dimanche 27 juin 2004

[Aletheia n°59] "Levez-vous! Allons!"

Aletheia n°59 - 27 juin 2004
Un nouveau livre autobiographique du Pape.
Saint Josémaria Escriva.
Revue des revues.


 
“ Levez-vous ! Allons ! ”
Après Ma vocation, don et mystère (1996), publié à l’occasion du 50e anniversaire de son ordination sacerdotale, Jean-Paul II publie un nouveau livre autobiographique consacré, cette fois, à son ministère épiscopal[1]. Il y a du pathétique autant que de l’admirable dans ce Pape dont la santé semble, certains jours, tenir à un fil et qui, pourtant, trouve encore la force non seulement d’accomplir l’essentiel de sa mission pontificale mais aussi de livrer longuement son témoignage sur ses années épiscopales (1958-1978).
Si l’on compare la biographie la plus volumineuse parue à ce jour sur le Pape[2] et le dernier livre publié par Jean-Paul II, on trouve dans celui-ci bien des choses nouvelles et éclairantes, et pas seulement sur les années évoquées. Ainsi sur le sens à donner au premier grand voyage pontifical, au Mexique, en janvier 1979. Ce ne fut pas seulement pour s’opposer à la “ théologie de la Libération ”, mais aussi pour ouvrir d’autres portes : “ Je me rappelle que j’ai interprété ce voyage au Mexique comme une sorte de “laissez-passer“ qui pouvait m’ouvrir la route au pèlerinage en Pologne. J’ai pensé en effet que les communistes de Pologne ne pouvaient me refuser l’autorisation de retourner dans ma patrie après que j’eus été reçu dans un pays à Constitution totalement laïque comme le Mexique d’alors. Je voulais me rendre en Pologne et cela a pu se réaliser au mois de juin de la même année ” (p. 58-59).
Le livre nous apprend aussi ou nous confirme les influences intellectuelles, spirituelles ou pastorales qui ont marqué le futur pape.
Sur le plan intellectuel, il y a eu, fait bien connu, l’influence du personnalisme : “ j’ai beaucoup été aidé par le personnalisme, que j’ai approfondi durant mes études de philosophie ” (p. 69). Il y a aussi l’affirmation suivante : “ Ma position philosophique personnelle se situe, pour ainsi dire, entre deux pôles : le thomisme aristotélicien et la phénoménologie ”[3].
Sur le plan spirituel, il y a eu l’influence de Mgr Pelczar, grande figure d’évêque peu connue encore en France (bien que Jean-Paul II l’ait béatifié puis canonisé). De l’œuvre principale de Mgr Pelczar, L’ascèse sacerdotale, Jean-Paul II écrit : “ Ce livre est le fruit de sa riche vie spirituelle, et il a exercé une profonde influence sur des générations entières de prêtres polonais, spécialement de mon temps. Mon sacerdoce aussi a été modelé d’une certaine façon par cette œuvre ascétique ” (p. 118).
Sur le plan pastoral, Jean-Paul II indique que les Journées Mondiales de la Jeunesse – qui seront un des héritages les plus spectaculaires du pontificat – “ en un sens, sont nées ” du “ Mouvement des oasis ” fondé en Pologne par l’abbé Franciszek Blachniki dans la Pologne communiste. “ J’ai été beaucoup lié à ce mouvement et j’ai essayé de l’aider de toutes manières ” écrit le Pape. On ajoutera que Franciszek Blachniki, qui était d’un an le cadet du pape, est mort en 1987 et dès 1995 son procès de béatification a été ouvert.
On pourrait relever encore l’attention portée à “ la pastorale des familles ” dès les premiers temps du ministère épiscopal ou encore, fait bien connu celui-là, la chapelle non seulement comme lieu de prière et de méditation mais aussi comme lieu de réflexion intellectuelle (dans la chapelle privée de l’archevêché de Cracovie, “ non seulement, écrit le Pape, je priais mais je restais aussi assis et j’écrivais. C’est là que j’ai écrit mes livres, entre autres la monographie Personne et Acte ”, p. 133).
Un “ pape dialectique ” ?
Celui qui signe Joël Prieur, dans le dernier numéro paru de Pacte[4], estime que ce livre “ ne nous apprendra pas grand chose de plus sur ce géant spirituel ”. Le jugement est sévère et, au regard des quelques faits relevés ci-dessus, injuste.
En revanche, celui qui signe Joël Prieur est plus convaincant quand, après avoir cité Jean-Paul II (“ les saines traditions favorisent l’audace commune de l’imagination et de la pensée et une vision ouverte sur l’avenir ” p. 159), il voit la clef du pontificat dans l’ “ idéal d’une tradition revisitée par la modernité ou d’une modernité enfin située dans la Tradition. ”
Tous les historiens s’accordent à estimer qu’avec Jean-Paul II il y a eu un “ recentrage ” du discours pontifical et de la pastorale du Saint-Siège (au sens du Retour au Centre [qui est le Christ] du théologien Hans Urs von Balthasar). Celui qui signe Joël Prieur interprète ainsi la politique pontificale : “ Jean-Paul II est le pape qui, consciemment, choisit de ne pas choisir, parce qu’il choisit tout, certain qu’une dynamique naîtra de la dialectique qu’il instaure savamment entre tradition et modernité. ”
Est frappant aussi le regard optimiste que pose Jean-Paul II sur l’Eglise dans le monde. C’est sans doute parce que son regard ne s’arrête pas à l’Europe occidentale déchristianisée mais est ouvert sur l’universalité que Jean-Paul II a une vision ascendante de l’humanité : “ l’homme s’ouvre sans cesse à l’incessante irruption de Dieu dans le monde des hommes ; c’est la marche de l’homme vers Dieu, un Dieu qui, pour sa part, conduit les hommes les uns vers les autres ” (p. 184).
On en revient à la double question de celui qui signe Joël Prieur : “ Peut-on faire confiance aux lois de la dialectique pour que croisse une tradition vivante ? Peut-on envisager l’histoire de l’Eglise sur le mode d’une “Eglise qui se fait histoire“ (card. Hamao), c’est-à-dire qui vit successivement dans son enveloppe terrestre les phases alternées de la thèse, de l’antithèse et de la synthèse ? ”.
Saint Josémaria Escriva
Le fondateur de l’Opus Dei, canonisé par Jean-Paul II en 2002, connaît son biographe le plus scrupuleux avec Andrès Vasquez de Prada. C’est une biographie “ autorisée ”, en ce sens que l’auteur, membre de l’Opus Dei et qui a connu Mgr Escriva de Balaguer depuis 1942, a eu accès aux Archives générales de la Prélature, au Summarium de la Cause de béatification et de canonisation, et à d’autres documents inédits.
Après un premier volume paru en 2001, et déjà présenté ici, le second tome, encore plus volumineux,  nous emmène jusqu’en 1946[5]. Un autre tome suivra bientôt qui ira jusqu’à la mort du fondateur (1975).
Ce second volume porte sur la décennie 1936-1946, marquée, en Espagne, par la terrible Guerre civile. C’est une période dramatique pour tous, y compris pour Josémaria Escriva. Pendant cette période, l’œuvre, dont le fondateur dira avoir eu la première inspiration à Madrid le 2 octobre 1928, reçut sa première approbation canonique comme “ pieuse union ” en 1941. Un statut particulier que nécessitait la situation particulière des membres de l’Opus Dei : ses membres prêtres n’étaient pas des religieux et ses membres laïcs  ne constituaient point un tiers-ordre mais étaient, par leurs engagements, beaucoup plus que les membres d’une confrérie.
Andrès Vasquez de Prada ne cache rien des rumeurs, vraies ou fausses, calomnies et campagnes de dénigrement qui ont accompagné l’Opus Dei presque dès ses origines[6]. Josémaria Escriva était persuadé, en 1941, que dans l’entourage du nonce à Madrid, Mgr Cicognani, certains voulaient faire condamner à Rome son livre, Chemin (p. 504).
Il évoque aussi les grâces extraordinaires dont bénéficiait Josémaria Escriva : “ les illuminations, les locutions intérieures, le don des larmes, la capacité de discerner les esprits, le secours de la Sainte Vierge et des anges gardiens ” (p. 328). Le premier volume nous avait déjà appris que depuis l’âge de seize ans et pendant dix ans, jusqu’à la fondation de l’Opus Dei, Josémaria Escriva avait reçu beaucoup de grâces extraordinaires, “ principalement sous la forme d’inspirations et d’illuminations ” (t. I, p. 291). Beaucoup de ces grâces ne seront jamais connues parce que le fondateur, qui les notait sur un cahier, l’a détruit de peur qu’on ne le prenne pour un saint.
Dans les volumes suivants, l’auteur devra évoquer les relations de l’Opus Dei et du régime franquiste. C’était un des reproches faits habituellement à Mgr Escriva de Balaguer par ses adversaires. Dans ce second volume, on relève deux faits qui permettent déjà un premier éclairage sur le sujet : l’hostilité que la Phalange manifeste, au début des années 40, à l’égard de l’Opus Dei, considéré comme une “ société secrète ” d’esprit “ internationaliste ”. Et, a contrario, l’estime, qu’à cette époque, Franco a pour Josémaria Escriva puisqu’il lui demande, en 1946, de venir prêcher une retraite au palais du Pardo, retraite qu’il suit du 7 au 12 avril en compagnie de son épouse.
REVUE DES REVUES
. La Revue de l’Association des Ecrivains catholiques de langue française (82 rue Bonaparte, 75006 Paris), dans son n° 92, de mai 2004, publie deux articles sur le film de Mel Gibson, “ La Passion ”. Le second, dû à André Blanc, dit en neuf points, bien argumentés, sa “ déception ”. C’est, dans les milieux catholiques traditionnels, un des seuls articles parus qui ne se soient pas joints aux dithyrambes inconditionnels, revers des condamnations et désapprobations en provenance d’autres milieux.
. Certitudes, dans son n° 15 (23 rue des Bernardins, 75005 Paris, 8 ¤ le numéro), revient sur la “ nouvelle religion ” de certains évêques qu’ont révélée certains communiqués et certaines réactions face au film de Mel Gibson comme face à l’exégèse post-moderne de Mordillat dans Corpus Christi.
Ce même numéro contient un intéressant article de l’abbé de Tanoüarn sur Bossuet et les quiétistes.
Signalons encore que le prochain numéro de la revue, le n° 16, contiendra une longue réponse argumentée de Paul Sernine aux critiques qu’ont suscitées son livre, La Paille et le Sycomore. À propos de la “ gnose ”.
. Sedes Sapientiae (Société Saint-Thomas-d’Aquin, 53340 Chémeré-le-Roi, 8 euros le numéro), publie, dans son n° 87, un long article du P. de Blignières intitulé “ Ecclesia Dei, quinze ans après : un bilan contrasté ” (p. 3 à 29).
Après l’évocation des faits marquants de ces dernières années (aussi bien les accords de Campos que la crise au sein de la Fraternité Saint-Pierre et, dans la Fraternité Saint-Pie X, le “ brutal renvoi en 2003 de l’abbé Paul Aulagnier ”), le P. de Blignières relève les faits positifs survenus dans les fraternités et communautés de la mouvance Ecclesia Dei : de nouveaux lieux de culte selon le rite traditionnel s’ouvrent chaque année avec l’accord d’évêques diocésains, “ l’Institut du Christ-Roi est présent dans onze diocèses, la Fraternité Saint-Pierre dans plus d’une vingtaine de diocèses ”. Et encore : “ les camps et pèlerinages trouvent aujourd’hui dans les églises paroissiales, de la part des desservants et des sacristains, voire des évêques, un accueil souvent plus ouvert qu’il y a quelques années. ” Ces faits positifs ne doivent pas masquer les résistances et les refus, auxquels l’auteur ne fait qu’allusion.
Dans cet article intéressant, on relève encore cette remarque avisée sur “ une tendance croissante des théologiens de la Fraternité Saint-Pie X ” : “ déceler en toute évolution – même possiblement homogène – de l’enseignement magistériel, la présence du relativisme ou de l’historicisme […] mettre sur un pied d’égalité toutes les parties des documents magistériels : l’enseignement directement visé sur lequel porte l’assistance, et les considérants ou les instruments d’expression qui peuvent être marqués de défaillances ”[7]. Et encore, la tentation de lire “ les textes du magistériel authentique […] à la lumière de leurs interprétations les plus discutables émanant de théologiens ou de certains évêques ”.
. Dans la dernière Lettre aux Amis et Bienfaiteurs du District de France de la FSSPX, n° 66 (B.P. 125, 92154 Suresnes Cedex), le Supérieur général, Mgr Bernard Fellay, décrit ainsi les relations actuelles entre la Fraternité sacerdotale fondée par Mgr Lefebvre et le Saint-Siège : “ Rome insiste pour que nous acceptions la proposition d’une “juridiction personnelle“. Le problème n’est pas dans la formule juridique, qui nous semble acceptable dans son principe, quoique nous ne connaissions pas les éléments concrets et les implications d’une telle “formule juridique“. Le problème se situe encore et toujours au niveau de la doctrine, de l’esprit chrétien qui habite ou n’habite pas — et c’est là toute la question — des textes ambigus et des réformes désastreuses pour le bien surnaturel des fidèles. “
Mgr Fellay reconnaît : “ Nous sentons certes de plus en plus de sympathie chez certains évêques, aussi à Rome. Il nous semble que nous avançons, que la Tradition fait des progrès dans le monde catholique. ” Néanmoins, estime Mgr Fellay, “ cela n’est pas encore suffisant. Nous avons récemment demandé officiellement le retrait du décret d’excommunication comme un premier pas concret de la part de Rome. Cela changerait le climat et nous pourrions mieux voir comment les choses se développent. ”
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[1] Jean-Paul II, Levez-vous ! Allons !, Plon/Mame, 2004, 197 pages, 17 euros.
[2] George Weigel, Jean-Paul II. Témoin de l’espérance, JC Lattès,1999.
[3] La phénoménologie, ce fut surtout, chez le futur pape, la lecture d’Husserl, de Scheler et d’Edith Stein.
[4] Pacte (23 rue des Bernardins, 75005 Paris), n° 86, 2,50 euros le numéro.
[5] Andrés Vazquez de Prada, Le Fondateur de l’Opus Dei. Vie de Josémaria Escriva, vol. II, Paris, Le Laurier/Montréal, Wilson & Lafleur, 2003, 804 pages, 28 euros.
[6] Les rumeurs n’ont pas cessé jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, l’ “ Association pour la famille ” (APF), dont le siège est à Paris et qui a de nombreuses filiales en province, est réputée, dans plusieurs ouvrages et sur internet, être un relais de l’Opus Dei. Interrogé sur le sujet, l’Opus Dei déclare ne pas connaître cette association.
[7] Le P. de Blignières cite, en note, deux Instructions de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.



