dimanche 3 octobre 2004
[Aletheia n°63] Jacques Duquesne, lecteur du R.P. Cerbelaud
samedi 18 septembre 2004
[Aletheia n°62] Les affabulations de Golias - et autres textes
Les affabulations de Golias
La revue Golias, qui se veut “ l’empêcheur de croire en rond ”, est une sorte de Canard enchaîné qui serait bimestriel et qui se prétendrait catholique. Il n’y manque ni les caricatures et les dessins supposés humoristiques, ni les rumeurs et les ragots, ni les fausses nouvelles mêlées aux vraies, ni les titres sensationnalistes, ni l’acharnement sur les mêmes cibles — ici, les “ traditionalistes ”, les “ évêques conservateurs ” et, last but not least, le pape Jean-Paul II, vilipendé, maltraité, de numéro en numéro.
On pourrait ne prêter aucune attention aux charges à répétition de Golias. Mais la revue n’est pas sans influence et sans écho. Elle n’est pas seulement disponible sur abonnement, elle est présente dans la plupart des librairies catholiques de France et sur certaines tables de presse paroissiales. Elle se double aussi d’une maison d’éditions qui a publié plusieurs dizaines d’ouvrages.
La revue se flatte d’avoir un correspondant au Vatican, qui signe ses articles du nom de Romano Libero. Il doit s’agir là du pseudonyme non de quelque monsignore mais sans doute de quelque minutante désœuvré qui se pique de fournir à la revue française des informations inédites et des analyses décapantes ou de quelque séminariste en formation à Rome qui croit voir s’ouvrir pour lui une longue carrière de délateur masqué.
Le dernier numéro de Golias (n° 96-97, mai-août 2004) contient deux articles qui portent sa signature. Tous les deux contiennent des affabulations qui montrent que M. Romano Libero n’est pas un informateur fiable.
Un premier article porte sur la dernière étude doctrinale de la Fraternité Saint-Pie X, De l’œcuménisme à l’apostasie silencieuse. L’article est intitulé “ Le nouveau chantage des lefebvristes sur Rome ”. Romano Libero, qui se croit bien informé, affirme tout uniment : “ Selon nos sources, ce petit livre aurait été rédigé en totalité ou en partie par Mgr Brunero Gherardini, 79 ans, ancien professeur d’ecclésiologie, un vieux théologien aigri et agressif ”.
Un deuxième article est consacré à “ Walter Kasper : bête noire des intégristes ”, avec en surtitre : “ Pourquoi les lefebvristes veulent-ils la peau du patron de l’œcuménisme au Vatican ? ”. Cette fois, Romano Libero révèle que Mgr Gherardini — une fois prénommé Brunero puis, quinze lignes plus bas, il est prénommé Antonio ! —serait “ l’ennemi le plus déterminé de Walter Kasper ” et qu’on le dit “ collaborateur de la revue pro-lefebvriste Si,si, No, No, proche de la Fraternité Saint-Pie X. ”
Toutes ces informations concernant Mgr Gherardini sont fausses. Non seulement Mgr Gherardini n’a pas écrit une seule ligne de l’étude de la FSSPX, De l’œcuménisme à l’apostasie silencieuse, mais il en ignorait même l’existence jusqu’à ce qu’il apprenne, par un ami français, que Golias distillait la fausse information qu’il en serait l’auteur. Pareillement, il n’a jamais écrit une seule ligne pour Si si no no, le bimensuel antimoderniste qui existe depuis trente ans maintenant.
Mgr Gherardini, qui nous honore de son amitié, a été professeur de théologie au séminaire de Prato puis à Rome, au Latran. Il est aujourd’hui consulteur de la Congrégation de la Cause des Saints, membre de l’Académie Pontificale de Saint Thomas d’Aquin et directeur de Divinitas, revue de théologie éditée au Vatican. Il a succédé aussi au regretté Mgr Piolanti comme postulateur de la cause du bienheureux Pie IX et il dirige la revue Pio IX.
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À propos de Politica hermetica
La revue Politica hermetica est une revue, annuelle, qui paraît aux éditions L’Age d’Homme. Chaque numéro consiste en la publication des actes d’un colloque international organisé par l’association du même nom et qui s’est donné pour but d’étudier l’histoire de l’ésotérisme, notamment dans ses relations avec la politique. L’association Politica hermetica a été fondée en 1985 par Victor Nguyen, le grand historien, spécialiste de l’Action Française, aujourd’hui disparu. Le premier volume de la revue (Métaphysique et politique, Guénon et Evola) est paru en 1987.
