dimanche 3 octobre 2004

[Aletheia n°63] Jacques Duquesne, lecteur du R.P. Cerbelaud

Aletheia n°63 - 3 octobre 2004
Jacques Duquesne, lecteur du R.P. Cerbelaud
Il y a dix ans, Jacques Duquesne publiait un Jésus qui balayait nombre de dogmes et de croyances avec un aplomb paré d’un vernis pseudo scientifique. “ Les théologiens se sont gentiment moqués de cette entreprise vulgaire qui ressemblait à une arnaque ” rappelle le R.P. Verdin o.p.[1]. L’ouvrage, servi par un battage médiatique doublé d’une campagne publicitaire, s’était vendu à 400.000 exemplaires.
Aujourd’hui, Jacques Duquesne récidive avec un ouvrage consacré à la Mère de Dieu[2]. Il a l’ambition d’aller “ à l’encontre de ce qui a été présenté des siècles durant comme des vérités absolues ” (p. 13), en l’occurrence : l’Immaculée Conception de Marie, l’Annonciation, la conception virginale de Jésus, l’Assomption. Avec, en point d’orgue, un chapitre 6 intitulé “ Marie, mère de famille nombreuse ”. Jacques Duquesne entend démontrer que Jésus eut des frères et des sœurs. Il affirme : “ Que Marie ait été mère de famille nombreuse, voilà une affirmation qui ne pose plus de problème aux historiens, ni aux exégètes (même si tous ne l’avouent pas nettement) ”[3].
Ce Marie, achevé d’imprimer en juin, a été diffusé cet été pour faire l’objet de recensions et être présent dans toutes les librairies avant la venue du Pape à Lourdes, le 15 août. Jacques Duquesne, homme de presse, savait que le voyage de Jean-Paul II allait susciter, dans tous les journaux et toutes les revues, des articles sur Lourdes et sur la Vierge Marie et que les télévisions et les radios consacreraient des reportages à l’événement. En effet, pas un organe d’informations n’a manqué et presque tous ont signalé ou recensé l’ouvrage de Jacques Duquesne. Cette manœuvre habile et réussie a été prolongée par une campagne de publicité coûteuse (presse et radio) qui dure encore. Jacques Duquesne est en passe de connaître à nouveau un énorme succès de librairie.
Il se défend d’avoir voulu réaliser un “ coup marketing ”. Il affirme avoir travaillé à ce livre depuis trois ans. Pourtant, en bien des endroits, ce livre sent la précipitation. Il a été sinon conçu du moins achevé à la va-vite et très mal relu. On passera sur les nombreuses fautes de frappe : “ Assises ” (p. 132), “ Nicolas de Talentino ” pour Tolentino (p. 141),  “ 1975 ” pour 1935, date d’un message de Pie XI (p. 163), “ Cenetto ” pour Ceretto, lieu d’apparition de la Vierge (p. 220), d’autres encore.
Moins excusables sont les bourdes ou erreurs de copie qui témoignent d’un savoir approximatif. Comment Jacques Duquesne peut-il écrire “ hécharitomène ” (p. 33) pour le célèbre “ kecharitômêne ” de l’Annonciation ? N’est-ce pas une lecture trop rapide qui lui fait appeler “ Gui François ” (p. 139) le languedocien Gui Foucois  (le pape Clément IV) ? Et que dire de ce “ Paul Newman, le célèbre théologien catholique britannique ” (p. 212).
Outre ces erreurs factuelles, on reste ébahi par l’embrouillamini des références (par exemple, page 221, sur la question des révélations privées, Jacques Duquesne cite de seconde main, sans le dire). Pour détruire toutes les croyances et dogmes relatifs à Marie, il n’hésite pas à faire flèche de tout bois. Il utilise et cite les travaux dévastateurs des historiens juifs récents de Jésus. Il cite Pères de l’Eglise et théologiens. Mais les a-t-il bien lus et compris ? Par exemple, il cite saint Thomas d’Aquin de la manière suivante : “ l’Esprit-Saint n’a pas produit la nature humaine dans le Christ à propos de sa propre substance ” (p. 57), il faut lire, bien sûr : “ à partir de sa propre substance… ”.
Ailleurs, il fait référence à un sermon de saint Augustin (Sermo de tempore XXII) pour se moquer de l’explication de la conception virginale qui y est donnée : “ la fécondation se serait faite par l’oreille ” (p. 55) commente-t-il. Voltaire déjà s’était saisi de ce texte y trouvant du “ ridicule divin ”. Or, c’est un sermon apocryphe. On le sait depuis longtemps[4].
Au-delà de la “ bêtise ergotante ” de Jacques Duquesne[5], ce livre est révélateur de la vulgarisation (au sens littéral comme au sens figuré) d’une certaine exégèse critique. À plusieurs reprises dans son livre, Jacques Duquesne dénonce la “ surenchère ” qui se serait fait jour dans le domaine de la mariologie à partir du concile d’Ephèse (celui où a été donné à Marie le titre de “ Mère de Dieu ”).
La même idée a été exprimée, il y a un an, de manière plus savante et moins provocatrice, par un théologien dominicain, le R.P. Dominique Cerbelaud. Il parlait, lui, d’ “ inflation dogmatique ” et d’ “ inflation mariale ”[6]. Son ouvrage a été largement utilisé et cité par Jacques Duquesne.
Le théologien dominicain, professeur à l’université catholique de Lyon, n’a pas la brutalité du journaliste, mais son travail, articulé en douze thèses, tend à montrer que toute la dogmatique mariale repose sur l’affirmation de la conception virginale et que c’est “ l’article qui fait tenir ou tomber toute la mariologie ” (p. 293). Sous couvert de questions, le théologien dominicain en arrive à remettre en cause tout l’édifice doctrinal sur la Vierge Marie : “ la relativisation de l’aspect physiologique de la virginité in partu, fréquente chez les théologiens catholiques contemporains, peut conduire à se poser des questions analogues sur la virginité ante partum, c’est-à-dire sur la conception virginale : ne convient-il pas de l’entendre, elle aussi, au sens “symbolique“ ? Mais dans ce cas, c’est tout l’ensemble du réseau dogmatique qui va subir les contrecoups d’une telle “relecture“.
Dans l’élaboration plus récente, les incertitudes concernant le dogme du péché originel retentissent directement sur celui de l’Immaculée Conception. Quelle signification ce dernier peut-il conserver, si la notion même de péché originel se dilue ? ” (p. 298).
Entre le R.P. Cerbelaud et Jacques Duquesne, il y a la différence entre un théologien érudit et un journaliste vulgarisateur, mais il y a une identité dans la volonté de “ déconstruire ” la dogmatique mariale.
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De l’affaire Laguérie à l’affaire Sernine : allers et retours
. Mascaret (19 avenue de Gaulle, 33520 Bruges, 1,50 ¤ le numéro), le “ Bulletin mensuel des catholiques girondins ”, consacre les seize pages de son numéro 265, septembre-octobre 2004, à ce qu’il est convenu d’appeler désormais “ l’affaire Laguérie ”. L’abbé Laguérie, directeur du bulletin, y signe l’éditorial et un “ Ephéméride de l’été 2004 ”, tandis que d’autres collaborateurs abordent la question sous d’autres aspects (juridique mais aussi humoristique). On lira ces pages comme un plaidoyer pro domo de l’abbé Laguérie, sûr de son droit : “ rien ne sera comme avant, les remises en question vont bon train. (…) Saint-Eloi vit, prospère, et la Fraternité peut et doit suivre. ”
. Dans ce numéro de Mascaret, de façon incidente, l’abbé Laguérie dit de l’abbé Celier : “ [sa] tête est réclamée par Chiré-en-Montreuil, ce qui explique son zèle soudain à me pourfendre… ”. Jean Auguy, directeur de la S.A. D.P.F. sise à Chiré-en-Montreuil, a fait paraître aussitôt un communiqué où il affirme notamment : “ Nous posons ici publiquement une question précise à M. l’abbé Laguérie : où, quand, à qui, sous quelle forme et de quelle manière aurions-nous “réclamé la tête“ de M. l’abbé Celier ? Nous attendons une réponse explicite et étayée de preuves… lesquelles seront d’ailleurs difficiles à fournir, car cette accusation —est-il besoin de le préciser ? —relève de la plus haute fantaisie.  […] M. l’abbé Laguérie a peut-être été abusé par une rumeur calomnieuse qui circule en ce moment à Paris dans les milieux de la Tradition, rumeur selon laquelle Jean Auguy et Etienne Couvert seraient récemment allés voir Mgr Fellay pour lui “réclamer“ la tête de M. l’abbé Celier. Cette rumeur est absolument fausse et aussi absurde que fausse, mais il serait intéressant de savoir qui l’a lancée, qui la fait circuler et dans quel but ! ”
. Jean Auguy a raison de démentir cette rumeur qui le concerne, lui et son équipe. La “ tête ” de l’abbé Celier n’a été réclamée, publiquement, que par des feuilles comme celles de Louis-Hubert Rémy et de Philippe Ploncard d’Assac, et aussi par un nouveau site internet qui réclame la “ purification ” de la FSSPX. La “ tête ” de Celier/Sernine est réclamée en même temps que celle de l’abbé de Tanoüarn, le directeur de Pacte et de Certitudes et l’éditeur de Celier/Sernine. Bien que l’affaire Laguérie ait dissocié les deux accusés de l’affaire Sernine, la controverse a rebondi sous des oripeaux nouveaux.
. Plus qu’à ce nouvel épisode de ce que j’ai appelé la guerre picrocholine, on sera attentif au dernier numéro de Pacte (23 rue des Bernardins, 75005 Paris, 2,50 euros le numéro).Ce numéro daté du 15 septembre 2004 était attendu. L’abbé de Tanoüarn n’avait pas, à ce jour, exprimé de position publique sur l’affaire Laguérie, bien qu’il ait soutenu son confrère dès le départ.
L’abbé de Tanoüarn estime que “ la Fraternité Saint-Pie X se trouve déchirée par une des crises les plus graves de son histoire ”. Il estime aussi que les enjeux sont doctrinaux  et que deux “ questions gravissimes ” sont posées par l’affaire Laguérie.
La première est celle de la formation des séminaristes dans la FSSPX et des critères de la vocation. Le directeur de Pacte estime que de “ nouveaux critères ” de discernement de la vocation ont été introduits dans la FSSPX : “ les directeurs demandent aux candidats d’autres aptitudes, non révélées, malgré les demandes faites par différents prieurs ou directeurs d’école, qui ont besoin de connaître ces critères pour orienter les jeunes ”. Ces “ nouveaux critères ” expliqueraient des renvois incompréhensibles des séminaires de la FSSPX et des “ départs mal gérés ”.
La deuxième question de fond, selon l’abbé de Tanoüarn, est celle de l’exercice de l’autorité dans la FSSPX. L’abbé Laguérie n’a pas obtenu, dit-il, le droit de faire appel de la mutation/sanction qui l’envoyait de Bordeaux au Mexique. “ Une deuxième instance, ajoute-t-il, pourrait donner du poids aux sentences du supérieur ”.
Les deux questions — critères de la vocation sacerdotale et exercice de l’autorité — seraient donc révélatrices d’une crise d’identité qui frappe la FSSPX. Une crise de la maturité estime Maxence Hecquard dans ce même numéro de Pacte, qui souhaite aussi qu’ “ un débat serein peut et doit s’instaurer ”[7].
. Les fines analyses de l’abbé de Tanoüarn ont le mérite de vouloir dépassionner le débat et de ne pas le réduire à une querelle de personnes. Mais on ne saurait minimiser, dans les décisions prises par les autorités de la FSSPX, la question de Saint-Eloi, l’église acquise à Bordeaux par l’abbé Laguérie, et sa situation juridique (l’abbé Laguérie étant président de l’association propriétaire des lieux, ce qu’ignoraient ses supérieurs).
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Courrier des lecteurs
Un éminent lecteur de mon Pie XI (Perrin, 2004) m’écrit à propos de l’Action Catholique :
“ Pie XI ne reprend pas la distinction pourtant si indispensable de saint Pie X dans Il fermo proposito (11 juin 1905) entre deux types d’action catholique (en minuscules) : d’une part l’action des laïcs catholiques dans la cité pour en convertir les institutions au règne social du Christ, d’autre part l’apostolat au sens propre (même si le 1er type est un “apostolat“ au sens large) pour convertir les âmes. Et le saint pape précisait les différents degrés de dépendance de ces deux types d’action à l’égard de la hiérarchie.
L’absence de cette distinction chez Pie XI a causé les désastres bien connus, après la guerre. ”
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Annonce
L’Ecole Saint-Louis, à Nantes (8, rue de la Sirène), organise le samedi 16 octobre, de 14 à 19 h, sa IVe Journée du Livre. Yves Amiot, Jean-Luc Cherrier, Yves Chiron, Daniel Hamiche, Claude Mahy, Jean-Louis Picoche, Philippe Prévost et Henri Servien y signeront leurs ouvrages. Le rédacteur d’Aletheia sera heureux d’y rencontrer ses lecteurs de la région nantaise.
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[1] Père Philippe Verdin o.p., “ Notre-Dame des Poncifs ”, Le Figaro, 12 août 2004.
[2] Marie, Plon, 230 pages, 18,50 euros.
[3] Cette pseudo démonstration de l’existence de “ frères et de sœurs ” de Jésus était déjà au centre de son précédent livre. L’épiscopat français avait fait rédiger une réponse, en forme de mise au point, par l’exégète Pierre Grelot : “ La conception virginale de Jésus et sa famille ”, Esprit et Vie, 104/46, 1996, p. 629-631.
[4] Goulven Madec, “ Marie, Vierge et Mère, selon saint Ambroise et saint Augustin ”, in La Virginité de Marie, 53e session de la Société Française d’Etudes Mariales, Médiaspaul, 1998, p. 71-83.
[5] L’expression est du R.P. Verdin, art. cité.
[6] Dominique Cerbelaud o.p., Marie un parcours dogmatique, Editions du Cerf, 2003.
[7] On retrouve aussi, sous la plume de Maxence Hecquard, la vieille prétention de la FSSPX à représenter à elle seule “ la Tradition catholique ”. Quand il évoque “ les diverses tendances de la Tradition ” et  “ les congrégations amies ”, il limite le périmètre de la Tradition à ceux qui reconnaissent la légitimité des sacres de 1988.

