dimanche 14 octobre 2007

[Aletheia n°115] Un évêque français contre la Franc-Maçonnerie

Aletheia n°115 - 13 octobre 2007
UN ÉVÊQUE FRANÇAIS CONTRE LA FRANC-MAÇONNERIE - par Yves Chiron
Il y a longtemps, plusieurs décennies au moins, un siècle peut-être, qu’un évêque diocésain français n’avait pas publié un livre pour mettre en garde les fidèles contre la franc-maçonnerie. Ce n’est pas que tous les évêques français aient été silencieux sur la franc-maçonnerie, mais, depuis la fin du pontificat de Pie XII, leurs interventions sur le sujet ont été rarissimes. Les initiatives qui penchaient vers la sympathie, voire la complaisance (rappelons les noms de Mgr Pézeril et de Mgr Thomas), ont été davantage médiatisées que les déclarations qui mettaient en garde.
Dans les dernières années, il y a eu, en France, deux interventions épiscopales pour rappeler, de façon argumentée, la condamnation de la franc-maçonnerie par l’Eglise : en 2002, Mgr Brincard, évêque du Puy, dans un long entretien à une radio chrétienne locale[1] et, en 2004, Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, dans un autre entretien, à la revue La Nef, entretien qui concluait un intéressant dossier sur le sujet[2]. Précisons que c’est Mgr Rey qui avait demandé à la revue de consacrer un dossier spécial sur le sujet.
Mgr Rey y revient dans un livre lumineux : Peut-on être chrétien et franc-maçon?[3] L’ouvrage est composé de six chapitres argumentés et de cinq annexes utiles.
Les six chapitres:
  • Comment définir la franc-maçonnerie?
  • Quelle est la position de l’Eglise catholique?
  • Sur quoi porte cette hostilité de l’Eglise catholique envers la franc-maçonnerie?
  • Sur quoi porte la condamnation de l’Eglise catholique?
  • Quelles sont les conséquences théologiques de cette opposition?
  • Influence de la franc-maçonnerie dans la société française?
Ces multiples approches sous forme d’interrogations ne doivent pas tromper sur la clarté du propos. La position de Mgr Rey est sans ambiguïté et elle est d’autant plus fortement affirmée qu’elle ne lui est pas propre mais celle de l’Eglise catholique : « La position de l’Eglise est donc constante depuis la naissance de la franc-maçonnerie. On ne peut être en même temps catholique et franc-maçon » (p. 11).
Cette incompatibilité fondamentale tient à l’essence même de la doctrine maçonnique. Mgr Rey rappelle : « La franc-maçonnerie anglo-saxonne confesse sa foi en Dieu, ”Grand Architecte de l’univers”. Cependant les Constitutions d’Anderson de 1723, texte de référence pour tous les francs-maçons, ne comportent pas la moindre référence à Dieu en Jésus-Christ, ne mentionnent jamais la Sainte Trinité, le péché, le salut, la résurrection, la venue de l’Esprit-Saint… » (p. 6).
L’esprit apparent de tolérance de la franc-maçonnerie et le spiritualisme de ses rites ne doivent pas faire illusion. L’Église ne peut être d’accord ni avec son affirmation d’un ésotérisme (« le sens caché de l’univers » serait révélé à travers un enseignement secret), ni avec son relativisme qui aboutit à ce que « les religions se retrouvent sur le même plan, comme autant de tentatives concurrentes pour exprimer la vérité sur Dieu qui, en soi, est inatteignable et insaisissable » (p. 23), ni avec son naturalisme (p. 27).

Mgr Rey, après ces rappels doctrinaux – d’autres aspects encore sont développés –, reproduit quatre documents du Magistère.
Le premier est la Déclaration sur l’incompatibilité entre l’appartenance à l’Eglise et la franc-maçonnerie publiée par la Congrégation pour la Doctrine de la foi le 26 novembre 1983.
Le second est la longue Déclaration de l’Episcopat allemand sur l’Eglise et la franc-maçonnerie, publiée le 12 mai 1980. Rappelons que cet exposé développé sur les « Raisons de l’incompatibilité » a été fait après des entretiens approfondis entre des représentants officiels de l’Eglise catholique et les Grandes Loges Unies d’Allemagne qui ont eu lieu entre 1974 et 1980.
Le troisième document reproduit est plus inattendu : il s’agit de la Note doctrinale de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, le 21 novembre 2002. La Note ne comprend pas de condamnation explicite de la franc-maçonnerie. Mais Mgr Rey avait expliqué : « L’attrait en faveur de la franc-maçonnerie souligne certaines carences pastorales de l’Eglise ». Un des meilleurs moyens de lutter contre la franc-maçonnerie est d’ « investir le champ politique ». La Note de 2002 fixe des orientations utiles, mais certainement pas exhaustives, et rappelle les principes de la doctrine catholique.
Enfin, le quatrième document est un extrait de Fides et Ratio, l’encyclique sur les rapports entre la foi et la raison publiée en 1998 par Jean-Paul II. Dans son étude, Mgr Rey avait montré le lien entre certaines déficiences quant à la conception même de la foi et l’attrait de la franc-maçonnerie : « le divorce entre la foi et la raison, dénoncé par le pape Jean-Paul II dans sa lettre encyclique Fides et ratio déporte insidieusement la foi vers un certain piétisme, un sentimentalisme religieux. Livrée à elle-même, la raison n’est plus finalisée par la recherche de la Vérité. Elle se trouve à la merci des idéologies ou des constructions subjectives. L’engagement du chrétien dans la franc-maçonnerie relève, dans bien des cas, d’une méconnaissance de ce lien organique entre foi et raison » (p. 31).

On manquerait à l’honnêteté, si on ne signalait pas l’une ou l’autre expression qui laisse insatisfait ou dubitatif. Ainsi quand Mgr Rey affirme : « les chrétiens ont à défendre le principe et la vertu d’une ”laïcité ouverte” » (p. 35). Ou encore quand il parle, pour les chrétiens, d’une « vision d’humanité basée sur l’être humain » (p. 37) ; la tradition théologique et spirituelle dirait plutôt, me semble-t-il, « une vision d’humanité basée sur la révélation de Dieu en Jésus-Christ ».
Mais ces remarques de détail n’enlèvent rien à l’intérêt et à la clarté de cette parole courageuse d’évêque. On sera attentif à l’accueil que lui réserveront non les grands médias, souvent silencieusement complices sur ce genre de sujet, mais la presse catholique, à commencer par La Croix et La Documentation catholique. Oseront-ils parler de ce livre?
En marge de cet ouvrage, finissons par une anecdote authentique que la discrétion oblige à tenir anonyme. Il y a six ans, peu après la prise de possession de son diocèse – une ville prestigieuse de la région parisienne – le nouvel évêque a été abordé par le vénérable de la loge locale qui lui a demandé quand il comptait solliciter son admission dans la franc-maçonnerie… Le nouvel évêque a refusé l’invitation.
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Vient de paraître
Yves Chiron : Enquête sur les apparitions de la Vierge
Tempus, octobre 2007, 427 pages, 10 euros.
Publié en 1995 aux éditions Perrin, cet ouvrage reparaît en collection de poche, dans une version augmentée et corrigée. Avec notamment des mises à jour et des compléments sur La Salette, Lourdes, Fatima et Medjugorje.
Introduction
1. QU'EST-CE QU'UNE APPARITION?
Vision ou apparition? - Apparitions et Révélation - Structures des apparitions - Le lieu - Le moment - Le bénéficiaire - Le signe annonciateur - Le vocable - Le signe d'authentification - La source - Les guérisons et les pèlerins - Critères d'authenticité.
2. LA VIERGE DES MIRACLES
Quelle est la plus ancienne apparition mariale? - Fondation de sanctuaires - Fondation et protection d'ordres religieux - Miracles de protection et de guérison - Notre-Dame-des-Victoires.
3. APPARITIONS EN TERRE DE MISSION
Amérique - Afrique - Asie, Océanie.
4. FACE AU PROTESTANTISME
Apparitions préventives - En Europe de l'Est - En France - Louis XIII et la Vierge Marie - Notre-Dame-de-l'Osier - Du Luberon à la Bretagne.
5. CONTRE L'INCRÉDULITÉ
Le Laus ou le jansénisme vaincu - La Vierge Marie face aux Lumières - La Vierge Marie face à la Révolution - Après la tourmente.
6. DE PARIS À BANNEUX (1830-1933)
Paris - La Salette - Cerreto - Porzus - Lourdes - Philippsdorf - Pontmain- Saint-Bauzille - Pellevoisin - Gietrzwalde - Knock - Fatima - Beauraing – Banneux.
7. LA VIERGE CONTRE LE COMMUNISME ET LE NAZISME
Fatima et le communisme - L'Ile-Bouchard (1947) - Expansion du communisme - Face au nazisme.
8. FAUSSES APPARITIONS
De type apocalyptique - De type mimétique - Par illusion - De type sectaire.
9. APPARITIONS CONTROVERSÉES
Tilly - Kerizinen - Garabandal - San Damiano – Medjugorje.
10. SECRETS ET CHATIMENTS
Les secrets « privés » - Secrets destinés à être rendus publics - Châtiments - La Vierge Marie et la fin des temps.
Bibliographie
Index des lieux cités
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Du même auteur
MEDJUGORJE (1981-2006) - “ Constat de non supernaturalitate ”
Éditions Nivoit, 2006, 90 pages, 10 euros.
Avant-Propos
Journal de Medjugorje par Yves Chiron.
Medjugorje, conférence de Mgr Ratko Peric.
Documents:
Entretien avec Mgr Ratko Peric (1997).
Déclaration de Mgr Ratko Peric (1997).
À propos de Medjugorje par Mgr Henri Brincard (2000).
Bibliographie critique
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Commande Envoyer ses nom, prénom, adresse complète en précisant le titre de l'ouvrage commandé et le nombre d'exemplaires.
  • Enquête sur les apparitions de la Vierge au prix de 10 euros l’exemplaire - franco de port.
  • Medjugorje (1981-2006). ”Constat de non supernaturalitate” au prix de 10 euros l’exemplaire franco de port. 
À adresser avec le règlement à l’ordre de l’ «Association Nivoit».
Éditions Nivoit 5, rue du Berry 36250 NIHERNE
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[1] Entretien reproduit intégralement dans Aletheia, n° 28, 16 avril 2002.
[2] La Nef (2 cour des Coulons, 78810 Feucherolles), n° 155, décembre 2004. Cf. Aletheia n° 67, 12 décembre 2004.
[3] Mgr Dominique Rey, Peut-on être chrétien et franc-maçon?, Éditions Salvator (103 rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris), 78 pages, 9,50 euros.

