dimanche 13 janvier 2008

[Aletheia n°118] Après le discours du Latran - par Emile Poulat

Aletheia n°118 - 13 janvier 2008

Article paru dans l’hebdomadaire France Catholique (60 rue de Fontenay, 92350 Le Plessis-Robinson), le 11 janvier 2008.

Ce n’est pas à moi d’expliquer au pape Benoît XVI et au président Sarkozy ce qu’ils doivent penser, dire ou faire. D’ailleurs, ils ne me le demandent pas. Je me sentirais trop comme Grosjean voulant en remontrer à son curé ou à son instituteur. En revanche, à moi ou à nous, il nous appartient de les écouter, ce mot à double sens : les suivre et leur obéir, mais d’abord les entendre et les comprendre. C’est donc par là que je commencerai.

Nicolas Sarkozy a donc rendu visite à Rome à Benoît XVI. Cela fait trois points distincts : le voyage, le programme, le discours.

1/ Le voyage

Le Saint-Siège est la première puissance avec laquelle, depuis le XVe siècle, la France entretient des relations diplomatiques. Ces relations ont été interrompues pendant la Révolution française, reprises par Bonaparte, et rompues – seule et unique fois – par la IIIe République de 1904 à 1921.

Le voyage du chef de l’État nouvellement élu s’inscrit donc dans la meilleure tradition diplomatique. Ce qui est nouveau, c’est le style : d’une part, la suite bigarrée qui l’accompagnait ; d’autre part le rythme accéléré du programme de moins de vingt-quatre heures et avec les occupations parallèles (un dîner avec les chefs de gouvernement italien et espagnol).

2/ Le programme

Le programme comportait deux moments forts : une audience privée du Pape – courte, vingt-cinq minutes -, une cérémonie en la basilique Saint-Jean de Latran, cathédrale du Pape, où Nicolas Sarkozy a été accueilli par le chapitre des chanoines pour y prendre possession de la stalle de « premier et unique chanoine d’honneur », titre transmissible décerné à Henri IV pour sa générosité envers le chapitre. En réalité, la « stalle » est un fauteuil au milieu du chœur, montrant bien ainsi que, parmi les chanoines, ce laïc n’est pas l’un des leurs, même si, traditionnellement, une stalle est réservée à un chanoine français (présentement Mgr Louis Duval-Arnould) pour le représenter.

Il semble bien que, depuis la fin de l’Ancien Régime, et peut-être même avant, la prise de possession soit tombée en désuétude. Elle a été relevée par la Ve République, comme un signe des bonnes dispositions de la France envers le Saint-Siège, à une heure où celui-ci occupait une place croissante sur la scène internationale. Nous sommes dans l’ordre de l’honorifique et du symbolique, sans aucune confusion des rôles et des plans, et selon un usage dont on trouverait bien des équivalents dans la société civile.

3/ Le discours

Ce qui a fait mouche et a ouvert le débat, c’est le discours prononcé par le président de la République à l’occasion de sa prise de possession, d’autant plus que ce discours s’inscrivait dans le prolongement du livre d’entretiens La République, les religions, l’espérance1.

Ce discours est donc à deux faces : la laïcité, la religion. Sur la laïcité, il a fait bondir la gauche laïque et même le centre (François Bayrou) rallié à la laïcité, et on peut se demander si c’est bien toujours à bon escient. Sur la religion, il a ravi les autorités romaines, et on peut se demander si ce n’est pas imprudence ou précipitation : la satisfaction était de circonstance, et donc s’imposait, mais à quoi allait-elle ?

Sur ces deux thèmes, la nouveauté du ton était indéniable, dans le style du président. Il y avait, dans le propos, une chaleur inhabituelle et une formule nouvelle : laïcité positive. Deux questions se posent aussitôt : n’était-ce pas déjà en France la réalité progressivement établie ? Et, si notre société peut faire mieux en ce domaine, que peut-on attendre de cette déclaration d’intention ?

Deux distinctions capitales s’imposent ici si l’on veut sortir de la confusion habituelle qui alimente les débats. La première est entre deux ordres de réalités : la laïcité qui habite chacun d’entre nous, la laïcité qui nous gouverne tous. La seconde est entre deux notions qui ne s’équivalent pas : laïcité et séparation.

La laïcité qui nous habite, c’est l’idée que chacun de nous est libre de s’en faire et sur laquelle se sont longtemps affrontées les familles de pensée, sans qu’on puisse considérer l’opposition comme surmontée et la discussion comme close. La laïcité qui nous gouverne – Notre laïcité publique2 – c’est le régime juridique et administratif progressivement mis en place, de la IIIe à la Ve République, un régime qui s’impose, à la fois par la force de la loi et par la satisfaction qu’il procure généralement dans son ensemble.

Ce régime représente bien aujourd’hui une réalité positive, qui n’exclut personne et qui intègre les religions. S’il y a des aspirations et des contentieux, leur domaine est limité et mineur. Personne ne songe à le remettre en cause radicalement. Laïcité positive, qui ne s’en réjouirait ? Objection : si elle n’était que positive, tout irait bien, mais elle renvoie à une laïcité négative et à ses partisans, qu’elle condamne et qui, justement vivaient leur idée de la laïcité comme positive. Comment ne pas raviver « la guerre des deux France » ? Autre objection, sémantique et inextricable : ajouter un adjectif, c’est changer le sens du substantif. Mais alors, pourquoi opposer à cette « laïcité » positive la « laïcité républicaine » ? Et parler simplement de « la laïcité » devient vite incantatoire, comme de parler de « la modernité » ou de « la liberté ».

Voici pourtant vingt-cinq ans que la Ligue de l’Enseignement a mis à son programme une recherche et une réflexion sur l’histoire et sur la mise en œuvre de notre laïcité française. Elle avait parlé, certes, non de laïcité positive, mais de laïcité ouverte, puis de laïcité plurielle. Entre la Ligue et le Président, c’est le tunnel du Mont-Blanc en percement, son ouverture par les deux bouts, en attendant l’heure de se rencontrer si chacun a calculé juste, un travail ingrat mais gratifiant loin du ciel des idées pures. C’est ce travail qui oblige à distinguer clairement laïcité et séparation des Églises et de l’État. Quand François Bayrou explique qu’il s’en tient à la laïcité de Jules Ferry3, c’est un peu court, pour deux raisons : parce que la laïcité ne se limite pas aux lois scolaires, et parce que, si la laïcité commence avec Jules Ferry, elle ne s’arrête pas avec lui.

Notre régime de laïcité publique s’enracine pour l’essentiel dans une période de vingt-cinq ans : des lois scolaires (1881-1886) à une loi cultuelle (1905) « concernant la séparation des Églises et de l’État ». Ces deux bornes ont été à l’origine d’un grave conflit avec l’Église catholique : deux conflits réglés - ou plutôt apurés en 1923-1924 pour le culte4, en 1959, par la loi Debré, pour l’enseignement.

La République est devenue constitutionnellement « laïque » en 1945 par la volonté commune d’un gouvernement tripartite (communistes, socialistes, démocrates-chrétiens) et en 1958 par la volonté d’une majorité gaulliste, sans que soit définie cette « laïcité », sans que soit assuré un accord sur une même acception. Des progrès sont nécessaires et peuvent être escomptés en vue d’une clarification, mais devant ce flou persistant, on comprend que le Saint-Siège n’ait pas les idées plus claires et demeure perplexe, tout en ayant sa propre idée d’une « vraie et saine laïcité ». Il reste que nous sommes bien parvenus à un régime apaisé, ouvert, pluriel, positif. C’est de lui qu’il peut sortir, si on l’estime possible et souhaitable, de nouvelles avancées.

L’État n’est pas devenu plus laïque grâce à la loi de 1905, simplement un peu moins sacristain. Il administrait à son échelle le temporel de quatre cultes reconnus : il y renonce au profit d’une entière liberté reconnue à tous les cultes. En ce sens, c’est la République qui est devenue plus laïque, puisqu’elle ne privilégie plus aucun « culte ». Et pourtant, on bute sur un obstacle inattendu : les sectes, en même temps qu’on dut découvrir une frontière incertaine entre culte et culture.

