mardi 16 avril 2002

[Aletheia n°28] Mgr Brincard et la franc-maçonnerie - et autres textes

Aletheia n°28 - 16 avril 2002
  • Mgr Brincard et la franc-maçonnerie

  • Les évêques de France et la franc-maçonnerie

  • À propos du RP Vieira

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Mgr Brincard : “ Il faut combattre la franc-maçonnerie ”

Mgr Henri Brincard, évêque du Puy-en-Velay, a été interrogé sur la franc-maçonnerie par la radio RCF-Le Puy. Ses réponses s'affichent aussi sur le site internet du diocèse.

Au cours des dernières décennies, la Congrégation pour la doctrine de la foi a rappelé aux catholiques que l'appartenance à un mouvement maçonnique était contraire à la foi chrétienne. J’aimerais savoir pourquoi toutes ces réserves face à la franc-maçonnerie ?

Votre question est courageuse. Avant d'y répondre, je voudrais faire, en guise de préliminaire, les remarques suivantes :

1) Il arrive que des hommes soient bien meilleurs que les doctrines auxquelles ils adhèrent. Il faut s'en souvenir lorsque nous rencontrons des francs-maçons. En revanche, c'est toujours le contraire qui se produit lorsqu'il s'agit de l'Evangile. L'Evangile est plus grand que celui qui le professe. Nous comprenons dès lors pourquoi la première vertu chrétienne est celle de l'humilité.

2) Au cours d'un dialogue, il convient de rejoindre le cœur profond de son interlocuteur. Dans ce cœur, en effet, il y a des aspirations qu'une fausse doctrine ignorera. C'est encore le cas des francs-maçons.

3) Les origines historiques de la franc-maçonnerie sont obscures. Dans le cadre de notre émission, je ne puis m'attarder sur elles. Pour éclairer mon propos, il suffit de dire que la franc-maçonnerie, telle qu'elle apparaît au début du XVIII e siècle, ne peut revendiquer sérieusement une filiation avec certaines corporations médiévales, par exemple, avec celle des tailleurs de pierres. De telles corporations, en effet, étaient d'inspiration chrétienne. Or les constitutions d'Anderson de 1723, texte de référence pour tous les francs-maçons, ne comportent plus la moindre référence au Dieu en Jésus-Christ, révélation reçue, gardée et transmise par l'Eglise fondée sur les apôtres envoyés par le Ressuscité prêcher au monde l'Evangile du salut. Un orfèvre en la matière, Jacques Mitterrand - qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme célèbre, François Mitterrand - l'affirme nettement dans un livre où il explique les principes fondamentaux de la franc-maçonnerie.

Et maintenant, j'en viens à la question souvent posée : “Peut-on être catholique et franc-maçon“ Je réponds clairement : non ! La déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, déclaration engageant fortement l'autorité de l’Eglise, est sans ambiguïtés sur ce point. Elle est du 26 novembre 1983, signée par le cardinal Ratzinger, préfet de cette Congrégation, et dit ceci : "On a demandé si le jugement de l'Eglise sur les associations maçonniques était changé étant donne que dans le nouveau Code de droit canonique, il n'en est pas fait mention expresse comme dans le Code antérieur. Cette Congrégation est en mesure de répondre qu'une telle circonstance est due aux critères adoptés dans la rédaction qui a été suivie aussi pour d'autres associations également passées sous silence parce qu'elles sont incluses dans des catégories plus larges. Le jugement négatif de l'Eglise sur les associations maçonniques demeure inchangé parce que leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l'Eglise et l'inscription à ces associations reste interdite par l'Eglise. Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion. Les autorités ecclésiastiques locales n'ont pas compétence pour se prononcer sur la nature de ces associations maçonniques par un jugement qui impliquerait une dérogation à ce qui a été affirmé ci-dessus. Le Souverain Pontife Jean-Paul II, dans l'audience accordée au cardinal Préfet, a approuvé cette déclaration.“

Cette déclaration a été précédée par une autre, non moins claire, cette fois de la conférence épiscopale allemande. Faite en 1981, elle est cependant peu connue. C'est pourquoi j'invite mes auditeurs à la lire dans la Documentation catholique (n° 1807). On y développe longuement l'incompatibilité fondamentale entre la doctrine de la maçonnerie et les enseignements de l'Evangile.

Et qu'en disent les francs-maçons ?

La franc-maçonnerie reconnaît elle-même cette incompatibilité. J'en veux pour preuve ce que dit à ce sujet Paul Gourdeau, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. Écoutons son message : "Ce qu'il est aujourd'hui important de comprendre, c'est que le combat qui se livre actuellement conditionne l'avenir, plus encore le devenir de la société. Il repose sur l'équilibre de deux cultures : l'une fondée sur l'Evangile et l'autre sur la tradition historique d'un humanisme républicain. Et ces deux cultures sont fondamentalement opposées : ou la vérité est révélée et intangible d'un Dieu à l'origine de toutes choses ou elle trouve son fondement dans les constructions de l'Homme toujours remises en question parce que perfectibles à l'infini. De cette bataille perpétuelle recommencée avec vigueur depuis quelque temps, Malraux disait hier que le XXIe siècle serait religieux ou ne serait pas. C'est à cette affirmation, c'est à ce défi qu'il nous appartient de répondre!“ (Humanisme, n° 193, octobre 1990).

Faire dire à la franc-maçonnerie ce qu'elle n'a jamais pensé, c'est à l'évidence faire preuve d'une naïveté nourrie d'ignorance, c'est confondre sentimentalisme et générosité. Mais Gustave Le Bon ne disait-il pas déjà : "Beaucoup d'hommes sont doués de raison, très peu de bon sens".

Pourtant, certains se revendiquent d'une double appartenance : à l'Eglise et à la franc-maçonnerie ?

Je suis bien conscient que ce que je viens de dire ne plaît pas à tout le monde. Je n'ignore pas non plus qu'un illustre jésuite, le père Riquet - pour ne pas le nommer - a défendu une position différente de celle de l'Eglise. Il l'a même fait connaître dans un livre publié peu de temps avant son décès. À titre personnel, j'ai de l'estime pour le père Riquet. Je rends hommage à son courage pendant la Deuxième guerre mondiale. C'est sans doute, un religieux exemplaire sous beaucoup de rapports. Mais à propos de la franc-maçonnerie, il s'est gravement trompé, probablement abusé par des amitiés nouées en des circonstances difficiles et par une bonne dose de naïveté. À ce propos, il est salutaire de se souvenir que si instruits que nous soyons, nous demeurons fragiles, exposés à de nombreuses erreurs. Un lecteur attentif découvre sans peine que le père Riquet fait preuve de beaucoup de crédulité, par exemple, lorsqu'on affirme que le symbolisme de la franc-maçonnerie peut conduire à la découverte de Jésus-Christ ! En revenant à votre question initiale, je tiens à ajouter que les évêques, et moi le premier, nous sommes la voix de l'Eglise dans la mesure où nous agissons en communion les uns avec les autres autour du "serviteur des serviteurs" qu'est le pape. La déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la foi est une déclaration qui doit éclairer notre action pastorale.

Après tout ce que vous venez de nous dire, Père évêque, quelle attitude doit-on avoir à l'égard des francs-maçons ?

Ma réponse est celle-ci : la franc-maçonnerie constitue un défi qu'il faut relever sereinement et courageusement. Certes, il ne faut pas exagérer l'influence de la franc-maçonnerie ; il ne faut pas, non plus, la sous-estimer. L'attitude d'un catholique agissant en cohérence avec sa foi doit, me semble-t-il, être la suivante : d'abord la clairvoyance. Cela signifie connaître avec exactitude les véritables objectifs que poursuit la franc-maçonnerie. Ensuite, le désir d'approfondir sans cesse la foi chrétienne. L'ignorance est grand ennemi de la foi. Enfin, la résolution de suivre de plus en plus fidèlement Jésus-Christ. L'exemple est plus convaincant que la parole.

Et voici le mot de la fin : notre vraie force est de prendre appui sur Jésus-Christ Lui seul peut changer les cœurs. C'est pourquoi, autant il faut combattre la franc-maçonnerie en rappelant qu'elle est une forme particulièrement nocive de "gnose", autant il faut poser sur les francs-maçons un regard d'espérance, regard né d'une authentique charité, car "rien n'est impossible à Dieu" !

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Les évêques de France et la franc-maçonnerie

. Cette intervention, la plus ferme qu'on ait entendue en France de la part d'un évêque depuis des décennies, peut être perçue comme un certain changement dans l'attitude de l'épiscopat français face à la franc-maçonnerie. D'après diverses sources, la Conférence épiscopale française a abordé à plusieurs reprises ces dernières années, à huis clos, cette question. Les multiples offensives laïcistes de ces dernières années autant que l'attirance de certains catholiques pour la franc-maçonnerie (notamment celle de la GLNF) incitent nombre d'évêques de France à réagir.

L'épiscopat est, sans aucun doute, divisé sur la position à adopter et sur la forme de la réaction. Une déclaration commune en forme de -condamnation solennelle est, semble-t-il, à exclure. En revanche, il est prévu des "initiatives" et des "interventions", personnelles ou collectives, qui prendront des formes diverses.

La rencontre entre les représentants de l'épiscopat français, le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur, en février dernier, pour examiner différents problèmes administratifs et juridiques qui se posent dans l'application de la loi de séparation de l’Eglise et de l'Etat de 1905, est à situer, en partie, dans cette perspective.