lundi 1 octobre 2007

[Aletheia n°114] Le Magistère - par Yves chiron

Aletheia n° 114 - 1er octobre 2007
LE MAGISTERE - par Yves Chiron
Une action du Magistère
Le P. Peter C. Phan, d’origine vietnamienne, prêtre du diocèse de Dallas et président de la Catholic Theological Society of America, fait l’objet  de deux procédures ecclésiastiques à propos d’un de ses livres, Being religious interreligiously (« Etre religieux de manière interreligieuse »), livre paru en 2004.
En juillet 2005, la Congrégation pour la Doctrine de la foi lui a adressé une lettre contenant dix-neuf observations sur son livre. La Congrégation estime que ce livre du P. Phan est « ouvertement en désaccord avec presque tous les enseignements de la déclaration Dominus Iesus » qui avait réaffirmé que le Christ est l’unique sauveur de tous les hommes et que l’Eglise est nécessaire pour le salut. La Congrégation a demandé au théologien de corriger ses erreurs dans un article et de ne plus réimprimer son livre.
Les réponses jugées dilatoires de l’intéressé ont amené, en mai 2007, la Commission doctrinale des évêques des Etats-Unis à intervenir (sur la demande du Saint-Siège). Une liste d’objections, qui tient en trois pages, lui a été transmise et on lui a demandé d’y répondre avant le 1er septembre.
Le P. Phan est le quatrième théologien mis en cause pour ses écrits en contradiction avec la déclaration Dominus Iesus, parue en 2000. Avant lui, trois théologiens jésuites ont fait successivement l’objet d’une notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi  sur le même sujet : Jacques Dupuis, en 2001, Roger Haight en 2004 et Jon Sobrino en 2006.
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Documenta de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui a succédé en décembre 1965 à la Congrégation du Saint-Office, a pour fonction « de promouvoir et de garantir la doctrine de la foi et des mœurs dans le monde catholique tout entier ».
Depuis sa création, quatre Préfets seulement se sont succédé à sa tête :
- le cardinal Alfredo Ottaviani jusqu’en 1968,
- le cardinal Franjo Seper, de 1968 à 1981,
- le cardinal Joseph Ratzinger, de 1981 à 2005,
- le cardinal William Levada depuis le 13 mai 2005.
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi exerce sa mission de service de la foi en publiant des Instructions, des Notifications, des Décrets, des Déclarations, des Réponses, des Lettres et des Normes.
Un recueil  exhaustif de tous les documents publiés par la Congrégation depuis sa création a été publié[1]. Le volume, de 665 pages, rassemble, dans leur texte original (latin, italien, français, anglais ou allemand) et dans l’ordre chronologique, les 105 documents promulgués entre le 18 mars 1966 (« Instruction sur les mariages mixtes ») et le 11 février 2005 (« Note sur le ministre du sacrement de l’onction des malades »).
Un index des noms cités et surtout un très riche index analytique permettent de se reporter utilement aux interventions de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Ainsi, pour nous en tenir à quelques exemples, la doctrine de l’Eucharistie a été traitée dans une trentaine de documents ;  les associations maçonniques ont fait, à deux reprises (1981 et 1983), l’objet d’une « Déclaration » ; l’admission des femmes au sacerdoce ministériel a fait l’objet d’une « Déclaration » (en 1976) et d’une « Réponse » (en 1995).
Il serait souhaitable que ce recueil, commode et exhaustif, soit traduit en français.
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• Trois livres sur le Magistère.
« La fonction du Magistère n’est pas quelque chose d’extrinsèque à la vérité chrétienne et à la foi, mais elle est un élément constitutif de la mission prophétique de l’Eglise » dit le cardinal Levada, actuel Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. L’Eglise est Mater et Magistra, selon le titre de l’encyclique de Jean XXIII, « Mère et Maîtresse de vérité ».
Sur la nature du Magistère et sur son mode d’exercice, les opinions les plus diverses non seulement ont cours, mais sont enseignées avec une autorité (toute privée) par des théologiens et des clercs. Depuis les années 1970, on est arrivé à ce paradoxe que les théologiens qui revendiquent la plus grande indépendance et la plus grande liberté dans l’Eglise ont été rejoints dans leur conception minimaliste et réductrice du Magistère par des clercs et théologiens sédévacantistes ou « guérardiens » qui limitent l’assistance divine aux seuls jugements solennels et infaillibles du Magistère.
Trois livres permettent d’éclairer la question. Sans prétendre en proposer une analyse critique, je me contente de les signaler :
- abbé Bernard Lucien, Les degrés d’autorité du Magistère[2].
- sous la direction de l’abbé Bruno Le Pivain, L’Eglise, servante de la vérité. Regards sur le Magistère[3].
- Mgr Gherardini, Contemplando la Chiesa[4].
Mgr Gherardini fut longtemps professeur d’ecclésiologie à l’Université pontificale du Latran. Il est membre émérite de l’Académie pontificale Saint Thomas d’Aquin et directeur de la revue Divinitas. Son essai est un traité sur l’Eglise en cinq approches : Connaître l’Eglise, Ecouter l’Eglise, Prier avec l’Eglise, Aimer l’Eglise, Confesser l’Eglise (« Je crois à l’Eglise » et non « Je crois l’Eglise », souligne l’auteur).
Il aborde la doctrine du Magistère dans la partie « Ecouter l’Eglise », une écoute qui doit être « attentive » et « religieuse » (au sens que donne saint Thomas d’Aquin à ce mot lorsqu’il parle de la vertu de religion comme acte qui réalise sa propre définition).
L’autorité du Magistère, explique aussi Mgr Gherardini, n’est pas une autorité née de l’Eglise, mais « dans l’Eglise » (« nella Chiesa » et non « dalla Chiesa »), par la puissance du Saint-Esprit. Une participation à l’infaillibilité du Christ qui est la Vérité. L’assentiment de la foi n’est pas dû à toutes les paroles et écrits des Souverains Pontifes, mais dans leur Magistère ordinaire il peut y avoir, hormis l’enseignement « ex cathedra «  un enseignement « qui oblige ».
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[1] Congregatio pro Doctrina Fidei, Documenta inde a concilio Vaticano secundo expleto edita (1966-2005), Libreria Editrice Vaticana, 665 pages, 40 euros.
[2] Abbé Bernard Lucien, Les degrés d’autorité du Magistère, La Nef (2 cour des Coulons, 78810 Feucherolles), mars 2007, 232 pages, 22 euros.
[3] L’Eglise, servante de la vérité. Regards sur le Magistère, essais réunis sous la direction de Bruno Le Pivain, Editions Ad Solem (2 rue des Voisins, CH – 1205 Genève), octobre 2006, 413 pages, 37 euros.
[4] Il s’agit d’un numéro spécial de la revue Divinitas (Palazzo dei Canonici, 00120 Vaticano), février 2007, un numéro triple de 339 pages, 20 euros.

mercredi 19 septembre 2007

[Aletheia n°113] Notre nouvel archevêque Mgr Armand Maillard - par Yves Chiron

Aletheia n°113 - 19 septembre 2007
Notre nouvel archevêque Mgr Armand Maillard - par Yves Chiron

Le 11 septembre dernier, Benoît XVI a nommé Mgr Armand Maillard archevêque de Bourges. Il remplace Mgr Hubert Barbier, démissionnaire pour raison d’âge.
Mgr Maillard était, depuis 1996, évêque de Laval (Mayenne). Né en 1943 dans les Vosges, il a gardé de ses origines rurales, une simplicité et un abord facile qui ont permis son intégration rapide dans ce diocèse rural. Les Mayennais l’appelaient « le père Maillard », non pas en vertu de la mode datant des années 70 qui fait appeler « père » tout prêtre ou évêque, mais par une familiarité affectueuse qui leur faisait reconnaître en ce rural un des leurs, convive sans manière, à la conversation sans affectation.
Licencié en allemand à l’université de Nancy, licencié en théologie à la Faculté (d’Etat) de Strasbourg, il avait engagé une thèse de doctorat (qui n’a pas été poursuivie et soutenue) sur la notion de post-chrétienté chez Emmanuel Mounier.
Ordonné prêtre en juin 1970, il a accompli la première partie de sa carrière ecclésiastique dans son diocèse natal de Saint-Dié où, vicaire épiscopal de Mgr Guillaume, il a été promu, sans s’y attendre, évêque de Laval en août 1996.
À Laval, il restera, notamment, comme l’évêque qui, en 1997, – faute de prêtres en nombre suffisant mais aussi, on l’oublie trop souvent, fauter de fidèles en nombre suffisant – a dû réduire le nombre des paroisses de son diocèse : elles sont passées d’une centaine à 31 ! [1]
En onze d’épiscopat, il aura ordonné 4 prêtres [2].
Il restera aussi comme l’évêque de l’ « affaire de Niafles », affaire qui n’a aucun lien avec sa promotion à l’archevêché de Bourges. On ne reviendra pas sur cette affaire où les passions partisanes n’ont pas été absentes. Par exemple, il a été dit que depuis la mort du curé de Niafles, il n’y avait plus « aucune messe traditionnelle autorisée par l’évêque dans le diocèse ». Ce qui est faux, puisque les religieux de la Fraternité Saint-Vincent Ferrier, établis à Chémeré-le-Roi, célèbrent chaque dimanche une messe traditionnelle « autorisée ».
On retiendra simplement la triple conclusion bienheureuse de cette « affaire de Niafles », conclusion que la promulgation du Motu proprio de Benoît XVI a grandement facilitée :

  • aux Cordeliers, paroisse située au centre ville de Laval, une messe « dans la forme ancienne du missel de 1962 » est célébrée chaque dimanche. Il est à signaler que dans cette église, depuis la réorganisation paroissiale évoquée, il n’y avait plus de messe.