samedi 18 septembre 2004

[Aletheia n°62] Les affabulations de Golias - et autres textes

Aletheia n°62 - 18 septembre 2004

Les affabulations de Golias

La revue Golias, qui se veut “ l’empêcheur de croire en rond ”, est une sorte de Canard enchaîné qui serait bimestriel et qui se prétendrait catholique. Il n’y manque ni les caricatures et les dessins supposés humoristiques, ni les rumeurs et les ragots, ni les fausses nouvelles mêlées aux vraies, ni les titres sensationnalistes, ni l’acharnement sur les mêmes cibles — ici, les “ traditionalistes ”, les “ évêques conservateurs ” et, last but not least, le pape Jean-Paul II, vilipendé, maltraité, de numéro en numéro.

On pourrait ne prêter aucune attention aux charges à répétition de Golias. Mais la revue n’est pas sans influence et sans écho. Elle n’est pas seulement disponible sur abonnement, elle est présente dans la plupart des librairies catholiques de France et sur certaines tables de presse paroissiales. Elle se double aussi d’une maison d’éditions qui a publié plusieurs dizaines d’ouvrages.

La revue se flatte d’avoir un correspondant au Vatican, qui signe ses articles du nom de Romano Libero. Il doit s’agir là du pseudonyme non de quelque monsignore mais sans doute de quelque minutante désœuvré qui se pique de fournir à la revue française des informations inédites et des analyses décapantes ou de quelque séminariste en formation à Rome qui croit voir s’ouvrir pour lui une longue carrière de délateur masqué.

Le dernier numéro de Golias (n° 96-97, mai-août 2004) contient deux articles qui portent sa signature. Tous les deux contiennent des affabulations qui montrent que M. Romano Libero n’est pas un informateur fiable.

Un premier article porte sur la dernière étude doctrinale de la Fraternité Saint-Pie X, De l’œcuménisme à l’apostasie silencieuse. L’article est intitulé “ Le nouveau chantage des lefebvristes sur Rome ”. Romano Libero, qui se croit bien informé, affirme tout uniment : “ Selon nos sources, ce petit livre aurait été rédigé en totalité ou en partie par Mgr Brunero Gherardini, 79 ans, ancien professeur d’ecclésiologie, un vieux théologien aigri et agressif ”.

Un deuxième article est consacré à “ Walter Kasper : bête noire des intégristes ”, avec en surtitre : “ Pourquoi les lefebvristes veulent-ils la peau du patron de l’œcuménisme au Vatican ? ”. Cette fois, Romano Libero révèle que Mgr Gherardini — une fois prénommé Brunero puis, quinze lignes plus bas, il est prénommé Antonio ! —serait “ l’ennemi le plus déterminé de Walter Kasper ” et qu’on le dit “ collaborateur de la revue pro-lefebvriste Si,si, No, No, proche de la Fraternité Saint-Pie X. ”

Toutes ces informations concernant Mgr Gherardini sont fausses. Non seulement Mgr Gherardini n’a pas écrit une seule ligne de l’étude de la FSSPX, De l’œcuménisme à l’apostasie silencieuse, mais il en ignorait même l’existence jusqu’à ce qu’il apprenne, par un ami français, que Golias distillait la fausse information qu’il en serait l’auteur. Pareillement, il n’a jamais écrit une seule ligne pour Si si no no, le bimensuel antimoderniste qui existe depuis trente ans maintenant.

Mgr Gherardini, qui nous honore de son amitié, a été professeur de théologie au séminaire de Prato puis à Rome, au Latran. Il est aujourd’hui consulteur de la Congrégation de la Cause des Saints, membre de l’Académie Pontificale de Saint Thomas d’Aquin et directeur de Divinitas, revue de théologie éditée au Vatican. Il a succédé aussi au regretté Mgr Piolanti comme postulateur de la cause du bienheureux Pie IX et il dirige la revue Pio IX.

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À propos de Politica hermetica

La revue Politica hermetica est une revue, annuelle, qui paraît aux éditions L’Age d’Homme. Chaque numéro consiste en la publication des actes d’un colloque international organisé par l’association du même nom et qui s’est donné pour but d’étudier l’histoire de l’ésotérisme, notamment dans ses relations avec la politique. L’association Politica hermetica a été fondée en 1985 par Victor Nguyen, le grand historien, spécialiste de l’Action Française, aujourd’hui disparu. Le premier volume de la revue (Métaphysique et politique, Guénon et Evola) est paru en 1987.

Politica Hermetica est régulièrement la cible de certains milieux catholiques. Par exemple, Christian Lagrave, dans le n° 324 (février 2004) de Lecture et Tradition ou le rédacteur anonyme de l’article “ Gnose et complot (suite) ” dans le dernier numéro du Sel de la Terre (n° 49, été 2004).

Après avoir cité les noms de certains membres du comité de rédaction et du comité scientifique (sont nommés Emile Poulat, Jean-Pierre Laurant, Jean Baubérot, Jean Borella, Pierre Chevallier, Antoine Faivre, Pierre-André Taguieff, Michel Maffesoli, Michel Michel), Christian Lagrave écrit : “ tout ce monde est, d’une part plus ou moins influencé par les idées de Julius Evola ou de René Guénon, et d’autre part souvent lié à la franc-maçonnerie ”… Christian Lagrave a l’art de passer, en une seule phrase, de l’amalgame (“ Tout ce monde ”) à l’approximation (“ plus ou moins ”, “ souvent ”).

On ne niera pas l’appartenance de certains des chercheurs cités à la franc-maçonnerie, mais l’appartenance à la franc-maçonnerie d’Emile Poulat ou de Jean Borella est une de ces fariboles qu’il est indigne de laisser croire. Curieusement, un autre membre du Comité scientifique n’est jamais cité dans ces mises en accusation : il s’agit de René Rancœur, parfait érudit, grand bibliographe, personnalité incontestée du monde savant catholique. Croit-on que René Rancœur aurait accepté de faire partie du comité scientifique d’une association et d’une revue qui auraient eu des visées ésotériques et antichrétiennes ?

Des numéros de la revue ont été consacrés, par exemple, à la franc-maçonnerie et à l’antimaçonnisme, au théosophisme, au prophétisme politique, à la théorie du complot ou à “ Esotérisme et socialisme ”. Ces thèmes font l’objet d’études historiques, dont certaines affirmations ou analyses peuvent être discutées. Mais il est stupide de voir dans ces études successives une sorte de noir complot.