lundi 7 juin 2004

[Aletheia n°58] Vers un Patriarcat ukrainien

Aletheia n°58 - 6 juin 2004
Vers un Patriarcat ukrainien
Mgr Slipyi, archevêque de Lviv, grande figure de l’Eglise catholique ukrainienne du XXe siècle, connut pendant dix-huit années, de 1945 à 1963, les prisons et les camps soviétiques avant d’être libéré au moment du concile Vatican II. Depuis sa libération, il demandait avec insistance que le Saint-Siège reconnaisse l’archevêché majeur de Lviv comme un patriarcat. Le 23 octobre 1971 – une de ses multiples interventions parmi d’autres –, prenant la parole devant le IIe Synode des évêques réuni à Rome par Paul VI, il déclarait avec quelque amertume :
Les communistes ont cruellement détruit l’Eglise ukrainienne en incarcérant toute sa hiérarchie et en l’annexant de force à l’orthodoxie. Cette grave injustice est encore actuelle. Les Ukrainiens catholiques sont encore persécutés sans être défendus par personne… Le régime soviétique nous a obligés à revenir aux catacombes pour célébrer la liturgie… Des milliers de fidèles d’Ukraine sont encore incarcérés ou déportés. Aujourd’hui, pour la diplomatie ecclésiastique, les Ukrainiens catholiques sont considérés comme gênants. Le Vatican est intervenu pour intercéder en faveur des catholiques latins, mais il s’est tu sur les six millions d’Ukrainiens persécutés… La création du patriarcat ukrainien proposée au Concile Vatican II a été refusée.
Il lui semblait que la reconnaissance d’un Patriarcat ukrainien était sacrifiée au nom de l’Ostpolitik.  Aujourd’hui, alors que le cardinal Slipyi est mort en 1984, il pourrait sembler que cette même demande n’aboutit pas, non pour des raisons canoniques ou théologiques, mais pour ne pas contrarier la politique œcuméniste en direction des orthodoxes.
Dans un livre qui vient de paraître, le P. Augustyn Babiak fait le point sur la question[1]. Le P. Babiak, prêtre gréco-catholique né en Pologne d’une famille ukrainienne, exerce son ministère auprès des catholiques ukrainiens en France et en Europe. Docteur en théologie, il a publié ces dernières années deux livres historiques importants. L’un, auprès de l’Université Catholique de Lyon : Le Métropolite André Cheptytskyi et les synodes de 1940 à 1944 (1999, 790 pages) ; l’autre, auprès de l’Université Catholique ukrainienne de Rome, Les Nouveaux martyrs ukrainiens du XXe siècle (2001, 635 pages).
Significativement, son troisième livre, qui est fondé sur des archives inédites d’une grande importance, notamment la correspondance échangée entre le cardinal Slipyi et le Saint-Siège dans les années 1970-1980, n’a pu trouver d’éditeur. Le P. Babiak a dû l’éditer à compte d’auteur.
Il entend montrer la pertinence de l’établissement de l’Eglise d’Ukraine en patriarcat. Il le fait d’un quadruple point de vue : historique, théologique, canonique et pastoral.
Si, avec les premiers conciles œcuméniques, cinq patriarcats ont été définis dans un ordre hiérarchique bien fixé : Rome, Constantinople, Antioche, Jérusalem, Alexandrie, la suite de l’histoire de l’Eglise a vu le titre de patriarche accordé aux chefs de plusieurs Eglises catholiques orientales.
Le P. Babiak montre comment d’Urbain VIII à Léon XIII, en passant par Grégoire XVI et Pie IX, plusieurs papes ont considéré positivement l’élévation du métropolite de Kiev-Halytch à la dignité de patriarche.
Sans faire référence explicitement aux gréco-catholiques, le concile Vatican II, dans le décret sur les Eglises orientales, a admis la légitimité d’instaurer de “ nouveaux patriarcats  (…) lorsque cela est nécessaire ” ; leur institution étant réservée au concile œcuménique ou au Pontife romain. Le même décret définissait un patriarche comme “ un évêque qui a juridiction sur tous les évêques y compris les métropolites, sur le clergé et les fidèles de son territoire ou de son rite, selon les normes du droit et restant sauve la primauté du pontife romain ”.
“ …de son territoire ou de son rite ”, la précision est importante puisqu’elle permettra au cardinal Slipyi de demander l’érection d’un Patriarcat ukrainien qui placerait sous une juridiction unique non seulement les gréco-catholiques d’Ukraine mais aussi les très nombreux gréco-catholiques ukrainiens exilés dans le monde et organisés, déjà, avec des évêques ou exarques à leur tête.
Depuis sa libération du Goulag jusqu’à sa mort, le cardinal Slipyi réclamera avec insistance l’instauration de ce Patriarcat. Auprès de diverses instances (Congrégation pour les Eglises orientales, Secrétairerie d’Etat, et auprès du Pape lui-même), il renouvellera, dans des lettres argumentées, sa demande. Le P. Babiak publie de larges extraits de ces lettres et aussi, ce qui est très intéressant, les réponses reçues.
Si la hiérarchie ukrainienne se montra, parfois, provocatrice – le P. Babiak ne le cache pas –, les autorités romaines, elles aussi, se montrèrent, parfois, maladroites. Ainsi, en 1971 l’Exarchat apostolique pour les fidèles ukrainiens de rite byzantin résidant au Brésil fut transformé, par le Saint-Siège, en un diocèse placé sous la dépendance de la Congrégation pour les Eglises orientales, mais le premier évêque consacré, Mgr Kryvyi, le fut dans le rite latin et le nouveau diocèse était suffragant de l’archevêque (latin) de Curitiba !
À défaut de se voir reconnu le titre et la fonction de Patriarche, Mgr Slipyi avait été nommé “ archevêque majeur ” en 1963 puis créé cardinal en 1965. Paul VI, s’il refusa toujours d’accéder à la demande principale du cardinal, accepta finalement, et non sans réticences, que se réunisse régulièrement le “ synode permanent ” de l’épiscopat ukrainien.
Jean-Paul II fut le premier Pape à rendre un juste hommage à l’Eglise ukrainienne et à ses martyrs : dès 1979, avec en point culminant la béatification solennelle de vingt-huit martyrs ukrainiens en 2001. Il n’a pas encore, à ce jour, satisfait la demande que le successeur du cardinal Slipyi, le cardinal Husar, a réitérée. Celui-ci estime que le patriarcat est une “ forme normale d’existence de la tradition byzantine et orientale ” et serait “ un développement de la structure de l’Eglise  [ukrainienne] ”.
L’ouvrage du P. Babiak a été achevé d’imprimer, en Ukraine, le 11 avril 2004 et commence tout juste à être diffusé. Par une heureuse coïncidence, Jean-Paul II, alors que le synode permanent de l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine est réuni à Rome depuis le 1er juin, a semblé faire un pas important vers ce que souhaitent les évêques ukrainiens puisqu’il a dit partager “ par la prière et aussi par la souffrance ” leur aspiration. Il a dit attendre “ le jour fixé par Dieu ” pour confirmer, en tant que Successeur de saint Pierre, le “ développement ecclésial ” que tous les Ukrainiens espèrent et réclament.
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La guerre picrocholine
La controverse suscitée par le livre signé Paul Sernine, paru en novembre dernier[2], n’a guère fait avancer la question sur le fond. Les principaux reproches faits au livre sont d’ordre méthodologique. Dans un article signé Dominicus, la revue Le Sel de la terre, estime qu’il s’agit d’une “ mauvaise querelle ”[3]. Dominicus estime que Paul Sernine “ a falsifié la pensée des autres, n’a pas exprimé sa propre pensée sur ses sujets, a enfermé le débat dans un dilemme absurde et ajouté d’inutiles querelles de personnes (tout en protestant du contraire). Il faudrait repartir sur de meilleures bases. ”