Politica Hermetica est régulièrement la cible de certains milieux catholiques. Par exemple, Christian Lagrave, dans le n° 324 (février 2004) de Lecture et Tradition ou le rédacteur anonyme de l’article “ Gnose et complot (suite) ” dans le dernier numéro du Sel de la Terre (n° 49, été 2004).
Après avoir cité les noms de certains membres du comité de rédaction et du comité scientifique (sont nommés Emile Poulat, Jean-Pierre Laurant, Jean Baubérot, Jean Borella, Pierre Chevallier, Antoine Faivre, Pierre-André Taguieff, Michel Maffesoli, Michel Michel), Christian Lagrave écrit : “ tout ce monde est, d’une part plus ou moins influencé par les idées de Julius Evola ou de René Guénon, et d’autre part souvent lié à la franc-maçonnerie ”… Christian Lagrave a l’art de passer, en une seule phrase, de l’amalgame (“ Tout ce monde ”) à l’approximation (“ plus ou moins ”, “ souvent ”).
On ne niera pas l’appartenance de certains des chercheurs cités à la franc-maçonnerie, mais l’appartenance à la franc-maçonnerie d’Emile Poulat ou de Jean Borella est une de ces fariboles qu’il est indigne de laisser croire. Curieusement, un autre membre du Comité scientifique n’est jamais cité dans ces mises en accusation : il s’agit de René Rancœur, parfait érudit, grand bibliographe, personnalité incontestée du monde savant catholique. Croit-on que René Rancœur aurait accepté de faire partie du comité scientifique d’une association et d’une revue qui auraient eu des visées ésotériques et antichrétiennes ?
Des numéros de la revue ont été consacrés, par exemple, à la franc-maçonnerie et à l’antimaçonnisme, au théosophisme, au prophétisme politique, à la théorie du complot ou à “ Esotérisme et socialisme ”. Ces thèmes font l’objet d’études historiques, dont certaines affirmations ou analyses peuvent être discutées. Mais il est stupide de voir dans ces études successives une sorte de noir complot.
On ajoutera à ces remarques ce qu’Emile Poulat nous écrit du but et du fonctionnement de la revue et des colloques :
Il y a une fixation curieuse sur Politica hermetica, et même fantasmatique. La revue a été fondée par Victor Nguyen, dont j’ai pris le relais, parce que je connaissais bien Victor, et aussi parce que je connaissais le cardinal Pitra et son souci de retrouver la pensée symbolique des Pères contre le positivisme historique de Mgr Duchesne. Au début, les colloques ont attiré des fous et des fanatiques : il a fallu faire le ménage sans éclats. Il n’y a plus maintenant que des scholars.
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Revue des revues
. La Documentation catholique, publie une édition spéciale intitulée “ Jean-Paul II à Lourdes ”[1]. On y trouve le texte intégral des allocutions, méditations et prières prononcées par Jean-Paul lors de son pèlerinage à Lourdes les 14 et 15 août derniers. On y trouve aussi un reportage photographique en couleurs de 16 pages sur l’événement. Enfin, puisque l’occasion de ce pèlerinage papal était le 150e anniversaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée conception, on pourra lire la reproduction intégrale de la Constitution apostolique Ineffabilis Deus, datée du 8 décembre 1854, par laquelle le bienheureux pape Pie IX a défini et proclamé ce dogme. L’édition reproduite est celle publiée en 1953, aux éditions de la Bonne Presse, avec des notes doctrinales et historiques rédigées par l’abbé Alphonse David.
. “ L’affaire de Bordeaux ” et l’exclusion de la FSSPX des abbés Laguérie et Héry ont fait couler beaucoup d’encre depuis la fin du mois d’août. La “ grande ” presse (Le Figaro, Le Monde, Libération, La Croix) lui a consacré des articles, sans comprendre d’ailleurs les enjeux et les véritables raisons d’une affaire qui semblait ne devoir intéresser, au départ, que le microcosme traditionaliste.
