mercredi 21 février 2007

[Aletheia n°105] « Combats » ou réformes ? - par Yves Chiron

Aletheia n°105 - 21 février 2007
« Combats » ou réformes ? - par Yves Chiron
Le motu proprio sur la messe traditionnelle, qui portera aussi sur « la nouvelle messe » dit-on à Rome, est toujours en attente de publication. Le 17 février dernier, lors de la célébration, à Paris, du 30e anniversaire de la « prise » de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, a reconnu : « Jusqu’où va-t-il ? Nous n’en savons franchement rien. »
Il a insisté surtout sur la nécessité de poursuivre le « combat ». La publication d’un motu proprio sur la messe ne sera qu’une étape, a estimé Mgr Fellay. Il a ajouté : « Est-ce que cela veut dire la fin d’un combat ? […] Si vous le pensez, vous vous trompez. […] L’histoire de notre combat pour la Tradition n’est pas finie. […] Notre combat n’est pas que la messe. […] Il y a tout le reste. Et cela nous vaudra encore de bons combats. »
Cette position du Supérieur général de la FSSPX est, bien sûr, celle de l’abbé Grégoire Celier dans les entretiens qu’il a eus avec Olivier Pichon et qui sont publiés dans un volume à paraître le 2 mars. L’ouvrage, déjà annoncé dans le précédent numéro d’Aletheia, s’intitule : Benoît XVI et les traditionalistes. Le titre est assez trompeur, car il est, finalement, peu question de Benoît XVI, de ce qu’il a déjà accompli en tant que Souverain Pontife et de sa vision ecclésiale. Mais le livre mérite d’être lu car il expose, de manière approfondie et claire, la perception de la crise de l’Eglise qu’a la FSSPX[1].
L’abbé Celier, qui joue un rôle grandissant dans la communication de la FSSPX, répond aux questions d’Olivier Pichon, ancien professeur en classe préparatoire, agrégé d’histoire, ancien élu politique, directeur du magazine bimensuel Monde et Vie depuis 2003. Ce magazine, qui a été longtemps l’écho de la FSSPX en France, a, depuis 2003, pris davantage d’indépendance.
C’est Jean-Luc Maxence, rédacteur à Monde et Vie, et directeur  de la collection « Connivences » aux éditions Entrelacs, qui est à l’origine de ce livre d’entretiens. Le ton entre les deux interlocuteurs est libre, même si l’on comprend bien, à lire le livre, que les questions et les réponses n’ont pas fait seulement l’objet d’un dialogue oral mais aussi d’un travail écrit. Olivier Pichon pose des questions sans concession, poussant l’abbé Celier dans ses retranchements,  bien qu’il n'arrive pas toujours à obtenir de réponse claire de la part de son interlocuteur[2].
On passera sur les quelques erreurs factuelles, telle celle de faire figurer le grand théologien suisse Hans Urs von Balthasar parmi les représentants de la « nouvelle théologie » au concile Vatican II. Balthasar ne fut point parmi les « periti » officiels  du concile ni même théologien de quelque évêque ; il en fut d’ailleurs quelque peu chagriné.
Autre point historiquement contestable : le rôle des six observateurs non-catholiques au sein du Consilium créé en 1964 pour mettre en œuvre la réforme liturgique voulue par Paul VI. L’abbé Celier, à la suite de nombreux auteurs et journalistes traditionalistes depuis plus de trente ans, majore leur rôle et leur influence et les voit comme les agents d’une protestantisation de la nouvelle messe. Mgr Bugnini, qui fut le secrétaire de ce Consilium, a contesté cette influence dans son gros livre sur la réforme liturgique[3].
Qu’ils n’aient pas été inactifs et silencieux, on en conviendra aisément. Les recherches en cours de Stéphane Wailliez montreront sans doute l’influence réelle qu’ils ont pu avoir. Mais, on voit mal comment ces 6 « observateurs », anglicans et  protestants, auraient pu avoir un rôle déterminant dans un Consilium qui a compté 58 « membres », plus de 150 « consulteurs » et plus de 70 « conseillers ».
J’ajouterai qu’un de ces observateurs non-catholiques, Max Thurian, s’est converti ensuite au catholicisme et il est devenu prêtre. Lui qui avait écrit, en 1969, que la « nouvelle messe » pouvait être dite par des protestants (« théologiquement c’est possible » écrivait-il), a été, dans les années 1990,  très sévère pour l’application de la réforme liturgique.
Cela dit, on sera tout à fait d’accord avec l’abbé Celier pour estimer que dans cette question de la réforme liturgique, « Paul VI n’a été ni trompé, ni circonvenu : il a su, il a voulu, et on ne peut l’exonérer de la responsabilité première de la situation actuelle de la liturgie. »
On sera attentif aussi  aux éléments positifs qu’il reconnaît dans la réforme liturgique : « Une partie de ce qui a été mis en œuvre dans la réforme liturgique postconciliaire est d’ailleurs intéressant. Par exemple, le fait d’allumer le cierge pascal au cours du baptême constitue une innovation, mais qui se trouve profondément en accord avec la tradition liturgique. Personnellement, je trouve que saint Pie V a eu la main un peu lourde en supprimant certaines préfaces : on pourrait songer à les réintroduire. Mgr Lefebvre, pour sa part, était favorable à ce que les lectures du début de la messe (ce que l’on appelle aujourd’hui la « liturgie de la Parole ») soient faites face au peuple, et non pas à l’autel. Nous ne sommes pas des opposants de principe à toute réforme liturgique ».
Ce genre de propos est trop peu souvent lu sous la plume de prêtres de la FSSPX pour ne pas être relevé. Plus loin, on lira les pages sur l’avenir possible de la liturgie en France : la « messe pipaule » (mélange du rite « Pie » et du rite « Paul »). Hormis ceux qui peuvent, et pourraient à l’avenir, célébrer exclusivement selon le rite traditionnel, l’abbé Celier pense que les autres prêtres pourraient, progressivement, « réenraciner dans la tradition liturgique la liturgie qu’ils célèbrent en public (donc la liturgie nouvelle) », en y important « tout simplement des parties de la liturgie traditionnelle qu’ils célèbrent plus occasionnellement. »
Cette vision, assortie d’un nom comique, n’est pas loin de celle de la « réforme de la réforme » évoquée depuis longtemps par celui qui est devenu le pape Benoît XVI.
Les analyses de l’abbé Celier sur le concile Vatican II constituent une autre partie importante du livre. Même s’il ne le dit pas, on sait que pendant très longtemps, les textes du concile Vatican II n’étaient pas étudiés dans les séminaires de la FSSPX.  L’abbé Celier pense le moment venu d’ une « étude vraiment globale, vraiment systématique et vraiment scientifique du concile » par la FSSPX[4].
On trouvera d’autres analyses intéressantes dans ce livre de dialogues. Les évêques de France qui, pour la plupart, n’ont qu’une connaissance superficielle de la FSSPX, pourraient le lire avec profit. Même s’ils risquent de conclure comme Olivier Pichon : « J’ai beaucoup appris en votre compagnie, même si je ne suis pas convaincu en tout point par vos explications. »
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[1] Olivier Pichon et abbé Grégoire Celier, Benoît XVI et les traditionalistes, Editions Entrelacs (204 boulevard Raspail, 75014 Paris), 250 pages.
[2] Évoquant le protocole d’accord signé le 5 mai 1988 entre Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger, protocole rompu par le premier le lendemain, l’abbé Celier estime : « il aurait été rompu de toutes les façons par le cardinal Ratzinger le 7 mai ou à peu près ». Son interlocuteur s’étonne : « Etes-vous bien sûr que le cardinal Ratzinger, compte tenu de ce que nous savons maintenant de lui comme pontife, aurait rompu l’accord ? ». L’abbé Celier se contente d’affirmer : « chacun est allé à la limite de son élasticité et a compris que, pour le moment, l’accord n’est pas vraiment possible ». La position du cardinal Ratzinger était, me semble-t-il, très différente.
[3] Annibale Bugnini, La Riforma liturgica (1948-1975), Rome, CLV-Edizioni liturgiche, 1983, p. 203-205.
[4] Il en arrive ainsi  à considérer – même s’il ne les cite pas – les colloques sur le concile Vatican II organisés par des institutions de la FSSPX ou proches d’elle comme des « premières analyses forcément fragmentaires ».

dimanche 28 janvier 2007

[Aletheia n°104] Les quatre refus de la FSSPX

Yves Chiron - Aletheia n°104 - 28 janvier 2007
Les quatre refus de la FSSPX - par Yves Chiron
Alors que le motu proprio de Benoît XVI sur la messe est toujours en attente de publication, la Fraternité Saint-Pie X, à travers ses instances officielles, s’est exprimée ces dernières semaines dans une tonalité de fermeté ou de refus qui est significative du non possumus que, depuis 1988 au moins, elle maintient.
Les quatre prises de position que je vais citer ont été publiques. On ne peut accuser la FSSPX de tenir un double langage. En revanche, il n’est pas sûr que les lecteurs d’Aletheia – qui, pour leur plus grand nombre, ne sont pas familiers des moyens de communication de la FSSPX ou des lieux où elle s’exprime – en aient eu connaissance. Aussi, sans porter de jugement sur les prises de position exprimées, je crois utile de les rapporter, le plus objectivement possible, dans leur ordre de succession en ce mois de janvier 2007.