  • Dans le sud du diocèse, alternativement (un mois sur deux) à la Selle-Craonnais et à la Roë, une autre messe « dans la forme ancienne du missel de 1962 » est célébrée le dimanche.


  • Mgr Maillard a célébré lui-même la messe selon le rite traditionnel le 2 septembre 2007, en l’église des Cordeliers.

Ainsi, par une coïncidence notable, Mgr Maillard aura été, sauf erreur de notre part, le premier évêque de France, depuis le motu proprio de Benoît XVI, à donner l’exemple de la célébration selon le rite ancien (rite qu’il n’avait jamais célébré puisque ordonné en juin 1970) et la double autorisation qu’il a accordée le 8 septembre dernier aura été le dernier acte important de son épiscopat à Laval.
L’archidiocèse de Bourges
Le diocèse dont Mgr Maillard va prendre possession canoniquement le 14 octobre prochain est vaste. Il couvre deux départements : le Cher et l’Indre. C’était, sous l’Ancien Régime, le plus grand diocèse du royaume. Il a compté, au XVIIIe siècle, jusqu’à 800 paroisses.
Comme dans la Mayenne, exode rural et déchristianisation ont progressé en même temps au XIXe et au XXe siècle. En 1970, le diocèse de Bourges comptait 537 communes et 507 paroisses. Aujourd’hui, on ne compte plus que 64 paroisses et 137 prêtres (dont 22 en retraite et 28 en « ministère de disponibilité »).
Le paradoxe est que diocèse est riche en communautés traditionnelles :

  • il y a, bien sûr, la célèbre abbaye bénédictine de Fontgombault, fondée en 1091, restaurée par Solesmes en 1948, abbaye-mère de Randol (Puy-de-Dôme), de Triors (Drôme), de Gaussan (Aude), de Clear Creek (U.S.A.), ce qui atteste suffisamment de sa vitalité. La messe traditionnelle y est célébrée tous les jours de la semaine et tous les dimanches[3].


  • comment ne pas y ajouter, les Petites Sœurs Disciples de l’Agneau, au Blanc ? Seule communauté religieuse de France qui accueille des religieuses trisomiques, elle a été fondée en 1985 avec les encouragements du professeur Lejeune. Soutenue aujourd’hui par la fondation Jérôme Lejeune, cette communauté admirable a trouvé dans l’abbaye de Fontgombault un soutien spirituel indéfectible.


  • comment ne pas compter aussi dans ce diocèse les communautés fondées par la Fraternité Saint-Pie X ou soutenues par la Fraterniré Saint-Pie X dans le diocèse ? Il y en a rien moins que quatre :


  • l’Ecole Saint-Michel, à Niherne, de la sixième à la terminale, 150 élèves en moyenne. Une ou deux messes le dimanche dans la chapelle de l’Ecole et une messe à La Chapelle d’Angillon tous les dimanches.


  • le noviciat Notre-Dame de Compassion à Ruffec-le-Château, noviciat des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X où une messe traditionnelle est célébrée tous les jours.


  • l’abbaye saint-Michel, à Saint-Michel-en-Brenne, maison-mère des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X où une messe traditionnelle est célébrée tous les dimanches.


  • la Fraternité de la Transfiguration, à Mérigny, où deux messes traditionnelles sont célébrées chaque dimanche (plus d’autres messes dans des églises environnantes).

Mgr Maillard, dans un diocèse qui compte un prêtre pour 6.000 habitants,  saura-t-il entrer en relations avec ces communautés et faire appel à elles ?
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[1] Ordonnance et décret de Mgr Armand Maillard, évêque de Laval, créant des paroisses nouvelles, Evêché de Laval, 1997.
[2] Jean-Christophe Gruau, Laval infos, octobre 2007 (à paraître).
[3] L’autre messe traditionnelle « autorisée » dans le diocèse a lieu, un dimanche sur deux, à la Chapelle des Sœurs de Marie Immaculée à Bourges.

jeudi 19 juillet 2007

[Aletheia n°112] Avec la messe en latin on peut apaiser l'Eglise - par Dom Antoine Forgeot, Dom Louis-Marie et Christophe Geffroy

Aletheia n°112 - 19 juillet 2007
Le Motu proprio du 7 juillet 2007 a suscité de l’« émerveillement » (Jean Madiran), de la gratitude, mais aussi de l’ingratitude, de l’irritation, voire de l’insolence. Ce texte libérateur, qui est aussi un acte de justice, a suscité d’innombrables réactions et réflexions. On trouve une très large revue de presse, française et étrangère – articles reproduits intégralement et sans commentaire – sur le site internet QIEN.
Parce qu’il n’est pas une page de combat, je reproduis ici un manifeste sage qui lit, justement, le Motu proprio comme un appel à la paix liturgique.
Y.C.




AVEC LA MESSE EN LATIN ON PEUT APAISER L’ÉGLISE
par Dom Antoine Forgeot, Dom Louis-Marie et Christophe Geffroy
Pourquoi Benoît XVI a-t-il publié un Motu proprio libéralisant l'usage du missel tridentin ? Il en donne lui-même la raison dans sa lettre aux évêques : « Il s'agit de parvenir à une réconciliation interne au sein de l'Église. » Ce faisant, il ne vise pas prioritairement les prêtres et fidèles qui ont suivi Mgr Lefebvre dans sa rupture avec le Siège romain en 1988. Il vise plus généralement la paix liturgique et il incite aussi à célébrer fidèlement selon les prescriptions le nouveau missel.
Il serait en effet absurde de se voiler la face comme s'il n'y avait eu aucun problème liturgique depuis la réforme de 1970, comme si les fidèles attachés aux anciennes formes liturgiques n'étaient que de vieux retardataires incapables de s'adapter à une liturgie plus moderne. Si tel avait été le cas, il n'y aurait pas autant de jeunes attachés à cette liturgie ancienne réputée incompréhensible, mais qui, transmettant ce qui est avant tout un mystère, parle le langage de l'âme accessible même à ceux qui ignorent le latin. Pour Benoît XVI, il n'y a ni « rupture » ni « contradiction » entre les deux missels : « L'histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture », écrit-il dans sa lettre aux évêques.
C'est contre l'esprit de la « table rase », contraire à la notion même de tradition si chère à l'Église, que s'élève le Pape. Et c'est précisément parce qu'il n'y a pas de rupture que Benoît XVI peut affirmer en toute crédibilité que la permanence de l'ancien missel ne signifie en aucune façon une quelconque remise en cause de l'autorité du concile Vatican II et de la réforme liturgique du pape Paul VI. Nous pouvons témoigner que l'immense majorité des prêtres et fidèles qui sont attachés à l'ancien missel en pleine communion avec l'Église - particulièrement chez les jeunes qui n'ont connu ni Vatican II ni la réforme de 1970 -, reconnaissent sans l'ombre d'un doute cette autorité.
Dans sa lettre aux évêques, le Saint-Père répond à une autre crainte exprimée par les évêques consultés : « Qu'une plus large possibilité d'utiliser le missel de 1962 puisse porter à des désordres, voire à des fractures dans les communautés paroissiales. » Benoît XVI ne juge pas cette crainte fondée. L'expérience montre que dans tous les diocèses où le Motu proprio Ecclesia Dei de 1988 a été appliqué « généreusement » comme Jean-Paul II le demandait, il n'y a eu ni désordres ni divisions. Et plus l'accueil a été généreux, plus l'intégration dans la vie du diocèse a été facile. Des cas de dissension se sont manifestés là où la demande des fidèles a été ignorée.
Sans doute ce nouveau Motu proprio - acte dont on mesurera l'importance dans quelques années - occasionnera-t-il ici ou là d'inévitables tensions. Il n'en demeure pas moins fondamentalement un appel pressant à la paix, à la reconnaissance de l'autre dans ses différences légitimes.
Là encore, le Pape nous y invite fortement : « Les deux formes d'usage du rite romain peuvent s'enrichir réciproquement. » Certes, le Motu proprio marque une reconnaissance bienvenue pour un missel « jamais abrogé ». Les efforts attendus de communion, néanmoins, ne peuvent être à sens unique. Si les catholiques attachés aux anciennes formes liturgiques sont enfin reconnus comme des membres de l'Église à part entière, ils doivent eux-mêmes chasser tout esprit de chapelle et s'engager sans complexe dans la vie des diocèses.
Pour qu'une paix soit profonde, il faut que chacun fasse, sans arrière-pensées, un pas vers l'autre. La paix liturgique retrouvée, les catholiques pourront mieux unir leurs efforts pour ce qui est la priorité première de l'Église aujourd'hui : la nouvelle évangélisation.
Toucher les cœurs de ces foules immenses qui ignorent combien Dieu les aime - et l'expérience montre que la liturgie traditionnelle a une dimension missionnaire auprès de certaines âmes.
Dans cette tâche immense, les deux formes liturgiques du rite romain ont chacune un rôle conformément à la parole du Christ : « Il y a des demeures nombreuses dans la maison de mon Père » (Jean, 14, 2).
Le 13 juillet 2007
T.R.P. Dom Antoine Forgeot, Abbaye Notre-Dame, Fontgombault
T.R.P. Dom Louis-Marie, Abbaye Sainte-Madeleine, Le Barroux
Christophe Geffroy, Directeur du mensuel La Nef.