La principale “ falsification ” relevée par Le Sel de la terre est une citation extrapolée. Dans un de ses ouvrages, Etienne Couvert écrit que pour comprendre certaines œuvres de Victor Hugo “ il y a une clé… et c’est la Gnose ”. Paul Sernine a généralisé cette affirmation : “ En toute erreur “ il y a une clé…et c’est la gnose“ ”.  Dominicus estime : “ La phrase en question n’a jamais été prononcée en l’état par M. Couvert et ne correspond même pas à sa pensée. ”
La revue des religieux d’Avrillé estime, à juste titre, que cette controverse sur la gnose ne doit pas devenir “ un véritable affrontement qui distrairait du combat principal ” : “ le combat contre le néo-modernisme qui cherche à détruire l’Eglise de l’intérieur, la formation d’intelligences vraiment catholiques, le soutien spirituel des pères et des mères de famille voulant éduquer chrétiennement leurs enfants nous paraissent beaucoup plus importants. ”
Si la revue Le Sel de la terre se refuse aux querelles de personnes, il n’en est pas de même d’autres publications. Par exemple, depuis quelques semaines se diffuse, sous forme de brochure ou sur internet, un texte anonyme de 53 pages, intitulé Leçon de gnose. L’auteur, courageusement anonyme, de cette brochure publiée sans nom d’éditeur, ni lieu de publication, entend montrer que la gnose est l’ “ ennemi traditionnel de l’Eglise ”. Il prétend aussi dénoncer, “ par les documents ”, dit-il, “ les infiltrations gnostiques actuelles dans la Tradition catholique” . Cette seconde partie nous vaut des chapitres, plus ou moins abondants, intitulés : “ Dom Gérard gnostique ? ”, “ La double vie de Monsieur Yves Chiron ”, “ L’abbé de Tanoüarn est-il gnostique ? ”, “ L’abbé Célier [sic] est-il gnostique ? ”.
Quel crédit accordé à un auteur, courageusement anonyme (à moins qu’ils ne soient plusieurs), qui croit que le grand Olier est gnostique, qui s’imagine que Pacte est un “ magazine ”, qui s’obstine à écrire “ Etait t’il ” [sic], etc. ?
Quant aux huit pages qui me concernent – “ La double vie de Monsieur Yves Chiron ” –, je pourrais répondre comme l’avait fait le grand antilibéral, le Père Emmanuel Barbier : “ je fais comme l’honnête homme qui, dédaignant les fausses imputations, trouve plus simple de déployer grand ouvert le livre de sa vie ”[4]. Quand le courageux anonyme – pour éviter les procès en diffamation ? – affirme : “ Monsieur Chiron a des contacts avec les loges maçonniques, au moins les loges féminines ”, je pourrais lui répondre que les seules loges que j’aie jamais fréquentées sont celles des concierges des immeubles parisiens où j’ai habité jadis : rue du Cloître-Notre-Dame, à l’ombre de Notre-Dame, puis rue Cail...
En fait, le véritable cours de ma vie quotidienne, ma supposée “ double vie ”, les lecteurs les moins mal intentionnés savent qu’ils la trouveront dans les quatre petits livres qui me tiennent le plus à cœur : Journal de Saigon et du Mékong (1994), Voyage vers Cyprien (1998), Nos enfants de Lituanie (2002) et Ma Mère (2003). Livres qu’ignorent les courageux anonymes de la guerre picrocholine.
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Avis aux lecteurs
. Cette lettre d’informations n’est pas soumise à abonnement, malgré les instances de certains lecteurs qui souhaiteraient que soit fixé un prix d’abonnement. Parfois, pour les numéros plus volumineux, je donne un coût estimatif, à l’intention de ceux, lecteurs non réguliers, qui voudraient se procurer, exceptionnellement, ce numéro ou en commander plusieurs exemplaires. En revanche, pour satisfaire aux demandes de certains lecteurs, il est fixé désormais qu’Aletheia aura quinze numéros par an ; ce qui permet de prévoir à peu près le rythme des publications (environ toutes les trois semaines).
C’est au lecteur à déterminer lui-même la contribution et la forme de la contribution qu’il veut apporter aux frais d’impression et de diffusion. Certains lecteurs et certaines communautés le font avec une régularité, et parfois une générosité, qui permettent à cette modeste lettre de continuer à paraître.
D’autres lecteurs et d’autres communautés, qui pourtant, un jour, ont demandé à recevoir cette lettre d’information, ne se signalent jamais à l’attention d’Aletheia, sinon parfois pour réclamer un numéro qu’ils croient n’avoir pas reçu !
. Cette lettre d’informations est, bien sûr, libre de droits. Quiconque peut utiliser et reproduire les informations et les textes qu’elle contient. Mais la déontologie journalistique veut que, dans ce cas, on indique ses “ sources ”. Sinon, il arrive que les “ utilisateurs ” s’emmêlent les pinceaux. Deux exemples récents :
1. La revue Lectures françaises, n° 562, en février 2004, a annoncé la parution d’un ouvrage de Robert Faurisson, intitulé, dit-elle, Pie XII, révisionniste ?, et elle en a donné le résumé. Un tel livre n’existe pas. Existe en revanche un livre de Robert Faurisson intitulé Le révisionnisme de Pie XII.
Aletheia avait présenté cet ouvrage dans son n° 45, le 8 septembre 2003. L’article qui présentait cet ouvrage était intitulé “ Pie XII, révisionniste ? ”. Le rédacteur, trop pressé, de Lectures Françaises, a cru qu’il s’agissait du titre du livre, donné pourtant dans la suite de l’article qu’il s’est contenté de résumer. Le rédacteur-“ utilisateur ” aurait dû être plus attentif et il aurait mieux fait de mentionner sa source d’informations.
2. L’auteur d’un essai récent, et fort pertinent, sur la laïcité, reproduit, sur une pleine page, un texte d’Alain de Benoist. Il donne comme référence : La “ nouvelle évangélisation ” de l’Europe. La stratégie de Jean-Paul II, Arianna Editrice, p. 100. Le lecteur, curieux, qui voudrait consulter cet ouvrage, aura bien du mal à se le procurer puisqu’il n’existe pas ! Le livre n’existe que dans sa version italienne, publiée, à Casalecchio, près de Bologne,  sous le titre La “ nuova evangelizzazione ” dell’Europa. La strategia di Giovanni Paolo II.
Aletheia avait présenté cet ouvrage dans son n° 47, le 18 octobre 2003, donnant notamment, en version française, la citation telle que l’a reproduite intégralement notre auteur. Il aurait mieux fait de donner le titre exact de l’ouvrage et de mentionner sa source d’informations.
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[1] Augustyn Babiak, De la légitimité d’un Patriarcat ukrainien, Lyon, avril 2004, 223 pages. Disponible chez l’auteur : Augustyn Babiak, 155 rue de Vendôme, 69003 Lyon.
[2] Paul Sernine, La Paille et la poutre – à propos de la “ gnose ”, éditions Servir (15 rue d’Estrées, 75007 Paris), 219 pages, 15 ¤.
[3] Dominicus, “ La mauvaise querelle de Paul Sernine ”, Le Sel de la terre, n° 48, printemps 2004, p. 215 - p. 242 (Couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé, 14 euros le numéro).
[4] P. Emmanuel Barbier, Allocutions de collège. Mon crime, Librairie Ch. Poussielgue, 1901, p. 5.

