lundi 8 septembre 2003

[Aletheia n°45] Pie XII, pape révisionniste?

Aletheia n°45 - 8 septembre 2003
PIE XII, REVISIONNISTE ?
Citer le seul nom de Robert Faurisson, si on ne l’accompagne pas d’épithètes accablantes, paraît devoir disqualifier pour toujours celui qui s’y risque. Robert Faurisson semble s’être discrédité à jamais aux yeux, non seulement des médias mais aussi de la communauté des historiens, par sa négation, argumentée à travers des milliers de pages, de l’existence de chambres à gaz homicides dans les camps de concentration allemands durant la Seconde Guerre mondiale.
Je n’entrerai pas ici dans cette controverse historique. En revanche, puisque Robert Faurisson publie un ouvrage intitulé Le révisionnisme de Pie XII[1] (121 pages, 15 ¤), je le présente ici, en toute liberté, assuré de n’être imité en France que par un nombre réduit de confrères, dont le nombre se comptera sans doute sur les doigts d’une seule main.
Robert Faurisson part d’un constat. Alors que la Seconde guerre mondiale venait de se terminer en Europe, Pie XII, dans une célèbre allocution devant le Sacré-Collège, le 2 juin 1945, s’est montré impitoyable envers Hitler et le régime nazi. Il a flétri “ les méthodes les plus raffinées pour torturer ou supprimer des personnes souvent innocentes ” mais, remarque Robert Faurisson, “ il n’a pas un mot pour un processus d’extermination physique des Juifs ou pour l’emploi de chambres à gaz d’exécution ”. Faurisson ajoute : “ Sur le sujet, il se taira jusqu’à sa mort, en 1958. ”
Selon Robert Faurisson, si Pie XII n’a jamais dénoncé pendant la guerre, après la guerre et jusqu’à sa mort, les chambres à gaz, c’est qu’il ne croyait pas à leur existence historique. Certes, pendant la guerre, il a déploré vivement le sort fait aux Juifs, et à d’autres victimes, mais jamais sans les nommer directement ni sans entrer dans le détail des moyens de persécution employés contre eux. La veille de Noël 1942, dans un radio-message, il évoque les “ centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, quelquefois seulement pour raison de nationalité ou de race, sont vouées à la mort ou à dépérissement progressif. [2]” Le 2 juin 1943, dans une allocution au Sacré-Collège cette fois, le Pape déplorera les “ contraintes exterminatrices ” auxquelles sont voués “ parfois ” ceux qui sont “ tourmentés en raison de leur nationalité ou de leur race ”.
Robert Faurisson entend montrer – et il cite, à ce propos, un rapport diplomatique américain intéressant –  que si Pie XII, pendant la guerre, n’a pas dénoncé les chambres à gaz homicides, ce n’est pas “ parce qu’il ne savait pas ”, mais parce qu’il n’y “ croyait ” pas. Et après-guerre, le Pape n’aurait toujours pas été davantage persuadé de l’emploi de ce moyen d’extermination par les Allemands et de l’existence d’une politique génocidaire de Hitler.
Les textes et documents que cite Robert Faurisson éclairent bien le sujet. Quiconque étudie l’attitude de l’Eglise pendant la Seconde Guerre mondiale lira avec profit cette étude. Mais Robert Faurisson ne peut produire aucun document (discours ou autre), même les trois textes cités, où Pie XII aurait nié ce qu’il n’a pas affirmé. La nuance est de taille. Qui plus est, un pape n’avait sans doute pas à entrer dans ce genre de controverse historique. Pie XII s’était-il seulement fait une conviction sur le sujet, dans un sens ou dans l’autre ? Peut-être pas.
En tout cas, et Robert Faurisson ne le nie pas, il l’affirme même, Pie XII fut “ profondément hostile à l’antisémitisme ” (p. 32) et “ efficace dans son aide aux Juifs ” (p. 38).
Robert Faurisson établit aussi un lien entre le “ révisionnisme ” de Pie XII et la campagne contre son prétendu “ silence ” qui ne cesse d’être relancée. Robert Faurisson estime : “ Pie XII a, jusqu’au bout, résisté à la pression des organisations juives. Il a refusé de cautionner aussi bien la religion naissante de l’“Holocauste“ (une imposture) que la création de l’Etat d’Israël (une autre imposture, directement liée à la première). Il allait payer cher son audace, mais à titre posthume. ”
Dans l’annexe 3 de son livre (l’annexe 2 étant mal venue dans ce volume, me semble-t-il), Robert Faurisson souhaiterait ouvrir un autre dossier : sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein dans le siècle) est-elle morte gazée à Auschwitz en 1942 ? N’aurait-elle pas été victime de l’épidémie de typhus qui ravageait alors le camp ? Robert Faurisson, après avoir relevé différentes imprécisions et contradictions, estime : “ Des diverses publications que j’ai consultées, il ressort qu’en réalité on ne sait ni où, ni quand, ni comment sont disparues E. Stein et sa sœur ” (p. 103, souligné dans le texte).
Robert Faurisson cite six ouvrages ou articles consacrés à Edith Stein. Je lui conseillerais de s’adresser au Postulateur général de l’Ordre des carmes déchaux, le P. Simeone della Sacra Famiglia, et de consulter les nombreux volumes de la cause de canonisation, notamment la “ Positio super Virtutibus et super Martyrio ” présentée devant la Congrégation pour la Cause des saints le 2 avril 1986. Peut-être y trouvera-t-il réponse à ses questions ?
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Nouveautés romaines
. Domenico Del Rio, Karol il Grande. Storia di Giovanni Paolo II, Paoline, 312 pages, 18 euros.
Les biographies de Jean-Paul II sont déjà innombrables et la bibliographie sur Jean-Paul II constituerait à elle seule un volume. Ce nouvel ouvrage se signale par diverses particularités. L’auteur, décédé quelques mois avant la parution de son livre, avait été jadis religieux franciscain avant d’obtenir, en 1975, sa réduction à l’état laïc et de se marier. Il était devenu alors devenu journaliste au quotidien la Repubblica et un “ vaticaniste ” estimé. Il a publié rien moins que six livres consacrés à Jean-Paul II. Du premier (Wojtyla il nuovo Mosè, écrit en collaboration avec Luigi Accattoli et publié chez Mondadori en 1988) à celui-ci (Karol il Grande), on voit que l’auteur n’hésitait pas à user de l’hyperbole. Il se justifie, cette fois, en se référant au Time de New York, qui, en 1994, avait désigné Jean-Paul II comme “ l’homme de l’année ” et avait écrit : “ Ses idées sont très différentes de celles de la majeure partie des mortels. Elles sont plus grandes. ”
L’Histoire a accordé l’épithète de “ Grand ” à peu de papes. L’Annuario pontificio, dans la liste des souverains pontifes qui ouvre, chaque année, le volume, ne retient pas ce genre d’épithètes. En revanche, il signale les papes qui ont été béatifiés ou canonisés. C’est un autre critère. Sur les neuf papes qui ont exercé leur Magistère au XXe siècle, cinq ont été canonisés, béatifiés ou voient leur cause introduite. C’est beaucoup.
Pour en revenir au livre de Domenico Del Rio, on appréciera la chronologie biographique détaillée de Jean-Paul II qui termine le volume et les listes, déjà incomplètes, des encycliques et des voyages apostoliques.
On se doute bien que réaliser en trois cents pages la biographie d’un pape qui va atteindre les vingt-cinq ans de son pontificat, conduit à faire des choix. Dans cette biographie, sans notes, sans références ni bibliographie, on trouvera donc un récit des grands événements, un récit brillant, agréable, avec des vues originales, plus qu’une analyse et une mise en perspective historique.
. Evi Crotti et Andrea Tornielli, Dalla penna dei Papi, Gribaudi, 103 pages, 7,50 euros.
Jadis, Carlo Falconi s’était risqué à dresser le portrait psychanalytique de certains papes (I Papi sul divano. L’autoanilisi dei pontefici testimoni di se stessi, SugarCo Edizioni, Milan, 1975, 399 pages). Le pontificat de saint Pie X fut ainsi caractérisé, selon l’auteur, par “ le sadisme de l’autorité ”…
Aujourd’hui, c’est à la lumière de la graphologie qu’Evi Crotti, psychologue, pédagogue et graphologue, et Andrea Tornielli, vaticaniste du quotidien Il Giornale, passent en revue les papes du XXe siècle. Les analyses faites de manière systématique pour chacun d’eux (de Léon XIII à Jean-Paul II) sont résumées ensuite dans un tableau à sept entrées : “ humanité ”, “ objectivité ”, “ détermination ”, “ cohérence avec son propre credo ”, “ souplesse mentale ”, “ conscience de soi ”, “ humilité scientifique ”. Chacune de ces caractéristiques, décelables paraît-il à travers l’écriture, est évaluée sur une échelle de 0 à 4.
Une telle analyse faite sur l’écriture de personnages publics, des décennies après leur mort et après que leur œuvre ait déjà fait l’objet d’amples jugements historiques, est forcément conditionnée par ces jugements. Définir, soi-disant d’après son écriture, le tempérament de saint Pie X comme “ introverti, rigide et intransigeant, avec une bonne capacité assimilative et exécutive ”, est-ce de la graphologie ou la répétition d’une vulgate simpliste qui résume le pontificat du pape Sarto à la lutte antimoderniste ?
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Revue des revues
. Le Baptistère (25-27 rue Lecourbe, 75015 Paris, 3 euros le numéro) se présente comme un “ Bulletin d’information et de formation ”. À l’évidence, cette publication, dirigée par des laïcs, est proche de la Fraternité Saint-Pierre. On y trouve des informations, des documents et des témoignages sur la vie de l’Eglise. Par exemple, dans le n° 2, juin-juillet 2003, l’abbé Michel de Fommervault, de la Fraternité Saint-Pierre, poursuit la publication de son “ Parcours ”. On trouve aussi, sur deux pleines pages, un reportage photographique en couleurs sur la messe historique du 24 mai dernier dans la Basilique Sainte Marie Majeure.
. D.I.C.I. (Etoile du Matin, 57230 Eguelshardt, 2 ¤ le numéro) publie, dans son n° 79, la récente Note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles. Le document est publié dans son intégralité mais le bulletin de la FSSPX le fait précéder d’un avertissement :
“ Nous livrons ce document qui présente de nombreux éléments positifs. Les unions contre nature sont clairement condamnées et repoussées jusque dans les conséquences pratiques. Cependant, un point négatif mérite d’être souligné. Le numéro 2 énumère les deux fins principales du mariage (procréation et soutien mutuel) dans l’ordre inverse de celui qui est donné par toute la tradition, laissant entendre que la seconde serait la fin primaire, à laquelle la première serait subordonnée. L’on découvre le germe de cette inversion au Concile lors de la discussion sur le schéma de l’Eglise dans le monde moderne (Gaudium et spes). Les cardinaux Brown et Ottaviani luttèrent vigoureusement contre cette nouveauté, mais il fallut l’intervention expresse de Paul VI pour la repousser (Cf. Ralph M. Wiltgen, Le Rhin se jette dans le Tibre, Editions du Cèdre, 4e éd., 1982, p. 267). Cependant le nouveau Code va consacrer l’inversion des fins du mariage à la suite du concile Vatican II. Là où le code traditionnel précise que “la fin primaire du mariage est la procréation et l’éducation des enfants ; la fin secondaire est l’aide mutuelle et le remède à la concupiscence“ (canon 1013), le nouveau code définit le mariage comme “une communauté de toute la vie ordonnée, par son caractère naturel, au bien des conjoints ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants“ (canon 1055). Nous retrouvons cette inversion dans le Catéchisme de l’Eglise catholique (cf. §§ 1601, 2201 et 2368) entraînant un flou de mauvais aloi sur l’attitude que le catholique doit observer vis-à-vis de la régulation des naissances. ”
. Pacte (23 rue des Bernardins, 75005 Paris, 2,50 euros le numéro), publie, dans son n° 76, un entretien avec l’abbé de Cacqueray, supérieur du district de France de la FSSPX. L’abbé de Cacqueray reconnaît, au cours de l’entretien : “ sur la question épineuse entre toutes de la messe traditionnelle, nous arrivons à certains résultats ”. Il souhaite, à propos du concile Vatican II, “ accomplir le même genre de travail ” et il évoque le second symposium sur Vatican II qui se tiendra à Paris les 5 et 6 octobre prochains. Il précise : “ ce symposium est conçu comme un canon à quatre coups. Nous nous réunirons tous les ans jusqu’en 2005, pour fêter à notre manière les quarante ans de la clôture du Concile. ”
Sur le concile, on peut aussi signaler l’ouvrage de l’abbé de Tanoüarn, Vatican II et l’Evangile (Editions Servir, 15 rue d’Estrées, 75007 Paris, 332 pages, 15 euros). Un ouvrage qui contient des analyses impressionnantes, mais avec lequel on ne sera pas toujours d’accord. Nous y reviendrons.
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[1] En français mais auprès d’un éditeur italien :
Graphos
Campetto, 4
I – 16123 Genova
[2] Le passage est souligné par R. Faurisson qui cite le texte original italien, “ progressivo deperimento ”, souvent traduit par “ extermination progressive ”.