Des sites internet se sont même créés qui reproduisent la plus grande partie des déclarations et articles sur le sujet et un certain nombre de documents ; les deux principaux sites étant www.les.infos.free.fr et crisefraternite.com.
L’exposé le plus complet et le plus objectif (bien qu’émanant d’une des parties prenantes dans l’affaire) me semble être le dossier de huit pages que publie le n° 100 de DICI, daté du 10 septembre 2004[2]. On y trouve trois textes : “ Les faits reprochés ” par l’abbé Lorans, “ Les ouvertures faites à M. l’abbé Philippe Laguérie par les Supérieurs de la Fraternité ” par l’abbé de Cacqueray, Supérieur du district de France, et “ Réponses à des rumeurs sur la Fraternité Saint-Pie X ” par l’abbé Celier.
Certaines informations ou appréciations contenues dans ce numéro de DICI sont des allusions à décrypter. On remarquera aussi, dans ce dossier de DICI, le silence fait sur certaines personnes et sur certains points (publics ou non) de l’affaire.
Quoi qu’il en soit, la querelle “ affaire des séminaires ” devenue “ l’affaire de M. l’abbé Philippe Laguérie à Bordeaux ” – la formule est de DICI –, n’aura pas ébranlé la FSSPX. Un des protagonistes de l’affaire, à ses débuts, estimait que c’était là “ la plus grave crise qu’ait connue la Fraternité depuis ses origines ”. Il semble que l’évolution de la situation démente ce pronostic. Certes à Bordeaux comme à Paris (autour de Saint-Nicolas-du-Chardonnet), certains des fidèles attachés à la FSSPX ont pris bruyamment la défense des abbés sanctionnés et exclus mais, comme lorsque l’abbé Aulagnier a quitté la FSSPX, il n’y a pas eu de division publique au sein de la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre. Dans les prieurés, comme dans les écoles, les prêtres continuent leur apostolat et portent des jugements divers sur l’affaire.
. Le site électronique suisse “ Religioscope ” (www.religion.com), dirigé par Jean-François Mayer, spécialiste des mouvements religieux contemporains, publie un long entretien avec Emile Poulat. L’entretien– quatorze pages en version papier – porte sur le dernier livre de celui-ci, Notre laïcité publique.
Émile Poulat expose les principes thèses et analyses de son livre, mais avec une liberté de ton et de style qui offre des formulations différentes et parfois clarificatrices.
Émile Poulat demande de “ bien distinguer la laïcité institutionnelle, la laïcité qui nous gouverne, par opposition à l’idée que chacun peut s’en faire, qui est du domaine privé. ” Il estime qu’en 1905, il n’y a pas eu “ séparation ” de l’Eglise et de l’Etat. Il fait remarquer à juste titre : “ …on constate que le mot séparation qui figure dans les discours, ne figure pas dans le texte de la loi. Il figure dans le titre, sans aucune valeur légale. On s’aperçoit que, dans la réalité, il s’agit de tout autre chose. Autrement dit, la loi de 1905 que personne n’a lue, ou très peu, est largement mythique aujourd’hui. Je peux même dire que je ne connais aucun professeur de droit qui soit capable de la commenter exhaustivement à ses étudiants. Il y a des mots que nous ne comprenons plus, des articles qui nous laissent pantois. Autrement dit, il faudrait aujourd’hui une sorte d’édition critique de la loi de 1905 avec des commentaires, des gloses, un peu à la manière des exégètes dans leurs commentaires de l’Evangile. ”
Émile Poulat n’est pas loin de croire, semble-t-il, à une laïcité pacifiée aujourd’hui. Sans méconnaître qu’il existe “ une culture laïque qui est, en somme, libre exaministe et critique ”, et donc anticléricale, il pense qu’au fil du temps, ce sont les partisans d’ “ une loi de pacification ” qui l’ont emporté.
Tout en reconnaissant l’importance et le grand intérêt du travail de clarification mené par Emile Poulat dans son dernier livre, Notre laïcité publique, on restera moins optimiste sur les intentions de ceux qui, aujourd’hui, veulent faire respecter la laïcité et cherchent à l’inscrire encore davantage dans la loi, donc dans la société française. Jean Madiran, dans Présent de ce jour, met en lumière “ La force souterraine du principe de laïcité ”[3]. Il attire l’attention sur l’intention affichée du législateur comme du Président de la République, Jacques Chirac, dans la récente loi sur la laïcité : faire en sorte que “ les consciences des enfants soient protégées des influences religieuses ”.