Benoît XVI à la mosquée bleue : « un scandale »
L’abbé Grégoire Celier, qui dirige encore pour quelques mois la principale revue de la FSSPX (Fideliter) et sa maison d’éditions (Clovis), intervient de plus en plus souvent au nom de la Fraternité Saint-Pie X pour expliquer les positions de la Fraternité fondées Mgr Lefebvre. Ses interventions laissent présager du rôle qui sera le sien, à l’avenir, dans la politique de communication de la FSSPX.
Lors du voyage qu’il a accompli en Turquie, Benoît XVI a visité, le 30 novembre dernier, la célèbre mosquée bleue d’Istanbul. Au cours de cette visite, le Pape et le Grand Mufti qui l’accompagnait se sont arrêtés, un moment : le Mufti priant en silence, le Pape se recueillant dans une méditation silencieuse.
Cette image a scandalisé certains catholiques, le site sédévacantiste Virgo Maria y voyant même une « apostasie » de Benoît XVI. L’abbé Celier, dans un article publié le 3 janvier 2007 sur le site internet de la FSSPX en France (La Porte Latine), n’emploie pas ce mot, mais il estime que c’est un « acte mauvais en soi » et « un scandale, au sens réel et étymologique » car « il induit les âmes au péché, dans ce qui est le plus grave, la confession de la foi ». L’abbé Celier, pour mieux faire connaître cette prise de position de la FSSPX, a réalisé, en urgence, une brochure qui reprend le texte diffusé sur internet, accompagné de diverses photographies[1].
Le geste de Benoît XVI à Istanbul s’inscrirait dans la logique des réunions inter-religieuses organisées par Jean-Paul II à Assise. S’il écarte, avec bon sens, le « soupçon d’adhésion implicite à l’islam », l’abbé Celier estime que le Pape a posé un acte qui « encourage l’opinion commune que les diverses traditions religieuses se valent plus ou moins, qu’aucune religion ne détient la totalité de la vérité ». Par ce « geste » de méditation silencieuse dans une mosquée le Pape « participe à la diffusion du relativisme religieux ».
On remarquera que les explications que Benoît XVI a fournies sur son geste et sa « médiation » dans la mosquée d’Istanbul ne sont pas citées une seule fois par l’abbé Celier, ni le commentaire qui a été donné ensuite par le P. Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Vatican.



« Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique »
Le 7 janvier dernier, clôturant à Paris le VIIe Congrès théologique organisé par la revue Si si No no, l’Institut Universitaire Saint-Pie X et DICI, congrès consacré aux crises de l’Eglise, le Supérieur général de la FSSPX, Mgr Fellay, a fait une longue conférence pour montrer que dans la crise actuelle de l’Eglise, c’est le sacerdoce lui-même qui a été atteint[2]. S’appuyant sur de nombreuses et longues citations de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay a montré que celui-ci avait d’abord voulu fonder une œuvre de préservation et de transmission du sacerdoce « dans toute sa pureté doctrinale, dans toute sa charité missionnaire ». Reprenant une expression de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay estime que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est « l’Œuvre à laquelle Dieu va confier l’Arche d’Alliance du Nouveau Testament ».
Faisant allusion, notamment, à la déclaration sur la liberté religieuse, à la constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde et au décret sur l’œcuménisme, Mgr Fellay estime que « Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique ».



Benoît XVI : « un moderniste » et « un « hérétique »
Vatican II : à mettre « tout entier à la poubelle »
Dans les jours qui ont suivi ce Congrès théologique, Mgr Williamson, un des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988, a donné une interview à l’hebdomadaire Rivarol (numéro du 12 janvier 2007).
Dans cet entretien, accordé au journaliste Jérôme Bourbon, Mgr Williamson porte des jugements très sévères sur Benoît XVI, dans des termes que je ne commenterai pas : « Si un moderniste est quelqu’un qui veut adapter l’Eglise Catholique au monde moderne, certainement Benoît XVI est un moderniste. Il croit toujours que l’Eglise doit se réapproprier les valeurs de la Révolution française. Peut-être admire-t-il moins le monde moderne que Paul VI, mais il l’admire encore beaucoup trop. Ses écrits passés sont pleins d’erreurs modernistes. Or, le modernisme est la synthèse de toutes les hérésies (Pascendi, saint Pie X). Donc, comme hérétique, Ratzinger dépasse de loin les erreurs protestantes de Luther comme l’a très bien dit Mgr Tissier de Mallerais. »
Mgr Williamson estime encore que les actes du concile Vatican II « sont beaucoup trop subtilement et profondément empoisonnés pour qu’il faille les réinterpréter. Un gâteau en partie empoisonné va tout entier à la poubelle ! ».
Dans une vision providentialiste de l’histoire de l’Eglise, Mgr Williamson estime « ou bien dans cinq, dix, vingt ans Dieu intervient avec un châtiment exemplaire pour rétablir l’ordre, ou bien l’Eglise en sera à gémir dans les catacombes, en attendant cette intervention. De toute façon, la situation actuelle est irrécupérable par des efforts purement humains. »



« Pas d’accord à court terme avec Rome »
Avec un Pape qui crée « scandale », qui est « moderniste » et « hérétique », qui ne met pas « à la poubelle » un concile « empoisonné », il n’y a pas d’accord « à court terme » possible : voilà, en substance, la position actuelle de la FSSPX.
Ce résumé de la situation, à partir des textes cités ci-dessus, trahit-il ou caricature-t-il la position actuelle de la FSSPX ?
Je ne le pense pas. Et, tout en tenant compte que les analyses et prises de position des uns n’équivalent peut-être pas celles des autres, et que l’autorité des uns n’équivaut pas à celles des autres, on doit bien considérer que la FSSPX reste dans une position de « Non possumus ».
Même si le Pape publie un indult accordant une plus grande liberté à la messe traditionnelle et lève solennellement l’excommunication qui frappe les quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre, « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome ».
C’est la position qu’expose l’abbé Grégoire Celier dans un ouvrage à paraître Benoît XVI et les traditionalistes. Le livre doit être publié le 12 mars prochain aux éditions Entrelacs, une filiale du groupe Albin Michel. C’est un livre d’entretiens entre l’abbé Celier et Olivier Pichon, directeur du magazine Monde et Vie, ancien élu du Front National et du M.N.R.
Il est significatif que l’ouvrage soit annoncé à paraître le 12 mars. Que d’ici là, le motu proprio « libérateur » de la messe traditionnelle ait été publié ou pas, la position de la FSSPX n’en sera pas changée. Car, en disant « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome », l’abbé Celier n’exprime pas, bien sûr, une opinion personnelle, il s’exprime, comme dans toutes ses initiatives et tous ses écrits publics, avec l’accord de ses supérieurs. C’est donc bien la position officielle de la FSSPX qu’il développe dans cet ouvrage à paraître.
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NOTES
[1] Abbé Grégoire Celier, D’Assise à Istanbul, A L’Enseigne du Petit-Pont, 12 pages, 2 euros. La brochure est disponible à la Librairie France-Livres, 6 rue du Petit-Pont, 75005 PARIS.
[2] Les actes de ce Congrès seront publiés dans les mois à venir. Des comptes-rendus, d’une tonalité assez différente, ont été publiés sur le site de la FSSPX, La Porte Latine, et sur le site sédévacantiste Virgo Maria.

samedi 13 janvier 2007

[Aletheia n°103] L’affaire Wielgus - Anatomie d’un lynchage - Jean Madiran - L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette

Yves Chiron - Aletheia n°103 - 13 janvier 2007
L’affaire Wielgus - Anatomie d’un lynchage
Je ne reviendrai pas sur les péripéties de l’affaire Wielgus dont on peut résumer la chronologie en quelques lignes :
• 6 décembre 2006 : nomination de Mgr Stanislas Wielgus comme archevêque de Varsovie, en remplacement du cardinal Glemp.
• 20 décembre : l’hebdomadaire polonais Gazeta polska accuse Mgr Wielgus d’avoir collaboré avec le SB (Sluzba Bezpieczenstwa), l’ancienne police secrète communiste.
• 21 décembre : Benoît XVI prend la défense du nouvel archevêque de Varsovie dans un communiqué publié par le Bureau de Presse du Vatican : « En décidant de la nomination du nouvel archevêque métropolite de Varsovie, le Saint-Siège a pris en considération toutes les circonstances de sa vie, dont également celles qui concernent son passé. Cela signifie que le Saint-Père nourrit envers Mgr Stanislas Wielgus une confiance totale, et, en pleine confiance, il lui a confié la mission de pasteur de l’archidiocèse de Varsovie ».
• 2 janvier 2007 : le Nonce à Varsovie demande à l’Institut de la Mémoire Nationale (I.P.N., Instytut Pamieci Narodowej) le dossier de Mgr Wielgus.
• 3 et 4 janvier : des documents relatifs à Mgr Wielgus, à l’époque où il « collaborait » avec le SB, sont publiés dans la presse polonaise.
• 5 janvier : Mgr Wielgus est investi canoniquement dans la cathédrale de Varsovie. Ce même jour, dans un communiqué rendu public quelques heures auparavant, il avait nié avoir nui à l’église catholique polonaise même s’il reconnaissait avoir signé, en 1978, « sous la menace » précisait-il, une attestation de collaboration avec le SB.
• 6 janvier : dans un message lu dans les églises de Varsovie, Mgr Wielgus reconnaît avoir eu des « contacts avec les services secrets de cette époque ». « Guidé par le désir de faire des études importantes pour ma spécialisation scientifique, je me suis laissé entraîner dans ces contacts sans la prudence nécessaire, le courage et la détermination d’y mettre fin […] mais j’affirme aujourd’hui avec une conviction totale n’avoir pratiqué la délation à l’égard de personne, ni avoir cherché à nuire à quelqu’un ». Il implore le pardon de Dieu et demande aux fidèles de l’accueillir comme « un frère qui souhaite unir et pas diviser, prier et unir le peuple de l’Eglise, dans l’Eglise des saints et des pécheurs, que nous sommes tous ».
À la fin de ce même message, Mgr Wielgus ajoute : « Je déclare au Saint-Père avec toute humilité que je respecterai sa décision, quelle qu’elle soit. »
Ce même-jour, la copie du dossier de Mgr Wielgus, envoyée par l’I.P.N., arrive à Rome. En fin de soirée, Benoît XVI fait demander à Mgr Wielgus de remettre sa démission, en vertu de l’article suivant du droit canon : « L’évêque diocésain qui, pour une raison de santé ou pour tout autre cause grave, ne pourrait plus remplir convenablement son office, est instamment prié de présenter la renonciation à cet office. » (Code de droit canonique, canon 401, § 2).
• 7 janvier : dans la cathédrale de Varsovie, Mgr Wielgus annonce, en larmes, sa « renonciation » à son siège archiépiscopal.

Qu’est-ce que « collaborer » ?
Un archevêque, acculé à la démission, le jour-même où il doit prendre solennellement possession de son siège est, bien sûr, un événement quasiment inédit dans l’histoire de l’Eglise.
On se trompe vraiment en résumant cet épisode à une « erreur de casting », comme l’a fait un autre archevêque. Je ne crois pas du tout que le nonce en Pologne, chargé de préparer les nominations épiscopales, ni Benoît XVI, qui a pris la décision finale, aient été trompés ou mal informés. Certes les documents issus des archives de l’ancienne police secrète communiste n’ont été connus du Saint-Siège qu’après la nomination, mais les liens de Mgr Wielgus avec le SB ont été connus du Pape avant la nomination officielle.
Les consultations pour nommer un successeur au cardinal Glemp avaient été longues. Dans l’épiscopat polonais, plusieurs prétendants espéraient être promus à la tête du diocèse le plus peuplé de Pologne. La Congrégation pour les évêques, présidée par le cardinal Re, avait examiné, avant l’été, le dossier de trois candidats (l’archevêque de Lublin, l’archevêque de Przemysl et l’évêque de Tarnow). Finalement, le choix du Saint-Siège s’est porté sur un autre évêque, Mgr Wielgus, évêque du petit diocèse de Plock.
C’est un point qui a été peu relevé : Mgr Wielgus est évêque depuis 1999. Une enquête sur son passé avait donc déjà eu lieu à ce moment-là.Quand Jean-Paul II l’a nommé au siège de Plock, personne n’a mis en cause publiquement le passé de Mgr Wielgus. Ses faiblesses passées étaient-elles connues de Jean-Paul II ? On n’en sait rien à ce jour. En tout cas, Benoît XVI en a été informé, par l’intéressé lui-même, avant qu’il ne le nomme officiellement à Varsovie.
Mgr Wielgus l’a dit explicitement dans son message du 6 janvier : « J’ai présenté au Saint-Père l’histoire de mon implication et mes contacts avec les services secrets de cette époque » et aussi : « Je confesse devant vous cette erreur que j’ai commise pendant des années, comme je l’ai déjà confessée au Saint-Père ».
Mgr Wielgus n’est pas le seul ecclésiastique à avoir collaboré avec le régime communiste polonais. 10 % des ecclésiastiques polonais, estiment les historiens, ont collaboré, d’une manière ou d’une autre, avec le régime communiste.
Encore faut-il s’entendre sur ce qu’a signifié cette collaboration. Il y a eu, forcément, des degrés divers dans cette collaboration : simples conversations, participation au grand jour à des initiatives du régime, espionnage, délation, etc.
Mgr Wielgus a affirmé et soutient toujours qu’il n’a dénoncé personne et qu’il n’a « cherché à nuire à personne ». Un jugement sur l’implication réelle de Mgr Wielgus ne pourra se faire qu’après une étude des documents existants.
L’historien polonais Peter K. Raina, qui a publié de nombreux ouvrages consacrés à l’histoire contemporaine de l’Eglise en Pologne, a indiqué les différents moyens employés par la police secrète communiste pour amener des prêtres à « collaborer » et en quoi consistait cette collaboration :
« On faisait tout pour compromettre le prêtre et ensuite le soumettre au chantage. La pratique commune était de rassembler le plus de renseignements possibles sur le compte de chaque prêtre : s’il aimait l’alcool ou les femmes, s’il était frustré dans son travail. Souvent, on employait des agents féminins pour le conduire à des situations compromettantes ; on le photographiait en cachette ou bien l’agent féminin annonçait qu’elle était enceinte. Soumis alors au chantage, le prêtre recevait une proposition de collaborer avec la police secrète. La collaboration avec le SB consistait à fournir des informations sur ses activités de curé, sur la situation de sa paroisse, sur les comportements et convictions de l’évêque, etc. […] L’une des armes de chantage les plus utilisées par les Services Secrets était la concession d’un passeport pour pouvoir voyager à l’étranger. Tout citoyen qui en faisait la demande était invité à se rendre dans les bureaux du S.B. Dans ce cas-là aussi c’était la politique du “donnant donnant“ : le citoyen recevait son passeport s’il promettait de fournir des informations, et les Services voulaient tout savoir sur les personnes. Bien sûr, cette règle valait aussi pour les prêtres qui, pour pouvoir aller étudier à l’étranger (tant de prêtres rêvaient de visiter Rome et de poursuivre leurs études sur les bancs des Universités pontificales) ou devenir missionnaires, devaient demander un passeport. D’habitude les prêtres racontaient des faits sans aucune importance, juste de quoi satisfaire la personne en charge des services qui prenait des notes sur tout.[1] »

Le pardon
Si l’on revient au cas Wielgus, on constate qu’il s’est trouvé exactement dans cette situation en 1978. Sollicitant un visa pour se rendre en Allemagne, pour une nouvelle année d’études à Munich, la police secrète l’a contraint « sous la menace » à signer une déclaration dans laquelle il reconnaissait avoir collaboré avec le SB. Cette « collaboration » était ancienne, puisque les premiers contacts remontent à 1969. Mais, à ce jour, l’ampleur de cette collaboration et les conséquences qu’elle a éventuellement eues n’ont pas été mises à jour.
Le P. Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Saint-Siège, a fait une déclaration importante après la démission de Mgr Wielgus. Le P. Lombardi fait justement remarquer que, même si la renonciation de ce dernier a été « la meilleure solution pour répondre au trouble créé en Pologne », « le cas de Mgr Wielgus n’est pas le premier, et qu’il ne sera probablement pas la dernière agression contre des personnalités de l’Eglise de Pologne basée sur les archives des services secrets de l’ancien régime. Dans l’évaluation de ce matériau colossal et dans les conclusions à en tirer, on n’oubliera pas qu’il est le produit d’un système politique cultivant l’oppression et le chantage ».
Si Benoît XVI a cru pouvoir nommer à l’archevêché de Varsovie un ecclésiastique jadis compromis avec la police secrète communiste, c’est qu’il a jugé que cette « collaboration », reconnue par l’intéressé, n’avait pas eu de conséquences graves et qu’elle avait été le résultat d’une faiblesse de l’intéressé et non pas d’une volonté de nuire ou d’une quelconque sympathie pour l’idéologie communiste et son système.
Si on veut trouver une des clefs de la nomination de Mgr Wielgus au siège de Varsovie, on peut se rapporter au discours de Benoît XVI, prononcé justement à Varsovie, le 25 mai dernier. Le Pape s’adressait à plusieurs centaines de prêtres polonais, en présence du cardinal primat, le cardinal Glemp, et de plusieurs dizaines d’évêques, parmi lesquels Mgr Wielgus qui n’avait pas encore été pressenti comme possible successeur du cardinal Glemp.
Évoquant la douloureuse époque du communisme et des compromissions des uns et des autres, Benoît XVI demandait à l’Eglise polonaise de pardonner :
« Nous savons que l’Eglise est sainte, mais qu’il y a des pécheurs parmi ses membres . Nous avons besoin de rejeter le désir de nous identifier seulement avec ceux qui sont sans fautes. Comment l’Eglise pourrait-elle exclure les pécheurs de ses rangs ? C’est pour leur salut que Jésus a pris chair, est mort et ressuscité. Nous devons par conséquent apprendre à vivre la pénitence chrétienne avec sincérité. En la pratiquant, nous confessons nos fautes individuelles, en union avec les autres, devant les autres et devant Dieu. Pourtant, il nous faut nous garder de la prétention arrogante de nous établir de nous-mêmes juges des générations passées, qui vivaient des temps différents en des circonstances différentes. Une humble sincérité est nécessaire pour ne pas nier les fautes du passé mais en même temps ne pas s’abandonner aux accusations faciles en absence de toute évidence ou sans égard pour les conceptions reçues, différentes à l’époque.[2] »
Le refus des « accusations faciles » et la prise en considération des « circonstances différentes » dans des « temps différents » qui ont guidé le choix de Benoît XVI n’ont, à l’évidence, pas été compris par ceux qui en Pologne, et ailleurs, dans le clergé et hors du Clergé, ont réclamé la tête de Mgr Wielgus.

