dimanche 4 avril 2004

[Aletheia n°55] Bruno Neveu (1936-2004); Mgr Barbier et la FSSPX

Aletheia n°55 - 4 avril 2004


Bruno Neveu est décédé le 24 mars dernier, à l’âge de 67 ans. Archiviste paléographe, membre de l’Institut, cet historien catholique, discret, était un spécialiste de l’histoire religieuse du XVIIe siècle, notamment du jansénisme et du gallicanisme. Ses recherches l’avaient mené jusqu’à l’époque contemporaine. Un de ses derniers ouvrages parus est consacré aux Facultés de théologie catholique au XIXe siècle. Professeur à l’Ecole pratique des hautes études (IVe section), il l’avait présidée de 1994 à 1998.

Très lié au grand érudit et bibliographe René Rancœur, il partageait avec lui, et avec quelques autres historiens et chercheurs plus jeunes, “ un commun attachement à la romanité ”. Attachement que renforçaient ses séjours à Rome et ses travaux dans le cadre de l’Ecole française de Rome.

Attentif aux évolutions contemporaines des études et méthodes historiques – évolutions qui ont touché aussi l’histoire religieuse –, il regrettait que les travaux universitaires soient souvent tentés de “ préférer à l’étude de l’histoire celle de l’historiographie ”. Une “ histoire au second degré ” jugeait-il, qui a tendance à s’éloigner de l’objectivité, au sens littéral : c’est-à-dire qui risque, en s’enfermant dans la problématique, de perdre de vue l’objet étudié.

En 1981, dans les premières lignes d’une longue étude érudite sur l’autorité du Souverain pontificat au XVIIe et XVIIIe siècle, il notait avec beaucoup de justesse que, dans la modernité, le rapport entre l’Histoire, comme science (ou art) et la Théologie est loin d’être réglé :

Pour se voir reconnaître par le savoir universitaire la respectabilité d’une discipline académique, l’histoire du christianisme a dû peu à peu s’éloigner de la théologie, mais cette séparation laborieuse ne lui a pas assuré, en fin de compte, une complète crédibilité. […] la part du transcendant dans l’histoire décide pourtant de toute orientation critique ultérieure. Suivant que l’on tient l’Eglise pour héritière des promesses évangéliques ou pour une société purement humaine, dès l’époque de son fondateur ou par une altération progressive, les historiographes du christianisme varient du tout au tout. Autant que leur diversité leur luxuriance déconcerte[1].

Bruno Neveu est mort au Liban où il donnait une série de conférences. Depuis longtemps, il était un paroissien assidu de l’église Saint-Julien-le-Pauvre. Cette paroisse grecque-catholique de Paris, où la liturgie de saint Jean Chrysostome est célébrée en grec et en arabe selon le rite melkite, est depuis les années 1970 le refuge de nombreux catholiques, parisiens ou provinciaux, désorientés par la liturgie romaine “ réformée ” célébrée dans leurs paroisses.

Bruno Neveu, qui avait manifesté, nous a-t-on dit, le désir de mourir au Liban, s’est éteint au siège du Patriarcat grec catholique de Beyrouth, dont il était l’hôte. Il a pu voir là un signe de la Providence.

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Mgr Barbier et la FSSPX

Il y a quelques semaines, deux prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ont été reçus par Mgr Barbier, archevêque de Bourges, diocèse où ils exercent leur apostolat. Le compte-rendu de cette visite a été publié dans le bulletin de la Chapelle Saint-Michel, desservie par les prêtres de la FSSPX (Tradition, Chapelle Saint-Michel, 5 rue du Château, 36250 Niherne). Voici ce texte :

En marge d’un dialogue qu’on espère inachevé

Sans vouloir commenter ce dialogue engagé, quelques remarques peuvent être faites.

Mgr Barbier, archevêque de Bourges depuis le 25 avril 2000, est le pasteur de deux départements : le Cher et l’Indre. Son diocèse connaît, au regard des catholiques attachés à la Tradition, une situation assez paradoxale. Chaque dimanche, on peut y entendre la messe selon le rite traditionnel au sein de plusieurs communautés religieuses mais dans aucune paroisse.

Dans l’antique abbaye de Fontgombault, depuis l’indult de 1984, les fidèles peuvent assister, chaque dimanche, à la messe conventuelle célébrée selon le rite traditionnel. On y vient de loin, d’au-delà du diocèse même.

Le motu proprio de 1988 rappelait : “ On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l’usage du missel romain selon l’édition typique de 1962 ”[2] . En application de cette demande de Jean-Paul II, à Bourges, dans la ville archiépiscopale de Mgr Barbier, une messe selon le rite traditionnel est célébrée dans la chapelle des Franciscaines de la ville “ en principe le 1er & 3e dimanche ” de chaque mois, mais il vaut mieux, prévient-on, “ se renseigner avant ”.

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, elle, dessert quatre chapelles dans le diocèse de Mgr Barbier : la chapelle de l’Ecole Saint-Michel à Niherne, dirigée par les prêtres de la FSSPX (une ou deux messes y sont célébrées chaque dimanche) ; la chapelle du noviciat des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X à Ruffec ; la chapelle de la Maison-Mère des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X à Saint-Michel-en-Brenne ; et aussi la chapelle privée du château de La Chapelle d’Angillon.

Enfin, la Fraternité de la Transfiguration, fondée par l’abbé Lecareux, très liée à la FSSPX, assure plusieurs messes chaque dimanche dans le village de Mérigny et aux alentours.

Ce sont donc huit ou dix messes selon le rite traditionnel qui sont célébrées chaque dimanche dans l’archidiocèse de Bourges, mais deux seulement sont célébrées en communion avec le Saint-Siège et celle célébrée en application du motu proprio de 1988 est aléatoire.

Les fidèles du diocèse de Bourges attachés au rite traditionnel se trouvent donc conduits, par la nécessité, à être des catholiques “ gyrovagues ” : soit pérégriner loin de chez eux pour assister à une messe traditionnelle en communion avec le Saint-Siège, soit se rendre aux messes célébrées par les prêtres de la FSSPX, les “ sans-papiers de l’Eglise ” selon l’expression d’Huguette Pérol[3] ; soit encore sacrifier leur attachement à la messe catholique traditionnelle pour des messes selon le nouvel ordo, messes dont la variété, d’une paroisse à l’autre, est infinie.

Face à cette situation, qui existe aussi dans nombre de diocèses français, Mgr Barbier, en poste depuis quatre ans maintenant, n’a pas cherché à répondre davantage à l’appel de Jean-Paul II : “ partout respecter les dispositions intérieures ..., application large et généreuse… ”. Dans son diocèse, la messe traditionnelle n’est célébrée chaque dimanche dans aucune paroisse.

L’édition 2002 du Trombinoscope des évêques, réalisée par les Editions Golias, accorde à Mgr Barbier “ trois mitres ”. Ce classement irrévérencieux des évêques de France va de 5 à 1 : “ cinq mitres ” pour les “ novateurs affirmés ”, “ une mitre ” voire “ un bonnet d’âne ” pour les “ réacs ” et les “ dangereux ”. Mgr Barbier, estimé des rédacteurs irrespectueux et ultra-progressistes de Golias, est classé parmi les “ managers ” qui méritent “ trois mitres ”. Il est présenté comme un évêque aux “ qualités pastorales indéniables ”, “ très partisan de l’Action catholique ”. C’est aussi un évêque qui, dans une déclaration, a dénoncé “ la fausse interprétation du mot ”prochain” ”, lorsque, a-t-il dit, “ l’Evangile sert de caution à la préférence nationale et légitime l’exclusion. ”

Cet évêque hostile à l’ “ exclusion ”, recevant pour la première fois, à leur demande, des prêtres de la FSSPX, s’est montré, semble-t-il, inébranlable dans ses certitudes et assuré d’être dans une voie juste. Dans son diocèse, les fidèles attachés au rite traditionnel garderont le sentiment d’être toujours des “ exclus ”.

Mgr Barbier semble insensible à toutes les justes plaintes et à toutes les interrogations. Fidèle à un enseignement, non officiel, mais quasi-unanimement partagé dans l’Eglise de France, il déclare que “ pour faire partie de l’Eglise ” il faut accepter “ le concile Vatican II ” et que la foi consiste “ dans la réception docile de la doctrine ”.

Cette “ docilité ” réclamée est, qu’on nous en permette la remarque, à l’encontre des vœux exprimés par Jean-Paul II en 1988, au moment du “ schisme ” de Mgr Lefebvre. Le Pape avait en effet demandé aux évêques et aux théologiens d’être “ interpellés par les circonstances présentes ”. Mgr Barbier ne semble guère avoir été “ interpellé ” par les remarques, les interrogations et les doléances des deux prêtres de la FSSPX qu’il a reçus.

Jean-Paul II, dans le motu proprio Ecclesia Dei adflicta cité, demandait aux “ théologiens et autres experts en science ecclésiastique ” de se livrer à “ un effort renouvelé d’approfondissement qui permettra de mettre en lumière la continuité du Concile avec la Tradition, spécialement sur des points de doctrine qui, peut-être à cause de leur nouveauté, n’ont pas encore été bien compris dans certains secteurs de l’Eglise. ”

La doctrine sur la liberté religieuse est de ces “ points de doctrine ” nouveaux.

La liberté religieuse

M. l’abbé Bétin a fait remarquer à Mgr Barbier que “ Monseigneur Lefebvre avait posé des questions sur la liberté religieuse ” et que “ jamais il n’avait eu de réponse ”.

Cette dernière affirmation est erronée. En novembre 1985, Mgr Lefebvre a présenté à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi des “ Dubia ” sur la liberté religieuse[4]. Or, ces “ objections ” ont fait l’objet d’une réponse de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (en une cinquantaine de pages) et Mgr Lefebvre a fait une “ Réponse à la réponse ” ; deux textes qui, à ce jour, n’ont pas été publiés.