Les Confessions didactiques de Jean Madiran
Chaque nouveau livre de Jean Madiran est un événement. La grande presse continue à ignorer Madiran, et ce, non par inadvertance. La presse catholique, à de rares exceptions près, croirait déroger à quelque oukase non écrit en publiant une recension de ses ouvrages. Les évêques – mais point tous – le méprisent sans le lire et commettent ainsi une injustice.
C’est un des mystères du monde chrétien d’aujourd’hui que de voir un de ses plus authentiques écrivains vivants être quasiment ignoré du plus grand nombre, et même ignoré de ceux qui lisent la presse catholique et de ceux qui fréquentent les librairies catholiques, sans parler des universités catholiques, séminaires et noviciats.
Qu’est-ce qu’un écrivain chrétien ? Vaste question. Dans son dernier livre, Jean Madiran, donne une réponse indirecte : écrire « à la lumière de la pensée et de la prière de l’Eglise ». De manière plus spécifique, Madiran a œuvré à « une interprétation catholique de la pensée maurrassienne ». Les deux qualificatifs sont-ils contradictoires ? Il faut n’avoir rien lu de Maurras pour le croire. Ceux qui considèrent Maurras comme un extrémiste et un antisémite ne l’ont pas lu ou pas compris. Ceux qui considèrent Madiran comme un « maurrassien » tout court, ne l’ont pas lu ou ne l’ont pas compris ; en outre, ils oublient l’autre maître revendiqué par Madiran : Henri Charlier.
En mars dernier, à Villepreux, pour le 25e anniversaire du quotidien Présent qu’il a fondé, Jean Madiran a prononcé un « Discours » qui est publié ici dans sa version écrite. Après avoir évoqué longuement son enracinement – dans l’ordre chronologique de sa vie : Maurras, saint Thomas d’Aquin, Henri et André Charlier –, Madiran conclut : « C’est lui qui fait de nous des réfractaires refusant toute allégeance aux idéologies, aux institutions et aux pratiques qui viennent quotidiennement dénaturer la vie des familles, la vie des métiers, la vie intellectuelle, la vie religieuse. C’est là le combat de chaque jour. »
Ce combat contre la « dénaturation » passe par une bienveillance que l’on peut ignorer si l’on n’est pas un lecteur habituel de Madiran.
La deuxième partie du livre est constituée par une interview, parue en 2005, reprise ici dans un texte revu et complété. Hormis des pages, qui ne sont pas anecdotiques, sur ses goûts, les années de son enfance, sa formation, les années 40, Madiran rappelle que « la bataille intellectuelle » qu’il a menée et qu’il mène encore – quarante ans d’Itinéraires (mars 1956-juin 1996) et vingt-cinq ans de Présent, jusqu’à aujourd’hui – est aussi et d’abord un « combat spirituel » contre l’apostasie. Cette apostasie, que les historiens et les sociologues préfèrent appeler la « déchristianisation » et les politiciens « laïcisation », a conduit « au nihilisme officiel et à la déstructuration générale ».
La troisième partie du livre, la plus courte, est constituée de « la parabole du pommier » (dans sa version définitive). Aux lecteurs qui ne la connaîtraient pas, on la résumera, rapidement et imparfaitement, en en citant un extrait : « Là où nous sommes, à la mesure de nos moyens et selon les circonstances, nous avons à produire des œuvres. La foi sans les œuvres ne suffit pas au salut. »
Yves CHIRON
Les vingt-cinq ans de “Présent“. Confessions didactiques, éditions Via Romana, juin 2007, XLVII pages.
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samedi 7 juillet 2007

[Aletheia n°111] Benoit XVI poursuit la "réforme de la réforme" - par Yves Chiron