dimanche 10 août 2003

[Aletheia n°44] Une controverse sur le scoutisme + ...

Aletheia n°44 - 10 août 2003
Une controverse sur le scoutisme
L’Ange gardien (Prieuré Sainte-Croix, 50 rue de la Gare, 59170 Croix), qui est le bulletin d’un prieuré de la Fraternité Saint-Pie X, a consacré tout son numéro, celui de mai dernier, à mettre en garde contre le scoutisme. Sous le titre “ Baden-Powell modèle pour nos petits catholiques ? ”, est lancée une charge contre “ les principes philosophiques infusés par Lord Baden-Powell lui-même, principes qui guident le Scoutisme ”. Avant d’examiner cet article, et de le mettre en perspective historique, précisons que cette position d’un bulletin de la FSPX n’est en rien représentative d’une appréciation sur le scoutisme qui serait celle de la FSPX en général. Plusieurs écoles et prieurés de la FSPX acceptent, en leur sein, la présence de troupes scoutes et des prêtres de la FSPX sont aumôniers de troupes scoutes ou encadrent des camps scouts.
L’article en question met en cause une supposée appartenance maçonnique du fondateur du scoutisme, dénonce le “ libéralisme pratique ”, le “ naturalisme ”, l’ “ œcuménisme ” du scoutisme et nie qu’il y ait une “ spiritualité scoute ”. Évoquant les fondateurs du scoutisme catholique en France (les pères Sevin et Doncœur et le chanoine Cornette), l’auteur de cet article estime que ce “ baptême ” n’a été qu’un “ plaquage ” et juge que le scoutisme attend encore d’être subordonné “ aux principes doctrinaux catholiques ”. Quand cette subordination sera accomplie alors, estime le même auteur, “ le scoutisme ne sera peut-être plus Scout, mais il sera Catholique ”.
Rémi Fontaine, ancien scout et qui a consacré plusieurs ouvrages au scoutisme, a répondu à cette dénonciation dans un article paru dans Présent, le 11 juin, sous le titre “ Une ridicule mise en garde ”. À l’accusation d’accointance entre le scoutisme et la franc-maçonnerie, il répond : “ Qu’il y ait des “relents“ de franc-maçonnerie dans le scoutisme, même catholique, cela est bien possible mais ne touche pas l’essentiel, seulement le folklore par nature contingent et sans importance décisive. Ces relents éventuels sont en outre largement dissipés par le parfum de christianisme qui émane intrinsèquement du scoutisme. ”
La question n’est pas nouvelle. Daniel Ligou, franc-maçon lui-même, auteur d’un Dictionnaire de la franc-maçonnerie (P.U.F.) qui fait référence, écrit de Baden-Powell qu’il ne fut pas franc-maçon “ contrairement à une légende solidement établie ”. Louis Fontaine, qui a rassemblé dans La Mémoire du scoutisme. Dictionnaire des hommes, des thèmes et des idées (Publications L.F., 1999) une documentation de premier ordre et de nombreuses pièces d’archives, consacre au thème “ Franc-maçonnerie et scoutisme ” dix grandes colonnes qui passent en revue, de manière très détaillée,  différents moments et acteurs de l’accusation, depuis les années 1910.
On renverra encore au récent livre de Philippe Maxence, Baden-Powell. 1857-1941. Éclaireur de légende et fondateur du scoutisme (Editions Perrin, 395 pages, 22,50 ¤). C’est la biographie la complète qui existe en français sur le fondateur du scoutisme. Philippe Maxence y examine la question de l’appartenance de Baden-Powell à la franc-maçonnerie et conclut par la négative. Il examine aussi, à deux reprises, de manière objective (pages 53-54 et page 96), une autre accusation portée contre Baden-Powell : sa supposée homosexualité.
Alors même que paraissait le numéro polémique de L’Ange Gardien, Rémi Fontaine publiait L’âme du scoutisme (Editions de Paris, BP 30107, 75327 Paris cedex 07, 90 pages, 15¤). Il y montre qu’il existe une “ spiritualité scoute ”. Elle remonte aux fondateurs du scoutisme catholique en France. Le chanoine Cornette écrivait de la loi scoute qu’elle est l’ “ expression concrète des pures maximes de l’Evangile, traduction en formules brèves et claires, ad mentem adolescentium, des principes posés par le Décalogue et le Sermon sur la Montagne. ” Il y a eu christianisation d’une méthode et d’un esprit. Rémi Fontaine, qui juge que la plus grande partie du mouvement scout a été infidèle à sa mission en se sécularisant à partir des années 60, voit le scoutisme catholique traditionnel comme “ un retour en chrétienté ”, comme “ un tiers-ordre éducatif opérant en tant que chrétien pour mieux former et envoyer ses membres agir en chrétiens dans le monde. Il réalise en somme une micro-chrétienté dans ce monde sécularisé, une communauté de vie chrétienne, un pôle de civilisation d’où se répandent lumière et pureté. ”
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PIE XI ET LE SCOUTISME
La controverse relancée par L’Ange gardien donne l’occasion de rappeler l’origine des accusations portées contre le scoutisme catholique en France, à ses débuts, et la façon dont elle s’éteignit, à cette époque, suite à l’intervention du pape Pie XI, qu’on ne peut suspecter de “ libéralisme ”, de “ naturalisme ” et d’ “ œcuménisme ” !
En 1920, le scoutisme catholique (Scouts de France, SDF) fut fondé par le père Jacques Sevin (1882-1951), un jésuite dont le procès de béatification est ouvert depuis 1991. Il avait été encouragé et aidé à ses débuts par le père Desbuquois, un autre jésuite, fondateur de l’Action populaire. C’est l’A.P. qui, en 1922, édita et diffusa le livre du P. Sevin, Le scoutisme, étude documentaire et applications. C’est encore le P. Desbuquois qui épaula le P. Sevin quand les premières dénonciations du scoutisme, pour “ naturalisme ” et “ panthéisme ”, parvinrent à Rome. Elles provenaient, notamment, de la Revue internationale des sociétés secrètes de Mgr Jouin (cf. RISS, XIII, 1924, p. 343). Le P. Desbuquois encouragea le P. Sevin à aller à Rome, défendre lui-même sa cause. Il l’adressa aux relations qu’il avait là-bas (Mgr Tiberghien, Mgr Vanneufville, le P. Rosa) et qui pourraient utilement l’orienter. Le P. Sevin réussit à être reçu par Pie XI, en compagnie du général Guyot de Salins, en mai 1924. Le pape, qui savait les sentiments que peut inspirer la nature – il fut un grand alpiniste, jusqu’en 1913 ! –, comprit l’esprit qui animait ce nouveau mouvement de jeunesse, né hors de l’Eglise mais transformé par elle. Il demanda néanmoins une modification de l’article 6 de la loi scoute qui deviendra : “ Le scout voit dans la nature l’œuvre de Dieu ”.
Cette rencontre Sevin-Pie XI, qui resta sans doute ignorée de beaucoup, ne fit pas taire les critiques. Le combatif et antilibéral chanoine Gaudeau, dans sa revue La Foi catholique (juin et juillet 1925), reprit, contre le scoutisme, l’argument du naturalisme. D’autres dénonciations arrivèrent à Rome.
Pie XI, alors, décida de se réserver la cause. Il détrompa un cardinal français qui se déclarait inquiet “ d’infiltrations protestantes et même bouddhistes ” dans le scoutisme. Et surtout, il favorisa la venue à Rome, le 6 septembre 1925, de 10.000 Esplorati cattolici, de tous pays. Il célébra, pour eux, une messe solennelle en la Basilique Saint-Pierre puis il les reçut, pour une audience exceptionnelle, dans la Cour du Belvédère. Pendant une heure, par troupes constituées, en uniforme et avec leurs fanions, les scouts défilèrent devant le trône pontifical puis le Pape leur adressa une longue allocution. Ce discours, qui n’a pas été traduit dans les Actes de S.S. Pie XI, mais que l’on trouve dans l’Osservatore romano (9.9.1925) comme dans le recueil des Discorsi di Pio XI (vol. I, pp. 431-436), trace, pour la première fois dans un enseignement pontifical, la nature, la spécificité et la vocation du scoutisme catholique.
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LES DROITS DE L’HOMME
Sous l’autorité du Conseil pontifical Justice et Paix, paraît un fort volume : I diritti dell’uomo nell’insegnamento della Chiesa (Libreria Editrice Vaticana, 951 pages, 49,60 euros). Il s’agit d’un recueil systématique des documents pontificaux qui ont traité, ces quarante dernières années, des “ droits de l’homme ”.
Les textes publiés, en italien, sont présentés non de manière chronologique mais de manière thématique. Une première partie présente l’enseignement magistériel sur la “ dignité humaine ” et les “ droits de l’homme ” en général. Une seconde partie publie les documents pontificaux qui ont trait à des droits particuliers. Le recueil en distingue dix-huit : du “ droit à la vie ” aux “ droits des nations et des peuples ”, en passant par le “ droit à la propriété, le “ droit à la liberté de conscience et de religion ”, et autres droits.
L’intérêt documentaire d’un tel recueil est évident, en particulier grâce aux dix index analytiques qui terminent le volume. Le plus utile de ces index, et le plus abondant, est l’index thématique. Bien que le recueil ne contienne, face à tant de “ droits ”, aucune section consacrée aux “ devoirs ” parallèles, l’index thématique donne quelque 200 références au mot “ Dovere/i “ .
La faiblesse patente d’un tel recueil apparaît dès le titre. Ce recueil sur “ Les droits de l’homme dans l’enseignement de l’Eglise ” va Da Giovanni XXIII a Giovanni Paolo II. L’enseignement de l’Eglise sur ces questions aurait-il commencé en 1963 ? Le Conseil pontifical Justice et Paix comme la Libreria Editrice Vaticana ne sont pourtant pas sans ignorer que, depuis Pie VI, l’Eglise s’est prononcée sur les droits de l’homme, avec une plus grande fréquence à partir de Pie XII, et même à partir de Pie XI. Ils doivent d’autant moins l’ignorer que les successeurs de Pie XI et de Pie XII, “ de Jean XXIII à Jean-Paul II ”, ont fait explicitement référence à leurs enseignements. Continuité ou simple référence, c’est une autre question.
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Sedes Sapientiæ (Société Saint-Thomas d’Aquin, 53340 Chémeré-le-Roi, n° 84, été 2003, 8 ¤) publie un article de l’abbé Bernard Lucien consacré à l’infaillibilité du Magistère. Après avoir décrit, dans un précédent numéro, le “ gauchissement doctrinal ” qui consiste à minimaliser le dogme de l’infaillibilité pontificale, l’abbé Lucien examine le sens des mots “ définir ” et “ définition ” dans ce même dogme de Vatican I et dans l’enseignement du Magistère depuis cette époque. Il en arrive à la conclusion, conforme à l’enseignement actuel du Magistère, qu’il existe des “ types divers ” d’actes auxquels est attachée l’infaillibilité pontificale : la définition ex cathedra (la dernière date de 1950 : le dogme de l’Assomption promulgué par Pie XII) et la doctrine déclarée comme “ définitive ” par le Souverain Pontife.
Ce même numéro comprend un long portrait d’Alban de Villeneuve-Bargemont, premier des catholiques sociaux, par le père Daniel Zordan, religieux de Saint-Vincent-de-Paul.
Oremus (11 avenue Chauchard, 78000 Versailles) a réédité, en un élégant petit volume relié de 638 pages, un “ missel de voyage ”, selon la liturgie traditionnelle. Ce Missel des dimanches et fêtes, paru en 1961, est réédité avec une “ Table du temps et des fêtes mobiles ” qui va jusqu’en 2025.
Dans ses “ Notules vacancières ” (Présent, 4 juillet 2003), dont on regrette qu’elles ne soient pas publiées plus souvent, Jean Madiran évoque une “ nouvelle messe ” à laquelle il a participé : “ Dimanche de la Trinité. Paroisse très déchristianisée mais qui a encore un curé. Peu de monde à l’église, guère d’enfants, pas de garçons, seulement des filles dans le chœur. Liturgie dite “conciliaire“, largement étrangère aux normes de la constitution conciliaire sur la liturgie et même à celles de la messe nouvelle de Paul VI. […] En revanche le sermon est impressionnant. En termes simples, en peu de paroles, le curé énonce et affirme le mystère de la Sainte Trinité. Il accomplit l’acte extérieur de la foi. […] Rien, me semble-t-il, ne permet d’affirmer que la consécration n’ait pas été valide. L’Eglise militante est malade. Mais, malade, elle est, elle demeure l’Eglise. ”
Dans un article d’une quarantaine de pages consacré à Christophe Geffroy, à Jean Madiran et au rédacteur de cette plus que modeste lettre, une revue, à laquelle de hautes autorités me conseillent de ne plus répondre, me dépeint comme “ un des principaux représentants laïcs ” d’une imaginaire “ cinquième colonne libérale ”. Sans répondre donc à ces pages trop longues, je me contenterai de faire mienne cette position du bienheureux Pie IX à qui, encore évêque, ses adversaires faisaient une réputation de “ libéral ” : “ Je déteste et j’abomine jusqu’à la moelle de mes os les pensées et les actions des libéraux ; mais le fanatisme des soi-disant papalins ne m’est assurément pas sympathique. Le juste milieu, ce juste milieu chrétien, et non le diabolique juste milieu qui est aujourd’hui à la mode, serait la voie que j’aimerais suivre avec l’aide du Seigneur : mais y réussirai-je ? ”.
Des lecteurs se sont inquiétés du silence d’Alétheia depuis le mois de mai. Cette pauvre feuille volante aurait-elle cessé de paraître ou aurait-elle été victime de quelque ukase ? Il n’en est rien. Ses lecteurs savent, depuis le numéro 1, qu’il s’agit d’un “ non-périodique ”. La parution d’Alétheia dépend non de l’actualité ou d’impératifs contractuels comme le serait une publication à abonnements mais du temps et des fonds dont dispose son unique rédacteur et diffuseur.

