (25 pages, 35 F franco de port) est disponible auprès d’Alètheia.