Aletheia n°111 - 7 juillet 2007

BENOÎT XVI POURSUIT LA «RÉFORME DE LA RÉFORME» - par Yves Chiron
Le Motu proprio Summorum pontificum qui paraît ce jour, était attendu depuis plus d’un an. Il en avait même été question dès le lendemain de la rencontre entre Mgr Fellay, Supérieur général de la FSSPX, et Benoît XVI, en août 2005.
Le Motu proprio est bref et directif, composé de douze articles qui disent en substance :
• le Missel promulgué par Paul VI est « l’expression ordinaire » du rite latin, tandis que le Missel promulgué par saint Pie V (dans son édition de 1962) en est « l’expression extraordinaire ».
•  tout prêtre peut célébrer selon le rite traditionnel, sans qu’il ait « besoin d’aucune autorisation ».
• tout « groupe stable de fidèles » attachés au rite traditionnel [il n’est question d’aucun nombre minimum dans le document] peut en faire la demande au curé de la paroisse.
• si ce groupe de fidèles « n’obtient pas du curé ce qu’ils lui ont demandé, ils en informeront l’Evêque diocésain », celui-ci « est instamment prié d’exaucer leur désir » [souligné par nous].
• les autres sacrements (baptême, mariage, pénitence, onction des malades pour les prêtres, et confirmation pour les évêques) peuvent être célébrés aussi selon le rite traditionnel.
• ces normes remplacent celles précédemment établies (indult de 1984 et motu proprio de 1988) et devront être observées « à compter du 14 septembre de cette année, nonobstant toutes choses contraires ».
Dans la phase préparatoire de ce Motu proprio, trois épiscopats principalement – français, anglais et allemands –, par la voix de représentants autorisés, ont dit leur crainte ou leur refus d’une telle libéralisation de la messe traditionnelle. Dans quelle mesure leurs réactions ont-elles infléchi le Motu proprio qui était en préparation ? C’est, pour le moment, impossible à déterminer de manière précise. En revanche, on peut considérer que ce sont ces réactions qui ont incité Benoît XVI  à rédiger une lettre aux évêques pour accompagner, expliquer et justifier le Motu proprio.
Ces réactions n’ont pas dû surprendre Benoît XVI, lui qui écrivait il y a quatre ans à propos d’une autorisation inconditionnelle de la messe traditionnelle : « Trop forte est encore chez beaucoup de catholiques – endoctrinés depuis des années – l’aversion pour la liturgie traditionnelle, qu’ils qualifient de manière méprisante de “pré-conciliaire”, et aussi, d’un autre côté, beaucoup d’évêques montreraient une opposition déterminée à une autorisation générale.[1] »
La Lette aux évêques qui accompagne le Motu proprio et le commente est d’un ton très personnel. Benoît XVI rappelle que le Missel traditionnel « n’a jamais été juridiquement abrogé » et qu’ « en principe, il est toujours resté autorisé ». On remarquera le « en principe » qui est un discret hommage à la vérité historique.
Au risque de me répéter, il faut rappeler que ce Motu proprio n’est qu’une étape du grand œuvre de Benoît XVI en matière liturgique. Il y a plus d’un an, j’écrivais ici : « Les traditionalistes qui croient que Benoît XVI pourrait être le Pape qui restaurera, dans toute l’Eglise, la messe traditionnelle, se trompent. Benoît XVI, sans mépriser l’ancien rite, est déterminé, sans doute, à favoriser plus largement son usage. Mais aussi, il estime, en historien et en théologien, que l’évolution de la liturgie, multiséculaire, doit se poursuivre, dans le sens d’une rectification du rite nouveau, et même par l’intégration de l’ancien et du nouveau. »
Le Motu proprio rendu public aujourd’hui ne dément pas cette analyse.
Dans l’immédiat, l’Eglise admet deux formes du rite romain : le rite romain sous sa « forme ordinaire » (celui issu de la réforme liturgique post-conciliaire) et le rite romain sous « une forme extraordinaire », le rite d’avant la réforme. À long terme, Benoît XVI croit possible et souhaitable une unification des deux formes.
Il l’écrivait, il y a quatre ans, au  Professeur Barth dans la lettre déjà citée :  « je crois que dans l’avenir l’Eglise romaine devra avoir à nouveau un seul rite ; l’existence de deux rites officiels est dans la pratique difficilement “gérable” pour les évêques et les prêtres. Le rite romain de l’avenir devrait être un seul rite, célébré en latin ou en langue populaire, mais entièrement fondé dans la tradition du rite ancien; il pourrait intégrer quelques nouveaux éléments, qui ont fait leurs preuves, comme de nouvelles Fêtes, quelques nouvelles Préfaces dans la messe, un Lectionnaire élargi – un plus grand choix qu’avant, mais pas trop - une Oratio fidelium, c’est-à-dire une litanie de prières d’intercession après l’Oremus de l’Offertoire, où jadis il avait sa place.[2] »
Dans la Lettre aux évêques qui accompagnent le Motu proprio, le propos est moins direct mais l’intention reste la même :
• « les deux Formes d’usage du Rite Romain peuvent s’enrichir réciproquement : dans l’ancien Missel pourront être et devront insérés les nouveaux saints, et quelques-unes des nouvelles préfaces ».
• « dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien. »
• aucun prêtre ne peut « par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté. »
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« SUBSISTIT IN » - UNE RÉPONSE À LA FSSPX
De sources bien informées (protestante puis épiscopale), on apprend que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi va publier, de façon imminente, une Déclaration sur l’expression « subsistit in ».Rien n’a transpiré dans la presse jusqu’ici, mais il nous a été dit que cette Déclaration, qui devait être publiée ce samedi, en même temps que le Motu proprio, a finalement été reportée au mardi 10 juillet. Ce numéro d’Aletheia sera déjà parvenu à ses destinataires lorsque le document sera rendu public. Si la Déclaration ne paraît pas à la date indiquée, c’est que les sources indiquées étaient imprécisément informées.
Sans donc en connaître encore le contenu exact, on voit d’emblée son importance. La querelle, ou l’interprétation si l’on veut, du « subsistit in » est un des points majeurs de la critique traditionaliste du concile Vatican II.
C’est dans la constitution dogmatique sur l’Eglise, Lumen Gentium (1964), que l’expression se rencontre : « Cette Eglise [« l’unique Eglise du Christ”] comme société constituée et organisée en ce monde, c’est dans l’Eglise catholique qu’elle se trouve [subsistit in, dit le texte latin], gouvernée par le Successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui, bien que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures, éléments qui, appartenant proprement par don de Dieu à l’Eglise du Christ, appellent par eux-mêmes l’unité catholique » (LG, n° 8).
Pour la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X et les communautés qui sont proches d’elle, cette proposition « entendue dans le sens que l’Eglise du Christ sur terre n’est pas identique à l’Eglise catholique, mais qu’elle s’étend en dehors d’elle, même de manière imparfaite, est fausse, hérétique ou proche de l’hérésie.[3] »
Inversement, des théologiens progressistes se sont réjouis de cette expression « subsistit in ».
Le P. Gregory Baum y voyait l’affirmation qu’ « il n’y a aucune identité absolue »[4] entre l’Eglise du Christ et l’Eglise catholique.
Le P. Leonardo Boff, s’appuyant lui aussi sur l’expression subsistit in, a estimé que l’Eglise catholique « ne peut prétendre être la seule à s’identifier à l’Eglise du Christ, parce que celle-ci peut exister également dans d’autres Eglises chrétiennes »[5].
Durant le pontificat de Jean-Paul II, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sous l’autorité du cardinal Ratzinger, a réfuté, à deux reprises déjà, ces fausses interprétations du subsistit in :
• Le 11 mars 1985, dans une Notification contre le livre du P. Leonardo Boff, Eglise : charisme et pouvoir, la Congrégation a estimé que celui-ci soutient « une thèse exactement contraire à la signification authentique du texte conciliaire ».
La Notification a précisé alors le sens à donner à l’expression : « Le Concile avait, à l’inverse, choisi le mot ”subsistit” précisément pour mettre en lumière qu’il existe une seule ”subsistance” de la véritable Eglise, alors qu’en dehors de son ensemble visible existent seulement des ”elementa Ecclesiæ” qui – étant des éléments de la même Eglise – tendent et conduisent vers l’Eglise catholique (LG 8).
• Une deuxième fois, dans la Déclaration Dominus Iesus, en date du 6 août 2000, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a réaffirmé que « l’Eglise du Christ continue à exister en plénitude dans la seule Eglise catholique », en précisant : « Contraire à la signification authentique du texte conciliaire est donc l’interprétation qui tire de la formule subsistit in la thèse que l’unique Eglise du Christ pourrait aussi subsister dans des Eglises et Communautés ecclésiales non catholiques. »
En consacrant une Déclaration spécifique à cette expression controversée, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi va donc, pour la troisième fois, apporter des éclaircissements et des rectifications à propos d’une expression qui a donné lieu à des interprétations fausses.
Une Déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur la liberté religieuse, autre expression controversée, serait en préparation.
Benoît XVI continue donc à œuvrer pour une juste compréhension des textes conciliaires.Son herméneutique de la continuité ne s’adresse pas exclusivement aux traditionalistes, mais dans le contexte du Motu proprio cette Déclaration attendue sur le subsistit in serait incontestablement un signe adressé à la FSSPX.
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Thomas Grimaux - Les Communautés traditionnelles en France
Le cardinal Castrillon Hoyos, qui préface ce livre, le présente ainsi : « Il veut faire connaître à nos contemporains qui sont ces communautés catholiques qui vivent selon des règles de vie précises, suivent des pratiques religieuses qui ont fait leur preuve durant des siècles, et célèbrent l’ancienne liturgie romaine comme elle était en vigueur partout jusqu’il y a quarante ans. »
Sont présentées ainsi, par des notices développées et de très nombreuses et magnifiques photographies, les 17 communautés traditionnelles françaises qui sont en communion ave le Saint-Siège : cinq communautés féminines (les Victimes du Sacré-Cœur à Marseille, les Dominicaines de Pontcalec, les Bénédictines de Jouques et du Barroux, les Chanoinesses de la Mère de Dieu), cinq communautés masculines contemplatives (les Bénédictins de Fontgombault, de Randol, de Triors, de Gaussan et du Barroux), trois communautés religieuses apostoliques (Sainte-Croix de Riaumont, les Chanoines réguliers de la Mère de Dieu et la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier) et quatre communautés de prêtres séculiers (la Fraternité Saint-Pierre, l’Institut du Christ Roi, et les tout jeunes Société des Missionnaires de Toulon et Institut du Bon Pasteur).
Même en se limitant aux communautés en communion avec le Saint-Siège, ne manque-t-il pas la très discrète Société des Prêtres Auxiliaires de l’abbé Barthe ?
En tout cas, un beau livre, utile, qui montre la diversité des charismes chez les catholiques de Tradition.

Un album de 168 pages, avec 200 photos, à commander à La Nef (2 cour des Coulons, 78810 Feucherolles), 39 euros franco de port.
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[1] Lettre du cardinal Ratzinger au Professeur Barth, le 23 juin 2003, publiée dans Aletheia n° 89, le 19 février 2006.
[2] Idem.
[3] R.P. Pierre-Marie, « L’Unité de l’Eglise » in La Tentation de l’œcuménisme, Actes du IIIe Congrès théologique de Si Si No No (avril 1998), Publications du Courrier de Rome, 1999, p. 45.
[4] P. Gregory Baum, Concilium, n° 4, avril 1965, p. 67. Gregory Baum, canadien, religieux augustin, fondateur de la revue The Ecumenist en 1962, a été expert (peritus) auprès du Secrétariat pour l’Unité des chrétiens pendant le concile Vatican II. Il a renoncé au sacerdoce en 1986 et s’est marié.
[5] P. Leonardo Boff, Eglise : charisme et pouvoir, Editions Lieu Commun, 1985, p. 138. Le P. Leonardo Boff, brésilien, religieux franciscain, a été un des chefs de file de la « théologie de la libération » dans les années 1970-1980. Il a renoncé au sacerdoce en 1992 et s’est marié.

dimanche 13 mai 2007

[Aletheia n°110] Un nouvel évêque pour Montauban: Mgr Bernard Ginoux + Un nouvel "évêque" sauvage: Mgr Joseph Santay