La laïcité “ à la française ” n’est plus une guerre ouverte contre l’Eglise, elle s’accommode de l’Eglise catholique, comme des autres forces religieuses ou culturelles, elle ne discrimine pas, mais elle entend que l’Eglise catholique ne remette pas en cause les principes qui la fondent : “ Non à une loi morale qui primerait la loi civile ! ” selon la formule désormais célèbre de Jacques Chirac[4].
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NOTES
[1] La Documentation catholique, 3 rue Bayard, 75008 Paris, n° 2320, 5/19 septembre 2004, 5 euros le numéro.
[2] DICI-Presse, Etoile du Matin, 57230 Eguelshardt, 2 euros le numéro.
[3] Présent (5 rue d’Amboise, 75002 Paris), n° 5667, samedi 18 septembre 2004, 2,30 euros ce numéro.
[4] On renverra aussi aux bonnes analyses de Rémi Fontaine, La Laïcité dans tous ses débats. Christianisme et laïcise en dix cas d’école, préface de Dom Gérard, Editions de Paris (13 rue Saint-Honoré, 78000 Versailles), 116 pages, 16 euros.
mercredi 1 septembre 2004
[Aletheia n°61] Informations
Ch. II : Le libéralisme catholique.
Ch. III : L’école de l’antilibéralisme catholique.
Ch. IV : Nous sommes les fils des saints.
Pie XI (1857-1939)
Introduction
1. L’enfant de la Brianza
2. Un jeune prêtre studieux
3. De l’Ambrosienne à la Vaticane
4. Nonce en Pologne
5. De Milan au siège de Pierre
6. Le Règne du Christ
7. Le pape des missions
8. Le pape de l’Union
9. L’Action catholique : “ refaire la société chrétienne ”
10. Face à Mussolini
11. Les affaires de France
12. Pour une Europe nouvelle
13. Face à Hitler
14. “ Il terribile triangolo ”
15. “ La Pâques des trois encycliques ”
16. “ Nous sommes tous spirituellement des sémites ”
Sources et bibliographie
Index
Remerciements
lundi 9 août 2004
[Aletheia n°60] Supposées apparitions - et autres textes - par Yves Chiron
Supposées apparitions
Depuis 1996, de supposées apparitions de la Vierge auraient lieu à Plombières-lès-Dijon et, en lien avec celles-ci, en d’autres lieux. J’écris “ supposées ” en attendant le jugement de l’Eglise, même s’il n’est pas interdit aux fidèles d’émettre une appréciation au regard des critères traditionnels de l’Eglise en la matière et par comparaison avec les apparitions reconnues authentiques.
Les faits auraient commencé à Plombières-lès-Dijon le 15 août 1996, date à laquelle la Vierge Marie serait apparue à une mère de famille, Eliane Deschamps. Un premier problème se pose puisque les sources divergent sut cette supposée première apparition. Parfois, une autre date est donnée : le 28 avril de cette même année. En tout cas, désormais, la Vierge apparaîtrait le 15 de chaque mois (ou le week-end le plus proche du 15 !), à l’heure invariable de 0 h 06.
Éliane Deschamps est mère de cinq enfants, issus de trois mariages ou unions. Elle se dit complètement illettrée et a connu une conversion depuis sa participation à un groupe de prières charismatique en 1990. Elle se présente comme la “ Petite servante ”.
Les apparitions, qui se déroulaient dans une relative discrétion, ont attiré au fil des mois quelques dizaines de fidèles. L’année 1999 a été une année importante. Cette année-là, dans un de ses messages, la Vierge Marie demande qu’une médaille soit frappée. Aussi, en mai 1999, une association est créée (“ Amour et miséricorde ”) pour en permettre la fabrication et la diffusion. Un artiste a frappé une médaille portant, sur la face, le Christ crucifié, entouré du mot “ Amour ” répété trois fois, et sur l’autre face, une colombe représentant le Saint-Esprit, entourée du mot “ Miséricorde ” répété trois fois.
