lundi 10 avril 2006

[Aletheia n°91] Fraternité Saint-Pie X: "Nous ne souhaitons pas d'accords pratiques"

Aletheia n°91 - 9 avril 2006
FRATERNITE SAINT-PIE X : “ NOUS NE SOUHAITONS PAS D’ACCORDS PRATIQUES ”
La sollicitude du Saint-Siège pour la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et la volonté d’accorder un plus visible et plus entier “ droit de cité ” à la messe traditionnelle dans l’Eglise (selon l’expression du cardinal Medina) ne se sont pas démenti. Pour résumer cette double question, liée, mais traitée séparément par le Saint-Siège, on peut mettre en parallèle les initiatives des uns et les réponses des autres, en essayant de montrer la raison de leur succession :
• Le 29 août dernier, à Castel Gandolfo, Benoît XVI a reçu, à sa demande, Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, accompagné de l’abbé Schmidberger, premier Assistant général de la FSSPX. Le cardinal Castrillón Hoyos, Président de la Commission Pontificale "Ecclesia Dei", assistait également à la rencontre qui a duré un peu plus d’une demi-heure. À l’issue de la rencontre Mgr Fellay publie un communiqué pour dire notamment : “  Nous sommes arrivés à un consensus sur le fait de procéder par étapes dans la résolution des problèmes ”.
L’expression, “ procéder par étapes ”, se trouve aussi dans le communiqué publié par le Saint-Siège.
• Le 13 novembre, à la chaîne italienne de télévision Canal 5, le cardinal Castrillón Hoyos, chargé du dossier de la réconciliation avec la FSSPX, déclare à propos de celle-ci :
“ Nous ne sommes pas face à une hérésie. On ne peut pas dire en termes corrects, exacts, précis qu’il y ait un schisme. C’est une attitude schismatique de consacrer des évêques sans mandat pontifical. Mais ils sont dans l’Eglise, il manque seulement une pleine, une plus parfaite – comme il a été dit lors de la rencontre avec Mgr Fellay – une plus pleine communion, parce que la communion existe déjà. ”
• Cette déclaration a préparé, en quelque sorte, la rencontre qui a eu lieu, deux jours plus tard, le 15 novembre, à Rome et qui ne sera connue que plusieurs semaines plus tard, par une indiscrétion de la presse italienne et par d’autres sources[1]. Elle a eu lieu dans la résidence du cardinal Castrillon Hoyos, Piazza della Citta Leonina. L’abbé Marc Nély, Supérieur du district italien de la FSSPX, accompagnait Mgr Fellay. Plus qu’un déjeuner de convivialité, il s’est agi d’une rencontre approfondie puisque, arrivés vers 11 heures à la résidence cardinalice, les deux clercs de la FSSPX en sont repartis après 16 heures. Ils ont remis au cardinal Castrillon Hoyos un exemplaire de la traduction italienne de la biographie de Mgr Lefebvre par Mgr Tissier de Mallerais, traduction qui venait de paraître, et aussi un mémorandum sur les objections faites par la FSSPX au concile Vatican II et aux réformes qui l’ont suivi.
• 22 décembre : important discours de Benoît XVI devant la Curie romaine. On peut le lire comme une réponse au mémorandum présenté un mois auparavant par la FSSPX. En effet, parmi les sujets abordés lors de ce traditionnel discours de fin d’année, le Pape a longuement évoqué la réception “ difficile ” du concile Vatican II. “ Les problèmes de la réception, a-t-il notamment déclaré, sont nés du fait que deux herméneutiques contraires se sont affrontées et querellées ”. Benoît XVI a mis en cause l’ “ herméneutique de la discontinuité et de la rupture ”.
Sur la liberté religieuse, un des points nodaux de la critique de Vatican II par la FSSPX, Benoît XVI oppose à la fausse conception de la liberté de religion comme “ canonisation du relativisme ”, la conception, limitée, de “ la liberté de religion comme une nécessité découlant de la convivance humaine ” et “ comme une conséquence de la vérité qui ne peut être imposée de l’extérieur ”. 
• 13 février : 1ère réunion des chefs de dicastère de la Curie romaine autour de Benoît XVI sur la restauration de la communion avec la FSSPX.
• 23 mars : “ Journée de réflexion et de prière ” du Sacré-Collège autour de Benoît XVI. Parmi les thèmes abordés, il y a eu, le matin, celui de la situation canonique de la Fraternité Saint-Pie X et des prêtres qui lui appartiennent, question introduite par un exposé du cardinal Castrillón Hoyos, président de la Commission Ecclesia Dei. L’après-midi, le cardinal Arinze, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin, a fait un exposé sur la réforme liturgique post-conciliaire et sur l’usage du Missel de Saint Pie V. Dans les deux cas, de nombreux cardinaux ont pu prendre ensuite la parole.
• Ce même jour, Mgr Fellay, dans un entretien à DICI, organe de la FSSPX, fait le point sur ses relations avec Rome. Il expose, longuement, et plus clairement qu’il ne l’avait jamais fait jusqu’ici, les trois étapes qu’il souhaite franchir avec le Saint-Siège : 1/ “ la libéralisation de l’usage du missel de Saint Pie V et le retrait du décret d’excommunication ” ; 2/ “ présenter à Rome les arguments de la théologie traditionnelle, confortés par les faits de l’apostolat traditionnel ” ; 3/ obtenir un statut canonique pour la FSSPX. Selon Mgr Fellay, dans l’état actuel des choses, un statut canonique “ semble prématuré ”.
• Du 4 au 7 avril, la Conférence des évêques de France a tenu son “ Assemblée de printemps ” à Lourdes.  Pour la première fois, de manière officielle par les évêques de France, a été abordée la question de “ l’accueil et la place des “groupes traditionalistes”  dans les diocèses ”. L’association OREMUS, dirigée par Loïc Mérian, animateur également du C.I.E.L. (Centre International d’Etudes Liturgiques), avait envoyé à tous les évêques, à la demande du cardinal Ricard, une Etude statistique sur le nombre de fidèles ”traditionalistes” dans les diocèses français.
En s’efforçant d’être exhaustive, et en prenant les précautions d’usage dans le maniement des chiffres, cette Enquête estime que les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle sont environ 80.000 en France (une centaine de lieux de culte pour les messes autorisées par les évêques et environ 45.000 fidèles ; et quelque 200 lieux de culte et environ 35.000 fidèles pour la FSSPX et les communautés qui lui sont liées). Environ 400 prêtres au total et une quinzaine d’ordinations en France (en ajoutant les prêtres des fraternités et communautés Ecclesia Dei et ceux de la FSSPX et des communautés qui dépendent d’elles). L’étude statistique évoque aussi les écoles hors-contrat, les mouvements de jeunes, les troupes scoutes, etc. qui sont liés aux fraternités et communautés traditionalistes, toutes tendances confondues.
Les évêques de France ont été assez impressionnés, semble-t-il, par cette réalité qui leur était largement méconnue dans sa globalité. Le cardinal Ricard, à l’issue des travaux de la Conférence des évêques, a dit vouloir rechercher une “ communion dans la charité et la vérité ”. L’expression trouvait déjà, très exactement, dans le discours que Benoît XVI a prononcé lors de l’audience générale du 5 avril précédent, discours consacré à  “ l’Eglise comme communion ”.
• 7 avril : 2e réunion des chefs de dicastères de la Curie romaine autour de Benoît XVI sur la restauration de la communion avec la FSSPX.
• 8 avril, dans le Figaro, M. l’abbé de Cacqueray, supérieur du District de France de la FSSPX, se réjouit de l’intérêt nouveau porté par les évêques de France aux fidèles traditionalistes. Il déclare néanmoins : “ nous ne souhaitons pas d’accords pratiques ” mais plutôt des “ modus vivendi, sur le terrain, au cas par cas ”. Ce qui se pratique déjà depuis plusieurs années.
• Jeudi Saint 13 avril : Benoît XVI devrait rendre public un motu proprio sur le rite de la messe.
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[1] La grande discrétion des participants à cette rencontre m’avait fait écrire dans Aletheia que la rencontre avait eu lieu début décembre. Ce n’est que plus tard que la FSSPX donnera la date exacte.

mercredi 15 mars 2006

[Aletheia n°90] Souvenirs sur Soeur Lucie de Fatima - Mgr Ricard Cardinal - Rome et la FSSPX