En 1905, le législateur a reculé devant une séparation intégrale. Il aurait pour cela fallu faire à l’Église catholique un « cadeau » - un cadeau empoisonné – et il s’y est refusé : lui rendre les 40.000 églises et chapelles nationalisées en 1789 et, depuis 1802, affectées à l’exercice du culte catholique. Au sein de la laïcité, la loi de 1905 est de nature hautement symbolique, mais son dispositif est singulièrement limité : elle se borne à supprimer le service public du culte, le budget des cultes et l’administration des cultes chargée de gérer ce budget et ce service. Elle a été modifiée une vingtaine de fois – la première moins d’un an après sa promulgation – selon une dizaine de critères. Elle appelle d’urgence une édition critique : sa version dite « consolidée » publiée officiellement est loin d’être satisfaisante. Faut-il encore la modifier ou la compléter ? Il faut d’abord la lire et bien la lire. La loi de 1905 a été condamnée par le pape Pie X et, à nouveau, par le pape Pie XI qui en a pourtant autorisé l’usage sans que le gouvernement ait accepté de la modifier. Elle a donc été condamnée tout en étant acceptée par l’épiscopat français et par le Saint-Siège. L’essentiel n’est pas d’ergoter sur le mot séparation, mais de suivre le Conseil d’État qui, dès mars 1906, a établi que la majorité parlementaire avait écarté une loi de combat au profit d’une loi de liberté : une liberté comme l’Église n’en avait jamais connu au cours de l’histoire de France. Et, d’une certaine manière, c’est bien ce qui faisait la difficulté : ni l’État, ni l’Église, ni personne n’avait l’expérience de cette liberté où il fallait s’engouffrer, sans savoir où elle menait.

Depuis un siècle, l’Église a donc toute liberté d’occuper tout l’espace public dont elle est capable. Traduit dans son langage, l’article 1er de la loi de 1905 assure la libertas conscientiarum et garantit la libertas Ecclesiæ en matière de culture, indépendamment des lois qui lui ouvrent libéralement accès à tout le champ des libertés publiques (presse, enseignement, association, réunion, syndicats, etc.) à une exception près, levée en 1942 : les congrégations. On dira qu’il ne faut rien idéaliser. Il faut plutôt éviter de confondre. Tout bien décanté avec le temps, si l’Église a eu à souffrir, ce n’est pas du nouvel état de droit mais du mouvement de la société. La loi de 1905 pouvait modifier le rapport de la puissance publique et de l’Église catholique : elle était le produit d’un rapport de forces sociales qu’elle n’avait pas le pouvoir de modifier, moins encore d’inverser. Dès lors, deux questions vont se poser à l’Église : la liberté pour quoi faire ? Et la liberté dans quelle situation ?

Le laïcisme n’a jamais désarmé et l’Église l’a toujours dénoncé : aussi agissant qu’on le suppose, il n’a jamais entamé le régime juridique issu des « lois laïques ». Mais surtout, il est à double face comme Janus : fils de la philosophie des Lumières et marqué à gauche ; fils de l’économie libérale et de la sécularisation des activités humaines, marqué à droite. Un exemple : les premiers ont supprimé le repos dominical, remplacé par le repos hebdomadaire fixé le dimanche, et ce sont les seconds qui réclament le dimanche jour ouvré, malgré les Églises et les syndicats.

C’est dans cet environnement défavorable, à régime juridique constant (sauf corrections successives toutes favorables), que l’Église va devoir exercer sa nouvelle liberté et faire l’apprentissage des possibilités qu’elles lui ouvrent. Et ceci sur deux registres bien distincts : la vie paroissiale dans le cadre diocésain, comme toujours ; depuis la Révolution française, un projet de restauration chrétienne de la société (« chrétienté profane », selon Jacques Maritain ; « royauté sociale » de Jésus-Christ sur les individus, les familles et les nations, selon Pie XI).

Chacun peut voir ce qu’il en est advenu : baisse continue des statistiques de pratique religieuse et de la fréquentation des Eglises ; affaissement de la catéchisation des enfants, des patronages et des mouvements de jeunesse catholique (à l’exception du scoutisme) ; rupture culturelle des jeunes générations ; sécularisation des organisations d’étiquette ou d’inspiration catholique ; révolution des mœurs (cohabitation juvénile, sexualité précoce, contraception, avortement, divorce, pacs, homosexualité revendiquée, pornographie généralisée, drogue banalisée, pédophilie, perspectives ouvertes par la génétique, etc.) L’Église n’a plus les moyens de son projet et ne les retrouvera pas, sans disposer d’un projet de remplacement, sans même une analyse et une réflexion sur les raisons de cette rapide transformation du paysage. L’Église de France reste pourtant d’une grande vitalité et d’une forte créativité, mais en tous sens, et avec une portée limitée, dans le prolongement de ce qu’au XIXe siècle, on appelait « les industries du zèle », sans dissiper les inquiétudes.

On comprend que, dans cette situation, l’appel romain de Nicolas Sarkozy à l’Église catholique et aux catholiques de France ait été accueilli par des applaudissements et qu’il ait « fait mouche » parmi les cardinaux « buvant du petit lait »5 . On comprend qu’il ait irrité les « laïques » comme une entorse à la laïcité.

Le Président voulait taper fort, au risque de taper trop fort, pour frapper l’opinion. Il a réussi. Il ne pouvait choisir meilleur moment, à l’heure où l’Église de France se montre soucieuse de sa visibilité, d’une plus grande visibilité, et s’interroge sur les voies à prendre, en réaction contre ceux des siens qui lui expliquaient qu’elle n’était plus qu’une minorité et qu’elle devait se faire modeste.

Pour une part, je trouve ce débat interne fallacieux. Je repense au débat ouvert par Maurice Druon en 1972, Une Église qui se trompe de siècle. Je pense qu’elle se trompe de cible. La question fondamentale pour elle n’est pas d’être visible, mais d’être audible, en sachant qu’il ne suffit pas de parler pour être entendu, mais qu’il faut trouver l’oreille d’autrui et lui dire des choses pour lui pertinentes.

En outre, elle sous-estime sa visibilité présente, qu’elle devrait apprendre à mieux mesurer. Je ne peux ici développer mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, après l’État, aucune organisation ne dispose – et de loin – de moyens équivalents. Sera-t-elle en mesure de répondre à l’appel présidentiel plus qu’elle ne fait aujourd’hui ? On peut le souhaiter sans discerner clairement la réponse. Et l’on ne peut oublier les deux freins qui pèsent sur cette réponse : la crainte de l’Église d’être instrumentalisée, et la persistance d’importantes divergences (en tête l’immigration, la bioéthique, la famille et le travail dominical). Il suffit de se souvenir que l’Église de France et le Saint-Siège ne sont toujours pas clairs avec la loi de 1905 – qui demeure condamnée – et avec les associations cultuelles qu’elle a instituées, et moins encore avec l’idée de laïcité.

Sur ce point, le discours présidentiel du Latran risque, en effet, d’accroître la confusion plutôt que de la dissiper. Le ton nouveau qu’il a adopté peut avoir un effet, limité, sur l’opinion publique : il ne change rien à l’ordre existant. Jean-Pierre Raffarin l’a expliqué sans équivoque : « la société française ne peut accepter qu’une religion tente de lui imposer un projet politique.6 »

Il faut en être conscient – et c’est sans doute là le vrai « tournant » - Nicolas Sarkozy ne fait que dire enfin tout haut ce qui se pratique au quotidien sans phrases, malgré les représentations contradictoires, éloignées de la réalité, que peuvent s’en faire des catholiques et des laïques. Ce qu’il dit n’est que la tardive reconnaissance publique du caractère libéral de notre régime de laïcité et de sa pratique depuis un siècle. Désormais, il y aura contradiction et même hypocrisie si l’on n’accorde pas ce qu’on pense de la laïcité et ce qui est fait un peu partout.

Si l’on voit, dans le discours du Latran, une atteinte ou une menace pour la laïcité, il faut aussi dénoncer le maire socialiste de Villiers-le-Bel après les violences qu’a subies sa commune, déclarant aux associations et aux religions : « J’ai besoin de vous »7. Il faut dénoncer Lionel Jospin qui, en 2002, a institué une rencontre annuelle entre le gouvernement et l’épiscopat. Il faut dénoncer Vincent Auriol qui, en 1947, a rétabli la présentation à l’Élysée des vœux des cultes anciennement reconnus, supprimée en 1905. Il faut dénoncer tous les recours de la puissance publique à l’aide des organisations d’étiquette ou d’inspiration confessionnelles.

L’appel du Latran laisse en l’état le statut des cultes et de ses ministres. Les religions ne redeviennent pas un service public. La loi de 1905 lui ouvre les portes du monde associatif sur un mode particulier, de droit privé. L’appel aux associations a précédé l’appel aux religions.

La religion se perd, et elle n’est plus ce qu’elle était, mais il nous faut apprendre à voir qu’elle occupe encore une place considérable dans l’espace public, et en grande partie du fait de l’Église catholique. La Raison, organe de la Libre-Pensée, s’est récemment plaint que l’agenda de Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur chargée des cultes, ne lui permette pas de recevoir ses représentants, alors qu’elle trouve largement le temps de recevoir et de visiter les autorités religieuses8.

Il faut bien le constater : le ministre sait ce qu’elle peut demander aux grandes religions sur le terrain social, tandis qu’elle n’attend rien en ce domaine de la Libre Pensée.