Jean Madiran - L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette
(Éditions de Paris, 75 pages, 15 euros)
Au moment où l’affaire Wielgus secoue l’Eglise polonaise et l’opinion publique mondiale, Jean Madiran écrit dans son dernier livre : « L’Internationale communiste a causé à l’Eglise, au XXe siècle, des dégâts dont une grande partie, en ce début du XXe siècle, n’est pas encore réparée ».
L’affaire Wielgus, survenue juste après la publication du livre de Jean Madiran, est une illustration de ces « dégâts » postérieurs.
Le livre de Jean Madiran est consacré principalement à un fait majeur de l’histoire de l’Eglise depuis le concile Vatican II : la non-condamnation du communisme. C’est Jean-Paul II qui apportera la « délivrance » en usant d’une méthode habile : « contre-attaquer le communisme sans le nommer », par ses voyages en Pologne qui suscitent « une massive espérance mobilisatrice », inédite « méthode de réanimation et de gouvernement de l’Eglise » en Pologne.
L’origine de cette non-condamnation se trouve dans ce que Jean Madiran appelle « l’Accord de Metz ». En septembre 1962, à Metz, le cardinal Tisserant et Mgr Nicomède, représentant de l’Eglise orthodoxe russe, ont conclu un accord : les orthodoxes russes répondraient à l’invitation d’envoyer des observateurs au concile Vatican II qui devait s’ouvrir « à la condition de garanties en ce qui concerne l’attitude apolitique du concile ».
C’est Mgr Schmitt, évêque de Metz, qui a révélé l’accord lors d’un entretien au journal local, Le Lorrain (9.2.1963) ; la Croix s’est contentée, à l’époque, de faire discrètement écho à cette révélation.
Durant le concile Vatican II, plusieurs évêques, ignorant l’Accord de Metz, demanderont la condamnation du communisme. Il y a eu, notamment, en 1965 une pétition signée par quelque 450 évêques (parmi lesquels 13 français) ; la pétition sera « égarée » suffisamment longtemps pour ne pouvoir être prise en compte.
Chaque chapitre du livre de Jean Madiran est suivi de « Notes techniques » et de « Documents » qui viennent apporter la preuve de la démonstration. On peut légitimement mettre au compte de « l’esprit du Concile » cette non-condamnation du communisme, même si « l’esprit du Concile » ce fut bien d’autres choses, négatives ou positives. Cette non-condamnation favorisa une non-résistance au communisme.
L’affaire Wielgus est l’illustration non d’une connivence idéologique mais d’une faiblesse face à ce que Pie XI appelait le caractère « intrinsèquement pervers » du communisme.
Commander le livre:
Jean Madiran, L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette (75 pages)
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NOTES
[1] Entretien à l’agence Zenit le 12 janvier 2007.
[2] La Documentation catholique, n° 2360, 18 juin 2006, p. 568.

lundi 11 décembre 2006

[Aletheia n°102] Le grand œuvre de Benoît XVI

Yves Chiron - Aletheia n°102 - 11 décembre 2006
Le grand œuvre de Benoît XVI - par Yves Chiron
Cette année 2006 qui s’achève aura été riche en actes magistériels de notre pape Benoît XVI (sa première encyclique), en nominations à des postes-clefs, en décisions personnelles (la création de l’Institut du Bon Pasteur), sans oublier la première condamnation du pontificat (l’interdiction d’enseigner au théologien allemand Hasenhüttl, théoricien et praticien de la communion interconfessionnelle). On tiendra pour essentielle sa volonté de continuer ou de renouer des dialogues avec les lointains ou les plus proches (l’Islam, l’orthodoxie, la Fraternité Saint-Pie X, sans oublier, plus discret, mais très riche de promesses, le dialogue avec certains secteurs de l’anglicanisme).
Le motu proprio sur la liturgie traditionnelle, annoncé depuis plus d’un an, retardé à plusieurs reprises, sera, si l’on en croit certaines sources romaines, plus surprenant qu’on ne s’y attend et ne concernera pas que la liturgie traditionnelle.
Il ne faut pas considérer Benoît XVI comme un « pape traditionaliste » – comme on l’a dit bien légèrement – ni même comme un pape qui placerait la question « traditionaliste » au premier rang de ses préoccupations.
Il a une vision historique du présent de l’Eglise – son état de crise, dans un monde dominé par le relativisme – et une vision historique de ce que pourrait être son avenir, c’est-à-dire une vision qui n’est pas binaire et qui ne compte pas sur des retournements brutaux. Le grand œuvre que Benoît XVI a engagé va dans deux directions essentielles : l’unité de l’Eglise et la prière de l’Eglise.
Son souci de l’unité de l’Eglise, face au monde relativiste et aux forces centrifuges, passe par un dialogue prioritaire avec les Orthodoxes. Les problèmes franco-français pourraient faire oublier que, pour le Pape, la réconciliation avec l’Orient orthodoxe est un engagement déterminé. La rencontre récente avec le Patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, n’est que la première étape d’un chemin qui vise au « rétablissement de la pleine communion entre catholiques et orthodoxes ». En 2007, la Commission mixte du dialogue catholique-orthodoxe reprendra ses travaux après six ans d’interruption. La reprise des travaux aura lieu en Italie, à Ravenne. Bartholomée Ier et Benoît XVI pourraient se rencontrer à nouveau à cette occasion et décider de co-présider la Commission.
Le deuxième grand chantier ouvert par le Pape – rendre à la prière de l’Eglise une place centrale et son caractère sacré – prend la voie d’une réforme liturgique continuée. Mais Benoît XVI ne rétablira jamais la liturgie traditionnelle dans sa primauté et son exclusivité. Il l’a explicitement dit lui-même en plusieurs endroits (et j’ai essayé de l’expliquer ici à plusieurs reprises), Benoît XVI veut « réformer la réforme » liturgique engagée après Vatican II et, à long terme, il espère, il aspire à une fusion entre le rite traditionnel et le Novus Ordo Missæ rectifié et réformé ; une fusion par principe d’intégration.
Il l’a écrit, en 2003, au Professeur Barth : « …il faut avancer pas à pas, chaque nouvelle précipitation ne produira pas de bons résultats. Mais je crois que, dans l’avenir, l’Eglise romaine devra avoir à nouveau un seul rite ; l’existence de deux rites est dans la pratique difficilement ”gérable” pour les évêques et pour les prêtres. Le rite romain de l’avenir devrait être un seul rite, célébré en latin ou en langue populaire, mais entièrement fondé dans la tradition du rite ancien ; il pourrait intégrer quelques nouveaux éléments, qui ont fait leurs preuves, comme de nouvelles Fêtes, quelques nouvelles Préfaces dans la messe, un Lectionnaire élargi – un plus grand choix qu’avant, mais pas trop –, une Oratio fidelium, c’est-à-dire une litanie de prières d’intercession après l’Oremus de l’Offertoire, où il avait jadis sa place. [1]»
Que cette ambition – qu’il sait irréalisable dans l’immédiat – passe par la restauration de la liturgie traditionnelle dans son droit de cité dans l’Eglise, n’empêche pas qu’elle contredit les rêves de restauration intégrale et unique des uns et le mélange d’anarchie et de fixisme des autres.
Cette ambition d’une réforme restauratrice en deux temps rencontre des résistances. Certaines oppositions épiscopales françaises ne doivent pas être sous-estimées (elles ont été provisoirement efficaces cet automne). Il en est d’autres qui sont autant, sinon plus, redoutables encore : aux Etats-Unis (refus d’appliquer les instructions reçues de Rome et dérives théologiques différentes des dérives françaises), et aussi en Afrique noire et en Asie (où, là, ce sont les pratiques liées à l’inculturation de la liturgie qui font des ravages).