lundi 10 mai 2004

[Aletheia n°57] Les "amis" d'Alain de Benoist

Aletheia n°57 - 9 mai 2004
LES “ AMIS ” d’ALAIN DE BENOIST
Dans le monde universitaire, se perpétue la tradition du volume d ’ “ Hommages ” offert à un professeur par ses confrères et, parfois, par d’anciens élèves devenus ses disciples ou ses continuateurs. Il peut s’agir de textes au ton un peu personnel, mais, le plus souvent, il s’agit de doctes études en rapport avec le ou les domaines de prédilection du professeur à qui l’on rend hommage.
Alain de Benoist, qui n’a pas enseigné en université, a eu et a des disciples, et il a de nombreux amis qui, pour certains, ont été fortement influencés par ses idées. À l’occasion de ses 60 ans – le 11 décembre 2003 –, lui a été offert un Liber amicorum qui vient d’être publié (dans un tirage limité à 600 exemplaires) [1].  Sur les cinquante-six contributions qui composent ce volume, à peu près un tiers émane d’universitaires ou d’auteurs étrangers (dont près d’une dizaine d’Italiens). Parmi les contributions d’ “ amis ” français, une grande diversité : depuis les compagnons des premiers engagements, ceux du combat pour l’Algérie Française et la Rhodésie blanche (“ terre des lions fidèles ”), jusqu’aux jeunes disciples des années 90 et aux amis qui ne sont pas des disciples.
Mais qu’il s’agisse des contributions étrangères ou des contributions françaises, il s’agit plus d’une gerbe d’hommages (voire de dithyrambes) et de souvenirs que d’un recueil d’études.
On comprend l’emphase avec laquelle le jeune Adrien de Benoist (22 ans) parle de son père, “ l’homme de la montagne ” (p. 18). En revanche, on pourra estimer hyperboliques les louanges tressées par certains amis d’Alain de Benoist : “ je n’ai jamais pris en défaut ton jugement sur les hommes et leurs caractères ” écrit Charles Champetier (p. 51). “ Je ne connais pas de meilleur analyste politique que lui ” écrit Pierre Vial, universitaire et animateur du groupuscule “ païen ” Terre et Peuple (p. 257). Il se meut, estime encore Jean-Marcel Zagamé, “ à travers toutes les disciplines du génie humain avec la facilité et la pertinence des spécialistes de chacune d’entre elles : philosophie, littérature, sociologie, économie, droit, histoire, biologie, physique, architecture, musique… ” (p. 260).
Tout ce qui est excessif…
On sera davantage d’accord avec Brigitte Bel, qui, en renvoyant à une photographie d’Alain de Benoist parue dans Eléments en mai 2001 (on la trouve page 25 du numéro), voit dans son regard “ le désespoir surmonté et la joyeuse abnégation ” (p. 17).
Parfois, il faut savoir lire entre les lignes. Quand, par exemple, l’abbé de Tanoüarn, une des plumes les plus vives et un des esprits les plus agiles de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, apporte sa pierre à ce Liber amicorum, il fait allusion à la “ part du diable ”, et aux “ itinéraires paroxystiques ”  (p. 234) d’Alain de Benoist. Il n’illustre pas ses allusions, mais il écrit : “ quant à moi, dans cette part-là, je retrouve la grande ombre de ce saint Paul que vous n’aimez pas, mais qui a averti l’humanité de l’étrange bal que menait Eros, invinciblement attiré par Thanatos, cette mort qui est son destin…En ce point, je crois, notre discord n’est pas réductible. Vous ne voulez pas croire à la fatalité gratuite du Bien, qui est le fond du christianisme, mais vous voulez croire à la possibilité de l’innocence, vous entretenez la pensée de l’éternel retour et de sa miraculeuse ingénuité. Quant à moi, je récuse toute innocence, comme orgueilleuse et trompeuse, mais je crois à la fatalité du Bien : je sais que – par grâce – la lumière est au bout du chemin et non dans quelque clairière de l’être où il nous faudrait batifoler pour tenter d’avoir l’air ” (p. 234).
Faut-il relier cette “ leçon ” aux confidences que fait Gabriel Matzneff sur une des passions communes qui le relient à Alain de Benoist (p. 176-177) et à la soif de “ possession ” dont témoigne Jean-Marcel Zagamé (p. 260) ? Aux lecteurs d’en juger…
Parmi les quelques rares hommages catholiques de ce recueil de cinquante-six textes, on relèvera ce jugement de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, à nouveau :
la morale que vous défendez ressemble sans conteste à une des plus célèbres expressions de la morale chrétienne, celle de saint Thomas. Contre les principes universels, contre l’idéalisme vide et parfois néanmoins mortel, contre l’utilitarisme, contre le subjectivisme, contre cet individualisme sublimé qui se réclame sans cesse d’un combat pour les valeurs et que l’on nomme “ personnalisme ”, vous prônez un aristocratisme tempéré et vous en appelez à une morale des vertus. Vous chantez la nature, où vous voyez le véritable règne des fins, une invitation à l’excellence qui s’adresse à la forme humaine dans sa consistance hylique. Je n’ai pas rêvé lorsque j’ai lu ces formules de feu, qui concluent votre “ Petite Morale ”. Vous y invitez vos lecteurs à “ une autre approche, qui ne consisterait ni à poser la nature humaine comme antagoniste de la liberté [comme le fit Kant, le grand castrateur], ni à prôner un ”un retour à la nature” comme paradigme perdu [ainsi que le font trop légèrement les défenseurs à tous crins d’un droit naturel laïc et comme le firent in illo tempore les déistes de tout pelage], mais à voir dans la nature (phusis) l’espace où s’inscrit naturellement la possibilité pour l’homme de se donner la dimension de profondeur – l’excellence – qui correspond à son essence et à sa fin ” (Critiques-Théoriques, p. 557). J’ai bien noté que vous parlez d’une essence humaine, je souligne que vous assignez volontiers à l’homme l’espace (ou la profondeur) d’une “ nature ” pour s’épanouir et que, dans cet espace qui est son réel à lui, vous l’invitez à l’excellence (en grec arété : la vertu). Mais c’est tout le substrat philosophique de la Somme théologique, cela ! Et peu importe finalement que ce soit ce Germain de Heidegger qui ait remis à la mode la phusis si, quant à vous, vous la voyez cette phusis, non pas dans le brouillard de la grande forêt primitive, mais plutôt comme un réel principe régulateur, disponible ici et maintenant ! Plût au Ciel qu’un théologien, qu’un clerc catholique ait le courage de parler ainsi, conformément à sa Tradition ! .
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La crise sous Pie XII
. Bulletin de la Société française d’histoire des idées et d’histoire religieuse, n° 13, 2003 (82230 Verlhac-Tescou), 8,50 euros.
Après quelques années d’interruption, le Bulletin, fondé et dirigé par le Professeur Jean de Viguerie, paraît à nouveau. Ce numéro, d’une quarantaine de pages, est tout entier consacré à un article de Jean de Viguerie : “ La crise de l’Eglise en France dans les années 1950 et 1951 ”.
Cette étude se fonde principalement sur des documents inédits : les lettres adressées par Mgr Lusseau et le chanoine Catta, de 1950 à 1955, au P. Mura, un religieux de Saint-Vincent-de-Paul résidant à Rome. Ces deux ecclésiastiques, alors tous deux professeurs à l’Institut Catholique d’Angers, sont parmi deux des représentants éminents du catholicisme intransigeant des années d’avant le concile Vatican II.
De la même manière que la crise de l’Eglise n’a pas commencé, en France singulièrement, avec le concile Vatican II, la résistance à cette crise n’a pas commencé avec Mgr Lefebvre. Dans une lettre écrite le 28 février 1950, Mgr Lusseau établit, à la suite de son ami le P. Le Floch, ancien supérieur du Séminaire français à Rome, une liste des “ principaux points de doctrine ” remis en cause par certains théologiens, auteurs et professeurs ecclésiastiques de cette époque :
1 – la doctrine catholique du péché originel, que la thèse trop souvent prônée du polygénisme dénature,
2 – la doctrine du surnaturel qui perd ses caractéristiques essentielles, du fait que des thèses renouvelant le nominalisme du XIVe siècle, en viennent à refuser toute fixité objective à la nature humaine, et ne semblent l’ouvrir qu’à des perfectionnements complémentaires dans son ordre,
3 – la présence réelle eucharistique qui ne serait plus, selon certaines feuilles du P. de Montcheuil (décédé), qu’un symbolisme efficace de l’activité du Christ dans le monde,
4 – la valeur des preuves traditionnelles de l’existence de Dieu, qui ne reposeraient que sur une philosophie “ dépassée et périmée ”, impuissante à convaincre l’intelligence moderne. Et comme les preuves dites nouvelles ne démontrent pas rigoureusement cette existence, il s’ensuit que l’attitude religieuse n’est qu’une option et non une obligation…
5 – la stabilité du dogme, dont les formules sont relatives aux temps et aux lieux, la foi n’étant qu’un accident dans l’évolution des religions.
Les lettres citées et publiées par Jean de Viguerie sont un intéressant témoignage. Comme il le dit justement : “ C’est la crise dans la réalité. Beaucoup mieux que des extraits de presse et les livres, il permet de saisir sur le vif l’influence des idées nouvelles et la transformation des manières de penser et d’agir. ”
Mais le Professeur de Viguerie nous paraît très sévère pour Pie XII. L’encyclique Humani generis, promulguée en août 1950, n’a pas simplement condamné “ l’évolutionnisme teilhardien ”. Si on considère les “ opinions fausses qui menacent de ruiner les fondements de la doctrine catholique ” que Pie XII condamne dans son encyclique, on retrouve presque tout ce que Mgr Lusseau avait relevé dans sa liste quelques mois plus tôt.
Pareillement, quand Jean de Viguerie reproche à Pie XII d’avoir accueilli favorablement Jean Guitton et d’avoir fait l’éloge de son mauvais livre sur la Vierge Marie, il méconnaît la réalité de cette histoire[2]. Jean Guitton, en fait, a échappé à une mise à l’Index de son livre grâce à la protection de Mgr Montini (le futur Paul VI). Mais, après un article critique de Mgr Pizzardo dans L’Osservatore romano et sur injonction du Saint-Office, Jean Guitton devra corriger son livre et publier une nouvelle édition révisée. Ce sont deux articles de la Revue  des Cercles d’études d’Angers, en juillet et décembre 1950, qui avaient donné l’alarme.
L’encyclique Humani generis (et les sanctions qui frappèrent ensuite plusieurs théologiens français) comme l’affaire Jean Guitton montrent que le courant intransigeant français avait encore, dans ces années 50, une certaine influence à Rome.
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Les “ faux monothéismes ”
. Enrico Maria Radaelli, Il Mistero della Sinagoga bendata, Milan, Effedieffe Edizioni, décembre 2002, XXIX + 409 pages, 30 euros.
En 2000, le Professeur Radaelli publiait en édition pro manuscrito un essai suggestif qui, depuis, a été repris, considérablement augmenté et publié chez un grand éditeur catholique italien.
Le titre fait référence à l’image, bien connue, de la femme aux yeux bandés qui représente les Juifs aveuglés par leur incrédulité. Pour Radaelli, cette image devient celle de l’Eglise d’aujourd’hui qui, en certains de ses représentants les plus éminents, s’aveugle sur la nature même de la foi catholique en prônant un œcuménisme mortel.
À l’encontre des démonstrations qui voient le monothéisme comme un point de rapprochement entre les trois religions monothéistes (Juifs, Chrétiens et Musulmans), Radaelli met en lumière la séparation radicale que constitue la doctrine chrétienne sur Dieu. Le monothéisme chrétien est unique parce qu’il est trinitaire (l’auteur utilise même le néologisme, contestable, de trinitarietà).
Sont passés au crible de cette critique trinitaire de nombreux ouvrages et déclarations de théologiens et de différents cardinaux (Etchegaray, Cassidy, Martini et même Ratzinger). Jean-Paul II, lui aussi, est soumis à cette critique. Non seulement à propos des rencontres interreligieuses d’Assise mais aussi à propos de sa visite à Jérusalem. Visite au cours de laquelle – l’image a fait le tour du monde –, Jean-Paul II a répété le geste que font tous les Juifs pieux du monde qui viennent à Jérusalem : il a glissé dans une fissure du Mur des Lamentations (les vestiges de l’ancien Temple de Jérusalem) un papier contenant une prière. Le professeur Radaelli demande : “ Comment pourrons-nous encore reprocher aux Juifs de ne pas croire au Nouveau Temple qu’est le Christ, si véritablement nous courons pour prier dans leur temple, mort, vide et désormais seulement idolâtrique ”.
E.M. Radaelli reprend et développe la doctrine de la “ substitution ”, abandonnée par les théologiens. Doctrine qui affirme que l’Eglise constitue le nouvel Israël et qui conteste qu’il existe deux peuples de Dieu. L’Eglise seule bénéficie des dons de Dieu en remplacement d’Israël qui n’est plus le “ peuple élu ” depuis qu’il a refusé de reconnaître le Messie et sa divinité.
Ce gros livre constitue une des critiques les plus argumentées parues en Italie contre certains aspects du dialogue interreligieux lancé par l’Eglise depuis Vatican II. Il n’est pas sans signification qu’il soit publié avec une préface de Mgr Livi, doyen de la Faculté de philosophie de l’Université Pontificale du Latran (et, aussi, membre de l’Opus Dei). Il a également été recensé favorablement par diverses revues éditées au Vatican (Divinitas, notamment).
C’est un des signes qu’il n’y a pas, sur le sujet du dialogue interreligieux, une voix univoque au Vatican.
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[1] Liber Amicorum Alain de Benoist, 298 pages, 28 euros (port gratuit), disponible auprès de l’association “ Les Amis d’Alain de Benoist ”, 48 boulevard de la Bastille, 75012 Paris, qui gère aussi un site électronique : alaindebenoist.com . Le Liber Amicorum se termine par une “ Bibliographie d’Alain de Benoist ” (p. 264-296), visiblement établie par Alain de Benoist lui-même.
[2] Cf. Yves Chiron, Paul VI, le pape écartelé, Perrin, 1993, p. 137-138.