Il était bien temps de le reconnaître publiquement et d’en tirer les conséquences, ou alors c’est un siècle de régime libéral et de pratique libérale de la laïcité qu’il faut remettre en cause. Il faut aussi reconnaître le long chemin à parcourir, au sein de la société française, pour qu’elle soit au clair avec la laïcité qu’elle s’est donnée.

Je n’ai pas abordé l’Europe et ses racines chrétiennes. C’est devenu un véritable cactus, un débat mal engagé où les sensibilités l’emportent sur la raison. Je m’en tiendrai à la remarque de bon sens du cardinal Jean-Louis Tauran : « Quand on fait un traité, on n’est pas obligé de faire de l’histoire ; mais quand on fait de l’histoire, on doit la respecter ».

Reste un dernier sujet, fondamental : l’espérance. Je ne suis pas sûr que le Pape et le Président s’en fassent la même idée et que le mot revête pour eux la même réalité. « L’espérance des peuples n’est pas dans la foi, mais dans la démocratie et le droit », écrivait récemment Bernard-Henri Lévy9. Mais de quelle foi s’agit-il ? Et comment s’articule-t-elle avec notre condition historique ? Plus qu’un point, grave de désaccord, j’y vois le lieu d’une réflexion commune à instaurer. « Spe salvi », sauvés dans l’espérance, cette deuxième encyclique de Benoît XVI, c’est le point de départ, pour l’Église, d’une réflexion, d’une redéfinition de son projet pour l’humanité au XXIe siècle10.

(1) Avec Thibaud Collin et le Père Philippe Verdin, éditions du Cerf, 2004, 172 pages, 17 €.

(2) Émile Poulat, Notre laïcité publique, Paris, Berg International, 2003, 416 pages. 22 €.

(3) Le Figaro, 26 décembre 2007.

(4) Emile Poulat, Les Diocésaines. République française, Église catholique : Loi de 1905 et association culturelle, le dossier d’un litige et de sa solution (1903-2003), Paris, la Documentation française, 2007, 578 pages, 25 €.

(5) Reportage de Samuel Pruvot in Famille Chrétienne, 29 décembre 2007.

(6) Le Figaro, 28 décembre 2007 (en réponse à F. Bayrou).

(7) Le Figaro, 26 décembre 2007.

(8) La Raison, décembre 2007.

(9) Libération, 28 décembre 2007.

(10) Comment oublier deux ouvrages demeurés sans suite, la Théologie de l’espérance, de Jürgen Moltmann, Cerf, 1970 - et la Sociologie de l’espérance, d’Henri Desroche (Calmann-Lévy, 1973) ?