dimanche 25 mai 2003

[Aletheia n°43] La Messe historique du 24 mai - Vers un accord avec la FSSPX ? - Un essai de l’abbé Barthe sur la liturgie

Yves Chiron - Aletheia n°43 - 25 mai 2003
La Messe historique du 24 mai
La messe selon le rite traditionnel célébrée hier, 24 mai, à la Basilique Sainte-Marie-Majeure par le cardinal Castrillon Hoyos, revêt une grande importance à différents points de vues. Je publie ci-dessous le compte-rendu (traduit de l’italien par mes soins) qu’a bien voulu m’envoyer Stefano Gizzi, précieux ami et bon historien :
Les suggestifs chants en grégorien, l’entrée solennelle du cardinal Dario Castrillon Hoyos, vêtu de fastueux ornements pontificaux, les amples volutes d’encens et la piété sincère des fidèles présents ont fait immédiatement comprendre la valeur et l’importance de la célébration à Sainte Marie-Majeure, qu’à bon droit on peut dire “ historique ”.
Cinq cardinaux ont assisté au sacré rite : Alfons Maria Stickler, Archiviste et Bibliothécaire émérite de la Sainte Eglise Romaine ; Jorge Medina Estevez, Préfet émérite de la Congrégation pour le Culte divin ; William Wakefield Baum, Pénitencier majeur émérite ; Bernard Law, archevêque émérite de Boston ; Armand Gaétan Razafindratandra, archevêque d’Antananarivo (Madagascar). Étaient présents aussi trois évêques : Mgr Luigi De Magistris, Pro-Pénitencier Majeur ; Mgr Julian Herranz ; Mgr Romer. Deux Pères abbés : TRP Dom Gérard Calvet, de l’Abbaye Sainte-Madeleine (Le Barroux) et Mgr Wladimir-Marie de Saint-Jean, abbé des Chanoines réguliers de la Mère de Dieu.
Parmi les nombreuses autorités civiles : Mario Borghezio, de la Ligue du Nord ; Federico Bricolo, vice-président du groupe parlementaire de la Ligue du Nord au Parlement ; Gennaro Malgeri, député de l’Allianza Nazionale ; le Prince Sforza Ruspoli ; la Princesse Elvina Pallavicini ; le marquis Luigi Coda Nunziante ; le professeur Roberto De Mattei, professeur d’histoire moderne à l’Université de Cassino et conseiller de Gianfranco Fini, vice-Président du Conseil.
Dans le chœur étaient présents de très nombreux prêtres et séminaristes de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, de l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre et trois prêtres de l’Union sacerdotale Saint-Jean-Marie-Vianney de Campos.
Une représentation nombreuse de l’Ordre de la Milice du Temple (dirigée par son Grand Maître, le comte della Magione), avec l’habit caractéristique et le manteau blanc avec la croix rouge sur l’épaule et sur la poitrine, a attiré l’attention du public.
Fut remarquée l’absence de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X, tandis qu’étaient présents des fidèles des prieurés italiens et les Disciples du Cénacle de Velletri (fondées par don Francesco Putti), communauté très proche de la FSSPX.
La célébration a commencé, de manière un peu surprenante, par la lecture d’un message officiel du Saint-Père Jean-Paul II, signé par le Secrétaire d’Etat, le cardinal Angelo Sodano, par lequel le Souverain Pontife s’est “ uni spirituellement ” à la Sainte Messe célébrée avec le Missel Romain de 1962 dans la Basilique et “ au pieux hommage à la très Sainte Vierge Marie lui demandant d’intercéder auprès de Son Divin Fils, afin que tous les chrétiens soient levain de sainteté et de renouveau spirituel dans le monde d’aujourd’hui. ”
Le cardinal Castrillon Hoyos a célébré avec une grande solennité et dévotion, prenant un soin particulier, jusque dans les détails, au respect des prescriptions des rubriques du Missel Romain et créant un climat de recueillement spirituel vraiment remarquable et sincère.
Les différents groupes présents à la célébration (beaucoup provenaient de France) ont suivi les différentes phases de la cérémonie avec une particulière bonne tenue et conscience, à commencer par le Saint Rosaire, récité à genoux par beaucoup de fidèles.
Durant la Sainte Messe, l’attention et une ferveur sincère ont accompagné l’écoute de la Parole de Dieu, la grande prière du Canon Romain et la Sainte Communion.
L’homélie, très attendue, du cardinal Castrillon Hoyos s’est révélée d’un grand intérêt.
Divisée en trois parties, dans la première il a rappelé la doctrine traditionnelle sur la Très Sainte Vierge Marie Mère de Dieu, commentant les enseignements du concile Vatican II sur la Madonne, à la lumière de la tradition constante de l’Eglise.
Dans la seconde partie, il a traité amplement du thème de la nécessité, pour les catholiques, de s’unir pleinement au Magistère du successeur de Pierre, avec des citations tirées du saint pape Léon et de saint Jérôme.
Dans l’intense partie conclusive, le cardinal Castrillon Hoyos a traité spécifiquement du rite de saint Pie V, précisant en toutes lettres que ce vénérable rite “ ne peut être considéré comme éteint ” et que “ l’antique Rite Romain conserve son droit de cité dans l’Eglise ”, dans la diversité des rites catholiques, soit latins soit orientaux.
Le célébrant a ensuite justifié pleinement l’utilisation du Missel Romain de saint Pie V avec une citation du concile Vatican II : “ la sainte Mère l’Eglise considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières ” (Sacrosanctum Concilium, 4).
Le cardinal Castrillon Hoyos, au nom des présents, a exprimé de vifs sentiments de gratitude au Saint Père, pour l’ “ exquise et paternelle compréhension qu’il montre à l’égard de ceux qui désirent maintenir vivante dans l’Eglise la richesse représentée par cette vénérable forme liturgique ”. Il a rappelé aussi que le rite de saint Pie V a nourri la foi personnelle de Jean-Paul II, dans son enfance, dans son ordination sacerdotale, lors de sa Première messe, dans sa consécration épiscopale, et jusqu’à la fin des années soixante.
En conclusion de son homélie, avec des paroles très diplomatiques, le cardinal a rappelé aussi les difficultés rencontrées par les fidèles traditionalistes dans beaucoup de diocèses et a cité les paroles du Pape : “ Soyez immensément reconnaissants au Saint Père pour l’invitation adressée aux évêques du monde entier “d’avoir une compréhension et une attention pastorale renouvelée pour les fidèles attachés à l’ancien rite“. ”
Après la conclusion de cette cérémonie solennelle, au chant du Christus vincit, cinq réflexions me sont venues à l’esprit :
1. Remerciement dévot et filial envers le Saint Père Jean-Paul II, envers le célébrant, les cardinaux et les prélats présents, pour la sensibilité manifestée.
2. Sentiments de filiale reconnaissance pour l’œuvre accomplie, dans les si tristes années soixante-dix, par Mgr Lefebvre, pour la défense de la Sainte Messe et du sacerdoce catholique, et dont de si nombreux fidèles ont reçu les fruits.
3. Si dans les années 1976-77, de la part des autorités romaines, s’étaient manifestées la même compréhension et la même sensibilité que dans cette période récente, Mgr Lefebvre non seulement n’aurait jamais été frappé de la déconcertante suspens a divinis, mais à l’occasion de la Sainte Messe de Lille et des ordinations sacerdotales du 29 juin 1976, il aurait reçu un message de félicitations de la part de la Secrétairerie d’Etat, avec la Bénédiction apostolique !
4. Si dans les années soixante-dix et quatre-vingts, il y avait eu une célébration comme celle de Sainte-Marie-Majeure, Mgr Lefebvre, intrépide défenseur du rite de saint Pie V, y aurait-il assisté ? Je crois certainement que oui !
5. Les importantes affirmations du cardinal Castrillon Hoyos sur la “ non-extinction ” du rite de saint Pie V et sur le plein droit de cité dans l’Eglise du même vénérable rite, n’ont-elles pas besoin maintenant d’une sanction légale, par le moyen d’une notification de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, communiquée à tous les évêques, clarifiant ainsi toutes les vicissitudes et surmontant beaucoup d’hostilité préconçue ?
Avv. Stefano Gizzi
Président de l’Académie des Beaux-Arts de Frosinone
Conseiller communal de Ceccano