On ajoutera à ces remarques ce qu’Emile Poulat nous écrit du but et du fonctionnement de la revue et des colloques :

Il y a une fixation curieuse sur Politica hermetica, et même fantasmatique. La revue a été fondée par Victor Nguyen, dont j’ai pris le relais, parce que je connaissais bien Victor, et aussi parce que je connaissais le cardinal Pitra et son souci de retrouver la pensée symbolique des Pères contre le positivisme historique de Mgr Duchesne. Au début, les colloques ont attiré des fous et des fanatiques : il a fallu faire le ménage sans éclats. Il n’y a plus maintenant que des scholars.

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Revue des revues

. La Documentation catholique, publie une édition spéciale intitulée “ Jean-Paul II à Lourdes ”[1]. On y trouve le texte intégral des allocutions, méditations et prières prononcées par Jean-Paul lors de son pèlerinage à Lourdes les 14 et 15 août derniers. On y trouve aussi un reportage photographique en couleurs de 16 pages sur l’événement. Enfin, puisque l’occasion de ce pèlerinage papal était le 150e anniversaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée conception, on pourra lire la reproduction intégrale de la Constitution apostolique Ineffabilis Deus, datée du 8 décembre 1854, par laquelle le bienheureux pape Pie IX a défini et proclamé ce dogme. L’édition reproduite est celle publiée en 1953, aux éditions de la Bonne Presse, avec des notes doctrinales et historiques rédigées par l’abbé Alphonse David.

. “ L’affaire de Bordeaux ” et l’exclusion de la FSSPX des abbés Laguérie et Héry ont fait couler beaucoup d’encre depuis la fin du mois d’août. La “ grande ” presse (Le Figaro, Le Monde, Libération, La Croix) lui a consacré des articles, sans comprendre d’ailleurs les enjeux et les véritables raisons d’une affaire qui semblait ne devoir intéresser, au départ, que le microcosme traditionaliste.

Des sites internet se sont même créés qui reproduisent la plus grande partie des déclarations et articles sur le sujet et un certain nombre de documents ; les deux principaux sites étant www.les.infos.free.fr et crisefraternite.com.

L’exposé le plus complet et le plus objectif (bien qu’émanant d’une des parties prenantes dans l’affaire) me semble être le dossier de huit pages que publie le n° 100 de DICI, daté du 10 septembre 2004[2]. On y trouve trois textes : “ Les faits reprochés ” par l’abbé Lorans, “ Les ouvertures faites à M. l’abbé Philippe Laguérie par les Supérieurs de la Fraternité ” par l’abbé de Cacqueray, Supérieur du district de France, et “ Réponses à des rumeurs sur la Fraternité Saint-Pie X ” par l’abbé Celier.

Certaines informations ou appréciations contenues dans ce numéro de DICI sont des allusions à décrypter. On remarquera aussi, dans ce dossier de DICI, le silence fait sur certaines personnes et sur certains points (publics ou non) de l’affaire.

Quoi qu’il en soit, la querelle “ affaire des séminaires ” devenue “ l’affaire de M. l’abbé Philippe Laguérie à Bordeaux ” – la formule est de DICI –, n’aura pas ébranlé la FSSPX. Un des protagonistes de l’affaire, à ses débuts, estimait que c’était là “ la plus grave crise qu’ait connue la Fraternité depuis ses origines ”. Il semble que l’évolution de la situation démente ce pronostic. Certes à Bordeaux comme à Paris (autour de Saint-Nicolas-du-Chardonnet), certains des fidèles attachés à la FSSPX ont pris bruyamment la défense des abbés sanctionnés et exclus mais, comme lorsque l’abbé Aulagnier a quitté la FSSPX, il n’y a pas eu de division publique au sein de la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre. Dans les prieurés, comme dans les écoles, les prêtres continuent leur apostolat et portent des jugements divers sur l’affaire.

. Le site électronique suisse “ Religioscope ” (www.religion.com), dirigé par Jean-François Mayer, spécialiste des mouvements religieux contemporains, publie un long entretien avec Emile Poulat. L’entretien– quatorze pages en version papier – porte sur le dernier livre de celui-ci, Notre laïcité publique.

Émile Poulat expose les principes thèses et analyses de son livre, mais avec une liberté de ton et de style qui offre des formulations différentes et parfois clarificatrices.

Émile Poulat demande de “ bien distinguer la laïcité institutionnelle, la laïcité qui nous gouverne, par opposition à l’idée que chacun peut s’en faire, qui est du domaine privé. ” Il estime qu’en 1905, il n’y a pas eu “ séparation ” de l’Eglise et de l’Etat. Il fait remarquer à juste titre : “ …on constate que le mot séparation qui figure dans les discours, ne figure pas dans le texte de la loi. Il figure dans le titre, sans aucune valeur légale. On s’aperçoit que, dans la réalité, il s’agit de tout autre chose. Autrement dit, la loi de 1905 que personne n’a lue, ou très peu, est largement mythique aujourd’hui. Je peux même dire que je ne connais aucun professeur de droit qui soit capable de la commenter exhaustivement à ses étudiants. Il y a des mots que nous ne comprenons plus, des articles qui nous laissent pantois. Autrement dit, il faudrait aujourd’hui une sorte d’édition critique de la loi de 1905 avec des commentaires, des gloses, un peu à la manière des exégètes dans leurs commentaires de l’Evangile. ”

Émile Poulat n’est pas loin de croire, semble-t-il, à une laïcité pacifiée aujourd’hui. Sans méconnaître qu’il existe “ une culture laïque qui est, en somme, libre exaministe et critique ”, et donc anticléricale, il pense qu’au fil du temps, ce sont les partisans d’ “ une loi de pacification ” qui l’ont emporté.

Tout en reconnaissant l’importance et le grand intérêt du travail de clarification mené par Emile Poulat dans son dernier livre, Notre laïcité publique, on restera moins optimiste sur les intentions de ceux qui, aujourd’hui, veulent faire respecter la laïcité et cherchent à l’inscrire encore davantage dans la loi, donc dans la société française. Jean Madiran, dans Présent de ce jour, met en lumière “ La force souterraine du principe de laïcité ”[3]. Il attire l’attention sur l’intention affichée du législateur comme du Président de la République, Jacques Chirac, dans la récente loi sur la laïcité : faire en sorte que “ les consciences des enfants soient protégées des influences religieuses ”.

La laïcité “ à la française ” n’est plus une guerre ouverte contre l’Eglise, elle s’accommode de l’Eglise catholique, comme des autres forces religieuses ou culturelles, elle ne discrimine pas, mais elle entend que l’Eglise catholique ne remette pas en cause les principes qui la fondent : “ Non à une loi morale qui primerait la loi civile ! ” selon la formule désormais célèbre de Jacques Chirac[4].

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NOTES

[1] La Documentation catholique, 3 rue Bayard, 75008 Paris, n° 2320, 5/19 septembre 2004, 5 euros le numéro.

[2] DICI-Presse, Etoile du Matin, 57230 Eguelshardt, 2 euros le numéro.

[3] Présent (5 rue d’Amboise, 75002 Paris), n° 5667, samedi 18 septembre 2004, 2,30 euros ce numéro.

[4] On renverra aussi aux bonnes analyses de Rémi Fontaine, La Laïcité dans tous ses débats. Christianisme et laïcise en dix cas d’école, préface de Dom Gérard, Editions de Paris (13 rue Saint-Honoré, 78000 Versailles), 116 pages, 16 euros.