Yves Chiron - Aletheia n°90 - 15 mars 2006
Souvenirs sur Soeur Lucie de Fatima

De Fatima, nous arrive un réconfortant petit livre consacré à Sœur Lucie, la dernière des trois voyants de Fatima.
Lucia Rosa Santos, après avoir passé vingt-sept années dans la congrégation des Sœurs de Sainte Dorothée, était entrée au Carmel Santa Teresa de Coimbra à l’âge de quarante-et-un ans, le 25 mars 1948. Elle y reçut le nom de Sœur Marie Lucie de Jésus et du Cœur Immaculé, et passa près de cinquante-sept années dans ce monastère, où elle est morte, il y a un peu plus d’un an.
Selon la tradition et les constitutions de l’Ordre du Carmel, un “ profil biographique ” de la religieuse décédée a été rédigé. Mère Marie Céline de Jésus Crucifié, qui est Prieure du Carmel Santa Teresa, a écrit ce “ profil biographique ”, en lui donnant, certes, une ampleur inaccoutumée. Ce petit livre est d’autant plus précieux que Mère Marie Céline a partagé la vie religieuse de Sœur Lucie depuis des décennies et qu’elle resta proche d’elle jusqu’en ses derniers instants. À partir de 2000/2001, c’est Mère Marie Céline qui ouvrait le courrier innombrable qui parvenait à Sœur Lucie et qui répondait, en son nom, aux correspondants.
De ces pages, se dégage d’abord l’image d’une religieuse qui a cherché avant tout à être fidèle à ses vœux solennels et à la règle de son ordre : “ En tant que carmélite, elle mena exactement la même vie que les autres Sœurs, mettant en pratique la devise : “Extérieurement, comme les autres ; intérieurement, comme aucune !“ […] Elle fut toujours et en tout amie de la perfection. Elle n’aimait pas perdre son temps. ”
Ce portrait biographique, riche en anecdotes savoureuses, n’est pas une hagiographie mièvre. Dans les différentes fonctions qu’elle a occupées au monastère, Sœur Lucie fut une religieuse exigeante envers elle-même autant qu’elle était exigeante envers les autres : “ Elle accomplissait ses devoirs avec exactitude et diligence. On pourrait penser que pour avoir été favorisée par le Ciel d’expériences aussi extraordinaires, elle vivait en marge de la vie courante ou hors de ce monde…Mais non ! En tant que carmélite, elle observait à fond la Rège. […] Elle n’avait aucune dispense et elle n’était pas moins fidèle que les autres dans l’accomplissement de ses charges. ”
Par bien des côtés, la personnalité et le caractère de Sœur Lucie rappellent ceux de saint Bernadette Soubirous, la voyante de Lourdes. Même tranquille certitude dans l’affirmation de ce qui a été “ vu ” et même mémoire sans faille quant aux faits surnaturels. Et aussi un caractère affirmé qui ne va pas sans un sort sens de l’humour.
Dans ce petit livre, sont rapportés de nombreux souvenirs de Sœur Lucie sur la période des apparitions et sur les autres périodes de sa vie religieuse. Sont rapportés également des jugements importants de la voyante de Fatima. Je m’attarderai uniquement à un fait controversé : la révélation du 3e secret de Fatima.
Le 3e secret de Fatima
La révélation du 3e secret de Fatima – ou, plus exactement de la troisième partie du secret de Fatima – faite par le Saint-Siège, en 2000, a suscité des controverses qui sont loin d’êtres apaisées. Dans plusieurs milieux, le texte publié et/ou son interprétation ont été contestés. Je ne rappellerai que quelques-unes de ces contestations, dont une très récente :
• Quelques semaines après la divulgation du texte, et son interprétation par le Vatican, l’abbé Fabrice Delestre, de la Fraternité Saint-Pie X, consacre un numéro entier du Bulletin Saint Jean Eudes (Nouvelles de Chrétienté), n° 56, de juin-juillet 2000, pour démontrer que “ le 26 juin dernier nous fut présenté un troisième secret tronqué, volontairement amputé de sa première partie constituée de paroles de Notre-Dame qui seules permettent l’interprétation correcte et authentique de la vision que l’on nous a présentée. ” “ Il est évident que le Vatican nous cache l’essentiel ” concluait l’abbé Delestre.
• Pendant l’été 2005, dans un numéro spécial de près de 450 pages de leur revue, Le Sel de la Terre, les religieux d’Avrillé, ont traité du message de Fatima, de la consécration de la Russie (non accomplie selon eux), et du troisième secret (objet, selon eux, d’une “ neutralisation ” de la part du Saint-Siège). Sans résumer l’article consacré à cette troisième partie du secret, article déjà présenté ici, nous en rappellerons une des conclusions : “ Matériellement, tout aurait été livré. Mais s’il n’y a pas occultation matérielle, il y a eu occultation formelle : tout a été fait pour fausser le sens de Fatima – au moment même où on le livrait intégralement au public. Le secret n’a pas été amputé, mais neutralisé, vidé de son contenu. ”
• En ce mois de mars 2006, Mgr Williamson, un des quatre évêques de la FSSPX, affirme dans sa lettre mensuelle : “ …la troisième partie du secret de Fatima, ce ”Troisième secret” dont tout le monde catholique attendait la publication par l’Eglise en l’année fixée pour cela par Notre Dame, 1960, n’a toujours pas été révélée (le supposé ”Troisième Secret de Fatima” rendu public par Rome en 2000 est sûrement autre chose que le texte attendu en 1960). Mais les meilleurs experts de Fatima considèrent que les paroles ”Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi”, constituent de fait le début du vrai Troisième secret, parce que Sœur Lucie y ajouta une fois par écrit ”etc.”, comme si elle avait voulu signaler que c’est là qu’il fallait insérer la suite du Troisième Secret. ”
Sœur Lucie avait eu connaissance de ce genre de critiques et d’accusations – car il s’agit bien d’une mise en cause de l’honnêteté du Saint-Siège –, publiées principalement en France et aux Etats-Unis. Mère Marie Céline rapporte la réponse qu’elle fit à l’envoyé spécial du Saint-Siège qui voulait obtenir “ confirmation qu’il n’y avait rien d’autre à révéler ”. Elle rapporte aussi ses réactions sur les polémiques relatives à l’authenticité du texte révélé par le Saint-Siège :
“ Je lui ai dit un jour : ”Sœur Lucie, certains prétendent qu’il y a un autre secret !”. Ce à quoi elle me répondit : ”Alors, s’ils le connaissent, qu’ils le disent ! Moi, je ne sais rien de plus ! …Il y a des gens qui ne sont jamais contents ! Que l’on cesse d’en tenir compte ! ” ”.
Dans ce livre de mémoire, de pitié, empreint de cette simplicité des âmes contemplatives, il y a d’autres confidences, notamment sur la Sainte Vierge qui, jusqu’à la fin, s’est manifestée visiblement à Sœur Lucie.
Mère Marie Céline de Jésus Crucifié, ocd
Sœur Lucie. Souvenirs sur sa vie
Un volume de 46 pages, disponible au prix de 4 euros (franco de port) auprès d’Aletheia


