dimanche 18 mars 2007

[Aletheia n°106] L’Eucharistie, « principe causal de l’Eglise » par Yves Chiron

Aletheia n°106 - 18 mars 2007
L’Eucharistie, « principe causal de l’Eglise » par Yves Chiron
Les radios, les télévisions et certains journaux n’ont retenu de l’exhortation apostolique Sacramentum Caritatis qu’un liste d’interdictions et de rappels disciplinaires : par exemple, « caractère obligatoire » du célibat des prêtres dans la tradition latine (§ 24) ; refus de la communion aux polygames, aux divorcés remariés et aussi, sauf « situations déterminées et exceptionnelles » (§ 56), aux non-catholiques ; recommandation aux fidèles de « s’agenouiller pendant les moments centraux de la prière eucharistique » (§ 65).
Tout cela se trouve certes dans l’exhortation apostolique publiée par Benoît XVI, mais c’est réduire l’enseignement, dense,  du document à quelques normes, qui ne sont que des rappels. Sacramentum Caritatis est, avant tout, un enseignement doctrinal sur l’Eucharistie « principe causal de l’Eglise ».
Je ne prétendrai pas le résumer ici. Je relèverai simplement quelques points qui en font un acte magistériel de continuité, caractéristique de l’esprit et du dessein pastoral de Benoît XVI :
• Le titre même de l’exhortation apostolique, Sacramentum Caritatis, renvoie au titre du premier acte magistériel d’envergure de Benoît XVI : l’encyclique Deus caritas est. La Sainte eucharistie, écrit le Pape, est le « Sacrement de l’amour » où le Christ se donne pour le salut des hommes. La « nouvelle et éternelle alliance » est passée par la Croix. « En instituant le sacrement de l’Eucharistie, Jésus anticipe et intègre le Sacrifice de la croix et la victoire de la résurrection. Dans le même temps, Il se révèle comme le véritable agneau immolé, prévu dans le dessein du Père dès avant la création du monde. » Benoît XVI écrit aussi que « l’institution de l’Eucharistie est devenue en Jésus un acte suprême d’amour et pour l’humanité une libération définitive du mal. »
En lisant Benoît XVI, on est loin de la conception de la messe que diffusent encore certains écrits cléricaux, en France du moins. L’Eucharistie n’est pas une « rencontre d’hommes et de femmes de tous âges » pour former « un seul Corps avec le Christ » et « rompre le pain et boire à la coupe »[1] , elle doit être vécue et célébrée à la lumière de l’histoire du salut.
• Le « banquet eucharistique » n’est certes pas un simple repas commémoratif, il est la « réelle anticipation du banquet final », le banquet eschatologique, « les noces de l’Agneau » (§ 31).
Ce banquet eucharistique prend la forme de la célébration d’un « sacrifice » par le prêtre, au cours duquel l’Esprit-Saint joue un rôle décisif au moment de la « transsubstantiation » (§ 13).
Le caractère sacrificiel de l’Eucharistie, affirmé à plusieurs reprises dans l’exhortation apostolique, imprime au ministère sacerdotal un caractère unique : « Il est nécessaire que les prêtres aient conscience que, dans tout leur ministère, ils ne doivent jamais se mettre au premier plan, eux-mêmes ou leurs opinions, mais Jésus Christ » (§ 23). Cela renvoie à une position philosophique centrale dans la pensée de celui qui était encore le cardinal Ratzinger : « le dépassement de la simple subjectivité [se fait] par le contact entre l’intériorité de l’homme et de la vérité qui vient de Dieu.[2] »
Le dépassement de la subjectivité se traduira, dans le domaine liturgique, par le refus de toute tentation créativiste ou constructiviste. L’exhortation apostolique le dit très clairement : « Toute tentative de se poser soi-même comme protagoniste de l’action liturgique contredit l’identité sacerdotale. Le prêtre est plus que jamais serviteur et il doit s’engager continuellement à être le signe qui, en tant qu’instrument docile entre les mains du Christ, renvoie à Lui. Cela se traduit particulièrement dans l’humilité avec laquelle le prêtre guide l’action liturgique, dans l’obéissance au rite, en y adhérant de cœur et d’esprit, en évitant tout ce qui pourrait donner l’impression d’une initiative propre inopportune. » (§ 23).
• Certains ont regretté que Benoît XVI n’ait rien dit, dans cette exhortation apostolique, de la messe traditionnelle et de sa libération attendue. C’est, sans doute, parce qu’un motu proprio consacré à ce sujet paraîtra dans un délai qu’il serait aventuré de fixer.
Mais, en fait, déjà dans cette exhortation, la messe dite de saint Pie V n’est pas passée sous silence. Il ne pouvait en être autrement puisque, on le sait, le sujet a été abordé lors du synode d’octobre 2005 dont cette exhortation est le prolongement et l’aboutissement.
Ici Benoît XVI insiste sur l’unité du rite romain : « depuis les indications claires du Concile de Trente et du Missel de saint Pie V jusqu’au renouveau liturgique voulu par le Concile Vatican I : à chaque étape de l’histoire de l’Eglise, la célébration eucharistique, en tant que source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise, resplendit de toute sa richesse multiforme dans le rite liturgique » (§ 3).
Benoît XVI, il l’écrit, n’ignore pas les « difficultés » et les « abus » qui ont surgi dans l’application de la réforme liturgique post-conciliaire. Mais le pape pense aussi que cette réforme « contient encore des richesses qui n’ont pas été pleinement explorées. »
Le propos surprendra, et décevra même sûrement, ceux des traditionalistes qui ont vécu la réforme liturgique comme une rupture. On sera attentif que, pour la réforme liturgique, comme pour le concile Vatican II, Benoît XVI demande de ne pas introduire « de ruptures artificielles ». C’est-à-dire qu’il demande de lire et de vivre la réforme liturgique post-conciliaire dans « une herméneutique de la continuité », comme il l’a demandé déjà pour le concile Vatican II dans son désormais célèbre discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005.
Cette exhortation apostolique, dont l’élaboration a été longue – plus d’un an après la fin du Synode des évêques –, confirme l’intuition fondamentale de Benoît XVI, qui n’a rien d’une stratégie : l’Eglise n’est pas « purement humaine », les critiques incessantes proviennent souvent du désir obscur d’une « Eglise faite par nous ». La « vraie réforme » consiste à « laisser place à la lumière très pure qui vient d’en haut »[3]. Cette attention n’est pourtant point passive : elle doit être la rencontre entre l’intériorité et « la vérité qui vient de Dieu ».
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L’ Institutio generalis Missalis romani
Vient de paraître, à la Libreria Editrice Vaticana, un livre fondamental pour la juste appréciation de la messe qu’on peut appeler à bon droit « messe de Paul VI ». Il s’agit de l’édition critique et scientifique de l’Institutio generalis Missalis romani[4].
L’Institutio generalis est l’ensemble des normes générales qui ont accompagné le nouvel Ordo Missæ ( N.O.M.). Dans sa première version, l’Institutio generalis compte 341 paragraphes en huit chapitres. Le N.O.M. et les normes générales sont entrés en vigueur le 30 novembre 1969, il y a près de quarante ans maintenant.
Encore aujourd’hui, beaucoup de prêtres et de catholiques traditionalistes ne connaissent les normes générales du N.O.M. que par les très sévères critiques résumées, dès 1969, par le célèbre Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ présenté au pape Paul VI par les cardinaux Ottaviani et Bacci[5]. Certains auteurs, néanmoins, ont fait de l’Institutio generalis une étude très attentive : on pense, en premier lieu, à Jean Madiran et à son fameux éditorial « Sous réserve, pas plus » (Itinéraires, janvier 1970, n° 139) et à Louis Salleron dans son livre sur la nouvelle messe et dans ses articles parus dans Itinéraires.
Les cardinaux Ottaviani et Bacci, dans une lettre adressée à Paul VI, le 3 septembre 1969, pour accompagner le Bref examen critique, estimaient que « le nouvel Ordo Missæ, si l’on considère les éléments nouveaux, susceptibles d’appréciations fort diverses, qui y paraissent sous-entendus ou impliqués, s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXIIe session du Concile de Trente. »
Cette conclusion a été indéfiniment reprise jusqu’à aujourd’hui par nombre d’auteurs et de clercs, comme si les (indéniables) fautes et lacunes originelles de l’Institutio generalis n’avaient jamais été corrigées.
Or, après les diverses critiques citées ci-dessus, et d’autres venues d’autres horizons, l’Institutio generalis a été corrigé, et non sans portée. Aussi bien la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, dans Le Problème de la réforme liturgique[6], que l’abbé Barthe et Alexis Campo, dans leur présentation de la dernière édition du Bref Examen[7], minimisent ces corrections de l’édition de 1969. Ces deux derniers auteurs estiment que le Bref examen critique est toujours « en attente de réponse ».
L’affirmation ne fait pas justice des corrections nombreuses et successives apportées à l’Institutio generalis. L’édition procurée par la Libreria Editrice Vaticana devrait permettre une réévaluation de la « réponse » donnée aux critiques du N.O.M. à partir de 1969.
L’Institutio generalis a connu, en effet, plusieurs éditions officielles. Maurizio Barba publie leur texte complet en latin, soit, dans l’ordre :
- l’édition « typica » de 1969,
- l’édition « typica » de 1970,
- l’édition « typica  altera » de 1975,
- l’édition « typica tertia » de 2002.
Puis, après cette quadruple édition intégrale, et la publication de textes préparatoires, Maurizio Barba publie sous forme synoptique, en latin toujours, langue de référence, les passages de l’Institutio generalis qui, d’une édition à l’autre, ont subi des corrections. Cette présentation synoptique (sur six colonnes – les quatre versions officielles et deux versions préparatoires) occupe près de trois cents pages, c’est dire si les corrections n’ont pas été occasionnelles.
La correction la plus célèbre est celle du fameux article 7 qui, en 1969, définissait la messe comme « une synaxe, c’est-à-dire le rassemblement du peuple de Dieu, sous la présidence du prêtre, pour célébrer le mémorial du Seigneur. »
La correction apportée à partir de l’édition de 1970 précise que le prêtre « représente la personne du Christ », que le mémorial du Seigneur peut être appelé aussi « sacrifice eucharistique » et surtout, en faisant référence au concile de Trente, rappelle que la Messe « perpétue le sacrifice du Christ », et réaffirme la doctrine traditionnelle de la présence réelle et la transsubstantiation [8].
Ce n’est pas le seul passage où l’Institutio generalis a  été corrigée pour réaffirmer le caractère sacrificiel de la messe. Les auteurs du Bref examen critique avaient pointé du doigt d’autres définitions de la messe réduites à une « cène ». On peut, là aussi, voir dans l’édition synoptique les corrections apportées à partir de 1970 (articles 48, 55d).
Le Bref examen critique avait regretté aussi que, dans l’Institutio generalis, il ne soit fait référence qu’une seule fois aux enseignements du concile de Trente sur la messe. Dans la première édition révisée, 1970, on en trouve huit.
On pourrait multiplier les exemples de corrections et de précisions successives entre l’édition typique des « normes » de 1969 et la dernière édition officielle (2002).
Dans le même temps, l’édition typique du missel de 1969 a, elle aussi, connu des modifications et de nouvelles éditions typiques. C’est l’ensemble, normes et Ordo missæ, qui serait à étudier dans leurs évolutions.
Mais on doit ajouter aussi qu’il y a loin entre le rite romain « réformé » dans sa version typique, et ses normes définies en latin par le Saint-Siège, et le rite tel qu’il est traduit (jusqu’à maintenant) et pratiqué dans un grand nombre d’églises de France.
Si, à Rome, dans les textes officiels, la messe « réformée » n’est plus « équivoque », en France, dans nombre d’églises, elle le reste.
En parallèle à cette édition romaine de l’Institutio generalis, on renverra, pour finir, aux justes remarques, plus générales, de Guillaume Tabard dans un intéressant livre sur la messe qui vient de paraître :
« La vérité est qu’aujourd’hui bien peu de catholiques connaissent le sens de la liturgie, la signification des rites qu’ils pratiquent ou suivent. Qui a lu les textes des conciles ? Qui, « tradi » ou « conciliaire », a regardé de près les « rubriques » d’un missel ? Quelle « équipe liturgique » prépare une messe en s’appuyant sur les prescriptions de la Présentation générale du missel romain plutôt que sur ses seules intuitions ? Depuis quelques années, la formation est devenue la priorité des institutions ecclésiales (diocèses, mouvements, communautés, catéchèse…) tant les catholiques ignorent le contenu même de leur foi. En matière liturgique, l’ignorance est abyssale et cela est vrai quelle que soit la sensibilité, quel que soit le rite suivi.
Une formation à la messe s’impose donc. Et cette formation permettrait de dépasser les idées fausses, voire les contresens, sur le rite suivi, mais aussi sur le rite suivi par les autres.
Si la messe de Paul VI était davantage expliquée, elle serait vécue avec plus de ferveur par ceux qui y participent et regardée différemment par ceux qui la critiquent. Si toutes ces splendeurs étaient expliquées, reconnues, et mieux appliquées, on prend le pari que nombre des fidèles de la messe de Pie V s’y retrouveraient.[9] »
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[1] Définition de la messe publiée dans Les Mots des chrétiens, Presses de la Renaissance, 2006, ouvrage réalisé par le Service national de catéchuménat et présenté par Mgr Dupleix, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France.
[2] Cardinal Joseph Ratzinger, « Conscience et vérité », cité in Aidan Nichols, o.p. Coopérateur de la vérité. Brève introduction à la théologie de Benoît XVI, Genève, Ad Solem, 2006, p. 42. Livre fondamental pour saisir l’authentique pensée de Benoît XVI.
[3] Cardinal Joseph Ratzinger, Appelés à la communion. Comprendre l’Eglise aujourd’hui, Fayard, 1993, p. 118 et suivantes.
[4] Maurizio Barba, Institutio generalis Missalis Romani. Textus – Synopsi – Variationes, Cité du Vatican, Libreria Editrici Vaticana, 708 pages, 39,50 euros.
[5] Dernière édition en français : cardinaux Ottaviani et Bacci, Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ, Renaissance catholique, 2004.
[6] FSSPX, Le Problème de la réforme liturgique, Clovis, 2001, p. 15.
[7] Abbé Claude Barthe et Alexis Campo, « Un examen critique en attente de réponse », in Bref examen critique, op. cit., p. 34.
[8] Curieusement, dans son texte cité ci-dessus, l’abbé Barthe ne cite qu’une partie de la correction apportée, il ne cite pas du tout l’ajout essentiel : « In Missæ enim celebratione, in qua sacrificium Crucis perpetuatur, Christus realiter praesens adest i ipso coetu in suo nomine congregato, in persona ministri, in verbo suo, et quidem substantialiter et continenter sub speciebus eucharisticis. »
[9] Guillaume Tabard, Latin or not latin. Comment dire la messe, Seuil, 2007, p. 118.