mercredi 1 septembre 2004

[Aletheia n°61] Informations

Aletheia n° 61 - 1er septembre 2004
Informations
. Est parue dans Présent (5 rue d’Amboise, 75002 Paris), les 11, 14, 18, 19 et 21 août, une série de cinq articles de Jean Madiran intitulée “ L’épiscopat de 2000 à 2004 face au piège de la laïcité ”. Ces cinq pleines pages de journal constituent une démonstration qui mérite de retenir l’attention.
Il y a une conception catholique de la laïcité, fondée sur l’Evangile : “ Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ”. Cette laïcité au sens catholique implique la distinction entre les deux pouvoirs, temporel et spirituel (l’Etat et l’Eglise), “ sans les opposer ni les séparer, écrit Jean Madiran, mais en les invitant au contraire à coopérer ”.
Il y a, par ailleurs, singulièrement en France, un autre sens du mot “ laïcité ”, entendu comme “ séparation de la religion et de la société civile ” (selon la définition du Littré rappelée par Jean Madiran). C’est aussi la définition qu’en donnait Ernest Renan dans son discours de réception à l’Académie française (1882) : “ l’Etat neutre entre les religions, tolérant pour tous les cultes et forçant l’Eglise à lui obéir sur ce point capital ”.
Le débat sur la laïcité qui dure depuis plusieurs années et qui est encore en cours, et à laquelle la Conférence épiscopale français tente de participer, est piégé par le sens restrictif et déformé du mot et par l’intention qui met le pouvoir politique. Jean Madiran fait une longue analyse des déclarations des politiques comme de l’épiscopat. Nous y renvoyons les lecteurs.
En relevant encore de quelle façon l’épiscopat français maintient de bonnes relations avec le pouvoir politique : “ Finalement l’épiscopat se contente de négocier en tapinois quelques aménagements pratiques, quelques dispositions réglementaires, quelques exemptions fiscales. En dehors de quoi, les notes doctrinales, communiqués et déclarations épiscopales se bornent à des exposés psychosociologiques inspirés des “sciences humaines“ plutôt que d’une révélation divine, et présentés comme des opinions parmi d’autres dans le débat démocratique. ”
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À signaler, néanmoins, que l’épiscopat, en certains de ses membres, n’est pas ignorant ou dédaigneux de “ l’influence de la franc-maçonnerie ”. Il y a deux ans, Mgr Brincard, évêque du Puy-en-Velay, avait fait des déclarations très fermes et clairvoyantes sur le sujet[1]. Cette fois, c’est un autre évêque, Mgr Rey, évêque de Toulon, qui a demandé à un mensuel catholique de préparer un dossier sur la franc-maçonnerie et “ son influence dans le monde ”. Le numéro paraîtra en décembre.
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. À propos des liens entre l’Association pour la famille et l’Opus Dei (Aletheia n° 59), un lecteur spécialiste du milieu associatif catholique nous écrit : “ Les responsables de l’Association pour la promotion de la famille (APPF) sont tous de l’Opus Dei. Ce qui est vrai, c’est que l’œuvre entend toujours ne pas être confondue avec les initiatives prises par ses membres, afin d’éviter les amalgames dont ses adversaires sont friands (par exemple en parlant des “banques“ de l’Opus Dei…). Toutefois, je pense qu’une certaine ambiguïté subsiste dans la mesure où les membres de l’œuvre acceptent une direction spirituelle extrêmement directive, dans tous les domaines de leur vie, — engagements “temporels“ inclus. De plus, François Gondrand, le précédent responsable de la communication de l’Opus Dei en France, que j’avais interrogé sur l’APPF, avait reconnu l’origine opusienne des animateurs de cette association (fondée face à l’inertie des AFC), tout en affirmant son indépendance vis-à-vis de l’Œuvre ”.
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. Dans le débat actuel sur la “ gnose ” et la valeur des travaux d’Etienne Couvert, l’helléniste et latiniste Gérard Bedel a publié, sous le nom de Philologus, une utile mise au point sémantique sur les mots gnose, théosophie et ésotérisme [2].
À propos du livre de Paul Sernine, La Paille et le sycomore, l’abbé de Cacqueray, supérieur du District de France de la FSSPX, explique dans le dernier numéro de Fideliter[3], pourquoi il en a autorisé l’édition et la diffusion : “ je pense que de tels débats, comme il en a toujours existé dans l’histoire de l’Eglise, sont à même de servir la recherche de la vérité par la confrontation des arguments, l’approfondissement des convictions justes. (…) Cette autorisation ne signifie pas pour autant l’approbation du livre : elle se limite à garantir que cet ouvrage ne contient rien de contraire à la foi et aux mœurs (bien qu’une erreur soit évidemment toujours possible). Que le livre soit maladroit, confus ou inutile appartient au débat public des idées, et l’autorité ecclésiastique, en permettant la parution d’un tel livre, ne s’est pas engagée sur sa valeur intellectuelle. ”
L’abbé de Cacqueray indique aussi en quel sens, limité, les notions de “ contre-Eglise ” et de “ complot ” peuvent être utilisées pour qualifier le combat mené par certains contre l’Eglise et sa doctrine.
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. Le dimanche 22 août, M. l’abbé de Cacqueray, supérieur du district de France de la FSSPX, est venu à l’église Saint-Eloi de Bordeaux annoncer la mutation de l’abbé Laguérie, prieur de l’église. Cette mutation, au Mexique, est refusée par l’intéressé qui a fait appel de la décision.
L’hebdomadaire Minute, dans son numéro du 25 août, a consacré un très long article à l’affaire sous le titre : “ La succession de Mgr Lefebvre en jeu — Du rififi chez les cathos tradi ”. L’article, signé Céline Pascot, explique : “ L’auteur a commis une faute de lèse-majesté en alertant dans un premier temps Mgr Fellay [Supérieur général de la FSSPX], et dans un second temps une trentaine de prêtres de la Fraternité, auxquels il a adressé une copieuse étude statistique sur la situation des séminaires de la Frat’ ”. L’auteur de l’article analyse la crise qui est survenue comme une lutte d’influence à l’approche du prochain Chapitre général de la FSSPX, en 2006, qui devra élire un nouveau Supérieur général ou confirmera l’actuel dans ses fonctions.
Deux autres prêtres, les abbés Héry, de Bordeaux, et de Tanoüarn, directeur des publications Pacte et Certitudes, ont pris la défense de l’abbé Laguérie. L’abbé de Tanoüarn estime qu’il ne s’agit pas d’une question de personnes mais d’une question de doctrine qui porte sur la nature de la vocation et la conception du sacerdoce.
Le Figaro, le 27 août, a évoqué l’affaire sous le titre “ Les catholiques lefebvristes se déchirent ” et a reproduit des propos de Mgr Fellay au sujet des trois prêtres visés : “ Ils ne sont pas exclus, mais ils en prennent le chemin. S’ils s’obstinent dans la rébellion, la sanction légitime va tomber, et vite. Ils troublent l’ordre. J’appliquerai donc le droit et je n’ai pas l’esprit de dictature. S’ils reviennent dans la voie de la vérité, alors à tout péché miséricorde, mais il faudra réparation. ”.
Puis était mis en circulation, par courrier et sur internet, un libelle anonyme intitulé : “ FSSPX : L’enjeu du “bras de fer“ de la Saint-Louis 2004 ”. On peut y reconnaître, je crois, le style et l’argumentation bien connue de Louis-Hubert Rémy, l’auteur sédévacantiste de L’Eglise éclipsée. Il évoque l’existence d’un “ clan Tanoüarn-Laguérie-Celier-Héry ”, les qualifie de “ mutins modernistes ”, relie l’épisode à l’affaire Sernine et interprète cette nouvelle affaire comme une “ offensive contre les autorités de la Fraternité ”.
Je ne fais que rapporter ici les positions des uns et des autres sans me mêler à la controverse.
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. Un projet d’aménagement du sanctuaire de Fatima est à l’étude. Selon certaines informations, il s’agirait d’en faire un “ centre inter-religieux où les religions du monde se réuniront pour rendre hommage à leurs dieux ”. Plusieurs publications traditionalistes se sont fait l’écho, ces derniers mois, de ce “ nouveau scandale de Fatima ”.
Jeanne Smits, qui a mené une enquête sur place, fait dans Présent (5 rue d’Amboise, 75002 Paris) le point sur la question. Tout est parti d’un article paru dans un hebdomadaire anglophone, Portugal News. Les démentis, apportés par la suite, dans l’organe officiel du sanctuaire et par le recteur du sanctuaire, le P. Luciano Guerra, n’ont pas été repris par la presse qui avait annoncé la fausse nouvelle.
Le grand article de Jeanne Smits, “ Quoi de neuf à Fatima ” (28.8.2004), a le mérite d’apporter des éclaircissements et des rectifications convaincantes. Reste à savoir si les publications traditionalistes qui s’étaient alarmées et avaient dénoncé une “ nouvelle trahison du message de Fatima ” signaleront à leurs lecteurs ce rétablissement de la vérité des faits.
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. Vient de paraître : Grégoire Celier, Libéralisme et antilibéralisme catholiques, Editions Clovis (B.P. 88, 91152 Etampes Cedex), 78 pages, 10,50 euros :
Ch. I : Le libéralisme.
Ch. II : Le libéralisme catholique.
Ch. III : L’école de l’antilibéralisme catholique.
Ch. IV : Nous sommes les fils des saints.
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Vient de paraître
Yves Chiron
Pie XI (1857-1939)
Introduction
1.      L’enfant de la Brianza
2.      Un jeune prêtre studieux
3.      De l’Ambrosienne à la Vaticane
4.      Nonce en Pologne
5.      De Milan au siège de Pierre
6.      Le Règne du Christ
7.      Le pape des missions
8.      Le pape de l’Union
9.      L’Action catholique : “ refaire la société chrétienne ”
10.  Face à Mussolini
11.  Les affaires de France
12.  Pour une Europe nouvelle
13.  Face à Hitler
14.  “ Il terribile triangolo ”
15.  “ La Pâques des trois encycliques ”
16.  “ Nous sommes tous spirituellement des sémites ”
Sources et bibliographie
Index
Remerciements

Un volume de 432 pages.  Éditions Perrin.
Prix en librairie : 23, 50 euros. Disponible au même prix, chez l’auteur (franco de port).
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[1] Texte intégral de l’entretien qu’il avait accordé à RCF-Le Puy dans le n° 28 d’Aletheia, 16 avril 2002 (envoi contre deux timbres).
[2] “ Le coin du philologue ”, Legenda, in Lecture et Tradition (n° 327, mai 2004, B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil, 3 € le numéro).
[3] “ Pour un débat contre-révolutionnaire ”, entretien avec l’abbé de Cacqueray, Fideliter (n° 161, septembre-octobre 2004, B.P. 88, 91152 Etampes Cedex, 7,50 € le numéro).

lundi 9 août 2004

[Aletheia n°60] Supposées apparitions - et autres textes - par Yves Chiron

Aletheia n°60 - 9 août 2004

Supposées apparitions

Depuis 1996, de supposées apparitions de la Vierge auraient lieu à Plombières-lès-Dijon et, en lien avec celles-ci, en d’autres lieux. J’écris “ supposées ” en attendant le jugement de l’Eglise, même s’il n’est pas interdit aux fidèles d’émettre une appréciation au regard des critères traditionnels de l’Eglise en la matière et par comparaison avec les apparitions reconnues authentiques.

Les faits auraient commencé à Plombières-lès-Dijon le 15 août 1996, date à laquelle la Vierge Marie serait apparue à une mère de famille, Eliane Deschamps. Un premier problème se pose puisque les sources divergent sut cette supposée première apparition. Parfois, une autre date est donnée : le 28 avril de cette même année. En tout cas, désormais, la Vierge apparaîtrait le 15 de chaque mois (ou le week-end le plus proche du 15 !), à l’heure invariable de 0 h 06.

Éliane Deschamps est mère de cinq enfants, issus de trois mariages ou unions. Elle se dit complètement illettrée et a connu une conversion depuis sa participation à un groupe de prières charismatique en 1990. Elle se présente comme la “ Petite servante ”.

Les apparitions, qui se déroulaient dans une relative discrétion, ont attiré au fil des mois quelques dizaines de fidèles. L’année 1999 a été une année importante. Cette année-là, dans un de ses messages, la Vierge Marie demande qu’une médaille soit frappée. Aussi, en mai 1999, une association est créée (“ Amour et miséricorde ”) pour en permettre la fabrication et la diffusion. Un artiste a frappé une médaille portant, sur la face, le Christ crucifié, entouré du mot “ Amour ” répété trois fois, et sur l’autre face, une colombe représentant le Saint-Esprit, entourée du mot “ Miséricorde ” répété trois fois.

Le 16 octobre de cette année-là aussi, “ l’Ange de l’Amour” révèle à Eliane une prière au “ Père bien-aimant ”. Enfin, le 15 décembre, la Vierge Marie aurait annoncé : “ Je ne remettrai ni ma présence ni l’Esprit du Père ici ”. Cette formule, curieuse, était l’annonce, voilée, que les apparitions n’auraient plus lieu à Plombières-lès-Dijon mais à quelques kilomètres de là, près de la chapelle de Velars-sur-Ouche.

Ce changement de lieu était dû, en fait, à une dissension dans le groupe de prières constitué autour d’Eliane Deschamps. Un des fidèles du groupe, Frédéric, prétendait à son tour bénéficier d’apparitions. À partir du 15 janvier 2000, des apparitions de la Vierge auraient donc eu lieu, à Velars-sur-Ouche, Eliane en étant la bénéficiaire, tandis que d’autres continuaient à avoir lieu à Plombières-lès-Dijon, le 15 de chaque mois également, Frédéric en étant le bénéficiaire.