Vers un accord avec la FSSPX ?
Le souhait exprimé par Stefano Gizzi dans sa cinquième et dernière “ réflexion ” n’est pas un vœu pieux. D’autres sources apportent des informations qui laissent présager un accord possible entre la FSSPX et le Saint-Siège.
Dans la récente encyclique, Ecclesia de Eucharistia, Jean-Paul II avait annoncé la préparation, en cours, de “ normes liturgiques ”, “ avec des rappels d’ordre également juridique ”. La Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des sacrements, dirigée par le cardinal Arinze, est chargée de la préparation de ces normes. Selon des sources fiables et sérieuses, cet important document, à paraître entre octobre et décembre prochain, contiendra des normes strictes pour en finir avec “ la Messe autofabriquée ” (selon la propre expression du cardinal Arinze) mais aussi une plus large faculté concédée aux prêtres pour célébrer la messe selon le rite traditionnel.
Dans un propos rapporté dans la Croix, le 30 avril dernier, Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, voyait comme “ un geste important de la part de Rome ” la célébration annoncée à Sainte-Marie-Majeure pour le 24 mai. Il souhaitait aussi : “ Rome doit reconnaître que la messe de saint Pie V n’a jamais été abrogée ”. L’homélie du cardinal Castrillon Hoyos est venue répondre à cette demande. Enfin, Mgr Fellay souhaitait que “ Rome libéralise encore plus la célébration du rite tridentin ”. Les normes en préparation par la Congrégation pour le Culte divin contiendront, peut-être, cette autorisation sans préalable.
Si tel était le cas, une des deux conditions préalables posées par la FSSPX pour une réconciliation “ avec Rome ” serait remplie (l’autre étant la levée de l’excommunication de 1988). Mais rien n’assure, pour le moment, que le document en préparation à Rome concède une liberté complète et inconditionnelle pour le rite traditionnel.
En attendant, la FSSPX n’a pas rompu toutes relations avec le Saint-Siège, à l’inverse de ce qu’ont cru certains. Le père Georges Cottier, O.P. , Théologien de la Maison Pontificale, consulteur de plusieurs Congrégations romaines, reste en dialogue officieux avec des prêtres de la FSSPX mandatés par leur Supérieur général.
Celui-ci, dans un long entretien accordé au Giornale (25.4.2003), sans citer les noms d’interlocuteurs, a reconnu : “ Les négociations continuent, elles ne sont pas mortes ”. Il a aussi porté un jugement “ très positif ” sur la récente encyclique sur l’Eucharistie. Contre le maximalisme de certains de ses prêtres, il a rappelé encore le jugement de la FSSPX sur la “ nouvelle messe ” : “ nous n’avons jamais dit que la messe de Paul VI était invalide et encore moins l’avons-nous jamais définie “hérétique“. Nous la considérons cependant nuisible et dangereuse pour la foi, parce qu’elle n’exprime pas clairement tout ce qui devrait être dit dans la messe. ”
Le 10 mai dernier, dans le quotidien Présent, Jean Madiran estimait : “ La célébration du samedi 24 mai sera une étape solennelle (peut-être l’avant-dernière) dans la lente sortie de l’ostracisme injuste qui depuis trente-trois ans frappe la messe traditionnelle ”. Elle aura été aussi, peut-être, une des dernières étapes avant la réconciliation de la FSSPX avec le Saint-Siège.



Un essai de l’abbé Barthe sur la liturgie
L’abbé Claude Barthe publie un essai très intéressant sur “ l’essence de la liturgie ”. Prêtre atypique à bien des égards – il ne dépend d’aucun diocèse ni d’aucune congrégation et il dirige avec Bernard Dumont la revue Catholica, qui occupe une place à part dans le paysage traditionaliste et antimoderne français –, il n’est lié à aucune autorité immédiate qui le contraigne ou limite sa liberté d’expression.
D’où ce livre libre, qui est aussi une belle méditation sur la liturgie qui “ fait l’Eglise dans le monde en recouvrant toutes choses terrestres d’une trame de sacré ”. Sans entrer dans toutes les démonstrations d’un livre qui expose que “ la grande “crise de conscience“ de la liturgie romaine a commencé en même temps que celle de la société occidentale ”, on s’attachera à la conclusion intitulée “ Une nécessaire transition ”.
L’abbé Barthe fait justement remarquer qu’ “ entre l’état présent et une inscription déterminée dans un processus de reconstruction, il faudra une période, plus ou moins longue, de transition. ” Il note aussi que cette transition est engagée, en France, en silence, dans un nombre de paroisses forcément difficile à déterminer. Autel “ remis à l’endroit ”, retour de la table de communion, canon romain en latin, et ce, dans un rite qui n’est pas le rite traditionnel, sans être non plus le rite Paul VI en français qui se célébrait encore jadis, dans la même paroisse, il y a dix ans. À la suite de l’auteur, on pourrait multiplier les exemples, tirés d’autres lieux. Réintroduction de l’exorcisme dans le rite “ réformé du baptême ”, multiplication des adorations du Saint-Sacrement dans les paroisses et tant d’autres redécouvertes. La pratique liturgique en France en 2003 n’est majoritairement pas celle qui prévalait en 1963, mais elle n’est plus celle non plus qui régnait en 1973 ou en 1983.
Claude Barthe, Le Ciel sur la terre, François-Xavier de Guibert (3 rue Jean-François Gerbillon, 75006 Paris), 146 pages.