A côté de cette -initiative", les fortes et claires paroles prononcées par Mgr Brincard prennent place dans les "interventions" qui pourraient se multiplier. Même si elles sont loin d'être l'expression d'une position unanime des évêques de France.

. En mai 2001, un militant catholique, Michel-Constant Verspieren, a publié un ouvrage d'information critique sur la franc-maçonnerie : L’impasse maçonnique (Éditions Faver, 33 rue Jean Jaurès, 59491 Villeneuve d'Ascq, 180 pages, 15,09 euros).

Il a envoyé cet ouvrage à tous les évêques de France. Un peu moins d'un quart d'entre eux (24) ont accusé réception du livre. Cinq évêques, et un cardinal français résidant à Rome, ont envoyé des encouragement immédiats.

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À propos du RP Antonio Vieira

Dans la revue Le Sel de la terre (Couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé), qui publie son 40e numéro et fête ses dix ans de parution, un rédacteur s'inquiète des orientations qui seraient celles des éditions Ad Solem (2 rue des Voisins, CH - 1205 Genève, www.ad-solem.com). Ces éditions ont publié le dernier livre du cardinal Ratzinger, L’Esprit de la liturgie.

Parmi les autres auteurs publiés par ces éditions, l'éminent rédacteur dominicain jette la suspicion sur “ un livre d'Antonio VIEJA (sic) SJ, maître dans l'art de la conjonction des oppositions ( ... ) qui eut des ennuis avec l'Inquisition pour hérésie judaïsante, livre intitulé Le Salut en clair obscur et recommandé par Yves Chiron dans Présent du 15 janvier 2000, etc. C'est toujours un peu le même monde et les mêmes influences. ”

Pour être plus précis et juste, on peut rappeler que le jésuite Antonio Vieira (1608-1697) n'est pas un obscur auteur jésuite suspect d'hérésie. Ses sermons, dont les éditions Ad Solem livrent une nouvelle traduction et édition, ont été célèbres dans toute l'Europe et traduits en plusieurs langues. En France, pour le seul XIXe siècle, ils connurent deux éditions. Au Portugal, la dernière édition de ses œuvres, parue entre 1951 et 1954, compte 12 volumes.

À lire les quelques lignes citées plus haut, on pourrait croire que le livre publié par les éditions Ad Solem est une illustration de l' “ hérésie judaïsante ” du Révérend Père Vieira. Il n'en est rien. Les trois sermons publiés ici datent d'après sa condamnation par le Saint-Office et sa réhabilitation.

Il est vrai que pour certains écrits aventurés, Vieira fut condamné pour hérésie judaïsante l'Inquisition et qu'il subit ses prisons pendant vingt-sept mois, de 1665 à 1667.

Mais Vieira bénéficia d'une amnistie, fut autorisé par ses supérieurs à prêcher à nouveau et s'établit à Rome. Ses sermons lui valurent alors une renommée internationale. En 1675, pour le mettre à l'abri d'éventuelles suspicions inquisitoriales disproportionnées, le pape Clément X lui accorda un "bref d'exemption envers les Inquisitions d'Espagne et des autres royaumes."

Il restait au RP Vieira plus de vingt ans à vivre. La plus grande partie de son œuvre date de ces décennies. Six ans après l'exemption citée, le brillant prédicateur et théologien choisit de retourner en mission parmi ses chers indiens du Brésil, où il mourra. Non sans avoir préparé, sur ordre de ses supérieurs, l’édition de ses sermons.

mardi 2 avril 2002

[Aletheia n°27] Le “silence” de Pie XII (suite) - La "thèse" du père Murray - Le bienheureux Orione et le modernisme