Puis, depuis juillet 2001, Eliane bénéficierait chaque mois d’une apparition à Chaussin, dans le Jura, dans une propriété mise à sa disposition par une fidèle. Dans le jardin, une grande croix, éclairée la nuit par douze néons, est le lieu habituel de l’apparition qui se déroule selon un schéma invariable : les fidèles, qui doivent s’être confessés au préalable (le jour même ou dans la semaine précédente), se réunissent à dix heures du soir autour d’Eliane pour prier et chanter. À minuit six minutes la Vierge apparaît à Eliane, “ parfois la Sainte Vierge demande à la “Petite servante“ d’amener un ou plusieurs pèlerins à Ses pieds ”.

Éliane décrit ainsi la Vierge Marie en son apparition : “ Quand la Vierge apparaît, elle arrive sur un petit nuage blanc, proche du sol, pieds nus. Elle est habillée en blanc, les bras le long du corps, les mains face à nous. Elle a un manteau posé sur sa tête qui se confond avec sa robe et quand elle écarte les bras, son manteau s’élargit. Elle porte une petite ceinture bleue, très pâle et un chapelet en forme de perles de pluie à la main. Une lumière entoure Marie. Une lumière qui ne fait pas mal aux yeux, qui n’existe pas sur Terre, très difficile à expliquer : une lumière d’amour, de pureté, de miséricorde. Très claire, très transparente, comme du cristal. C’est beau. ”

Les messages reçus par Eliane – le dernier à ce jour, le 15 juillet dernier, était le 96 e – sont des invitations à la prière, à la charité et à la confiance en Dieu. Leur style et leur forme ne sont pas sans rappeler ceux des apparitions de Medjugorge (apparitions, rappelons-le, où un “ non-constat de surnaturalité ” a été porté par l’évêque de Mostar). Le vocable sous lequel la Vierge apparaît à Chaussin, “ Notre-Dame de la Paix ”, est aussi celui sous lequel elle se serait présentée à Medjugorje.

Parallèlement, de supposées apparitions se poursuivent à Plombières-lès-Dijon. La Vierge continuerait à s’y manifester sous le vocable de “ Notre-Dame des Souffrances ”. Le voyant, Frédéric, diffuse, lui aussi, les messages qu’il reçoit le 15 de chaque mois, entouré de quelques dizaines de fidèles venus de diverses régions de France. Les messages qu’il dit recevoir (d’une longueur, invariable, d’une pleine page dactylographiée !) ont une tonalité prophétique accentuée. Ils annoncent des “ tribulations ” pour la France, des “ cataclysmes ”, des “ mouvements sociaux incontrôlés ” dans une perspective nettement eschatologique. Référence, explicite, est faite par la Vierge à Marie-Julie Jahenny (1850-1941), la voyante stigmatisée de La Fraudais.

Dans le message du 15 mai 2004, la Sainte Vierge aurait demandé à la France de “ se réveiller ” : “ elle est choisie pour être la Lumière du Monde (…) tout commencera par la Bretagne. Priez Sainte Jeanne d’Arc et Saint Michel Archange de venir délivrer la France de l’assaut destructeur de tous les anges rebelles. La vraie Foi est dans le catholicisme, elle n’est pas dans l’œcuménisme. Vous êtes des enfants de Marie, vous ne deviendrez jamais des enfants du Coran. Quoi que vos politiciens, dominés par la Franc-maçonnerie, aient prévu pour ce territoire béni de si grands Saints, vous ne deviendrez jamais enfants de l’Islam. Mahomet brûle en enfer. […] Une Royauté venue du Ciel va régner sur la France, puis sur toute la Terre. ”

Même si les messages délivrés lors de ces deux supposées apparitions parallèles appartiennent à des registres très différents, elles comportent toutes deux des éléments qui, au regard des apparitions reconnues authentiques par l’Eglise, ne sont pas sans susciter des questions. Sans juger de la sincérité des supposés voyants ni de leurs bonnes intentions spirituelles, on reste perplexe devant plusieurs de leurs caractéristiques qui sortent des normes traditionnelles en la matière. D’abord le nombre très élevé des apparitions : à ce jour, une cinquantaine d’apparitions de la Vierge à Frédéric, près d’une centaine à Eliane. Est inhabituel aussi le changement des lieux d’apparition – trois pour Eliane – qui est toujours intervenu pour des raisons de convenance. Le caractère stéréotypé des messages, répétitifs d’un mois à l’autre et en même temps d’une longueur inhabituelle, étonne aussi. Il y aurait encore à faire une analyse doctrinale des messages.

L’archevêché de Dijon, compétent pour porter un jugement sur les faits, ne s’est pas prononcé publiquement sur les faits. Le prêtre de la cathédrale de Dijon, chargé depuis août 2002 de suivre cette affaire, nous a précisé : “ Aucune enquête diocésaine n’a été menée et aucun jugement de l’autorité diocésaine n’a été prononcé à ce jour. ”

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Impérialisme païen de Julius Evola

En 1928, Julius Evola faisait paraître Impérialisme païen. L’ouvrage portait en sous-titre : “ Le fascisme face au danger euro-chrétien ”. Julius Evola était encore jeune – il avait tout juste trente ans –, il venait des rivages de l’idéalisme philosophique et était encore adepte de pratiques magiques et ésotériques. Dans ce livre, il affirmait, sans nuance, un “ antichristianisme ” entier. Il voulait, disait-il, donner “ une âme ” au régime fasciste, au pouvoir en Italie depuis six ans.

L’ouvrage a son origine dans des articles qu’Evola avait publiés à partir de 1927 dans Critica fascista, la revue de Giuseppe Bottai. Bottai, lié depuis plusieurs années à Evola, était député et membre du Grand Conseil fasciste. Les articles avaient suscité une interpellation du journal du Vatican, L’Osservatore romano, qui fut suivie de vives critiques parues dans la presse catholique et aussi dans des publications fascistes. Bottai abandonna alors Evola, dégageant la responsabilité de la revue. Evola persista, lui, dans ses positions, les développant dans un ouvrage qui parut en 1928, aux éditions Atanor.

L’ouvrage est traduit pour la première fois en français[1].

Selon l’Evola de cette époque, “ le christianisme est à la racine même du mal qui a corrompu l’Occident ” parce qu’il a détruit “ l’impérialité et l’universalité romaines ”. Le fascisme, écrit Evola en 1928, est “ à la croisée des chemins ” (Mussolini négociait, discrètement depuis plusieurs années, avec Pie XI ; négociations qui aboutiront aux Accords du Latran signés en février 1929). Le régime, estimait Evola, doit choisir entre la “ catholicité ” et la “ romanité ”, jugés incompatibles. Il exhortait le régime fasciste à promouvoir “ l’antichristianisme ”, identifié comme “ la tradition méditerranéenne, classique, païenne ”.

Evola faisait référence aux auteurs antichrétiens anciens (Celse, par exemple) ou modernes (Louis Rougier). Retrouvant les accents de Nietzsche qui avait dénoncé les chrétiens comme “ les hommes du ressentiment ”, Julius Evola en appelait à une “ grande libération ” : “ la cessation de la foi, le monde libéré de Dieu. Aucun “ciel“ ne pèsera plus sur la terre, aucune “providence“, aucune “raison“, aucun “bien“ et aucun “mal“, larves d’hallucinés, évasions blafardes d’âmes blafardes. ”

Avant-même que l’ouvrage ne paraisse en Italie, à la lecture des articles parus dans Critica fascista, la Revue internationale des Sociétés secrètes (RISS) de Mgr Jouin avait dénoncé le “ long blasphème ” de Julius Evola. La revue, anti-maçonnique, anti-juive et anti-libérale, avait rangé Evola parmi “ ces excentriques – agents provocateurs de l’Enfer, arrière-garde de la Maçonnerie proscrite et des sectes qui poursuivent le Christ d’une inexpiable haine.[2]

La dénonciation n’était pas aussi extravagante qu’il pourrait sembler. Julius Evola, dans un appendice à son livre, a pu affirmer, en toute honnêteté : “ Nous ne sommes pas théosophe et nous ne sommes pas franc-maçon ”. Mais, des historiens sérieux, ont montré le rôle que la franc-maçonnerie a joué dans certains épisodes du fascisme[3]. Ce fut le cas, semble-t-il, lors de la publication de ce pamphlet anti-chrétien.

Les éditions Atanor, où parut le livre, étaient dirigées par Ciro Alvi, qui était à la fois fasciste et franc-maçon. Il est fort possible qu’Evola ait été manipulé par un courant anticlérical et fasciste qui était farouchement hostile aux négociations en cours avec l’Eglise et qui voulait empêcher la Conciliazione qui se préparait.

Cela dit, Evola était bien le rédacteur de l’ouvrage. Plus tard, il reconnaîtra que “ ce petit livre de combat ”, avait fait usage d’ “ un style violent ” et se caractérisait par “ un manque de mesure, de sens politique et d’une utopique inconscience de l’état de choses typiques de la jeunesse ”[4]. Il ne rééditera jamais l’ouvrage et interdira qu’il soit réimprimé de son vivant.

On ajoutera aussi qu’Evola prendra de plus en plus conscience du rôle et de l’influence de la franc-maçonnerie dans l’évolution du monde contemporain. Trois ans après avoir publié Impérialisme païen, il commencera à collaborer à La Vita Italiana de Giovanni Preziosi, une des principales revues antimaçonniques italiennes. Il y collaborera de mars 1931 à juillet 1943, publiant une centaine d’articles[5]. Ces articles, bien informés et sans concession, le mettront en relations étroites avec certains des grands auteurs antimaçonniques de son époque, en particulier Léon de Poncins et Emmanuel Malynski[6].

Quant au jugement porté par Evola sur le christianisme, il évoluera et l’on ne saurait honnêtement tenir les pages polémiques d’Impérialisme païen pour la pensée définitive d’Evola sur le sujet. On ne fera pas, pour autant, de l’auteur de Masques et visages du spiritualisme contemporain un auteur chrétien ni un contre-révolutionnaire intégral. Evola, mort en 1974, a voulu être incinéré et a exclu, dans son testament rédigé quatre ans plus tôt, “ toutes formes de cortège funèbre, d’exposition dans une église et d’intervention religieuse catholique ”. C’est dire que, au sens propre comme au sens figuré, il est mort hors de l’Eglise.