Mgr Barbier, lui, semble ignorer et les “ Dubia ”, et la “ Réponse ” de la Congrégation et la “ Réponse à la réponse ” de Mgr Lefebvre. Aussi, à ses interlocuteurs de la FSSPX, il n’a, sur ce sujet, qu’une réponse à donner : “ La réponse est la pratique de l’Eglise ”. On est loin de l’ “ effort renouvelé d’approfondissement ” que demandait Jean-Paul II.

On signalera encore pour terminer que Mgr Tissier de Mallerais, un des quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre en 1988, et qui a collaboré avec celui-ci pour la rédaction des “ Dubia ” en 1985, vient de revenir longuement sur cette question, sous la forme d’un dialogue didactique : “ Liberté religieuse et conscience religieuse ”, pages 2 à 14 du dernier numéro de la revue Certitudes (23 rue des Bernardins, 75005 Paris, n° 14, ce numéro 8 euros).

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[1] Bruno Neveu, “ Juge suprême et Docteur infaillible : le pontificat romain de la bulle In Eminenti (1643) à la bulle Auctorem Fidei (1794) ”, in Mélanges de l’Ecole française de Rome, t. 93, 1981, 1, p. 215-275.

[2] Motu proprio “ Eccleia Dei adflicta ”, 2 juillet 1988, D.C., n° 1967, 7/21 août 1988, p. 789.

[3] Huguette Pérol, Les Sans-Papiers de l’Eglise, F.-X. de Guibert, 1996, préface du P. Michel Lelong.

[4] “ Dubia ” sur la liberté religieuse, texte de 138 pages, présenté le 6 novembre 1985, imprimé, dans une version dactylographiée et photocopiée, par le Séminaire d’Ecône en juin 1987 ; publié sous le titre Mes doutes sur la liberté religieuse par les Editions Clovis en 2000.

dimanche 21 mars 2004

[Aletheia n°54] Le R.P. Marie-Dominique Philippe et Mgr Lefebvre + L’abbé Aulagnier et le nouveau combat pour la messe + Revue des revues

Aletheia n°54 - 21 mars 2004
Le R.P. Marie-Dominique Philippe et Mgr Lefebvre
Sur le site de ce qu’il appelle sa “ Paroisse électronique ” (http://perso.wanadoo.fr/item.tradition), pour la semaine du 7 au 13 mars 2004, M. l’abbé Aulagnier a publié une “ Déclaration d’honneur ou profession  de foi ” dont nous extrayons le témoignage suivant, à valeur historique désormais :
“ Je me souviens d’une conversation que j’ai eue – un jour – avec Mgr Lefebvre. Nous étions en l’année universitaire 1970-1971, peut-être au printemps, je n’ai plus en mémoire la date exacte. Nous allions de Fribourg à Ecône. Je le conduisais dans ma modeste 2 CV. Il me parlait de la nouvelle attitude du RP Marie Dominique Philippe au sujet de la messe, de la réforme liturgique. Dieu sait si ce dernier s’était engagé dans la fondation du séminaire à Fribourg. Je le revois encore dans la bibliothèque privée du professeur Faÿ, dans son appartement à Fribourg, rue du Vieux Fribourg. Ils étaient cinq autour de la petite table de la bibliothèque. De la belle fenêtre, un peu moyenâgeuse, nous avions une belle vue sur la Sarine, la rivière qui longe la ville et égaye la campagne. Autour de la table, je revois le professeur, à gauche, Mgr Lefebvre, en face, le Père abbé d’Hauterives, le Révérend Père Marie-Dominique, devant lui. Un peu en retrait, votre serviteur et Monsieur l’abbé Piquet, un ami du séminaire français à Santa Chiara, que Monseigneur Lefebvre protégeait. C’était en juin 1969. Mgr Lefebvre exposait la situation de l’Eglise, du sacerdoce, la ruine de toute saine formation. Les deux religieux l’encourageaient à faire quelque chose, une fondation. Le Révérend Père Marie-Dominique, très vibrant, était admiratif, enthousiasmé. Il promettait ses services, son soutien. Le Père Abbé l’assurait de son accueil en son abbaye. Le Révérend Père Marie-Dominique  était particulièrement insistant.
Ainsi encouragé, Mgr Lefebvre décide de rendre visite à Mgr Charrière et de lui demander l’autorisation de faire, en son diocèse, une fondation. Ils se séparèrent. Le RP Marie-Dominique, je vois encore la scène comme si c’était hier, salue Mgr Lefebvre avec une affection, une estime, une émotion remarquables. Il se mit promptement à genou, du coude heurta la petite table, se raidit dans sa douleur et embrassa l’anneau épiscopal, voulant montrer ainsi son adhésion, déjà son action de grâces à une telle décision héroïque.
Le temps passa. Il tint parole un instant puis finit par douter de l’œuvre, de sa réussite ; à petits pas, se retira, discrètement. Cette discrétion est à son honneur. D’autres, en d’autres temps, n’ont pas su l’imiter…
La nouvelle messe fut promulguée, la prise de position de Mgr Lefebvre fut connue, rendue publique avant même le 2 juin 1971… Nous ne vîmes plus le bon Père… Et Mgr Lefebvre qui aimait les personnes, qui était fidèle en amitié, se lamentait – non – souffrait et se plaignait de la nouvelle attitude du R. P. Marie-Dominique : “ Il ne comprend pas. Ils ne comprennent pas l’importance de la messe. Elle est essentielle à l’Eglise. ” J’entends encore le ton de sa voix. Vous imaginez si cette phrase est restée dans mon cœur.
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L’abbé Aulagnier et le nouveau combat pour la messe
De la même “ Déclaration ”, j’extrais un autre passage, plus actuel, où M. l’abbé Aulagnier exprime sa position sur la nature du combat à mener, aujourd’hui, en faveur de la messe traditionnelle. Un combat qui doit prendre en compte les évolutions perceptibles du Saint-Siège.
Redonnez la Messe à l’Eglise, vous lui redonnez son âme, sa vie.
Redonnez la Messe à l’Eglise, vous lui redonnez sa doctrine. Vous verrez alors de nouveau “ s’étendre le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ en ce monde ” (lettre de Mgr Lefebvre à Paul VI, le 17 juillet 1976).
Redonnez la liberté à la Messe catholique et vous rendez – ipso facto – leurs justes conceptions aux idées falsifiées devenues les idoles de l’homme moderne : la liberté, l’égalité, la fraternité, la démocratie. Pourquoi ? Parce que la messe est hiérarchique. Parce que la messe est le mode sublime de l’adoration que tout cœur humain doit à Dieu. (…)
Vous comprenez pourquoi nous sommes attachés à cette messe, pourquoi nous voulons vivre de cette messe et chercherons toujours à la mieux comprendre.
Et c’est ainsi que l’on peut dire que la liberté de la messe dite de Saint Pie V dans l’Eglise est en proportion de la pureté de la doctrine librement exprimée par la hiérarchie catholique.
Elle est totale dans le cœur de Mgr Lefebvre. Il s’en fait le juste défenseur.
Elle est totale dans le cœur de Mgr de Castro Mayer. Il s’en fait le juste Héraut.
Elle est maintenant totale dans le cœur de Mgr Lazo, des Philippines. Il en redevient son libre apologiste.
Qui potest capere capiat.
Et c’est pourquoi tout effort, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, pour rendre à la Messe catholique, dite de saint Pie V, sa place dans l’Eglise, est digne d’intérêt, de joie et d’attention, de reconnaissance La prudence, bien sûr, s’impose après trente ans d’efforts pour la faire disparaître.
Et ne pas voir ces efforts et cette évidente évolution dans l’Eglise aujourd’hui tient de la cécité.
Et l’on connaît les dangers de suivre un aveugle…
Aussi me suis-je réjoui profondément à la lecture des conférences du cardinal Stickler publiées par le CIEL.
Aussi me suis-je réjoui à la publication des livres récents du cardinal Ratzinger dans lesquels il prend la défense du rite tridentin et dans lesquelles il dit que doit cesser ce conflit contre la “ messe tridentine ” :
“ Pour la formation de la conscience dans le domaine de la liturgie, il est important aussi de cesser de bannir la forme de la liturgie en vigueur jusqu’en 1970. Celui qui, à l’heure actuelle, intervient pour la validité de cette liturgie ou qui la pratique, est traité comme un lépreux : c’est la fin de toute tolérance. Elle est telle qu’on n’en a pas connue durant toute l’histoire de l’Eglise. On méprise par là tout le passé de l’Eglise. Comment pourrait-on avoir confiance en elle au présent s’il en est ainsi. J’avoue aussi que je ne comprends pas pourquoi beaucoup de mes confrères évêques se soumettent à cette loi d’intolérance qui s’oppose aux réconciliations nécessaires dans l’Eglise sans raison valable. ” (Card. Ratzinger, Voici quel est notre Dieu. p. 291)
Aussi me suis-je réjoui profondément quand je me suis aperçu que ce désir exprimé par la hiérarchie s’intensifiait pour devenir même une résolution ferme, constante et répétée. C’est encore le cardinal Ratzinger qui affirme dans son livre Le Sel de la terre  :
 “ Je suis certes d’avis que l’on devrait accorder beaucoup plus généreusement à tous ceux qui le souhaitent le droit de conserver l’ancien rite. On ne voit d’ailleurs pas ce que cela aurait de dangereux ou d’inacceptable. Une communauté qui déclare soudain strictement interdit ce qui était jusqu’alors pour elle tout ce qu’il y avait de plus sacré et de plus haut, et à qui l’on présente comme inconvenant le regret qu’elle en a, se met elle-même en question. Comment la croirait-on encore ? Ne va-t-elle pas interdire demain ce qu’elle prescrit aujourd’hui ?...Malheureusement la tolérance envers des fantaisies aventureuses est chez nous presque illimitée, mais elle est pratiquement inexistante envers l’ancienne liturgie. On est sûrement ainsi sur le mauvais chemin. ” (Le Sel de la terre, p. 172-173)
Aussi n’est-il pas étonnant d’avoir vu, enfin, un cardinal, le Cardinal Castrillon Hoyos, célébrer à Rome, sur un autel papal, à Sainte Marie-Majeure, la messe tridentine, le 24 mai 2003. Je m’en suis réjoui.
Car je voyais en cet acte la confirmation du bon droit pour la Messe catholique tridentine de retrouver toute sa place et sa liberté dans l’Eglise.
Et ne fut-ce l’interdiction de mon supérieur, j’aurais été en bonne place en cette basilique pour exprimer ma joie et ma reconnaissance, ainsi que mon soutien à cet effort vrai de la hiérarchie catholique, lui proposant main “ cordiale ”, humble et déférente pour l’aider dans cet effort de restauration liturgique.
Telles sont mes résolutions clairement exprimées…
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Revue des revues
. AVE (Nieuwsbrief over Actuele Verschijningen) publie, en néerlandais, dans son numéro 13, mars 2004, des textes intéressants et documentés sur les pseudo révélations de Maria Valtorta. On trouve de nouveaux échos sur différentes supposées apparitions mariales contemporaines. Et aussi, la reproduction des décrets, en latin, qui mettaient en garde les fidèles, dans les années 1950 et 1960, contre les supposées apparitions de “ Notre-Dame de tous les peuples ” à Amsterdam ; apparitions désormais reconnues au niveau diocésain.
La revue, qui paraît quatre fois par an sur 24 pages, peut être obtenue gratuitement en écrivant à AVE : Kapittelweg 11, NL – 1216 HR Hilversum.
. La revue Le Sel de la terre (Couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé), par un supplément gratuit de quatre pages, et le bulletin Lecture et Tradition, dans son n° 324 (B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil, 5 euros), ont répondu au livre de Paul Sernine (La Paille et le sycomore). Etienne Couvert dénonce les analyses de Paul Sernine comme une “ imposture ”. “ Je n’ai jamais écrit ni pensé que la clé de toute erreur c’était la gnose ! ” affirme-t-il.
L’abbé de Tanoüarn répond à Alétheia
Hormis les deux publications qu’il dirige (Certitudes et Pacte), Monsieur l’abbé de Tanoüarn se dispense en de nombreux lieux, pour des articles, des conférences ou des colloques. Dans Mascaret, le “ Bulletin mensuel des Catholiques girondins ” (19 avenue De Gaulle, 33520 Bruges, 1,50 euros le numéro), il répond à la recension de son dernier livre parue ici le 8 février.
Parce qu’elle éclaire très utilement le débat, je crois utile de reproduire ici cette réponse.  La forte argumentation de M. l’abbé de Tanoüarn est de discerner dans l’enseignement de Vatican II, et depuis Vatican II, non pas une nouvelle foi, donc des hérésies, mais une “ nouvelle religion ”. S’explique ainsi la persistance de la déchristianisation et de la crise de l’Eglise qu’aucune profession de foi explicite et catholique (comme le fameux Credo de Paul VI, en 1968) ne suffit à enrayer. C’est “ l’ordre philosophique ”, dit l’abbé de Tanoüarn, qui est en jeu.