Mgr Ricard Cardinal
Au consistoire du 24 mars prochain, Mgr Jean-Paul Ricard, archevêque de Bordeaux, sera créé cardinal par Benoît XVI. Depuis plus d’un quart de siècle, déjà, Mgr Ricard s’est toujours montré très bienveillant à mon égard. Même si l’on peut ne pas être d’accord avec toutes les déclarations publiques du Président de la Conférence épiscopale française, l’hommage que lui rend l’association “ Pour la paix liturgique dans le diocèse de Nanterre” est un acte de justice trop rare pour ne pas être reproduit.
La Lettre de Paix liturgique
Numéro 51 – 2 mars 2006
Benoit XVI honore un Père !
Quelle ne fut pas notre immense joie en apprenant que Monseigneur Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des évêques de France et membre de la Commission Ecclesia Dei avait été créé cardinal par notre Saint Père Benoît XVI le 22 février dernier ! Oui, c’est une grande joie pour toute l’Eglise de France ! C’est de tout cœur que nous adressons nos plus chaleureuses félicitations à Monseigneur Ricard, qui depuis toujours s’est comporté comme un Père pour chacune des brebis du troupeau qui lui était confiée, n’en excluant aucune, fût-elle attachée à la liturgie traditionnelle de l’Eglise… C’est ce Père aujourd’hui que nous venons féliciter avec une profonde reconnaissance pour l’admirable travail d’apaisement et d’édification de la paix liturgique qu’il a toujours mené avec beaucoup de charité et de courage pastoral. On se souvient qu’évêque de Montpellier (1996-2001), Monseigneur Ricard fit tout ce qu’il put pour que les fidèles de son diocèse attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise soient considérés comme tous les autres fidèles. Non seulement, il conforta le choix de son prédécesseur qui avait fait appel à l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre pour célébrer la messe traditionnelle à Montpellier en déclarant publiquement à leur endroit qu’ils constituaient “ une opportune diversité ” mais aussi, tenant compte des réalités géographiques de son diocèse et acceptant d’écouter en vérité la forte demande des fidèles, il étendit le ministère de ces prêtres traditionnels en leur confiant un autre ministère à Béziers (à environ 70 km de Montpellier).
Ainsi, depuis de nombreuses années et grâce notamment à l’extrême bienveillance de Monseigneur Ricard, les prêtres de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre présents à Montpellier peuvent exercer leur ministère auprès des fidèles traditionnels dans un climat de paix et de communion diocésaine. C’est en effet dans un climat pacifié que ces jeunes prêtres peuvent célébrer la messe mais aussi tous les autres sacrements et développer les œuvres telles que le scoutisme ou l’enseignement catholique en tenant compte de leur charisme traditionnel propre. Monseigneur Ricard ne manqua pas de manifester de diverses manières sa sollicitude pastorale vis-à-vis des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle : confirmations, bénédictions de promesses de louveteaux, rencontres… Cette belle et dynamique réalité ecclésiale n’aurait pas été possible sans l’amour du Père commun du diocèse pour ses fidèles diocésains.
Après les années montpelliéraines, Monseigneur Jean-Pierre Ricard fut nommé archevêque de Bordeaux et Bazas le 21 décembre 2001. Alors que, dans ce diocèse, les demandes anciennes et nombreuses de familles visant à obtenir la célébration de messes traditionnelles avaient toujours été malheureusement ignorées, Monseigneur Ricard laissa encore une fois parler son cœur de Père et décida là aussi de réintégrer les catholiques attachés à la liturgie traditionnelle à la vie de son diocèse. Pour cela il confia une église, la chapelle du Christ Rédempteur de Talence (périphérie de Bordeaux) à la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre qui sut très rapidement développer une belle et paisible communauté. Aujourd’hui, cette chapelle accueille de nombreuses familles qui sont heureuses de pouvoir vivre leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle de l’Eglise en communion avec leur pasteur. À Bordeaux comme à Montpellier, Monseigneur Ricard a permis à toutes ces familles d’avoir non seulement la possibilité d’assister à la messe dans l’antique liturgie mais aussi d’y recevoir les autres sacrements. Au mois de juin dernier, Monseigneur Ricard venait à la chapelle du Christ Rédempteur en personne pour conférer le sacrement de confirmation à de nombreux jeunes gens. Les œuvres telles que le catéchisme ou les groupes scouts sont aussi développées à Bordeaux en tenant compte de la sensibilité traditionnelle des familles. Cette communauté traditionnelle de Bordeaux est un magnifique exemple d’intégration diocésaine réussie. En sus de cet apostolat confié à la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre, Monseigneur Ricard a également confié un autre ministère traditionnel à l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, à Auros (situé à environ 55 km de Bordeaux). En accueillant deux communautés traditionnelles dans son diocèse, Monseigneur Ricard a répondu comme l’y appelle le Saint-Père, de manière “ large et généreuse ” aux besoins spirituels des familles attachées à la liturgie traditionnelle de l’Eglise. Quel bel exemple de Père qui sait laisser parler son cœur ! Voilà un comportement de Père aimant qui refuse de vexer les sensibilités. Et pour couronner le tout, lorsque, fin 2005, l'abbé de Mentque de la Fraternité Saint Pierre a exprimé son souhait d'intégrer le diocèse, Mgr Ricard lui a confié un ministère à l'église Saint-Bruno, qui inclut la célébration de la messe de saint Pie V en semaine et le dimanche à 9 h 45. La charité et le courage pastoral de Monseigneur Ricard aujourd’hui récompensés par Benoît XVI ne se sont pas réduits aux seules limites géographiques de son diocèse. On se souvient que, le 25 août 2004, Mgr Ricard conférait le sacrement de l’ordre dans l’ancien rituel au monastère bénédictin du Barroux. Là encore quel bel exemple de respect !
On se souvient encore des paroles fortes de Monseigneur Ricard publiées dans une interview de la Croix du 25 août 2005 :
“ On pourra peut-être envisager des possibilités plus larges, pour ceux qui le souhaitent, de célébrer la messe selon le rite de saint Pie V. Il doit y avoir place, dans l´Eglise, pour une large palette de sensibilités, et celle qui se manifeste par le désir de célébrer l´Eucharistie selon ce rituel ancien peut sans doute être encore mieux accueillie qu´elle ne l´est déjà. ” Merci Monseigneur Ricard pour votre courage pastoral et pour votre amour de Père.
Vous nous montrez concrètement ce que peut être une véritable et authentique paix liturgique vécue dans les diocèses. En considérant les familles de votre diocèse attachées à la liturgie traditionnelle comme catholiques à part entière et non pas comme des “ catholiques de seconde catégorie ”, vous avez su cicatriser les blessures et apaiser les tensions. Vous avez redonné confiance à tout un peuple ! Vous ne vous êtes pas comporté en homme de loi obsédé par la lettre mais comme un Père animé par l’esprit. Ainsi vous avez permis que toutes ces familles puissent bénéficier non seulement de la liturgie traditionnelle pour la messe mais également pour les autres sacrements. De même, le développement des œuvres telles que le catéchisme ou le scoutisme dans leurs formes traditionnelles a été possible dans vos diocèses grâce à votre charité et à votre profond respect de la sensibilité de vos brebis. On le voit bien, dès lors que l’autorité diocésaine met en place des églises avec des prêtres bien disposés et disponibles pour célébrer la messe traditionnelle et tous les sacrements chaque jour de l’année et développer une vie paroissiale, la paix et la réconciliation s’installent. Ce type de situation peut se traduire par la mise en place de chapellenie comme cela est le cas dans les diocèses de Montpellier ou de Bordeaux. Il existe aussi la magnifique expérience du diocèse de Toulon où c’est le statut de la paroisse personnelle qui a été choisi par Monseigneur Rey.
En effet, le vrai respect de la sensibilité particulière des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise doit se traduire par la possibilité pour eux de vivre leur foi dans tous ses aspects : messe, sacrements, catéchisme, scoutisme, écoles catholiques… Sans cela, la paix ne peut être qu’une paix de façade, légaliste et sans cœur. Cela, les familles attachées à la liturgie traditionnelle de l’Eglise n’en veulent pas. Elles implorent juste une application “ large et généreuse ” des mesures d’apaisement mises en place par le grand pape Jean Paul II.
Sylvie Mimpontel
Au nom de tous les délégués du mouvement pour la Paix liturgique


Rome et la FSSPX
L’abbé Aulagnier, ancien Supérieur du district de France de la FSSPX, dans le n° 82 de la.revue.item.free.fr, daté du 14 mars, estime, à juste titre, que concernant les discussions en cours entre le Saint-Siège et la FSSPX, il est plus adéquat de parler de “ réintégration ” et de “ normalisation ” que d’ “ accord ”.
Je n’évoquerai pas plus avant ces discussions et la prochaine échéance importante (le 23 mars prochain aura lieu une deuxième réunion de la Curie autour Benoît XVI à propos de la FSSPX). Je signalerai simplement les réponses, brèves mais claires, faites par Mgr Fellay au journal italien Il Tempo, réponses publiées le 12 mars dernier. Mgr Fellay, dément, comme il l’avait déjà fait dans des conférences aux Etats-Unis, avoir eu des contacts téléphoniques directs avec le Pape. Interrogé sur le statut canonique qui pourrait être accordé à la FSSPX par le Saint-Siège (statut canonique qui serait inédit), Mgr Fellay répond : “ C’est à Rome à faire des propositions ”. Enfin, interrogé sur l’opposition que manifesterait Mgr Williamson, un des 4 évêques de la FSSPX, à une réconciliation avec Rome[1], Mgr Fellay répond : “ Je ne dirais pas cela. Je dirais plutôt que sur cette question Williamson est plus pessimiste tandis que je suis plus optimiste. ”
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NOTE
[1] Le journaliste italien qui interroge Mgr Fellay fait sans doute allusion à l’interview donnée à Minute (publiée le 8 mars dernier) dans laquelle Mgr Williamson estime : “ A moins d’un grand miracle de Dieu pour rendre aux hommes de l’Eglise du concile leur sens du dogme de la foi, il ne semble pas qu’il y ait grand chose, humainement parlant, à espérer de ce pontificat. ” Et aussi : “ Ou elle [la FSSPX] prend la route héroïque des cimes et, refusant prestige et honneur, accepte d’être honnie et persécutée par le monde. (…) Ou bien elle prend la route du confort et de la facilité, en se compromettant avec le monde et l’Eglise du monde, c’est-à-dire l’Eglise conciliaire. ”



samedi 18 février 2006

[Aletheia n°89] Saint-Siège/Fraternité Saint-Pie X: vers une réconciliation? - et autres textes

Aletheia n°89 - 19 février 2006

Saint-Siège/Fraternité Saint-Pie X: vers une réconciliation?