mercredi 21 février 2007

[Aletheia n°105] « Combats » ou réformes ? - par Yves Chiron

Aletheia n°105 - 21 février 2007
« Combats » ou réformes ? - par Yves Chiron
Le motu proprio sur la messe traditionnelle, qui portera aussi sur « la nouvelle messe » dit-on à Rome, est toujours en attente de publication. Le 17 février dernier, lors de la célébration, à Paris, du 30e anniversaire de la « prise » de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, a reconnu : « Jusqu’où va-t-il ? Nous n’en savons franchement rien. »
Il a insisté surtout sur la nécessité de poursuivre le « combat ». La publication d’un motu proprio sur la messe ne sera qu’une étape, a estimé Mgr Fellay. Il a ajouté : « Est-ce que cela veut dire la fin d’un combat ? […] Si vous le pensez, vous vous trompez. […] L’histoire de notre combat pour la Tradition n’est pas finie. […] Notre combat n’est pas que la messe. […] Il y a tout le reste. Et cela nous vaudra encore de bons combats. »
Cette position du Supérieur général de la FSSPX est, bien sûr, celle de l’abbé Grégoire Celier dans les entretiens qu’il a eus avec Olivier Pichon et qui sont publiés dans un volume à paraître le 2 mars. L’ouvrage, déjà annoncé dans le précédent numéro d’Aletheia, s’intitule : Benoît XVI et les traditionalistes. Le titre est assez trompeur, car il est, finalement, peu question de Benoît XVI, de ce qu’il a déjà accompli en tant que Souverain Pontife et de sa vision ecclésiale. Mais le livre mérite d’être lu car il expose, de manière approfondie et claire, la perception de la crise de l’Eglise qu’a la FSSPX[1].
L’abbé Celier, qui joue un rôle grandissant dans la communication de la FSSPX, répond aux questions d’Olivier Pichon, ancien professeur en classe préparatoire, agrégé d’histoire, ancien élu politique, directeur du magazine bimensuel Monde et Vie depuis 2003. Ce magazine, qui a été longtemps l’écho de la FSSPX en France, a, depuis 2003, pris davantage d’indépendance.
C’est Jean-Luc Maxence, rédacteur à Monde et Vie, et directeur  de la collection « Connivences » aux éditions Entrelacs, qui est à l’origine de ce livre d’entretiens. Le ton entre les deux interlocuteurs est libre, même si l’on comprend bien, à lire le livre, que les questions et les réponses n’ont pas fait seulement l’objet d’un dialogue oral mais aussi d’un travail écrit. Olivier Pichon pose des questions sans concession, poussant l’abbé Celier dans ses retranchements,  bien qu’il n'arrive pas toujours à obtenir de réponse claire de la part de son interlocuteur[2].
On passera sur les quelques erreurs factuelles, telle celle de faire figurer le grand théologien suisse Hans Urs von Balthasar parmi les représentants de la « nouvelle théologie » au concile Vatican II. Balthasar ne fut point parmi les « periti » officiels  du concile ni même théologien de quelque évêque ; il en fut d’ailleurs quelque peu chagriné.
Autre point historiquement contestable : le rôle des six observateurs non-catholiques au sein du Consilium créé en 1964 pour mettre en œuvre la réforme liturgique voulue par Paul VI. L’abbé Celier, à la suite de nombreux auteurs et journalistes traditionalistes depuis plus de trente ans, majore leur rôle et leur influence et les voit comme les agents d’une protestantisation de la nouvelle messe. Mgr Bugnini, qui fut le secrétaire de ce Consilium, a contesté cette influence dans son gros livre sur la réforme liturgique[3].
Qu’ils n’aient pas été inactifs et silencieux, on en conviendra aisément. Les recherches en cours de Stéphane Wailliez montreront sans doute l’influence réelle qu’ils ont pu avoir. Mais, on voit mal comment ces 6 « observateurs », anglicans et  protestants, auraient pu avoir un rôle déterminant dans un Consilium qui a compté 58 « membres », plus de 150 « consulteurs » et plus de 70 « conseillers ».
J’ajouterai qu’un de ces observateurs non-catholiques, Max Thurian, s’est converti ensuite au catholicisme et il est devenu prêtre. Lui qui avait écrit, en 1969, que la « nouvelle messe » pouvait être dite par des protestants (« théologiquement c’est possible » écrivait-il), a été, dans les années 1990,  très sévère pour l’application de la réforme liturgique.
Cela dit, on sera tout à fait d’accord avec l’abbé Celier pour estimer que dans cette question de la réforme liturgique, « Paul VI n’a été ni trompé, ni circonvenu : il a su, il a voulu, et on ne peut l’exonérer de la responsabilité première de la situation actuelle de la liturgie. »
On sera attentif aussi  aux éléments positifs qu’il reconnaît dans la réforme liturgique : « Une partie de ce qui a été mis en œuvre dans la réforme liturgique postconciliaire est d’ailleurs intéressant. Par exemple, le fait d’allumer le cierge pascal au cours du baptême constitue une innovation, mais qui se trouve profondément en accord avec la tradition liturgique. Personnellement, je trouve que saint Pie V a eu la main un peu lourde en supprimant certaines préfaces : on pourrait songer à les réintroduire. Mgr Lefebvre, pour sa part, était favorable à ce que les lectures du début de la messe (ce que l’on appelle aujourd’hui la « liturgie de la Parole ») soient faites face au peuple, et non pas à l’autel. Nous ne sommes pas des opposants de principe à toute réforme liturgique ».
Ce genre de propos est trop peu souvent lu sous la plume de prêtres de la FSSPX pour ne pas être relevé. Plus loin, on lira les pages sur l’avenir possible de la liturgie en France : la « messe pipaule » (mélange du rite « Pie » et du rite « Paul »). Hormis ceux qui peuvent, et pourraient à l’avenir, célébrer exclusivement selon le rite traditionnel, l’abbé Celier pense que les autres prêtres pourraient, progressivement, « réenraciner dans la tradition liturgique la liturgie qu’ils célèbrent en public (donc la liturgie nouvelle) », en y important « tout simplement des parties de la liturgie traditionnelle qu’ils célèbrent plus occasionnellement. »
Cette vision, assortie d’un nom comique, n’est pas loin de celle de la « réforme de la réforme » évoquée depuis longtemps par celui qui est devenu le pape Benoît XVI.
Les analyses de l’abbé Celier sur le concile Vatican II constituent une autre partie importante du livre. Même s’il ne le dit pas, on sait que pendant très longtemps, les textes du concile Vatican II n’étaient pas étudiés dans les séminaires de la FSSPX.  L’abbé Celier pense le moment venu d’ une « étude vraiment globale, vraiment systématique et vraiment scientifique du concile » par la FSSPX[4].
On trouvera d’autres analyses intéressantes dans ce livre de dialogues. Les évêques de France qui, pour la plupart, n’ont qu’une connaissance superficielle de la FSSPX, pourraient le lire avec profit. Même s’ils risquent de conclure comme Olivier Pichon : « J’ai beaucoup appris en votre compagnie, même si je ne suis pas convaincu en tout point par vos explications. »
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[1] Olivier Pichon et abbé Grégoire Celier, Benoît XVI et les traditionalistes, Editions Entrelacs (204 boulevard Raspail, 75014 Paris), 250 pages.
[2] Évoquant le protocole d’accord signé le 5 mai 1988 entre Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger, protocole rompu par le premier le lendemain, l’abbé Celier estime : « il aurait été rompu de toutes les façons par le cardinal Ratzinger le 7 mai ou à peu près ». Son interlocuteur s’étonne : « Etes-vous bien sûr que le cardinal Ratzinger, compte tenu de ce que nous savons maintenant de lui comme pontife, aurait rompu l’accord ? ». L’abbé Celier se contente d’affirmer : « chacun est allé à la limite de son élasticité et a compris que, pour le moment, l’accord n’est pas vraiment possible ». La position du cardinal Ratzinger était, me semble-t-il, très différente.
[3] Annibale Bugnini, La Riforma liturgica (1948-1975), Rome, CLV-Edizioni liturgiche, 1983, p. 203-205.
[4] Il en arrive ainsi  à considérer – même s’il ne les cite pas – les colloques sur le concile Vatican II organisés par des institutions de la FSSPX ou proches d’elle comme des « premières analyses forcément fragmentaires ».