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Avec ce n° 102, Aletheia termine sa VIIe année d’existence. Le contrat passé avec les lecteurs – 15 numéros par an – a été rempli, et même un peu au-delà puisque cette année dix-sept numéros auront été envoyés.
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NOTE
[1] Traduction intégrale de la lettre in Aletheia n° 89, le19 février 2006.

lundi 4 décembre 2006

[Aletheia n°101] L’Eglise catholique et le Téléthon

Yves Chiron - Aletheia n°101 - 4 décembre 2006

L’Eglise catholique et le Téléthon

Comme chaque année, pour la 20e fois, l’AFM (Association française contre la myopathie) organise les 8 et 9 décembre prochains un Téléthon, grande manifestation de charity business à l’américaine où la télévision va relayer d’innombrables initiatives locales pour récolter de l’argent en faveur des enfants myopathes et de la recherche sur la myopathie.

L’Eglise s’est souvent associée, dans le passé et aujourd’hui encore, à ces manifestations, prêtant des églises pour des concerts, des locaux paroissiaux pour d’autres initiatives, incitant ses fidèles à faire un don au Téléthon ou à devenir bénévoles d’un jour pour cette « grande cause ».

Cette année pourtant, plusieurs évêques ont exprimé leurs inquiétudes ou leur désaccord avec certaines méthodes et certaines finalités de la recherche médicale menée avec l’argent du Téléthon. Mgr Vingt-Trois, archevêque de Paris, a dit que les « catholiques ne pouvaient pas donner un chèque en blanc » au Téléthon.

En 2004, la Cour des Comptes avait publié un rapport qui épinglait les frais de fonctionnement trop élevés de l’AFM. Mais au-delà des questions financières, ce sont des objections morales et doctrinales qui doivent être faites. C’est la question de l’embryon qui est au cœur de la controverse actuelle et aussi la question de la place de l’Eglise dans la Cité.

Je reproduis ici quatre documents qui, chacun à leur manière, éclairent la question.

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Une interview du cardinal Barbarin

Le samedi 2 décembre, le cardinal Barbarin était interrogé, en direct, sur Europe 1 sur le récent voyage de Benoît XVI en Turquie puis sur les objections de l’Eglise au Téléthon. Après avoir rappelé que l’origine du Téléthon a été la mobilisation des familles d’enfants myopathes, et tout en faisant l’éloge des élans de générosité et de solidarité qui se manifeste en ces journées de collecte financière, l’archevêque de Lyon a dénoncé les dérives de certaines recherches financées par l’argent du Téléthon.

Il a aussi fortement réaffirmé le droit pour l’Eglise de faire entendre sa voix. Le président du Comité National d’Ethique, Didier Sicard, avait affirmé la veille : « Elle [l’Eglise] a pleinement le droit, tout à fait respectable, de considérer l’embryon humain comme sacré. Mais elle n’a pas le droit d’en faire une manifestation publique. » (Le Monde, 1er décembre 2006).

Je reproduis ici, sans retouches, les propos tenus l’archevêque de Lyon à ce sujet :

La recherche sur les embryons… Arrêtez ces choses-là. Ce n’est pas parce qu’elles sont légales qu’elles sont bonnes. « On a la loi pour nous » dit-on. Nous, on dit : « Non ». Les catholiques disent cela depuis toujours. Ce n’est pas parce que c’est légal que c’est moral. Pour nous, l’embryon humain n’est pas une chose. Un embryon, on ne peut pas le produire, on ne peut pas le détruire, on ne peut pas l’utiliser, on ne peut pas le trier. Non, non et non. Même si la loi le permet, il faut arrêter de faire çà. Il y a beaucoup de donateurs qui le pensent. Cela met beaucoup de donateurs dans une situation intérieure difficile.

Je dis très haut et très fort que je veux soutenir les familles. À l’origine du Téléthon, il y a quand même les familles qui se sont mobilisées contre ce qu’il ne faut pas considérer comme une fatalité. Ils veulent que leurs enfants vivent. Nous, on veut les soigner, les guérir. Se battre pour le soin et se battre pour la guérison, ce n’est pas tout à fait pareil que se mettre à trier les embryons, à les utiliser et à les détruire comme si c’étaient des choses.

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Un communiqué du Dr Jean-Pierre Dickès, président de l'Association Catholique des Infirmières et Médecins

Le 30 novembre 2006, l’A.C.I.M. (Association Catholique des Infirmières et Médecins), qui entend être fidèle à l’enseignement de l’Eglise en matière de morale, a publié un communiqué qui attire d’autant plus l’attention que son président, le Dr Dickès, parle, sur ce sujet, non seulement en tant que médecin et en tant que catholique, mais aussi comme père et grand-père d’enfants myopathes.

J'écris à la fois en tant que médecin et père d'un enfant myopathe décédé maintenant il y a 8 ans à l'âge de 18 ans et grand-père d'un petit myopathe. Lors de la découverte de la maladie de notre fils, il me fut déclaré que par génie génétique un traitement allait être trouvé dans les deux ans. 25 ans plus tard cet objectif n'a pas été réalisé. Il s'est fait rapidement une dérive dans le cadre du Généthon (alimenté par le Téléthon), dont le but est de tamiser les embryons par le diagnostic pré-implantatoire (DPI), et d'affûter des armes pour le diagnostic préalable in utero (DPN) afin de pratiquer des avortements parfois même la veille de l'accouchement de l'enfant.

Si bien qu'en pratique nos malheureux enfants servent de canard d'appel pour obtenir de l'argent servant à éliminer d'autres myopathes.

Par ailleurs le Généthon s'échine à trouver des moyens de traitement par les cellules souches embryonnaires qui à ce jour n'ont jamais guéri personne, ne donneront des résultats que dans 10 ou 20 ans, s'ils en donnent. Pendant ce temps, nos enfants meurent. Or parallèlement "en aval" des succès thérapeutiques nombreux ont été obtenus. Le plus récent est du 15 novembre dernier (Le Figaro du 17 nov.). Une équipe de Milan a guéri des chiens myopathes avec des cellules souches dites adultes récupérées sur le chien même (allogreffe) ou sur d'autre chiens (hétérogreffes).

Une fois de plus l'AFM se trompe de chemin et trompe l'opinion publique.

Ajoutons que Le Dr Dickès vient de faire paraître avec sa fille, Godeleine Lafargue, docteur en philosophie, un livre intitulé : L’Homme artificiel. Essai sur le moralement correct (Editions de Paris, 304 pages, 29 euros). Ou comment l’évolution des mœurs, des idées et des lois aboutit à un renversement qui est une transgression : « un enfant quand je veux » (contraception), « un enfant si je veux » (avortement), « un enfant comme je veux » (sélection eugéniste). Une partie de la recherche financée par le Téléthon relève de l’eugénisme.

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Une dépêche de l’agence Zénit

[L’Institut de Bioéthique européen, installé à Bruxelles, confirme ce que dit le Dr Dickès : la recherche sur les embryons n’a jamais débouché sur une application thérapeutique. D’autres voies sont possibles.]

ROME, Lundi 27 novembre 2006 (ZENIT.org) – Contrairement aux idées reçues, il apparaît que les cellules souches adultes présentent un énorme potentiel thérapeutique, ce qui ne semble pas le cas des cellules souches embryonnaires, souligne le centre de Bioéthique européen, à Bruxelles (http://www.ieb-eib.org).

Dans son principe, rappelle la même source, la thérapie régénératrice repose sur l’utilisation de cellules souches, mères de tous les types cellulaires de l’organisme. Tandis que le potentiel thérapeutique des cellules souches embryonnaires apparaît toujours plus incertain, en raison d’insurmontables obstacles biologiques, les cellules souches adultes commencent à montrer des capacités étonnantes de réparation des tissus malades, à la fois dans les modèles animaux et les premiers essais cliniques.

C’est pourquoi l’Institut affirme : « Il est d’autant plus important de tenir compte des résultats récents obtenus dans ce domaine que, début décembre, le 7eme programme cadre de recherche européen doit être adopté définitivement en seconde lecture. Il est souhaitable qu’une politique publique de financement de la recherche biomédicale tienne compte des données actuelles de la science ».

Ainsi, ajoute l’Institut de Bruxelles, le Parlement européen et le Conseil des ministres ont l’opportunité de « promouvoir le développement d’une recherche évitant toute transgression sur le plan éthique, tout en offrant des perspectives réalistes sur le plan médical ».

Malgré les sommes colossales investies, la recherche sur les cellules souches embryonnaires n’a débouché sur aucune application thérapeutique, constate l’Institut qui explique la raison de ce résultat : l’obstacle majeur à toute application clinique réside dans l’effet tumorigène des cellules souches embryonnaires injectées.

Les cellules souches adultes, en revanche, affirme l’Institut européen de bioéthique, ne présentent pas cet inconvénient : « Elles peuvent être directement prélevées à partir du tissu adipeux du patient, de sa moelle osseuse ou provenir d’une banque de sang de cordon ombilical. Actuellement, des thérapies régénératrices utilisent ce type de cellules avec succès. Le recours à cette technique a déjà permis de "réparer" des lésions cardiaques, des foies atteints de cirrhose ou de soigner des lésions graves de la moelle osseuse ».