lundi 24 décembre 2007

[Aletheia n°117] Le Cardinal Mystérieux - et son réseau - par Yves Chiron

Aletheia n°117 - 24 décembre 2007
LE CARDINAL MYSTRIEUX - et son réseau - par Yves Chiron
Un cardinal, qui a voulu garder l’anonymat, se serait confié au journaliste français et écrivain religieux Olivier Le Gendre. De leurs conversations a résulté un livre, au titre attirant : Confession d’un cardinal[1]. Le mystérieux cardinal livre ses Mémoires et porte des jugements « sans langue de bois » sur l’Eglise d’aujourd’hui nous dit la 4e de couverture.
Avant de considérer le contenu du livre, on s’interroge sur l’identité de ce mystérieux cardinal qui a pris le temps de longues conversations à Rome, en Avignon et dans un pays d’Asie (il s’agit, vraisemblablement, de la Thaïlande).
On apprend seulement, au fil des pages, qu’il a fait, en partie, ses études à Paris, mais qu’il n’est pas français ; qu’il avait 37 ans au moment de l’ouverture du concile Vatican (p. 247), qu’il a dirigé en tant que Préfet une Congrégation romaine ; qu’il a été créé cardinal en 1988, qu’il a pris « sa retraite » en 2000 (p. 31 et 277) et qu’atteint atteint par la limite d’âge (80 ans), à sept mois près, il n’a pas pu prendre part au dernier conclave (p. 81).
Muni de ces informations, on peut essayer de deviner quel est le prélat qui serait né en septembre 1924, qui aurait été créé cardinal en 1988 et qui aurait été chef de dicastère à Rome jusqu’en 2000. On n’en trouve aucun.
Qui a cherché à brouiller les pistes ? Le journaliste ou son interlocuteur ?
Certains ont cru pouvoir identifier le cardinal Silvestrini derrière le mystérieux interlocuteur d’Olivier Le Gendre. Certains éléments biographiques concordent : Silvestrini a bien été créé cardinal en 1988 et, de 1991 à 2000, il a dirigé la Congrégation pour les Eglises Orientales. D’autres, non : il est né en octobre 1923, il avait donc plus de 81 ans lors du conclave qui a élu Benoît XVI.
On peut émettre l’hypothèse que le mystérieux cardinal n’existe pas en tant que personne et que le livre qui paraît est l’expression d’un courant d’opinion présent dans le Sacré-Collège ; il serait donc l’écho de plusieurs voix cardinalices, dont celle du libéral Silvestrini.
Avant cet ouvrage, un autre livra anonyme était sorti des murs du Vatican : Le Vatican mis à nu par le groupe « Les Millénaires » (Robert Laffont, 2000). C’était la dénonciation, par un groupe subalterne de la Curie, de diverses affaires de mœurs et d’argent qui ont agité le Vatican ces dernières décennies. L’un des rédacteurs de ce livre a été identifié et sanctionné.
D’un niveau nettement plus relevé, cette Confession d’un cardinal n’en est pas moins l’expression, développée et argumentée, d’une opposition à Benoît XVI.
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Sur le plan factuel, on relèvera quelques étrangetés dans ce livre. Il s’ouvre sur un mystérieux personnage, Mgr Mijlk, dont on apprendra qu’il aurait joué un rôle d’intermédiaire financier entre le Saint-Siège et le syndicat polonais Solidarité. Or le nom de ce prélat n’apparaît dans aucune édition de l’Annuario Pontificio.
Autre scorie : on nous parle de Mgr Del Tron (p. 126), appelé ailleurs Mgr Tron (p. 127) ; il s’agit en fait de Mgr Giuseppe Del Ton, qui fut au Secrétariat aux Lettres latines sous Pie XII et Jean XXIII.
Certains ont pris comme des révélations les pages consacrées au financement de Solidarité par le Saint-Siège (qui, lui-même, s’alimentait à d’autres sources). L’information n’est pas nouvelle. Il y a eu de nombreux articles de presse sur le sujet, dans plusieurs pays, et, en France, un livre a évoqué le fait, de manière assez brouillonne il est vrai (Constance Colonna-Cesari, Urbi et Orbi. Enquête sur la géopolitique vaticane, La Découverte, 1992).
Le rôle de l’Eglise dans la fin du régime Marcos, aux Philippines, en 1986, est présenté encore comme une illustration de l’ « influence politique de l’Eglise ». Le fait est, lui aussi, bien connu. L’évêque auxiliaire de Manille, Mgr Bacani, en a fait un récit, très circonstancié et documenté, qui a été traduit en plusieurs langues (Eglise et politique aux Philippines, Cerf, 1987).
Benoît XVI, pape « par défaut »
En revanche, un des points saillants du livre du mystérieux cardinal tient dans la sévérité de son jugement sur Benoît XVI. Le cardinal, qui n’a pu prendre part au conclave à cause de la limite d’âge des 80 ans, a participé aux réunions préparatoires.
Il explique : « Cela faisait des mois et des mois que, nous, les cardinaux, nous nous attendions au décès de Jean-Paul II. Forcément, nous nous préparions à entrer en conclave » (p. 135). Au lendemain de la mort du pape, trois ou quatre noms ont émergé : « Nous évoquions la possibilité d’un pape d’Amérique latine aux racines européennes. Et nous pensions au cardinal Bergoglio […] et dont l’ascendance est italienne. Ou au cardinal Hummes de Sao Paulo qui est d’ascendance allemande. L’avantage de ces cardinaux était que leur origine et leur culture permettaient une sorte de transition entre l’Europe et l’Amérique latine. ».
Nombre des cardinaux jugés papabile par l’opinion ne l’étaient pas ; le cardinal anonyme le dit sans fard : Tettamanzi, de Milan, manquait « d’envergure intellectuelle », Scola, de Venise, « nous semblait un peu jeune », quant à Martini, l’ancien archevêque de Milan,  la maladie de Parkinson « le mettait hors course ».
Puis, explique le mystérieux cardinal, « tout est balayé » lors de la messe de funérailles de Jean-Paul II : « les analyses subtiles, les pondérations de critères, le choix d’une nationalité, la question de l’âge, le problème de l’expérience pastorale sur le terrain. Tout disparaît d’un seul coup au profit de la réponse à cette seule question : qui a les épaules assez solides et suffisamment d’autorité pour succéder à ce géant que nous sommes en train de mettre en terre ? » (p. 141-142).
Le nom de Ratzinger s’est alors imposé comme « candidat par défaut […] comme s’il n’y avait plus eu soudain d’autres candidats envisageables ! » Ce mouvement de beaucoup de cardinaux n’a pas échappé à l’intéressé : « Je sais que Ratzinger a souffert de devenir Benoît XVI. Je sais, parce que cela se lisait dans ses yeux, qu’il a vu venir l’inéluctable pendant la vacance du siège, et qu’il en a tremblé. Je crois qu’il a forcé ses discours durant cette période pour que chacun comprenne bien quelles étaient ses convictions, qu’il soit clair pour tous ceux qui commençaient à se tourner vers lui qu’il marcherait dans une direction précise. Que si on voulait de lui, il fallait le prendre comme il était. Il voulait que ce soit clair, qu’il n’y ait pas d’erreur sur la personne » (p. 82).
Le mystérieux cardinal regrette, à mi-voix, l’élection de Benoît XVI. Il espère qu’il ne s’agira que d’un pontificat de transition. Au passage, sans en faire l’essentiel de sa critique, il juge inopportune la restauration liturgique engagée par Benoît XVI : « Je crois qu’il ne sert à rien de renforcer artificiellement les expressions du sacré. […] Je crois qu’il est inutile, voire dommageable, de vouloir restaurer des attitudes et des habitudes » (p. 256).
Le mystérieux cardinal est critique aussi envers les « nouveaux mouvements » qui se sont développés dans l’Eglise ces dernières années (Opus dei, Focolari, Chemin Néocatéchuménal, Légionnaires du Christ) : « leur point commun est une fidélité proclamée au pape, au besoin en se libérant de l’autorité des évêques dans les diocèses où ils se trouvent. Leur pensée est conservatrice et leur théologie parfois approximative. Leur but proclamé est la nouvelle évangélisation, leur intention plus discrète est de peser dans l’Eglise et la société où ils se trouvent. À côté de leur agenda religieux coexiste un agenda politique déterminé » (p. 269).
Le réseau international Sarepta
C’est dans la dernière partie du livre, constituée des conversations qu’Olivier Le Gendre a eues avec le mystérieux cardinal en Thaïlande, que se révèle le véritable objectif poursuivi par cette étrange publication. « En Europe, lit-on, quand on réfléchit sur l’Eglise, on privilégie un point de vue très particulier, trop particulier. Celui de la crise, du divorce entre la culture dite postmoderne et la culture chrétienne, de la baisse d’influence du magistère, toutes ces choses qui empoisonnent la vie et font bien dans les conversations. L’Eglise en Europe est encore sous le choc du traumatisme subi à la suite de l’effondrement de la société chrétienne. Elle n’arrive pas à s’en remettre. Du coup, bon nombre de responsables s’accrochent à l’idée et au projet de recréer une société chrétienne comme elle existait auparavant » (p. 313).
Le mystérieux cardinal non seulement ne croit pas possible une telle restauration, mais il juge nécessaire de proposer une nouvelle « alternative » et de « renouveler la façon d’être chrétien ».
Il évoque un réseau, déjà existant, qui partage le même projet  : « Nous sommes un certain nombre de personnes un peu partout dans le monde qui avons appris à nous connaître et qui pensons que des questions doivent être posées et des réponses apportées. Nous jugeons que ces questions n’ont pas été vraiment posées dans l’atmosphère très particulière du dernier conclave et des dernières années de la vie du pape Jean Paul. Nous voulons que ces questions soient entendues. »
Le cardinal se défend d’être partie prenante d’un « complot », d’un « réseau secret », de « consignes », de « stratégies souterraines », mais il convient qu’un certain nombre d’hommes d’Eglise, de responsables de mouvements religieux et d’associations se rencontrent discrètement, échangent des expériences et prennent des « initiatives ».
En note, discrètement, est donné le nom du site qui, depuis quelques mois, fait le lien entre ces hommes d’Eglise et ces chrétiens : sarepta-org.net. Si on consulte ce site, on constate qu’il n’est accessible qu’aux membres du « réseau », et l’on y trouve un exposé succinct des « convictions » de ses membres :
«• la « crise » de l’Eglise n’est pas due à des causes récentes, objets des querelles stériles entre progressistes et traditionalistes,
• le message chrétien sera à nouveau audible si des personnes de foi ont le souci d’incarner, là où elles vivent et au service du monde, la tendresse de Dieu,
• une myriade d’initiatives individuelles ou collectives sont menées dans cet esprit ,
• ces initiatives sont discrètes, vécues dans la prière, l’ouverture aux plus pauvres, le souci de donner à la foi chrétienne une expression aussi proche que possible de l’Evangile.»
Ce langage minimaliste, qui rappelle celui de Taizé ou de l’Arche de Jean Vanier, se double d’une volonté déterminée : « Nous nous connaissons, nous nous reconnaissons, dit le mystérieux cardinal. Nous parlons, nous collaborons, nous essayons de convaincre. Nous agissons sous des formes multiples. Nous pesons autant que nous pouvons sur le déroulement des événements. »
Cette Confession d’un cardinal est visiblement une des « initiatives » du réseau Sarepta.
Yves Chiron
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L’auteur du « Discours du Latran »
Le discours prononcé par Nicolas Sarkozy le jeudi 20 décembre à Rome, dans la basilique du Latran, a suscité des controverses parce que le Président de la République a affirmé : « Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes » et « la laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n’a pas le pouvoir de couper la France de ses origines chrétiennes ». Faisant référence à l’encyclique de Benoît XVI sur l’espérance, le Président de la République a aussi longuement évoqué la nécessité d’une espérance qui ne soit pas que temporelle.
On s’en doute, ce long discours du Latran n’a pas été rédigé, pour l’essentiel, par Nicolas Sarkozy, mais il l’a fait sien en le prononçant[2].
En 2004, Nicolas Sarkozy a publié un livre, La République, les religions, l’espérance (Cerf, 2004), livre d’entretiens avec Thibaud Collin et le P. Philippe Verdin, dominicain.
On retrouve le P. Verdin parmi la délégation qui a accompagné Nicolas Sarkozy au Vatican, on retrouve l’espérance, et d’autres thèmes du livre, dans le discours du Latran. Le P. Verdin ne serait-il pas l’auteur principal du discours du Latran comme Henri Guaino est l’auteur principal du discours de Dakar, qui, lui aussi, a fait controverse ?
Y.C.
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Avec ce numéro 117, s’achève la septième année de parution d’Aletheia ; année qui aura été marquée par l’événement du 07.07.07, comme dit Jean Madiran.
Aletheia a rempli, une fois encore, son contrat : donner, quinze fois par an, librement, sans souci de plaire ni crainte de déplaire, des informations et analyses au service de la Vérité et de l’Eglise. Et ce, dans un format plus que modeste.
Je remercie les journaux et revues qui font honnêtement référence à Aletheia lorsqu’ils y puisent quelque information ou analyse qu’ils ne trouvent pas ailleurs ; je ne remercie pas ceux qui – tel Golias – y pillent un document inédit sans citer le lieu de leur découverte…
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[1] Olivier Le Gendre, Confession d’un cardinal, JC Lattès, 2007, 413 pages.
[2] On peut obtenir le texte intégral du « Discours du Latran » (4 pages) auprès d’Aletheia.

samedi 1 décembre 2007

[Aletheia n°116] Une encyclique dur l'Espérance - par Yves Chiron

Aletheia n°116 - 30 novembre 2007
UNE ENCYCLIQUE SUR L’ESPERANCE - par Yves Chiron 