vendredi 16 avril 2004

[Aletheia n°56] "La Passion du Christ" par Mel Gibson

Aletheia n°56 - 16 avril 2004
LA PASSION DU CHRIST” PAR MEL GIBSON
La Passion du Christ, écrit et réalisé par l’acteur Mel Gibson, a suscité, en France, et dans le monde entier, une vague d’articles comme aucun autre film sans doute dans l’histoire du cinéma. Ces deux heures de spectacle, fidèles, en partie, à la lettre de l’Evangile, sont deux heures de spectacle. Certainement pas deux heures de méditation. Est-ce deux heures d’apologétique catholique ? On peut en douter. Tout dans ce film est image –  c’est-à-dire représentation –  et volonté d’émouvoir.
Certes, beaucoup des faits rapportés par les Evangiles sont transposés dans ce film avec un sens catholique indéniable mais non sans user et abuser des effets cinétiques d’Hollywood. Et ce, dès les premières images : le brouillard inquiétant qui enveloppe le Jardin des Oliviers, la représentation androgyne du Diable qui accompagnera toutes les scènes du film jusqu’à la fin.
Émouvoir était certes un des objectifs et une des méthodes des grands prédicateurs de jadis. Mais avant et après leur sermon rempli d’images, il y avait le temps de la méditation et du silence. Ici, de bout en bout, dans un rythme trépidant, et hormis quelques flash-backs (par exemple, Jésus, fabriquant une table et plaisantant avec sa mère), on est dans une fureur continue.
Et pourtant, à la fin, Mel Gibson n’a pas osé ou n’a pas su traduire en images la descente aux Enfers, la victoire sur Satan et sur la mort.
L’engagement des épiscopats français et américain
Ce film a été accusé d’antisémitisme. Le Monde, le 31 mars, estimait : “ La régression la plus grave du film de Mel Gibson est dans son antisémitisme larvé. S’il y a une victime, il y a forcément des bourreaux. (…) Comment s’étonner que les soutiens de Gibson se trouvent dans les rangs des catholiques traditionalistes pour qui la culpabilité des Juifs dans la mort de Jésus ne fait aucun doute ? ”
Interrogé sur le sujet, le cardinal Lustiger a déclaré, le 28 mars sur Europe 1, ne pas vouloir “ entrer dans cette polémique ”. Mais il a livré aussi une information qui n’a pas été relevée : “ J’ai signé avec l’une des plus hautes autorités juives des Etats-Unis et en accord avec les évêques américains, qu’en aucun cas nous ne tolérerions que cette polémique puisse toucher à ce que l’Eglise et les Juifs ont dit ensemble à ce sujet. ”
On aimerait savoir quelle est cette autorité juive parmi les “ plus hautes des Etats-Unis ”. Est-ce le B’nai Brith dont on sait les engagements qu’il a fait prendre, sur le plan politique, aux partis de la droite libérale française ?[1] On aimerait connaître aussi le contenu de cet accord qui vaut engagement.
Le refus d’Israël
Le film de Mel Gibson n’est pas antisémite. En fidélité à ce que disent les Evangiles, il montre la responsabilité des autorités juives (“ les grands prêtres et les anciens du peuple ” disent les Evangiles) dans la condamnation à mort du Christ, sans masquer que certains dirigeants de la communauté juive de Jérusalem (Nicodème et Joseph d’Arimathie) ont pris sa défense.
Pourtant, pour réduire l’accusation d’antisémitisme portée contre son film déjà plusieurs semaines avant sa sortie en salle, Mel Gibson avait supprimé certaines scènes qui auraient porté à polémique.
Est-ce à son initiative, ou à celle de son diffuseur en France, qu’une phrase capitale des Evangiles n’a pas été traduite ? Cette phrase, pourtant, est dans le film, en araméen, comme elle est dans l’Evangile selon saint Matthieu (Mt 27, 25) : “ Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! ”.
Or, cette phrase n’est pas traduite dans le sous-titrage en français. L’a-t-elle été dans les sous-titrages en d’autres langues ?
Saint Matthieu est le seul des quatre Evangélistes à rapporter cette réponse du “ peuple ” juif à Ponce Pilate qui se lave les mains en disant : “ Je ne suis pas responsable de ce sang, à vous de voir ! ”.
Il y a près de vingt ans maintenant, un savant bénédictin, supérieur du monastère de Tabgha, en Israël, avait consacré tout un livre à faire l’exégèse de cette terrible réponse. Curieusement, ce livre, édité pourtant par un éditeur “ religieusement correct ”, n’est plus cité aujourd’hui alors que tant d’autres livres sur la Passion sont édités ou remis à la devanture des librairies[2].
Le P. Vincent Mora montrait combien ce verset de l’Evangile selon saint Matthieu reprend une formule traditionnelle de l’Ancien Testament qui signifiait la responsabilité d’un acte. Qu’il s’agisse d’une formule traditionnelle n’enlève rien à son historicité, au contraire. Le P. Mora voit dans cette scène de l’Evangile une déclaration officielle de la communauté juive de Jérusalem, engageant non pas une foule anonyme mais le peuple d’Israël en son entier (ce que marque clairement l’expression : “ Tout le peuple dit… ”).
Il propose de la paraphraser ainsi : “ Nous et nos enfants, toute notre communauté, prenons la responsabilité de cette condamnation que nous réclamons et devant laquelle, vous, Pilate, reculez. Nous assumons la responsabilité de cet acte et de ses suites ” (p. 33).
Ce refus d’Israël traverse d’ailleurs, comme un fil rouge, tout l’Evangile de Matthieu, depuis la fuite de la Sainte Famille et les persécution et mort de Jean le baptiste, préfiguration de celle de Jésus.
Cette analyse exégétique intéressante, qui rappelle la responsabilité des Juifs dans la mort du Christ, est suivie d’un chapitre, contestable, sur “ Les conséquences du refus pour Israël ”. Selon le P. Mora, la destruction du temple de Jérusalem en 70 est bien la réponse de Dieu au refus d’Israël, mais il ne faut pas aller au-delà. L’expression “ nous et nos enfants ” s’appliquerait uniquement à la génération contemporaine de Jésus. Aux yeux de l’auteur, Israël reste toujours le peuple de Dieu, à côté du peuple chrétien.
Le P. Mora, abandonnant tout à coup toute vision surnaturelle de l’Histoire, estime que le refus du peuple juif “ ne met pas totalement en cause l’alliance qui, au vrai, ne dépend que de Dieu. Heurs et malheurs de l’histoire d’Israël ne sont qu’un aspect de l’existence d’Israël ” (p. 116).
La mise à mort de Jésus ne serait, en somme, qu’un des malheurs, parmi d’autres !, qu’a connus Israël. Dès l’époque de Jésus, et aujourd’hui encore, “ les Juifs sont au service d’une cause qui les dépasse ” (p. 133).
Le P. Mora a finement analysé le verset de saint Matthieu, il en a montré l’historicité et sa portée théologique mais son analyse des conséquences de ce refus est contestable. L’interprétation traditionnelle de ce verset terrible est qu’en ne reconnaissant pas la messianité et la divinité de Jésus, en le condamnant à mort, en ne recevant pas son Evangile, les Juifs rompaient leur Alliance avec Dieu et s’engageaient dans une voie de tribulation. Voie obscure dont la seule issue, selon saint Paul, est la conversion : les Juifs, “ branches naturelles que Dieu n’a pas épargnées ” (Rom. 11,21), “ s’ils ne persistent pas dans l’incrédulité, ils seront greffés ; car Dieu est capable de les greffer à nouveau ” (11,24).     
Les visions mystiques et l’Evangile
Dans le film de Mel Gibson, si on retrouve, dans les dialogues, nombre des scènes et des paroles même des récits évangéliques de la Passion, on trouve aussi des scènes qu’on ne lit pas dans l’Evangile et qui sont parmi les plus violentes du film. N’en citons que quelques-unes :
-  le Diable lâche un serpent dans le Jardin de Gethsémani et Jésus l’écrase violemment sous son pied ;
-  après que Jésus ait été cloué sur la Croix, celle-ci est retournée et le Christ se retrouve face contre terre, écrasé par le poids de la croix, avant que celle-ci ne soit élevée et plantée dans le sol ;
-  un corbeau ou quelque oiseau de proie noir vient s’attaquer au mauvais larron et lui perce la tête de coups furieux de son bec.