Le 16 octobre de cette année-là aussi, “ l’Ange de l’Amour” révèle à Eliane une prière au “ Père bien-aimant ”. Enfin, le 15 décembre, la Vierge Marie aurait annoncé : “ Je ne remettrai ni ma présence ni l’Esprit du Père ici ”. Cette formule, curieuse, était l’annonce, voilée, que les apparitions n’auraient plus lieu à Plombières-lès-Dijon mais à quelques kilomètres de là, près de la chapelle de Velars-sur-Ouche.
Ce changement de lieu était dû, en fait, à une dissension dans le groupe de prières constitué autour d’Eliane Deschamps. Un des fidèles du groupe, Frédéric, prétendait à son tour bénéficier d’apparitions. À partir du 15 janvier 2000, des apparitions de la Vierge auraient donc eu lieu, à Velars-sur-Ouche, Eliane en étant la bénéficiaire, tandis que d’autres continuaient à avoir lieu à Plombières-lès-Dijon, le 15 de chaque mois également, Frédéric en étant le bénéficiaire.
Puis, depuis juillet 2001, Eliane bénéficierait chaque mois d’une apparition à Chaussin, dans le Jura, dans une propriété mise à sa disposition par une fidèle. Dans le jardin, une grande croix, éclairée la nuit par douze néons, est le lieu habituel de l’apparition qui se déroule selon un schéma invariable : les fidèles, qui doivent s’être confessés au préalable (le jour même ou dans la semaine précédente), se réunissent à dix heures du soir autour d’Eliane pour prier et chanter. À minuit six minutes la Vierge apparaît à Eliane, “ parfois la Sainte Vierge demande à la “Petite servante“ d’amener un ou plusieurs pèlerins à Ses pieds ”.
Éliane décrit ainsi la Vierge Marie en son apparition : “ Quand la Vierge apparaît, elle arrive sur un petit nuage blanc, proche du sol, pieds nus. Elle est habillée en blanc, les bras le long du corps, les mains face à nous. Elle a un manteau posé sur sa tête qui se confond avec sa robe et quand elle écarte les bras, son manteau s’élargit. Elle porte une petite ceinture bleue, très pâle et un chapelet en forme de perles de pluie à la main. Une lumière entoure Marie. Une lumière qui ne fait pas mal aux yeux, qui n’existe pas sur Terre, très difficile à expliquer : une lumière d’amour, de pureté, de miséricorde. Très claire, très transparente, comme du cristal. C’est beau. ”
Les messages reçus par Eliane – le dernier à ce jour, le 15 juillet dernier, était le 96 e – sont des invitations à la prière, à la charité et à la confiance en Dieu. Leur style et leur forme ne sont pas sans rappeler ceux des apparitions de Medjugorge (apparitions, rappelons-le, où un “ non-constat de surnaturalité ” a été porté par l’évêque de Mostar). Le vocable sous lequel la Vierge apparaît à Chaussin, “ Notre-Dame de la Paix ”, est aussi celui sous lequel elle se serait présentée à Medjugorje.
Parallèlement, de supposées apparitions se poursuivent à Plombières-lès-Dijon. La Vierge continuerait à s’y manifester sous le vocable de “ Notre-Dame des Souffrances ”. Le voyant, Frédéric, diffuse, lui aussi, les messages qu’il reçoit le 15 de chaque mois, entouré de quelques dizaines de fidèles venus de diverses régions de France. Les messages qu’il dit recevoir (d’une longueur, invariable, d’une pleine page dactylographiée !) ont une tonalité prophétique accentuée. Ils annoncent des “ tribulations ” pour la France, des “ cataclysmes ”, des “ mouvements sociaux incontrôlés ” dans une perspective nettement eschatologique. Référence, explicite, est faite par la Vierge à Marie-Julie Jahenny (1850-1941), la voyante stigmatisée de La Fraudais.