L’information religieuse en France, est, en général, d’une grande pauvreté quand il s’agit des décisions et actes du Saint-Siège. Très peu de journaux ont un correspondant permanent au Vatican et la plupart des journaux se contentent de recopier les dépêches des agences de presse ou d’y puiser la matière de leurs commentaires. Les publications “ traditionalistes ”, pour beaucoup d’entre elles, ne sont guère mieux au fait de l’actualité vaticane. Dans le dossier actuel qui les intéresse au premier chef en ce moment – la réconciliation possible entre la Fraternité Saint-Pie X et la “ libéralisation ” de la messe selon le rite ancien –, aucune information nouvelle ou inédite ne transparaît. Trop souvent, les publications traditionalistes se recopient les unes les autres, ou, pour diverses raisons, elles n’osent divulguer les informations en leur possession.

Aletheia a été la première, en France, à faire état de la rencontre du 15 novembre dernier entre le cardinal Castrillon Hoyos et Mgr Fellay. Depuis, cette rencontre a été évoquée (non sans erreurs) et commentée par divers organes français ; mais déjà d’autres événements s’étaient produits qui ont ajouté au dossier.

La presse italienne, catholique ou non, est, beaucoup mieux au fait des questions vaticanes. En France, on ne compte guère que deux ou trois authentiques vaticanistes[1], en Italie, ils sont bien plus nombreux. Le journaliste Andrea Tornielli, du Giornale, ou l’historien Sandro Magister, de l’Espresso, sont parmi les informateurs les plus au fait des événements, et les plus indépendants. La connivence ou l’hostilité systématique ne font pas un bon vaticaniste.

Par exemple, la récente nomination de Mgr Fitzgerald comme nonce apostolique en Egypte et délégué auprès de la Ligue arabe a été interprétée, par certains milieux commentateurs français, comme une “ mise à l’écart ” de celui qui était, depuis 2002, Président du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux. Il faudrait voir dans cette nomination ; le signe que Benoît XVI était en désaccord avec celui qui avait présidé à tant d’initiatives, contestées, en matière de dialogue avec les religions non-chrétiennes. Or, on peut considérer tout au contraire que Benoît XVI, en procédant à cette nomination, a voulu placer, dans un poste avancé du dialogue avec les musulmans, un prélat avec lequel il est en consonance doctrinale (cf. le livre d’entretiens entre Mgr Fitzgerald et Anne Laurent, recensé dans Aletheia le 1er janvier dernier).

Autre événement à l’interprétation délicate : la réunion des différents chefs des dicastères de la Curie, le 13 février dernier, autour de Benoît XVI a réuni, pour évoquer la question de la réconciliation du Saint-Siège avec la Fraternité Saint-Pie X. Plutôt que de commenter l’événement, je préfère offrir au lecteur la traduction de l’article, bien informé et intéressant, qui est paru il y a deux jours dans le quotidien italien l’Indipendente.

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LEFEBVRISTES : VERS LA FIN DU SCHISME - par Tommaso Debenedetti

Le schisme entre l’Eglise de Rome et les traditionalistes héritiers de Mgr Lefebvre est en voie d’être résolu. L’information, désormais donnée pour certaines même si elle n’est pas encore officielle, est venue de la réunion des trente chefs de dicastère que le pape Benoît XVI a organisée, à huis clos, l’autre jour au Vatican. Un seul thème était à l’ordre du jour : la possibilité de révoquer l’excommunication qui a frappé quatre évêques en 1988 suite à leur consécration par Mgr Lefebvre, et la possibilité de leur consentir, et aux fidèles qui les suivent, l’usage du Missel en vigueur avant la réforme voulue par Paul VI à la suite du concile Vatican II.

La convocation de la réunion était déjà en elle-même un fait très nouveau, peut-être le premier exemple de cette “ collégialité ” dans le gouvernement de l’Eglise que Ratzinger a défini, depuis un certain temps déjà, comme une des lignes directrices de son pontificat. Les chefs de dicastère, en fait, ont été appelés à évaluer, avec le Pape, les voies les plus rapides, et juridiquement les plus valides, pour arriver à ce que Benoît XVI veut de toutes ses forces : c’est-à-dire la fin de toute dissension avec la Fraternité Saint-Pie X (c’est le nom officiel de l’organisation qui regroupe les disciples de Mgr Lefebvre, soit 4 évêques, quelque 500 prêtes et des centaines de milliers de fidèles sur les cinq continents). En réalité, Ratzinger n’avait pas vraiment besoin de cette consultation : c’était déjà lui qui, sous le pontificat de Jean-Paul II, s’occupa pendant plus de dix ans de cette délicate question. Il est connu, de fait, que Wojtyla a souffert énormément de devoir infliger cette excommunication et de signer la naissance du seul schisme de l’ère contemporaine[2], et il avait demandé à son ami théologien, fort de son incomparable connaissance doctrinale, de tout faire pour que la division cesse.

Benoît XVI, qui une fois élu Pape a tout de suite décidé de rouvrir le dossier pour le résoudre en un temps bref, a voulu en fait s’assurer d’un ample consensus et de conseils juridiques et techniques pour prendre la décision qu’il avait depuis toujours considérée comme une absolue priorité. Dans la réunion de lundi, le Souverain Pontife a exposé les résultats de la rencontre qu’il a eue le 29 août dernier à Castel Gandolfo avec les responsables de la Fraternité Saint-Pie X, et il a demandé aux chefs de dicastère d’exposer leur jugement sur le sujet et de faire les suggestions adaptées : un document sera élaboré et sera présenté au Pape au cours d’une autre réunion, déjà fixée au 23 mars, document qui – selon les informations que nous avons recueillies – signera non seulement la révocation de l’excommunication, mais la véritable fin du schisme. Une réconciliation, néanmoins, qui devra avoir l’indispensable accord des lefebvristes, lesquels, au moins jusqu’à ces derniers mois, refusaient complètement la demande du Vatican d’accepter le Concile. Selon des sources très proches du Pape, Benoît XVI aurait voulu cette consultation des chefs de dicastère pour manifester que le choix de cette réconciliation n’était pas seulement un acte personnel mais comme un geste solennel de réconciliation accompli par l’Eglise catholique en son entier dans sa plus ample et représentative acception.

Il semble que Ratzinger a étudié attentivement avec les prélats les plus directement concernés par le dialogue avec les lefebvristes, c’est-à-dire le cardinal Arinze responsable de la liturgie et Castrillon Hoyos préposé au Clergé et aux rapports avec les lefebvristes, les modalités pour réussir à récupérer les schismatiques avec une formule qui trouve leur assentiment. “ Le Saint Père ”, confirme un de ses collaborateurs, “ est déterminé à trouver une solution dans des délais très brefs, solution dont on est prés de trouver le point d’appui juridique qui convienne, naturellement sans porter atteinte aux principes fondamentaux de l’Eglise, de son histoire et des dispositions auxquelles aujourd’hui elle se tient. ”

Un compromis, donc ? “ Dans une telle matière ”, répond le collaborateur du Pape, “ il n’existe pas de compromis, au moins dans le sens courent et facilement équivoque du terme, mais il existe des médiations fructueuses, surtout quand, entre les deux parties, la volonté d’arriver est intense. ” À la question si le 23 mars est la date juste, il a été répondu : “ Pour nous, oui ”.

Personne, au Vatican, ne le dit clairement, mais la rumeur, récurrente, semble fondée selon laquelle Benoît XVI lui-même maintient personnellement, au moins avec une certaine fréquence, des contacts directs avec la Fraternité Saint-Pie X. On parle de contacts téléphoniques répétés et très discrets entre Ratzinger et l’évêque lefebvriste Fellay, contacts par lesquels aurait mûri chez les traditionalistes une disponibilité bien supérieure à celle exprimée dans les communiqués officiels.