jeudi 19 février 2004

[Aletheia n°53] Le témoignage du Cardinal Oddi

Aletheia n°53 - 19 février 2004
LE TEMOIGNAGE DU CARDINAL ODDI (1910-2001)
En 1992, lors de la préparation d’une biographie de Paul VI, j’interrogeai à Rome, ou par écrit, plusieurs cardinaux qui avaient été ses collaborateurs. Tous me firent, dans leurs appartements du Vatican et/ou par des échanges de courrier, un accueil bienveillant et acceptèrent de répondre longuement à ses questions. Tous sauf un. Cardinal français de curie, encore en fonction aujourd’hui et réputé pour le sens élevé qu’il a de sa dignité, il n’avait daigné m’accorder, dans son immense bureau romain, que quelques pages photocopiées de sa bibliographie.
Tout autrement chaleureux fut l’accueil du cardinal Oddi. Après avoir été Nonce apostolique en Europe et au Moyen-Orient, il avait été créé cardinal en 1969 par Paul VI et, sous le pontificat de Jean-Paul II, il avait été Préfet de la Congrégation pour le clergé (1979-1986). Il fut un de ces cardinaux que, par paresse intellectuelle, on qualifie de “ conservateurs ”.
Finalement, de sa retraite de Morfasso, il m’adressait, le 18 août 1992, une longue réponse dactylographiée, en français, aux diverses questions que je lui avais posées. Le cardinal Oddi m’écrivait : “ Faites en ce que vous jugez opportun. Je m’excuse des erreurs de frappe et peut-être de langue. Corrigez là où vous jugez opportun ou nécessaire ”. J’ai utilisé certains éléments de ce témoignage dans mon Paul VI. Le pape écartelé (Perrin, 1993). Je publie, cette fois intégralement, avec quelques corrections de style, les réponses du cardinal Oddi. Elles éclairent certains épisodes de l’histoire récente de l’Eglise.
Yves Chiron
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Quand avez-vous fait connaissance du futur Paul VI ?
J’ai fait la connaissance de Mgr Montini en 1934. Il était à la Secrétairerie d’Etat et moi élève de l’Académie Pontificale qui prépare le personnel destiné aux services du Saint-Siège, en particulier pour la diplomatie vaticane. En 1936, j’ai été envoyé à la Délégation apostolique de Téhéran puis, en 1939, à la Délégation Apostolique de Beyrouth.
Avant qu’il ne devienne Pape, je n’étais pas particulièrement lié à Mgr Montini.
Paul VI vous a-t-il consulté sur des sujets précis ?
C’est au cours d’entretiens avec lui, quand il était encore Substitut à la Secrétairerie d’Etat, que nous avons parlé de l’organisation à donner aux services diplomatiques du Saint-Siège, à commencer par le choix et la préparation du personnel, des intérêts à porter aux différents problèmes, etc.
Quand il est devenu Pape en 1963, j’étais depuis un an Nonce Apostolique en Belgique et au Luxembourg et représentant du Saint-Siège auprès des Communautés européennes. C’est justement à propos de l’intérêt à porter à cette nouvelle organisation que le pape m’a consulté. Il désirait connaître ce que j’en pensais.
Pendant que j’étais en poste à Bruxelles, Paul VI m’a aussi plus d’une fois consulté sur la marche du Concile qui le préoccupait énormément. Au point que, en 1965, le Concile terminé, il m’a confié qu’il avait remercié le bon Dieu d’avoir pu le conclure car Dieu seul pouvait prévoir où auraient pu arriver certaines tendances qui s’étaient manifestées au cours des discussions…
Toutes les fois que j’ai eu l’honneur d’être reçu en audience par le Saint-Père, après m’avoir écouté, il m’exposait sa pensée sur les problèmes les plus vifs du moment ayant la bonté de me demander ce que j’en pensais ; par exemple, sur l’habit des prêtres et des religieux ou sur les changements dans la liturgie. Je me rappelle que le Saint-Père partageait ma pensée sur la communion dans la main, et je sais – probablement je n’étais pas le seul à soulever de graves objections – qu’il a retiré, au moins pour une année, l’autorisation qu’il avait donnée à certains épiscopats, par exemple en Belgique qui était à l’avant-garde en matière.
Mon impression était que le Saint-Père n’était pas d’accord personnellement avec certaines innovations dans la “ conduite extérieure ” des prêtres ; avec certaines innovations liturgiques. J’avais même l’impression qu’il en souffrait mais il craignait de n’être pas obéi dans plusieurs parties du monde catholique.
La seule consultation formelle a été au sujet de l’interprétation qui mettait les cardinaux à la retraite complète après 80 ans. Le pape devait-il se retirer à 80 ans ? Ma réponse a été un net NON. Il ne devait pas se retirer. Puisque le choix venait de Dieu, c’est donc Lui qui devait dire “ STOP ”, pas les hommes !
Plus d’une fois, au cours d’audiences privées, Paul VI m’a entretenu du problème de la fameuse “ pilule ”. Tout le monde sait que le Pape a dit n’avoir jamais eu tant de calme d’esprit que depuis qu’il était arrivé à la conclusion du problème.
Vous avez déclaré que le canon 2, introduit par la réforme liturgique, était “ peu clair et imprécis ”. Quel jugement portez-vous sur la réforme liturgique et sur la façon dont elle a été appliquée ?
Ce que j’ai dit au sujet du canon 2 est exact. J’ai dit aussi que le cardinal Siri m’avait confié qu’il adoptait souvent le canon 2 qu’il trouvait très intéressant. Je vous dirai que moi-même j’adopte facilement et volontiers le canon 2.
Je me rappelle que j’ai eu l’occasion de dire au Saint-Père Paul VI que personnellement je n’étais pas d’accord avec toute cette transformation de la liturgie comme si on s’était aperçu que jusqu’à maintenant on avait suivi une fausse route… J’ai souvent protesté contre la presque suppression du latin même dans la messe, malgré la claire volonté du Concile, et j’ai eu l’occasion de dire au Pape que cette suppression était en opposition avec les dispositions-mêmes du Concile. Le Saint-Père avait l’intention de demander aux Evêques du monde catholique d’avoir au moins une Messe en latin dans les principaux centres du diocèse, surtout pour offrir ce service aux étrangers.
Une liste d’ecclésiastiques francs-maçons, qui comprend le nom de plusieurs cardinaux et de prélats, a circulé. En avez-vous eu connaissance ? Qu’en pensez-vous ?
Je me rappelle effectivement qu’un prélat ami m’a montré une longue liste (160 noms à peu près, si je ne me trompe) d’ecclésiastiques, haut placés, qui étaient qualifiés de membres de la franc-maçonnerie. Je me rappelle avoir dit à ce collègue de ne pas prendre au sérieux cette liste, à mon sens fabriquée par des “ conservateurs ” pour dénigrer les “ progressistes ”. Je connaissais assez bien personnellement certains ecclésiastiques de cette liste et j’étais sûr à cent pour cent qu’ils n’avaient aucun rapport avec les francs-maçons. La liste est tout de même arrivée aux mains du Saint-Père.
Qu’il puisse y avoir parmi les ecclésiastiques quelque inscrit à la maçonnerie était possible, mais il s’agirait de cas vraiment minimes et de personnes d’importance assez réduite. C’est encore ce que je pense aujourd’hui, bien que, au cours de mon service diplomatique, j’aie nourri quelque soupçon pour certaines personnes d’Eglise.
Quels ont été vos rapports avec Mgr Lefebvre ?
Sans avoir de sympathie pour le mouvement, je me suis occupé du problème Lefebvre. Déjà en France – à l’époque où j’étais secrétaire du Nonce Roncalli à Paris –, je m’étais occupé de ce Monseigneur car j’avais eu l’occasion de connaître son travail en Afrique et j’admirais sa conduite.
J’ai eu l’occasion de faire connaître ma pensée et mon jugement au Saint-Père qui avait l’air de considérer avec sympathie l’Evêque en question. Il l’a même reçu en audience privée pour régler le problème, la Commission cardinalice n’étant pas arrivée à une conclusion. Si cette rencontre n’a pas obtenu le résultat désiré, je doute que la responsabilité en revienne tout entière à Mgr Lefebvre. Selon ce que celui-ci m’a raconté après sa rencontre avec Paul VI, le Pape avait reçu des informations fausses au sujet de la situation des Lefebvristes.
Quant à la situation de l’Eglise en France, je me suis toujours demandé si le Saint-Père en avait pleine connaissance, surtout à propos de la situation des séminaires.
Vous estimez que le “ troisième secret de Fatima ” est relatif à la crise de l’Eglise ? Pourquoi, selon vous, n’a-t-il pas encore été rendu public ?
Au commencement de 1960, au cours d’une audience avec Jean XXIII, je me suis permis de lui dire que j’étais scandalisé du fait que toute l’Eglise catholique parlait de ce Secret et que, au moment annoncé pour sa publication, le “ Secret ” avait disparu. Le Saint-Père m’a répondu : “ Ne m’en parle pas ” et il a fait un geste comme pour dire que c’était une chose qui n’était pas digne d’attention. J’ai répondu que je ne pouvais pas être de cet avis sans perdre un peu la confiance dans le sérieux de l’Eglise. Le Saint-Père sourit et l’on passa à un autre sujet.
Mais le papier qui était supposé contenir le Secret fut de nouveau placé dans l’armoire du Saint-Père. J’ai su plus tard que le texte écrit par Sœur Lucie avait été lu par le minutante portugais de la Secrétairerie d’Etat en présence du Pape, du cardinal Ottaviani et de Mgr Capovilla, puis remis à sa place.
On m’a dit que Paul VI avait lu, lui aussi, le message. Je suis sûr qu’il a été lu par Jean-Paul II. Pourquoi n’a-t-il pas été publié ?[1]  Jean XXIII ne l’avait pas jugé digne de publication et Paul VI a dû partager la même opinion. Je ne peux pas deviner pourquoi le Pape Paul VI n’a pas évoqué le Secret au cours de son voyage à Fatima en 1967. Mais il a fait venir Sœur Lucie à la cérémonie au terme de laquelle il a présenté la voyante à la foule.
J’ai su, au cours d’un entretien que j’ai eu avec Sœur Lucie, que Jean-Paul II avait discuté longuement avec elle, en 1983, et ils s’étaient tous deux trouvé d’accord pour estimer que “ la publication aurait pu être mal interprétée, dans un mauvais sens … ” C’est exactement ce que Jean-Paul II a déclaré dans un discours en Allemagne et qu’il a répété dans un déjeuner avec un certain nombre de cardinaux.
Le Secret n’est plus un secret à mon avis. Je reste fidèle à mon interprétation… jusqu’au moment où on publiera le texte officiel ! J’ai dit à Sœur Lucie, au cours de l’entretien que j’ai eu avec elle, que je ne voulais pas connaître le texte. Même si je me suis permis d’ajouter : “ Je n’arrive pas à comprendre que l’on puisse juger la Sainte Vierge moins prudente que les hommes ”.
J’ajoute un petit mot à vos questions. Dans certains milieux ecclésiastiques, on reproche au pape Paul VI :
a) d’avoir privé les cardinaux octogénaires du droit de vote pour l’élection du pape. Le cardinal Felici, juriste, ayant été consulté par le Pape Paul VI lui avait répondu : “ Juridiquement le Pape ne peut pas priver des ayant droits du vote comme membres du Sacré-Collège. Car il s’agit de priver d’un droit sans qu’il y ait eu faute. Mais, par son pouvoir direct, le Pape peut supprimer le Sacré-Collège le jour-même… ” Il est certain que cette privation de droit a été considérée, par un certain nombre de cardinaux, comme une “ punition ” non méritée.
b) beaucoup de critiques ont été adressées à Paul VI pour la façon dont il s’est conduit avec le cardinal Mindszenty. Celui-ci avait quitté l’Ambassade américaine à Budapest et était venu à Rome, dit-on, avec l’assurance qu’il ne serait pas privé du titre d’archevêque d’Esztergom. Arrivé à Rome, le Saint-Siège lui demanda de renoncer à son diocèse. Le Cardinal a refusé, mais il a été officiellement destitué. Le Cardinal l’a raconté dans ses Mémoires en ajoutant qu’il n’avait autant souffert de sa vie.
On a reproché au Saint-Siège, donc au Pape, d’avoir cédé aux pressions du gouvernement hongrois. C’est certain que le Saint-Siège a agi de cette façon pour le bien des âmes et du pays, mais le cardinal Mindszenty n’a pas jugé de la même manière… C’était l’époque de l’Ostpolitik !
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Vient de paraître : Yves Chiron, Ma Mère, Editions Nivoit (5 rue du Berry, 36250 Niherne). Un livret autobiographique, 18 pages, tirage limité, édition numérotée, 6 euros franco de port.
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[1] Le 13 mai 2000, le texte du Secret a finalement été publié par le Saint-Siège, accompagné d’une interprétation (NDLR).

dimanche 8 février 2004

[Aletheia n°52] Les “Petits dialogues” de Jean Madiran + Vatican II et l’Evangile, par l’abbé de Tanoüarn + Revue des revues