dimanche 28 janvier 2007

[Aletheia n°104] Les quatre refus de la FSSPX

Yves Chiron - Aletheia n°104 - 28 janvier 2007
Les quatre refus de la FSSPX - par Yves Chiron
Alors que le motu proprio de Benoît XVI sur la messe est toujours en attente de publication, la Fraternité Saint-Pie X, à travers ses instances officielles, s’est exprimée ces dernières semaines dans une tonalité de fermeté ou de refus qui est significative du non possumus que, depuis 1988 au moins, elle maintient.
Les quatre prises de position que je vais citer ont été publiques. On ne peut accuser la FSSPX de tenir un double langage. En revanche, il n’est pas sûr que les lecteurs d’Aletheia – qui, pour leur plus grand nombre, ne sont pas familiers des moyens de communication de la FSSPX ou des lieux où elle s’exprime – en aient eu connaissance. Aussi, sans porter de jugement sur les prises de position exprimées, je crois utile de les rapporter, le plus objectivement possible, dans leur ordre de succession en ce mois de janvier 2007.



Benoît XVI à la mosquée bleue : « un scandale »
L’abbé Grégoire Celier, qui dirige encore pour quelques mois la principale revue de la FSSPX (Fideliter) et sa maison d’éditions (Clovis), intervient de plus en plus souvent au nom de la Fraternité Saint-Pie X pour expliquer les positions de la Fraternité fondées Mgr Lefebvre. Ses interventions laissent présager du rôle qui sera le sien, à l’avenir, dans la politique de communication de la FSSPX.
Lors du voyage qu’il a accompli en Turquie, Benoît XVI a visité, le 30 novembre dernier, la célèbre mosquée bleue d’Istanbul. Au cours de cette visite, le Pape et le Grand Mufti qui l’accompagnait se sont arrêtés, un moment : le Mufti priant en silence, le Pape se recueillant dans une méditation silencieuse.
Cette image a scandalisé certains catholiques, le site sédévacantiste Virgo Maria y voyant même une « apostasie » de Benoît XVI. L’abbé Celier, dans un article publié le 3 janvier 2007 sur le site internet de la FSSPX en France (La Porte Latine), n’emploie pas ce mot, mais il estime que c’est un « acte mauvais en soi » et « un scandale, au sens réel et étymologique » car « il induit les âmes au péché, dans ce qui est le plus grave, la confession de la foi ». L’abbé Celier, pour mieux faire connaître cette prise de position de la FSSPX, a réalisé, en urgence, une brochure qui reprend le texte diffusé sur internet, accompagné de diverses photographies[1].
Le geste de Benoît XVI à Istanbul s’inscrirait dans la logique des réunions inter-religieuses organisées par Jean-Paul II à Assise. S’il écarte, avec bon sens, le « soupçon d’adhésion implicite à l’islam », l’abbé Celier estime que le Pape a posé un acte qui « encourage l’opinion commune que les diverses traditions religieuses se valent plus ou moins, qu’aucune religion ne détient la totalité de la vérité ». Par ce « geste » de méditation silencieuse dans une mosquée le Pape « participe à la diffusion du relativisme religieux ».
On remarquera que les explications que Benoît XVI a fournies sur son geste et sa « médiation » dans la mosquée d’Istanbul ne sont pas citées une seule fois par l’abbé Celier, ni le commentaire qui a été donné ensuite par le P. Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Vatican.



« Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique »
Le 7 janvier dernier, clôturant à Paris le VIIe Congrès théologique organisé par la revue Si si No no, l’Institut Universitaire Saint-Pie X et DICI, congrès consacré aux crises de l’Eglise, le Supérieur général de la FSSPX, Mgr Fellay, a fait une longue conférence pour montrer que dans la crise actuelle de l’Eglise, c’est le sacerdoce lui-même qui a été atteint[2]. S’appuyant sur de nombreuses et longues citations de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay a montré que celui-ci avait d’abord voulu fonder une œuvre de préservation et de transmission du sacerdoce « dans toute sa pureté doctrinale, dans toute sa charité missionnaire ». Reprenant une expression de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay estime que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est « l’Œuvre à laquelle Dieu va confier l’Arche d’Alliance du Nouveau Testament ».
Faisant allusion, notamment, à la déclaration sur la liberté religieuse, à la constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde et au décret sur l’œcuménisme, Mgr Fellay estime que « Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique ».



Benoît XVI : « un moderniste » et « un « hérétique »
Vatican II : à mettre « tout entier à la poubelle »
Dans les jours qui ont suivi ce Congrès théologique, Mgr Williamson, un des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988, a donné une interview à l’hebdomadaire Rivarol (numéro du 12 janvier 2007).
Dans cet entretien, accordé au journaliste Jérôme Bourbon, Mgr Williamson porte des jugements très sévères sur Benoît XVI, dans des termes que je ne commenterai pas : « Si un moderniste est quelqu’un qui veut adapter l’Eglise Catholique au monde moderne, certainement Benoît XVI est un moderniste. Il croit toujours que l’Eglise doit se réapproprier les valeurs de la Révolution française. Peut-être admire-t-il moins le monde moderne que Paul VI, mais il l’admire encore beaucoup trop. Ses écrits passés sont pleins d’erreurs modernistes. Or, le modernisme est la synthèse de toutes les hérésies (Pascendi, saint Pie X). Donc, comme hérétique, Ratzinger dépasse de loin les erreurs protestantes de Luther comme l’a très bien dit Mgr Tissier de Mallerais. »
Mgr Williamson estime encore que les actes du concile Vatican II « sont beaucoup trop subtilement et profondément empoisonnés pour qu’il faille les réinterpréter. Un gâteau en partie empoisonné va tout entier à la poubelle ! ».
Dans une vision providentialiste de l’histoire de l’Eglise, Mgr Williamson estime « ou bien dans cinq, dix, vingt ans Dieu intervient avec un châtiment exemplaire pour rétablir l’ordre, ou bien l’Eglise en sera à gémir dans les catacombes, en attendant cette intervention. De toute façon, la situation actuelle est irrécupérable par des efforts purement humains. »