Aletheia n°110 - 13 mai  2007
UN NOUVEL EVEQUE POUR MONTAUBAN : Mgr BERNARD GINOUX - par Yves Chiron
Le 11 mai, Benoît XVI a nommé l’abbé Bernard Ginoux évêque de Montauban. Il s’est fait entendre, ici et là, des voix pour dire que, depuis son élection, les nominations épiscopales effectuées en France par Benoît XVI – soit depuis plus de deux ans maintenant – avaient été peu significatives. C’est oublier que la contre-révolution n’est pas le contraire d’une révolution ; en l’occurrence, Benoît XVI  est dans une perspective de restauration et non de rupture. Par ailleurs, les Papes actuels procédant à plusieurs centaines de nominations épiscopales par an, il serait naïf de croire qu’ils font, à chaque fois, un choix personnel et directement informé. Dans le cas de la France, les filtres, ou les relais si l’on veut, sont nombreux.
La nomination de Mgr Ginoux est, de ce fait, hautement significative des évolutions en cours dans l’épiscopat français. Arrive à l’épiscopat un prêtre qui est loin d’être étranger aux communautés traditionalistes. Par ses origines (le Vaucluse), par ses liens étroits avec Mgr Reyne, doyen du Chapitre de la Cathédrale d’Avignon[1], il est familier depuis longtemps du Monastère Sainte-Madeleine du Barroux. Il a même connu la période héroïque, celle de Bédoin, et c’est par Bernard Ginoux que le signataire de ces lignes a entendu parler pour la première fois de Dom Gérard et de sa fondation de restauration bénédictine.
Mgr Bernard Ginoux est né en 1947 à Avignon. Après des études au collège jésuite d’Avignon et à la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence, il a obtenu une maîtrise de Lettres classiques et un CAPES de Lettres modernes. Il a enseigné au lycée Saint-Joseph de Carpentras, de 1970 à 1980, puis il est entré au Séminaire interdiocésain d’Avignon en octobre 1980.
Dans le Séminaire où il entrait, il est arrivé, un jour, que des séminaristes « s’amusent », dans le foyer, à jouer aux fléchettes sur un portrait du Pape (Jean-Paul II). C’était un séminaire où le Supérieur, et professeur d’exégèse, enseignait une lecture « structuraliste » de l’Ecriture Sainte, structuralisme très déconstructeur pour la foi. C’était un séminaire où le professeur de philosophie néo-hégélien – il fera, peu après, une belle carrière à l’Institut Catholique de Paris et à la Croix – entraînait complaisamment ses élèves vers les « maîtres du soupçon ».
Au secrétariat de l’évêché, situé alors dans les mêmes bâtiments que le séminaire, la vénérable Pensée catholique de l’abbé Lefèvre, revue de la « Romanité » s’il en fut, connaissait un triste sort. Le cher abbé l’envoyait, en plusieurs exemplaires, à tous les évêques de France. À Avignon, la revue ne franchissait pas les portes du secrétariat et finissait dans la poubelle, son enveloppe même pas ouverte.
Rapporter ces faits, plus d’un quart de siècle plus tard, n’est pas raviver des querelles obsolètes mais montrer, par un témoignage direct, quelques traits significatifs de l’état d’esprit d’un lieu de l’Eglise de France à un moment donné. Sans pour autant réduire tout l’esprit et l’enseignement du séminaire – et encore moins l’esprit de l’évêque d’Avignon d’alors – à ces déviances et à ces tristes épisodes.
Bernard Ginoux, dans les deux années qu’il passa au Séminaire d’Avignon (1980-1982), sut, en douceur, offrir des munitions intellectuelles et spirituelles à ses condisciples qui pouvaient être désorientés. Il diffusa parmi eux, dès sa parution, le gros livre du cardinal Siri, Gethsémani, qui venait d’être traduit en français, à l’initiative de la Fraternité de la Très Sainte Vierge Marie. Le cardinal y bataillait contre l’absolutisme agnostique de Kant, l’historicisation de Dieu, l’herméneutique réductrice et il n’hésitait pas à ferrailler avec Henri de Lubac, Karl Rahner ou Jacques Maritain.
Bernard Ginoux entraînait aussi plusieurs de ses condisciples à de mémorables soirées de disputationes chez la philosophe Thérèse Lacour qui développait une « philosophie de la présence » et de l’ « altérité » propre à rasséréner les jeunes esprits désorientés qu’elle accueillait.
À la rentrée de 1982, Bernard Ginoux obtint de son évêque, Mgr Bouchex, de poursuivre ses études à Rome. En 1986, il passa une licence en théologie morale à l’Université grégorienne de Rome. Ordonné prêtre le 29 juin 1986 à Carpentras, il occupa différentes fonctions de vicaire et d’aumônier dans le diocèse d’Avignon. En 2001, il fut nommé curé du secteur interparoissial d’Orange et, à partir de l’année suivante, il fut aussi membre du Conseil épiscopal.
On signalera encore qu’il a été adhérent du CAL (Comité des Amis du Lundi), créé pour réclamer le maintien du lundi de Pentecôte comme jour férié.
Il est particulièrement attentif aux questions de bioéthique et à la pastorale des familles et des jeunes. L’abbé Ginoux sera consacré le 2 septembre prochain dans la cathédrale de Montauban.
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UN NOUVEL « EVEQUE » SAUVAGE : Mgr JOSEPH SANTAY
En mars dernier, Mgr Clarence Kelly, supérieur de la Society of St. Pius V aux Etats-Unis, a consacré évêque un prêtre qu’il avait ordonné quelques années auparavant, l’abbé Joseph Santay. Mgr Kelly avait été lui-même consacré évêque en 1993 par Mgr Mendez, évêque émérite de Puerto Rico.
Si Mgr Mendez était un évêque légitime, ni Mgr Kelly ni Mgr Santay n’ont été consacrés avec le mandat du Souverain Pontife.
La Société de Saint Pie V est une organisation sédévacantiste qui a été fondée par d’anciens séminaristes et prêtres de la Fraternité Saint-Pie V. Outre les deux « évêques » mentionnés, elle comprend plusieurs prêtres, un collège (qui accueille une centaine d’élèves) et une congrégation de religieuses qui compte plusieurs dizaines de membres (les Daughters of Mary Mother of Our Savior).
Implantée dans l’état de New-York, la Société de Saint Pie V dessert une dizaine de lieux de culte à travers les Etats-Unis. Elle estime que le Saint-Siège est vacant depuis la mort de Pie XII. La liturgie que ses membres célèbrent est celle du Missel Romain de 1954, antérieur aux réformes introduites par Jean XXIII (tandis que la plupart des communautés traditionnelles en France et la Fraternité Saint-Pie X utilisent le Missel traditionnel dit de 1962).
Y.C.
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[1] C’est Mgr Reyne qui a prononcé l’homélie lors de la messe de jubilé des 50 ans de sacerdoce de Dom Gérard, le 13 mai 2006. Je tiens le texte de cette belle homélie à la disposition des lecteurs contre une enveloppe timbrée.