Un petit livre très bien fait, rédigé aux Etats-Unis pour expliquer le film et qui a été traduit en différentes langues, nous dit de cette dernière scène : “ Divers oiseaux carnivores et oiseaux de proie descendaient souvent sur les condamnés.[3] ”
Dans un film qui se veut un film fidèle aux Evangiles, introduire des scènes imaginaires ajoute-t-il vraiment de la véracité ? N’est-ce pas, plutôt,  ajouter du spectaculaire ?
D’autres scènes, notamment la deuxième des trois que nous avons citées plus haut, sont tirées de visions mystiques. On nous dit quel Mel Gibson, outre les Evangiles, s’est inspiré, pour rédiger son scénario, de La Cité mystique de Dieu de Marie d’Agréda et des Visions d’Anne-Catherine Emmerich.
Ce mélange des genres trouble fatalement l’historicité de la reconstitution. D’autant plus que les deux ouvrages en question n’ont pas été reconnus par l’Eglise comme d’une authenticité complète.
La Cité Mystique figure dans l’Index librorum prohibitorum depuis 1678, avec un dernier décret de condamnation qui date de 1900[4].  Le cas des Visions d’Anne-Catherine Emmerich est plus difficile parce que “ le texte définitif de ses visions a paru deux ans après sa mort et nous a été retranscrit par celui qui s’est attribué le rôle de secrétaire, Clément Brentano. Celui-ci était un poète, ami intime de Goethe, qui s’était converti, tout en restant poète… ”[5].
Les vertus et les grâces mystiques dont Anne-Catherine Emmerich fut favorisée sont indéniables. Aussi sa béatification semble probable et prochaine.  Cette béatification sera l’occasion, sans doute, pour les théologiens, sinon pour le Magistère, de porter un jugement sur le livre de ses Visions. Anne-Catherine Emmerich elle-même jugeait, d’après une révélation, que Marie d’Agréda avait pris dans un sens réel des visions qui n’avaient qu’un sens allégorique et spirituel !
Le R.P. Poulain, s.j., dans son classique traité de théologie mystique, Des grâces d’oraison, soulignait les “ dangers d’illusion ” que peuvent contenir les visions des mystiques :
“ Lorsque les visions représentent des scènes historiques, par exemple celles de la vie ou de la mort de Notre-Seigneur, elles ne le font souvent que d’une manière approximative et vraisemblable, sans qu’on en soit prévenu. On se trompe en leur attribuant une exactitude absolue. […]
Il est imprudent de chercher à reconstituer l’histoire à l’aide des révélations des saints. […] Il peut arriver que, pendant une vision, l’esprit humain garde le pouvoir de mêler, dans une certaine mesure, son action à l’action divine. On se trompe alors en attribuant purement à Dieu les connaissances ainsi obtenues. Tantôt c’est la mémoire qui apporte ses souvenirs, tantôt la puissance d’inventer qui s’exerce.
Les auteurs pensent que ce danger est fort à craindre lorsque la personne parle pendant l’extase. Car puisqu’elle parle, ses facultés sensibles n’ont pas complètement perdu leur activité. Elles peuvent donc avoir leur part dans la révélation. […]
Il y a danger de confondre l’action divine avec la nôtre, même dans une oraison non extatique, lorsque Dieu semble nous envoyer une inspiration un peu forte. Elle a beau être très courte et presque instantanée, nous aimons à croire qu’elle se prolonge, et l’illusion est facile, car nous ne savons pas le moment précis où finit l’influence divine et où la nôtre lui succède. ”[6]
Le premier film gore catholique
La Passion du Christ de Mel Gibson n’est certes pas le fruit d’une vision mystique, mais le résultat d’une interprétation personnelle, d’une vision personnelle, artistique si l’on veut, de la Passion du Christ. C’est la représentation du fait central de l’Evangile que se fait un acteur d’Hollywood, grand adepte des films d’action, qui est aussi un catholique fervent : une mise à mort extrêmement violente – la violence de certains Juifs et de certains Romains – à laquelle répondent l’acceptation sacrificielle, pour la Rédemption de tous, et le pardon.
 Telle qu’elle a été traitée, cette évocation cinématographique de la Passion du Christ est le premier film gore catholique (c’est Mel Gibson lui-même qui reconnaît s’inscrire dans le genre gore, mis au service de la Bonne Cause).
On en arrive ainsi au paradoxe relevé par le philosophe René Girard : “ Tous ceux qui, d’habitude, s’accommodent très bien de [la violence] ou voient même dans ses progrès constants autant de victoires sur la liberté sur la tyrannie, voilà qu’ils la dénoncent dans le film de Gibson avec une véhémence extraordinaire. Tous ceux qui, au contraire, se font d’habitude un devoir de dénoncer la violence, sans obtenir le moindre résultat, non seulement tolèrent ce même film mais fréquemment ils le vénèrent ” (Le Figaro Magazine, 27 mars 2004).
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[1] Le Monde, 28 mars 1986 et Jean Madiran, Ce que l’on vous cache, 1987 (disponible à DPF, B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil).
[2] Vincent Mora o.s.b., Le refus d’Israël, Cerf, 1986.
[3] Guide de la Passion. 100 questions sur La Passion du Christ, Téqui, 2004, p. 62.
[4] Index librorum prohibitorum. 1600-1966, (J.M. De Bujanda éd.), Médiaspaul/Librairie Droz, 2002, p. 586.
[5] Abbé Gérard Herrbach, Des Visions sur l’Evangile, Editions du Communicantes, Shawinigan-Sud (Canada), 1993, p. 50.
[6] P. Augustin Poulain s.j., Des Grâces d’oraison. Traité de théologie mystique, Beauchesne, 1922 (10e édition), p. 342-345, souligné dans le texte.

dimanche 4 avril 2004

[Aletheia n°55] Bruno Neveu (1936-2004); Mgr Barbier et la FSSPX

Aletheia n°55 - 4 avril 2004


Bruno Neveu est décédé le 24 mars dernier, à l’âge de 67 ans. Archiviste paléographe, membre de l’Institut, cet historien catholique, discret, était un spécialiste de l’histoire religieuse du XVIIe siècle, notamment du jansénisme et du gallicanisme. Ses recherches l’avaient mené jusqu’à l’époque contemporaine. Un de ses derniers ouvrages parus est consacré aux Facultés de théologie catholique au XIXe siècle. Professeur à l’Ecole pratique des hautes études (IVe section), il l’avait présidée de 1994 à 1998.

Très lié au grand érudit et bibliographe René Rancœur, il partageait avec lui, et avec quelques autres historiens et chercheurs plus jeunes, “ un commun attachement à la romanité ”. Attachement que renforçaient ses séjours à Rome et ses travaux dans le cadre de l’Ecole française de Rome.

Attentif aux évolutions contemporaines des études et méthodes historiques – évolutions qui ont touché aussi l’histoire religieuse –, il regrettait que les travaux universitaires soient souvent tentés de “ préférer à l’étude de l’histoire celle de l’historiographie ”. Une “ histoire au second degré ” jugeait-il, qui a tendance à s’éloigner de l’objectivité, au sens littéral : c’est-à-dire qui risque, en s’enfermant dans la problématique, de perdre de vue l’objet étudié.

En 1981, dans les premières lignes d’une longue étude érudite sur l’autorité du Souverain pontificat au XVIIe et XVIIIe siècle, il notait avec beaucoup de justesse que, dans la modernité, le rapport entre l’Histoire, comme science (ou art) et la Théologie est loin d’être réglé :

Pour se voir reconnaître par le savoir universitaire la respectabilité d’une discipline académique, l’histoire du christianisme a dû peu à peu s’éloigner de la théologie, mais cette séparation laborieuse ne lui a pas assuré, en fin de compte, une complète crédibilité. […] la part du transcendant dans l’histoire décide pourtant de toute orientation critique ultérieure. Suivant que l’on tient l’Eglise pour héritière des promesses évangéliques ou pour une société purement humaine, dès l’époque de son fondateur ou par une altération progressive, les historiographes du christianisme varient du tout au tout. Autant que leur diversité leur luxuriance déconcerte[1].