Justement les résultats désormais encourageants de tels contacts auraient conduit Ratzinger à la convocation des deux réunions de lundi et du 23 mars et l’auraient incité à en faire l’annonce à l’extérieur, choses qui auraient été évitées s’il n’y avait pas eu un climat d’optimisme motivé. Beaucoup de temps semble avoir passé depuis fin août lorsque, commentant la rencontre entre le pape et l’évêque lefebvriste, un important prélat disait : “ Le dialogue est engagé, et il aura les résultats espérés, mais il faudra des années. ” Au contraire, grâce à l’action personnelle de Benoît XVI, il aura fallu – et tout le laisse croire – peu de mois. Une nouvelle confirmation de l’extraordinaire méthode de travail de ce Souverain Pontife, qui refuse les grandes initiatives médiatiques, mais qui, opérant avec ténacité et intelligence, arrive à des résultats surprenants, qui laissent une marque dans l’histoire de l’Eglise et étonnent le monde.

Article paru dans L’Indipendente le vendredi 17 février 2006

(traduit par nos soins)

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Benoît XVI et la “ réforme de la réforme ”

Il est bien connu que le cardinal Ratzinger s’était prononcé pour une réforme de la réforme liturgique, pour un “ nouvel élan ” liturgique qui ne soit pas, comme après le concile Vatican II, une “ dévastation ”, la mise en œuvre d’une “ liturgie fabriquée ” mais un “ processus vivant de croissance ”[3]. Convaincu que “ la crise de l’Eglise que nous vivons aujourd’hui repose largement sur la désintégration de la liturgie ”, le cardinal Ratzinger en appelait, dans un autre livre, à “ un nouveau mouvement liturgique, qui donne le jour au véritable héritage du concile Vatican II ”[4].

Les traditionalistes qui croient que Benoît XVI pourrait être le Pape qui restaurera, dans toute l’Eglise, la messe traditionnelle, se trompent. Benoît XVI, sans mépriser l’ancien rite, est déterminé, sans doute, à favoriser plus largement son usage. Mais aussi, il estime, en historien et en théologien, que l’évolution de la liturgie, multiséculaire, doit se poursuivre, dans le sens d’une rectification du rite nouveau, et même par l’intégration de l’ancien et du nouveau.

À titre documentaire, je reproduis ici une lettre importante qu’il a adressée au Professeur Heinz-Lothar Barth, professeur de philologie grecque et latine à l’Université de Bonn, le 23 juin 2003. Les pensées exprimées par le cardinal Ratzinger, il y a près de trois ans, peuvent certainement éclairer les actes celui qui est devenu Benoît XVI :

Très cher Docteur Barth,

Je vous remercie de votre lettre du 6 avril, à laquelle je n’ai pu trouver le temps de répondre que maintenant. Vous me demandez de m’engager pour l’autorisation plus étendue du rite romain ancien. Vous savez déjà qu’une telle demande auprès de moi ne tombe pas dans les oreilles d’un sourd, mon engagement dans cette affaire est maintenant connu par tout le monde.

Est-ce que le Saint Siège à propos du rite ancien “l’autorisera de nouveau dans le monde entier et sans restriction” - comme vous le souhaitez et comme la rumeur s’en répand ? On ne peut pas répondre à cette question de manière absolue. Trop forte est encore chez beaucoup de catholiques - endoctrinés depuis des années – l’aversion pour la liturgie traditionnelle, qu’ils qualifient de manière méprisante de “pré conciliaire”, et aussi, d’un autre côté, beaucoup d’évêques montreraient une opposition déterminée à une autorisation générale.

La situation est différente si on n’envisage qu’une autorisation limitée; car la demande de la liturgie ancienne est limitée. Je sais que sa valeur ne dépend naturellement pas de la demande, mais la question du nombre des prêtres des et laïcs intéressés a cependant une certaine importance. Une telle mesure ne peut être réalisée que progressivement aujourd’hui, une trentaine d’années après la réforme liturgique du Pape Paul VI. Maintenant il faut avancer pas à pas, chaque nouvelle précipitation ne produira pas de bons résultats.

Mais je crois que dans l’avenir l’Eglise romaine devra avoir à nouveau un seul rite ; l’existence de deux rites officiels est dans la pratique difficilement “gérable” pour les évêques et les prêtres. Le rite romain de l’avenir devrait être un seul rite, célébré en latin ou en langue populaire, mais entièrement fondé dans la tradition du rite ancien; il pourrait intégrer quelques nouveaux éléments, qui ont fait leurs preuves, comme de nouvelles Fêtes, quelques nouvelles Préfaces dans la messe, un Lectionnaire élargi – un plus grand choix qu’avant, mais pas trop - une Oratio fidelium, c’est-à-dire une litanie de prières d’intercession après l’Oremus de l’Offertoire, où jadis il avait sa place.

Très estimé Dr Barth, si vous vous engagez ainsi pour la question liturgique, vous ne serez pas seul et vous préparez “l’opinion publique de l’église” à des mesures éventuelles en faveur d’un usage plus large des manuels liturgiques anciens. Mais on doit être prudent en n’éveillant pas des espoirs trop forts, des attentes trop grandes auprès des fidèles attachés à la Tradition.

Je profite de cette occasion pour vous remercier de votre engagement appréciable en faveur de la liturgie de l’Eglise romaine, par vos livres et vos conférences, même si je souhaiterais ici et là plus d’amour et de compréhension pour le Magistère du Pape et des évêques. Que la graine, que vous semez, grandisse et porte beaucoup de fruits pour une vie renouvelée de l’Eglise, dont “la source et le sommet”, son véritable cœur, est et doit rester la liturgie.

Je vous donne volontiers la bénédiction demandée et je reste de tout cœur

Vôtre

Josef Cardinal Ratzinger

Lettre publiée sur le site allemand de Wolfang Lindemann, traduction revue par nos soins.

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NOTES

[1] Les informations, analyses et commentaires du vaticanista (“ vaticaniste ” ou “ vaticanologue ”) sont le fruit d’une connaissance solide des questions religieuses, d’une familiarité avec le fonctionnement du Saint-Siège et d’un réseau d’information suffisamment étendu dans les milieux de la Curie.

[2] On pourrait en ajouter un autre : le schisme chinois, depuis le pontificat de Pie XII ; schisme en voie d’être résolu lui aussi, mais par une méthode différente (Y.C.).

[3] Ces expressions se trouvent dans sa présentation du livre de Mgr Gamber, La réforme liturgique en question, Editions Sainte-Madeleine, 1992, p. 6-8.

[4] Joseph Ratzinger, Ma Vie. Souvenirs, Fayard, 1998, p. 135.




dimanche 29 janvier 2006

[Aletheia n°88] L’Homme contre lui-même (Michel de Corte) - Extrait de l’Avant-propos - par Jean Madiran

Yves Chiron - Aletheia n°88 - 29 janvier 2006
L’Homme contre lui-même
Marcel De Corte (1905-1994), né dans le Brabant, fut non seulement, pendant quarante ans, professeur de philosophie à l’Université de Liège, mais aussi, et d’abord, un philosophe et un croyant. Son œuvre abondante – 993 articles et livres recensés en 1975[1] – a trait à la métaphysique et à la morale, mais aussi au droit, à la politique et aux questions religieuses.
C’est de son vivant que parut la première thèse consacrée à sa pensée[2]. Son auteur, Danilo Castellano, présentait De Corte comme un “ aristotélicien chrétien ”. Aristotélicien, De Corte l’était par sa volonté, limpide, de “ saisie directe et immédiate du réel ”, par sa soif de se soumettre à la “ simplicité du vrai ” et de reconnaître l’ordre naturel des choses.
En 1963, parut L’Homme contre lui-même, aux Nouvelles Editions Latines. Les huit chapitres qui composent le livre examinent, les uns après les autres, les différents “ aspects de la schizophrénie dont souffre l’homme contemporain ”. Cette schizophrénie, ou dissociation, est un refus du réel et de la nature. La liberté de l’homme moderne, nous dit De Corte, est devenue un déracinement “ de l’être ”.
Qui n’aurait lu jamais De Corte se tromperait en s’imaginant un auteur hermétique, au langage compliqué, comme peuvent l’être les philosophes modernes. Saisir le réel en son essence et en ses principes peut se faire en un langage accessible à tous. Dans L’Homme contre lui-même, Marcel De Corte établit un diagnostic de la “ schizophrénie ” contemporaine, mais indique aussi “ la voie de la guérison possible ”. Le livre est “ profondément réactionnaire ”, reconnaît-il. La réaction, ici, n’est pas un simple retour en arrière mais une (re)connaissance des “ évidences vitales ” et, d’abord, d’un ordre naturel.
Ce grand livre est réédité, aujourd’hui, par les Editions de Paris, avec un lumineux avant-propos de Jean Madiran. Cette édition a été “ revue et corrigée ” par Jean-Claude Absil. D’autres ouvrages de Marcel De Corte devraient être réédités à l’avenir.