Ce 30 novembre paraît la deuxième encyclique de Benoît XVI, Spe Salvi (« Sauvés dans l’espérance »). Après la Charité (Deus Caritas, 2006), c’est la seconde vertu théologale, l’Espérance, qui fait l’objet d’une encyclique. Viendra, plus tard, une troisième encyclique, consacrée à la Foi. Mais, déjà, dans cette encyclique sur l’Espérance, la Foi est centrale.
Le Souverain Pontife se souvient qu’il a été professeur et ce sont de denses « réflexions » (§ 30) qu’il livre aux chrétiens, plutôt qu’une simple méditation spirituelle. Il cite souvent l’Ecriture et, longuement, à plusieurs reprises, saint Augustin. Son encyclique est aussi une encyclique de combat contre le nominalisme de Luther, le subjectivisme de Kant, le matérialisme de Marx et la « dialectique négative » de l’Ecole de Francfort (Horkheimer et Adorno). Ernst Bloch et son « principe espérance » ne sont pas cités, mais, en creux, il est visé lui aussi par la réfutation menée par le pape.
La démonstration de Benoît XVI prend, dans sa première partie, le chemin d’une histoire intellectuelle, mais elle est vivifiée par la nouveauté de l’Evangile, qui n’est pas « uniquement une communication d’éléments que l’on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie. »
Dans l’Antiquité, écrit le Pape, les dieux des païens « s’étaient révélés discutables et, de leurs mythes contradictoires, n’émanait aucune espérance » (§ 2). L’Evangile, par la Parole de Dieu et la vie du Christ, vient apporter l’Espérance radicale que la « vie ne finit pas dans le néant ».
L’Espérance chrétienne n’est pas « un message social révolutionnaire » (§ 4), elle est en liens étroits avec la Foi. Dans une page très forte, le Pape réaffirme le sens objectif de la foi. S’arrêtant sur la définition donnée dans la Lettre aux Hébreux (11,1) – « La foi est la substance [hypostasis en grec] des réalités à espérer ; la preuve [elenchos en grec] des réalités qu’on ne voit pas » – , et se référant à saint Thomas d’Aquin, Benoît XVI montre comment Luther est à l’origine d’une déviance essentielle dans la conception de ce qu’est la foi. Elle n’a plus un « sens objectif » (une « réalité présente en nous ») mais un « sens subjectif » (« une disposition du sujet »).
Au passage, le Pape épingle, poliment, la traduction œcuménique du Nouveau Testament en allemand qui traduit ainsi le passage en question de la Lettre aux Hébreux : « la foi consiste à être ferme en ce que l’on espère, à être convaincu de ce que l’on ne voit pas ». « En soi, cela n’est pas faux, écrit le pape, mais ce n’est pas cependant le sens du texte, parce que le terme grec utilisé (elenchos) n’a pas la valeur subjective de ”conviction”, mais la valeur objective de ”preuve”. »
Ce n’est pas une querelle sémantique mais un point nodal : « la foi est la substance de l’espérance » réaffirme le Pape (§ 10). Si elle ne s’appuie pas sur la foi, l’espérance prend des formes nouvelles, qui s’éloignent toujours plus du sens chrétien et qui, aussi, éloignent du mystère chrétien.
Avec Francis Bacon, à l’aube de l’époque moderne, la science devient porteuse de toutes les potentialités : « grâce à la synergie des sciences et des pratiques, s’ensuivront des découvertes totalement nouvelles et émergera un monde totalement nouveau, le règne de l’homme. ». Avec les Lumières, « raison et liberté semblent garantir par elles-mêmes, en vertu de leur unité intrinsèque, une nouvelle communauté humaine parfaite. » Au XIXe siècle, la foi dans le progrès devient la forme commune de l’espérance humaine, y compris dans ses aspects les plus naïfs.
De façon plus théorique, Karl Marx prétendra apporter « une politique pensée scientifiquement, qui sait reconnaître la structure de l’histoire et de la société » et promet une sorte de messianisme sécularisé. Benoît XVI montre l’ « erreur » la plus profonde  de Marx : « Il a oublié que l’homme demeure toujours homme. Il a oublié l’homme et il a oublié sa liberté. Il a oublié que la liberté demeure toujours liberté, même pour le mal. Il croyait que, une fois mis en place l’économie, tout aurait été mis en place. Sa véritable erreur est le matérialisme : en effet, l’homme n’est pas seulement le produit de conditions économiques, et il n’est pas possible de le guérir uniquement de l’extérieur, créant des conditions économiques favorables. »

Pour « une autocritique du christianisme moderne »

Benoît XVI n’est pas un subjectiviste kantien – comme l’en accuse une communication de colloque que, par charité et par respect, nous ne nommerons pas – , il n’est pas non plus « progressiste ». Pour lui, le progrès n’existe pas dans le domaine moral : « dans la connaissance croissante des structures de la matière et en relation avec les inventions toujours plus avancées, on note clairement une continuité du progrès vers une maîtrise toujours plus grande de la nature. À l’inverse, dans le domaine de la conscience éthique et de la décision morale, il n’y a pas de possibilité équivalente d’additionner, pour la simple raison que la liberté de l’homme est toujours nouvelle et qu’elle doit toujours prendre à nouveau ses décisions. »
Le Pape n’exempt pas le christianisme moderne d’errements au sujet de l’espérance. Les chrétiens, dit-il, « doivent apprendre de manière renouvelée en quoi consiste véritablement leur espérance, ce qu’ils ont à offrir au monde et ce que, à l’inverse, ils ne peuvent pas offrir. Il convient que, à l’autocritique de l’ère moderne, soit associée aussi une autocritique du christianisme moderne, qui doit toujours de nouveau apprendre à se comprendre lui-même à partir de ses propres racines. »
Ni la science, ni la raison, ni le progrès n’apportent de réponse satisfaisante à l’interrogation et à l’attente des hommes. Dire que le christianisme, seul, apporte des réponses satisfaisantes ne suffit pas. Benoît XVI rappelle que la foi n’est pas seulement une connaissance du salut mais « produit des faits et « change la vie ».
La deuxième partie de l’encyclique montre donc quels sont, aujourd’hui, les « lieux d’apprentissage et d’exercice de l’espérance ». Le premier est la prière. Benoît XVI évoque longuement le témoignage du cardinal Nguyên Van Thuan, qui a passé treize ans dans les prisons communistes vietnamiennes,  et qui a trouvé dans la prière la force d’espérer. Non pas seulement d’attendre sa libération, mais de se mettre à « l’écoute de Dieu ».
L’autre « lieu d’apprentissage et d’exercice de l’espérance » est l’acceptation de la souffrance. « Comme l’agir, la souffrance fait aussi partie de l’existence humaine. » Parce que, dit le Pape, dans une considération très traditionnelle qui risque de passer inaperçue : « Elle découle, d’une part, de notre finitude et, de l’autre, de la somme de fautes qui, au cours de l’histoire, s’est accumulée et qui encore aujourd’hui grandit sans cesse. »
Face à sa propre souffrance, le chrétien doit entrer dans une démarche d’acceptation et, face à la souffrance des autres, entrer dans une démarche de consolation, au sens étymologique latin (con-solatio) : « un être-avec dans la solitude, qui alors n’est plus solitude » dit bellement le pape (§ 38).
Le témoignage des martyrs est une autre forme d’espérance chrétienne : le don de soi-même est justifié par la « promesse » qui dépasse l’horizon terrestre. À l’exemple de Dieu, Vérité et amour, qui « a voulu souffrir pour nous et avec nous », le croyant peut être amené à placer « la vérité avant le bien-être, la carrière, la possession ».
Dans une dernière partie, Benoît XVI traite des fins dernières (le Christ comme Juge, le Purgatoire, l’Enfer), qui ont tant disparu de la prédication catholique. Je ne prétendrai pas résumer ici l’enseignement du Pape sur le sujet. Je citerai simplement ce fort passage : « Justice et grâce doivent toutes les deux être vues dans leur juste relation intérieure. La grâce n’exclut pas la justice. Elle ne change pas le tort en droit. […] À la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s’était passé. »

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Notes de lecture - par Yves Chiron
Max Barret, Mgr Lefebvre tout simplement…, La Taillanderie (384 rue des Frères-Lumière, 01400 Châtillon-sur-Chalaronne), 144 pages, 10 euros.
Le chauffeur de Jacques Chirac, Jean-Claude Laumond, a publié ses souvenirs sous le titre Vingt-cinq ans avec Lui (Ramsay, 2001). Après un quart de siècle au service du futur Président de la République, il avait été remercié de son poste en 1997 et il réglait ses comptes dans un livre où alternaient « petite et grande histoire, galipette et galéjades, vie privée et vie publique ».
Max Barret a été, sur une durée à peu près équivalente, avec d’autres, le chauffeur de Mgr Lefebvre. Il publie, lui aussi, les souvenirs, intimes, qu’il garde du fondateur d’Ecône. Loin du règlement de comptes, son livre relève plutôt de l’hagiographie, ou plutôt de ces fioretti qui, mis bout à bout, ne font pas un portrait mais qui ajoutent des touches d’humanité aux livres historiques déjà existants.
De nombreuses photographies et la reproduction de lettres manuscrites de Mgr Lefebvre viennent marquer du signe de l’authenticité ces souvenirs sans prétention et déférents.
L’évocation du P. Eugène de Villeurbanne, le courageux fondateur des « Capucins de tradition », ajoute à l’intérêt du livre.
 