Aletheia n°52 - 8 février 2004
Les “ Petits dialogues ” de Jean Madiran
Dans les milieux catholiques attachés à la Tradition, la discussion ou la saine et intelligente controverse rencontre souvent des obstacles.
Il y a l’ignorance de ce qui se fait et s’écrit ailleurs. Manque de curiosité intellectuelle ou “ manque de temps pour tout lire ” dira-t-on.
Il y aura aussi, fréquemment, chez les mieux informés, silence sur ce que l’autre fait ou écrit. Un silence qui reflète alors un sens très affirmé de sa propre supériorité et la certitude de posséder seul la vérité.
 Ou alors, l’évocation qui est faite des actes et positions d’autrui sera malveillante ou caricaturale. Et, inversement, il y aura des approbations inconditionnelles et paresseuses de tout ce qui se dit et se fait pourvu que cela vienne de ceux qui sont réputés “ proches ”.
Exemple récent de malveillance : on affirmera que Dom Gérard s’est démis de sa charge abbatiale “ sous la pression de Rome ” (cela s’est lu dans un intelligent et agile bulletin proche de la FSSPX).
Exemple de silence : telle éminente revue trimestrielle proche de la Fraternité Saint-Pierre, et qui a un sens aigu de la romanité, a pu, jusqu’ici, faire comme si n’existaient pas les études théologiques du concile Vatican II faites par la Fraternité Saint-Pie X et ceux qui sont proches d’elle.
Les exemples de réel débat sont rares. Il faut tout l’art et l’autorité d’un Jean Madiran pour, à travers ses “ Petits dialogues ” – cinq à ce jour –, éclairer, opposer, rectifier et faire se rencontrer. Ceux qui ne lisent pas Présent les ignore. Ceux qui le lisent distraitement n’ont peut-être pas saisi l’importance et la salubre ambition de ces “ Petits dialogues ”.Les cinq parus à ce jour sont : Petit dialogue inter-laïcs sur la messe tradi (4 décembre 2003), Petit dialogue plus laïc que clérical sur la FSSPX (17 décembre), Petit dialogue inter-laïcs sur l’antérieur et le postérieur (24 décembre), Inter-laïcs : la confession d’Hubert le papiste (14 janvier 2004), Petit dialogue à propos d’un Père abbé émérite (7 février)[1].
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Vatican II et l’Evangile, par l’abbé de Tanoüarn
L’abbé Guillaume de Tanoüarn est sans conteste un des esprits les plus déliés parmi les prêtres traditionalistes. Pour avoir écrit, ici, que sa revue, Certitudes, est la plus libre des revues de la FSSPX ou proches de la FSSPX, il m’a gourmandé dans une autre de ses publications, Pacte.
Au risque de lui déplaire, je maintiens qu’il y a toujours un vif plaisir intellectuel à le lire, même si on est pas toujours d’accord avec lui. Dans la “ lutte doctrinale ” (l’expression est de l’abbé de Cacqueray, supérieur du District de France) que semble privilégier désormais la FSSPX, l’abbé de Tanoüarn est assurément un chevau-leger ou un hussard, au sens littéral d’éclaireur, et non au sens figuré.
L’audace spéculative de ce disciple de Cajétan lui permet d’écrire, dans un ouvrage collectif qui vient de paraître, qu’au second concile du Vatican : “ Le dogme est resté intact ”[2]. Tout en faisant une critique philosophique et théologique du dit-concile.
Cette critique, on la trouve dans un autre ouvrage, qu’il a publié seul cette fois, il y a quelques mois : Vatican II et l’Evangile[3]. La thèse centrale de l’auteur me semble être celle-ci : le concile Vatican II a inauguré une “ nouvelle religion ”, au sens, étymologique, de “ nouvelle manière d’entrer en relation avec Dieu ” (p. 10). Cette nouvelle religion s’articule autour de la place nouvelle faite à la conscience : non plus “ comme un jugement qui permet de distinguer le bien et le mal, mais plutôt comme “le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu“ (Gaudium et Spes, n° 16). La conscience apparaît dans le texte comme le cœur du mystère de l’homme et finalement comme la part divine dans l’homme. ” (p. 101). L’abbé de Tanoüarn fait de la conscience la pierre angulaire de la doctrine de la liberté religieuse qu’a développée le concile Vatican II.
Après avoir montré, au chapitre 8 de son ouvrage, “ le conflit des interprétations ” autour de cette liberté religieuse (thèses accommodatrices du P. Basile Valuet, de Brian Harrison, des RR.PP. André-Vincent et de Margerie), l’abbé de Tanoüarn, au chapitre 9, met en regard la transmission de la foi et la doctrine de la liberté religieuse.
Dans cette doctrine, il n’est plus question d’adhésion à l’autorité de Dieu qui se révèle et d’obéissance de la foi, mais de médiation de la conscience, y compris pour la foi. “ C’est par la médiation de sa conscience que l’homme perçoit et reconnaît les injonctions de la loi divine ” dit Dignitatis humanæ [les Pères conciliaires n’ont pas dit loi naturelle, fait remarquer l’abbé de Tanoüarn].
Le concile Vatican II “ ne nie aucun dogme chrétien ” (p. 153) mais “ commande [au sens premier du terme, pourrait-on dire] une nouvelle relation de chacun au contenu de sa foi ”.
La force de l’analyse de l’abbé de Tanoüarn est de montrer la religion conciliaire comme une nouvelle manière de vivre la vieille religion. C’est bien une “ révolution copernicienne ”, selon l’expression de Jean Madiran, qui a eu lieu. L’Eglise, écrit l’abbé de Tanoüarn, “ ne veut plus se proposer à l’humanité comme son unique destin surnaturel : elle se contente de faire signe au peuple de Dieu. Elle s’intitule elle-même “sacrement“, c’est-à-dire signe de Dieu. ” (p. 258-259).
On ne sera pas toujours d’accord avec l’abbé de Tanoüarn. Sans parler de quelques erreurs de détail[4], on pourra contester le diagnostic général : “ Pourquoi la crise dure-t-elle ? Pourquoi semble-t-elle s’aggraver d’année en année ? ” (p. 18).
La crise s’ “ aggrave ”-t-elle ? L’abbé de Tanoüarn ne voit-il poindre vraiment aucun signe de restauration ? La situation française ne doit pas masquer les changements dans d’autres pays. Et en France elle-même, sans parler de certaines abbayes, n’y a-t-il pas des évêques qui commencent à parler et à enseigner comme aucun évêque français ne l’avait fait jusque-là depuis des décennies ?
L’abbé de Tanoüarn nous dit lui-même : “ En 1993 [périodisation peut-être contestable], Jean-Paul II moraliste a effectué sa contre-révolution ! ” (p. 284). Au début de son livre, il reconnaît aussi :  “ si imprégné soit-il de la nouvelle religion conciliaire, le catéchisme de l’Eglise catholique, publié en 1992, réaffirme tous les dogmes sans atténuations. L’enseignement romain le plus officiel est théologiquement complet, c’est un fait ! ” (p. 18). Affirmation reprise encore à la fin de l’ouvrage : le Catéchisme de l’Eglise catholique est une “ représentation correcte de la foi ” (p. 282).
Ce qui contredit complètement ce que la FSSPX avait affirmé lors de la parution du Catéchisme dans des ouvrages de controverse publiés par certains de ses prêtres et sous l’autorité du Supérieur général d’alors[5].
Aux philosophes et aux théologiens qualifiés d’examiner et de juger plus amplement de la validité des analyses de l’abbé de Tanoüarn sur le concile Vatican II et sa “ nouvelle religion ”. La force de ces analyses ne peut que retenir l’attention des lecteurs non prévenus et les amener à s’interroger sur cette nouvelle praxis chrétienne instaurée “ en toute légalité ecclésiastique à l’intérieur du Bercail ” (p. 285).
2005  verra le 40e anniversaire de la clôture du concile Vatican II. Presque deux générations élevées dans une “ nouvelle religion ” qui n’est pas le contraire de la religion catholique, mais une nouvelle façon de concevoir et de vivre cette religion.
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Revue des revues
. Le diocèse de Nanterre est un des diocèses de France où, malgré des demandes anciennes et répétées, depuis 1985, les catholiques attachés à la liturgie traditionnelle n’ont pu obtenir de leurs évêques successifs que soient appliqués les privilèges du motu proprio Ecclesia Dei. Une “ Association pour la paix liturgique dans le diocèse de Nanterre ” vient de se créer. Elle publie régulièrement un bulletin pour informer des démarches qu’elle a entreprises auprès du nouvel évêque du diocèse, Mgr Daucourt. On peut recevoir ce bulletin et soutenir l’association en écrivant à l’Association pour la paix liturgique, 7 rue des Marguerites, 92500 Rueil-Malmaison.
. Divinitas est une “ Revue internationale de recherche et de critique théologique ” fondée par Mgr Piolanti et dirigée aujourd’hui au Vatican par Mgr Brunero Gherardini. Dans le dernier numéro paru, anno XLVI, 2/2003, on peut lire :
L.J. Elders, s.v.d. Dangers threatening the Christian Faith.
P. Bonifacio Honings, o.c.d., Le persone con handicaps e la sessualità. Un tema-problema attinente al progetto di Dio in materia di bi-sessualità.
Vittoria Valentino, E. Avogadro Della Motta (1798-1865), un difensore rigoroso dei diritti della Chiesa e del Papa.
Mgr Brunero Gherardini, Canonizzazione ed infaillibilità
Yves Chiron, Il y a 40 ans. L’ouverture de Vatican II. Mise en perspective historique.
Mgr Brunero Gherardini, Œcumenica - 2 [suite d’une étude critique sur les initiatives et déclarations œcuméniques de ces dernières années].
L’abonnement à la revue, trimestrielle, est de 40 ¤ pour l’étranger : Divinitas, Palazzo dei Canonici, 00120 Città del Vaticano.
. La Revue d’Histoire de l’Eglise de France, imprimée à Paris (26 rue d’Assas, 75006 Paris) et qui est, avec la Revue d’Histoire ecclésiastique, imprimée à Louvain, la principale revue d’histoire religieuse, publie dans son  dernier numéro (n° 223, juillet-décembre 2003), une longue recension, pages 529-536, de la biographie de Mgr Lefebvre rédigée par Mgr Tissier de Mallerais.
L’auteur de la recension, le P. Pierre Blet, s.j., après une ample présentation de l’ouvrage et des principaux événements de la vie de Mgr Lefebvre, conclut très justement : “ Les liens de l’auteur de cette longue biographie avec Mgr Lefebvre, liens d’affection et de parenté spirituelle, porteront des lecteurs à mettre en cause a priori l’impartialité de son travail. En réalité, on sent dans cet ouvrage la volonté de retrouver et de dire la vérité. L’ouvrage est rédigé selon les règles de la méthode historique : les faits et les textes cités sont appuyés sur des références à des sources manuscrites ou imprimées. […] On pourra peut-être relever dans quelques pages, en particulier dans les récits de la vie de Mgr Lefebvre, missionnaire au Gabon, archevêque de Dakar et délégué apostolique, quelques accents hagiographiques. Mais cela n’empêche pas Tissier de Mallerais d’exposer en toute clarté et sans réticence les positions tenues par Mgr Lefebvre […] Il déclare sans ambages que l’archevêque Lefebvre reconstruisait le passé quand il affirmait à tort avoir refusé sa signature à deux actes du concile, Dignitatis humanæ et Gaudium et spes. De même l’auteur ne craint pas d’exposer sans réticence l’évolution des idées de Mgr Lefebvre sur un point particulièrement névralgique, son jugement sur la nouvelle messe, partant d’une tolérance sous condition pour arriver à une condamnation absolue. En revanche, l’auteur évoque sans glose les faux pas des interlocuteurs de l’archevêque, à commencer par l’attribution du plus petit évêché alors vacant à l’archevêque de Dakar, délégué apostolique pour l’Afrique francophone, d’Alger à Madagascar, plus tard la lettre expédiée pour lui enjoindre d’accepter le deuxième concile du Vatican en mettant cette assemblée œcuménique sur le même plan, sinon au-dessus, du concile de Nicée, ou encore le rejet de l’appel au suprême tribunal de la Signature apostolique (ce que les historiens d’Ancien Régime appellent la justice retenue). ”
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[1] Présent, 5 rue d’Amboise, 75002 Paris, le numéro : 1,50 ¤.
[2] Abbé Guillaume de Tanoüarn “ Explication de la déclaration finale ”, in La religion de Vatican II. Etudes théologiques, Editions des Cercles de Tradition de Paris, 2003, p. 360. Cet ouvrage collectif, de 432 pages, qui rassemble les actes du 1er symposium organisé par la FSSPX et les religieux du couvent d’Avrillé en octobre 2002, est en vente en promotion (au prix de 24,30 ¤) jusqu’au 28 février. Commandes à adresser au Couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé.
[3] Vatican II et l’Evangile, Editions Servir (15 rue d’Estrées, 75015 Paris), 332 pages, 15 ¤.
[4] C’est par erreur, ou distraction, que l’abbé de Tanoüarn, écrit : “ Qui consulte la bibliothèque personnelle de Jean-Baptiste Montini, conservée à Milan, se rend compte que le pontife a lu et annoté les œuvres des théologiens les plus progressistes… ” (p. 8). Cette bibliothèque ne se trouve pas à Milan mais à Brescia, la ville natale du pape ; elle est conservée à l’Istituto Paolo VI, où j’ai pu la consulter lors de la préparation de mon Paul VI, le Pape écartelé, Perrin, 1993.
[5] Conférences des abbés Simoulin, Lorans et Marcille publiés sous le titre : Le nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique est-il catholique ? Examen critique, préface de l’abbé Schmidberger, Editions Fideliter, 1993 et abbé Michel Simoulin, Le Catéchisme assassiné, Editions Saint-Irénée, 1997.