dimanche 4 mai 2003

[Aletheia n°42] Trois réactions à l'encyclique Ecclesia de Eucharistia

Aletheia n°42 - 4 mai 2003
Trois réactions à l'encyclique Ecclesia de Eucharistia
. Le père Paul De Clerck, théologien, professeur à l’Institut catholique de Paris, interrogé par la Croix le 18 avril 2003, commente la récente encyclique sur l’Eucharistie (cf. Alétheia n° 41). Il le fait sur un ton qui aurait été inimaginable il y a quarante ans. Il estime : « Les idées neuves sont entravées par le recours à la théologie eucharistique du Moyen Age occidental dont on connaît aujourd'hui les limites », « l’encyclique oublie de se situer dans une perspective historique », « elle semble se réduire à la théologie occidentale classique qui n'a qu'un seul propos : le sacrifice et le rôle sacerdotal du prêtre », « les deux mises en garde majeures concernent la dimension sacrificielle de l'Eucharistie, fortement soulignée, et la "nécessité du sacerdoce ministériel". On peut parler ici de crispation. »
Cette réaction d’une autorité enseignante, relayée par le seul quotidien catholique quasiment officiel en France, montre, a contrario, la nécessité de cette encyclique de clarification doctrinale.
. Christophe Geffroy, dans le numéro de mai de La Nef, avant d’en proposer une lecture pas à pas, présente ainsi l’encyclique : « Texte à vocation essentiellement doctrinale, il s’intéresse à l’Eucharistie dans ses aspects théologiques, non à la liturgie — c’est-à-dire à la façon concrète dont l’Eucharistie est célébrée —, sauf de façon incidente ici ou là. En effet, la situation pratique de la liturgie dans les paroisses est rarement abordée, de même que les questions rituelles qui sont totalement absentes. » Il signale aussi que « le cardinal Ratzinger a largement collaboré » à la rédaction de cette encyclique.
. Jean Madiran, le 30 avril, dans le quotidien Présent, reconnaît que l’encyclique « rappelle avec force le miraculeux changement » de la transsubstantiation, et qu’elle « s’en prend surtout aux causes doctrinales de la décomposition liturgique ». Il estime aussi que le Saint-Siège finira par rendre aux catholiques « la messe » — dans sa forme traditionnelle — ; « c’est inévitable ».
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L’abbé Berto
Dans son numéro 43, comme je l'ai ici déjà signalé, la revue trimestrielle Le Sel de la Terre, des Dominicains d’Avrillé (Couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé, 14 ¤  le numéro), publiait, pages 17 à 55, des « Lettres du Concile » de l’abbé Victor-Alain Berto (1900-1968). Jean Madiran, aussitôt, dans une pleine page de Présent (1er/2/2003), relevait plusieurs « anomalies » inexpliquées dans cette publication.
Jean Madiran — à la différence des Dominicains d’Avrillé dont aucun n’a connu celui dont ils ont publié les lettres — avait bien connu l’abbé Berto, à partir de 1955. Jean Madiran avait publié dix-huit de ses articles dans Itinéraires, et pouvait, à juste titre, l’appeler « notre ami vénéré » (cf. les 174 pages qui lui furent consacrées, après sa mort, dans le n° 132 d’Itinéraires, avril 1969).
Les Dominicaines du Saint-Esprit, de Pontcalec, fondées par l’abbé Berto, dirigées par lui jusqu’à sa mort et héritière de ses écrits comme de sa pensée, ont réagi aussi à cette publication intempestive des religieux d’Avrillé. Elles avaient été, il y quarante ans, les destinataires de ces lettres, publiées aujourd’hui sans leur accord.
Ces religieuses, qui se consacrent, dans la discrétion, à une œuvre admirable d’éducation envers les « chers petits pauvres », publient, en douze pages, une Réponse à la revue Le Sel de la terre n° 43 (brochure, hors commerce, disponible, contre une offrande puis-je me permettre d’ajouter, à l’Institut des Dominicaines du Saint-Esprit, Pontcalec, 56240 Berné).
La religieuse dominicaine, modestement anonyme, qui a signé ces pages, précise d’emblée, selon les normes du droit français, et particulièrement du droit qui régit la propriété littéraire, que la correspondance de l’abbé Berto « est presque tout entière la propriété exclusive de l’Institut des Dominicaines du Saint-Esprit ». L’autorisation de procéder à cette publication n’a pas été demandée par les Dominicains d’Avrillé et, précise la rédactrice, « elle aurait été formellement refusée pour plusieurs raisons ».
Ces raisons sont exposées avec précision. Il appert que la publication des lettres faite par les Dominicains d’Avrillé s’est faite non sans coupures, importantes et graves, notamment les passages où l’abbé Berto voulait faire saisir à ses correspondantes — les Dominicaines de Pontcalec — toute sa pitié filiale envers Paul VI. Les Dominicaines de Pontcalec, fidèles à l’esprit romain de leur fondateur, jugent aussi que ces lettres qui leur étaient adressées « n’ont été ni pensées, ni vécues, ni communiquées, dans l’esprit de la Revue [le Sel de la terre] qui les confisque aux fins de sa dialectique. »
Sans reproduire tous les arguments et très utiles éclairages apportés par cette Réponse, on citera encore ces lignes écrites par l’abbé Berto, à quelques semaines de sa mort, et qui sonnent comme un testament spirituel : « Je recommande à tous ceux et à toutes celles qui se sont trouvés plus spécialement confiés à moi, la fidélité à Notre Seigneur Jésus-Christ, la piété envers la sainte Vierge Marie, la fréquentation de l’Eucharistie, l’esprit de prière, l’attachement et la docilité envers le Souverain Pontife et l’Eglise romaine, l’amour de la vérité. Ce sont ces sentiments qui ont rempli ma vie. Je souhaite qu’ils remplissent la leur. »
Tout lecteur des « Lettres du Concile » parues dans Le Sel de la terre doit connaître les précisions et rectifications apportées par les héritières spirituelles et doctrinales de leur rédacteur.
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Nouveautés romaines
. Francesco LEONI, Il Cardinale Alfredo Ottaviani, carabiniere della Chiesa, Editrice Apes, 31 pages
Le professeur Leoni, recteur de l’Université libre « S. Pio V » fondée à Rome par le cardinal Ottaviani consacre une étude à la pensée et « au rôle politique » de celui qui fut surnommé « le carabinier de l’Eglise » et qui est mort en 1979. On trouvera là des renseignements intéressants et de longs extraits de textes ou de documents, notamment le texte intégral de l’entretien accordé en 1969 à la revue Relazioni. Le cardinal y expliquait dans quel contexte sont intervenues les deux condamnations du communisme prononcées par le Saint-Office, en 1949 (sous Pie XII) et en 1959 (sous le bienheureux Jean XXIII).
. Burkhardt SCHNEIDER, Pio XII, San Paolo, 148 pages.
Burkhardt Schneider (1917-1976), jésuite d’origine allemande, docteur en théologie et docteur en histoire ecclésiastique, professeur d’histoire de l’Eglise à l’Université Pontificale Grégorienne pendant plus de vingt ans, fut le fondateur, en 1963, de la revue annuelle Archivum Historiæ Pontificiæ, qui reste une des principales revues d’histoire ecclésiastique. Il fut aussi le co-directeur et co-éditeur du célèbre, mais peu lu, recueil documentaire : Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la seconde guerre mondiale (Libreria Editrice Vaticane, douze volumes publiés de 1965 à 1981).La collation et l’édition de ces actes et documents lui avaient donné une exceptionnelle connaissance du pontificat et de la personne de Pie XII. De cette familiarité historique avec le Pastor Angelicus, il avait tiré un livre, publié en 1968 en allemand : Pius XII. Friede, das Werk der Gerechtigkeit. Ce livre est aujourd’hui traduit en italien, augmenté d’une présentation par le P. Blet s.j., un des quatre responsables de l’édition des A.D.S.S., d’une « Nota bibliografica » sur Pie XII par Franco Perini et de trois appendices très importants : « La Santa Sede e la difesa degli Ebrei durante la seconda Guerra mondiale » par Robert A. Graham s.j. (article paru initialement dans La Civiltà cattolica en 1990), « La Leggenda alla prova degli archivi. Le ricorrenti accuse contro Pio XII » par Pierre Blet s.j. (article paru initialement dans La Civiltà cattolica en 1988) et « Pio XII e gli Ebrei » par le rabbin David G. Dalin (article paru initialement dans The Weekly Standard le 26.2.2001).
. PONTIFICIO CONSIGLIO PER LA FAMIGLIA, Lexicon. Termini ambigui e discussi su famiglia, vita e questione etiche, Edizioni Dehoniane Bologna, relié, 867 pages.
S’il est un domaine où la continuité du Magistère est indéniable, de Pie XI à Jean-Paul II, c’est bien celui qui concerne la famille, les droits à la vie et les questions éthiques. Le Conseil pontifical pour la famille a décidé, en 1999, de présenter cet enseignement en un volume synthétique et analytique à la fois : 78 thèmes ont été retenus et ont été confiés à des spécialistes de différents pays (théologiens, psychologues, scientifiques, clercs ou laïcs). Ils ont œuvré dans un souci de synthèse, claire et suffisamment ample pour répondre aux questions et objections, et aussi dans un esprit de fidélité à l’enseignement de l’Eglise sur ces questions. Présentés par ordre alphabétique, les thèmes traités vont de l’Amore conjugale à l’idéologie « Pro choice » (Vita e scelta libera), en passant par le travail des enfants, la biotechnologie, la contraception, le contrôle des naissances, l’économie domestique, l’euthanasie, les familles monoparentales, l’idéologie du « Gender », l’avortement, les mariages mixtes, et des dizaines d’autres notions ou réalités. Parmi les 69 collaborateurs de ce Lexicon, on relève le nom de dix français ou francophones : Tony Anatrella, prêtre et psychanalyste, qui, au moment des débats français sur le Pacs ou, en d’autres occasions, sur la drogue, a su exprimer des positions à contre-courant du discours dominant ; Mgr Jean-Louis Bruguès, évêque d’Angers, qui a longtemps enseigné la théologie morale à l’Université de Fribourg (Suisse) ; le père Cottier o.p., théologien de la Maison pontificale ; le professeur Gérard-François Dumont, démographe anti-malthusien ; Marie-Thérèse Hermange, député européen ; le professeur Jean Didier Lecaillon, économiste ; le Dr Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune ; Jean-Marie Meyer, philosophe ; le père Michel Schooyans, spécialiste de démographie politique ; Jacques Suaudeau, docteur.
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Revue des revues
. La revue italienne Si si no no (Via Madonna degli Angeli, 78   I - 00049 Velletri), proche du District italien de la FSSPX, consacre, dans son numéro du 15 mars 2003, un article à l’entretien que Sœur Lucie de Fatima, a accordé en 1993 au cardinal Vidal. La revue s’indigne des propos tenus en cette occasion et conclut qu’ « à la ‘nouvelle’ Eglise il ne pouvait manquer un ‘nouveau’ Fatima et une ‘nouvelle’ Sœur Lucie ».
La revue croit que cet entretien « a été tenu jusqu’ici caché (nascota) ». Il n’en est rien. Cet entretien, et un autre, ont été édités en portugais en 1998. J’ai contribué à leur traduction et édition en français en 1999 (Fatima. Sœur Lucie témoigne, Editions du Chalet). Les propos de Sœur Lucie avaient été alors fortement contestés par des publications en français de la FSSPX. Cette controverse a d’ailleurs été à l’origine de cette modeste Alétheia.
Si nouveauté il y a aujourd’hui, ce n’est point dans les propos de Sœur Lucie, connus donc depuis plusieurs années, mais dans le fait que, pour la première fois, en janvier 2003, l’entretien de 1993 a été diffusé sur les ondes italiennes. Ceux qui contestaient imprudemment l’authenticité des propos de Sœur Lucie doivent donc s’incliner. Même s’il est loisible de chercher des explications aux affirmations de la voyante : la consécration « a été faite » en 1984, et la conversion de la Russie « a déjà commencé ».
. StAR (The Saint Austin Review, 296A Brockley Road, London, SE4 2RA, United Kingdom), est une revue, de langue anglaise, proche de la Fraternité Saint-Pierre. Publication bimensuelle, à la présentation très élégante, elle consacre dans son numéro de mars-avril un dossier à la France. On y lit, notamment, des articles sur Mauriac, Bernanos, Maurras (accompagné d’une brève anthologie).
Dans cet ensemble intéressant, on trouve un article curieux, signé par Ferdi McDermott, « The Ball and the Cross. Haunted by the Ghost of Maurras ». L’auteur y affirme que Mgr Lefebvre est issu d’une « solide famille d’AF [Action Française] » et qu’il était « un vrai maurrassien » (a true Maurrassian). C’est donc logiquement que, la crise de l’Eglise survenant, Mgr Lefebvre aurait « subordonné » (subservient) sa foi catholique à ses « quelques grandes idées », maurrassiennes, bien entendu.
La réalité est tout autre. De son vivant, Mgr Lefebvre s’était expliqué, à plusieurs reprises, sur son « maurrassisme » supposé. Tout lecteur de bonne foi de la biographie que lui a consacrée Mgr Tissier de Mallerais (Marcel Lefebvre. Une vie, Clovis, 2002, 719 pages), y trouvera aussi une réfutation incontestable de cette légende. Il est regrettable qu’une revue traditionaliste anglaise la perpétue encore, et pas à bon escient.