Joachim Bouflet, Ces dix jours qui ont fait Medj’, Editions CLD (31 rue Mirabeau, 37000 Tours), 347 pages, 21 euros.
Joachim Bouflet, qui est un bon spécialiste des phénomènes extraordinaires de la vie mystique, consacre aux origines de Medjugorje un livre pointilleux et ravageur. Il établit, d’après des sources diverses, ce qui s’est vraiment passé à Medjugorje entre le mercredi 24 juin 1981, jour de la première manifestation supposée surnaturelle, et le vendredi 3 juillet 1981, jour annoncé, à l’époque, comme étant celui de la dernière apparition.
Pourquoi les supposées apparitions ont-elle duré ensuite, et jusqu’à aujourd’hui ? Pourquoi aussi, des six voyants du 1er jour, deux n’ont plus « vu » ensuite, tandis que deux autres n’ont « vu » qu’à partir du 2e jour ?
On sera d’accord avec le jugement final de l’auteur :
…les adolescents et l’enfant ont-ils vraiment vu quelque chose ? Et, dans l’affirmative, qu’ont-ils vu ? Etait-ce réellement la Vierge Marie ? Au terme d’enquêtes rigoureuses, les évêques successifs de Mostar ont exclu cette éventualité. Il est vrai qu’ils ont eu à se prononcer sur un ensemble qui dépasse largement ces dix jours puisque, contre toute vraisemblance, la Vierge Marie aurait continué d’apparaître après avoir annoncé la fin des apparitions pour le 3 juillet et, qu’à partir de cette date, les événements ont basculé dans un registre visionnaire fort suspect auquel tous les voyants ont adhéré ; ces apparitions après les apparitions orchestrées par les Franciscains de Medjugorje, sont émaillées d’invraisemblances et de mensonges qui rendent difficilement crédible l’hypothèse d’une authentique mariophanie dans les dix premiers jours, encore qu’il puisse s’agir de réelles apparitions mariales parasitées dès le début par un (une, des) faux voyants et totalement déviés par la suite. Peut-être sommes-nous là en présence d’un véritable gâchis imputable surtout à des intérêts personnels très terre à terre…

dimanche 14 octobre 2007

[Aletheia n°115] Un évêque français contre la Franc-Maçonnerie

Aletheia n°115 - 13 octobre 2007
UN ÉVÊQUE FRANÇAIS CONTRE LA FRANC-MAÇONNERIE - par Yves Chiron
Il y a longtemps, plusieurs décennies au moins, un siècle peut-être, qu’un évêque diocésain français n’avait pas publié un livre pour mettre en garde les fidèles contre la franc-maçonnerie. Ce n’est pas que tous les évêques français aient été silencieux sur la franc-maçonnerie, mais, depuis la fin du pontificat de Pie XII, leurs interventions sur le sujet ont été rarissimes. Les initiatives qui penchaient vers la sympathie, voire la complaisance (rappelons les noms de Mgr Pézeril et de Mgr Thomas), ont été davantage médiatisées que les déclarations qui mettaient en garde.
Dans les dernières années, il y a eu, en France, deux interventions épiscopales pour rappeler, de façon argumentée, la condamnation de la franc-maçonnerie par l’Eglise : en 2002, Mgr Brincard, évêque du Puy, dans un long entretien à une radio chrétienne locale[1] et, en 2004, Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, dans un autre entretien, à la revue La Nef, entretien qui concluait un intéressant dossier sur le sujet[2]. Précisons que c’est Mgr Rey qui avait demandé à la revue de consacrer un dossier spécial sur le sujet.
Mgr Rey y revient dans un livre lumineux : Peut-on être chrétien et franc-maçon?[3] L’ouvrage est composé de six chapitres argumentés et de cinq annexes utiles.
Les six chapitres:
  • Comment définir la franc-maçonnerie?
  • Quelle est la position de l’Eglise catholique?
  • Sur quoi porte cette hostilité de l’Eglise catholique envers la franc-maçonnerie?
  • Sur quoi porte la condamnation de l’Eglise catholique?
  • Quelles sont les conséquences théologiques de cette opposition?
  • Influence de la franc-maçonnerie dans la société française?
Ces multiples approches sous forme d’interrogations ne doivent pas tromper sur la clarté du propos. La position de Mgr Rey est sans ambiguïté et elle est d’autant plus fortement affirmée qu’elle ne lui est pas propre mais celle de l’Eglise catholique : « La position de l’Eglise est donc constante depuis la naissance de la franc-maçonnerie. On ne peut être en même temps catholique et franc-maçon » (p. 11).
Cette incompatibilité fondamentale tient à l’essence même de la doctrine maçonnique. Mgr Rey rappelle : « La franc-maçonnerie anglo-saxonne confesse sa foi en Dieu, ”Grand Architecte de l’univers”. Cependant les Constitutions d’Anderson de 1723, texte de référence pour tous les francs-maçons, ne comportent pas la moindre référence à Dieu en Jésus-Christ, ne mentionnent jamais la Sainte Trinité, le péché, le salut, la résurrection, la venue de l’Esprit-Saint… » (p. 6).
L’esprit apparent de tolérance de la franc-maçonnerie et le spiritualisme de ses rites ne doivent pas faire illusion. L’Église ne peut être d’accord ni avec son affirmation d’un ésotérisme (« le sens caché de l’univers » serait révélé à travers un enseignement secret), ni avec son relativisme qui aboutit à ce que « les religions se retrouvent sur le même plan, comme autant de tentatives concurrentes pour exprimer la vérité sur Dieu qui, en soi, est inatteignable et insaisissable » (p. 23), ni avec son naturalisme (p. 27).

Mgr Rey, après ces rappels doctrinaux – d’autres aspects encore sont développés –, reproduit quatre documents du Magistère.
Le premier est la Déclaration sur l’incompatibilité entre l’appartenance à l’Eglise et la franc-maçonnerie publiée par la Congrégation pour la Doctrine de la foi le 26 novembre 1983.
Le second est la longue Déclaration de l’Episcopat allemand sur l’Eglise et la franc-maçonnerie, publiée le 12 mai 1980. Rappelons que cet exposé développé sur les « Raisons de l’incompatibilité » a été fait après des entretiens approfondis entre des représentants officiels de l’Eglise catholique et les Grandes Loges Unies d’Allemagne qui ont eu lieu entre 1974 et 1980.
Le troisième document reproduit est plus inattendu : il s’agit de la Note doctrinale de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, le 21 novembre 2002. La Note ne comprend pas de condamnation explicite de la franc-maçonnerie. Mais Mgr Rey avait expliqué : « L’attrait en faveur de la franc-maçonnerie souligne certaines carences pastorales de l’Eglise ». Un des meilleurs moyens de lutter contre la franc-maçonnerie est d’ « investir le champ politique ». La Note de 2002 fixe des orientations utiles, mais certainement pas exhaustives, et rappelle les principes de la doctrine catholique.
Enfin, le quatrième document est un extrait de Fides et Ratio, l’encyclique sur les rapports entre la foi et la raison publiée en 1998 par Jean-Paul II. Dans son étude, Mgr Rey avait montré le lien entre certaines déficiences quant à la conception même de la foi et l’attrait de la franc-maçonnerie : « le divorce entre la foi et la raison, dénoncé par le pape Jean-Paul II dans sa lettre encyclique Fides et ratio déporte insidieusement la foi vers un certain piétisme, un sentimentalisme religieux. Livrée à elle-même, la raison n’est plus finalisée par la recherche de la Vérité. Elle se trouve à la merci des idéologies ou des constructions subjectives. L’engagement du chrétien dans la franc-maçonnerie relève, dans bien des cas, d’une méconnaissance de ce lien organique entre foi et raison » (p. 31).