Aletheia n°27 - 2 avril 2002
•  Le “silence” de Pie XII (suite)
•  La “thèse” du père Murray
•  Le bienheureux Orione et le modernisme
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Le “silence” de Pie XII (suite)
Aux publications sur Pie XII déjà citées dans le précédent numéro d’Alètheia, on en ajoutera trois autres  qui viennent de paraître et vont à rebours de la campagne régulièrement réactivée contre le prétendu “ silence ” du Souverain Pontife face à l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale :
.  Andrea Tornielli, vaticaniste au journal italien Il Giornale, publie Pio XII. Il Papa degli ebrei (Edizioni Piemme, Via del Carmine 5, I-15033 Casale Monferrato, 400 pages, 19,63 euros). L’ouvrage, paru avant la sortie du film Amen qui a relancé la polémique, montre, avec une ample documentation, quelle fut la position constante de Pie XII face au national-socialisme, et ce dès l’époque où il était encore nonce apostolique en Allemagne.
Andrea Tornielli expose ensuite, en se référant à la documentation actuellement disponible, quelle fut l’action de Pie XII et de la hiérarchie ecclésiastique en Europe pour essayer de sauver les Juifs persécutés par les nationaux-socialistes.
Après Alexis Curvers qui, en 1964, avait pris la défense de Pie XII, le pape outragé (éditions Robert Laffont, réédition augmentée en 1988 aux éditions Dominique Martin Morin, 53290 Bouère), Paul Rassinier avait publié, en 1965, L’Opération “Vicaire”, aux éditions de La Table Ronde. Ce livre fait l’objet d’une réédition hors commerce (130 pages grand format, 16 euros port compris, à commander à Pierre Guillaume, B.P. 98, 75223 Paris cedex 05).
Paul Rassinier, professeur d’histoire, actif dans la Résistance et interné dans les camp de Buchenwald et de Dora, puis député, militant socialiste et pacifiste, examinait, dans cette perspective,    “ Le rôle de Pie XII devant l’histoire ”.
Sans méconnaître les réponses à donner à ceux qui accusent Pie XII de s’être “ tu ” - et il en rappelait un certain nombre -, Paul Rassinier s’intéressait principalement à “ la théorie de la Paix ” de Pie XII. Selon lui, c’est parce que Pie XII a tenté d’empêcher la guerre puis a essayé de l’arrêter, à plusieurs moments, que certains s’acharnent contre lui.
Rassinier estimait qu’Alexis Curvers, et Dom Claude-Jean Nesmy auteur  de Pour ou contre “ Le vicaire ” (Desclée de Brouwer), sont “ passés à côté du vrai problème historique ” mais que leurs livres n’en constituent pas moins “ deux remarquables plaidoyers philosophiques ” auxquels il renvoyait le lecteur. Je dirai plutôt que la problématique à laquelle s’attachaient Curvers et Nesmy était la principale en cause : Pie XII a-t-il défendu les Juifs pendant la guerre ? Celle développée par Rassinier est connexe.
. Le rabbin David Dalin, historien américain, avait publié, le 26 février 2001, dans The Weekly Standard Magazine, un long article consacré à “ Pie XII et les juifs ”. Cette étude a été traduite par la Documentation Catholique (3 rue Bayard, 75008 Paris, n° 2266, 17 mars 2002, p. 289-296, le numéro : 4,12 euros).
Le rabbin Dalin passe d’abord en revue 9 ouvrages, la plupart américains ou anglais, qui ont paru ces dernières années et qui sont consacrés à l’attitude de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale. Faisant référence aussi à d’autres sources, le rabbin Dalin rappelle ensuite, en six points, comment Pie XII, avant d’accéder au Souverain Pontificat, “ a toujours été très critique envers le nazisme ”. Puis, en cinq points, il rappelle les actions et interventions de Pie XII en faveur des Juifs pendant la guerre. Il s’interroge aussi sur le sort des Juifs d’Italie. Enfin, il livre cinq témoignages de personnalités israélites qui, entre 1940 et 1945, ont estimé que “ Pie XII est le plus fervent opposant aux thèses hitlériennes ”.
Un excellent article de synthèse qui se conclut par ce jugement : “ Pie XII fut véritablement et profondément un Juste parmi les Nations. ”
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A propos de la “ thèse ” du père Murray
Régulièrement, dans des publications de la Fraternité Saint-Pie X, mais ailleurs aussi, il est fait référence à une “ thèse en droit canonique ”, soutenue à Rome en 1995, par un prêtre du diocèse de New-York, Gerald E. Murray, et qui montrerait “ l’inanité de l’accusation de schisme ” portée contre Mgr Lefebvre suite à la consécration de quatre évêques en 1988, acte qui lui a valu d’être excommunié.
Sans me prononcer en aucune manière sur cette excommunication et sa validité canonique, il faut néanmoins remarquer et préciser :
- la “ thèse en droit canonique ” n’en est pas une. En 1995, le père Murray n’a pas soutenu une thèse de doctorat mais un mémoire de licence de droit canonique, qui compte 73 pages, en anglais. Une licence en droit canonique n’est pas un doctorat en droit canonique. Ce n’est pas rien mais ce n’est pas du même niveau.
- qui, en France, a lu ce travail universitaire ? On en parle de seconde main, à partir de citations faites par autrui, en l’occurrence la revue américaine The Latin Mass. Il est vrai que ce mémoire est resté inédit, mais il n’est pas impossible de se le procurer. Si le père Murray concluait effectivement : “ The examination of the circumstances in which Archbishop Lefebvre performed the episcopal consecrations in the light of canons 1321, 1323 and 1324 raises at the very least a significant doubt, if not a reasonably held certainty, against the validity of the declaration of excommunication pronounced by the Congregation for Bishops ” (p. 71) ; il estimait aussi que l’argument de nécessité mis en avant par Mgr Lefebvre était “ objectively groundless ” (p. 67).
- enfin, quand on fait référence à la “ thèse ” du père Murray, il faut faire référence aussi à la rétractation que le même auteur a fait des conclusions de son mémoire de licence. Cette rétractation est parue dès 1996 dans la revue The Latin Mass et elle a été traduite et publiée en français par la revue Sedes Sapientiae (53340 Chémeré-le-Roi, n° 59, printemps 1997, p. 41-46). Il écrivait notamment :      “ Un canoniste m’a fait remarquer que tout violateur d’une loi canonique essaie de justifier ses actions en se fondant sur la nécessité. Mais, pour qu’un tel appel ait valeur au regard de la loi, il doit y avoir dans la réalité quelque fondement qui appuie la revendication de nécessité. De fait, si, pour un acte donné, il n’y a absolument aucune nécessité de violer la loi, alors il est illégitime de faire appel à une prétendue nécessité. (...) Dans mon mémoire, je niais l’existence d’une nécessité réelle de consacrer des évêques, étant donné l’offre du Pape - acceptée tout d’abord par Mgr Lefebvre - d’élever à l’épiscopat un des membres de sa fraternité. Toutefois, je pensais que Mgr Lefebvre pouvait légitimement en appeler au canon 1324, qui l’exemptait de l’excommunication, pour le motif qu’une estimation erronée sur l’état de nécessité lui permettait d’agir contre la loi. Maintenant, dans ce cas précis, je ne pense plus qu’un appel au canon 1324 tombe sous l’intention visée par la loi. ”
Que cette rétractation soit le résultat des réflexions d’un jeune licencié en droit canonique qui, honnêtement, a approfondi sa réflexion ou soit le résultat de sollicitations pressantes qui lui auraient été faites à Rome, où il étudiait encore en 1996, elle appartient désormais à l’histoire au même titre que son mémoire de licence.
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Don Orione et le modernisme
Le bienheureux Luigi Orione (1872-1940) est bien connu pour son apostolat en faveur de la jeunesse et des pauvres et par la fondation d’une congrégation religieuse, la Piccola Opera della Divina Provvidenza, qui compte aujourd’hui plus de 200 maisons, dans le monde entier, et plus de 1.000 membres.
Le but fixé par Don Orione à sa congrégation était : “ Faire connaître et aimer Jésus-Christ, l’Eglise et le Pape ”. Un ouvrage collectif qui vient de paraître en Italie montre que, dans la tourmente du modernisme, le bienheureux Orione a été exactement fidèle à ce programme : Don Orione negli anni del modernismo ((Jaca Book, Via V. Gioberti 7, I-20123 Milan, 373 pages, 23 euros).
L’ouvrage comprend six parties. Après une présentation du modernisme et de l’antimodernisme durant le pontificat de saint Pie X, les rapports de  Don Orione avec plusieurs des protagonistes de ce combat sont présentés par le père Flavio Peloso, postulateur de la cause du bienheureux Orione et responsable des archives de sa congrégation. Puis des chapitres particuliers sont consacrés aux relations entretenues par le bienheureux Orione avec trois figures éminentes du modernisme : le père Semeria, Ernesto Buonaiuti et Don Casciola. Enfin, 23 documents, dont certains sont inédits, sont publiés : lettres de Don Orione au cardinal Merry del Val et à divers correspondants, lettres adressées à Don Orione par le père Semeria, Buonaiuti et Don Casciola, d’autres documents encore.
De ces études et documents, il ressort que le bienheureux Orione combattit activement le modernisme : quand il était en Calabre, il mit en garde le Saint-Siège contre une association (l’Associazione Nazionale del Mezzogiorno d’Italia) dirigée par des modernistes milanais et qui représente, écrit-il, “ un grave péril pour l’Eglise ” (p. 76-77). Il y eut d’autres courriers adressés à la Secrétairerie d’Etat.
Son jugement historique sur le modernisme était sans ambiguïté : “ si le modernisme et le semi-modernisme continuent, cela conduira, plus ou moins tard, au protestantisme ou à un schisme dans l’Eglise qui sera le plus terrible que le monde ait jamais vu ” (lettre du 26 juin 1913, citée page 81).
Cet antimodernisme actif n’était pas un choix intellectuel, un engagement né d’une confrontation livresque avec le modernisme, mais le résultat d’un engagement spirituel profond : la défense de la Papauté comme centre de l’Eglise et la nécessaire soumission envers elle. Il a voulu, dès l’origine (1903), que les religieux de sa congrégation prêtent un quatrième voeu de “ fidélité spéciale au Pape. ”
Dans le même temps, don Orione a entretenu des liens d’amitié et de charité avec plusieurs figures éminentes du modernisme. Il le faisait avec le plein assentiment de Pie X. Comme en témoignera un des protagonistes, Tommaso Gallarati Scotti : “ en Don Orione, le Pape avait une pleine confiance lui laissant toute liberté dans ses rapports avec ces armes tourmentées ” (cité page 284). Il en sera de même sous le pontificat de Pie XI, le pape demandant expressément à Don Orione d’entrer en relations avec Buonaiuti, excommunié, pour, bien sûr, tenter de le ramener dans la communion de l’Eglise (page 228-229). Flavio Peloso cite des correspondances inédites entre les deux hommes qui montrent quelle confiance s’était établie entre eux dans les années 1930.
 L’attitude du bienheureux Orione dans la crise moderniste est en consonance parfaite avec celle de saint Pie X1. Elles relèvent d’une même conception de l’Eglise,  bien résumée par le père Flavio Peloso au terme de son étude : “ Elle est “magistra” inflexible jusqu’à la dureté dans la garde de la vérité qui lui a été confiée et, en même temps, elle est “mater” confiante qui n’abandonne pas ses propres fils à travers l’action de ses autres fils ” (p. 265).
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Avis de gérance : Sans la générosité de certains lecteurs, Alètheia, qui paraît depuis près de trois ans, n’existerait plus. En effet, le principe de la gratuité de l’envoi a un revers : un nombre croissant de personnes s’y intéressent, d’autant plus que des publications, françaises ou étrangères, signalent son existence et son adresse.
Le fichier des lecteurs d’une publication de ce genre, indépendante, gratuite, solitaire et modeste de format comme de ton, ne peut s’accroître indéfiniment à l’aveugle. Ceux des lecteurs qui, depuis un an,  n’ont pas manifesté leur souhait de continuer à recevoir Alètheia, seront rayés du fichier des envois avant le prochain numéro. Manifester son souhait de continuer à recevoir Alètheia ne signifie pas forcément verser son obole - le principe de la gratuité est irréformable - ni encore moins manifester son accord avec tout ce qui s’y écrit.

dimanche 10 mars 2002

[Aletheia n°26] Le “silence” de Pie XII - et autres textes - par Yves Chiron

Aletheia n°26 - 10 mars 2002

Le “silence” de Pie XII

Le film “ Amen ” relance une polémique qui revient et s’enfle depuis quarante ans. Elle s’est développée depuis la représentation et la publication de la pièce de théâtre de Rolf Hochhuth, Le Vicaire (Éditions du Seuil, 1963). Alexis Curvers répliqua à la pièce par un livre de défense historique : Pie XII, le pape outragé (Robert Laffont, 1964). L’ouvrage a été réédité en 1988, avec un supplément de vingt-cinq pages, par les Éditions DMM ( 53290 Bouère).

Deux autres études éclairent utilement la question :

- en 1963, Joseph L. Lichten a publié aux Etats-Unis, A Question of Judgement. Pius XII and the Jews, National Catholic Welfare Conference. Cette étude semble inconnue des historiens français. Elle a pourtant été traduite, non en français certes mais en italien, en 1988, sous le titre Pio XII et gli Ebrei (Edizioni Dehoniane, Bologne). L’ouvrage, qui défend la mémoire de Pie XII, vaut aussi par la personnalité de son auteur : historien d’origine polonaise, Joseph Lichten, de confession israélite, était membre de l’Anti Defamation League of B’nai B’rith depuis 1945. On sait quel rôle important joua cette association dans le “dialogue judéo-chrétien”, au moment du concile Vatican II pour l’élaboration de la déclaration Nostra Aetate, et ensuite. Joseph Lichten fut un des artisans les plus actifs de ce dialogue.

- en 2000, dans le volume collectif publié sous la direction de François-Georges Dreyfus, Le Patriotisme des Français sous l’Occupation (Éditions de Paris, 7 rue de la Comète, 75007 Paris, 357 pages), Emile Poulat a publié une étude très pertinente consacrée à “ L’Eglise ” (p. 153-175) durant cette période.

Emile Poulat, dans ces pages où, comme à son habitude, les questions posées valent autant que les remarques faites, écrit :

“ On a tôt reproché au pape Pie XII et aux évêques français leur silence, et la controverse n’est pas close : preuve qu’elle excède le simple établissement des faits. (...) Ce silence tant reproché, quelle grande voix l’a alors rompu ? Quel homme d’Etat s’est fait entendre et quelles frontières se sont ouvertes pour accueillir les persécutés menacés dans leur vie ? Pourquoi cette inégalité de traitement, une mise en accusation obstinée de l’Eglise catholique, un voile pudique sur tant d’intérêts publics et privés engagés dans cette tragédie ?

“L’Eglise savait”, lit-on un peu partout. Mais que savait-elle exactement, avec la précision que requiert une intervention soit publique, soit diplomatique ? (...)