ZF06112708

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Abus de confiance ?

[Article paru dans l’hebdomadaire France Catholique, n°3045, le 3 novembre 2006.]

Les bénévoles qui donneront généreusement de leur temps pour le Téléthon, les téléspectateurs de France Télévision et les donateurs de l'AFM ne sont pas conscients des dérives éthiques qui ternissent l'événement. Mais que peut-on leur dire qui ne produise pas un effet désastreux sur les consciences ?

Avec trente heures de direct télévisé pour la première fois, le Téléthon 2006 n'entend pas rater son vingtième anniversaire, les 8 et 9 décembre prochains. Le marathon emblématique de la générosité cathodique tient, par-delà les modes, grâce à l'énergie de ses organisateurs.

L'association française contre la myopathie (AFM) a été lancée par des parents éprouvés et combatifs dont les enfants étaient frappés par la terrible maladie. Ils ont importé le Téléthon des Etats-Unis à l'initiative de Pierre Birambeau. Cette expérience typique de la charité-business américaine, transposée avec le partenariat de France 2 en 1986, est un succès immédiat. Les enfants dans leurs fauteuils roulants émeuvent les téléspectateurs qui ouvrent largement leur cœur… Les "stars" qui les présentent font le reste : les promesses de don pleuvent, et grimpent chaque année. 104 millions d'euros ont été récoltés lors de la dernière édition. Une somme qui fait de l'AFM le partenaire incontournable de la recherche française. Cette puissance fait grincer des dents, pas seulement par jalousie.

L'AFM pèse dans le sens des recherches qu'elle préconise, et certains se demandent si cette influence est saine. D'autres ont relevé l'étonnant concept de "bénévole rémunéré" qui conduit la présidente de l'association à percevoir un salaire mensuel de 5.900 euros. Interrogée par Le Point en août 2005, Laurence Tiennot-Herment, justifiait cette rémunération par son travail : "Qui fait les déplacements dans les ministères, qui assure le lobbying, qui maintient le dialogue avec le conseil scientifique ?"

Car l'association ne se contente pas de lever et distribuer des fonds, elle fait pression sur les décideurs. Lors du vote par le Sénat des dernières lois bioéthiques, son président faisait parvenir à tous les parlementaires les résultats de la consultation d'un "panel de patients". Ce dernier réclamait l'expérimentation sur l'embryon et le clonage à visée thérapeutique.

L'AFM plaide pour que soient levées les barrières éthiques qui lui paraissent entraver les progrès de la science. Elle est devenue un lobby scientiste performant. Elle héberge depuis deux ans dans son Généthon le professeur Marc Peschanscki. Ami du professeur Hwang jusqu'à la disgrâce du fraudeur Coréen du clonage, c'est l'un des chercheurs français les plus en pointe en matière… de transgression.

Il a obtenu, en juin 2006, les premières autorisations de recherche sur l'embryon humain et codirige la première équipe qui tentera d'obtenir des lignées de cellules embryonnaires en France, légalement.

Comment expliquer pareille dérive ? Si la souffrance a produit une magnifique énergie chez les dirigeants de l'AFM, elle semble aussi avoir anesthésié leur conscience, à moins que l'argent ne leur ait fait tourner la tête. Depuis plus de dix ans le Téléthon présente comme des succès de la science ses "bébéthons" issus du diagnostic préimplantatoire. Sur le site Internet de l'AFM, une mère de famille qui a perdu ses deux aînés de la maladie parle de la naissance de ses trois petites filles valides comme d'une "victoire sur la malchance et sur la mort" sans évoquer le tri embryonnaire dont ont été victimes les frères ou sœurs écartés. Que répondre ?

Pour les observateurs conscients que le respect de l'embryon est un enjeu de civilisation, c'est un crève-cœur de devoir mettre en garde contre le Téléthon : n'a-t-il pas mobilisé les Français en faveur des personnes handicapées et amélioré le sort de beaucoup par des aides que personne n'aurait pu financer ? C'est conscient du gâchis, que l'Alliance pour les Droits de la Vie a lancé, il y a trois ans un "Comité pour sauver l'éthique du Téléthon" qui regroupe des personnes malades refusant les transgressions éthiques à prétexte thérapeutique. De son côté, la Fondation Jérôme Lejeune continue d'alerter avec précision sur les dérives de l'AFM. De nombreuses institutions chrétiennes – écoles et même paroisses – ont cru qu'elles pouvaient s'investir en toute confiance dans l'événement. Cette année, pour la première fois, un diocèse, celui du Var, publie une mise en garde radicale : « il n’est plus possible de participer au Téléthon ».




[Aletheia n°101] L’Eglise catholique et le Téléthon

Aletheia n°101 - 4 décembre 2006

L’Eglise catholique et le Téléthon

Comme chaque année, pour la 20e fois, l’AFM (Association française contre la myopathie) organise les 8 et 9 décembre prochains un Téléthon, grande manifestation de charity business à l’américaine où la télévision va relayer d’innombrables initiatives locales pour récolter de l’argent en faveur des enfants myopathes et de la recherche sur la myopathie.

L’Eglise s’est souvent associée, dans le passé et aujourd’hui encore, à ces manifestations, prêtant des églises pour des concerts, des locaux paroissiaux pour d’autres initiatives, incitant ses fidèles à faire un don au Téléthon ou à devenir bénévoles d’un jour pour cette « grande cause ».

Cette année pourtant, plusieurs évêques ont exprimé leurs inquiétudes ou leur désaccord avec certaines méthodes et certaines finalités de la recherche médicale menée avec l’argent du Téléthon. Mgr Vingt-Trois, archevêque de Paris, a dit que les « catholiques ne pouvaient pas donner un chèque en blanc » au Téléthon.

En 2004, la Cour des Comptes avait publié un rapport qui épinglait les frais de fonctionnement trop élevés de l’AFM. Mais au-delà des questions financières, ce sont des objections morales et doctrinales qui doivent être faites. C’est la question de l’embryon qui est au cœur de la controverse actuelle et aussi la question de la place de l’Eglise dans la Cité.

Je reproduis ici quatre documents qui, chacun à leur manière, éclairent la question.

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Une interview du cardinal Barbarin

Le samedi 2 décembre, le cardinal Barbarin était interrogé, en direct, sur Europe 1 sur le récent voyage de Benoît XVI en Turquie puis sur les objections de l’Eglise au Téléthon. Après avoir rappelé que l’origine du Téléthon a été la mobilisation des familles d’enfants myopathes, et tout en faisant l’éloge des élans de générosité et de solidarité qui se manifeste en ces journées de collecte financière, l’archevêque de Lyon a dénoncé les dérives de certaines recherches financées par l’argent du Téléthon.

Il a aussi fortement réaffirmé le droit pour l’Eglise de faire entendre sa voix. Le président du Comité National d’Ethique, Didier Sicard, avait affirmé la veille : « Elle [l’Eglise] a pleinement le droit, tout à fait respectable, de considérer l’embryon humain comme sacré. Mais elle n’a pas le droit d’en faire une manifestation publique. » (Le Monde, 1er décembre 2006).

Je reproduis ici, sans retouches, les propos tenus l’archevêque de Lyon à ce sujet :

La recherche sur les embryons… Arrêtez ces choses-là. Ce n’est pas parce qu’elles sont légales qu’elles sont bonnes. « On a la loi pour nous » dit-on. Nous, on dit : « Non ». Les catholiques disent cela depuis toujours. Ce n’est pas parce que c’est légal que c’est moral. Pour nous, l’embryon humain n’est pas une chose. Un embryon, on ne peut pas le produire, on ne peut pas le détruire, on ne peut pas l’utiliser, on ne peut pas le trier. Non, non et non. Même si la loi le permet, il faut arrêter de faire çà. Il y a beaucoup de donateurs qui le pensent. Cela met beaucoup de donateurs dans une situation intérieure difficile.

Je dis très haut et très fort que je veux soutenir les familles. À l’origine du Téléthon, il y a quand même les familles qui se sont mobilisées contre ce qu’il ne faut pas considérer comme une fatalité. Ils veulent que leurs enfants vivent. Nous, on veut les soigner, les guérir. Se battre pour le soin et se battre pour la guérison, ce n’est pas tout à fait pareil que se mettre à trier les embryons, à les utiliser et à les détruire comme si c’étaient des choses.

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Un communiqué du Dr Jean-Pierre Dickès, président de l'Association Catholique des Infirmières et Médecins

Le 30 novembre 2006, l’A.C.I.M. (Association Catholique des Infirmières et Médecins), qui entend être fidèle à l’enseignement de l’Eglise en matière de morale, a publié un communiqué qui attire d’autant plus l’attention que son président, le Dr Dickès, parle, sur ce sujet, non seulement en tant que médecin et en tant que catholique, mais aussi comme père et grand-père d’enfants myopathes.