On manquerait à l’honnêteté, si on ne signalait pas l’une ou l’autre expression qui laisse insatisfait ou dubitatif. Ainsi quand Mgr Rey affirme : « les chrétiens ont à défendre le principe et la vertu d’une ”laïcité ouverte” » (p. 35). Ou encore quand il parle, pour les chrétiens, d’une « vision d’humanité basée sur l’être humain » (p. 37) ; la tradition théologique et spirituelle dirait plutôt, me semble-t-il, « une vision d’humanité basée sur la révélation de Dieu en Jésus-Christ ».
Mais ces remarques de détail n’enlèvent rien à l’intérêt et à la clarté de cette parole courageuse d’évêque. On sera attentif à l’accueil que lui réserveront non les grands médias, souvent silencieusement complices sur ce genre de sujet, mais la presse catholique, à commencer par La Croix et La Documentation catholique. Oseront-ils parler de ce livre?
En marge de cet ouvrage, finissons par une anecdote authentique que la discrétion oblige à tenir anonyme. Il y a six ans, peu après la prise de possession de son diocèse – une ville prestigieuse de la région parisienne – le nouvel évêque a été abordé par le vénérable de la loge locale qui lui a demandé quand il comptait solliciter son admission dans la franc-maçonnerie… Le nouvel évêque a refusé l’invitation.
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Vient de paraître
Yves Chiron : Enquête sur les apparitions de la Vierge
Tempus, octobre 2007, 427 pages, 10 euros.
Publié en 1995 aux éditions Perrin, cet ouvrage reparaît en collection de poche, dans une version augmentée et corrigée. Avec notamment des mises à jour et des compléments sur La Salette, Lourdes, Fatima et Medjugorje.
Introduction
1. QU'EST-CE QU'UNE APPARITION?
Vision ou apparition? - Apparitions et Révélation - Structures des apparitions - Le lieu - Le moment - Le bénéficiaire - Le signe annonciateur - Le vocable - Le signe d'authentification - La source - Les guérisons et les pèlerins - Critères d'authenticité.
2. LA VIERGE DES MIRACLES
Quelle est la plus ancienne apparition mariale? - Fondation de sanctuaires - Fondation et protection d'ordres religieux - Miracles de protection et de guérison - Notre-Dame-des-Victoires.
3. APPARITIONS EN TERRE DE MISSION
Amérique - Afrique - Asie, Océanie.
4. FACE AU PROTESTANTISME
Apparitions préventives - En Europe de l'Est - En France - Louis XIII et la Vierge Marie - Notre-Dame-de-l'Osier - Du Luberon à la Bretagne.
5. CONTRE L'INCRÉDULITÉ
Le Laus ou le jansénisme vaincu - La Vierge Marie face aux Lumières - La Vierge Marie face à la Révolution - Après la tourmente.
6. DE PARIS À BANNEUX (1830-1933)
Paris - La Salette - Cerreto - Porzus - Lourdes - Philippsdorf - Pontmain- Saint-Bauzille - Pellevoisin - Gietrzwalde - Knock - Fatima - Beauraing – Banneux.
7. LA VIERGE CONTRE LE COMMUNISME ET LE NAZISME
Fatima et le communisme - L'Ile-Bouchard (1947) - Expansion du communisme - Face au nazisme.
8. FAUSSES APPARITIONS
De type apocalyptique - De type mimétique - Par illusion - De type sectaire.
9. APPARITIONS CONTROVERSÉES
Tilly - Kerizinen - Garabandal - San Damiano – Medjugorje.
10. SECRETS ET CHATIMENTS
Les secrets « privés » - Secrets destinés à être rendus publics - Châtiments - La Vierge Marie et la fin des temps.
Bibliographie
Index des lieux cités
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Du même auteur
MEDJUGORJE (1981-2006) - “ Constat de non supernaturalitate ”
Éditions Nivoit, 2006, 90 pages, 10 euros.
Avant-Propos
Journal de Medjugorje par Yves Chiron.
Medjugorje, conférence de Mgr Ratko Peric.
Documents:
Entretien avec Mgr Ratko Peric (1997).
Déclaration de Mgr Ratko Peric (1997).
À propos de Medjugorje par Mgr Henri Brincard (2000).
Bibliographie critique
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Commande Envoyer ses nom, prénom, adresse complète en précisant le titre de l'ouvrage commandé et le nombre d'exemplaires.
  • Enquête sur les apparitions de la Vierge au prix de 10 euros l’exemplaire - franco de port.
  • Medjugorje (1981-2006). ”Constat de non supernaturalitate” au prix de 10 euros l’exemplaire franco de port. 
À adresser avec le règlement à l’ordre de l’ «Association Nivoit».
Éditions Nivoit 5, rue du Berry 36250 NIHERNE
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[1] Entretien reproduit intégralement dans Aletheia, n° 28, 16 avril 2002.
[2] La Nef (2 cour des Coulons, 78810 Feucherolles), n° 155, décembre 2004. Cf. Aletheia n° 67, 12 décembre 2004.
[3] Mgr Dominique Rey, Peut-on être chrétien et franc-maçon?, Éditions Salvator (103 rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris), 78 pages, 9,50 euros.

lundi 1 octobre 2007

[Aletheia n°114] Le Magistère - par Yves chiron

Aletheia n° 114 - 1er octobre 2007
LE MAGISTERE - par Yves Chiron
Une action du Magistère
Le P. Peter C. Phan, d’origine vietnamienne, prêtre du diocèse de Dallas et président de la Catholic Theological Society of America, fait l’objet  de deux procédures ecclésiastiques à propos d’un de ses livres, Being religious interreligiously (« Etre religieux de manière interreligieuse »), livre paru en 2004.
En juillet 2005, la Congrégation pour la Doctrine de la foi lui a adressé une lettre contenant dix-neuf observations sur son livre. La Congrégation estime que ce livre du P. Phan est « ouvertement en désaccord avec presque tous les enseignements de la déclaration Dominus Iesus » qui avait réaffirmé que le Christ est l’unique sauveur de tous les hommes et que l’Eglise est nécessaire pour le salut. La Congrégation a demandé au théologien de corriger ses erreurs dans un article et de ne plus réimprimer son livre.
Les réponses jugées dilatoires de l’intéressé ont amené, en mai 2007, la Commission doctrinale des évêques des Etats-Unis à intervenir (sur la demande du Saint-Siège). Une liste d’objections, qui tient en trois pages, lui a été transmise et on lui a demandé d’y répondre avant le 1er septembre.
Le P. Phan est le quatrième théologien mis en cause pour ses écrits en contradiction avec la déclaration Dominus Iesus, parue en 2000. Avant lui, trois théologiens jésuites ont fait successivement l’objet d’une notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi  sur le même sujet : Jacques Dupuis, en 2001, Roger Haight en 2004 et Jon Sobrino en 2006.
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Documenta de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui a succédé en décembre 1965 à la Congrégation du Saint-Office, a pour fonction « de promouvoir et de garantir la doctrine de la foi et des mœurs dans le monde catholique tout entier ».
Depuis sa création, quatre Préfets seulement se sont succédé à sa tête :
- le cardinal Alfredo Ottaviani jusqu’en 1968,
- le cardinal Franjo Seper, de 1968 à 1981,
- le cardinal Joseph Ratzinger, de 1981 à 2005,
- le cardinal William Levada depuis le 13 mai 2005.
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi exerce sa mission de service de la foi en publiant des Instructions, des Notifications, des Décrets, des Déclarations, des Réponses, des Lettres et des Normes.
Un recueil  exhaustif de tous les documents publiés par la Congrégation depuis sa création a été publié[1]. Le volume, de 665 pages, rassemble, dans leur texte original (latin, italien, français, anglais ou allemand) et dans l’ordre chronologique, les 105 documents promulgués entre le 18 mars 1966 (« Instruction sur les mariages mixtes ») et le 11 février 2005 (« Note sur le ministre du sacrement de l’onction des malades »).
Un index des noms cités et surtout un très riche index analytique permettent de se reporter utilement aux interventions de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Ainsi, pour nous en tenir à quelques exemples, la doctrine de l’Eucharistie a été traitée dans une trentaine de documents ;  les associations maçonniques ont fait, à deux reprises (1981 et 1983), l’objet d’une « Déclaration » ; l’admission des femmes au sacerdoce ministériel a fait l’objet d’une « Déclaration » (en 1976) et d’une « Réponse » (en 1995).
Il serait souhaitable que ce recueil, commode et exhaustif, soit traduit en français.
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• Trois livres sur le Magistère.
« La fonction du Magistère n’est pas quelque chose d’extrinsèque à la vérité chrétienne et à la foi, mais elle est un élément constitutif de la mission prophétique de l’Eglise » dit le cardinal Levada, actuel Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. L’Eglise est Mater et Magistra, selon le titre de l’encyclique de Jean XXIII, « Mère et Maîtresse de vérité ».
Sur la nature du Magistère et sur son mode d’exercice, les opinions les plus diverses non seulement ont cours, mais sont enseignées avec une autorité (toute privée) par des théologiens et des clercs. Depuis les années 1970, on est arrivé à ce paradoxe que les théologiens qui revendiquent la plus grande indépendance et la plus grande liberté dans l’Eglise ont été rejoints dans leur conception minimaliste et réductrice du Magistère par des clercs et théologiens sédévacantistes ou « guérardiens » qui limitent l’assistance divine aux seuls jugements solennels et infaillibles du Magistère.
Trois livres permettent d’éclairer la question. Sans prétendre en proposer une analyse critique, je me contente de les signaler :
- abbé Bernard Lucien, Les degrés d’autorité du Magistère[2].
- sous la direction de l’abbé Bruno Le Pivain, L’Eglise, servante de la vérité. Regards sur le Magistère[3].
- Mgr Gherardini, Contemplando la Chiesa[4].
Mgr Gherardini fut longtemps professeur d’ecclésiologie à l’Université pontificale du Latran. Il est membre émérite de l’Académie pontificale Saint Thomas d’Aquin et directeur de la revue Divinitas. Son essai est un traité sur l’Eglise en cinq approches : Connaître l’Eglise, Ecouter l’Eglise, Prier avec l’Eglise, Aimer l’Eglise, Confesser l’Eglise (« Je crois à l’Eglise » et non « Je crois l’Eglise », souligne l’auteur).
Il aborde la doctrine du Magistère dans la partie « Ecouter l’Eglise », une écoute qui doit être « attentive » et « religieuse » (au sens que donne saint Thomas d’Aquin à ce mot lorsqu’il parle de la vertu de religion comme acte qui réalise sa propre définition).
L’autorité du Magistère, explique aussi Mgr Gherardini, n’est pas une autorité née de l’Eglise, mais « dans l’Eglise » (« nella Chiesa » et non « dalla Chiesa »), par la puissance du Saint-Esprit. Une participation à l’infaillibilité du Christ qui est la Vérité. L’assentiment de la foi n’est pas dû à toutes les paroles et écrits des Souverains Pontifes, mais dans leur Magistère ordinaire il peut y avoir, hormis l’enseignement « ex cathedra «  un enseignement « qui oblige ».
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[1] Congregatio pro Doctrina Fidei, Documenta inde a concilio Vaticano secundo expleto edita (1966-2005), Libreria Editrice Vaticana, 665 pages, 40 euros.
[2] Abbé Bernard Lucien, Les degrés d’autorité du Magistère, La Nef (2 cour des Coulons, 78810 Feucherolles), mars 2007, 232 pages, 22 euros.
[3] L’Eglise, servante de la vérité. Regards sur le Magistère, essais réunis sous la direction de Bruno Le Pivain, Editions Ad Solem (2 rue des Voisins, CH – 1205 Genève), octobre 2006, 413 pages, 37 euros.
[4] Il s’agit d’un numéro spécial de la revue Divinitas (Palazzo dei Canonici, 00120 Vaticano), février 2007, un numéro triple de 339 pages, 20 euros.