On ne rouvrira pas ici le dossier de Pie XII : c’est un fait que les Italiens n’ont pas de lui - ni des papes en général - la même image que les Français. Il suffira de rappeler que le grand rabbin de Rome, Italo Zolli, s’est converti au catholicisme après la guerre et qu’il a choisi comme nom de baptême Eugenio, le prénom du pape Pacelli. ”

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A travers la presse

. Dans Présent du 7 mars (5 rue d’Amboise, 75002 Paris), Jean Madiran s’interroge sur le surprenant “ Décalogue d’Assise pour la paix ”, rendu public tardivement. Jean Madiran fait remarquer que ce texte contredit, par son caractère a-religieux, divers discours prononcés en ces mêmes semaines par Jean-Paul II.

Jean Madiran écrit notamment : “ Il est difficile de ne pas redouter, non pour la première fois, d’apercevoir quelques contradictions anarchiques entre les différentes publications vaticanes. (...) si c’est le Vatican qui professe deux Décalogues, ça ne va plus, les gens ne savent plus à quel saint se vouer, ils continuent à silencieusement quitter une Église dont on n’arrive plus à savoir ce qu’elle dit vraiment. Et ceux qui restent demanderont - sans doute en vain, comme d’habitude depuis trente-cinq ans - demanderont, dis-je, si le nouveau Décalogue remplace l’ancien, ou le complète, ou le corrige, ou en est un aggiornamento. ”

. Des rumeurs circulaient qui charriaient, comme souvent, des extrapolations, des invraisemblances et des déformations. Alethèia s’est refusé à les colporter. Les faits sont plus simples, quoique non sans importance. C’est M. l’abbé Aulagnier lui-même qui a démissionné de sa charge de deuxième Assistant général de la Fraternité Saint-Pie X. D.I.C.I., qu’il avait fondé, a été repris en main par la Maison Générale de la FSSPX. M. l’abbé Arnaud Sélégny en est désormais le directeur de la publication et M. l’abbé Bernard Lorber le responsable de la rédaction. L’adresse pour s’abonner est maintenant celle-ci : Service de Presse DICI, Schloss Schwandegg, CH - 6113 Menzingen.

Le premier numéro de ce D.I.C.I. nouvelle formule (n°45) contient un long éditorial de Mgr Fellay, Supérieur Général de la FSSPX. Mgr Fellay explique sur un ton très direct, pourquoi, selon lui, les accords de Campos, “ ce n’est pas le retour de l’Eglise conciliaire à la Tradition ”. “ C’est, écrit-il, l’entrée dans le pluralisme sous apparence de reconnaissance de la part de Rome, qui est imposé ”.

. Sodalitium (Loc. Carbignano, 36 - 10020 Verrua Savoia - Italie) est la principale revue “ guérardienne ”. Dans son dernier numéro, n° 52, après avoir cité à plusieurs reprises avec bienveillance Alethèia, la revue croit utile de mettre en garde contre son unique rédacteur en ces termes : “ nous ne sommes pas d’accord avec les positions de Chiron, qui - entre autres - est l’un des plus intelligents et dangereux partisans de la nécessité d’un accord entre la Fraternité Saint-Pie X et Jean-Paul II, mais aussi défenseur de l’aile guénonienne de la même Fraternité. ”

Que d’épithètes inutiles ou erronées en si peu de lignes et combien d’erreurs de perspective.

Il y a trois manières d’être membre de la FSSPX : en étant prêtre de la dite-Fraternité sacerdotale, frère de la dite-Fraternité ou encore membre de son tiers-ordre. Je ne suis rien de tout cela. Et, à vrai dire, je ne compte pour rien. Je n’ai pas voix au chapitre dans cette Fraternité et je ne vois pas pourquoi et comment j’y aurais droit. Je ne le revendique ni ne le souhaite. Je suis un fidèle du dernier rang, dans les chapelles de la Fraternité ou ailleurs. Je n’ai pas à “ militer ” pour ceci ou cela.

Quant à défendre une “ aile guénonienne de la même Fraternité ”, il y a double méprise. A ma connaissance, il n’y aucune “ aile guénonienne ” dans la FSSPX - si cela était, ce serait très inquiétant. Et aussi, si vraiment elle existait, je ne chercherai certainement pas à la défendre, René Guénon n’ayant jamais été pour moi un maître ou un modèle. Il y a dans l’oeuvre de Guénon, malgré quelques vues justes sur la crise de la civilisation moderne, trop d’impasses, d’illusions et de dérives qui rendent le plus grand nombre de ses pages inacceptables pour un catholique. Je donnerai volontiers tous les livres de René Guénon pour une seule page lumineuse de Jean Madiran.

dimanche 3 mars 2002

[Aletheia n°25] Les réactions à l’accord de Campos (suite) + Le bienheureux Escriva de Balaguer et la nouvelle messe (suite) + De nouvelles déclarations de soeur Lucie de Fatima

Aletheia n°25 - 3 mars 2002
Les réactions à l’accord de Campos (suite)
• La revue la Nef ( n° 125, mars 2002 - 6 euros -, B.P. 73, 78490 Montfort l’Amaury), publie un entretien avec Mgr Rangel et la longue note doctrinale par laquelle les prêtres de  l’Administration apostolique Saint-Jean-Marie Vianney expliquent leur position. La reconnaissance de l’autorité du Pape, expliquent-ils, n’a présenté pour eux aucune difficulté. “ Nous n’avons jamais ni adopté la position sédévacantiste ni voulu faire un diocèse parallèle, contestant l’unité de régime de l’Eglise. ” Pour expliciter leur reconnaissance et acceptation du concile Vatican II, ils font référence à des déclarations de Mgr Lefebvre (“ J’accepte le concile, interprété d’après la Tradition ”) et de Mgr Fellay et à un article de Jean Madiran paru dans Itinéraires  en novembre 1966. Quant à la reconnaissance de la validité du Novus Ordo Missae, ils se réfèrent, explicitement, à la déclaration similaire faite par Mgr Lefebvre, en mai 1988, dans l’ “ accord doctrinal ” signé avec le Saint-Siège puis retiré.
Fideliter, la revue du district de France de la FSSPX, ne publie aucun article ni commentaire sur les accords signés. Son dernier numéro (n° 146, mars-avril 2002 - 7,5 euros -, B.P. 88, 91152 Etampes cedex) publie, en revanche, le texte complet du communiqué publié le 16 janvier dernier par Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la FSSPX. Mgr Fellay regrette “ la précipitation et le caractère partiellement dissimulé des tractations qui ont conduit à la reconnaissance actuelle. ” Il reconnaît néanmoins “ qu’aucune concession substantielle au niveau doctrinal n’a été faite. ” Mgr Fellay estime enfin que “ la situation nouvelle créée servira de test pour le futur. La Fraternité reste très réservée et observe avec appréhension d’aussi près que possible le développement de l’oeuvre en attendant d’en voir les fruits. ”
• Dans l’éditorial du dernier numéro de  Pacte (n° 62, février 2002,  23 rue des Bernardins, 75005 Paris - 2,50 euros), l’abbé de Tanoüarn juge sévèrement la “ soumission a priori ” de Mgr Rangel et des traditionalistes de Campos. Dans le même numéro, Maxence Hecquard confirme qu’il y eut bien un visite de Mgr Fellay, supérieur général de la FSSPX, à Mgr Rangel, en octobre dernier, pour “ tenter de le convaincre de renoncer à cette funeste signature ”. Dans la suite des accusations de trahison portées par l’intermédiaire des Dominicains d’Avrillé, Maxence Hecquard estime que Mgr Rangel a rompu avec “ une alliance DE plusieurs décennies avec la FSSPX. ”
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Le bienheureux Escriva de Balaguer et la nouvelle messe (suite)
• Mgr Fernando Ocáriz, Vicaire général de l’Opus Dei, à Rome, a bien voulu nous donner des précisions sur la célébration du Novus Ordo Missae par le bienheureux Escriva de Balaguer, évoquée dans les deux précédents numéros d’Alètheia.
D’après les sources publiées et d’après ses propres souvenirs personnels, il confirme que Mgr Escriva a incité tous les prêtres de l’Opus Dei à adopter le nouveau rite. Le fondateur de l’Opus Dei      “ s’appliqua à apprendre le nouveau rite de la Messe ” et refusa qu’on sollicite, pour lui, une permission de conserver le rite traditionnel. Néanmoins, Mgr Alvaro del Portillo, rencontrant Mgr Bugnini, le secrétaire de la Congrégation du Culte divin, obtint, vers 1974, que le fondateur de l’Opus Dei puisse à nouveau célébrer selon le rite traditionnel.
Mgr Ocáriz précise que le futur saint Josémaria Escriva de Balaguer pratiqua en fait ce qu’on appelle le bi-ritualisme : “ au cours des dernières années de sa vie, le bienheureux Josémaria célébrait d’ordinaire la Messe sans peuple, et lorsque parfois il la célébrait en présence du peuple, il utilisait le Missel de Paul VI. ”
Hormis le cas du futur saint Josémaria, la sanctification dans le nouveau rite liturgique est manifeste pour Mère Teresa de Calcutta ou Marthe Robin. Quant au Padre Pio, s’il a conservé jusqu’à sa mort le rite traditionnel, on ne peut en déduire une hostilité au nouveau rite, puisqu’il est mort en 1968, avant que le Novus Ordo Missae soit promulgué. Certes, il a obtenu une dispense écrite de suivre les premières réformes introduites dès 1965, mais les documents rassemblés à l’occasion du procès de béatification montrent que seules des raisons de santé ont alors été évoquées.
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De nouvelles déclarations de soeur Lucie de Fatima
• Comme pour mettre un terme aux controverses qui n’ont pas manqué de surgir suite à la publication et au commentaire, par le Saint-Siège, du troisième secret de Fatima, Mgr Bertone, Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a rendu visite à soeur Lucie, en son carmel de Coïmbra, le 17 novembre 2001, et l’a longuement interrogée (pendant plus de deux heures). A l’issue de cet entretien, un long communiqué a été publié, qui porte la signature conjointe de la voyante de Fatima et de Mgr Bertone. Le traduction intégrale de ce communiqué est parue dans le n° 2264, 17 février 2002, de la Documentation catholique  (4,12 euros - 3 rue Bayard, 75008 Paris).
Soeur Lucie conteste que le troisième secret n’ait pas été révélé intégralement : “ Tout a été publié, a-t-elle déclaré ; il n’y a plus rien de secret. ” Elle dit aussi, à deux reprises, son accord avec l’interprétation que le cardinal Ratzinger a donnée du texte. Enfin, elle réaffirme avec force : “ J’ai déjà dit que la consécration désirée par Notre-Dame a été faite en 1984, et elle a été acceptée par le Ciel. ”
• Ces nouvelles déclarations solennelles ne convaincront sans doute pas ceux qui jugent que la consécration demandée par la Sainte Vierge n’a pas été faite (le Père Gruner, la CRC, la FSSPX, et d’autres) et ceux qui estiment que le texte du troisième secret n’a pas été révélé complètement (FSSPX et site internet fatima.be, entre autres).
La pointe extrême de cette contestation est sans doute représentée par un ouvrage publié par une maison d’éditions millénariste (Le troisième Secret du 26 juin 2000 est un Faux..., Editions D.F.T., B.P. 28, 35370 Argentré-du-Plessis, 192 pages - 17,99 euros).
L’auteur, Laurent Morlier, estime :
“ après comparaison des déclarations anciennes et nouvelles de celle qu’on nous présente comme “Soeur Lucie”, il est aisé de conclure que quelque chose d’assez suspect se passe autour d’elle. Nous en sommes réduits aux hypothèses, mais deux seulement sont envisageables ; soit la vraie Lucie est atteinte de démence sénile ou a été droguée, mais si nous étions dans cette situation ses propos seraient plus ou moins incohérents, ce qui n’est pas vraiment le cas (...) Deuxième hypothèse donc : la vraie Lucie a été “mise au placard” et remplacée par une fausse “Soeur Lucie” tout acquise aux désirs du Vatican actuel, et que l’on met en scène dans certaines occasions importantes où elle doit apparaître en public. ”
Cette hypothèse, hautement rocambolesque, avait déjà été avancée jadis, par les mêmes milieux,  pour expliquer l’évolution du pontificat de Paul VI : le pape de l’application du concile Vatican II aurait été un imposteur, un sosie du vrai Paul VI qui, lui,  aurait été maintenu au secret ...