dimanche 25 janvier 2004

[Aletheia n°51] Le débat sur la gnose - Un scoutisme catholique est-il possible? l'affaire Jeoffroid-Sevin

Yves Chiron - Aletheia n°51 - 25 janvier 2004
LE DEBAT SUR LA GNOSE
L’ouvrage de Paul Sernine, La Paille et le Sycomore. À propos de la “ gnose ” [1], déjà présenté ici, commence à susciter un débat. Les revues favorables aux thèses d’Etienne Couvert (Sous la Bannière, Lectures Françaises, Le Sel de la Terre) ont publié ou vont publier des réponses à Paul Sernine. Les Editions de Chiré, où Etienne Couvert a publié tous ses ouvrages, souvent à compte d’auteur, vont intervenir dans le débat, sans doute par un numéro de leur revue Lecture et Tradition.
La Fraternité Saint-Pie X n’a pas pris de position officielle sur la controverse, mais deux de ses prêtres y sont partie prenante : l’abbé de Tanoüarn, éditeur de l’ouvrage, et l’abbé Celier, principal diffuseur de l’ouvrage par le catalogue France Livres Clovis.
Un autre prêtre de cette Fraternité, l’abbé Christophe Beaublat, a publié dans son bulletin, Le Bachais, une violente charge contre l’ouvrage et son éditeur[2]. Sous le titre “ Subversion ”, il a mis en cause “ un méchant petit livre ”, l’estimant “ rempli de calomnies odieuses pour des personnes tout à fait estimables ”. Il dénonçait aussi “ des traditionalistes en peau de lapin ” et les “ gnostiques infiltrés dans nos rangs” (sans les nommer, il visait ainsi ses confrères les abbés de Tanoüarn et Celier).
Cette charge se terminait par un appel aux autorités de la FSSPX : “ Implorons du Ciel la lumière et la force […] pour les autorités de la Tradition, qui auront sans aucun doute des décisions pénibles à prendre. Que leur bras ne tremble pas ! ”.
D’après nos informations, l’abbé Beaublat a été blâmé par les autorités de la FSSPX pour avoir mis en cause certains de ses confrères et pour avoir apostrophé ses supérieurs.
Mais ce blâme adressé ne signifie pas que les autorités de la FSSPX aient pris une position publique dans le débat. Selon nos sources, les autorités de la FSSPX considèrent les démonstrations de Paul Sernine comme fondées sur une argumentation sérieuse et solide mais aussi que le sujet du livre – existe-t-il ou non une “ gnose ” immuable à travers toutes les erreurs de l’Histoire ? – appartient au domaine de l’opinion librement discutable entre catholiques.
L’abbé de Tanoüarn, dans l’ “ Avertissement ” au livre de Paul Sernine, estimait que “ d’autres études sont nécessaires pour compléter [ce] travail bien circonscrit ”. Parmi les sujets qui, selon lui, restent à étudier, il y a celui-ci : “ Existe-t-il un état d’esprit récurrent, au cours de l’Histoire, que l’on pourrait qualifier de “gnostique“ en ce qu’il rechercherait un salut par la connaissance ? ” (p. 11).
J’avais cité, dans un précédent numéro d’Aletheia, les interrogations du théologien autrichien Michael Waldstein sur le “ retour du gnosticisme ” dans la théologie contemporaine.
On y ajoutera, un article d’André Paul, dans le dernier numéro de Catholica[3]. L’auteur, exégète et historien de la Bible, fait une lecture critique du dernier livre du cardinal Lustiger, La Promesse. Il considère cet essai du cardinal archevêque de Paris comme “ une réduction désincarnatrice de la doctrine chrétienne ” et y voit la résurgence d’une “ gnose judéo-chrétienne ”. André Paul écrit : “ La première et grave omission dans le système religieux du cardinal Lustiger a pour objet la chair, plus largement tout ce qui relève des sens. Le champ sémantique du sôma, “corps“ en grec, est absent de l’ensemble du livre. Et dès lors, le fondement doctrinal du message chrétien, et en conséquence du christianisme comme société et comme culture, est tout naturellement omis. ” Et encore : “ Le message de Mgr Lustiger ne manque pas d’accents gnostiques. Il est volontiers manichéen, ségrégatif et pessimiste. ”
Venant d’un spécialiste du judaïsme ancien comme André Paul, éloigné des milieux traditionalistes, ce jugement mérite d’être relevé.
Encore une fois, la gnose dont il est question ici est celle du salut par la connaissance et non, comme chez Etienne Couvert, d’un système complet d’erreurs, reproductible à l’infini de génération en génération, auquel il faudrait rattacher toutes les doctrines et systèmes non-catholiques.

UN SCOUTISME CATHOLIQUE EST-IL POSSIBLE ?
L’AFFAIRE JEOFFROID-SEVIN (1924)
Il y a quelques mois, la controverse sur le scoutisme était relancée dans les milieux traditionalistes (cf. Aletheia n° 44, 10/08/2003). J’avais rappelé que les accusations de “ libéralisme pratique ”, de “ naturalisme ” et d’ “ œcuménisme ” portées contre le scoutisme n’étaient pas nouvelles et avaient déjà été lancées dans les années 1920 par certaines publications anti-libérales. Le P. Sevin, fondateur du scoutisme catholique en France, avait dû aller se défendre à Rome et Pie XI avait tranché en sa faveur, non sans recommander des affirmations plus claires.
Une étude est parue il y a quelques mois qui vient apporter des lumières nouvelles sur cette affaire[4]. Christophe Carichon a exploré différents fonds d’archives. Il montre que l’attaque contre les dangers du scoutisme trouve son origine dans une étude très documentée rédigée par le P. Henri Jeoffroid, Frère de Saint-Vincent-de-Paul. Le P. Jeoffroid est un intransigeant, antilibéral ; c’est aussi, écrit Christophe Carichon, “ un éducateur et un homme de terrain, fervent défenseur du patronage ”. À Rome, il a été pendant sept ans l’aumônier des Prati di Castello, célèbre patronage.
C’est donc en défenseur de la jeunesse chrétienne qu’il intervient. Le mémoire qu’il rédige – une centaine de pages – est résumé ainsi par C. Carichon : “ La théosophie est mauvaise, elle a été condamnée par l’Eglise. Il y a des relents de théosophie dans le scoutisme que l’on sait déjà imprégné de protestantisme et de franc-maçonnerie. Le scoutisme catholique, en vertu de la fraternité scoute, a des contacts avec les neutres et les protestants : donc, à l’intérieur, comme à l’extérieur, il existe de sérieux risques de contamination et de nombreux dangers pour le scoutisme même catholicisé. Tôt ou tard, il devra faire des concessions et risquera de se compromettre d’autant plus facilement que développant un anti-intellectualisme de fait, il n’est pas armé pour le combat. Il faut donc ne pas accepter le scoutisme catholique pour le salut des âmes des enfants… ”.
Le mémoire Jeoffroid commença à circuler à Rome en 1923. Mgr Benigni, l’ancien animateur de la Sapinière, le communiqua en France à la Revue Internationale des Sociétés Secrètes, qui fit, dans son numéro 19, le 13 mai 1924, “ Le procès du scoutisme ”.
Le P. Sevin ira alors à Rome, avec le général de Salins, défendre la cause du scoutisme catholique. Il obtiendra d’être reçu en audience par Pie XI, pour se justifier et s’expliquer. De ce séjour à Rome, le P. Sevin tirera des résolutions : Les leçons de notre séjour à Rome. Sans entrer dans le détail de cet examen de conscience et des décisions prises, on peut dire qu’il y a la volonté de marquer davantage la spécificité du scoutisme catholique par rapport aux autres organisations scoutes et de l’ancrer parmi les autres œuvres catholiques.
L’année suivante, 10.000 scouts catholiques de différents pays défileront devant Pie XI qui, en la circonstance, prononcera une longue allocution, premier enseignement pontifical sur la nature, la spécificité et la vocation du scoutisme catholique.
Cette étude de Christophe Carichon éclaire très utilement la controverse de cette époque. Mais l’auteur est trop sévère quand il juge que le P. Sevin n’a ensuite “ pas été fidèle à ses Leçons de 1924 ”. Il y aurait eu, “ chez lui un manque évident de fermeté une fois l’orage passé. Il peut apparaître, alors, comme un véritable libéral, ou tout au moins un prêtre libéralisant, au sens catholique que ces termes recouvraient à l’époque. ”
L’auteur estime aussi qu’aucun mouvement scout, aujourd’hui, “ ne peur honnêtement se prévaloir des Leçons que le R.P. Jacques Sevin tirait en 1924 de son séjour à Rome. ” Affirmation pour le moins aventurée si l’on considère par exemple – entre autres – l’Institut de la Sainte Croix de Riaumont et les troupes scoutes qui lui sont rattachées.