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Parution

Yves Chiron

Pie XI (1857-1939)

Un volume de 432 pages (avec index), à paraître aux éditions Perrin.

En souscription, jusqu’au 25 août, au prix de 20 euros, port compris. Commandes à adresser à Y.C., 16 rue du Berry, 36250 NIHERNE.

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NOTES

[1] Julius Evola, Impérialisme païen avec un Appendice polémique sur les attaques du parti guelfe, éditions Pardès (9 rue Jules Dumesnil, 45390 Puiseaux), 221 pages, 20 euros.

[2] A. Tarannes, “ Un sataniste italien. J. Evola ”, Revue internationale des sociétés secrètes, t. XVII, 1928, p. 124-129.

[3] Notamment Gianni Vannoni, Massoneria, fascismo, et Chiesa cattolica, Rome-Bari, Laterza, 1980.

[4] Julius Evola, Le Chemin du Cinabre, Milan-Carmagnole, Archè-Arktos, 1983 (1ère édition italienne, 1963).

[5] Certains d’entre eux ont été traduits en français : Julis Evola, Ecrits maçonniques, éditions Pardès, 1987.

[6] Evola publiera aussi un article dans l’éphémère revue de Léon de Poncins, Contre-Révolution.

dimanche 27 juin 2004

[Aletheia n°59] "Levez-vous! Allons!"

Aletheia n°59 - 27 juin 2004
Un nouveau livre autobiographique du Pape.
Saint Josémaria Escriva.
Revue des revues.


 
“ Levez-vous ! Allons ! ”
Après Ma vocation, don et mystère (1996), publié à l’occasion du 50e anniversaire de son ordination sacerdotale, Jean-Paul II publie un nouveau livre autobiographique consacré, cette fois, à son ministère épiscopal[1]. Il y a du pathétique autant que de l’admirable dans ce Pape dont la santé semble, certains jours, tenir à un fil et qui, pourtant, trouve encore la force non seulement d’accomplir l’essentiel de sa mission pontificale mais aussi de livrer longuement son témoignage sur ses années épiscopales (1958-1978).
Si l’on compare la biographie la plus volumineuse parue à ce jour sur le Pape[2] et le dernier livre publié par Jean-Paul II, on trouve dans celui-ci bien des choses nouvelles et éclairantes, et pas seulement sur les années évoquées. Ainsi sur le sens à donner au premier grand voyage pontifical, au Mexique, en janvier 1979. Ce ne fut pas seulement pour s’opposer à la “ théologie de la Libération ”, mais aussi pour ouvrir d’autres portes : “ Je me rappelle que j’ai interprété ce voyage au Mexique comme une sorte de “laissez-passer“ qui pouvait m’ouvrir la route au pèlerinage en Pologne. J’ai pensé en effet que les communistes de Pologne ne pouvaient me refuser l’autorisation de retourner dans ma patrie après que j’eus été reçu dans un pays à Constitution totalement laïque comme le Mexique d’alors. Je voulais me rendre en Pologne et cela a pu se réaliser au mois de juin de la même année ” (p. 58-59).
Le livre nous apprend aussi ou nous confirme les influences intellectuelles, spirituelles ou pastorales qui ont marqué le futur pape.
Sur le plan intellectuel, il y a eu, fait bien connu, l’influence du personnalisme : “ j’ai beaucoup été aidé par le personnalisme, que j’ai approfondi durant mes études de philosophie ” (p. 69). Il y a aussi l’affirmation suivante : “ Ma position philosophique personnelle se situe, pour ainsi dire, entre deux pôles : le thomisme aristotélicien et la phénoménologie ”[3].
Sur le plan spirituel, il y a eu l’influence de Mgr Pelczar, grande figure d’évêque peu connue encore en France (bien que Jean-Paul II l’ait béatifié puis canonisé). De l’œuvre principale de Mgr Pelczar, L’ascèse sacerdotale, Jean-Paul II écrit : “ Ce livre est le fruit de sa riche vie spirituelle, et il a exercé une profonde influence sur des générations entières de prêtres polonais, spécialement de mon temps. Mon sacerdoce aussi a été modelé d’une certaine façon par cette œuvre ascétique ” (p. 118).
Sur le plan pastoral, Jean-Paul II indique que les Journées Mondiales de la Jeunesse – qui seront un des héritages les plus spectaculaires du pontificat – “ en un sens, sont nées ” du “ Mouvement des oasis ” fondé en Pologne par l’abbé Franciszek Blachniki dans la Pologne communiste. “ J’ai été beaucoup lié à ce mouvement et j’ai essayé de l’aider de toutes manières ” écrit le Pape. On ajoutera que Franciszek Blachniki, qui était d’un an le cadet du pape, est mort en 1987 et dès 1995 son procès de béatification a été ouvert.
On pourrait relever encore l’attention portée à “ la pastorale des familles ” dès les premiers temps du ministère épiscopal ou encore, fait bien connu celui-là, la chapelle non seulement comme lieu de prière et de méditation mais aussi comme lieu de réflexion intellectuelle (dans la chapelle privée de l’archevêché de Cracovie, “ non seulement, écrit le Pape, je priais mais je restais aussi assis et j’écrivais. C’est là que j’ai écrit mes livres, entre autres la monographie Personne et Acte ”, p. 133).
Un “ pape dialectique ” ?
Celui qui signe Joël Prieur, dans le dernier numéro paru de Pacte[4], estime que ce livre “ ne nous apprendra pas grand chose de plus sur ce géant spirituel ”. Le jugement est sévère et, au regard des quelques faits relevés ci-dessus, injuste.
En revanche, celui qui signe Joël Prieur est plus convaincant quand, après avoir cité Jean-Paul II (“ les saines traditions favorisent l’audace commune de l’imagination et de la pensée et une vision ouverte sur l’avenir ” p. 159), il voit la clef du pontificat dans l’ “ idéal d’une tradition revisitée par la modernité ou d’une modernité enfin située dans la Tradition. ”
Tous les historiens s’accordent à estimer qu’avec Jean-Paul II il y a eu un “ recentrage ” du discours pontifical et de la pastorale du Saint-Siège (au sens du Retour au Centre [qui est le Christ] du théologien Hans Urs von Balthasar). Celui qui signe Joël Prieur interprète ainsi la politique pontificale : “ Jean-Paul II est le pape qui, consciemment, choisit de ne pas choisir, parce qu’il choisit tout, certain qu’une dynamique naîtra de la dialectique qu’il instaure savamment entre tradition et modernité. ”
Est frappant aussi le regard optimiste que pose Jean-Paul II sur l’Eglise dans le monde. C’est sans doute parce que son regard ne s’arrête pas à l’Europe occidentale déchristianisée mais est ouvert sur l’universalité que Jean-Paul II a une vision ascendante de l’humanité : “ l’homme s’ouvre sans cesse à l’incessante irruption de Dieu dans le monde des hommes ; c’est la marche de l’homme vers Dieu, un Dieu qui, pour sa part, conduit les hommes les uns vers les autres ” (p. 184).
On en revient à la double question de celui qui signe Joël Prieur : “ Peut-on faire confiance aux lois de la dialectique pour que croisse une tradition vivante ? Peut-on envisager l’histoire de l’Eglise sur le mode d’une “Eglise qui se fait histoire“ (card. Hamao), c’est-à-dire qui vit successivement dans son enveloppe terrestre les phases alternées de la thèse, de l’antithèse et de la synthèse ? ”.
Saint Josémaria Escriva
Le fondateur de l’Opus Dei, canonisé par Jean-Paul II en 2002, connaît son biographe le plus scrupuleux avec Andrès Vasquez de Prada. C’est une biographie “ autorisée ”, en ce sens que l’auteur, membre de l’Opus Dei et qui a connu Mgr Escriva de Balaguer depuis 1942, a eu accès aux Archives générales de la Prélature, au Summarium de la Cause de béatification et de canonisation, et à d’autres documents inédits.
Après un premier volume paru en 2001, et déjà présenté ici, le second tome, encore plus volumineux,  nous emmène jusqu’en 1946[5]. Un autre tome suivra bientôt qui ira jusqu’à la mort du fondateur (1975).