dimanche 27 janvier 2002

[Aletheia] La réconciliation de l’Union sacerdotale Saint Jean-Marie Vianney avec le Saint-Siège

Yves Chiron - Aletheia n°24 - 27 janvier 2002

Le 14 janvier dernier, Mgr Roberto Gomes Guimarães, évêque du diocèse de Campos, au Brésil, et Mgr Licino Rangel, évêque de l’Union Sacerdotale Saint Jean-Marie Vianney, établie à Campos, ont signé une “ Déclaration conjointe ”. Cette déclaration annonce que “ notre Saint-Père, le Pape Jean-Paul II, a signé le document d’accueil dans la pleine communion ecclésiale des prêtres de Campos, membres de l’Union sacerdotale Saint Jean-Marie Vianney, ainsi que des fidèles catholiques assistés par eux. Ils sont de ce fait considérés comme parfaitement insérés au sein de la sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine. ”
L’Union sacerdotale Saint Jean-Marie Vianney avait été fondée par Mgr Antonio de Castro Mayer, qui dirigea le diocèse de Campos de 1949 à 1981. Son opposition au Novus Ordo Missae , promulgué en 1969, et à la doctrine conciliaire sur la liberté religieuse, l’avait conduit à rejoindre Mgr Lefebvre dans son combat pour la Tradition. En 1988, il avait participé avec celui-ci à la consécration de quatre évêques pour la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X : Mgr Bernard Fellay, Mgr Alfonso de Galaretta, Mgr Bernard Tissier de Mallerais et Mgr Richard Williamson.
Le 25 avril 1991, Mgr de Castro Meyer décédait. Trois mois plus tard, le 28 juillet, Mgr Tissier de Mallerais, Mgr de Galaretta et Mgr Williamson se rendaient à Campos pour consacrer évêque Mgr Licino Rangel, de l’Union sacerdotale fondée par Mgr de Castro Meyer.
Aujourd’hui cette Union sacerdotale et son évêque se retrouvent à nouveau en communion avec le Saint-Siège. La cérémonie officielle de réconciliation a eu lieu le vendredi 18 janvier, dans la cathédrale de Campos, sous la présidence du cardinal Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé et président de la Commission pontificale “Ecclesia Dei ”, chargée des relations avec les communautés traditionalistes.
Ce même jour, un décret de la Congrégation des évêques érigeait l’Union Saint Jean-Marie Vianney en Administration apostolique personnelle et nommait Mgr Rangel à sa tête. Ce statut canonique accordé par le Saint-Siège pour intégrer Mgr Rangel et les 26 prêtres de l’Union sacerdotale est très généreux. Le Code de droit canonique le définit ainsi : “ L’administration apostolique est une portion déterminée du peuple de Dieu qui, pour des raisons tout à fait spéciales et graves, n’est pas érigée en diocèse par le Pontife Suprême, et dont la charge pastorale est confiée à un Administrateur apostolique qui la gouverne au nom du Pontife Suprême ” (can. 371, § 2).
Parallèlement, Mgr Rangel et les prêtres de la nouvelle Administration apostolique ont fait une déclaration que je cite intégralement dans la langue originale (pour n’en pas trahir les intentions):
- Reconheemos o Santo Padre, o Papa João Paulo II, com todess os seus poderes e prerrogativas, prometendo-lhe nossa obediência filial e offereendo nossa oração por ele.
- Reconheemos o Concilio Vaticano II como um dos Concilios Ecumênicos da Igreja Catôlica, accitando-o à luz da Sagrada Tradição.
- Reconheemos a validade do Novus Ordo Missae, promulgado pelo Papa Paulo VI, sempre que celebrado corretamente e com a intençao de ofereer o verdadeiro Sacrificio da Santa Missa.
- Empenhamo-nos em aprofundar todas as questões ainda abertas, levando em consideração o cãnon 212 do Codigo de Direito Canônicoe com um sincero esperito de humilidade e de caridade fraterna para com todos. In principiis unitas, indubiis libertas, in omnibus charitas (S. Agostinho).
Cette Déclaration est très proche de la “ Déclaration doctrinale ” qu’avait signée Mgr Lefebvre en mai 1988 et qui constituait la première partie d’un protocole d’accord avec le cardinal Ratzinger ; accord qui n’a pas abouti comme chacun le sait.
Les réactions à l’accord de Campos
• Quelques jours avant la Déclaration conjointe de l’évêque de Campos et de Mgr Rangel, la revue Le Sel de la terre (Couvent de la Haye-aux-Bonhommes, 49240 Avrillé - n° 39, p. 194-197), revue des religieux dominicains proches de la Fraternité Saint-Pie X, publiait une “ Lettre ouverte aux prêtres de Campos ” par Dom Lourenço Fleichman, bénédictin brésilien. Dans cette lettre, le père Fleichman, traditionaliste, jusque là proche de Mgr Rangel, dit son hostilité à un accord avec Rome qui serait une “ trahison ”. Il dit écrire cette lettre “ sur le conseil et avec l’approbation de Mgr Fellay lui-même ”. Cet accord, écrit-il, se fera “ contre les conseils et les avis des évêques de la Fraternité [Saint-Pie-X] ”.
• Les réactions des autorités de la FSSPX à cet accord des traditionalistes brésiliens avec le Saint-Siège semblent, pourtant, beaucoup moins hostiles. Au début du mois de janvier, l’abbé Aulagnier, dans le n° 36 de son très riche bulletin d’informations hebdomadaire (D.I.C.I., Péricentre 4 - Bât. B, 149 rue de la Délivrande, 14000 Caen), estime que le chemin suivi par Mgr Rangel et la solution juridique trouvée “ seront, pour nous, un exemple ”.
Dans ce même numéro, l’abbé Aulagnier écrivait : “ Je regrette fortement la publication dans Le Sel de la terre, n° 39, de la lettre du RP Laurent. Cette lettre est une franche méchanceté. Le Père Laurent, du Brésil, aurait été bien inspiré de ne pas l’écrire et les Dominicains de ne pas la publier. (...) Mon ange, un jour, m’a dit : “Les Dominicains d’Avrillé font beaucoup de lefebvrisme. Avec cela, ils pourront faire beaucoup de mal et, peut-être, se perdre, eux-mêmes, un jour”. ”
• Le 18 janvier, l’agence de presse Fides, qui dépend de la Congrégation pour la Propagation de la Foi, publiait un communiqué sur la réconciliation qui avait lieu ce jour-là à Campos. Dans ce communiqué il était affirmé : “ Mgr Bernard Fellay, Supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a tenté d’empêcher ce retour, et s’est rendu personnellement au Brésil pour les convaincre de n’en rien faire. ”
Cette information mériterait d’être confirmée ou démentie, en tout cas précisée. Dans un entretien accordé à l’agence de presse APIC, le 9 janvier, Mgr Fellay, a considéré les accords de Campos comme un signe encourageant, même s’il reste très prudent. Il a déclaré : “ La façon dont on traitera les traditionalistes de Campos sera un véritable test. La balle est dans le camp des autorités romaines, qui doivent montrer quelle place ils entendent donner à la Tradition. ” Et aussi : “ Comme nous avons la même position doctrinale que Campos, je crois que les autorités romaines pourraient nous faire la même proposition. ”
• Le 21 janvier, La Croix, sous la signature d’un de ses rédacteurs en chef, Michel Kubler, estime que “ la réintégration d’un groupe lefebvriste brésilien dans le giron catholique romain pose autant de problèmes qu’elle en résout. ” Il se demande aussi : “ pourquoi tant d’efforts pour “récupérer” des ouailles qui en font si peu de leur côté, se prétendant seuls détenteurs de “la” Tradition, quand d’authentiques catholiques se sentent délaissés, tel le fils aîné de la parabole du prodigue...”
Cette réaction face à la réconciliation avec les traditionalistes brésiliens liés à la FSSPX laisse présager comment serait accueillie, dans certains milieux catholiques français, une réconciliation avec la FSSPX elle-même. Dans un entretien accordé au journal allemand Tagesanzeiger, le 5 janvier dernier, Mgr Fellay, a déclaré : “ So sagte er, die Versöhnung mit uns sei quasi unmöglich wegen der Opposition der europäische Bischöfe, namentlich von 65 französischen Bischöfen. ”