vendredi 4 mai 2007

[Aletheia n°109] Réponse à une enquête sur la foi - par Yves Chiron

Aletheia n°109 - 4 mai 2007
REPONSE A UNE ENQUETE SUR LA FOI - par Yves Chiron
1. En dehors même des enseignements du Magistère et de l’éducation que vous avez reçue, quelles sont les certitudes personnelles qui fondent le plus votre foi et qui vous aident le mieux à vivre ? Dans quel sens et vers quels engagements votre foi oriente-t-elle votre vie ?
Hors des enseignements du Magistère, je me demande quelles « certitudes personnelles » pourraient être assez fortes pour « fonder » ma foi. La raison, certes, aide à parvenir à « une meilleure intelligence du contenu de la foi » (Jean-Paul II) et des grâces personnelles peuvent alimenter notre foi et l’éclairer, mais raison et grâces nous ramènent toujours à l’enseignement du Magistère.
Comment cette foi oriente-t-elle ma vie ? Vaste question ! Le mot « orientation » convient bien : pour un catholique la « vraie vie est ailleurs » – pour reprendre la formule du poète. Notre passage sur terre n’est qu’un pèlerinage vers l’au-delà, en quête du salut éternel. Nous sommes tous des mendiants, en attente du face à face avec Dieu qui est Amour. Tout ce que nous pouvons faire de bien et de beau sur cette terre ne sera pas perdu, mais récapitulé, transfiguré et purifié dans la Vie éternelle.
C’est ce que Balthasar appelle l’ « intégration ». « L’Intégration c’est le Christ ». Le Christ souverain jugera « le tout » parce que, par sa mort, « Il a payé rançon pour le tout ». Il mettra « à l’abri dans l’éternité de Dieu », tout ce qui, dans notre être et dans notre vie, n’est pas condamnable.  
2. En tant que croyant avez-vous jamais été ébranlé par le doute ? Dans quelles circonstances ? Sur quoi ce doute a-t-il porté et comment y avez-vous répondu ?
Comme beaucoup d’adolescents, vers 14 ans, j’ai cru avoir perdu la foi. C’est la lecture, trop précoce, de Nietzsche qui a allumé un incendie ravageur. Ainsi parlait Zarathoustra et Aurore – « il y a tant d’aurores qui n’ont pas encore lui » – me semblaient mettre à jour, de façon irrévocable, la petite misère intérieure des chrétiens comme « hommes du ressentiment » et « prêcheurs de mort ».
Les livres de Nietzsche me paraissaient enseigner un « grand oui » à la vie, au « grand midi » et aussi ils signifiaient l’éloignement de Dieu, qui n’est, selon Nietzsche, qu’une projection de la peur et de l’impuissance des hommes. Mais, en même temps, j’ai perçu que l’homme Nietzsche – comme il arrive souvent avec les écrivains – valait beaucoup moins que son œuvre. Il n’a pas eu une vie apollinienne. Sa vie sentimentale a été un grand échec et sa fin, dans la folie, a été pitoyable.
Ma traversée de la nuit a été brève. Dès la classe de Terminale, la lecture de Gustave Thibon – œuvre facilement abordable pour un adolescent – et l’enseignement d’un professeur de philosophie thomiste m’ont fait redécouvrir la foi et m’ont ramené, progressivement, vers les chemins de l’Eglise.
En vérité, je comprends aujourd’hui que c’est l’extrême déficience de ma formation chrétienne antérieure qui avait fait naufrager, pendant quelque temps, mes maigres certitudes. À cet égard, je suis un enfant de Vatican II, ou, plus exactement, un enfant de Vatican II tel qu’il a été vécu, (mal) compris et (faussement) interprété par une majorité du clergé français. Je ne me souviens pas avoir appris dans mon enfance – les années 60-70 – un quelconque catéchisme ; en revanche, j’ai subi, pendant des années, des heures d’une « catéchèse » plutôt vide et informe. C’est ce vernis qui avait sauté, très facilement, à la lecture de Nietzsche.
3. La notion de vérité se confond-elle pour vous avec Dieu ?
Oui. « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » a dit le Christ. Hors de ce chemin, point de salut, au sens chrétien ; point de lumière complète sur le sens de l’histoire et sur le sens de la vie. Au bout du chemin, il y a les deux jugements et la vie éternelle : toutes choses seront alors vues dans leur vraie lumière et jugées et il y aura « la déification des justes » (selon l’expression de Mgr Louis Laneau, 1637-1696). De saint Irénée à saint Augustin, les Pères l’ont dit : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » . Non dans un rapport d’égalité ou d’identification mais de filiation.
4 . Est-ce que le rôle fondamental de la religion est de normer les comportements, c’est-à-dire de fournir une morale ? Peut-on dissocier religion et morale, c’est-à-dire les traiter comme des domaines distincts ?
Qu’entend-on par « morale » ? Pour un chrétien, la morale est la conformité de l’agir avec ce que l’Eglise définit être le bien et le bien se résume dans ce qui a été révélé par Dieu dans les Dix commandements et dans les Béatitudes. La morale n’est, en somme, que le discernement par l’Eglise de l’application des Dix commandements et des Béatitudes. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous indique comment opérer ce discernement : « La moralité des actes humains dépend : - de l’objet choisi ; - de la fin visée ou de l’intention ; - des circonstances de l’action. »
Religion et morale, en effet, ne peuvent être distinguées parce que la foi est totalisante. L’agir du chrétien est soumis au regard de Dieu et c’est au regard de cet Amour et de cette Lumière que le chrétien doit régler son comportement. Il ne saurait prétendre régler son comportement seul, être seul juge de lui-même. Dans sa sagesse, l’Eglise aide, jour après jour, les chrétiens à bien « agir » par les Dix Commandements, par le Confiteor, par le Catéchisme, par les enseignements répétés du Magistère.
5. Certains pensent que l’Eglise n’a pas à régir certains comportements privés, notamment ceux qui ont trait à la vie conjugale ou sexuelle. D’autres estiment, au contraire, qu’il appartient à l’Eglise de fournir des normes dans tous les domaines, afin de défendre le primat de la loi naturelle. Vous connaissez par ailleurs tous les débats qui se déroulent actuellement autour des questions de l’avortement, de l’homophobie, de la parentalité homosexuelle. Quelle est votre position ?
Quelle « position » un chrétien peut-il avoir sur les questions d’éthique conjugale ou sexuelle sinon celle de l’Eglise ? La vie conjugale ou sexuelle est un domaine, ou un aspect, de la vie tout court. Et l’Eglise a bien pour vocation d’accompagner les chrétiens tout au long de leur vie. Elle les accompagne par les sacrements, des rites et un enseignement.
Pourquoi demander à l’Eglise de bénir une union par le sacrement de mariage puis prétendre que la façon dont est vécue cette union ne concerne plus l’Eglise, mais seulement l’individu dans son for intime ? Cela reviendrait à dire que la vie conjugale ou sexuelle est indépendante de la vie religieuse, c’est-à-dire, étymologiquement, de la vie placée sous e regard de Dieu.
La foi et les mœurs ne sont pas deux domaines distincts. La foi doit informer, au sens philosophique – donner une forme –, à tous les actes de la vie. Le sens de notre vie, c’est l’Eternité promise. Cette Eternité se mérite non comme une récompense mais comme l’accomplissement d’une promesse, celle du Christ venu nous sauver, c’est-à-dire nous faire traverser la mort et nous faire entrer dans sa Vie éternelle qui n’est qu’Amour et Lumière. Mais la promesse du Christ n’est pas inconditionnelle. Notre libre-arbitre doit y répondre.
La morale conjugale ou sexuelle n’est donc pas une triste liste d’obligations et d’interdits mais une des normes de l’agir chrétien tel que le définit l’Eglise pour une vie en conformité avec la foi. L’Eglise sait bien qu’en cette matière, comme en d’autres (la charité, l’humilité, etc.), l’homme est faible et l’Eglise appelle péché les faiblesses en matière conjugale et sexuelle, comme elle appelle péchés d’autres faiblesses en d’autres domaines.
6. Le christianisme a deux mille ans d’existence. Il a traversé des époques bien différentes qui n’ont pas été sans influencer ses formes, voire sa doctrine. C’est un constat d’évidence qu’il y a de très grandes différences entre le christianisme primitif, le christianisme médiéval, le catholicisme de la Contre-réforme et le catholicisme de Vatican II. Au-delà de toutes ces évolutions historiques et sociologiques, quels éléments de permanence apercevez-vous et quels sont ceux auxquels vous attachez le plus d’importance ?
L’évolution historique du christianisme n’est que formelle, le kérygme reste identique. Votre question rejoint celle qui a tant agité le modernisme : peut-il y avoir une « évolution des dogmes » ? Les dogmes ne sont pas des « instruments » qui doivent être reformulés, adaptés selon les époques, ce sont des définitions dont il y a péril, pour la foi, de s’écarter. Ce qui ne signifie pas qu’ils ne doivent pas être, de façon continue, médités, approfondis, interprétés par l’Eglise. Pour ne prendre qu’un exemple, celui de la Trinité, croit-on que ce qu’en disent saint Augustin et, près de mille ans plus tard, saint Thomas, soit moins intelligent, moins pertinent que ce que peut en dire un théologien du XXe ou du XXIe siècle ?
Je dirais la même chose de l’agir chrétien. La façon dont a vécu au XXe siècle saint Padre Pio est-elle si différente de la façon dont a vécu saint François d’Assise sept siècles plus tôt ? Et saint François d’Assise n’était-il pas très proche, dans sa façon de vivre, de la façon de vivre des premiers Apôtres ?
Alors on peut énumérer facilement les « éléments de permanence » du christianisme à travers les siècles : le Credo, les sacrements, la charité en acte, l’aspiration à la vie en Dieu après le jugement de nos actes.
7. Le christianisme s’est implanté en Europe, dans un continent qui n’était pas vierge de croyances religieuses. L’évangélisation de l’Europe a longtemps été un mélange de luttes contre les croyances et les pratiques païennes, et de récupération de ces croyances et de ces pratiques sous une forme chrétienne. Le christianisme historique peut-il, de ce fait, être considéré comme un « pagano christianisme » ? Pensez-vous que ce substrat païen de la foi chrétienne a enrichi le christianisme, ou que celui-ci devrait, au contraire, aspirer à sa liquidation ?
Autant le concept de  « judéo-christianisme » me semble fondé pour désigner une période, brève, du début de l’histoire de l’Eglise, autant celui de « pagano-christianisme » me semble historiquement fumeux.
Le milieu d’origine de Jésus est le judaïsme, le livre qui clôt la Révélation de Dieu – le Nouveau Testament – est l’accomplissement de l’Ancien Testament hébraïque. Jésus vient accomplir les prophéties du judaïsme. Il y a eu, à un moment, un judéo-christianisme.
En revanche, ce ne sont pas quelques pratiques païennes récupérées par le christianisme ou la construction d’églises sur d’anciens temples païens qui permettent de parler d’un « substrat païen de la foi chrétienne ». Je vois ce phénomène – qui a pu se répéter, sous différentes formes, en Asie, en Afrique, en Amérique post-colombienne – comme la capacité, je dirais même la vocation, intégratrice du christianisme, en tout temps et en tout lieu.
Historiquement, il y a bien eu une ouverture du christianisme primitif au monde gréco-romain, il y a bien eu accueil, récupération même, de la philosophie grecque. Dans le domaine spéculatif, il y a eu une synthèse entre la raison grecque et la foi chrétienne, mais la philosophie grecque ne peut être identifiée à un paganisme !