Dans le message du 15 mai 2004, la Sainte Vierge aurait demandé à la France de “ se réveiller ” : “ elle est choisie pour être la Lumière du Monde (…) tout commencera par la Bretagne. Priez Sainte Jeanne d’Arc et Saint Michel Archange de venir délivrer la France de l’assaut destructeur de tous les anges rebelles. La vraie Foi est dans le catholicisme, elle n’est pas dans l’œcuménisme. Vous êtes des enfants de Marie, vous ne deviendrez jamais des enfants du Coran. Quoi que vos politiciens, dominés par la Franc-maçonnerie, aient prévu pour ce territoire béni de si grands Saints, vous ne deviendrez jamais enfants de l’Islam. Mahomet brûle en enfer. […] Une Royauté venue du Ciel va régner sur la France, puis sur toute la Terre. ”
Même si les messages délivrés lors de ces deux supposées apparitions parallèles appartiennent à des registres très différents, elles comportent toutes deux des éléments qui, au regard des apparitions reconnues authentiques par l’Eglise, ne sont pas sans susciter des questions. Sans juger de la sincérité des supposés voyants ni de leurs bonnes intentions spirituelles, on reste perplexe devant plusieurs de leurs caractéristiques qui sortent des normes traditionnelles en la matière. D’abord le nombre très élevé des apparitions : à ce jour, une cinquantaine d’apparitions de la Vierge à Frédéric, près d’une centaine à Eliane. Est inhabituel aussi le changement des lieux d’apparition – trois pour Eliane – qui est toujours intervenu pour des raisons de convenance. Le caractère stéréotypé des messages, répétitifs d’un mois à l’autre et en même temps d’une longueur inhabituelle, étonne aussi. Il y aurait encore à faire une analyse doctrinale des messages.
L’archevêché de Dijon, compétent pour porter un jugement sur les faits, ne s’est pas prononcé publiquement sur les faits. Le prêtre de la cathédrale de Dijon, chargé depuis août 2002 de suivre cette affaire, nous a précisé : “ Aucune enquête diocésaine n’a été menée et aucun jugement de l’autorité diocésaine n’a été prononcé à ce jour. ”
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Impérialisme païen de Julius Evola
En 1928, Julius Evola faisait paraître Impérialisme païen. L’ouvrage portait en sous-titre : “ Le fascisme face au danger euro-chrétien ”. Julius Evola était encore jeune – il avait tout juste trente ans –, il venait des rivages de l’idéalisme philosophique et était encore adepte de pratiques magiques et ésotériques. Dans ce livre, il affirmait, sans nuance, un “ antichristianisme ” entier. Il voulait, disait-il, donner “ une âme ” au régime fasciste, au pouvoir en Italie depuis six ans.
L’ouvrage a son origine dans des articles qu’Evola avait publiés à partir de 1927 dans Critica fascista, la revue de Giuseppe Bottai. Bottai, lié depuis plusieurs années à Evola, était député et membre du Grand Conseil fasciste. Les articles avaient suscité une interpellation du journal du Vatican, L’Osservatore romano, qui fut suivie de vives critiques parues dans la presse catholique et aussi dans des publications fascistes. Bottai abandonna alors Evola, dégageant la responsabilité de la revue. Evola persista, lui, dans ses positions, les développant dans un ouvrage qui parut en 1928, aux éditions Atanor.
L’ouvrage est traduit pour la première fois en français[1].
Selon l’Evola de cette époque, “ le christianisme est à la racine même du mal qui a corrompu l’Occident ” parce qu’il a détruit “ l’impérialité et l’universalité romaines ”. Le fascisme, écrit Evola en 1928, est “ à la croisée des chemins ” (Mussolini négociait, discrètement depuis plusieurs années, avec Pie XI ; négociations qui aboutiront aux Accords du Latran signés en février 1929). Le régime, estimait Evola, doit choisir entre la “ catholicité ” et la “ romanité ”, jugés incompatibles. Il exhortait le régime fasciste à promouvoir “ l’antichristianisme ”, identifié comme “ la tradition méditerranéenne, classique, païenne ”.