« Pas d’accord à court terme avec Rome »
Avec un Pape qui crée « scandale », qui est « moderniste » et « hérétique », qui ne met pas « à la poubelle » un concile « empoisonné », il n’y a pas d’accord « à court terme » possible : voilà, en substance, la position actuelle de la FSSPX.
Ce résumé de la situation, à partir des textes cités ci-dessus, trahit-il ou caricature-t-il la position actuelle de la FSSPX ?
Je ne le pense pas. Et, tout en tenant compte que les analyses et prises de position des uns n’équivalent peut-être pas celles des autres, et que l’autorité des uns n’équivaut pas à celles des autres, on doit bien considérer que la FSSPX reste dans une position de « Non possumus ».
Même si le Pape publie un indult accordant une plus grande liberté à la messe traditionnelle et lève solennellement l’excommunication qui frappe les quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre, « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome ».
C’est la position qu’expose l’abbé Grégoire Celier dans un ouvrage à paraître Benoît XVI et les traditionalistes. Le livre doit être publié le 12 mars prochain aux éditions Entrelacs, une filiale du groupe Albin Michel. C’est un livre d’entretiens entre l’abbé Celier et Olivier Pichon, directeur du magazine Monde et Vie, ancien élu du Front National et du M.N.R.
Il est significatif que l’ouvrage soit annoncé à paraître le 12 mars. Que d’ici là, le motu proprio « libérateur » de la messe traditionnelle ait été publié ou pas, la position de la FSSPX n’en sera pas changée. Car, en disant « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome », l’abbé Celier n’exprime pas, bien sûr, une opinion personnelle, il s’exprime, comme dans toutes ses initiatives et tous ses écrits publics, avec l’accord de ses supérieurs. C’est donc bien la position officielle de la FSSPX qu’il développe dans cet ouvrage à paraître.
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NOTES
[1] Abbé Grégoire Celier, D’Assise à Istanbul, A L’Enseigne du Petit-Pont, 12 pages, 2 euros. La brochure est disponible à la Librairie France-Livres, 6 rue du Petit-Pont, 75005 PARIS.
[2] Les actes de ce Congrès seront publiés dans les mois à venir. Des comptes-rendus, d’une tonalité assez différente, ont été publiés sur le site de la FSSPX, La Porte Latine, et sur le site sédévacantiste Virgo Maria.

samedi 13 janvier 2007

[Aletheia n°103] L’affaire Wielgus - Anatomie d’un lynchage - Jean Madiran - L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette

Yves Chiron - Aletheia n°103 - 13 janvier 2007
L’affaire Wielgus - Anatomie d’un lynchage
Je ne reviendrai pas sur les péripéties de l’affaire Wielgus dont on peut résumer la chronologie en quelques lignes :
• 6 décembre 2006 : nomination de Mgr Stanislas Wielgus comme archevêque de Varsovie, en remplacement du cardinal Glemp.
• 20 décembre : l’hebdomadaire polonais Gazeta polska accuse Mgr Wielgus d’avoir collaboré avec le SB (Sluzba Bezpieczenstwa), l’ancienne police secrète communiste.
• 21 décembre : Benoît XVI prend la défense du nouvel archevêque de Varsovie dans un communiqué publié par le Bureau de Presse du Vatican : « En décidant de la nomination du nouvel archevêque métropolite de Varsovie, le Saint-Siège a pris en considération toutes les circonstances de sa vie, dont également celles qui concernent son passé. Cela signifie que le Saint-Père nourrit envers Mgr Stanislas Wielgus une confiance totale, et, en pleine confiance, il lui a confié la mission de pasteur de l’archidiocèse de Varsovie ».
• 2 janvier 2007 : le Nonce à Varsovie demande à l’Institut de la Mémoire Nationale (I.P.N., Instytut Pamieci Narodowej) le dossier de Mgr Wielgus.
• 3 et 4 janvier : des documents relatifs à Mgr Wielgus, à l’époque où il « collaborait » avec le SB, sont publiés dans la presse polonaise.
• 5 janvier : Mgr Wielgus est investi canoniquement dans la cathédrale de Varsovie. Ce même jour, dans un communiqué rendu public quelques heures auparavant, il avait nié avoir nui à l’église catholique polonaise même s’il reconnaissait avoir signé, en 1978, « sous la menace » précisait-il, une attestation de collaboration avec le SB.
• 6 janvier : dans un message lu dans les églises de Varsovie, Mgr Wielgus reconnaît avoir eu des « contacts avec les services secrets de cette époque ». « Guidé par le désir de faire des études importantes pour ma spécialisation scientifique, je me suis laissé entraîner dans ces contacts sans la prudence nécessaire, le courage et la détermination d’y mettre fin […] mais j’affirme aujourd’hui avec une conviction totale n’avoir pratiqué la délation à l’égard de personne, ni avoir cherché à nuire à quelqu’un ». Il implore le pardon de Dieu et demande aux fidèles de l’accueillir comme « un frère qui souhaite unir et pas diviser, prier et unir le peuple de l’Eglise, dans l’Eglise des saints et des pécheurs, que nous sommes tous ».
À la fin de ce même message, Mgr Wielgus ajoute : « Je déclare au Saint-Père avec toute humilité que je respecterai sa décision, quelle qu’elle soit. »
Ce même-jour, la copie du dossier de Mgr Wielgus, envoyée par l’I.P.N., arrive à Rome. En fin de soirée, Benoît XVI fait demander à Mgr Wielgus de remettre sa démission, en vertu de l’article suivant du droit canon : « L’évêque diocésain qui, pour une raison de santé ou pour tout autre cause grave, ne pourrait plus remplir convenablement son office, est instamment prié de présenter la renonciation à cet office. » (Code de droit canonique, canon 401, § 2).
• 7 janvier : dans la cathédrale de Varsovie, Mgr Wielgus annonce, en larmes, sa « renonciation » à son siège archiépiscopal.

Qu’est-ce que « collaborer » ?
Un archevêque, acculé à la démission, le jour-même où il doit prendre solennellement possession de son siège est, bien sûr, un événement quasiment inédit dans l’histoire de l’Eglise.
On se trompe vraiment en résumant cet épisode à une « erreur de casting », comme l’a fait un autre archevêque. Je ne crois pas du tout que le nonce en Pologne, chargé de préparer les nominations épiscopales, ni Benoît XVI, qui a pris la décision finale, aient été trompés ou mal informés. Certes les documents issus des archives de l’ancienne police secrète communiste n’ont été connus du Saint-Siège qu’après la nomination, mais les liens de Mgr Wielgus avec le SB ont été connus du Pape avant la nomination officielle.
Les consultations pour nommer un successeur au cardinal Glemp avaient été longues. Dans l’épiscopat polonais, plusieurs prétendants espéraient être promus à la tête du diocèse le plus peuplé de Pologne. La Congrégation pour les évêques, présidée par le cardinal Re, avait examiné, avant l’été, le dossier de trois candidats (l’archevêque de Lublin, l’archevêque de Przemysl et l’évêque de Tarnow). Finalement, le choix du Saint-Siège s’est porté sur un autre évêque, Mgr Wielgus, évêque du petit diocèse de Plock.
C’est un point qui a été peu relevé : Mgr Wielgus est évêque depuis 1999. Une enquête sur son passé avait donc déjà eu lieu à ce moment-là.Quand Jean-Paul II l’a nommé au siège de Plock, personne n’a mis en cause publiquement le passé de Mgr Wielgus. Ses faiblesses passées étaient-elles connues de Jean-Paul II ? On n’en sait rien à ce jour. En tout cas, Benoît XVI en a été informé, par l’intéressé lui-même, avant qu’il ne le nomme officiellement à Varsovie.
Mgr Wielgus l’a dit explicitement dans son message du 6 janvier : « J’ai présenté au Saint-Père l’histoire de mon implication et mes contacts avec les services secrets de cette époque » et aussi : « Je confesse devant vous cette erreur que j’ai commise pendant des années, comme je l’ai déjà confessée au Saint-Père ».
Mgr Wielgus n’est pas le seul ecclésiastique à avoir collaboré avec le régime communiste polonais. 10 % des ecclésiastiques polonais, estiment les historiens, ont collaboré, d’une manière ou d’une autre, avec le régime communiste.
Encore faut-il s’entendre sur ce qu’a signifié cette collaboration. Il y a eu, forcément, des degrés divers dans cette collaboration : simples conversations, participation au grand jour à des initiatives du régime, espionnage, délation, etc.
Mgr Wielgus a affirmé et soutient toujours qu’il n’a dénoncé personne et qu’il n’a « cherché à nuire à personne ». Un jugement sur l’implication réelle de Mgr Wielgus ne pourra se faire qu’après une étude des documents existants.
L’historien polonais Peter K. Raina, qui a publié de nombreux ouvrages consacrés à l’histoire contemporaine de l’Eglise en Pologne, a indiqué les différents moyens employés par la police secrète communiste pour amener des prêtres à « collaborer » et en quoi consistait cette collaboration :
« On faisait tout pour compromettre le prêtre et ensuite le soumettre au chantage. La pratique commune était de rassembler le plus de renseignements possibles sur le compte de chaque prêtre : s’il aimait l’alcool ou les femmes, s’il était frustré dans son travail. Souvent, on employait des agents féminins pour le conduire à des situations compromettantes ; on le photographiait en cachette ou bien l’agent féminin annonçait qu’elle était enceinte. Soumis alors au chantage, le prêtre recevait une proposition de collaborer avec la police secrète. La collaboration avec le SB consistait à fournir des informations sur ses activités de curé, sur la situation de sa paroisse, sur les comportements et convictions de l’évêque, etc. […] L’une des armes de chantage les plus utilisées par les Services Secrets était la concession d’un passeport pour pouvoir voyager à l’étranger. Tout citoyen qui en faisait la demande était invité à se rendre dans les bureaux du S.B. Dans ce cas-là aussi c’était la politique du “donnant donnant“ : le citoyen recevait son passeport s’il promettait de fournir des informations, et les Services voulaient tout savoir sur les personnes. Bien sûr, cette règle valait aussi pour les prêtres qui, pour pouvoir aller étudier à l’étranger (tant de prêtres rêvaient de visiter Rome et de poursuivre leurs études sur les bancs des Universités pontificales) ou devenir missionnaires, devaient demander un passeport. D’habitude les prêtres racontaient des faits sans aucune importance, juste de quoi satisfaire la personne en charge des services qui prenait des notes sur tout.[1] »