mercredi 19 septembre 2007

[Aletheia n°113] Notre nouvel archevêque Mgr Armand Maillard - par Yves Chiron

Aletheia n°113 - 19 septembre 2007
Notre nouvel archevêque Mgr Armand Maillard - par Yves Chiron

Le 11 septembre dernier, Benoît XVI a nommé Mgr Armand Maillard archevêque de Bourges. Il remplace Mgr Hubert Barbier, démissionnaire pour raison d’âge.
Mgr Maillard était, depuis 1996, évêque de Laval (Mayenne). Né en 1943 dans les Vosges, il a gardé de ses origines rurales, une simplicité et un abord facile qui ont permis son intégration rapide dans ce diocèse rural. Les Mayennais l’appelaient « le père Maillard », non pas en vertu de la mode datant des années 70 qui fait appeler « père » tout prêtre ou évêque, mais par une familiarité affectueuse qui leur faisait reconnaître en ce rural un des leurs, convive sans manière, à la conversation sans affectation.
Licencié en allemand à l’université de Nancy, licencié en théologie à la Faculté (d’Etat) de Strasbourg, il avait engagé une thèse de doctorat (qui n’a pas été poursuivie et soutenue) sur la notion de post-chrétienté chez Emmanuel Mounier.
Ordonné prêtre en juin 1970, il a accompli la première partie de sa carrière ecclésiastique dans son diocèse natal de Saint-Dié où, vicaire épiscopal de Mgr Guillaume, il a été promu, sans s’y attendre, évêque de Laval en août 1996.
À Laval, il restera, notamment, comme l’évêque qui, en 1997, – faute de prêtres en nombre suffisant mais aussi, on l’oublie trop souvent, fauter de fidèles en nombre suffisant – a dû réduire le nombre des paroisses de son diocèse : elles sont passées d’une centaine à 31 ! [1]
En onze d’épiscopat, il aura ordonné 4 prêtres [2].
Il restera aussi comme l’évêque de l’ « affaire de Niafles », affaire qui n’a aucun lien avec sa promotion à l’archevêché de Bourges. On ne reviendra pas sur cette affaire où les passions partisanes n’ont pas été absentes. Par exemple, il a été dit que depuis la mort du curé de Niafles, il n’y avait plus « aucune messe traditionnelle autorisée par l’évêque dans le diocèse ». Ce qui est faux, puisque les religieux de la Fraternité Saint-Vincent Ferrier, établis à Chémeré-le-Roi, célèbrent chaque dimanche une messe traditionnelle « autorisée ».
On retiendra simplement la triple conclusion bienheureuse de cette « affaire de Niafles », conclusion que la promulgation du Motu proprio de Benoît XVI a grandement facilitée :

  • aux Cordeliers, paroisse située au centre ville de Laval, une messe « dans la forme ancienne du missel de 1962 » est célébrée chaque dimanche. Il est à signaler que dans cette église, depuis la réorganisation paroissiale évoquée, il n’y avait plus de messe.


  • Dans le sud du diocèse, alternativement (un mois sur deux) à la Selle-Craonnais et à la Roë, une autre messe « dans la forme ancienne du missel de 1962 » est célébrée le dimanche.


  • Mgr Maillard a célébré lui-même la messe selon le rite traditionnel le 2 septembre 2007, en l’église des Cordeliers.

Ainsi, par une coïncidence notable, Mgr Maillard aura été, sauf erreur de notre part, le premier évêque de France, depuis le motu proprio de Benoît XVI, à donner l’exemple de la célébration selon le rite ancien (rite qu’il n’avait jamais célébré puisque ordonné en juin 1970) et la double autorisation qu’il a accordée le 8 septembre dernier aura été le dernier acte important de son épiscopat à Laval.
L’archidiocèse de Bourges
Le diocèse dont Mgr Maillard va prendre possession canoniquement le 14 octobre prochain est vaste. Il couvre deux départements : le Cher et l’Indre. C’était, sous l’Ancien Régime, le plus grand diocèse du royaume. Il a compté, au XVIIIe siècle, jusqu’à 800 paroisses.
Comme dans la Mayenne, exode rural et déchristianisation ont progressé en même temps au XIXe et au XXe siècle. En 1970, le diocèse de Bourges comptait 537 communes et 507 paroisses. Aujourd’hui, on ne compte plus que 64 paroisses et 137 prêtres (dont 22 en retraite et 28 en « ministère de disponibilité »).
Le paradoxe est que diocèse est riche en communautés traditionnelles :

  • il y a, bien sûr, la célèbre abbaye bénédictine de Fontgombault, fondée en 1091, restaurée par Solesmes en 1948, abbaye-mère de Randol (Puy-de-Dôme), de Triors (Drôme), de Gaussan (Aude), de Clear Creek (U.S.A.), ce qui atteste suffisamment de sa vitalité. La messe traditionnelle y est célébrée tous les jours de la semaine et tous les dimanches[3].


  • comment ne pas y ajouter, les Petites Sœurs Disciples de l’Agneau, au Blanc ? Seule communauté religieuse de France qui accueille des religieuses trisomiques, elle a été fondée en 1985 avec les encouragements du professeur Lejeune. Soutenue aujourd’hui par la fondation Jérôme Lejeune, cette communauté admirable a trouvé dans l’abbaye de Fontgombault un soutien spirituel indéfectible.


  • comment ne pas compter aussi dans ce diocèse les communautés fondées par la Fraternité Saint-Pie X ou soutenues par la Fraterniré Saint-Pie X dans le diocèse ? Il y en a rien moins que quatre :


  • l’Ecole Saint-Michel, à Niherne, de la sixième à la terminale, 150 élèves en moyenne. Une ou deux messes le dimanche dans la chapelle de l’Ecole et une messe à La Chapelle d’Angillon tous les dimanches.


  • le noviciat Notre-Dame de Compassion à Ruffec-le-Château, noviciat des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X où une messe traditionnelle est célébrée tous les jours.


  • l’abbaye saint-Michel, à Saint-Michel-en-Brenne, maison-mère des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X où une messe traditionnelle est célébrée tous les dimanches.


  • la Fraternité de la Transfiguration, à Mérigny, où deux messes traditionnelles sont célébrées chaque dimanche (plus d’autres messes dans des églises environnantes).

Mgr Maillard, dans un diocèse qui compte un prêtre pour 6.000 habitants,  saura-t-il entrer en relations avec ces communautés et faire appel à elles ?
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[1] Ordonnance et décret de Mgr Armand Maillard, évêque de Laval, créant des paroisses nouvelles, Evêché de Laval, 1997.
[2] Jean-Christophe Gruau, Laval infos, octobre 2007 (à paraître).
[3] L’autre messe traditionnelle « autorisée » dans le diocèse a lieu, un dimanche sur deux, à la Chapelle des Sœurs de Marie Immaculée à Bourges.