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Extrait de l’Avant-propos - par Jean Madiran
Marcel De Corte est l’un des quatre grands philosophes thomistes de langue française au XXe siècle. Il est le plus explicitement aristotélicien des quatre. Au Moyen Age, on disait : le Philosophe, pour désigner Aristote. Depuis le XXe siècle, pour désigner Marcel De Corte, nous disons : l’Aristotélicien. Comme les trois autres, et selon l’exemple initial de Platon lui-même dont toute la pensée, on l’oublie trop, fut tournée vers la rectification de la Politique, Marcel De Corte a voulu apporter aux misères politiques de ses contemporains les secours d’une philosophe vraie. Comme Charles De Koninck avec sa Primauté du bien commun, comme Etienne Gilson dans Pour un ordre catholique, et comme Maritain, hélas, dans Humanisme intégral, Marcel De Corte remplit la fonction d’un Alcuin auprès de Charlemagne.
[ …] nous sommes entrés dans un temps qui sera peut-être très long où l’on pourra seulement, au milieu d’un monde radicalement sans Dieu, “ sauver des îlots de santé partiellement intacts ”. Bien avant que nous en soyons nous-mêmes tout à fait persuadés, Marcel De Corte voyait, il y a plus de quarante ans, notre civilisation occidentale complètement effondrée, ayant épuisé ce qui restait en elle de civilisation chrétienne. “ Nous savons, écrivait-il, que les civilisations ne meurent que pour faire place à d’autres qui leur succèdent, et qu’un dépôt précieux …est confié aux générations intermédiaires ”. C’est aux générations intermédiaires, la sienne et les nôtres, qu’il destinait sa pensée. Il expliquait bien sûr que le “ salut de la civilisation repose sur un retour à la politique naturelle et à la religion surnaturelle ”. Mais il pensait surtout à ce “ dépôt précieux ” qui passe d’une génération à une autre, d’une civilisation à une autre. Son idée se fait jour un peu partout aujourd’hui : des îlots, des fortins, où le secret ne sera “ conservé d’une manière vivante que dans des communautés restreintes ”.
Le secret, mais quel secret ? C’est un secret à ciel ouvert, partout visible mais partout inaperçu, un secret simple et de bon sens, mais incompréhensible aux intelligences formatées par la domination médiatique et la pression sociale d’idéologies délirantes. C’est le secret perdu de la loi (morale) naturelle, c’est aussi le secret surnaturel du catéchisme romain, conservés l’un et l’autre dans l’intimité des familles, de quelques monastères, de quelques écoles. En somme le livre de Marcel De Corte est le livre des secrets de santé mentale, à l’usage des générations intermédiaires entre une civilisation qui achève de mourir et ce qui viendra ensuite.
La civilisation chrétienne puis son héritière infidèle la civilisation occidentale ont peu à peu épuisé le capital sur lequel elles ont vécu : le capital de sainteté, de coutumes, de lois, de mœurs, amassé par le Moye Age. Il n’en reste quasiment rien. Sauf dans le livre des secrets.
Le secret de Marcel De Corte, c’était donc de revenir au Moyen Age ?
Point du tout. Son secret, écoutez bien, c’est de guérir ; et guérir, a-t-il dit, n’est pas revenir à l’âge que l’on avait quand on a commencé la maladie.

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Marcel De Corte - L’Homme contre lui-même - Avant-propos par Jean Madiran
Préface
1 - Les transformations de l’homme contemporain
2 - Pathologie de la liberté
3 - La crise du bon sens
4 - La crise des élites
5 - Le déclin du bonheur
6 - Ce vieux diable de Machiavel
7 - Le mythe du progrès
8 - L’accélération de l’histoire et son influence sur les structures sociales
Un volume de 310 pages, aux Editions de Paris.
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ALETHEIA
16, rue du Berry
36250 Niherne (France).
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NOTES
[1] La première Bibliographie de son œuvre a été établie dans le n° 196 d’Itinéraires (septembre-octobre 1975), qui est aussi un volume d’hommage, et de réflexion sur sa pensée, avec, notamment, des articles de Jean Madiran, Thomas Molnar, Louis Salleron, Jacques Vier.
[2] Danilo Castellano, L’aristotelismo cristiano di Marcel De Corte, Florence, Pucci Cipriani, 1975.

samedi 21 janvier 2006

[Aletheia n°87] La première encyclique de Benoît XVI - Deus Caritas Est

Aletheia n°87 - 21 janvier 2006
La première encyclique de Benoît XVI sera publiée le 25 janvier prochain.
Dans l’histoire récente de la papauté, la première encyclique des papes est toujours apparue comme programmatique du pontificat. Elle a été publiée, selon les Souverains Pontifes, dans un délai plus ou moins long après l’élection pontificale :
  • le bienheureux Pie IX, élu le 21 juin 1846, a publié sa première encyclique le 9 novembre suivant, soit quatre mois et demi après son élection ;
  • Léon XIII, élu le 20 février 1878, a publié sa première encyclique le 21 avril suivant, soit deux mois après son élection ;
  • Saint Pie X, élu le 4 août 1903, a publié sa première encyclique le 4 octobre suivant, soit deux mois, aussi, après son élection ;
  • Benoît XV, élu le 3 septembre 1914, publie sa première encyclique le 1er novembre suivant, soit deux mois, encore, après son élection ;
  • Pie XI, élu le 6 février 1922, publie sa première encyclique le 23 décembre suivant, soit neuf mois et demi après son élection ;
  • Pie XII, élu le 2 mars 1939, publie sa première encyclique le 20 octobre suivant, soit sept mois et demi après son élection ;
  • Jean XXIII, élu le 28 octobre 1958, publie sa première encyclique le 29 juin 1959, soit huit mois après son élection ;
  • Paul VI, élu le 21 juin 1963, publie sa première encyclique le 6 août 1964, soit treize mois et demi après son élection ;
  • Jean-Paul II élu le 16 octobre 1978, publie sa première encyclique le 4 mars 1979, soit près de cinq mois après son élection.
En publiant sa première encyclique neuf mois après son élection, Benoît XVI s’est donné un temps de réflexion et de méditation qui n’est pas particulièrement plus long que celui qu’avaient pris la plupart de ses prédécesseurs de l’époque contemporaine.
C’est l’impatience des temps présents qui a fait émettre, au fil des mois, des supputations erronées. Par exemple, le 14 décembre dernier, le grand quotidien économique et financier Les Echos, sous la signature de son supposé correspondant au Vatican, Pierre de Gasquet, annonçait que le pape avait signé sa première encyclique le 8 décembre. Le journaliste s’ébaudissait que Benoît XVI y commente le Faust de Goethe. En réalité, le texte cité par le journal économique était l’homélie prononcée le 8 décembre au cours d’une Chapelle papale tenue pour le 40e anniversaire du concile Vatican II.
Quelque temps plus tard, c’est La Croix qui s’étonnait que Benoît XVI n’ait pas encore publié sa première encyclique. Le journal catholique s’interrogeait, le 30 décembre, sur ce “ pape du silence ” : “ le silence de Benoît XVI remplit la place Saint-Pierre ”. Ce qui est plus qu’exagéré si on considère l’importance de discours comme celui du 22 décembre consacré à l’interprétation du concile Vatican II ou les interventions auprès du Chemin catéchuménal pour rectifier sa liturgie, interventions qui, au contraire, ont provoqué bien des clameurs.
Plutôt que de commenter un texte qui n’est pas encore connu intégralement, je me contenterai de reproduire une dépêche du Bureau de Presse du Saint-Siège. Elle rapporte l’annonce que Benoît XVI a faite de son encyclique au cours de l’Audience générale du 18 janvier dernier.