Evola faisait référence aux auteurs antichrétiens anciens (Celse, par exemple) ou modernes (Louis Rougier). Retrouvant les accents de Nietzsche qui avait dénoncé les chrétiens comme “ les hommes du ressentiment ”, Julius Evola en appelait à une “ grande libération ” : “ la cessation de la foi, le monde libéré de Dieu. Aucun “ciel“ ne pèsera plus sur la terre, aucune “providence“, aucune “raison“, aucun “bien“ et aucun “mal“, larves d’hallucinés, évasions blafardes d’âmes blafardes. ”
Avant-même que l’ouvrage ne paraisse en Italie, à la lecture des articles parus dans Critica fascista, la Revue internationale des Sociétés secrètes (RISS) de Mgr Jouin avait dénoncé le “ long blasphème ” de Julius Evola. La revue, anti-maçonnique, anti-juive et anti-libérale, avait rangé Evola parmi “ ces excentriques – agents provocateurs de l’Enfer, arrière-garde de la Maçonnerie proscrite et des sectes qui poursuivent le Christ d’une inexpiable haine.[2] ”
La dénonciation n’était pas aussi extravagante qu’il pourrait sembler. Julius Evola, dans un appendice à son livre, a pu affirmer, en toute honnêteté : “ Nous ne sommes pas théosophe et nous ne sommes pas franc-maçon ”. Mais, des historiens sérieux, ont montré le rôle que la franc-maçonnerie a joué dans certains épisodes du fascisme[3]. Ce fut le cas, semble-t-il, lors de la publication de ce pamphlet anti-chrétien.
Les éditions Atanor, où parut le livre, étaient dirigées par Ciro Alvi, qui était à la fois fasciste et franc-maçon. Il est fort possible qu’Evola ait été manipulé par un courant anticlérical et fasciste qui était farouchement hostile aux négociations en cours avec l’Eglise et qui voulait empêcher la Conciliazione qui se préparait.
Cela dit, Evola était bien le rédacteur de l’ouvrage. Plus tard, il reconnaîtra que “ ce petit livre de combat ”, avait fait usage d’ “ un style violent ” et se caractérisait par “ un manque de mesure, de sens politique et d’une utopique inconscience de l’état de choses typiques de la jeunesse ”[4]. Il ne rééditera jamais l’ouvrage et interdira qu’il soit réimprimé de son vivant.
On ajoutera aussi qu’Evola prendra de plus en plus conscience du rôle et de l’influence de la franc-maçonnerie dans l’évolution du monde contemporain. Trois ans après avoir publié Impérialisme païen, il commencera à collaborer à La Vita Italiana de Giovanni Preziosi, une des principales revues antimaçonniques italiennes. Il y collaborera de mars 1931 à juillet 1943, publiant une centaine d’articles[5]. Ces articles, bien informés et sans concession, le mettront en relations étroites avec certains des grands auteurs antimaçonniques de son époque, en particulier Léon de Poncins et Emmanuel Malynski[6].
Quant au jugement porté par Evola sur le christianisme, il évoluera et l’on ne saurait honnêtement tenir les pages polémiques d’Impérialisme païen pour la pensée définitive d’Evola sur le sujet. On ne fera pas, pour autant, de l’auteur de Masques et visages du spiritualisme contemporain un auteur chrétien ni un contre-révolutionnaire intégral. Evola, mort en 1974, a voulu être incinéré et a exclu, dans son testament rédigé quatre ans plus tôt, “ toutes formes de cortège funèbre, d’exposition dans une église et d’intervention religieuse catholique ”. C’est dire que, au sens propre comme au sens figuré, il est mort hors de l’Eglise.
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Parution
Yves Chiron
Pie XI (1857-1939)
Un volume de 432 pages (avec index), à paraître aux éditions Perrin.
En souscription, jusqu’au 25 août, au prix de 20 euros, port compris. Commandes à adresser à Y.C., 16 rue du Berry, 36250 NIHERNE.
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NOTES
[1] Julius Evola, Impérialisme païen avec un Appendice polémique sur les attaques du parti guelfe, éditions Pardès (9 rue Jules Dumesnil, 45390 Puiseaux), 221 pages, 20 euros.
[2] A. Tarannes, “ Un sataniste italien. J. Evola ”, Revue internationale des sociétés secrètes, t. XVII, 1928, p. 124-129.
[3] Notamment Gianni Vannoni, Massoneria, fascismo, et Chiesa cattolica, Rome-Bari, Laterza, 1980.
[4] Julius Evola, Le Chemin du Cinabre, Milan-Carmagnole, Archè-Arktos, 1983 (1ère édition italienne, 1963).
[5] Certains d’entre eux ont été traduits en français : Julis Evola, Ecrits maçonniques, éditions Pardès, 1987.
[6] Evola publiera aussi un article dans l’éphémère revue de Léon de Poncins, Contre-Révolution.
dimanche 27 juin 2004
[Aletheia n°59] "Levez-vous! Allons!"
Saint Josémaria Escriva.
Revue des revues.