jeudi 17 avril 2003

[Aletheia n°41] Ecclesia de Eucharistia

Aletheia n°41 - 17 avril 2003
Ecclesia de Eucharistia
Il y a un peu plus de deux ans, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X publiait une "étude théologique et liturgique" intitulée Le Problème de la réforme liturgique. Précédée d'une "Adresse au Saint-Père", signée par Mgr Fellay, Supérieur général de la FSSPX, cette étude était aussi une prise de position solennelle, en forme de manifeste (cf. Alétheia, n° 11, 15.3.2001). Les auteurs de cette étude estimaient que la "théologie du mystère pascal" est "l'âme" de la réforme liturgique menée après le concile Vatican II. Ils estimaient aussi : "Parce qu'elle est réductrice du mystère de la Rédemption ; parce qu'elle considère le sacrement uniquement dans son rapport au "mystère" ; parce que la conception qu’elle se fait du “mémorial” altère la dimension sacrificielle de la messe, cette “théologie du mystère pascal” éloigne dangereusement la liturgie postconciliaire de la doctrine catholique...”
Jean-Paul II, par l’encyclique Ecclesia de Eucharistia (“L’Eglise vit de l’Eucharistie”) parue ce Jeudi saint, apporte, me semble-t-il, des réponses au livre-manifeste de la FSSPX. Sans être au fait de tous les arcanes du Vatican, différents indices laissent penser que l’interpellation doctrinale de la FSSPX n’a pas été étrangère à la décision prise par Jean-Paul II de consacrer une encyclique au “saint Sacrifice de la Messe”.
Je laisse aux théologiens compétents le soin d’analyser et de commenter cette quatorzième encyclique de Jean-Paul II. Je voudrais simplement relever certains points immédiatement perceptibles au lecteur de bonne foi.
. On note, tout d’abord, l’insistance avec laquelle Jean-Paul II rappelle le caractère sacrificiel de la messe. C’est des dizaines de fois qu’on pourrait relever le mot dans l’encyclique, sous des formes diverses : “Sacrifice eucharistique”, “saint Sacrifice de la Messe”, la “valeur sacrificielle” du Mystère eucharistique, “la nature sacrificielle du Mystère eucharistique”, “l’Eucharistie est un sacrifice au sens propre, et non seulement au sens générique”, et bien d’autres emplois du terme.
. On remarque aussi  les références explicites aux définitions dogmatiques du concile de Trente sur la messe et surtout le rappel de leur valeur normative. Le p. Bruno Chenu, assomptionniste, un des collaborateurs éminents de la Croix, n’avait pas voulu laisser passer l’étude de la FSSPX sans “riposter” — c’était son expression — et, le 2 avril 2001, il avait publié un article, imprudemment et impudemment intitulé : “Pourquoi Vatican II a “corrigé” Trente” (cf. Alétheia, n° 13, 24.4.2001). Il expliquait que la doctrine de la messe comme sacrifice propitiatoire est l’héritière du concile de Trente, lequel “ne peut être compris que dans son contexte”. Le révérend père théologien expliquait aussi qu’avant Luther et le concile de Trente “l’expression le sacrifice de la messe était presque inconnue en Occident”.
Jean-Paul II, bien évidemment, ne partage pas ce relativisme doctrinal. Dès l’introduction de son encyclique, il insiste sur la “référence dogmatique” que constitue l’enseignement du concile de Trente sur la messe :
“Comment  ne pas admirer les exposés doctrinaux des décrets sur la sainte Eucharistie et sur le saint Sacrifice de la Messe promulgués par le Concile de Trente ? Au cours des siècles qui ont suivi, ces pages ont guidé la théologie aussi bien que la catéchèse, et elles sont encore une référence dogmatique pour le renouveau continuel et pour la croissance du peuple de Dieu dans la foi et dans l’amour envers l’Eucharistie.”
Plus loin, dans le premier chapitre consacré au “Mystère de la Foi”, Jean-Paul II rappelle “la doctrine toujours valable du concile de Trente” sur la transsubstantiation.
. Concernant la doctrine du “Mystère pascal”, nouvelle théologie dangereuse selon l’étude de la FSSPX, le Pape développe un enseignement qui ne se contente pas de répéter ce qui a déjà été écrit sur le sujet. Dès le deuxième paragraphe de l’introduction de l’encyclique, Jean-Paul II décrit l’Eglise comme naissant du “mystère pascal”. L’unité du mysterium paschale est, dit le Pape, l’unité du mysterium eucharisticum. Citant les paroles de l’Institution, Jean-Paul II illustre le lien entre les jours saints du Triduum pascal, même s’il ajoute : “Les Apôtres qui ont pris part à la dernière Cène ont-ils compris le sens des paroles sorties de la bouche du Christ ? Peut-être pas. Ces paroles ne devaient se clarifier pleinement qu’à la fin du triduum pascal, c’est-à-dire de la période qui va du Jeudi soir au dimanche matin.”
. Enfin, sans prétendre, encore une fois, faire une analyse exhaustive de cette très importante encyclique de Jean-Paul II, on relèvera encore le cinquième chapitre, consacré à “la dignité de la célébration eucharistique”. Le Pape, comme l’avait fait avant lui Paul VI déjà, et comme l’ont fait ensuite d’éminentes autorités de l’Eglise, à commencer par le cardinal Ratzinger, le Pape déplore que “surtout à partir des années de la réforme liturgique post-conciliaire, en raison d’un sens mal compris de la créativité et de l’adaptation, les abus n’ont pas manqué, et ils ont été des motifs de souffrance pour beaucoup. Une certaine réaction au “formalisme” a poussé quelques-uns, en particulier dans telle ou telle région, à estimer que les “formes choisies” par la grande tradition liturgique de l’Eglise et par son Magistère ne s’imposaient pas, et à introduire des innovations non autorisées et souvent de mauvais goût”.
Quiconque a un peu voyagé en Europe et dans le monde, et a assisté à l’étranger à des messes selon le nouveau rite, peut deviner quels pays sont particulièrement visés par le Pape. La France est au premier rang. Jean-Paul II annonce, dans l’encyclique, qu’un “document plus spécifique”, sur les normes liturgiques, est en préparation par les Dicastères compétents de la Curie.
On lira avec intérêt les réactions des uns et des autres à cette grande encyclique de Jean-Paul II et on sera attentif à l’esprit  ecclésial et spirituel dans lequel cet enseignement du Magistère sera reçu.

lundi 24 mars 2003

[Aletheia n°40] Les libertés de l'abbé de Tanoüarn - Les libertés de l'abbé de Tanoüarn - Saint Pie X aux Publications du Courrier de Rome

Yves Chiron - Aletheia n°40 - 24 mars 2003
Une édition intégrale de l'Index librorum prohibitorum
Le premier Index des livres condamnés par l'Eglise, et comme tels interdits aux catholiques, est antérieur au concile de Trente. Il a été établi et publié par l'Université de Paris en 1544. Ont suivi ceux de l'Université de Louvain (1546), de l'Inquisition portugaise (1547), de l'Inquisition espagnole (1551), de Rome (1557).
Ces Index locaux n'avaient pas une autorité universelle. Le 26 février 1562, dans sa XVIIIe session, le concile de Trente publiait un "décret sur le choix des livres". Constatant "qu'avait considérablement grandi en notre temps le nombre des livres suspects et pernicieux, renfermant une doctrine impure et largement répandue", le concile décidait qu'une "enquête" devait être faite sur le sujet et qu'un "rapport" devait être établi "afin qu'il [le concile] puisse plus facilement séparer les doctrines différentes et étrangères, comme la zizanie du bon grain de la vérité chrétienne" (Les Conciles œcuméniques, Éditions du Cerf, 1994, t. 2 "Les décrets", p. 723-724).
En sa XXVe et dernière session (3-4 décembre 1563), le concile prenait un autre décret pour confier au pape le soin d' "achever et divulguer selon son jugement et son autorité" un Index général des livres interdits, comme il lui confiait le soin de promulguer un catéchisme, un missel et un bréviaire.
De nouvelles éditions locales de l'Index paraîtront dans les années suivantes. Puis, en 1600, sous le pontificat de Clément VIII, un Index général sera enfin promulgué, s'imposant cette fois à toute l'Eglise : l'Index librorum prohibitorum. Il existera pendant près de quatre siècles, portant condamnation, au fil du temps, de près de 3.000 auteurs et de plus de 5.000 livres, brochures ou revues.
La veille de la cérémonie de clôture du concile Vatican II, par le motu proprio Intégra servandæ, Paul VI, le 7 décembre 1965, transformait la Congrégation du Saint-Office en Congrégation pour la Doctrine de la foi. Le 14 juin 1966, le pro-préfet de cette Congrégation, le cardinal Ottaviani, publiait une notification qui précisait que l'Index "garde sa valeur morale en ce sens qu'il demande à la conscience des fidèles — comme l'exige le droit naturel lui-même — de se garder contre les écrits qui peuvent mettre en danger la foi et les bonnes mœurs. Mais l'Index n'a plus force de loi ecclésiastique avec les censures qui y sont attachées" (la Documentation catholique, n° 1474, 3.7.1966, col. 1175-1176). L'Index n'existait plus.
Sa dernière édition imprimée, par le Saint-Siège, remontait à 1948. Non seulement cette édition est depuis longtemps introuvable mais aussi elle était incomplète puisqu'en 1900, sous Léon XIII, certains titres avaient été retirés. Elle était incomplète également parce qu'entre 1948 et 1966 de nouveaux livres avaient été condamnés par le Saint-Office et qu'ils ne figuraient donc pas dans ce dernier recueil officiel. Le dernier livre mis à l'Index a été, en 1961, sous le pontificat du bienheureux Jean XXIII, La Vie de Jésus de l'abbé Jean Steinmann.
Une édition scientifique et intégrale de l'Index librorum prohibitorum vient de paraître, à l'initiative de l'historien canadien J.M. De Bujanda. Elle rendra les plus grands services aux historiens et aux chercheurs comme aux fidèles soucieux de savoir quels auteurs et quels livres ont été condamnés par l'Eglise.
On y trouve, dans l'ordre alphabétique des auteurs, tous les livres inscrits à l'Index librorum prohibitorum à partir de 1600 jusqu'à son retrait en 1966. Aux condamnations qui se trouvaient dans la dernière édition par le Saint-Siège (1948), ont été ajoutés les autres livres interdits après cette date. Et aussi les centaines de titres qui ont figuré dans l'Index à un moment donné mais en ont été retirés, principalement lors de la réforme de Léon XIII, en 1900.
Les éditions de l'Index faites par le Saint-Siège, jusqu'en 1948, ne présentaient que le nom de l'auteur et le titre de l'ouvrage, avec indication de la date du décret de condamnation. Cette édition, scientifique, non canonique, offre, en plus, dans la plupart des cas, une courte information biographique sur l'auteur condamné et une description bibliographique précise.
. Index librorum prohibitorum. 1600-1966, édition établie par J.M. De Bujanda, Montréal, Médiaspaul/Genève, Librairie Droz, 980 pages, 51,57 euros.