Le pardon
Si l’on revient au cas Wielgus, on constate qu’il s’est trouvé exactement dans cette situation en 1978. Sollicitant un visa pour se rendre en Allemagne, pour une nouvelle année d’études à Munich, la police secrète l’a contraint « sous la menace » à signer une déclaration dans laquelle il reconnaissait avoir collaboré avec le SB. Cette « collaboration » était ancienne, puisque les premiers contacts remontent à 1969. Mais, à ce jour, l’ampleur de cette collaboration et les conséquences qu’elle a éventuellement eues n’ont pas été mises à jour.
Le P. Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Saint-Siège, a fait une déclaration importante après la démission de Mgr Wielgus. Le P. Lombardi fait justement remarquer que, même si la renonciation de ce dernier a été « la meilleure solution pour répondre au trouble créé en Pologne », « le cas de Mgr Wielgus n’est pas le premier, et qu’il ne sera probablement pas la dernière agression contre des personnalités de l’Eglise de Pologne basée sur les archives des services secrets de l’ancien régime. Dans l’évaluation de ce matériau colossal et dans les conclusions à en tirer, on n’oubliera pas qu’il est le produit d’un système politique cultivant l’oppression et le chantage ».
Si Benoît XVI a cru pouvoir nommer à l’archevêché de Varsovie un ecclésiastique jadis compromis avec la police secrète communiste, c’est qu’il a jugé que cette « collaboration », reconnue par l’intéressé, n’avait pas eu de conséquences graves et qu’elle avait été le résultat d’une faiblesse de l’intéressé et non pas d’une volonté de nuire ou d’une quelconque sympathie pour l’idéologie communiste et son système.
Si on veut trouver une des clefs de la nomination de Mgr Wielgus au siège de Varsovie, on peut se rapporter au discours de Benoît XVI, prononcé justement à Varsovie, le 25 mai dernier. Le Pape s’adressait à plusieurs centaines de prêtres polonais, en présence du cardinal primat, le cardinal Glemp, et de plusieurs dizaines d’évêques, parmi lesquels Mgr Wielgus qui n’avait pas encore été pressenti comme possible successeur du cardinal Glemp.
Évoquant la douloureuse époque du communisme et des compromissions des uns et des autres, Benoît XVI demandait à l’Eglise polonaise de pardonner :
« Nous savons que l’Eglise est sainte, mais qu’il y a des pécheurs parmi ses membres . Nous avons besoin de rejeter le désir de nous identifier seulement avec ceux qui sont sans fautes. Comment l’Eglise pourrait-elle exclure les pécheurs de ses rangs ? C’est pour leur salut que Jésus a pris chair, est mort et ressuscité. Nous devons par conséquent apprendre à vivre la pénitence chrétienne avec sincérité. En la pratiquant, nous confessons nos fautes individuelles, en union avec les autres, devant les autres et devant Dieu. Pourtant, il nous faut nous garder de la prétention arrogante de nous établir de nous-mêmes juges des générations passées, qui vivaient des temps différents en des circonstances différentes. Une humble sincérité est nécessaire pour ne pas nier les fautes du passé mais en même temps ne pas s’abandonner aux accusations faciles en absence de toute évidence ou sans égard pour les conceptions reçues, différentes à l’époque.[2] »
Le refus des « accusations faciles » et la prise en considération des « circonstances différentes » dans des « temps différents » qui ont guidé le choix de Benoît XVI n’ont, à l’évidence, pas été compris par ceux qui en Pologne, et ailleurs, dans le clergé et hors du Clergé, ont réclamé la tête de Mgr Wielgus.

Jean Madiran - L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette
(Éditions de Paris, 75 pages, 15 euros)
Au moment où l’affaire Wielgus secoue l’Eglise polonaise et l’opinion publique mondiale, Jean Madiran écrit dans son dernier livre : « L’Internationale communiste a causé à l’Eglise, au XXe siècle, des dégâts dont une grande partie, en ce début du XXe siècle, n’est pas encore réparée ».
L’affaire Wielgus, survenue juste après la publication du livre de Jean Madiran, est une illustration de ces « dégâts » postérieurs.
Le livre de Jean Madiran est consacré principalement à un fait majeur de l’histoire de l’Eglise depuis le concile Vatican II : la non-condamnation du communisme. C’est Jean-Paul II qui apportera la « délivrance » en usant d’une méthode habile : « contre-attaquer le communisme sans le nommer », par ses voyages en Pologne qui suscitent « une massive espérance mobilisatrice », inédite « méthode de réanimation et de gouvernement de l’Eglise » en Pologne.
L’origine de cette non-condamnation se trouve dans ce que Jean Madiran appelle « l’Accord de Metz ». En septembre 1962, à Metz, le cardinal Tisserant et Mgr Nicomède, représentant de l’Eglise orthodoxe russe, ont conclu un accord : les orthodoxes russes répondraient à l’invitation d’envoyer des observateurs au concile Vatican II qui devait s’ouvrir « à la condition de garanties en ce qui concerne l’attitude apolitique du concile ».
C’est Mgr Schmitt, évêque de Metz, qui a révélé l’accord lors d’un entretien au journal local, Le Lorrain (9.2.1963) ; la Croix s’est contentée, à l’époque, de faire discrètement écho à cette révélation.
Durant le concile Vatican II, plusieurs évêques, ignorant l’Accord de Metz, demanderont la condamnation du communisme. Il y a eu, notamment, en 1965 une pétition signée par quelque 450 évêques (parmi lesquels 13 français) ; la pétition sera « égarée » suffisamment longtemps pour ne pouvoir être prise en compte.
Chaque chapitre du livre de Jean Madiran est suivi de « Notes techniques » et de « Documents » qui viennent apporter la preuve de la démonstration. On peut légitimement mettre au compte de « l’esprit du Concile » cette non-condamnation du communisme, même si « l’esprit du Concile » ce fut bien d’autres choses, négatives ou positives. Cette non-condamnation favorisa une non-résistance au communisme.
L’affaire Wielgus est l’illustration non d’une connivence idéologique mais d’une faiblesse face à ce que Pie XI appelait le caractère « intrinsèquement pervers » du communisme.
Commander le livre:
Jean Madiran, L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette (75 pages)
Envoyer ses coordonnées complètes avec 15 euros (frais de port compris) par exemplaire à Association Nivoit - 5, rue du Berry - 36250 NIHERNE - France
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NOTES
[1] Entretien à l’agence Zenit le 12 janvier 2007.
[2] La Documentation catholique, n° 2360, 18 juin 2006, p. 568.

lundi 11 décembre 2006

[Aletheia n°102] Le grand œuvre de Benoît XVI

Yves Chiron - Aletheia n°102 - 11 décembre 2006
Le grand œuvre de Benoît XVI - par Yves Chiron
Cette année 2006 qui s’achève aura été riche en actes magistériels de notre pape Benoît XVI (sa première encyclique), en nominations à des postes-clefs, en décisions personnelles (la création de l’Institut du Bon Pasteur), sans oublier la première condamnation du pontificat (l’interdiction d’enseigner au théologien allemand Hasenhüttl, théoricien et praticien de la communion interconfessionnelle). On tiendra pour essentielle sa volonté de continuer ou de renouer des dialogues avec les lointains ou les plus proches (l’Islam, l’orthodoxie, la Fraternité Saint-Pie X, sans oublier, plus discret, mais très riche de promesses, le dialogue avec certains secteurs de l’anglicanisme).
Le motu proprio sur la liturgie traditionnelle, annoncé depuis plus d’un an, retardé à plusieurs reprises, sera, si l’on en croit certaines sources romaines, plus surprenant qu’on ne s’y attend et ne concernera pas que la liturgie traditionnelle.
Il ne faut pas considérer Benoît XVI comme un « pape traditionaliste » – comme on l’a dit bien légèrement – ni même comme un pape qui placerait la question « traditionaliste » au premier rang de ses préoccupations.
Il a une vision historique du présent de l’Eglise – son état de crise, dans un monde dominé par le relativisme – et une vision historique de ce que pourrait être son avenir, c’est-à-dire une vision qui n’est pas binaire et qui ne compte pas sur des retournements brutaux. Le grand œuvre que Benoît XVI a engagé va dans deux directions essentielles : l’unité de l’Eglise et la prière de l’Eglise.
Son souci de l’unité de l’Eglise, face au monde relativiste et aux forces centrifuges, passe par un dialogue prioritaire avec les Orthodoxes. Les problèmes franco-français pourraient faire oublier que, pour le Pape, la réconciliation avec l’Orient orthodoxe est un engagement déterminé. La rencontre récente avec le Patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, n’est que la première étape d’un chemin qui vise au « rétablissement de la pleine communion entre catholiques et orthodoxes ». En 2007, la Commission mixte du dialogue catholique-orthodoxe reprendra ses travaux après six ans d’interruption. La reprise des travaux aura lieu en Italie, à Ravenne. Bartholomée Ier et Benoît XVI pourraient se rencontrer à nouveau à cette occasion et décider de co-présider la Commission.
Le deuxième grand chantier ouvert par le Pape – rendre à la prière de l’Eglise une place centrale et son caractère sacré – prend la voie d’une réforme liturgique continuée. Mais Benoît XVI ne rétablira jamais la liturgie traditionnelle dans sa primauté et son exclusivité. Il l’a explicitement dit lui-même en plusieurs endroits (et j’ai essayé de l’expliquer ici à plusieurs reprises), Benoît XVI veut « réformer la réforme » liturgique engagée après Vatican II et, à long terme, il espère, il aspire à une fusion entre le rite traditionnel et le Novus Ordo Missæ rectifié et réformé ; une fusion par principe d’intégration.
Il l’a écrit, en 2003, au Professeur Barth : « …il faut avancer pas à pas, chaque nouvelle précipitation ne produira pas de bons résultats. Mais je crois que, dans l’avenir, l’Eglise romaine devra avoir à nouveau un seul rite ; l’existence de deux rites est dans la pratique difficilement ”gérable” pour les évêques et pour les prêtres. Le rite romain de l’avenir devrait être un seul rite, célébré en latin ou en langue populaire, mais entièrement fondé dans la tradition du rite ancien ; il pourrait intégrer quelques nouveaux éléments, qui ont fait leurs preuves, comme de nouvelles Fêtes, quelques nouvelles Préfaces dans la messe, un Lectionnaire élargi – un plus grand choix qu’avant, mais pas trop –, une Oratio fidelium, c’est-à-dire une litanie de prières d’intercession après l’Oremus de l’Offertoire, où il avait jadis sa place. [1]»
Que cette ambition – qu’il sait irréalisable dans l’immédiat – passe par la restauration de la liturgie traditionnelle dans son droit de cité dans l’Eglise, n’empêche pas qu’elle contredit les rêves de restauration intégrale et unique des uns et le mélange d’anarchie et de fixisme des autres.
Cette ambition d’une réforme restauratrice en deux temps rencontre des résistances. Certaines oppositions épiscopales françaises ne doivent pas être sous-estimées (elles ont été provisoirement efficaces cet automne). Il en est d’autres qui sont autant, sinon plus, redoutables encore : aux Etats-Unis (refus d’appliquer les instructions reçues de Rome et dérives théologiques différentes des dérives françaises), et aussi en Afrique noire et en Asie (où, là, ce sont les pratiques liées à l’inculturation de la liturgie qui font des ravages).