Informations
. Le numéro 1 d’un bulletin intitulé Aletheia est paru, il y a quelque temps. Cette publication se présente comme la “ Revue de liaison entre les couronnes de l’œuvre Marie Mère de l’Unité en France ”. L’Œuvre de Sainte Marie Mère de l’Unité est une association privée de fidèles fondée par un prêtre équatorien qui a été reconnue comme telle par l’archevêque de Quito.
Malgré l’homonymie, notre modeste bulletin n’a aucun rapport avec cette Œuvre.
. En 2001, l’anaphore d’Addai et Mari, en usage dans l’Eglise assyrienne d’Orient (et qui ne comporte pasle récit de l’Institution) a été reconnue comme “valide”, pour la célébration de l’Eucharistie, par le Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens.
Si cette décision a été saluée comme “ une avancée œcuménique et liturgique ” par La Maison-Dieu, la revue du C.N.P.L. (Centre National de Pastorale Liturgique), elle a été vivement critiquée dans les milieux traditionalistes. Voir, notamment, l’étude du Professeur Heinz-Lothar Barth “ L’anaphore de Addai et Mari : Rome permet-elle une messe invalide ? ” in La Messe en question, Actes du Ve Congrès théologique de Si Si NoNo, Publications du Courrier de Rome, p. 403-445.
Divinitas, revue internationale de théologie, dirigée au Vatican par Mgr Gherardini, prépare un numéro spécial sur cette controverse.
. L’abbé Aulagnier, qui se présente toujours comme “ Prêtre de la FSSPX ”, et qui réside désormais à Vichy, anime depuis quelques semaines une “ paroisse catholique virtuelle ”, dédiée à saint Michel (s’inscrire au mail : abbeaulagnier@hotmail.com).
Dans chaque livraison internet hebdomadaire, on trouve le sermon du dimanche, une “ Leçon dogmatique pour adulte ”, une “ Leçon de morale ” et diverses informations.
. Alain de Benoist vient de faire paraître un ouvrage, Au-delà des droits de l’homme. Pour défendre les libertés, Editions Krisis (5 rue Carrière-Minguet, 75011 Paris), 150 pages, 19 euros. Il en sera rendu compte dans un prochain numéro.
Une Association des Amis d’Alain de Benoist s’est constituée, qui anime, notamment, un site internet où l’on trouve, en intégralité, des ouvrages de l’auteur, des articles et le texte d’entretiens récents ou anciens (www.alaindebenoist.com).
Je remercie les lecteurs qui comprennent que cette lettre d’informations, aussi modeste soit-elle, ne peut être imprimée et expédiée sans frais pour son unique rédacteur. Aletheia n’existe encore, pour la cinquième année, que par la générosité de quelques-uns (toujours les mêmes esprits de bonne volonté et de vraie charité) dont profitent les autres.
À tous les lecteurs, puisqu’il en est encore temps, je présente mes vœux les meilleurs pour 2004 en reprenant le souhait formulé par le RP Dom Gérard en 1988 – il y a seize ans, déjà : “ Puissions-nous ne pas nous épuiser en querelles intestines, en rivalités de clan ou de juridiction. En sens contraire, que demeurent dans une amitié fraternelle tous ceux qui combattent pour la Tradition : doctrine, prédication, messe, sacrements. Qui pourra nous diviser si nous travaillons pour le Christ-Roi ? ”.
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NOTES
[1] Éditions Servir, 15 rue d’Estrées, 75007 Paris, 219 pages, 15 ¤.
[2] Prieuré Saint-Pierre-Julien-Eymard, 22 chemin du Bachais, 38240 Meylan.
[3] Catholica, n° 82, hiver 2003-2004, 42 rue Dareau, 75014 Paris, 11,50 ¤.
[4] Christophe Carichon, “ Un scoutisme catholique est-il possible ? L’affaire Jeoffroid-Sevin (1924) ” in Le scoutisme. Un mouvement d’éducation au XXe siècle. Dimensions internationales, Actes du colloque international organisé à l’Université de Montpellier les 21-23 septembre 2000, Publications de l’Université Paul Valéry, Montpellier, 2003, p. 107-122.