Assise, le syncrétisme et la religion naturelle
Le 24 janvier dernier, une nouvelle rencontre interreligieuse de prière pour la paix a eu lieu à Assise, renouvelant celle qui avait déjà eu lieu en 1986. Toutes les confessions chrétiennes et des représentants de toutes les grandes religions du monde étaient présents, rassemblés à l’appel du pape.
Contrairement à ce qui s’est dit et s’est écrit, ni en 1986 ni en 2002, il n’y a eu de prière commune entre chrétiens et non-chrétiens, au sens de prière unique faite en commun. Il y a eu juxtaposition de prières propres à la religion de chacun.
On doit relever aussi les avertissements répétés de la hiérarchie catholique, avant la rencontre, pour ne pas conclure au syncrétisme. Le 5 janvier 2002, dans un important article paru dans l’Osservatore romano, le cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, a rappelé que “ c’est seulement en Jésus-Christ que la vérité est révélée dans sa plénitude ” et que “ les chrétiens ne peuvent pas prier avec les membres des autres religions ”. Il ajoutait qu’à Assise : “ tout syncrétisme doit être exclu. Si les membres des différentes religions veulent collaborer, cela doit se faire dans des domaines comme celui de la justice, des valeurs morales, de la paix et de la liberté.”
Le 22 janvier, interrogé par Radio-Vatican, le cardinal Kasper est revenu sur le sujet et a souligné qu’ “ il y a une différence entre dialogue oecuménique et dialogue interreligieux ”. Ce dernier, a précisé le cardinal, a “ pour but l’amitié, la compréhension mutuelle entre les religions, sans qu’il y ait fondement commun de la foi en Jésus-Christ et dans le baptême ”. Il a répété aussi qu’à Assise, il n’y aurait pas de prière commune : “ nous pouvons nous rassembler et prier, mais nous ne pouvons pas prier “ensemble”. Chaque religion priera dans le lieu qui lui est assigné, mais nous ne prions pas ensemble au sens propre parce que nous ne voulons pas faire un “mélange” des religions. ”
Le lendemain, au cours de l’Angélus, Jean-Paul II avait cru devoir rappeler lui aussi : “ la journée de prière pour la paix n’entend en aucune manière conduire au syncrétisme religieux.”
Toutes ces déclarations des autorités catholiques doivent être prises en compte lorsqu’on évoque les journées d’Assise.
Après la rencontre d’Assise, Jean Madiran a publié dans le numéro 5001 de Présent (5 rue d’Amboise, 75002 Paris), daté du 26 janvier, un article qui exprime très finement “ Le paradoxe d’Assise ”. “ Il y a l’esprit et le fait ”, explique-t-il. L’esprit d’Assise, tel que le définit Jean-Paul II, exclut tout syncrétisme religieux ; “ le fait est parfaitement contraire : partout la réunion d’Assise est reçue par les médias et par l’opinion publique, même catholique, comme une heureuse manifestation de syncrétisme... ” Le paradoxe est aussi que ce que les religions peuvent avoir en commun - la morale naturelle et la religion naturelle - “ est absolument contraire à la démocratie moderne sans Dieu, aux droits de l’homme sans Dieu, qui rejettent toute légitimité supérieure à leur supposée “volonté générale”. ”
A travers les revues étrangères
Depuis le mois de mars 2001 paraît, en néerlandais, une revue consacrée uniquement aux apparitions mariales contemporaines : AVÈ. Nieuwsbrief over actuele verschijningen (Rudo Franken, Markt 7, NL - 6088 BP Roggel). Un de ses principaux rédacteurs est Mark Waterinckx, excellent connaisseur des apparitions contemporaines, notamment celles de Medjugorje. La caractéristique de cette publication est de considérer ces apparitions contemporaines au regard des critères traditionnels de discernement en la matière et en tenant compte des jugements de l’Eglise.
Depuis le mois de septembre 2001, paraît une très belle revue mensuelle en langue anglaise, la Saint Austin Review (296 Brockley Road, London SE4 2RA). Dirigée par Joseph Pearce et Robert Asch, elle est proche des communautés anglaises qui ont bénéficié du motu proprio Ecclesia Dei. D’une très grande qualité esthétique, StAR est une revue culturelle catholique qui traite d’art, de musique, de littérature, de cinéma et d’histoire.
La Tradizione Cattolica est la revue officielle du District italien de la FSSPX (Priorato Madonna di Loreto, Via Mavoncello 25, I - 47828 Rimini). Dans le n° 48, l’abbé Michel Simoulin, supérieur du District italien, qui a été mêlé de près aux négociations engagées entre le Saint-Siège et la FSSPX, publie un important dossier intitulé “ Roma e la Fraternità San Pio X ” (p. 48-63). Des précisions utiles et la publication intégrale de plusieurs documents.
L’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (Villa Martelli, Via di Gricigliano 52, I - 50069 Sieci) publie, en français, une belle revue du même nom. Dans le dernier numéro, n° 23, on trouve un intéressant dossier sur Fatima. Outre les documents relatifs au troisième secret de Fatima, on trouve une longue étude de Mgr Rudolph Schmitz, “ Le message de Fatima et la crise de la foi aujourd’hui ”, et la publication d’une très intéressante correspondance échangée entre Mgr Hnilica et le cardinal Ratzinger. Cet échange porte sur la nature-même des apparitions de la Vierge, le mystère du Coeur Immaculé de Marie et son triomphe qui reste à venir.
Précision
Dans le précédent numéro d’Alethéia, j’indiquais qu’à ma connaissance le bienheureux Mgr Escriva de Balaguer, qui sera canonisé dans les mois à venir, avait célébré la messe selon le nouveau rite à partir du moment où il est entré en vigueur. Cette information était incomplète. Mgr Escriva de Balaguer a bien célébré selon le N.O.M. à partir de 1969 mais il en “ souffrait spirituellement ”. Par un intermédiaire, Mgr Del Portillo, permission lui a été accordée de célébrer à nouveau selon le rite traditionnel, ce qu’il a fait jusqu’à sa mort. Les correspondants qui m’ont signalé le fait divergent sur l’autorité qui a accordé cette permission : Paul VI ou le Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin.

jeudi 27 décembre 2001

[Aletheia] Canonisation du fondateur de l’Opus Dei - Autorisation du culte public à l’Ile-Bouchard

Yves Chiron - Aletheia n°23 - 27 décembre 2001

Canonisation du fondateur de l’Opus Dei

Mgr Josemaria Escriva De Balaguer, fondateur de l’Opus Dei, sera canonisé au printemps ou à l’automne prochain. Le 20 décembre dernier, Jean-Paul II a approuvé le décret reconnaissant le caractère miraculeux d’une guérison attribuée à son intercession. Le même jour, quatre autres décrets de guérisons miraculeuses étaient signés par le pape, permettant ainsi la canonisation future d’autres bienheureux. Parmi les futurs canonisés, figure aussi le bienheureux Padre Pio.

La canonisation prochaine des bienheureux Padre Pio et Josemaria Escriva a déjà provoqué l’inquiétude voire la colère de certains. Guillaume Goubert, rédacteur en chef adjoint de La Croix a, le 21 décembre, dit son “ émotion inquiète ” et sa préoccupation “ de ce que l’Eglise catholique dit d’elle-même au travers de telles canonisations ”. Il estime que “ d’autres manières d’annoncer l’Evangile mériteraient - mériteront - d’être honorées ”. Et de citer les noms de Don Sturzo, le fondateur de la Démocratie chrétienne, et de Mgr Romero, l’évêque assassiné au Salvador.