J'écris à la fois en tant que médecin et père d'un enfant myopathe décédé maintenant il y a 8 ans à l'âge de 18 ans et grand-père d'un petit myopathe. Lors de la découverte de la maladie de notre fils, il me fut déclaré que par génie génétique un traitement allait être trouvé dans les deux ans. 25 ans plus tard cet objectif n'a pas été réalisé. Il s'est fait rapidement une dérive dans le cadre du Généthon (alimenté par le Téléthon), dont le but est de tamiser les embryons par le diagnostic pré-implantatoire (DPI), et d'affûter des armes pour le diagnostic préalable in utero (DPN) afin de pratiquer des avortements parfois même la veille de l'accouchement de l'enfant.

Si bien qu'en pratique nos malheureux enfants servent de canard d'appel pour obtenir de l'argent servant à éliminer d'autres myopathes.

Par ailleurs le Généthon s'échine à trouver des moyens de traitement par les cellules souches embryonnaires qui à ce jour n'ont jamais guéri personne, ne donneront des résultats que dans 10 ou 20 ans, s'ils en donnent. Pendant ce temps, nos enfants meurent. Or parallèlement "en aval" des succès thérapeutiques nombreux ont été obtenus. Le plus récent est du 15 novembre dernier (Le Figaro du 17 nov.). Une équipe de Milan a guéri des chiens myopathes avec des cellules souches dites adultes récupérées sur le chien même (allogreffe) ou sur d'autre chiens (hétérogreffes).

Une fois de plus l'AFM se trompe de chemin et trompe l'opinion publique.

Ajoutons que Le Dr Dickès vient de faire paraître avec sa fille, Godeleine Lafargue, docteur en philosophie, un livre intitulé : L’Homme artificiel. Essai sur le moralement correct (Editions de Paris, 304 pages, 29 euros). Ou comment l’évolution des mœurs, des idées et des lois aboutit à un renversement qui est une transgression : « un enfant quand je veux » (contraception), « un enfant si je veux » (avortement), « un enfant comme je veux » (sélection eugéniste). Une partie de la recherche financée par le Téléthon relève de l’eugénisme.

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Une dépêche de l’agence Zénit

[L’Institut de Bioéthique européen, installé à Bruxelles, confirme ce que dit le Dr Dickès : la recherche sur les embryons n’a jamais débouché sur une application thérapeutique. D’autres voies sont possibles.]

ROME, Lundi 27 novembre 2006 (ZENIT.org) – Contrairement aux idées reçues, il apparaît que les cellules souches adultes présentent un énorme potentiel thérapeutique, ce qui ne semble pas le cas des cellules souches embryonnaires, souligne le centre de Bioéthique européen, à Bruxelles (http://www.ieb-eib.org).

Dans son principe, rappelle la même source, la thérapie régénératrice repose sur l’utilisation de cellules souches, mères de tous les types cellulaires de l’organisme. Tandis que le potentiel thérapeutique des cellules souches embryonnaires apparaît toujours plus incertain, en raison d’insurmontables obstacles biologiques, les cellules souches adultes commencent à montrer des capacités étonnantes de réparation des tissus malades, à la fois dans les modèles animaux et les premiers essais cliniques.

C’est pourquoi l’Institut affirme : « Il est d’autant plus important de tenir compte des résultats récents obtenus dans ce domaine que, début décembre, le 7eme programme cadre de recherche européen doit être adopté définitivement en seconde lecture. Il est souhaitable qu’une politique publique de financement de la recherche biomédicale tienne compte des données actuelles de la science ».

Ainsi, ajoute l’Institut de Bruxelles, le Parlement européen et le Conseil des ministres ont l’opportunité de « promouvoir le développement d’une recherche évitant toute transgression sur le plan éthique, tout en offrant des perspectives réalistes sur le plan médical ».

Malgré les sommes colossales investies, la recherche sur les cellules souches embryonnaires n’a débouché sur aucune application thérapeutique, constate l’Institut qui explique la raison de ce résultat : l’obstacle majeur à toute application clinique réside dans l’effet tumorigène des cellules souches embryonnaires injectées.

Les cellules souches adultes, en revanche, affirme l’Institut européen de bioéthique, ne présentent pas cet inconvénient : « Elles peuvent être directement prélevées à partir du tissu adipeux du patient, de sa moelle osseuse ou provenir d’une banque de sang de cordon ombilical. Actuellement, des thérapies régénératrices utilisent ce type de cellules avec succès. Le recours à cette technique a déjà permis de "réparer" des lésions cardiaques, des foies atteints de cirrhose ou de soigner des lésions graves de la moelle osseuse ».

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Abus de confiance ?

[Article paru dans l’hebdomadaire France Catholique, n°3045, le 3 novembre 2006.]

Les bénévoles qui donneront généreusement de leur temps pour le Téléthon, les téléspectateurs de France Télévision et les donateurs de l'AFM ne sont pas conscients des dérives éthiques qui ternissent l'événement. Mais que peut-on leur dire qui ne produise pas un effet désastreux sur les consciences ?

Avec trente heures de direct télévisé pour la première fois, le Téléthon 2006 n'entend pas rater son vingtième anniversaire, les 8 et 9 décembre prochains. Le marathon emblématique de la générosité cathodique tient, par-delà les modes, grâce à l'énergie de ses organisateurs.

L'association française contre la myopathie (AFM) a été lancée par des parents éprouvés et combatifs dont les enfants étaient frappés par la terrible maladie. Ils ont importé le Téléthon des Etats-Unis à l'initiative de Pierre Birambeau. Cette expérience typique de la charité-business américaine, transposée avec le partenariat de France 2 en 1986, est un succès immédiat. Les enfants dans leurs fauteuils roulants émeuvent les téléspectateurs qui ouvrent largement leur cœur… Les "stars" qui les présentent font le reste : les promesses de don pleuvent, et grimpent chaque année. 104 millions d'euros ont été récoltés lors de la dernière édition. Une somme qui fait de l'AFM le partenaire incontournable de la recherche française. Cette puissance fait grincer des dents, pas seulement par jalousie.

L'AFM pèse dans le sens des recherches qu'elle préconise, et certains se demandent si cette influence est saine. D'autres ont relevé l'étonnant concept de "bénévole rémunéré" qui conduit la présidente de l'association à percevoir un salaire mensuel de 5.900 euros. Interrogée par Le Point en août 2005, Laurence Tiennot-Herment, justifiait cette rémunération par son travail : "Qui fait les déplacements dans les ministères, qui assure le lobbying, qui maintient le dialogue avec le conseil scientifique ?"

Car l'association ne se contente pas de lever et distribuer des fonds, elle fait pression sur les décideurs. Lors du vote par le Sénat des dernières lois bioéthiques, son président faisait parvenir à tous les parlementaires les résultats de la consultation d'un "panel de patients". Ce dernier réclamait l'expérimentation sur l'embryon et le clonage à visée thérapeutique.

L'AFM plaide pour que soient levées les barrières éthiques qui lui paraissent entraver les progrès de la science. Elle est devenue un lobby scientiste performant. Elle héberge depuis deux ans dans son Généthon le professeur Marc Peschanscki. Ami du professeur Hwang jusqu'à la disgrâce du fraudeur Coréen du clonage, c'est l'un des chercheurs français les plus en pointe en matière… de transgression.

Il a obtenu, en juin 2006, les premières autorisations de recherche sur l'embryon humain et codirige la première équipe qui tentera d'obtenir des lignées de cellules embryonnaires en France, légalement.

Comment expliquer pareille dérive ? Si la souffrance a produit une magnifique énergie chez les dirigeants de l'AFM, elle semble aussi avoir anesthésié leur conscience, à moins que l'argent ne leur ait fait tourner la tête. Depuis plus de dix ans le Téléthon présente comme des succès de la science ses "bébéthons" issus du diagnostic préimplantatoire. Sur le site Internet de l'AFM, une mère de famille qui a perdu ses deux aînés de la maladie parle de la naissance de ses trois petites filles valides comme d'une "victoire sur la malchance et sur la mort" sans évoquer le tri embryonnaire dont ont été victimes les frères ou sœurs écartés. Que répondre ?