Les libertés de l'abbé de Tanoüarn
Dans le dernier numéro de Pacte, la lettre mensuelle d'informations religieuses qu'il dirige, M. l'abbé de Tanoüarn consacre un article, plein de sympathie dans ses premières lignes, à Alétheia, puis s'émeut de deux expressions contenues dans notre dernier numéro.
Rendant compte du numéro 11 de la Nouvelle Revue Certitudes, j'estimais que le dossier central qu'il contient, sur le concile Vatican II, "n'est pas toujours convaincant". M. l'abbé de Tanoüarn estime que "cette sentence — non argumentée — n'est pas du tout convaincante". Il regrette aussi que les lecteurs du n° 39 d'Alétheia n'aient "pas un mot sur le premier Symposium de Paris". Je répondrai trois choses :
- les lecteurs d'Alétheia avaient déjà pu lire, dans le n° 36 d'Alétheia (2.1.2003), un article de près de deux pages sur ce symposium,
- il me semblait plus utile, dans ma rapide recension, de mettre en valeur le contre-chant — voire le contrechamp — que constituait le long entretien entre Jean Madiran et l'abbé de Tanoüarn. L'abbé de Tanoüarn faisait entendre, sur le concile Vatican II, la voix de Jean Madiran puis celle de certains participants au symposium. Il ne saurait reprocher à ses lecteurs — je ne suis que l'un d'eux — de préférer l'une par rapport à l'autre,
- comme pour toutes les publications que je recense, y compris quand il s'agit de revues qui déversent quelque fiel à mon encontre (ce qui n'a jamais été le cas de Certitudes), j'indiquais l'adresse de la revue de l'abbé de Tanoüarn. Mes lecteurs pouvaient donc se reporter aisément au dossier en question et se faire leur jugement. En revanche, Pacte, entre amabilités et reproches à l'encontre d'Alétheia, n'indique pas à ses lecteurs les moyens de juger sur pièce.
La deuxième émotion de l'abbé de Tanoüarn a été provoquée par la qualification que j'avais cru pouvoir donner à Certitudes : "la plus libre des revues de la FSSPX ou liées à la FSSPX". L'abbé de Tanoüarn, comme s'il avait peur, rétrospectivement, des libertés qu'il a prises dans cette revue, s'écrie : "Chiron insiste lourdement pour qualifier Certitudes de revue la plus libre. Comme si les autres ne l'étaient pas...". Ce n'est pas dans l'absolu que j'ai mesuré la liberté de Certitudes ; c'est relativement aux autres "revues de la FSSPX ou liées à la FSSPX". Je ne crois pas que, jusqu'à ce jour, en faisant le panorama de la vingtaine des bulletins mensuels, bimestriels ou trimestriels des prieurés de la FSSPX, des publications officielles de la FSSPX (Cor unum, Fideliter, D.I.C.I., etc) et des revues liées à la FSSPX (Le Sel de la terre, notamment), ce jugement soit aventuré.
Même si les lecteurs attentifs des publications dirigées par l'abbé de Tanoüarn auront remarqué ses variations de positionnement d'un numéro à l'autre, d'une année à l'autre, sur des questions comme la gnose ou les négociations de la FSSPX avec le Saint-Siège. Signe que la liberté de l'abbé de Tanoüarn est limitée, comme l'est aussi, pour d'autres raisons, celle d'Alétheia.
Ceci dit, on lit toujours avec beaucoup de profit et d'intérêt le mensuel Pacte (2,50 euros le numéro) comme le trimestriel Certitudes (8 euros le numéro). Ils sont tous deux dirigés par l'abbé de Tanoüarn, si fortement imprégné de la pensée du grand Cajetan. On se les procure à Certitudes, 23 rue des Bernardins, 75005 Paris.


Revue des revues
. Avé (Stichting Vaak, Kapittelweg 11, 1216 HR Hilversum, NL, envoi gratuit) publie, comme chaque trimestre, en néerlandais, des informations et des documents sur les apparitions ou soit-disant apparitions mariales, anciennes ou contemporaines. Dans le numéro de mars 2003, on relève, entre autres, un article de Mark Waterinckx sur les arguments négatifs relatifs aux faits d'Akita et des documents sur le "voyant" polonais Domanski, qui dit bénéficier à Olawa, depuis 1986, de messages de la TS Vierge Marie et contre lequel l'archevêque de Wroclaw a publié, en 1999, un décret d'interdiction.
. Kephas (8 bis boulevard Bessonneau, 49100 Angers, 15 euros le numéro), dirigé par M. l'abbé Le Pivain, publie, dans son numéro 5, parmi diverses articles intéressants, une étude de Mgr Guillaume sur la traduction du Notre Père et une longue réflexion, inédite, de l'abbé Berto (1900-1968) : "Les vertus nécessaires à la jeunesse actuelle".
. La Tradizione Cattolica (Via Mavoncello, 25 — 47828 Spadoloro [RN], gratuit), revue officielle du District italien de la FSSPX, publie, en italien, un numéro spécial d'une soixantaine de pages, tout entier consacré à une étude du sédévacantisme par M. l'abbé Michel Simoulin, supérieur du District. M. l'abbé Simoulin estime que le sédévacantisme est "une fausse réponse à un vrai problème". Il en fait une présentation historique en même temps qu'une étude doctrinale.
. La Nation (C.P. 3414, CH-1002 Lausanne, 2,50 francs suisses le numéro) est le journal bimensuel de la Ligue vaudoise, fondée en 1931 par Marcel Regamey. Le numéro du 21 mars contient, en première page, un long article d'Olivier Delacrétaz : "Remarques sur la guerre juste", qui rappelle la doctrine de l'Eglise sur le sujet (de saint Augustin au Catéchisme de l'Eglise Catholique en passant par saint Thomas d'Aquin).


SAINT PIE X AUX PUBLICATIONS DU COURRIER DE ROME
Les Publications du Courrier de Rome, dirigées par l'abbé du Chalard, ont publié, ces dernières années, trois ouvrages consacrés à saint Pie X :
. Documents pontificaux de Sa Sainteté Saint Pie X, 863 et 741 pages, reliure toile, 99 euros les deux volumes.
Publication, dans l'ordre chronologique, de tous les "Actes" de saint Pie X (constitutions, encycliques, motu proprio, allocutions, lettres, brefs) et des actes et décrets des Congrégations romaines. Une source indispensable.
. Conduite de saint Pie X dans la contre le modernisme, 323 pages, 23 euros.
Publication intégrale de la "Disquisitio" rédigée par le P. Fernando Antonelli o.f.m., dans le cadre du Procès de béatification et de canonisation de Pie X, en 1950. Il s'agissait de répondre aux objections relatives au combat contre le modernisme où le pape aurait "dépassé les frontières de la prudence et de la justice". Enquête historique, publication de dépositions faites aux procès et recueil de documents. Un livre essentiel.
. Yves Chiron, Saint Pie X, réformateur de l'Eglise, 346 pages, 21 euros.
Biographie de saint Pie X, la première parue depuis quarante ans en français. Fondée sur des sources imprimées nombreuses et sur diverses sources d'archives (notamment les Archives secrètes vaticanes et les Archives du Ministère français des affaires étrangères).
Ces trois ouvrages sont disponibles aux Publications du Courrier de Rome (B.P. 156, 78001 Versailles). La biographie est disponible aussi auprès de l'auteur, et les lecteurs anglophones peuvent s'en procurer la traduction américaine, Saint Pius X. Restorer of the Church, aux éditions Angelus Press (2915 Forest Avenue — Kansas City , Missouri 64109).

dimanche 2 mars 2003

[Aletheia n°39] La liberté religieuse, de Pie XI au cardinal Ratzinger + Jean Madiran et Balthasar dans Certitudes + Deux ouvrages collectifs sur la liturgie