Ce second volume porte sur la décennie 1936-1946, marquée, en Espagne, par la terrible Guerre civile. C’est une période dramatique pour tous, y compris pour Josémaria Escriva. Pendant cette période, l’œuvre, dont le fondateur dira avoir eu la première inspiration à Madrid le 2 octobre 1928, reçut sa première approbation canonique comme “ pieuse union ” en 1941. Un statut particulier que nécessitait la situation particulière des membres de l’Opus Dei : ses membres prêtres n’étaient pas des religieux et ses membres laïcs  ne constituaient point un tiers-ordre mais étaient, par leurs engagements, beaucoup plus que les membres d’une confrérie.
Andrès Vasquez de Prada ne cache rien des rumeurs, vraies ou fausses, calomnies et campagnes de dénigrement qui ont accompagné l’Opus Dei presque dès ses origines[6]. Josémaria Escriva était persuadé, en 1941, que dans l’entourage du nonce à Madrid, Mgr Cicognani, certains voulaient faire condamner à Rome son livre, Chemin (p. 504).
Il évoque aussi les grâces extraordinaires dont bénéficiait Josémaria Escriva : “ les illuminations, les locutions intérieures, le don des larmes, la capacité de discerner les esprits, le secours de la Sainte Vierge et des anges gardiens ” (p. 328). Le premier volume nous avait déjà appris que depuis l’âge de seize ans et pendant dix ans, jusqu’à la fondation de l’Opus Dei, Josémaria Escriva avait reçu beaucoup de grâces extraordinaires, “ principalement sous la forme d’inspirations et d’illuminations ” (t. I, p. 291). Beaucoup de ces grâces ne seront jamais connues parce que le fondateur, qui les notait sur un cahier, l’a détruit de peur qu’on ne le prenne pour un saint.
Dans les volumes suivants, l’auteur devra évoquer les relations de l’Opus Dei et du régime franquiste. C’était un des reproches faits habituellement à Mgr Escriva de Balaguer par ses adversaires. Dans ce second volume, on relève deux faits qui permettent déjà un premier éclairage sur le sujet : l’hostilité que la Phalange manifeste, au début des années 40, à l’égard de l’Opus Dei, considéré comme une “ société secrète ” d’esprit “ internationaliste ”. Et, a contrario, l’estime, qu’à cette époque, Franco a pour Josémaria Escriva puisqu’il lui demande, en 1946, de venir prêcher une retraite au palais du Pardo, retraite qu’il suit du 7 au 12 avril en compagnie de son épouse.
REVUE DES REVUES
. La Revue de l’Association des Ecrivains catholiques de langue française (82 rue Bonaparte, 75006 Paris), dans son n° 92, de mai 2004, publie deux articles sur le film de Mel Gibson, “ La Passion ”. Le second, dû à André Blanc, dit en neuf points, bien argumentés, sa “ déception ”. C’est, dans les milieux catholiques traditionnels, un des seuls articles parus qui ne se soient pas joints aux dithyrambes inconditionnels, revers des condamnations et désapprobations en provenance d’autres milieux.
. Certitudes, dans son n° 15 (23 rue des Bernardins, 75005 Paris, 8 ¤ le numéro), revient sur la “ nouvelle religion ” de certains évêques qu’ont révélée certains communiqués et certaines réactions face au film de Mel Gibson comme face à l’exégèse post-moderne de Mordillat dans Corpus Christi.
Ce même numéro contient un intéressant article de l’abbé de Tanoüarn sur Bossuet et les quiétistes.
Signalons encore que le prochain numéro de la revue, le n° 16, contiendra une longue réponse argumentée de Paul Sernine aux critiques qu’ont suscitées son livre, La Paille et le Sycomore. À propos de la “ gnose ”.
. Sedes Sapientiae (Société Saint-Thomas-d’Aquin, 53340 Chémeré-le-Roi, 8 euros le numéro), publie, dans son n° 87, un long article du P. de Blignières intitulé “ Ecclesia Dei, quinze ans après : un bilan contrasté ” (p. 3 à 29).
Après l’évocation des faits marquants de ces dernières années (aussi bien les accords de Campos que la crise au sein de la Fraternité Saint-Pierre et, dans la Fraternité Saint-Pie X, le “ brutal renvoi en 2003 de l’abbé Paul Aulagnier ”), le P. de Blignières relève les faits positifs survenus dans les fraternités et communautés de la mouvance Ecclesia Dei : de nouveaux lieux de culte selon le rite traditionnel s’ouvrent chaque année avec l’accord d’évêques diocésains, “ l’Institut du Christ-Roi est présent dans onze diocèses, la Fraternité Saint-Pierre dans plus d’une vingtaine de diocèses ”. Et encore : “ les camps et pèlerinages trouvent aujourd’hui dans les églises paroissiales, de la part des desservants et des sacristains, voire des évêques, un accueil souvent plus ouvert qu’il y a quelques années. ” Ces faits positifs ne doivent pas masquer les résistances et les refus, auxquels l’auteur ne fait qu’allusion.
Dans cet article intéressant, on relève encore cette remarque avisée sur “ une tendance croissante des théologiens de la Fraternité Saint-Pie X ” : “ déceler en toute évolution – même possiblement homogène – de l’enseignement magistériel, la présence du relativisme ou de l’historicisme […] mettre sur un pied d’égalité toutes les parties des documents magistériels : l’enseignement directement visé sur lequel porte l’assistance, et les considérants ou les instruments d’expression qui peuvent être marqués de défaillances ”[7]. Et encore, la tentation de lire “ les textes du magistériel authentique […] à la lumière de leurs interprétations les plus discutables émanant de théologiens ou de certains évêques ”.
. Dans la dernière Lettre aux Amis et Bienfaiteurs du District de France de la FSSPX, n° 66 (B.P. 125, 92154 Suresnes Cedex), le Supérieur général, Mgr Bernard Fellay, décrit ainsi les relations actuelles entre la Fraternité sacerdotale fondée par Mgr Lefebvre et le Saint-Siège : “ Rome insiste pour que nous acceptions la proposition d’une “juridiction personnelle“. Le problème n’est pas dans la formule juridique, qui nous semble acceptable dans son principe, quoique nous ne connaissions pas les éléments concrets et les implications d’une telle “formule juridique“. Le problème se situe encore et toujours au niveau de la doctrine, de l’esprit chrétien qui habite ou n’habite pas — et c’est là toute la question — des textes ambigus et des réformes désastreuses pour le bien surnaturel des fidèles. “
Mgr Fellay reconnaît : “ Nous sentons certes de plus en plus de sympathie chez certains évêques, aussi à Rome. Il nous semble que nous avançons, que la Tradition fait des progrès dans le monde catholique. ” Néanmoins, estime Mgr Fellay, “ cela n’est pas encore suffisant. Nous avons récemment demandé officiellement le retrait du décret d’excommunication comme un premier pas concret de la part de Rome. Cela changerait le climat et nous pourrions mieux voir comment les choses se développent. ”
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[1] Jean-Paul II, Levez-vous ! Allons !, Plon/Mame, 2004, 197 pages, 17 euros.
[2] George Weigel, Jean-Paul II. Témoin de l’espérance, JC Lattès,1999.
[3] La phénoménologie, ce fut surtout, chez le futur pape, la lecture d’Husserl, de Scheler et d’Edith Stein.
[4] Pacte (23 rue des Bernardins, 75005 Paris), n° 86, 2,50 euros le numéro.
[5] Andrés Vazquez de Prada, Le Fondateur de l’Opus Dei. Vie de Josémaria Escriva, vol. II, Paris, Le Laurier/Montréal, Wilson & Lafleur, 2003, 804 pages, 28 euros.
[6] Les rumeurs n’ont pas cessé jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, l’ “ Association pour la famille ” (APF), dont le siège est à Paris et qui a de nombreuses filiales en province, est réputée, dans plusieurs ouvrages et sur internet, être un relais de l’Opus Dei. Interrogé sur le sujet, l’Opus Dei déclare ne pas connaître cette association.
[7] Le P. de Blignières cite, en note, deux Instructions de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.