Pour les observateurs conscients que le respect de l'embryon est un enjeu de civilisation, c'est un crève-cœur de devoir mettre en garde contre le Téléthon : n'a-t-il pas mobilisé les Français en faveur des personnes handicapées et amélioré le sort de beaucoup par des aides que personne n'aurait pu financer ? C'est conscient du gâchis, que l'Alliance pour les Droits de la Vie a lancé, il y a trois ans un "Comité pour sauver l'éthique du Téléthon" qui regroupe des personnes malades refusant les transgressions éthiques à prétexte thérapeutique. De son côté, la Fondation Jérôme Lejeune continue d'alerter avec précision sur les dérives de l'AFM. De nombreuses institutions chrétiennes – écoles et même paroisses – ont cru qu'elles pouvaient s'investir en toute confiance dans l'événement. Cette année, pour la première fois, un diocèse, celui du Var, publie une mise en garde radicale : « il n’est plus possible de participer au Téléthon ».




samedi 25 novembre 2006

[Aletheia n°100] La « réforme de la réforme » a commencé - Vient de paraître: " Katharina Tangari "

Yves Chiron - Aletheia n°100 - 25 novembre 2006
La « réforme de la réforme » a commencé - par Yves Chiron
Aux journées d’études « Autour de la question liturgique » organisées, discrètement, à l’Abbaye Notre-Dame de Fontgombault en juillet 2001, il avait été beaucoup question de « La réforme de la réforme », soit le dépassement, par le haut, de la crise liturgique introduite par l’application, désordonnée, du Missel de Paul VI.
Celui qui était alors le cardinal Ratzinger avait conclu ces journées d’études par une conférence où il avait évoqué la coexistence de rites différents dans l’Eglise catholique et la question de la « réforme de la réforme »[1]. Il réservait l’expression au Missel de Paul VI. Mais il n’excluait pas la nécessité d’introduire des éléments nouveaux dans le Missel de 1962 (introduire des « saints nouveaux » et de nouvelles préfaces « qui proviennent du Trésor des Pères de l’Eglise »).
La « réforme de la réforme », l’actuel Souverain Pontife l’envisageait en trois directions :

  • « rejeter la fausse créativité qui n’est pas une catégorie de la liturgie », en supprimant les « espaces de créativité » que le nouveau Missel autorise explicitement ;


  • le « problème grave » des traductions infidèles, déficientes voire hérétiques (le cardinal n’employait pas le mot mais parlait de traductions qui font « disparaître des choses essentielles ») ;


  • « la célébration versus populum ». « La célébration vers l’Orient, vers le Christ qui vient, est une tradition apostolique » disait le cardinal Ratzinger mais « je suis contre la révolution permanente dans les églises ; on a restructuré maintenant tant d’églises, que recommencer de nouveau en ce moment ne me semble pas du tout opportun. Mais s’il y avait toujours sur les autels une croix, une croix bien en vue, comme point de référence, nous aurions notre orient, parce que finalement le Crucifié est l’orient chrétien ».

C’est le problème des traductions auquel commence à s’attaquer, avec détermination, le cardinal Arinze, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin par une lettre en date du 17 octobre 2006, lettre adressée à tous les Présidents des Conférences Episcopales. Dans le canon de la messe, la formule « pro multis », prononcée par le prêtre lors de la consécration du Précieux Sang, a été traduite, de façon théologiquement erronée, par « per tutti » en italien, « for all » en anglais, soit « pour tous » en français.[2] De telles traductions fautives laissent entendre une sorte de salut universel « automatique » (l’expression est du cardinal Arinze). D’où la demande de réviser les traductions fautives. Ci-dessous le texte intégral de la lettre du cardinal Arinze [3].
CONGREGATIO DE CULTU DIVINO ET DISCIPLINA SACRAMENTORUM
Prot. N. 467/05/L
Rome, 17 octobre 2006
Votre Eminence, Votre Excellence,
En juillet 2005 la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, en accord avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, avait écrit à tous les présidents des conférences des évêques pour leur demander leur avis sur la traduction dans les diverses langues vernaculaires de l'expression pro multis dans la formule de consécration du Précieux Sang pendant la célébration de la Sainte Messe (réf. Prot. N. 467/05/L du 9 juillet 2005).
Les réponses reçues des conférences épiscopales ont été étudiées par les deux congrégations et un rapport a été rédigé à l'intention du Saint Père. À sa demande, la Congrégation écrit maintenant à Votre Eminence, à Votre Excellence en ces termes :
1. Un texte correspondant aux mots pro multiples , retenu par l'Eglise, constitue la formule qui a été en usage dans le rite romain latin depuis les premiers siècles. Dans les 30 dernières années quelques textes vernaculaires approuvés ont véhiculé la traduction interprétative « pour tous », « per tutti », ou par des mots équivalents.
2. Il n'y a aucun doute quant à la validité des messes célébrées avec l'utilisation d'une formule dûment approuvée contenant une formule équivalente à « pour tous », comme la Congrégation pour la Doctrine de la Foi l'a déjà déclaré (cf. Sacra Congregatio pro Doctrina Fidei, Declaratio de sensu tribuendo adprobationi versionum formularum sacramentalium, 25 Ianuarii 1974, AAS 66 [1974], 661). En effet, la formule « pour tous » correspondrait assurément à une interprétation correcte de l'intention du Seigneur exprimée dans le texte. C'est un dogme de Foi que le Christ est mort sur la croix pour tous les hommes et toutes les femmes (cf. Jean 11:52; 2 Corinthiens 5,14-15; Tite 2,11; 1 Jean 2,2).
3. Il y a, cependant, beaucoup d'arguments en faveur d'une traduction plus précise de la formule traditionnelle pro multis :
a.Les Evangiles synoptiques (Mt 26,28; Mc 14,24) font expressément référence à « beaucoup » [le mot grec traduit est "pollon"] pour qui le Seigneur offre le Sacrifice, et ces mots ont été soulignés par quelques érudits biblistes en relation avec les mots du prophète Isaïe (53, 11-12). Il aurait été entièrement possible dans les textes évangéliques d'avoir dit « pour tous » (par exemple, cf. Luc 12.41) ; au lieu de cela, la formule donnée dans le récit d'établissement est « pour beaucoup », et les mots ont été loyalement traduits ainsi dans la plupart des versions bibliques modernes.
b. Le Rite Romain Latin a toujours dit pro multis et jamais pro omnibus dans la consécration du calice.
c. Les anaphores des divers rites orientaux, que ce soit le Grec, le Syriaque, l'Arménien, les langues slaves, etc., contiennent l'équivalent verbal du pro multis latin dans leurs langues respectives.
d. « Pour beaucoup » est une traduction fidèle de pro multis, tandis que « pour tous » est plutôt une explication propre au langage catéchétique.
e. L'expression « pour beaucoup », tout en incluant chaque personne humaine, induit également le fait que le salut n'est pas attribué de façon mécanique, sans une adhésion ou une participation quelconque; au contraire, le croyant est invité à accepter dans la foi le cadeau qui lui est offert et à recevoir la vie surnaturelle qui est donnée à ceux qui participent à ce mystère, le vivant dans leurs vies pour être comptés parmi les "beaucoup" auquel le texte se réfère.
f. En conformité avec l'instruction Liturgiam authenticam, un effort devra être entrepris pour être plus fidèle aux textes latins dans les éditions typiques.
4. Les Conférénces épiscopales des pays où la formule « pour tous » ou son équivalent est actuellement en service sont priés pour ces raisons d'entreprendre la formation nécessaire des fidèles sur cette question dans l'année ou dans les deux années à venir pour les préparer à la réception d'une traduction vernaculaire précise de la formule pro multis (par exemple, « pour beaucoup », « per molti », etc.) dans la prochaine traduction du Missel romain que les évêques et le Saint-Siège approuveront pour l'usage dans leur pays.
Avec l'expression de ma profonde estime et de mon profond respect, je reste, Votre Eminence, Votre Excellence,
Fidèlement vôtre dans le Christ,
Francis Card. Arinze, Préfet






Vient de paraître

Katharina Tangari, née à Vienne en 1906, morte à Naples en 1989, a traversé le XXe siècle et tous ses bouleversements dramatiques. Elle aura connu les prisons anglaises en Italie, de 1943 à 1946, puis les prisons communistes en Tchécoslovaquie, en 1971 et 1972.
Ces événements extérieurs, qui la relient à la grande Histoire, ne suffisent pas à résumer sa vie. Elle a surtout connu un chemin de conversion qui l’a menée à entrer dans le Tiers-ordre dominicain et à devenir une fille spirituelle de saint Padre Pio qui a été, pendant dix-huit ans, son confesseur et son directeur spirituel.
Âme de prière, très attachée à la dévotion du Saint Enfant Jésus de Prague, une de caractéristiques de sa vie spirituelle a été l’ « immolation de soi-même », qui lui a permis de mener un véritable combat pour la sainteté du mariage, de franchir des dizaines de fois le « Rideau de fer » dans les années 60 et 70 pour venir en aide au clergé et aux fidèles persécutés des pays de l’Est. Puis, elle est venue en aide aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X jusqu’à la fin de sa vie.
C’est cette vie exceptionnelle qu’Yves Chiron a retracée à partir des « carnets » inédits qu’elle a tenus régulièrement à partir des années 1950 et de différentes autres archives.
L’itinéraire de Katharina Tangari et la façon dont elle a surmonté les épreuves qu’elle a connues sont exemplaires pour notre temps.

Un ouvrage de 415 pages - 20 euros -- Commande: Envoyer ses coordonnées complètes ainsi que 23 euros par exemplaire souhaité (port compris) -- Commande et paiement à adresser à "Association Nivoit" (5, rue du Berry / 36250 NIHERNE / France)
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NOTE
[1] Cardinal Joseph Ratzinger, « Bilan et perspectives », in Autour de la question liturgique, Abbaye Notre-Dame, 36220 Fontgombault, 2001, p. 173-183.
[2] Sur ce point, la traduction officielle française de 1969 n’est pas défectueuse puisqu’elle dit : « pour la multitude ».
[3] Je reproduis le texte tel que le publie le site La Porte Latine (FSSPX), non sans diverses corrections typographiques.