Abonnement 2007
En 2007, Aletheia poursuivra son œuvre, modeste et libre, d’information, d’analyse et de commentaire.
Avec ce n° 102, Aletheia termine sa VIIe année d’existence. Le contrat passé avec les lecteurs – 15 numéros par an – a été rempli, et même un peu au-delà puisque cette année dix-sept numéros auront été envoyés.
Le nombre des lecteurs d’Aletheia a plus que doublé en 2006. Rappelons qu’il y a trois moyens de lire Aletheia : en se rendant sur le site www.aletheia.free.fr ; en souscrivant un abonnement électronique gratuit ; ou en souscrivant un abonnement papier payant.
Je remercie les lecteurs qui ont d’eux-mêmes déjà renouvelé leur abonnement pour 2007.

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    Association Nivoit 5, rue du Berry 36250 NIHERNE (France)

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NOTE
[1] Traduction intégrale de la lettre in Aletheia n° 89, le19 février 2006.

lundi 4 décembre 2006

[Aletheia n°101] L’Eglise catholique et le Téléthon

Yves Chiron - Aletheia n°101 - 4 décembre 2006

L’Eglise catholique et le Téléthon

Comme chaque année, pour la 20e fois, l’AFM (Association française contre la myopathie) organise les 8 et 9 décembre prochains un Téléthon, grande manifestation de charity business à l’américaine où la télévision va relayer d’innombrables initiatives locales pour récolter de l’argent en faveur des enfants myopathes et de la recherche sur la myopathie.

L’Eglise s’est souvent associée, dans le passé et aujourd’hui encore, à ces manifestations, prêtant des églises pour des concerts, des locaux paroissiaux pour d’autres initiatives, incitant ses fidèles à faire un don au Téléthon ou à devenir bénévoles d’un jour pour cette « grande cause ».

Cette année pourtant, plusieurs évêques ont exprimé leurs inquiétudes ou leur désaccord avec certaines méthodes et certaines finalités de la recherche médicale menée avec l’argent du Téléthon. Mgr Vingt-Trois, archevêque de Paris, a dit que les « catholiques ne pouvaient pas donner un chèque en blanc » au Téléthon.

En 2004, la Cour des Comptes avait publié un rapport qui épinglait les frais de fonctionnement trop élevés de l’AFM. Mais au-delà des questions financières, ce sont des objections morales et doctrinales qui doivent être faites. C’est la question de l’embryon qui est au cœur de la controverse actuelle et aussi la question de la place de l’Eglise dans la Cité.

Je reproduis ici quatre documents qui, chacun à leur manière, éclairent la question.

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Une interview du cardinal Barbarin

Le samedi 2 décembre, le cardinal Barbarin était interrogé, en direct, sur Europe 1 sur le récent voyage de Benoît XVI en Turquie puis sur les objections de l’Eglise au Téléthon. Après avoir rappelé que l’origine du Téléthon a été la mobilisation des familles d’enfants myopathes, et tout en faisant l’éloge des élans de générosité et de solidarité qui se manifeste en ces journées de collecte financière, l’archevêque de Lyon a dénoncé les dérives de certaines recherches financées par l’argent du Téléthon.

Il a aussi fortement réaffirmé le droit pour l’Eglise de faire entendre sa voix. Le président du Comité National d’Ethique, Didier Sicard, avait affirmé la veille : « Elle [l’Eglise] a pleinement le droit, tout à fait respectable, de considérer l’embryon humain comme sacré. Mais elle n’a pas le droit d’en faire une manifestation publique. » (Le Monde, 1er décembre 2006).

Je reproduis ici, sans retouches, les propos tenus l’archevêque de Lyon à ce sujet :

La recherche sur les embryons… Arrêtez ces choses-là. Ce n’est pas parce qu’elles sont légales qu’elles sont bonnes. « On a la loi pour nous » dit-on. Nous, on dit : « Non ». Les catholiques disent cela depuis toujours. Ce n’est pas parce que c’est légal que c’est moral. Pour nous, l’embryon humain n’est pas une chose. Un embryon, on ne peut pas le produire, on ne peut pas le détruire, on ne peut pas l’utiliser, on ne peut pas le trier. Non, non et non. Même si la loi le permet, il faut arrêter de faire çà. Il y a beaucoup de donateurs qui le pensent. Cela met beaucoup de donateurs dans une situation intérieure difficile.

Je dis très haut et très fort que je veux soutenir les familles. À l’origine du Téléthon, il y a quand même les familles qui se sont mobilisées contre ce qu’il ne faut pas considérer comme une fatalité. Ils veulent que leurs enfants vivent. Nous, on veut les soigner, les guérir. Se battre pour le soin et se battre pour la guérison, ce n’est pas tout à fait pareil que se mettre à trier les embryons, à les utiliser et à les détruire comme si c’étaient des choses.

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Un communiqué du Dr Jean-Pierre Dickès, président de l'Association Catholique des Infirmières et Médecins

Le 30 novembre 2006, l’A.C.I.M. (Association Catholique des Infirmières et Médecins), qui entend être fidèle à l’enseignement de l’Eglise en matière de morale, a publié un communiqué qui attire d’autant plus l’attention que son président, le Dr Dickès, parle, sur ce sujet, non seulement en tant que médecin et en tant que catholique, mais aussi comme père et grand-père d’enfants myopathes.

J'écris à la fois en tant que médecin et père d'un enfant myopathe décédé maintenant il y a 8 ans à l'âge de 18 ans et grand-père d'un petit myopathe. Lors de la découverte de la maladie de notre fils, il me fut déclaré que par génie génétique un traitement allait être trouvé dans les deux ans. 25 ans plus tard cet objectif n'a pas été réalisé. Il s'est fait rapidement une dérive dans le cadre du Généthon (alimenté par le Téléthon), dont le but est de tamiser les embryons par le diagnostic pré-implantatoire (DPI), et d'affûter des armes pour le diagnostic préalable in utero (DPN) afin de pratiquer des avortements parfois même la veille de l'accouchement de l'enfant.

Si bien qu'en pratique nos malheureux enfants servent de canard d'appel pour obtenir de l'argent servant à éliminer d'autres myopathes.

Par ailleurs le Généthon s'échine à trouver des moyens de traitement par les cellules souches embryonnaires qui à ce jour n'ont jamais guéri personne, ne donneront des résultats que dans 10 ou 20 ans, s'ils en donnent. Pendant ce temps, nos enfants meurent. Or parallèlement "en aval" des succès thérapeutiques nombreux ont été obtenus. Le plus récent est du 15 novembre dernier (Le Figaro du 17 nov.). Une équipe de Milan a guéri des chiens myopathes avec des cellules souches dites adultes récupérées sur le chien même (allogreffe) ou sur d'autre chiens (hétérogreffes).

Une fois de plus l'AFM se trompe de chemin et trompe l'opinion publique.

Ajoutons que Le Dr Dickès vient de faire paraître avec sa fille, Godeleine Lafargue, docteur en philosophie, un livre intitulé : L’Homme artificiel. Essai sur le moralement correct (Editions de Paris, 304 pages, 29 euros). Ou comment l’évolution des mœurs, des idées et des lois aboutit à un renversement qui est une transgression : « un enfant quand je veux » (contraception), « un enfant si je veux » (avortement), « un enfant comme je veux » (sélection eugéniste). Une partie de la recherche financée par le Téléthon relève de l’eugénisme.

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Une dépêche de l’agence Zénit

[L’Institut de Bioéthique européen, installé à Bruxelles, confirme ce que dit le Dr Dickès : la recherche sur les embryons n’a jamais débouché sur une application thérapeutique. D’autres voies sont possibles.]

ROME, Lundi 27 novembre 2006 (ZENIT.org) – Contrairement aux idées reçues, il apparaît que les cellules souches adultes présentent un énorme potentiel thérapeutique, ce qui ne semble pas le cas des cellules souches embryonnaires, souligne le centre de Bioéthique européen, à Bruxelles (http://www.ieb-eib.org).