A n’en pas douter, la canonisation de Mgr Escriva n’a pas fini de susciter des controverses. Certains font remarquer que cette canonisation aura été très rapide. Il est vrai que Mgr Escriva sera le saint le plus “récent” de l’histoire de l’Eglise : mort en 1975, sa cause de canonisation a été introduite en 1981, il a été béatifié dix ans plus tard et va être canonisé vingt-six ans après sa mort. Une telle brièveté, dans l’examen d’une cause et sa double conclusion, si elle est exceptionnelle n’est pas unique dans l’histoire de l’Eglise. Saint Charles Borromée, lui aussi, a été canonisé exactement vingt-six ans après sa mort, survenue en 1584 ; et saint Philippe Neri a été canonisé moins de vingt-sept ans après sa mort.

Si la cause de canonisation de Mgr Escriva a abouti si vite, - outre ses vertus personnelles, évidemment -, c’est que la nature de l’oeuvre qu’il a créée favorisait par elle-même l’expansion de la réputation de sainteté de son fondateur. A la mort de Mgr Escriva, l’Opus Dei comptait quelque 60.000 membres répartis sur tous les continents, dans 80 pays. C’est tout naturellement que ces membres ont voulu voir la sainteté de leur fondateur être reconnue. Les postulateurs, lorsqu’ils ont voulu que Rome introduise la cause de canonisation de Mgr Escriva, n’ont eu aucun mal à rassembler les lettres postulatoires nécessaires : environ 6.000, dont 69 de cardinaux, 241 d’archevêques, 987 d’évêques et 41 de supérieurs d’ordres et de congrégations religieuses. Tous n’appartenaient pas à l’Opus Dei mais une telle vague (plus d’un tiers de l’épiscopat mondial) montrait le rayonnement et l’influence de l’Opus Dei.

Un autre point mérite, en revanche, d’être relevé. Mgr Escriva va être le premier saint de l’histoire de l’Eglise (le premier canonisé) à avoir célébré, de manière habituelle dans les dernières années de sa vie, le nouveau rite de la messe. La question s’élargit à celle plus générale de l’attitude de l’Opus Dei face à la crise de l’Eglise et aux bouleversements liturgiques. Il y a là, me semble-t-il, un intéressant sujet historique à étudier. Et, plus encore, une considération doctrinale à faire : si le nouveau rite de la messe n’est pas orthodoxe, comme le dit la Fraternité Saint-Pie X (cf., par exemple, la mise au point faite par l’abbé Grégoire Celier dans Monde et vie du 13.12.2001), comment est-il possible de se sanctifier en la célébrant ?

Autorisation du culte public à l’Ile-Bouchard

Du 8 au 14 décembre 1947, dans une période très troublée de l’histoire de France - avec une évidente tentative de subversion communiste -, la Vierge Marie est apparue sept fois à quatre petites filles de L’Ile-Bouchard, en Indre-et-Loire. La Vierge Marie, dans ses messages, demanda notamment : “ Dites aux petits enfants de prier pour la France, car elle en a grand besoin ”.

Ces apparitions de la Vierge, si elles n’ont pas encore fait l’objet d’un jugement canonique reconnaissant leur authenticité, ont été considérées avec une bienveillance grandissante par les évêques successifs du diocèse :

- en 1966, l’église Saint-Gilles, où ont eu lieu les apparitions, est dédiée à Notre-Dame de la Prière ;

- en 1988, Mgr Honoré, archevêque de Tours, autorise l’installation dans l’église, sur le lieu des apparitions, d’une statue de la Vierge réalisée selon les descriptions des voyantes ;

- en 1992, il donne son imprimatur à une étude historique et théologique de grande ampleur : Marie-Réginald Vernet o.p., L’Ile-Bouchard, la Vierge et ses apparitions, Téqui, 1992, 422 pages ;

- le 8 décembre 2001, au terme d’une enquête canonique qui aura duré dix-huit mois, Mgr Vingt-Trois, publie un décret qui autorise les pèlerinages et le culte public à Notre-Dame de la Prière.

En voici le texte intégral :

Décret

Depuis 1947, de nombreux catholiques viennent en pèlerinage à l’église paroissiale Saint-Gilles de L’Ile-Bouchard pour y vénérer la Vierge Marie. Ces pèlerinages ont porté de nombreux fruits de grâce. Sans jamais céder à l’attrait du sensationnel, ils développent un esprit de prière et contribuent à la croissance de la foi des participants.

Après avoir soigneusement étudié les faits et pris conseil des personnes compétentes, j’autorise ces pèlerinages et le culte public célébré en l’église paroissiale Saint-Gilles de l’Ile-Bouchard pour invoquer Notre-Dame de la Prière, sous la responsabilité pastorale du curé légitime de cette paroisse.

Fait à Tours, le 8 décembre 2001

En la fête de l’Immaculée-Conception

+ André VINGT-TROIS

Archevêque de Tours

Signalons encore qu’une des quatre voyantes de 1947, Jacqueline Aubry, livre parfois son témoignage sur les apparitions à l’occasion de visites dans des communautés religieuses ou lors de rassemblements de prière. Une cassette contenant le témoignage de J. Aubry est disponible à l’Abbaye Sainte-Madeleine, 84330 Le Barroux.

lundi 17 décembre 2001

[Aletheia n°22] In Memoriam Mgr Piolanti + Mgr Marchetto et l’interprétation du Concile + Medjugorje “source de division dans l’Eglise” + Condamnation de l’ “Armée de Marie”