CITE DU VATICAN, 18 JAN 2006 (VIS). Au cours de l'Audience générale de ce matin, Benoît XVI a annoncé que le 25 janvier serait publiée sa première Encyclique, intitulée : Deus Caritas est, dont la présentation officielle aura lieu près la Salle-de-Presse du Saint-Siège.
Évoquant le contenu du document, le Pape a dit: "Aujourd'hui, l'amour apparaît souvent bien loin de ce qu'enseigne l'Eglise. Or, il s'agit d'un mouvement unique doté de diverses dimensions".
La charité, a ajouté le Saint-Père, "est l'amour qui renonce à lui-même pour autrui. L'Eros s'y transforme en Agapé, à la recherche du bien des autres. Il devient charité s'ouvrant à sa propre famille comme à la famille humaine toute entière".
Puis Benoît XVI a dit que son encyclique "tend à montrer que l'acte d'amour personnel doit s'exprimer dans l'Eglise avec un but fonctionnel. S'il est vrai que l'Eglise est expression de Dieu, l'amour doit y devenir un acte ecclésial".
"Providentiellement, ce document sera rendu public le jour de la clôture de la Semaine de prière pour l'unité. Le 25 janvier, je me rendrais à la basilique St.Paul-hors-les-murs pour prier avec nos frères protestants et orthodoxes".
Benoît XVI a conclu son intervention extra-catéchistique en espérant que cette nouvelle encyclique éclairera la vie des chrétiens.
La première condamnation de Benoît XVI
L’abbé Gotthold Hasenhüttl, théologien allemand, s’est vu retirer le droit d’enseigner au nom de l’Eglise catholique. Le décret a été signé le 2 janvier dernier par Mgr Reinhard Marx, évêque de Trèves, après que ce dernier a été reçu dans les semaines précédentes par Benoît XVI.
Les faits en cause remontent à 2003. En mai 2003, à Berlin, eut lieu un Kirchentag œcuménique, un grand rassemblement où se retrouvèrent, pendant cinq jours, 200.000 catholiques et protestants pour des réunions, des conférences et des prières. À l’appel du mouvement, contestataire, le “ Mouvement du peuple de l’Eglise ”, l’abbé Gotthold Hasenhüttl, professeur émérite de théologie à l’université de Sarrebruck, accepta de célébrer un “ office œcuménique avec eucharistie selon le rite catholique ”. Le 23 mai, il célébra un office religieux dans le temple protestant de Gethsémani à Berlin. Au cours de la célébration, il avait invité les participants, catholiques et protestants, “ à participer au repas du Seigneur ”. Cette pratique d’intercommunion était en infraction avec le Code de Droit canon qui maintient que “ les ministres catholiques administrent licitement les sacrements aux seuls fidèles catholiques ” (Can. 844, § 1).
L’archevêque de Berlin, le cardinal Sterzinsky, avait alors demandé à l’abbé Hasenhüttl de venir s’expliquer. Celui-ci, par une lettre en date du 10 juin, avait refusé, tout en multipliant les articles et les entretiens dans la presse pour justifier son initiative. En conséquence, le 1er juillet suivant, Mgr Marx, évêque de Trèves, lieu de résidence habituel de l’abbé Hasenhüttl, lui adressait une longue lettre où, après avoir exposé les infractions commises contre les normes du droit canon, il lui demandait de signer une “ Déclaration ” dans laquelle il aurait dit son regret pour son “ comportement ” et dans laquelle il aurait promis “ de ne plus enfreindre les canons cités ”.
Gotthold Hasenhüttl refusa de signer la Déclaration présentée par Mgr Marx : “ Votre ultimatum exigeant un repentir inconditionnel et une obéissance aveugle ne correspond en rien, lui écrivait-il, aux enjeux pour lesquels j’ai lutté et travaillé dans ma vie de prêtre et de théologien. ” Gotthold Hasenhüttl s’insurgeait aussi contre “ des mesures relevant de l’inquisition ”.
Devant ce refus de soumission, le 17 juillet 2003 Mgr Marx suspendait l’abbé Hasenhüttl de toutes ses “ fonctions ministérielles ”[1].
Le théologien allemand fit appel de la sanction canonique qui le frappait auprès du Saint-Siège. Un an plus tard, le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, confirmait la sanction.
Malgré cela, Gotthold Hasenhüttl a continué, dans différents écrits, à soutenir la légitimité canonique de son initiative et à la justifier théologiquement. En conséquence, le 2 janvier dernier, Mgr Marx a signé le décret lui retirant le droit d’enseigner au nom de l’Eglise catholique. “ Tous ses écrits […], dit le décret, ont clairement démontré qu’il n’y avait de sa part aucun pas de conciliation, qu’il considérait son attitude comme juste et qu’il ne voyait aucune raison d’accepter la discipline de l’Eglise. ” Le décret affirme aussi : “ Puisqu’il se met en dissidence par rapport à l’autorité de l’Eglise dans des affaires graves et ne se montre pas prêt à observer les règles de l’Eglise, celle-ci ne peut lui accorder le droit d’enseigner en son nom.[2] ”
La désinformation de "la Croix"
Cette double condamnation de la pratique de l’intercommunion (ou de la communion interconfessionnelle) n’étonnera que ceux qui s’imaginent que la doctrine de l’Eglise sur le sujet a changé ou peut changer. La Croix, dans son numéro du 20 janvier, consacre un dossier à “ L’œcuménisme au pays de Benoît XVI ”. La question de l’intercommunion est longuement évoquée. Or il n’est fait aucune mention des condamnations qui ont frappé Gotthold Hasenhüttl. N’est-ce pas là une désinformation manifeste ?
Au contraire, le journal catholique de référence fait semblant de croire que, sur cette pratique de l’intercommunion, Benoît XVI pourrait faire changer la position de l’Eglise : “ Des idées pour Benoît XVI, catholiques et protestants allemands en ont. Depuis plusieurs décennies, nombreux sont ceux qui souhaiteraient communier ensemble, tout particulièrement les couples biconfessionnels qui représentent près de la moitié des couples mariés. […] Le nouveau pape adressera-t-il un signal fort à ses compatriotes ? Les théologiens allemands s’accordent à lui reconnaître une très bonne expertise du dossier œcuménique. ”
À l’évidence, le Magistère pontifical ne se réduit pas à une “ expertise ” (au sens de “ compétence ”, si l’on comprend bien le journal La Croix). La doctrine et la pratique de l’Eglise restent que les protestants ne peuvent pas être admis à la communion catholique. La communion de Frère Roger Schutz, fondateur de la communauté œcuménique de Taizé, lors des obsèques de Jean-Paul II en avril dernier – communion que lui a donnée le cardinal Ratzinger – a surpris. Pourtant, elle n’a pas fait exception à la règle et à la doctrine de l’Eglise. Elle a une autre explication[3].
Le droit à la liberté religieuse
Dom Basile Valuet, moine à l’abbaye bénédictine Sainte-Madeleine du Barroux, a soutenu, en juin 1995, une thèse de doctorat en théologie consacrée à “ La liberté religieuse et la Tradition catholique ”. La thèse, publiée un mois plus tard, en 3 volumes, avait été beaucoup commentée dans les milieux traditionalistes, mais peu lue. La 2e version, revue et augmentée, publiée en 3 tomes (six volumes) en 1998, n’a guère été lue au-delà du cercle des théologiens et des spécialistes.
Il est heureux, et utile, de disposer désormais d’une édition abrégée où Dom Basile Valuet a recueilli la substance des démonstrations de sa thèse. Cette édition lui a permis aussi d’apporter des développements à certains points.
On ne prétendra pas résumer ici cet ouvrage de doctrine. L’auteur entend répondre à la question suivante : “ La doctrine de Dignitatis humanæ sur le droit à la liberté sociale et civile en matière religieuse est-elle un développement doctrinal homogène effectué par le magistère authentique dans la Tradition de l’Eglise ? ”. Dans sa conclusion générale, il termine ainsi ses analyses et démonstrations : “ L’Eglise ne fonde pas le droit à la liberté religieuse sur l’indifférentisme individuel, social ou étatique, mais sur la dignité de la personne humaine, et sur l’obligation, le droit et la liberté de chercher la vérité qui en découlent. Et elle ne fonde pas non plus ce droit sur la sincérité de la conscience du sujet. Celle-ci est fin et non fondement… ”.
Fr. Basile, o.s.b. Le droit à la liberté religieuse dans la Tradition de l’Eglise, Editions Sainte-Madeleine (84330 Le Barroux), 676 pages, 39 euros.