8. Depuis Vatican II, l’Eglise s’est efforcée d’être plus à l’écoute des demandes quotidiennes et des nouveaux mouvements sociaux. Certains estiment que cette « adaptation au monde » est à l’origine de la désaffection que l’on constate aujourd’hui vis-à-vis de la religion. D’autres pensent au contraire que, sans cette adaptation, une Eglise s’en tenant strictement à son enseignement traditionnel toucherait encore moins les foules ? Qu’en pensez-vous ?
Maurice Clavel avait eu une formule assez heureuse pour décrire une certaine « adaptation » de l’Eglise des années 60-70 au monde : « Vous n’êtes pas allés au monde, vous vous êtes rendus à lui ». L’ouverture avait pris, en certains secteurs de l’Eglise, l’allure d’une démission face au diktat du monde et de l’opinion.
Mais adaptation et dialogue ne sont pas similaires. Depuis le concile Vatican II, la théorie des « cercles concentriques » du dialogue reste une stratégie essentielle de l’Eglise, y compris chez Benoît XVI. La forme et le but du dialogue peuvent néanmoins ne pas être identiques d’un pape à l’autre. La façon ordinaire dont les niveaux inférieurs de l’Eglise pratiquent ce dialogue est aussi très disparate. N’identifions pas l’Eglise à telle initiative ou discours de l’un ou de l’autre membre de l’Eglise.
9. Le principe de laïcité a cantonné la vie religieuse dans la sphère privée. Cependant les débats qui se déroulent aujourd’hui autour des communautés, notamment à propos de l’Islam, ainsi que la tendance des pouvoirs publics de s’entourer des conseils de réflexion où les grandes religions sont représentées, semblent favoriser une nouvelle « visibilité » de la religion dans la sphère publique. Quelles pourraient en être les formes ?
La laïcité, au sens de laïcisme, n’est pas seulement la volonté de cantonner le religieux dans la sphère privée mais aussi , comme l’a montré Jean Madiran à plusieurs reprises, la volonté du pouvoir temporel non-chrétien d’imposer ses vues et ses valeurs aux instances religieuses, chrétiennes ou autres.
Les « comités d’éthique » qui fleurissent de nos jours sont, dans leur statut actuel, un leurre. Ils n’ont ni plus ni moins d’autorité qu’un quelconque conseil consultatif. La question devrait d’abord être celle du fondement de cette « éthique ». Quelle est l’éthique de ces comités ? Bien sûr pas une éthique chrétienne. Son fondement est-il au moins la loi naturelle ? Même pas. C’est une « éthique » indéfinie. La présence des « religions » dans ces comités est un alibi, un semblant de tolérance. Le fond des sociétés modernes occidentales tient dans le fameux principe énoncé par Jacques Chirac : « Non à une loi morale qui primerait sur la loi civile ».
10. Comment voyez-vous l’avenir du catholicisme dans une société en proie à ce que Jean-Paul II appelait « l’indifférentisme » et le « matérialisme pratique » ?
« Indifférentisme », « matérialisme pratique », « relativisme » sont, en effet, des caractéristiques de nos sociétés occidentales contemporaines. A vue humaine, on ne voit pas de retournement possible et rapide de la situation. L’irréligion progresse. Des manifestations comme les Journées Mondiales de la Jeunesse sont-elles, par exemple, de nature à faire remplir à nouveau les églises et les séminaires  ou leur succès n’est que l’épiphénomène d’une attente à laquelle l’Eglise ne répond plus ?
En France du moins, il y a eu une rupture dans la transmission de la foi, un effondrement, sous les coups conjugués du fameux « esprit du Concile » et de l’esprit de Mai 68. L’effondrement a été plus rapide que ne pourra l’être le redressement. Il en a été ainsi dans d’autres périodes de l’histoire de l’Eglise : l’extension de certaines hérésies, dans l’Antiquité, par exemple, a été plus rapide et massive que ne l’a été ensuite le rétablissement de la doctrine catholique.
11. Peut-on concilier, d’un côté, la foi et la raison, et de l’autre, la science et la foi ? L’activité scientifique se déroule-t-elle, selon vous, dans un domaine séparé, en sorte que ses résultats ne sont jamais susceptibles de remettre en cause les vérités de la foi, ou bien pensez-vous que les relations entre la science et la foi sont d’une nature nécessairement plus complexe ?
Foi et raison, science et foi, il n’y a pas là d’antinomie. L’Eglise a toujours respecté la recherche propre à la raison. Cette recherche est toujours une attirance pour la vérité. La raison, sur son chemin, rencontrera forcément la question la foi. Tous les hommes n’ adhèreront pas à la foi, mais saint Thomas a expliqué que foi et raison viennent toutes de Dieu et donc qu’elles ne peuvent se contredire.
12. La miséricorde de Dieu a-t-elle des limites ? Si elle n’en a pas, comment imaginer l’enfer ? Comment s’articulent le Dieu de bonté et d’amour et le Dieu de colère et de punition ? Le mauvais usage que l’homme a fait de sa liberté suffit-il à expliquer que tant d’innocents aient toujours été massacrés et persécutés dans un monde créé par un Dieu immensément bon et tout-puissant ?
Comment répondre à ces questions difficiles – le mal, l’enfer, la bonté de Dieu a-t-elle des limites – auxquelles tant de penseurs éminents ont déjà consacré tant de pages ? Certains auteurs ont dit que Dieu ne cesse pas d’aimer, même en envoyant certaines âmes en enfer, et c’est justement cet amour de Dieu pour les damnés qui les fait souffrir parce qu’ils ne peuvent plus y répondre.
Hans Urs von Balthasar dans Espérer pour tous (1987) puis dans L’enfer une question (1988) a essayé d’éclairer à nouveau la question. On l’a accusé d’avoir dit que « l’enfer est vide » et d’avoir professé l’ « apocatastase » (la doctrine du salut pour tous). Or, il n’a affirmé ni l’une ni l’autre position.
Dieu est Amour, « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4-5) mais cette volonté aimante ne s’impose pas de l’extérieur. L’homme, par sa liberté, peut s’exclure lui-même du salut, c’est-à-dire de l’éternité.
Yves Chiron
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Ces réponses sont parues, pages 87-94, dans une « Enquête sur la foi » menée par Catherine Gravil auprès de 24 auteurs venus d’horizons assez ou très divers : Yves Amiot, Jean Bastaire, Anne Bernet, Alain Besançon, Bruno Bioul, Joachim Bouflet, Thierry Boutet, Rémi Brague, Yves Chiron, Jean Delumeau, Ghislain de Diesbach, François-Georges Dreyfus, Jacques Duquesne, François Foucart, Christophe Geffroy, Gérard Leclerc, Jean Madiran, Philippe Maxence, Thierry Paillard, René Rémond, Jean Salvan, Jean Sévillia, Denis Sureau, Eric Werner.
Ces 24 réponses, à douze questions identiques posées à tous les auteurs – sauf à Jacques Duquesne à qui il a été posé une treizième question –, sont précédées d’une préface de Mgr Rey, évêque de Toulon, et d’un avant-propos de Robert Hossein.
L’ouvrage, paru sous le titre Paroles d’un croyant, est édité par les Editions Via Romana (5 rue du Maréchal Joffre, 78000 Versailles), 254 pages, 20 €.
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Deux entretiens et deux articles dans Fideliter
La revue bimestrielle du District de France de la Fraternité Saint-Pie X, Fideliter, présente toujours des articles intéressants à divers titres, notamment, et par exemple, les pages de vie spirituelle que publie dans chaque numéro l’abbé Vincent Bétin.
Dans le numéro qui vient de paraître[1], quatre autres articles attirent plus particulièrement l’attention :
• dans un entretien accordé à la revue, l’abbé de Cacqueray, Supérieur de District, explique de quelle manière la FSSPX est disposée, dès maintenant, et plus encore lorsque le motu proprio attendu sera promulgué, « à aider le maximum de prêtres possible à reprendre et à réapprendre la messe traditionnelle, afin que des fidèles toujours plus nombreux y aient accès. »
Il déclare notamment : « Actuellement, en plusieurs endroits de France, nos récollections sacerdotales accueillent régulièrement des prêtres ”conciliaires” qui viennent à la fois y recevoir une nourriture doctrinale et liturgique, et s’encourager par le réconfort de l’amitié sacerdotale. Nous sommes là au cœur de la vocation de notre institut. »
• Dans un autre entretien, Jean Madiran explique, avec la précision et avec la perception de l’essentiel qui le caractérisent, comment et pourquoi la revue Itinéraires est entrée dans la bataille pour la messe traditionnelle à partir du numéro de janvier 1970.
Jean Madiran y explique pourquoi il y eut, de sa part, à partir de 1969-1970, « attachement sans condition à la messe traditionnelle » et « refus absolu de la nouvelle messe ».
On aurait eu envie de poser une question supplémentaire à Jean Madiran : Aujourd’hui, après les corrections apportées et à venir (cf. le paradigme de la « réforme de la réforme »),  l’ « attachement sans condition » à la messe traditionnelle est-il nécessairement lié à un « refus absolu » de la nouvelle messe ?
• On ne quitte pas le sujet de la messe avec l’article de l’abbé Michel Beaumont intitulé « Un trou noir dans la messe ».Après lecture de la récente instruction synodale Sacramentum caritatis publiée par Benoît XVI le 22 février 2007 et relecture de l’encyclique Ecclesia de Eucharistia de Jean-Paul II (17 avril 2007) et de l’instruction Redemptionis sacramentum (25 mars 2004),  celui qui signe abbé Michel Beaumont estime que « par ces trois documents successifs, Rome a entendu donner un enseignement assez complet et adapté à notre époque sur le mystère de l’Eucharistie, y compris en tenant compte de certaines critiques “traditionalistes“. »
Il reconnaît que « la notion de sacrifice est sinon revenue dans l’enseignement officiel (elle n’avait pas complètement disparu), du moins reproposée de façon assez explicite » : le  mot « sacrifice » revient plus de 40 fois dans la récente instruction synodale. La messe n’y est plus définie comme une simple « reprise de la Cène ».
En revanche, manque toujours, selon l’auteur, le rappel  doctrinal que la messe est « un sacrifice propitiatoire, qui remet les péchés et apaise la colère de Dieu justement irrité ».
« Rome a un vrai problème avec la notion de propitiation » poursuit Michel Beaumont, qui conclut : « Pour que les efforts de rétablissement de la saine doctrine sur la messe aboutissent enfin pleinement, il faudra bien qu’un jour on affronte courageusement et ouvertement ce trou noir. »
A ces justes remarques, on ajoutera que la dimension propitiatoire du sacrifice de la messe n’est pourtant pas complètement absente du nouveau missel. Lorsque l’édition typique de 1969 fut en partie corrigée, un long Proemium, en quinze articles, fut ajouté en 1970 à l’Institutio generalis. On y lit cette définition de la messe : « Missam simul esse sacrificium laudis, gratiarum actionis, propitiatorium et satisfactorium » (Institutio generalis missalis romani,  édition synoptique, Libreria Editrice Vaticana, 2006, p. 392 et 393).
• On lira encore avec profit un article polémique de l’abbé Celier consacré à la « validité de l’épiscopat ». Certains auteurs et sites sédévacantistes développent, depuis quelques mois, une campagne cherchant à démontrer que le nouveau rite de consécration épiscopale promulgué en 1968 est invalide et que, par conséquent, tous les évêques consacrés selon ce nouveau rite ne le sont pas et que donc tous les prêtres qu’ils ont ordonnés ne sont pas prêtres !
L’abbé Celier démontre que le rite de 1968 est « certainement valide en soi » mais qu’il peut y avoir des « doutes sur certaines ordinations », épiscopales et sacerdotales.
On sait par ailleurs que la FSSPX, à plusieurs reprises, a réordonné des prêtres dont l’ordination, hors de la FSSPX, avait été jugée douteuse par elle.
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[1] Fideliter (Editions Clovis, B.P. 88, 91152 Etampes Cedex), n° 177, mai-juin 2007, 7,50 € le numéro.