Bruno Neveu est mort au Liban où il donnait une série de conférences. Depuis longtemps, il était un paroissien assidu de l’église Saint-Julien-le-Pauvre. Cette paroisse grecque-catholique de Paris, où la liturgie de saint Jean Chrysostome est célébrée en grec et en arabe selon le rite melkite, est depuis les années 1970 le refuge de nombreux catholiques, parisiens ou provinciaux, désorientés par la liturgie romaine “ réformée ” célébrée dans leurs paroisses.

Bruno Neveu, qui avait manifesté, nous a-t-on dit, le désir de mourir au Liban, s’est éteint au siège du Patriarcat grec catholique de Beyrouth, dont il était l’hôte. Il a pu voir là un signe de la Providence.

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Mgr Barbier et la FSSPX

Il y a quelques semaines, deux prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ont été reçus par Mgr Barbier, archevêque de Bourges, diocèse où ils exercent leur apostolat. Le compte-rendu de cette visite a été publié dans le bulletin de la Chapelle Saint-Michel, desservie par les prêtres de la FSSPX (Tradition, Chapelle Saint-Michel, 5 rue du Château, 36250 Niherne). Voici ce texte :

En marge d’un dialogue qu’on espère inachevé

Sans vouloir commenter ce dialogue engagé, quelques remarques peuvent être faites.

Mgr Barbier, archevêque de Bourges depuis le 25 avril 2000, est le pasteur de deux départements : le Cher et l’Indre. Son diocèse connaît, au regard des catholiques attachés à la Tradition, une situation assez paradoxale. Chaque dimanche, on peut y entendre la messe selon le rite traditionnel au sein de plusieurs communautés religieuses mais dans aucune paroisse.

Dans l’antique abbaye de Fontgombault, depuis l’indult de 1984, les fidèles peuvent assister, chaque dimanche, à la messe conventuelle célébrée selon le rite traditionnel. On y vient de loin, d’au-delà du diocèse même.

Le motu proprio de 1988 rappelait : “ On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l’usage du missel romain selon l’édition typique de 1962 ”[2] . En application de cette demande de Jean-Paul II, à Bourges, dans la ville archiépiscopale de Mgr Barbier, une messe selon le rite traditionnel est célébrée dans la chapelle des Franciscaines de la ville “ en principe le 1er & 3e dimanche ” de chaque mois, mais il vaut mieux, prévient-on, “ se renseigner avant ”.

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, elle, dessert quatre chapelles dans le diocèse de Mgr Barbier : la chapelle de l’Ecole Saint-Michel à Niherne, dirigée par les prêtres de la FSSPX (une ou deux messes y sont célébrées chaque dimanche) ; la chapelle du noviciat des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X à Ruffec ; la chapelle de la Maison-Mère des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X à Saint-Michel-en-Brenne ; et aussi la chapelle privée du château de La Chapelle d’Angillon.

Enfin, la Fraternité de la Transfiguration, fondée par l’abbé Lecareux, très liée à la FSSPX, assure plusieurs messes chaque dimanche dans le village de Mérigny et aux alentours.

Ce sont donc huit ou dix messes selon le rite traditionnel qui sont célébrées chaque dimanche dans l’archidiocèse de Bourges, mais deux seulement sont célébrées en communion avec le Saint-Siège et celle célébrée en application du motu proprio de 1988 est aléatoire.

Les fidèles du diocèse de Bourges attachés au rite traditionnel se trouvent donc conduits, par la nécessité, à être des catholiques “ gyrovagues ” : soit pérégriner loin de chez eux pour assister à une messe traditionnelle en communion avec le Saint-Siège, soit se rendre aux messes célébrées par les prêtres de la FSSPX, les “ sans-papiers de l’Eglise ” selon l’expression d’Huguette Pérol[3] ; soit encore sacrifier leur attachement à la messe catholique traditionnelle pour des messes selon le nouvel ordo, messes dont la variété, d’une paroisse à l’autre, est infinie.

Face à cette situation, qui existe aussi dans nombre de diocèses français, Mgr Barbier, en poste depuis quatre ans maintenant, n’a pas cherché à répondre davantage à l’appel de Jean-Paul II : “ partout respecter les dispositions intérieures ..., application large et généreuse… ”. Dans son diocèse, la messe traditionnelle n’est célébrée chaque dimanche dans aucune paroisse.

L’édition 2002 du Trombinoscope des évêques, réalisée par les Editions Golias, accorde à Mgr Barbier “ trois mitres ”. Ce classement irrévérencieux des évêques de France va de 5 à 1 : “ cinq mitres ” pour les “ novateurs affirmés ”, “ une mitre ” voire “ un bonnet d’âne ” pour les “ réacs ” et les “ dangereux ”. Mgr Barbier, estimé des rédacteurs irrespectueux et ultra-progressistes de Golias, est classé parmi les “ managers ” qui méritent “ trois mitres ”. Il est présenté comme un évêque aux “ qualités pastorales indéniables ”, “ très partisan de l’Action catholique ”. C’est aussi un évêque qui, dans une déclaration, a dénoncé “ la fausse interprétation du mot ”prochain” ”, lorsque, a-t-il dit, “ l’Evangile sert de caution à la préférence nationale et légitime l’exclusion. ”

Cet évêque hostile à l’ “ exclusion ”, recevant pour la première fois, à leur demande, des prêtres de la FSSPX, s’est montré, semble-t-il, inébranlable dans ses certitudes et assuré d’être dans une voie juste. Dans son diocèse, les fidèles attachés au rite traditionnel garderont le sentiment d’être toujours des “ exclus ”.

Mgr Barbier semble insensible à toutes les justes plaintes et à toutes les interrogations. Fidèle à un enseignement, non officiel, mais quasi-unanimement partagé dans l’Eglise de France, il déclare que “ pour faire partie de l’Eglise ” il faut accepter “ le concile Vatican II ” et que la foi consiste “ dans la réception docile de la doctrine ”.

Cette “ docilité ” réclamée est, qu’on nous en permette la remarque, à l’encontre des vœux exprimés par Jean-Paul II en 1988, au moment du “ schisme ” de Mgr Lefebvre. Le Pape avait en effet demandé aux évêques et aux théologiens d’être “ interpellés par les circonstances présentes ”. Mgr Barbier ne semble guère avoir été “ interpellé ” par les remarques, les interrogations et les doléances des deux prêtres de la FSSPX qu’il a reçus.

Jean-Paul II, dans le motu proprio Ecclesia Dei adflicta cité, demandait aux “ théologiens et autres experts en science ecclésiastique ” de se livrer à “ un effort renouvelé d’approfondissement qui permettra de mettre en lumière la continuité du Concile avec la Tradition, spécialement sur des points de doctrine qui, peut-être à cause de leur nouveauté, n’ont pas encore été bien compris dans certains secteurs de l’Eglise. ”

La doctrine sur la liberté religieuse est de ces “ points de doctrine ” nouveaux.

La liberté religieuse

M. l’abbé Bétin a fait remarquer à Mgr Barbier que “ Monseigneur Lefebvre avait posé des questions sur la liberté religieuse ” et que “ jamais il n’avait eu de réponse ”.

Cette dernière affirmation est erronée. En novembre 1985, Mgr Lefebvre a présenté à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi des “ Dubia ” sur la liberté religieuse[4]. Or, ces “ objections ” ont fait l’objet d’une réponse de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (en une cinquantaine de pages) et Mgr Lefebvre a fait une “ Réponse à la réponse ” ; deux textes qui, à ce jour, n’ont pas été publiés.

Mgr Barbier, lui, semble ignorer et les “ Dubia ”, et la “ Réponse ” de la Congrégation et la “ Réponse à la réponse ” de Mgr Lefebvre. Aussi, à ses interlocuteurs de la FSSPX, il n’a, sur ce sujet, qu’une réponse à donner : “ La réponse est la pratique de l’Eglise ”. On est loin de l’ “ effort renouvelé d’approfondissement ” que demandait Jean-Paul II.

On signalera encore pour terminer que Mgr Tissier de Mallerais, un des quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre en 1988, et qui a collaboré avec celui-ci pour la rédaction des “ Dubia ” en 1985, vient de revenir longuement sur cette question, sous la forme d’un dialogue didactique : “ Liberté religieuse et conscience religieuse ”, pages 2 à 14 du dernier numéro de la revue Certitudes (23 rue des Bernardins, 75005 Paris, n° 14, ce numéro 8 euros).

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[1] Bruno Neveu, “ Juge suprême et Docteur infaillible : le pontificat romain de la bulle In Eminenti (1643) à la bulle Auctorem Fidei (1794) ”, in Mélanges de l’Ecole française de Rome, t. 93, 1981, 1, p. 215-275.

[2] Motu proprio “ Eccleia Dei adflicta ”, 2 juillet 1988, D.C., n° 1967, 7/21 août 1988, p. 789.

[3] Huguette Pérol, Les Sans-Papiers de l’Eglise, F.-X. de Guibert, 1996, préface du P. Michel Lelong.