Aletheia n°39 - 2 mars 2003
La liberté religieuse, de Pie XI au cardinal Ratzinger
Le 24 novembre 2002, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié une " Note doctrinale " intitulée A propos de questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique. Jean Madiran a salué, dans Présent (18.1.2003), cette " énergique apologie de la loi (morale) naturelle, à l’encontre d’une conception intolérante de la "laïcité" et de ce que Jean-Paul II avait précédemment stigmatisé sous le nom de "démocratie totalitaire". "
Sans revenir sur le contenu général de cette note doctrinale, je voudrais attirer l’attention sur son huitième point. Le cardinal Ratzinger y dissocie fortement liberté religieuse et liberté de religion :
" …il est bon de rappeler une vérité qui n’est pas toujours perçue et n’est pas formulée comme il se doit dans l’opinion publique commune : le droit à la liberté de conscience et spécialement à la liberté religieuse, proclamée par la Déclaration Dignitatis humanæ du concile Vatican II, se fonde sur la dignité ontologique de la personne humaine, et non certes sur une égalité entre les religions, ou entre les systèmes culturels humains. Cette égalité n’existe pas. Dans la même ligne, le pape Paul VI a affirmé que "le Concile ne fonde en aucune manière ce droit à la liberté religieuse sur le fait que toutes les religions et toutes les doctrines, même erronées, auraient une valeur plus ou moins égale ; il le fonde, au contraire, sur la dignité de la personne humaine, qui requiert de n’être pas soumise à des contraintes extérieures qui tendent à opprimer la conscience dans sa recherche de la vraie religion et sa soumission à celui-ci." L’affirmation de la liberté de conscience et de la liberté religieuse ne contredit donc pas du tout la condamnation de l’indifférentisme et du relativisme religieux de la part de la doctrine catholique, au contraire elle est pleinement cohérente avec elle. "
Jamais, me semble-t-il, le Magistère, depuis le concile Vatican II, n'a condamné l’indifférentisme aussi clairement. Qui plus est, dans les notes, référence est faite à Pie IX (Quanta cura) et à Pie XI (Quas Primas) ; deux références absentes de la déclaration conciliaire Dignitatis humanæ.
Certes, quant au fondement de cette liberté religieuse (" la dignité de la personne "), le cardinal Ratzinger reste bien dans la ligne de la déclaration conciliaire. C’est la doctrine qu’avait développée le théologien américain John Courtney Murray (cf. Dominique Gonnet s.j., La liberté religieuse à Vatican II. La contribution de John Courtney Murray, Cerf, 1994).
Mais, on sait peu — ou l’on ne sait pas du tout — que cette notion de la "dignité de la personne" comme fondement de la liberté de conscience se trouve déjà dans l’enseignement de Pie XI, le pape du Christ-Roi, de Quas Primas. Dans la lettre apostolique Sollemnia Jubilaria du 21 septembre 1938 (pour le 50e anniversaire de l’Université catholique de Washington), il affirmait :
" …seule la doctrine catholique, dans sa vérité et son intégrité, peut revendiquer pleinement les droits et les libertés de l’homme, parce que seule elle reconnaît à la personne humaine sa valeur et sa dignité. Pour ce motif les catholiques, éclairés sur la nature et les qualités propres de l’homme, sont nécessairement les avocats et les défenseurs de ses droits légitimes et de ses légitimes libertés, et protestent, au nom de Dieu, contre la fausse doctrine qui s’efforce de dégrader la dignité de l’homme même pour l’abaisser à l’humiliante condition de l’esclavage, de le soumettre à l’arbitraire d’une tyrannie inique ou de le détacher cruellement du reste de la famille humaine. "
La liberté religieuse comme arme contre le totalitarisme, c’est exactement la thèse que défendra Mgr Karol Wojtyla, le futur Jean-Paul II, au concile Vatican II.
Aujourd’hui, face au " totalitarisme mou " ou à la " démocratie totalitaire ", la revendication de la liberté religieuse de la part de l’Eglise obéit à une logique identique.
Alain de Benoist, dans un livre paru en Italie, et en partie inédit en français — livre contestable sur bien des points et sur lequel nous reviendrons en une prochaine occasion —, fait utilement remarquer à propos de la liberté religieuse revendiquée par l’Eglise :
" Contrairement à ce qu’affirment les traditionalistes, cette insistance ne revient nullement à minorer les vérités de la foi catholique par rapport aux autres religions. Elle exprime bien plutôt la volonté de l’Eglise d’établir à son bénéfice un espace échappant par définition au pouvoir d’Etat, mais qui, en même temps (et c’est là le point essentiel), puisse être utilisé comme une base à partir de laquelle il lui sera à nouveau possible de jouer un rôle dans la sphère publique, cessant ainsi de se borner à attester de la vérité divine dans la seule sphère privée."
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Jean Madiran et Balthasar dans Certitudes
. Le n° 11 de la Nouvelle Revue Certitudes (23 rue des Bernardins, 75005 Paris, 8 euros le numéro) publie un long entretien de l’abbé de Tanoüarn avec Jean Madiran. Dans La Révolution copernicienne dans l’Eglise, Jean Madiran a voulu mettre en lumière " l’intention viciée qui a présidé à la rédaction de Vatican II ". Mais je ne crois pas qu’il dirait, comme son interlocuteur le fait dans un autre article de la même revue : " la doctrine organique de ce Concile n’avait plus rien de chrétien ".
On lira avec un grand intérêt les longues pages de cet entretien, qui portent sur le concile Vatican II, sur ce que Jean Madiran appelle l’ " apostasie immanente " et aussi sur les origines d’Itinéraires. On peut relever encore ce jugement de Jean Madiran :
" Je crois que Vatican II est susceptible d’une pia interpretatio (comme saint Thomas le faisait vis-à-vis de certains Pères). Je ne suis pas opposé à l’idée que le pape — par des documents — rectifie les ambiguïtés du Concile. Je ne suis pas opposé non plus à l’idée d’une réforme de la réforme, si dans la réforme, il y a la rectification. "
. Même si ce qui fait l’objet central de ce numéro — le dossier " Faillible concile " — n’est pas toujours convaincant, la revue Certitudes, dirigée par l’abbé de Tanoüarn, est la plus libre des revues de la FSSPX ou liées à la FSSPX. On le remarque encore dans ce numéro où Joël Prieur recense, avec admiration et sans aigreur, l’ouvrage d’Hans Urs von Balthasar, sur Le Soulier de Satin de Paul Claudel, que viennent d’éditer les éditions Ad Solem.
Généralement, dans les revues et bulletins de la FSSPX, quand le nom de Balthasar est cité, c’est pour l’associer à Congar et à de Lubac dans une sorte de trinité des théologiens du XXe siècle qu’il faudrait maudire. On fait de Balthasar un des précurseurs de Vatican II — ce qu’il ne fut en aucune manière, à l’inverse des deux autres – ; on lui reproche des pages sur l’enfer — qui, sans doute, sont contestables — ; mais peu de ses censeurs l’ont lu dans toute l’ampleur de son œuvre — plus de soixante-dix ouvrages.
Ici, dans le n° 11 de Certitudes, Balthasar a été lu et bien lu (même si, par deux fois, le recenseur le qualifie à tort de " jésuite " : Hans Urs von Balthasar, créé cardinal par Jean-Paul II, peu de temps avant sa mort en 1988, avait quitté la Compagnie de Jésus dès 1948).
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Deux ouvrages collectifs sur la liturgie
. Enquête sur la liturgie, Éditions de L’Homme Nouveau (10 rue Rosenwald, 75015 Paris), 353 pages, 20 euros.
Suite à la publication de l’ouvrage du cardinal Ratzinger, L’Esprit de la liturgie, le bi-mensuel L’Homme Nouveau, sous la direction de Philippe Maxence, avait ouvert une enquête et un débat, qui ont duré un an. Les réponses publiées dans le bi-mensuel (Mgr Guillaume, Mgr Lagrange, Mgr Léonard, Mgr Raffin, Dom Antoine Forgeot abbé de Fontgombault, Dom Gérard Calvet abbé du Barroux, Dom Philippe Dupont abbé de Solesmes, et bien d’autres intervenants) sont reprises dans cette Enquête sur la liturgie. Y ont été ajoutés des réponses inédites et d’autres textes d’un grand intérêt ; notamment l’article très critique du P. Gy, un des artisans de la réforme liturgique, paru dans La Maison-Dieu, et la réponse, vive, que lui a faite le cardinal Ratzinger dans le numéro suivant de la même revue.
Une première édition de ce livre, publié sous la direction de Philippe Maxence, a été épuisée en quelques semaines. La 2e édition comporte, en fascicule séparé, une " Postface ", de neuf pages, du cardinal Ratzinger. Dans ce texte, " Retour à Sacrosanctum Concilium ", le cardinal Ratzinger estime : " Le champ de la constitution conciliaire est de beaucoup plus vaste que celui des réformes qui ont été introduites par la suite et qui, d’ailleurs, auraient pu être différentes à bien des égards. "
. Foi et liturgie, C.I.E.L. (11 avenue Chauchard, 78000 Versailles), 482 pages, 24 ¤.
Il s’agit des actes du VIIe colloque sur la liturgie organisé par le CIEL. Comme à l’accoutumée, on y trouve une série d’études faites par des théologiens et des liturgistes venus de différents pays. On relève, entre autres, une communication d’Helen Hitchcock sur la question des traductions liturgiques dans les pays de langue anglaise et une autre du chanoine Rose sur la même question dans les pays de langue française.
D’un grand intérêt aussi la communication du frère Santogrossi, de l’abbaye de Mount Angel (USA), sur la liturgie actuelle et l’œcuménisme. À propos du N.O.M., il écrit :
" nous devons regretter un appauvrissement à travers la diminution des éléments qui précisément ont été refusés par la réforme luthérienne : l’accent mis sur l’adoration du Christ réellement présent sous les espèces eucharistiques et sur la messe comme offrande propitiatoire du Christ au Père par le prêtre et l’Eglise. Bien sûr la position du magistère sur ces questions est claire et le novus ordo peut être célébré avec vénération et piété. Mais dans un contexte de confusion théologique, alors que nos frères séparés ont des difficultés pour apprécier clairement l’exposition catholique de la foi, il serait bon de restaurer ces éléments liturgiques concrets qui manquent dans une liturgie luthérienne, même digne et belle.
Parallèlement à la réforme liturgique, la doctrine de la messe comme sacrifice propitiatoire a subi une évolution chez certains théologiens catholiques qui l’ont rendue en grande partie convergente avec la théologie eucharistique luthérienne. En conséquence, des œcuménistes officiellement accrédités envisagent maintenant une pleine communion sacramentelle et ministérielle entre catholiques et luthériens, sans que les luthériens aient besoin d’accepter l’enseignement de Trente sur la transsubstantiation et sur la messe comme un véritable et juste sacrifice. "
Rappelons que l’auteur, Ansgar Santogrossi, est frère bénédictin dans un monastère qui relève de la congrégation helvéto-américaine, où se célèbre habituellement le N.O.M., et qu’il est en même temps l’auteur d’un ouvrage, L’Evangile prêché à Israël, que viennent de publier les éditions Clovis (cf. Alètheia, n° 36, 2.01.2003).
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Le n° 82 de Croisade du Rosaire Apostolique pour l’Eglise, la revue des Chanoines Réguliers de la Mère de Dieu (Abbaye du Saint-Cœur Notre Dame, 1 place Ladoucette, 05000 Gap), publie un intéressant dossier sur Mgr Ghika (1873-1954), intrépide apôtre du XXe siècle, mort dans les prisons roumaines.