lundi 7 juin 2004

[Aletheia n°58] Vers un Patriarcat ukrainien

Aletheia n°58 - 6 juin 2004
Vers un Patriarcat ukrainien
Mgr Slipyi, archevêque de Lviv, grande figure de l’Eglise catholique ukrainienne du XXe siècle, connut pendant dix-huit années, de 1945 à 1963, les prisons et les camps soviétiques avant d’être libéré au moment du concile Vatican II. Depuis sa libération, il demandait avec insistance que le Saint-Siège reconnaisse l’archevêché majeur de Lviv comme un patriarcat. Le 23 octobre 1971 – une de ses multiples interventions parmi d’autres –, prenant la parole devant le IIe Synode des évêques réuni à Rome par Paul VI, il déclarait avec quelque amertume :
Les communistes ont cruellement détruit l’Eglise ukrainienne en incarcérant toute sa hiérarchie et en l’annexant de force à l’orthodoxie. Cette grave injustice est encore actuelle. Les Ukrainiens catholiques sont encore persécutés sans être défendus par personne… Le régime soviétique nous a obligés à revenir aux catacombes pour célébrer la liturgie… Des milliers de fidèles d’Ukraine sont encore incarcérés ou déportés. Aujourd’hui, pour la diplomatie ecclésiastique, les Ukrainiens catholiques sont considérés comme gênants. Le Vatican est intervenu pour intercéder en faveur des catholiques latins, mais il s’est tu sur les six millions d’Ukrainiens persécutés… La création du patriarcat ukrainien proposée au Concile Vatican II a été refusée.
Il lui semblait que la reconnaissance d’un Patriarcat ukrainien était sacrifiée au nom de l’Ostpolitik.  Aujourd’hui, alors que le cardinal Slipyi est mort en 1984, il pourrait sembler que cette même demande n’aboutit pas, non pour des raisons canoniques ou théologiques, mais pour ne pas contrarier la politique œcuméniste en direction des orthodoxes.
Dans un livre qui vient de paraître, le P. Augustyn Babiak fait le point sur la question[1]. Le P. Babiak, prêtre gréco-catholique né en Pologne d’une famille ukrainienne, exerce son ministère auprès des catholiques ukrainiens en France et en Europe. Docteur en théologie, il a publié ces dernières années deux livres historiques importants. L’un, auprès de l’Université Catholique de Lyon : Le Métropolite André Cheptytskyi et les synodes de 1940 à 1944 (1999, 790 pages) ; l’autre, auprès de l’Université Catholique ukrainienne de Rome, Les Nouveaux martyrs ukrainiens du XXe siècle (2001, 635 pages).
Significativement, son troisième livre, qui est fondé sur des archives inédites d’une grande importance, notamment la correspondance échangée entre le cardinal Slipyi et le Saint-Siège dans les années 1970-1980, n’a pu trouver d’éditeur. Le P. Babiak a dû l’éditer à compte d’auteur.
Il entend montrer la pertinence de l’établissement de l’Eglise d’Ukraine en patriarcat. Il le fait d’un quadruple point de vue : historique, théologique, canonique et pastoral.
Si, avec les premiers conciles œcuméniques, cinq patriarcats ont été définis dans un ordre hiérarchique bien fixé : Rome, Constantinople, Antioche, Jérusalem, Alexandrie, la suite de l’histoire de l’Eglise a vu le titre de patriarche accordé aux chefs de plusieurs Eglises catholiques orientales.
Le P. Babiak montre comment d’Urbain VIII à Léon XIII, en passant par Grégoire XVI et Pie IX, plusieurs papes ont considéré positivement l’élévation du métropolite de Kiev-Halytch à la dignité de patriarche.
Sans faire référence explicitement aux gréco-catholiques, le concile Vatican II, dans le décret sur les Eglises orientales, a admis la légitimité d’instaurer de “ nouveaux patriarcats  (…) lorsque cela est nécessaire ” ; leur institution étant réservée au concile œcuménique ou au Pontife romain. Le même décret définissait un patriarche comme “ un évêque qui a juridiction sur tous les évêques y compris les métropolites, sur le clergé et les fidèles de son territoire ou de son rite, selon les normes du droit et restant sauve la primauté du pontife romain ”.
“ …de son territoire ou de son rite ”, la précision est importante puisqu’elle permettra au cardinal Slipyi de demander l’érection d’un Patriarcat ukrainien qui placerait sous une juridiction unique non seulement les gréco-catholiques d’Ukraine mais aussi les très nombreux gréco-catholiques ukrainiens exilés dans le monde et organisés, déjà, avec des évêques ou exarques à leur tête.
Depuis sa libération du Goulag jusqu’à sa mort, le cardinal Slipyi réclamera avec insistance l’instauration de ce Patriarcat. Auprès de diverses instances (Congrégation pour les Eglises orientales, Secrétairerie d’Etat, et auprès du Pape lui-même), il renouvellera, dans des lettres argumentées, sa demande. Le P. Babiak publie de larges extraits de ces lettres et aussi, ce qui est très intéressant, les réponses reçues.
Si la hiérarchie ukrainienne se montra, parfois, provocatrice – le P. Babiak ne le cache pas –, les autorités romaines, elles aussi, se montrèrent, parfois, maladroites. Ainsi, en 1971 l’Exarchat apostolique pour les fidèles ukrainiens de rite byzantin résidant au Brésil fut transformé, par le Saint-Siège, en un diocèse placé sous la dépendance de la Congrégation pour les Eglises orientales, mais le premier évêque consacré, Mgr Kryvyi, le fut dans le rite latin et le nouveau diocèse était suffragant de l’archevêque (latin) de Curitiba !
À défaut de se voir reconnu le titre et la fonction de Patriarche, Mgr Slipyi avait été nommé “ archevêque majeur ” en 1963 puis créé cardinal en 1965. Paul VI, s’il refusa toujours d’accéder à la demande principale du cardinal, accepta finalement, et non sans réticences, que se réunisse régulièrement le “ synode permanent ” de l’épiscopat ukrainien.
Jean-Paul II fut le premier Pape à rendre un juste hommage à l’Eglise ukrainienne et à ses martyrs : dès 1979, avec en point culminant la béatification solennelle de vingt-huit martyrs ukrainiens en 2001. Il n’a pas encore, à ce jour, satisfait la demande que le successeur du cardinal Slipyi, le cardinal Husar, a réitérée. Celui-ci estime que le patriarcat est une “ forme normale d’existence de la tradition byzantine et orientale ” et serait “ un développement de la structure de l’Eglise  [ukrainienne] ”.
L’ouvrage du P. Babiak a été achevé d’imprimer, en Ukraine, le 11 avril 2004 et commence tout juste à être diffusé. Par une heureuse coïncidence, Jean-Paul II, alors que le synode permanent de l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine est réuni à Rome depuis le 1er juin, a semblé faire un pas important vers ce que souhaitent les évêques ukrainiens puisqu’il a dit partager “ par la prière et aussi par la souffrance ” leur aspiration. Il a dit attendre “ le jour fixé par Dieu ” pour confirmer, en tant que Successeur de saint Pierre, le “ développement ecclésial ” que tous les Ukrainiens espèrent et réclament.
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La guerre picrocholine
La controverse suscitée par le livre signé Paul Sernine, paru en novembre dernier[2], n’a guère fait avancer la question sur le fond. Les principaux reproches faits au livre sont d’ordre méthodologique. Dans un article signé Dominicus, la revue Le Sel de la terre, estime qu’il s’agit d’une “ mauvaise querelle ”[3]. Dominicus estime que Paul Sernine “ a falsifié la pensée des autres, n’a pas exprimé sa propre pensée sur ses sujets, a enfermé le débat dans un dilemme absurde et ajouté d’inutiles querelles de personnes (tout en protestant du contraire). Il faudrait repartir sur de meilleures bases. ”
La principale “ falsification ” relevée par Le Sel de la terre est une citation extrapolée. Dans un de ses ouvrages, Etienne Couvert écrit que pour comprendre certaines œuvres de Victor Hugo “ il y a une clé… et c’est la Gnose ”. Paul Sernine a généralisé cette affirmation : “ En toute erreur “ il y a une clé…et c’est la gnose“ ”.  Dominicus estime : “ La phrase en question n’a jamais été prononcée en l’état par M. Couvert et ne correspond même pas à sa pensée. ”
La revue des religieux d’Avrillé estime, à juste titre, que cette controverse sur la gnose ne doit pas devenir “ un véritable affrontement qui distrairait du combat principal ” : “ le combat contre le néo-modernisme qui cherche à détruire l’Eglise de l’intérieur, la formation d’intelligences vraiment catholiques, le soutien spirituel des pères et des mères de famille voulant éduquer chrétiennement leurs enfants nous paraissent beaucoup plus importants. ”
Si la revue Le Sel de la terre se refuse aux querelles de personnes, il n’en est pas de même d’autres publications. Par exemple, depuis quelques semaines se diffuse, sous forme de brochure ou sur internet, un texte anonyme de 53 pages, intitulé Leçon de gnose. L’auteur, courageusement anonyme, de cette brochure publiée sans nom d’éditeur, ni lieu de publication, entend montrer que la gnose est l’ “ ennemi traditionnel de l’Eglise ”. Il prétend aussi dénoncer, “ par les documents ”, dit-il, “ les infiltrations gnostiques actuelles dans la Tradition catholique” . Cette seconde partie nous vaut des chapitres, plus ou moins abondants, intitulés : “ Dom Gérard gnostique ? ”, “ La double vie de Monsieur Yves Chiron ”, “ L’abbé de Tanoüarn est-il gnostique ? ”, “ L’abbé Célier [sic] est-il gnostique ? ”.
Quel crédit accordé à un auteur, courageusement anonyme (à moins qu’ils ne soient plusieurs), qui croit que le grand Olier est gnostique, qui s’imagine que Pacte est un “ magazine ”, qui s’obstine à écrire “ Etait t’il ” [sic], etc. ?
Quant aux huit pages qui me concernent – “ La double vie de Monsieur Yves Chiron ” –, je pourrais répondre comme l’avait fait le grand antilibéral, le Père Emmanuel Barbier : “ je fais comme l’honnête homme qui, dédaignant les fausses imputations, trouve plus simple de déployer grand ouvert le livre de sa vie ”[4]. Quand le courageux anonyme – pour éviter les procès en diffamation ? – affirme : “ Monsieur Chiron a des contacts avec les loges maçonniques, au moins les loges féminines ”, je pourrais lui répondre que les seules loges que j’aie jamais fréquentées sont celles des concierges des immeubles parisiens où j’ai habité jadis : rue du Cloître-Notre-Dame, à l’ombre de Notre-Dame, puis rue Cail...
En fait, le véritable cours de ma vie quotidienne, ma supposée “ double vie ”, les lecteurs les moins mal intentionnés savent qu’ils la trouveront dans les quatre petits livres qui me tiennent le plus à cœur : Journal de Saigon et du Mékong (1994), Voyage vers Cyprien (1998), Nos enfants de Lituanie (2002) et Ma Mère (2003). Livres qu’ignorent les courageux anonymes de la guerre picrocholine.
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Avis aux lecteurs
. Cette lettre d’informations n’est pas soumise à abonnement, malgré les instances de certains lecteurs qui souhaiteraient que soit fixé un prix d’abonnement. Parfois, pour les numéros plus volumineux, je donne un coût estimatif, à l’intention de ceux, lecteurs non réguliers, qui voudraient se procurer, exceptionnellement, ce numéro ou en commander plusieurs exemplaires. En revanche, pour satisfaire aux demandes de certains lecteurs, il est fixé désormais qu’Aletheia aura quinze numéros par an ; ce qui permet de prévoir à peu près le rythme des publications (environ toutes les trois semaines).
C’est au lecteur à déterminer lui-même la contribution et la forme de la contribution qu’il veut apporter aux frais d’impression et de diffusion. Certains lecteurs et certaines communautés le font avec une régularité, et parfois une générosité, qui permettent à cette modeste lettre de continuer à paraître.
D’autres lecteurs et d’autres communautés, qui pourtant, un jour, ont demandé à recevoir cette lettre d’information, ne se signalent jamais à l’attention d’Aletheia, sinon parfois pour réclamer un numéro qu’ils croient n’avoir pas reçu !
. Cette lettre d’informations est, bien sûr, libre de droits. Quiconque peut utiliser et reproduire les informations et les textes qu’elle contient. Mais la déontologie journalistique veut que, dans ce cas, on indique ses “ sources ”. Sinon, il arrive que les “ utilisateurs ” s’emmêlent les pinceaux. Deux exemples récents :
1. La revue Lectures françaises, n° 562, en février 2004, a annoncé la parution d’un ouvrage de Robert Faurisson, intitulé, dit-elle, Pie XII, révisionniste ?, et elle en a donné le résumé. Un tel livre n’existe pas. Existe en revanche un livre de Robert Faurisson intitulé Le révisionnisme de Pie XII.
Aletheia avait présenté cet ouvrage dans son n° 45, le 8 septembre 2003. L’article qui présentait cet ouvrage était intitulé “ Pie XII, révisionniste ? ”. Le rédacteur, trop pressé, de Lectures Françaises, a cru qu’il s’agissait du titre du livre, donné pourtant dans la suite de l’article qu’il s’est contenté de résumer. Le rédacteur-“ utilisateur ” aurait dû être plus attentif et il aurait mieux fait de mentionner sa source d’informations.
2. L’auteur d’un essai récent, et fort pertinent, sur la laïcité, reproduit, sur une pleine page, un texte d’Alain de Benoist. Il donne comme référence : La “ nouvelle évangélisation ” de l’Europe. La stratégie de Jean-Paul II, Arianna Editrice, p. 100. Le lecteur, curieux, qui voudrait consulter cet ouvrage, aura bien du mal à se le procurer puisqu’il n’existe pas ! Le livre n’existe que dans sa version italienne, publiée, à Casalecchio, près de Bologne,  sous le titre La “ nuova evangelizzazione ” dell’Europa. La strategia di Giovanni Paolo II.
Aletheia avait présenté cet ouvrage dans son n° 47, le 18 octobre 2003, donnant notamment, en version française, la citation telle que l’a reproduite intégralement notre auteur. Il aurait mieux fait de donner le titre exact de l’ouvrage et de mentionner sa source d’informations.
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[1] Augustyn Babiak, De la légitimité d’un Patriarcat ukrainien, Lyon, avril 2004, 223 pages. Disponible chez l’auteur : Augustyn Babiak, 155 rue de Vendôme, 69003 Lyon.
[2] Paul Sernine, La Paille et la poutre – à propos de la “ gnose ”, éditions Servir (15 rue d’Estrées, 75007 Paris), 219 pages, 15 ¤.
[3] Dominicus, “ La mauvaise querelle de Paul Sernine ”, Le Sel de la terre, n° 48, printemps 2004, p. 215 - p. 242 (Couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé, 14 euros le numéro).
[4] P. Emmanuel Barbier, Allocutions de collège. Mon crime, Librairie Ch. Poussielgue, 1901, p. 5.