vendredi 12 décembre 2003

[Aletheia n°50] Rémi Brague interroge l'islam

Aletheia n°50 - 12 décembre 2003
REMI BRAGUE INTERROGE L’ISLAM
Rémi Brague fut, en 1975, un des fondateurs de la “ Revue catholique internationale ” Communio. Cette revue, d’inspiration nettement balthasarienne, se voulait l’anti-Concilium. Dans la revue, et dans sa collection, aux éditions Fayard, on a lu, outre Hans Urs von Balthasar et Henri de Lubac, avant qu’ils ne deviennent cardinaux, Karol Wojtyla, avant qu’il ne devienne Jean-Paul II, Joseph Ratzinger, avant qu’il ne devienne Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et d’autres auteurs partisans d’un “ retour au Centre ” (le “ Centre ” étant le Christ selon l’expression de Balthasar).
Rémi Brague est aujourd’hui professeur de philosophie aux universités de Paris I et de Munich. Spécialiste de la philosophie médiévale (chrétienne, juive et islamique), il a fait paraître, ces derniers temps, deux articles sur l’Islam qui, dans des perspectives très différentes, méritent de retenir l’attention et font espérer que l’auteur prolongera ses réflexions dans un ouvrage plus développé.
Le premier article, intitulé “ Quelques difficultés du dialogue avec l’Islam ”, est paru dans trois numéros successifs de la revue trimestrielle Œuvre d’Orient[1]. Rémi Brague présente différentes “ difficultés qui se présentent dans la compréhension mutuelle entre musulmans et non-musulmans ”. La première est qu’il n’existe qu’un seul terme pour désigner la religion et la civilisation musulmanes : “ islam ” ; alors que dans toutes les langues européennes, on distingue la religion ( ” christianisme ”) et la civilisation ( ” chrétienté ”). Cette univocité s’accompagne, paradoxalement, d’une aporie : “ L’islam, à la différence du christianisme, en tout cas dans sa version catholique, n’a pas de magistère ecclésiastique universellement reconnu, et il ne veut pas en avoir. ” Qui va alors dire ce qu’est l’islam “ véritable ” ? Qui peut alors affirmer que telle ou telle doctrine ou pratique ne correspond pas à l’islam “ authentique ” ?
Rémi Brague fait ensuite remarquer que la place de l’islam, dans l’Histoire, a beaucoup changé entre les siècles du Moyen Age et l’époque contemporaine. L’islam s’est très tôt considéré comme “ un post-christianisme, au sens hégélien de la Aufbehung : un effacement qui accomplit ”. L’Histoire a pu, pendant quelques siècles, sembler lui donner raison : l’Islam a conquis rapidement tout le sud et l’Orient méditerranéens, même comme civilisation il a pu apparaître “ à son apogée, plus développé, plus avancé que les autres branches de l’arbre des descendants d’Abraham ”. Aujourd’hui, et depuis au moins le XVIIIe siècle, il n’en est plus ainsi. Rémi Brague, avec un brin d’ironie, écrit : “ Le malaise de l’islam à l’époque moderne vient, entre autres, de ce que le niveau de la civilisation et de la revendication de la religion ont cessé de se confirmer l’un l’autre. L’islam comme religion est le dernier cri ; l’islam comme peuples connaît un état de civilisation démodé ”.
Considéré de manière plus immédiate comme religion, les difficultés de compréhension de l'islam ne sont pas moins grandes. Quand on cherche à ne cerner l’islam que dans ses sources (le Coran et les Hadith — les récits sur la vie de Mahomet), on se heurte bien vite à des contradictions. Rémi Brague estime : “ Cela n’a rien de surprenant, si l’on songe que, pour qui admet la doctrine reçue sur sa formation, il fut prêché sur une durée de vingt ans, et dans de conditions très différentes. Au début, Mahomet était un prêcheur isolé qui annonçait à sa ville natale la venue prochaine du jugement dernier. À la fin de sa carrière, il était le chef d’une communauté victorieuse aux membres de laquelle il dictait ses lois. Entre les deux, il lui fallut polémiquer avec des païens, des juifs et des chrétiens, mais aussi négocier avec eux, nouer avec les uns des alliances tactiques contre les autres. ” L’exemple, “ désagréable ”, que cite Rémi Brague est significatif de la difficulté soulevée. Je renvoie le lecteur curieux à l’article lui-même.
Dans une dernière partie de sa longue étude, Rémi Brague montre l’islam comme “ intrinsèquement fondamentaliste ” ( “  au sens “protestant“ du terme ”) et explique que le concept de “ tolérance ” est inopérant pour juger l’islam parce que c’est une idée “ née dans l’Europe de l’époque de la Réforme ”.
Enfin, Rémi Brague termine par un paradoxe : “ pour la dogmatique islamique, les Juifs ne sont pas d’authentiques Juifs, les Chrétiens ne sont pas d’authentiques Chrétiens. Les véritables Juifs et les véritables Chrétiens sont en fait… les Musulmans eux-mêmes. ” Paradoxe qui se prolonge par un “ plaidoyer pour la science ” : un dialogue authentique présuppose, certes, de bonnes dispositions morales de part et d’autre, mais aussi une “ bonne connaissance mutuelle ”. et celle-ci, sauf rarissimes exceptions, fait défaut aux amateurs, des deux bords, du dialogue islamo-chrétien.
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À peu près contemporaine de ce long article, paraissait, dans une autre revue, une autre étude de Rémi Brague intitulée : “ Le Coran : sortir du cercle ? ”[2]. La perspective est très différente des articles parus dans Œuvre d’Orient. Il s’agit, cette fois,  d’une interrogation sur la composition du Coran, menée à partir de travaux érudits, essentiellement de langue allemande et anglaise.
Rémi Brague fait remarquer d’emblée : “ On croit lire, écouter, traduire le Coran ” alors qu’en lisant le texte actuel, dans quelque édition qu’il s’agisse, on ne fait que lire “ les interprétations des commentateurs qui, à partir de la fin du IXe siècle, en particulier à partir de Tabari (m. 923), ont cherché tout simplement à venir à bout du tissu d’obscurités qui constitue le “Livre clair“. ” On ne dispose pas, pour le Coran, d’éditions critiques comme il en existe pour l’Ancien et le Nouveau Testament.
Dans un livre récent, un orientaliste allemand, Christoph Luxenberg, Die syro-aramäische Lesart des Koran. Ein Betrag zur Entschüsselung der Koransprache (Berlin, Das arabische Buch, 2000, IX-311 pages) montre que la langue dans laquelle le Coran a été rédigé n’est pas l’arabe classique mais un mélange d’arabe et de syriaque. Ce qui conduit Luxenberg à réviser, à partir du syriaque, la traduction de textes importants du Coran. Ainsi, et Rémi Brague en rapporte la démonstration, le célèbre passage sur les houris promises aux bons musulmans au Paradis, doit être lu dans un tout autre sens.
Une des conséquences de cette révision du Coran à partir du syriaque est de mettre en lumière des prières d’origine chrétienne dans plusieurs sourates du “ Livre saint ”. Luxenberg estime aussi que le Coran, à l’origine, n’est pas une révélation nouvelle reçue par Mahomet mais “ un lectionnaire ”. Luxenberg, cité par Rémi Brague, écrit : “ Si Coran signifie à proprement parler lectionnaire, on est autorisé à admettre que le Coran ne voulait être compris comme rien d’autre qu’un livre liturgique avec des textes choisis de l’Ecriture (Ancien et Nouveau Testaments), et nullement comme un succédané de l’Ecriture elle-même, c’est-à-dire comme une Ecriture indépendante. ”