[4] “ Dubia ” sur la liberté religieuse, texte de 138 pages, présenté le 6 novembre 1985, imprimé, dans une version dactylographiée et photocopiée, par le Séminaire d’Ecône en juin 1987 ; publié sous le titre Mes doutes sur la liberté religieuse par les Editions Clovis en 2000.

dimanche 21 mars 2004

[Aletheia n°54] Le R.P. Marie-Dominique Philippe et Mgr Lefebvre + L’abbé Aulagnier et le nouveau combat pour la messe + Revue des revues

Aletheia n°54 - 21 mars 2004
Le R.P. Marie-Dominique Philippe et Mgr Lefebvre
Sur le site de ce qu’il appelle sa “ Paroisse électronique ” (http://perso.wanadoo.fr/item.tradition), pour la semaine du 7 au 13 mars 2004, M. l’abbé Aulagnier a publié une “ Déclaration d’honneur ou profession  de foi ” dont nous extrayons le témoignage suivant, à valeur historique désormais :
“ Je me souviens d’une conversation que j’ai eue – un jour – avec Mgr Lefebvre. Nous étions en l’année universitaire 1970-1971, peut-être au printemps, je n’ai plus en mémoire la date exacte. Nous allions de Fribourg à Ecône. Je le conduisais dans ma modeste 2 CV. Il me parlait de la nouvelle attitude du RP Marie Dominique Philippe au sujet de la messe, de la réforme liturgique. Dieu sait si ce dernier s’était engagé dans la fondation du séminaire à Fribourg. Je le revois encore dans la bibliothèque privée du professeur Faÿ, dans son appartement à Fribourg, rue du Vieux Fribourg. Ils étaient cinq autour de la petite table de la bibliothèque. De la belle fenêtre, un peu moyenâgeuse, nous avions une belle vue sur la Sarine, la rivière qui longe la ville et égaye la campagne. Autour de la table, je revois le professeur, à gauche, Mgr Lefebvre, en face, le Père abbé d’Hauterives, le Révérend Père Marie-Dominique, devant lui. Un peu en retrait, votre serviteur et Monsieur l’abbé Piquet, un ami du séminaire français à Santa Chiara, que Monseigneur Lefebvre protégeait. C’était en juin 1969. Mgr Lefebvre exposait la situation de l’Eglise, du sacerdoce, la ruine de toute saine formation. Les deux religieux l’encourageaient à faire quelque chose, une fondation. Le Révérend Père Marie-Dominique, très vibrant, était admiratif, enthousiasmé. Il promettait ses services, son soutien. Le Père Abbé l’assurait de son accueil en son abbaye. Le Révérend Père Marie-Dominique  était particulièrement insistant.
Ainsi encouragé, Mgr Lefebvre décide de rendre visite à Mgr Charrière et de lui demander l’autorisation de faire, en son diocèse, une fondation. Ils se séparèrent. Le RP Marie-Dominique, je vois encore la scène comme si c’était hier, salue Mgr Lefebvre avec une affection, une estime, une émotion remarquables. Il se mit promptement à genou, du coude heurta la petite table, se raidit dans sa douleur et embrassa l’anneau épiscopal, voulant montrer ainsi son adhésion, déjà son action de grâces à une telle décision héroïque.
Le temps passa. Il tint parole un instant puis finit par douter de l’œuvre, de sa réussite ; à petits pas, se retira, discrètement. Cette discrétion est à son honneur. D’autres, en d’autres temps, n’ont pas su l’imiter…
La nouvelle messe fut promulguée, la prise de position de Mgr Lefebvre fut connue, rendue publique avant même le 2 juin 1971… Nous ne vîmes plus le bon Père… Et Mgr Lefebvre qui aimait les personnes, qui était fidèle en amitié, se lamentait – non – souffrait et se plaignait de la nouvelle attitude du R. P. Marie-Dominique : “ Il ne comprend pas. Ils ne comprennent pas l’importance de la messe. Elle est essentielle à l’Eglise. ” J’entends encore le ton de sa voix. Vous imaginez si cette phrase est restée dans mon cœur.
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L’abbé Aulagnier et le nouveau combat pour la messe
De la même “ Déclaration ”, j’extrais un autre passage, plus actuel, où M. l’abbé Aulagnier exprime sa position sur la nature du combat à mener, aujourd’hui, en faveur de la messe traditionnelle. Un combat qui doit prendre en compte les évolutions perceptibles du Saint-Siège.
Redonnez la Messe à l’Eglise, vous lui redonnez son âme, sa vie.
Redonnez la Messe à l’Eglise, vous lui redonnez sa doctrine. Vous verrez alors de nouveau “ s’étendre le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ en ce monde ” (lettre de Mgr Lefebvre à Paul VI, le 17 juillet 1976).
Redonnez la liberté à la Messe catholique et vous rendez – ipso facto – leurs justes conceptions aux idées falsifiées devenues les idoles de l’homme moderne : la liberté, l’égalité, la fraternité, la démocratie. Pourquoi ? Parce que la messe est hiérarchique. Parce que la messe est le mode sublime de l’adoration que tout cœur humain doit à Dieu. (…)
Vous comprenez pourquoi nous sommes attachés à cette messe, pourquoi nous voulons vivre de cette messe et chercherons toujours à la mieux comprendre.
Et c’est ainsi que l’on peut dire que la liberté de la messe dite de Saint Pie V dans l’Eglise est en proportion de la pureté de la doctrine librement exprimée par la hiérarchie catholique.
Elle est totale dans le cœur de Mgr Lefebvre. Il s’en fait le juste défenseur.
Elle est totale dans le cœur de Mgr de Castro Mayer. Il s’en fait le juste Héraut.
Elle est maintenant totale dans le cœur de Mgr Lazo, des Philippines. Il en redevient son libre apologiste.
Qui potest capere capiat.
Et c’est pourquoi tout effort, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, pour rendre à la Messe catholique, dite de saint Pie V, sa place dans l’Eglise, est digne d’intérêt, de joie et d’attention, de reconnaissance La prudence, bien sûr, s’impose après trente ans d’efforts pour la faire disparaître.
Et ne pas voir ces efforts et cette évidente évolution dans l’Eglise aujourd’hui tient de la cécité.
Et l’on connaît les dangers de suivre un aveugle…
Aussi me suis-je réjoui profondément à la lecture des conférences du cardinal Stickler publiées par le CIEL.
Aussi me suis-je réjoui à la publication des livres récents du cardinal Ratzinger dans lesquels il prend la défense du rite tridentin et dans lesquelles il dit que doit cesser ce conflit contre la “ messe tridentine ” :
“ Pour la formation de la conscience dans le domaine de la liturgie, il est important aussi de cesser de bannir la forme de la liturgie en vigueur jusqu’en 1970. Celui qui, à l’heure actuelle, intervient pour la validité de cette liturgie ou qui la pratique, est traité comme un lépreux : c’est la fin de toute tolérance. Elle est telle qu’on n’en a pas connue durant toute l’histoire de l’Eglise. On méprise par là tout le passé de l’Eglise. Comment pourrait-on avoir confiance en elle au présent s’il en est ainsi. J’avoue aussi que je ne comprends pas pourquoi beaucoup de mes confrères évêques se soumettent à cette loi d’intolérance qui s’oppose aux réconciliations nécessaires dans l’Eglise sans raison valable. ” (Card. Ratzinger, Voici quel est notre Dieu. p. 291)
Aussi me suis-je réjoui profondément quand je me suis aperçu que ce désir exprimé par la hiérarchie s’intensifiait pour devenir même une résolution ferme, constante et répétée. C’est encore le cardinal Ratzinger qui affirme dans son livre Le Sel de la terre  :
 “ Je suis certes d’avis que l’on devrait accorder beaucoup plus généreusement à tous ceux qui le souhaitent le droit de conserver l’ancien rite. On ne voit d’ailleurs pas ce que cela aurait de dangereux ou d’inacceptable. Une communauté qui déclare soudain strictement interdit ce qui était jusqu’alors pour elle tout ce qu’il y avait de plus sacré et de plus haut, et à qui l’on présente comme inconvenant le regret qu’elle en a, se met elle-même en question. Comment la croirait-on encore ? Ne va-t-elle pas interdire demain ce qu’elle prescrit aujourd’hui ?...Malheureusement la tolérance envers des fantaisies aventureuses est chez nous presque illimitée, mais elle est pratiquement inexistante envers l’ancienne liturgie. On est sûrement ainsi sur le mauvais chemin. ” (Le Sel de la terre, p. 172-173)
Aussi n’est-il pas étonnant d’avoir vu, enfin, un cardinal, le Cardinal Castrillon Hoyos, célébrer à Rome, sur un autel papal, à Sainte Marie-Majeure, la messe tridentine, le 24 mai 2003. Je m’en suis réjoui.
Car je voyais en cet acte la confirmation du bon droit pour la Messe catholique tridentine de retrouver toute sa place et sa liberté dans l’Eglise.
Et ne fut-ce l’interdiction de mon supérieur, j’aurais été en bonne place en cette basilique pour exprimer ma joie et ma reconnaissance, ainsi que mon soutien à cet effort vrai de la hiérarchie catholique, lui proposant main “ cordiale ”, humble et déférente pour l’aider dans cet effort de restauration liturgique.
Telles sont mes résolutions clairement exprimées…
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Revue des revues
. AVE (Nieuwsbrief over Actuele Verschijningen) publie, en néerlandais, dans son numéro 13, mars 2004, des textes intéressants et documentés sur les pseudo révélations de Maria Valtorta. On trouve de nouveaux échos sur différentes supposées apparitions mariales contemporaines. Et aussi, la reproduction des décrets, en latin, qui mettaient en garde les fidèles, dans les années 1950 et 1960, contre les supposées apparitions de “ Notre-Dame de tous les peuples ” à Amsterdam ; apparitions désormais reconnues au niveau diocésain.
La revue, qui paraît quatre fois par an sur 24 pages, peut être obtenue gratuitement en écrivant à AVE : Kapittelweg 11, NL – 1216 HR Hilversum.
. La revue Le Sel de la terre (Couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé), par un supplément gratuit de quatre pages, et le bulletin Lecture et Tradition, dans son n° 324 (B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil, 5 euros), ont répondu au livre de Paul Sernine (La Paille et le sycomore). Etienne Couvert dénonce les analyses de Paul Sernine comme une “ imposture ”. “ Je n’ai jamais écrit ni pensé que la clé de toute erreur c’était la gnose ! ” affirme-t-il.
L’abbé de Tanoüarn répond à Alétheia
Hormis les deux publications qu’il dirige (Certitudes et Pacte), Monsieur l’abbé de Tanoüarn se dispense en de nombreux lieux, pour des articles, des conférences ou des colloques. Dans Mascaret, le “ Bulletin mensuel des Catholiques girondins ” (19 avenue De Gaulle, 33520 Bruges, 1,50 euros le numéro), il répond à la recension de son dernier livre parue ici le 8 février.
Parce qu’elle éclaire très utilement le débat, je crois utile de reproduire ici cette réponse.  La forte argumentation de M. l’abbé de Tanoüarn est de discerner dans l’enseignement de Vatican II, et depuis Vatican II, non pas une nouvelle foi, donc des hérésies, mais une “ nouvelle religion ”. S’explique ainsi la persistance de la déchristianisation et de la crise de l’Eglise qu’aucune profession de foi explicite et catholique (comme le fameux Credo de Paul VI, en 1968) ne suffit à enrayer. C’est “ l’ordre philosophique ”, dit l’abbé de Tanoüarn, qui est en jeu.