Dans son principe, rappelle la même source, la thérapie régénératrice repose sur l’utilisation de cellules souches, mères de tous les types cellulaires de l’organisme. Tandis que le potentiel thérapeutique des cellules souches embryonnaires apparaît toujours plus incertain, en raison d’insurmontables obstacles biologiques, les cellules souches adultes commencent à montrer des capacités étonnantes de réparation des tissus malades, à la fois dans les modèles animaux et les premiers essais cliniques.

C’est pourquoi l’Institut affirme : « Il est d’autant plus important de tenir compte des résultats récents obtenus dans ce domaine que, début décembre, le 7eme programme cadre de recherche européen doit être adopté définitivement en seconde lecture. Il est souhaitable qu’une politique publique de financement de la recherche biomédicale tienne compte des données actuelles de la science ».

Ainsi, ajoute l’Institut de Bruxelles, le Parlement européen et le Conseil des ministres ont l’opportunité de « promouvoir le développement d’une recherche évitant toute transgression sur le plan éthique, tout en offrant des perspectives réalistes sur le plan médical ».

Malgré les sommes colossales investies, la recherche sur les cellules souches embryonnaires n’a débouché sur aucune application thérapeutique, constate l’Institut qui explique la raison de ce résultat : l’obstacle majeur à toute application clinique réside dans l’effet tumorigène des cellules souches embryonnaires injectées.

Les cellules souches adultes, en revanche, affirme l’Institut européen de bioéthique, ne présentent pas cet inconvénient : « Elles peuvent être directement prélevées à partir du tissu adipeux du patient, de sa moelle osseuse ou provenir d’une banque de sang de cordon ombilical. Actuellement, des thérapies régénératrices utilisent ce type de cellules avec succès. Le recours à cette technique a déjà permis de "réparer" des lésions cardiaques, des foies atteints de cirrhose ou de soigner des lésions graves de la moelle osseuse ».

ZF06112708

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Abus de confiance ?

[Article paru dans l’hebdomadaire France Catholique, n°3045, le 3 novembre 2006.]

Les bénévoles qui donneront généreusement de leur temps pour le Téléthon, les téléspectateurs de France Télévision et les donateurs de l'AFM ne sont pas conscients des dérives éthiques qui ternissent l'événement. Mais que peut-on leur dire qui ne produise pas un effet désastreux sur les consciences ?

Avec trente heures de direct télévisé pour la première fois, le Téléthon 2006 n'entend pas rater son vingtième anniversaire, les 8 et 9 décembre prochains. Le marathon emblématique de la générosité cathodique tient, par-delà les modes, grâce à l'énergie de ses organisateurs.

L'association française contre la myopathie (AFM) a été lancée par des parents éprouvés et combatifs dont les enfants étaient frappés par la terrible maladie. Ils ont importé le Téléthon des Etats-Unis à l'initiative de Pierre Birambeau. Cette expérience typique de la charité-business américaine, transposée avec le partenariat de France 2 en 1986, est un succès immédiat. Les enfants dans leurs fauteuils roulants émeuvent les téléspectateurs qui ouvrent largement leur cœur… Les "stars" qui les présentent font le reste : les promesses de don pleuvent, et grimpent chaque année. 104 millions d'euros ont été récoltés lors de la dernière édition. Une somme qui fait de l'AFM le partenaire incontournable de la recherche française. Cette puissance fait grincer des dents, pas seulement par jalousie.

L'AFM pèse dans le sens des recherches qu'elle préconise, et certains se demandent si cette influence est saine. D'autres ont relevé l'étonnant concept de "bénévole rémunéré" qui conduit la présidente de l'association à percevoir un salaire mensuel de 5.900 euros. Interrogée par Le Point en août 2005, Laurence Tiennot-Herment, justifiait cette rémunération par son travail : "Qui fait les déplacements dans les ministères, qui assure le lobbying, qui maintient le dialogue avec le conseil scientifique ?"

Car l'association ne se contente pas de lever et distribuer des fonds, elle fait pression sur les décideurs. Lors du vote par le Sénat des dernières lois bioéthiques, son président faisait parvenir à tous les parlementaires les résultats de la consultation d'un "panel de patients". Ce dernier réclamait l'expérimentation sur l'embryon et le clonage à visée thérapeutique.

L'AFM plaide pour que soient levées les barrières éthiques qui lui paraissent entraver les progrès de la science. Elle est devenue un lobby scientiste performant. Elle héberge depuis deux ans dans son Généthon le professeur Marc Peschanscki. Ami du professeur Hwang jusqu'à la disgrâce du fraudeur Coréen du clonage, c'est l'un des chercheurs français les plus en pointe en matière… de transgression.

Il a obtenu, en juin 2006, les premières autorisations de recherche sur l'embryon humain et codirige la première équipe qui tentera d'obtenir des lignées de cellules embryonnaires en France, légalement.

Comment expliquer pareille dérive ? Si la souffrance a produit une magnifique énergie chez les dirigeants de l'AFM, elle semble aussi avoir anesthésié leur conscience, à moins que l'argent ne leur ait fait tourner la tête. Depuis plus de dix ans le Téléthon présente comme des succès de la science ses "bébéthons" issus du diagnostic préimplantatoire. Sur le site Internet de l'AFM, une mère de famille qui a perdu ses deux aînés de la maladie parle de la naissance de ses trois petites filles valides comme d'une "victoire sur la malchance et sur la mort" sans évoquer le tri embryonnaire dont ont été victimes les frères ou sœurs écartés. Que répondre ?

Pour les observateurs conscients que le respect de l'embryon est un enjeu de civilisation, c'est un crève-cœur de devoir mettre en garde contre le Téléthon : n'a-t-il pas mobilisé les Français en faveur des personnes handicapées et amélioré le sort de beaucoup par des aides que personne n'aurait pu financer ? C'est conscient du gâchis, que l'Alliance pour les Droits de la Vie a lancé, il y a trois ans un "Comité pour sauver l'éthique du Téléthon" qui regroupe des personnes malades refusant les transgressions éthiques à prétexte thérapeutique. De son côté, la Fondation Jérôme Lejeune continue d'alerter avec précision sur les dérives de l'AFM. De nombreuses institutions chrétiennes – écoles et même paroisses – ont cru qu'elles pouvaient s'investir en toute confiance dans l'événement. Cette année, pour la première fois, un diocèse, celui du Var, publie une mise en garde radicale : « il n’est plus possible de participer au Téléthon ».




[Aletheia n°101] L’Eglise catholique et le Téléthon

Aletheia n°101 - 4 décembre 2006

L’Eglise catholique et le Téléthon

Comme chaque année, pour la 20e fois, l’AFM (Association française contre la myopathie) organise les 8 et 9 décembre prochains un Téléthon, grande manifestation de charity business à l’américaine où la télévision va relayer d’innombrables initiatives locales pour récolter de l’argent en faveur des enfants myopathes et de la recherche sur la myopathie.

L’Eglise s’est souvent associée, dans le passé et aujourd’hui encore, à ces manifestations, prêtant des églises pour des concerts, des locaux paroissiaux pour d’autres initiatives, incitant ses fidèles à faire un don au Téléthon ou à devenir bénévoles d’un jour pour cette « grande cause ».

Cette année pourtant, plusieurs évêques ont exprimé leurs inquiétudes ou leur désaccord avec certaines méthodes et certaines finalités de la recherche médicale menée avec l’argent du Téléthon. Mgr Vingt-Trois, archevêque de Paris, a dit que les « catholiques ne pouvaient pas donner un chèque en blanc » au Téléthon.

En 2004, la Cour des Comptes avait publié un rapport qui épinglait les frais de fonctionnement trop élevés de l’AFM. Mais au-delà des questions financières, ce sont des objections morales et doctrinales qui doivent être faites. C’est la question de l’embryon qui est au cœur de la controverse actuelle et aussi la question de la place de l’Eglise dans la Cité.

Je reproduis ici quatre documents qui, chacun à leur manière, éclairent la question.

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Une interview du cardinal Barbarin

Le samedi 2 décembre, le cardinal Barbarin était interrogé, en direct, sur Europe 1 sur le récent voyage de Benoît XVI en Turquie puis sur les objections de l’Eglise au Téléthon. Après avoir rappelé que l’origine du Téléthon a été la mobilisation des familles d’enfants myopathes, et tout en faisant l’éloge des élans de générosité et de solidarité qui se manifeste en ces journées de collecte financière, l’archevêque de Lyon a dénoncé les dérives de certaines recherches financées par l’argent du Téléthon.

Il a aussi fortement réaffirmé le droit pour l’Eglise de faire entendre sa voix. Le président du Comité National d’Ethique, Didier Sicard, avait affirmé la veille : « Elle [l’Eglise] a pleinement le droit, tout à fait respectable, de considérer l’embryon humain comme sacré. Mais elle n’a pas le droit d’en faire une manifestation publique. » (Le Monde, 1er décembre 2006).

Je reproduis ici, sans retouches, les propos tenus l’archevêque de Lyon à ce sujet :

La recherche sur les embryons… Arrêtez ces choses-là. Ce n’est pas parce qu’elles sont légales qu’elles sont bonnes. « On a la loi pour nous » dit-on. Nous, on dit : « Non ». Les catholiques disent cela depuis toujours. Ce n’est pas parce que c’est légal que c’est moral. Pour nous, l’embryon humain n’est pas une chose. Un embryon, on ne peut pas le produire, on ne peut pas le détruire, on ne peut pas l’utiliser, on ne peut pas le trier. Non, non et non. Même si la loi le permet, il faut arrêter de faire çà. Il y a beaucoup de donateurs qui le pensent. Cela met beaucoup de donateurs dans une situation intérieure difficile.