Aletheia n°22 - 17 décembre 2001
In Memoriam Mgr Piolanti
• Mgr Marchetto et l’interprétation du Concile
• Medjugorje “source de division dans l’Eglise”
• Condamnation de l’ “Armée de Marie”
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Mgr Piolanti (1911-2001)
Mgr Antonio Piolanti est mort, à Rome, le 28 septembre dernier. Gravement malade depuis plusieurs années, il est mort sans avoir reçu la dignité cardinalice que son service inlassable et fidèle de l’Eglise pouvait laisser espérer à ses amis.
En consultant l’Annuario Pontificio pour l’année 1954, au coeur du pontificat de Pie XII, on relève la multiplicité des fonctions qu’exerçait alors Mgr Piolanti : camérier secret depuis 1947 et professeur de théologie à l’Université pontificale du Latran, il était consulteur de la Congrégation De Propaganda Fide, conseiller de la Congrégation des Séminaires, prélat référendaire au Tribunal de la Signature Apostolique, examinateur apostolique du clergé au Vicariat de Rome, membre de l’Académie de saint Thomas d’Aquin (fondée par Léon XIII) et membre de l’Académie Pontificale de l’Immaculée.
Il avait fondé aussi, en 1948, une revue trimestrielle de théologie et de philosophie thomiste, Doctor communis (qui existe toujours) et en 1956 une autre revue de théologie, Divinitas (qui existe encore elle aussi). Il fut un des inspirateurs de l’encyclique Humani generis (1950) dans laquelle Pie XII mettait en garde contre “ un irénisme imprudent ”, le “ relativisme dogmatique ”, l’ “ exégèse nouvelle ” et autres “ opinions fausses qui menacent de ruiner les fondements de la doctrine catholique ”.
Sur un des points mis en question par l’encyclique (une fausse conception du “ surnaturel ” - et l’ouvrage du même nom du père de Lubac était visé même s’il n’était pas nommé), Mgr Piolanti multiplia ensuite les ouvrages, notamment en publiant Aspetti della grazia, Rome, Edizioni Ares, 1958. Cette année-là aussi, Mgr Piolanti, recteur de l’Université pontificale du Latran depuis un an, dirigea la publication d’un important volume collectif, Il Protestantesimo ieri e oggi (Rome, Libreria Editrice della Pontificia Università Lateranense, 1385 pages). Cet énorme volume, articulé en trois parties (Origines et développement du protestantisme, Etat actuel du protestantisme, Doctrine du protestantisme et réfutation catholique), rassemblait, pour une des dernières fois avant le concile Vatican II, ce que la “ théologie romaine ” comptait de représentants les plus éminents : notamment Mgr Palazzini, Mgr Gherardini, le père Spiazzi.
Mgr Piolanti fut associé aux travaux de la Commission antépréparatoire du concile Vatican II dès 1959 puis, pendant le concile, il fut membre de la Commission de doctrina. Dans l’après-concile, il fut de ceux qui, à Rome, étaient de moins en moins en consonance avec certaines des nouvelles orientations doctrinales, pastorales et liturgiques. En 1969, il perdit sa charge de recteur du Latran mais il put continuer à exercer une certaines influence par les revues qu’il dirigeait toujours, par les charges qu’il put encore occuper (vice-président puis président de l’Académie de S. Thomas et secrétaire de l’Académie Pontificale Théologique Romaine), et par des collections d’ouvrages qu’il créa à la Libreria Editrice Vaticana (“Studi e ricerche sul clero romano”, “Biblioteca per la storia del tomismo”) et aux éditions Citta Nuova (“Studi tomistici”).
La dernière cause à laquelle Mgr Piolanti s’est dévoué, jusqu’à ses dernières forces, a été celle de la béatification de Pie IX. Postulateur de cette cause depuis 1971, Mgr Piolanti s’activa, avec intelligence et sérieux, à promouvoir une meilleure connaissance d’un pape réduit trop souvent à des caricatures. A partir de 1972, il publia une revue trimestrielle, Pio IX, consacrée à des études historiques sur les différents aspects de la vie et du pontificat du pape de l’Immaculée Conception et du Syllabus et, en 1975, il lança à la Libreria Editrice Vaticana une collection de Studi Piani .
Mgr Piolanti accueillait volontiers les visiteurs intéressés par Pie IX dans ses appartements du Palazzo Canonici, au Vatican. Je garde en mémoire les conversations que nous avons eues dans les années 80/90 à propos de la biographie de Pie IX que je préparais. Je conserve précieusement aussi, comme des pièces émouvantes de cette amitié qui nous liait, deux cadeaux qu’il m’avait faits : le gros volume relié de plus de mille pages du Summarium de la Positio super Introductione Causae de Pie IX, publié en 1954 par la Sacrée Congrégation des Rites et une médaille du pape Pie IX fondue dans le plomb de son premier cercueil et que le vénéré prélat offrait aux visiteurs avec lesquels il se sentait en conformité d’esprit.
Une des dernières joies de Mgr Piolanti aura été, un an avant sa mort, de voir Pie IX béatifié par Jean-Paul II. Mgr Piolanti a trouvé en Mgr Gherardini un digne héritier qui saura, si Dieu le veut et si un pape l’ose, conduire le bienheureux Pie IX jusqu’à la canonisation.
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Interprétations de Vatican II
Mgr Angelo Marchetto, lecteur attentif d’Alètheia, était jusqu’à présent observateur permanent du Saint-Siège auprès de la F.A.O. (Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture). Jean-Paul II vient de le nommer secrétaire du Conseil pontifical pour la Pastorale des migrants.
Mgr Marchetto a publié plusieurs articles remarqués, notamment dans l’Osservatore romano, sur l’herméneutique du concile Vatican II. Un certain nombre de ces études ont déjà été recensées ici. Dans le n° 38 de l’Archivum Historiae Pontificiae (Piazza della Pilotta, 00187 Roma, Italia), Mgr Marchetto publie une longue note critique intitulée : “ Il Concilio Vaticano II : considerazioni su tendenze ermeneutiche dal 1990 ad oggi ” (p. 275-286). Mgr Marchetto fait remarquer d’abord que les nombreux travaux historiques consacrés jusqu’ici au concile Vatican II ont finalement peu utilisé et peu tenu compte des Actes officiels du concile dont l’édition critique a été assurée par Mgr Carbone et qui est achevée depuis peu (62 gros tomes, au total).
Mgr Marchetto souligne aussi, comme dans ses précédents articles, combien l’historiographie actuelle du concile est dominée par une problématique lancée avec force moyens par l’Institut pour les sciences religieuses de Bologne, du professeur Giuseppe Alberigo. Le professeur Alberigo est le maître d’oeuvre d’une grande Histoire du concile Vatican II, en plusieurs volumes, dont l’édition italienne, qui compte pour l’instant quatre tomes, connaît déjà des traductions française, allemande, anglaise, espagnole et portugaise. Mgr Marchetto estime que cette Histoire est “ idéologique ” plus que véritablement historique parce qu’elle est sous-tendue par une herméneutique simpliste : la “ nouveauté ” de Vatican II serait d’être, dans sa phase Jean XXIII, une “ rupture avec le passé ”, tandis que, dans sa phase Paul VI, il serait en retrait et en recul.
Mgr Marchetto estime encore que l’ouvrage d’A. Zambarbieri, I Concilii del Vaticano (Cinisello Balsamo, Ed. San Paolo, 1995) est “ la meilleure synthèse publiée jusqu’ici, en langue italienne ”, notamment parce que l’auteur a utilisé abondamment les Acta signalés plus haut et a mis en connexion les actes de Vatican I - “ in combinata non casuale ” - avec ceux de Vatican II.
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Medjugorje, “source de division dans l’Eglise”
Au dernier Synode des évêques, réuni à Rome en octobre dernier, le cardinal Puljic, archevêque de Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), a déploré que les supposées apparitions de la Vierge à Medjugorje soient une “ source de division dans l’Eglise ”. Il a évoqué la désobéissance des Franciscains de Medjugorje, ardents partisans, dès l’origine - 1981 - des supposées apparitions de la Vierge. Il a regretté que ces Franciscains, en conflit avec l’évêque du diocèse depuis un quart de siècle, “ imposent leurs propres points de vue ” en n’hésitant pas à arguer de “ pseudo-charismes ”.
Cette intervention, très importante, vient renforcer la position de Mgr Peric, évêque de Mostar, diocèse où se trouve Medjugorje, qui tient les supposées apparitions - qui se poursuivent depuis vingt ans - comme “ non-surnaturelles ”.
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Nouvelle condamnation de l’Armée de Marie
La Conférence des évêques catholiques du Canada a rendu publique, le 15 août 2001, une longue “ Note doctrinale sur l’Armée de Marie ”. L’Armée de Marie, oeuvre de prière et de sanctification, a été fondée le 28 mai 1971, au Québec, par Marie-Paule Giguère, une âme mystique qui a publié, en quinze volumes, son autobiographie sous le titre de Vie d’amour. L’Armée de Marie a été reconnue, comme pieuse union, en 1975, par un décret canonique de Mgr Roy, archevêque de Québec. L’Armée de Marie, les révélations et visions de Marie-Paul Giguère, ont trouvé, en France de nombreux défenseurs : notamment l’abbé Jean Derobert, qui a publié des dizaines d’ouvrages et de brochures sur les apparitions et faits extraordinaires ; Raoul Auclair, auteur millénariste qui rejoindra, finalement, l’Armée de Marie au Canada (où il est mort) ; même l’abbé Laurentin (cf. Multiplication des apparitions de la Vierge aujourd’hui, Fayard, 1991, 3e édition, p. 151-152).
A partir de 1986, des mises en garde ont été faites par l’archevêché de Québec à propos de nombreuses “ erreurs graves ” répandues dans les publications de l’Armée de Marie. Le 4 mai 1987, un décret du cardinal Vachon, archevêque de Québec, révoquait le décret par lequel son prédécesseur avait érigé l’Armée de Marie en pieuse union.
Aujourd’hui, c’est une note doctrinale plus développée qui met en garde les catholiques. Comme cette note n’a été publiée, à ma connaissance, par aucune publication française, même pas par la Documentation catholique, il n’est pas inutile d’en reproduire l’essentiel :
Les activités et les enseignements de l’Armée de Marie comportent des dangers réels pour l’Eglise catholique au Canada et pour la foi de ses membres. En raison de ces faits et de la menace continue de division pesant sur l’intégrité et l’unité de la foi catholique au Canada, par la présente, les évêques canadiens déclarent et informent tous les fidèles de l’Eglise catholique au pays, que l’Armée de Marie, même si celle-ci soutient le contraire, ne peut pas être considérée comme une association catholique. Certains des enseignements qu’elle propage à propos de la rédemption, de la Vierge Marie et de la “ réincarnation ” s’écartent fondamentalement de l’enseignement et de la profession de foi de l’Eglise catholique. Parce que la foi des fidèles s’en trouve menacée, nous, les évêques du Canada, exhortons les membres et les sympathisants de l’Armée de Marie à cesser leurs activités, quelles qu’elles soient : publications, participation aux rencontres de prière et aux célébrations liturgiques, spécialement celles qui ont lieu au Centre Spiri-Maria, au Québec.
(...) La supposée révélation privée sur laquelle l’Armée de Marie fonde sa seule prétention à la légitimité introduit des doctrines nouvelles et erronées au sujet de la Vierge Marie et de son rôle dans l’histoire du salut. Elle va au-delà de la Révélation définitive du Christ et y ajoute grandement. L’Armée de Marie veut faire croire à ses membres, par exemple, que leur “ Immaculée ” est co-éternelle et habite dans la personne même de la dépositaire de ces révélations privées. C’est à cause de tels efforts fallacieux en vue d’ajouter à l’essence même de la foi que la reconnaissance d’association catholique a été retirée à l’Armée de Marie.
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Revue des revues
L’Homme nouveau (10 rue Rosenwald, 75015 Paris, 18 F le numéro) a connu d’assez importantes transformations depuis que Philippe Maxence, venu de la Nef, en est devenu le rédacteur en chef. Dans le numéro du 16 décembre, on trouve notamment un très intéressant dossier sur Charles Ier de Habsbourg, le dernier empereur d’Autriche-Hongrie ; dont un entretien avec Mgr Krenn, évêque de Sankt Pölten, président de la Gebetsliga, Ligue de prière pour la cause de béatification de Charles de Habsbourg.
Certitudes (23 rue des Bernardins, 75005 Paris, 50 F le numéro) publie un dossier critique de dix articles consacrés à la thèse - contestable - de Jacques Prévotat : Les Catholiques et l’Action Française. Histoire d’une condamnation, 1899-1939, Fayard, 742 pages.
D.I.C.I. (149 rue la Délivrande, Péricentre 4 - Bât. B, 14000 Caen, 10 F le numéro) publie un article de M. l’abbé Aulagnier intitulé “ Le card. Castrillon Hoyos dans la “bataille” de la messe ” où il estime que la nouvelle messe “ n’est pas contraignante précisément parce qu’il manque la note de constance, d’antiquité, de continuité. ” Il écrit aussi : “ il n’y aura jamais prescription, prescription trentenaire ; on commence à entendre cet argument (Dom Gérard - Yves Chiron...). Car la présence constante de cette nouvelle messe, même si elle peut revendiquer maintenant trente ans d’existence, ne fut jamais une présence paisible.” Mgr Fellay, supérieur général de la FSSPX, dans l’Adresse au Saint-Père qu’il faisait le 2 février 2001, envisageait encore une alternative : “ modification ou abrogation ”.