La question essentielle ainsi posée — Christoph Luxenberg et Rémi Brague ne sont pas les premiers à la poser : quel fut le milieu d’origine du Coran ? Luxenberg émet l’hypothèse d’un milieu judéo-chrétien. Rémi Brague commente : “ la conception que le Coran se fait du Christ rappelle en effet la christologie des judéo-chrétiens. En revanche, il reste une grosse difficulté : nous n’avons pas de traces d’un lien direct entre le groupe judéo-chrétien expulsé de Jérusalem vers 66 et les événements situés six siècles plus tard [la naissance de l’islam]. ”
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Le faux voyant Roger Kozik honoré par Chicago et par la France
Le dernier numéro paru du bulletin Fraternité Notre Dame[3] nous apprend que “ Mgr Jean-Marie R. Kozik ” a été honoré, au printemps dernier, à Chicago, en hommage aux activités charitables de quelques-unes des “ religieuses ” de sa communauté établies dans cette ville. Le nom de “ Rev. Bishop Jean Marie R. Kozik ” a été donné à une rue de la ville au cours d’une cérémonie à laquelle ont pris part des autorités municipales et le consul de France à Chicago, en présence de “ Mgr ” Kozik et de plusieurs “ prêtres ” et “ religieuses ” de sa communauté. On veut bien croire que le consul de France à Chicago, bien connu par ailleurs pour plusieurs ouvrages récents d’un grand intérêt, a été abusé, qu’il a prononcé l’éloge de “ Mgr ” Kozik et qu’il a dévoilé la plaque en son honneur sans savoir à qui il avait affaire.
“ Mgr ” Kosik est en fait un ancien séminariste qui prétend avoir bénéficié d’apparitions de la Vierge depuis 1969[4]. En 1970, avec un ami, Michel Fernandez, il s’installe dans le petit village du Fréchou, dans le Lot-et-Garonne. En 1974, Kozik et Fernandez, se font ordonner prêtres par un pseudo-évêque, Mgr Laborie, de l’ “ Eglise catholique latine ”. Craignant que ces ordinations ne soient invalides, ils vont se faire réordonner par un autre pseudo-évêque, Mgr Enos, “ primat de l’Union des Petites Eglises Catholiques Indépendantes ”. Puis, en 1977, ils rallient l’Ordre des Carmes de la Sainte Face, de Clemente Dominguez Gomez (le faux voyant de Palmar de Troya qui deviendra, l’année suivante, le “ pape Grégoire XVII ”). Roger Kozik devient le “ Père Jean-Marie ”. Cette même année 1977, le 27 mai, Kozik et Fernandez, sont ordonnés prêtres, une troisième fois, par un pseudo-évêque de Palmar de Troya, puis, le même jour, ils sont sacrés évêques.  Le 10 juin suivant, dans un bois, entre Andiran et Le Fréchou, Roger Kozik aura une première apparition publique de la Vierge, “ publique ” au sens où la Vierge aurait commencé à délivrer des messages destinés à être rendu publics. Tous les 14 du mois, la Vierge, jusqu’à aujourd’hui, serait fidèle à ce rendez-vous…
Les évêques successifs d’Agen, dès le 13 août 1977, ont multiplié les déclarations et les mises en garde contre ces apparitions considérées comme non-authentiques. Le 10 mai 1991, la cour d’appel d’Agen a confirmé une condamnation pour abus de confiance contre “ Mgr ” Kozik et trois autres membres de sa communauté : des peines de prison assorties de périodes de mises à l’épreuve et de privation de droit civique pendant cinq ans.
Le même bulletin du Fréchou nous apprend que le Président de la République, Jacques Chirac, a été “ incité ” à “ nommer Mgr Jean-Marie Kozik Chevalier de l’Ordre National du Mérite ”. Les autorités municipales de Chicago, le consul de France à Chicago et , éventuellement, l’Ordre National du Mérite auraient été bien inspirés de se renseigner un peu plus sur Roger Kozik avant de l’honorer. Il leur aurait suffi de consulter l’Annuario Pontificio pour se rendre compte qu’il n’est ni prêtre ni évêque, et d’entrer en relations avec l’évêché d’Agen pour en connaître un peu plus.
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Le Catéchisme de saint Pie X
Dans les années 1870, le futur pape saint Pie X était encore curé de Salzano quand il rédigea un catéchisme, en 577 questions et réponses. Il contenait un exposé progressif de la foi, depuis l’existence de Dieu jusqu’à la vie de la grâce par la prière et les sacrements. Ce catéchisme ne fut jamais édité de son vivant[5], mais utilisé par lui dans son enseignement de la foi (aux enfants et aux adultes) et abondamment corrigé.
Devenu pape, s. Pie X a promulgué, en 1905, une version révisée d’un catéchisme, classique, publié en 1765 par Mgr Michele Casati, évêque de Mondovi. C’est ce catéchisme, intitulé Abrégé de la doctrine chrétienne ou Catéchisme de Rome, et dont des traductions françaises avaient paru en 1906 et 1907, qui a été réédité, en pleine “ crise des catéchismes ”, par un numéro spécial de la revue Itinéraires (n° 116, septembre-octobre 1967, 393 pages), volume intitulé Catéchisme de S. Pie X. Ce premier catéchisme promulgué par s. Pie X fera l’objet d’autres éditions dans les milieux traditionalistes (en 1976 aux éditions de la Nouvelle Aurore, en 1984, aux éditions Dominique Martin Morin).
Mais s. Pie X, en octobre 1912, promulguait un “ catéchisme nouveau ”, le Catéchisme de la doctrine chrétienne. Ce catéchisme avait un ordonnancement différent du précédent et il était plus bref (433 questions-réponses). Dans la lettre approuvant ce nouveau catéchisme qui devait se substituer à l’ancien, s. Pie X estimait que “ ce livre, malgré sa brièveté, explique plus clairement et met davantage en relief les vérités qu’aujourd’hui, pour le plus grand dommage des âmes et de a société, on combat, ou déforme, ou oublie le plus. ”
Ce catéchisme de 1912 a connu, en Italie et dans beaucoup de pays, une diffusion ininterrompue. C’est lui que Jean-Paul Ier, en 1978, recommandait encore. En France, curieusement, il n’a pas eu le même écho. Il a bien eu, en 1913, une traduction, à la Maison de la Bonne Presse, mais aucune autre, apparemment, depuis.
Aujourd’hui, les éditions du Courrier de Rome, dirigées par l’abbé du Chalard, en publient une nouvelle édition, très élégante, dans un format pratique de poche : Catéchisme de saint Pie X (B.P. 156, 78001 Versailles), 10 ¤ en édition brochée, 20 ¤ en édition cartonnée. Un excellent cadeau de Noël.
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[1] Œuvre d’Orient (20 rue du Regard, 75278 Paris cedex 06), n° 731, avril-mai-juin 2003, p. 624-631 ; n° 732, juillet-août-septembre 2003, p. 661-664 ; n° 733, octobre-novembre-décembre 2003, p. 697-701 ; 0,75 ¤ le numéro.
[2] Critique, Editions de Minuit, mars 2003, p. 232-251.
[3] Fraternité Notre Dame, n° 54, Maison Notre-Dame, 47600 Le Fréchou.
[4] Cf. Yves Chiron, Enquête sur les apparitions de la Vierge, Perrin/Mame, 1995 (et édition de poche “ J’ai Lu ”, 1997) et Joachim Bouflet, Faussaires de Dieu, Presses de la Renaissance, 2000.
[5] Le manuscrit original a été intégralement reproduit sous le titre de Catechismo di don Giuseppe Sarto Arciprete di Salzano, Cancelleria della Curia Vescovile di Treviso, 1985.