Je dis très haut et très fort que je veux soutenir les familles. À l’origine du Téléthon, il y a quand même les familles qui se sont mobilisées contre ce qu’il ne faut pas considérer comme une fatalité. Ils veulent que leurs enfants vivent. Nous, on veut les soigner, les guérir. Se battre pour le soin et se battre pour la guérison, ce n’est pas tout à fait pareil que se mettre à trier les embryons, à les utiliser et à les détruire comme si c’étaient des choses.

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Un communiqué du Dr Jean-Pierre Dickès, président de l'Association Catholique des Infirmières et Médecins

Le 30 novembre 2006, l’A.C.I.M. (Association Catholique des Infirmières et Médecins), qui entend être fidèle à l’enseignement de l’Eglise en matière de morale, a publié un communiqué qui attire d’autant plus l’attention que son président, le Dr Dickès, parle, sur ce sujet, non seulement en tant que médecin et en tant que catholique, mais aussi comme père et grand-père d’enfants myopathes.

J'écris à la fois en tant que médecin et père d'un enfant myopathe décédé maintenant il y a 8 ans à l'âge de 18 ans et grand-père d'un petit myopathe. Lors de la découverte de la maladie de notre fils, il me fut déclaré que par génie génétique un traitement allait être trouvé dans les deux ans. 25 ans plus tard cet objectif n'a pas été réalisé. Il s'est fait rapidement une dérive dans le cadre du Généthon (alimenté par le Téléthon), dont le but est de tamiser les embryons par le diagnostic pré-implantatoire (DPI), et d'affûter des armes pour le diagnostic préalable in utero (DPN) afin de pratiquer des avortements parfois même la veille de l'accouchement de l'enfant.

Si bien qu'en pratique nos malheureux enfants servent de canard d'appel pour obtenir de l'argent servant à éliminer d'autres myopathes.

Par ailleurs le Généthon s'échine à trouver des moyens de traitement par les cellules souches embryonnaires qui à ce jour n'ont jamais guéri personne, ne donneront des résultats que dans 10 ou 20 ans, s'ils en donnent. Pendant ce temps, nos enfants meurent. Or parallèlement "en aval" des succès thérapeutiques nombreux ont été obtenus. Le plus récent est du 15 novembre dernier (Le Figaro du 17 nov.). Une équipe de Milan a guéri des chiens myopathes avec des cellules souches dites adultes récupérées sur le chien même (allogreffe) ou sur d'autre chiens (hétérogreffes).

Une fois de plus l'AFM se trompe de chemin et trompe l'opinion publique.

Ajoutons que Le Dr Dickès vient de faire paraître avec sa fille, Godeleine Lafargue, docteur en philosophie, un livre intitulé : L’Homme artificiel. Essai sur le moralement correct (Editions de Paris, 304 pages, 29 euros). Ou comment l’évolution des mœurs, des idées et des lois aboutit à un renversement qui est une transgression : « un enfant quand je veux » (contraception), « un enfant si je veux » (avortement), « un enfant comme je veux » (sélection eugéniste). Une partie de la recherche financée par le Téléthon relève de l’eugénisme.

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Une dépêche de l’agence Zénit

[L’Institut de Bioéthique européen, installé à Bruxelles, confirme ce que dit le Dr Dickès : la recherche sur les embryons n’a jamais débouché sur une application thérapeutique. D’autres voies sont possibles.]

ROME, Lundi 27 novembre 2006 (ZENIT.org) – Contrairement aux idées reçues, il apparaît que les cellules souches adultes présentent un énorme potentiel thérapeutique, ce qui ne semble pas le cas des cellules souches embryonnaires, souligne le centre de Bioéthique européen, à Bruxelles (http://www.ieb-eib.org).

Dans son principe, rappelle la même source, la thérapie régénératrice repose sur l’utilisation de cellules souches, mères de tous les types cellulaires de l’organisme. Tandis que le potentiel thérapeutique des cellules souches embryonnaires apparaît toujours plus incertain, en raison d’insurmontables obstacles biologiques, les cellules souches adultes commencent à montrer des capacités étonnantes de réparation des tissus malades, à la fois dans les modèles animaux et les premiers essais cliniques.

C’est pourquoi l’Institut affirme : « Il est d’autant plus important de tenir compte des résultats récents obtenus dans ce domaine que, début décembre, le 7eme programme cadre de recherche européen doit être adopté définitivement en seconde lecture. Il est souhaitable qu’une politique publique de financement de la recherche biomédicale tienne compte des données actuelles de la science ».

Ainsi, ajoute l’Institut de Bruxelles, le Parlement européen et le Conseil des ministres ont l’opportunité de « promouvoir le développement d’une recherche évitant toute transgression sur le plan éthique, tout en offrant des perspectives réalistes sur le plan médical ».

Malgré les sommes colossales investies, la recherche sur les cellules souches embryonnaires n’a débouché sur aucune application thérapeutique, constate l’Institut qui explique la raison de ce résultat : l’obstacle majeur à toute application clinique réside dans l’effet tumorigène des cellules souches embryonnaires injectées.

Les cellules souches adultes, en revanche, affirme l’Institut européen de bioéthique, ne présentent pas cet inconvénient : « Elles peuvent être directement prélevées à partir du tissu adipeux du patient, de sa moelle osseuse ou provenir d’une banque de sang de cordon ombilical. Actuellement, des thérapies régénératrices utilisent ce type de cellules avec succès. Le recours à cette technique a déjà permis de "réparer" des lésions cardiaques, des foies atteints de cirrhose ou de soigner des lésions graves de la moelle osseuse ».

ZF06112708

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Abus de confiance ?

[Article paru dans l’hebdomadaire France Catholique, n°3045, le 3 novembre 2006.]

Les bénévoles qui donneront généreusement de leur temps pour le Téléthon, les téléspectateurs de France Télévision et les donateurs de l'AFM ne sont pas conscients des dérives éthiques qui ternissent l'événement. Mais que peut-on leur dire qui ne produise pas un effet désastreux sur les consciences ?

Avec trente heures de direct télévisé pour la première fois, le Téléthon 2006 n'entend pas rater son vingtième anniversaire, les 8 et 9 décembre prochains. Le marathon emblématique de la générosité cathodique tient, par-delà les modes, grâce à l'énergie de ses organisateurs.

L'association française contre la myopathie (AFM) a été lancée par des parents éprouvés et combatifs dont les enfants étaient frappés par la terrible maladie. Ils ont importé le Téléthon des Etats-Unis à l'initiative de Pierre Birambeau. Cette expérience typique de la charité-business américaine, transposée avec le partenariat de France 2 en 1986, est un succès immédiat. Les enfants dans leurs fauteuils roulants émeuvent les téléspectateurs qui ouvrent largement leur cœur… Les "stars" qui les présentent font le reste : les promesses de don pleuvent, et grimpent chaque année. 104 millions d'euros ont été récoltés lors de la dernière édition. Une somme qui fait de l'AFM le partenaire incontournable de la recherche française. Cette puissance fait grincer des dents, pas seulement par jalousie.

L'AFM pèse dans le sens des recherches qu'elle préconise, et certains se demandent si cette influence est saine. D'autres ont relevé l'étonnant concept de "bénévole rémunéré" qui conduit la présidente de l'association à percevoir un salaire mensuel de 5.900 euros. Interrogée par Le Point en août 2005, Laurence Tiennot-Herment, justifiait cette rémunération par son travail : "Qui fait les déplacements dans les ministères, qui assure le lobbying, qui maintient le dialogue avec le conseil scientifique ?"

Car l'association ne se contente pas de lever et distribuer des fonds, elle fait pression sur les décideurs. Lors du vote par le Sénat des dernières lois bioéthiques, son président faisait parvenir à tous les parlementaires les résultats de la consultation d'un "panel de patients". Ce dernier réclamait l'expérimentation sur l'embryon et le clonage à visée thérapeutique.

L'AFM plaide pour que soient levées les barrières éthiques qui lui paraissent entraver les progrès de la science. Elle est devenue un lobby scientiste performant. Elle héberge depuis deux ans dans son Généthon le professeur Marc Peschanscki. Ami du professeur Hwang jusqu'à la disgrâce du fraudeur Coréen du clonage, c'est l'un des chercheurs français les plus en pointe en matière… de transgression.

Il a obtenu, en juin 2006, les premières autorisations de recherche sur l'embryon humain et codirige la première équipe qui tentera d'obtenir des lignées de cellules embryonnaires en France, légalement.

Comment expliquer pareille dérive ? Si la souffrance a produit une magnifique énergie chez les dirigeants de l'AFM, elle semble aussi avoir anesthésié leur conscience, à moins que l'argent ne leur ait fait tourner la tête. Depuis plus de dix ans le Téléthon présente comme des succès de la science ses "bébéthons" issus du diagnostic préimplantatoire. Sur le site Internet de l'AFM, une mère de famille qui a perdu ses deux aînés de la maladie parle de la naissance de ses trois petites filles valides comme d'une "victoire sur la malchance et sur la mort" sans évoquer le tri embryonnaire dont ont été victimes les frères ou sœurs écartés. Que répondre ?

Pour les observateurs conscients que le respect de l'embryon est un enjeu de civilisation, c'est un crève-cœur de devoir mettre en garde contre le Téléthon : n'a-t-il pas mobilisé les Français en faveur des personnes handicapées et amélioré le sort de beaucoup par des aides que personne n'aurait pu financer ? C'est conscient du gâchis, que l'Alliance pour les Droits de la Vie a lancé, il y a trois ans un "Comité pour sauver l'éthique du Téléthon" qui regroupe des personnes malades refusant les transgressions éthiques à prétexte thérapeutique. De son côté, la Fondation Jérôme Lejeune continue d'alerter avec précision sur les dérives de l'AFM. De nombreuses institutions chrétiennes – écoles et même paroisses – ont cru qu'elles pouvaient s'investir en toute confiance dans l'événement. Cette année, pour la première fois, un diocèse, celui du Var, publie une mise en garde radicale : « il n’est plus possible de participer au Téléthon ».