[1] On trouve les différentes pièces de ce dossier de 2003 sur le site officiel du diocèse de Trèves (www.diozese-trier.de) et dans un dossier de la revue Golias (n° 94, janvier-février 2004).
[2] Le décret de janvier 2006 est cité par Infocatho (semaine du 8 au 11 janvier).
[3] Cf. mon article, à paraître, dans le numéro de février de La Nef (B.P. 48, 78810 Feucherolles, 6 euros le numéro).

dimanche 1 janvier 2006

[Aletheia n°86] René Rancœur (1910-2005)

Aletheia n°86 - 1er janvier 2006

René Rancœur (1910-2005)

Au terme d’une longue maladie, René Rancœur est mort le 28 décembre dernier, dans sa 96e année, à son domicile parisien. Il laissera le souvenir d’un érudit modeste, d’un grand bibliographe, d’un homme généreux, fidèle à ses convictions catholiques et royalistes.

Il a accompli l’essentiel de sa carrière professionnelle à la Bibliothèque Nationale de France, où il fut Conservateur en chef. Son premier travail bibliographique a été une Bibliographie des travaux publiés sur le centenaire de 1848 en France (1949). À partir de 1953, il fut en charge de la Bibliographie littéraire de la France, monumentale entreprise qu’il poursuivit jusqu’en 1996, année après année, et qui reste une référence incontournable, nommée “ le Rancœur ” par les spécialistes.

René Rancœur apporta aussi une contribution significative, mais restée non connue des lecteurs, à d’autres bibliographies qui sont, aujourd’hui encore, des ouvrages de référence : il collabora, anonymement, à la grande Enciclopedia de orientacion bibliografica, quatre volumes publiés à Barcelone, entre 1964 et 1965, sous la direction du P. Tomas Zamarriego s.j. et à la Nouvelle bibliographie de Charles Maurras, deux volumes publiés, en 1980, à Aix-en-Provence, par Roger Joseph et Jean Forges.

Lorsque la BNF était encore installée dans son site historique de la rue Richelieu, René Rancœur participa à l’organisation de plusieurs grandes expositions et à la rédaction des catalogues qui les accompagnaient. Il fut ainsi un des rédacteurs, et dans certains cas l’unique rédacteur, du catalogue des expositions Huysmans (1948), Péguy (1950), Lamennais (1954), Barrès (1962) et Bernanos (1978).

Son domaine de prédilection fut, sans doute, le XIXe siècle dont il était un parfait connaisseur. Ses travaux personnels et ses recherches dans diverses archives, privées ou publiques, l’amenèrent à publier plusieurs études sur le comte de Falloux, sur Dom Guéranger et à éditer diverses correspondances.

Érudit maurrassien

René Rancœur, angevin de naissance, était un royaliste de conviction. Étudiant, il avait fréquenté assidûment l’Action française et il est resté fidèle à son combat jusqu’à la fin.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le journal L’Action française, qui s’était “ replié ” à Lyon, fut interdit en zone occupée – même les historiens semblent l’avoir oublié. Son patriotisme, sa position politique (“ la seule France ”, la “ ligne de crête ”) ne pouvaient pas s’accorder avec l’occupant allemand. En zone occupée, les sections locales du mouvement monarchiste recevaient clandestinement des numéros du journal et s’efforçaient de le diffuser dans la discrétion. À cette époque, René Rancœur était en poste à Nantes, comme professeur de lycée. Pendant toutes ces années 40-44, il lira avec attention L’Action française : quand il ne pouvait conserver l’exemplaire du journal qu’il avait pu se procurer, il recopiait à la main des articles entiers de Maurras ou il en faisait des copies dactylographiées en plusieurs exemplaires qu’il distribuait à d’autres lecteurs. Il collabora aussi, à cette époque, au quotidien nantais L’Express.

Après-guerre, ses fonctions à la Bibliothèque Nationale l’obligeront à un devoir de réserve. Mais sa fidélité à l’Action française restait entière. Le quotidien du même nom avait cessé de paraître en août 1944. Lui succéda, en juin 1947, un bimensuel intitulé Aspects de la France et du monde. Ce bimensuel devint hebdomadaire à partir du 25 novembre 1948, c’est à partir de cette date que René Rancœur apporta sa collaboration sous le pseudonyme de Georges Narcy. Cette collaboration dura jusqu’au début des années 1990. La plupart des articles qu’il y publia avaient trait à l’histoire de l’Action française, surtout dans ses rapports avec l’Eglise. À l’occasion des ouvrages ou des articles qu’il recensait, René Rancœur savait apporter les rectifications, les rappels et les précisions qui s’imposaient. Loin d’être des recensions qui n’apportent rien de neuf au sujet, ses articles ajoutaient à la connaissance du sujet évoqué.

René Rancœur fut actif aussi dans les études maurrassiennes en présentant des communications aux “ Colloques Charles Maurras ” organisés, à partir de 1968, à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, sous la direction de Victor Nguyen et de Georges Souville. René Rancœur a notamment pris une part essentielle au Ve colloque, organisé en 1976 : “ La condamnation de l’Action française par l’Eglise catholique ”, et dont les actes, publiés en 1986 seulement, en deux gros volumes, et enrichis par lui de nombreux documents, forment un ensemble essentiel pour mieux comprendre la condamnation romaine de l’Action française en 1926 et la levée des sanctions de 1939.

René Rancœur a également œuvré, par un très lourd travail, à l’édition du livre, tragiquement posthume, de Victor Nguyen : Aux Origines de l’Action française (Fayard, 1991, 958 pages) ; monument impressionnant sur la généalogie intellectuelle d’une œuvre et d’un mouvement.

La romanité

Dès avant-guerre, René Rancœur avait été en relations étroites avec le chanoine Henri Lusseau (1896-1973), professeur à l’Université catholique d’Angers. Le chanoine Lusseau fut, avec d’autres prêtres de cette génération (l’abbé Berto, l’abbé Luc J. Lefèvre, et d’autres) un des représentants de l’esprit “ romain ” dans la France de l’après-guerre et de l’avant-concile Vatican II. Cet attachement à la “ romanité ” voyait se conjuguer attachement indéfectible au Saint-Siège et souci d’une grande rectitude doctrinale.

Cet esprit “ romain ” s’exprimera notamment dans une revue, La Pensée catholique, dirigée par le chanoine Lusseau et par l’abbé Lefèvre. La revue paraîtra à partir de 1946, pendant cinquante ans. René Rancœur y collabora dès le premier numéro par un article sur “ l’histoire chrétienne ”. Dans les années 50 aussi, il collabora, de manière régulière mais anonyme, à la Revue des Cercles d’études d’Angers, animée par le chanoine Lusseau.

René Rancœur fut actif encore, mais dans la discrétion, auprès des mouvements catholiques laïcs : la “ Cité catholique ” de Jean Ousset, puis l’ “ Office international des œuvres de formation civique et d’action doctrinale selon le droit naturel et chrétien ” qui lui fera suite.

René Rancœur, qui connaissait bien l’Italie, sa culture et sa langue, traduisit en français, avec Maurice Valuet et Nicolas Lancien, un ouvrage du cardinal Ottaviani, Il Baluardo. L’ouvrage, traduit sous le titre L’Eglise et la Cité (1963), fut composé sur les presses de l’Imprimerie polyglotte vaticane et diffusé en France par l’Office.

Membre, dès l’origine (1964), de l’association Una Voce, “ pour la sauvegarde du latin et du chant grégorien dans la liturgie catholique ”, René Rancœur est resté, indéfectiblement, un catholique de Tradition. La messe de ses funérailles sera célébrée, ce mardi 3 janvier, à 10 heures, en l’église Saint-Nicolas du Chardonnet.

La charité en acte

Je ne pourrais terminer cette rapide évocation sans exprimer une reconnaissance de dette. Dès mon premier livre – il y a vingt ans – René Rancœur, que je ne connaissais pas encore, avait été un juge bienveillant et pointilleux à la fois. Lorsque, plus tard, je préparais une biographie de Maurras – qui parut en 1991 – j’étais allé le voir. Les chroniques signées “ Georges Narcy ” m’avaient montré un érudit de l’histoire maurrassienne, sa rencontre me fit connaître un homme modeste, effacé, qui ne faisait pas étalage de son savoir mais qui savait guider utilement et conseiller.

Plus tard, quand je préparais une biographie de Paul VI, sa connaissance de l’histoire religieuse contemporaine me fut précieuse aussi. Il m’orienta vers des pistes que, sans lui, je n’aurais peut-être pas découvertes. Nous restâmes en relations. Il savait beaucoup de choses et fut un de ces hommes-relais qui, dans l’histoire intellectuelle, sont aussi importants, mais moins visibles, que les auteurs qui multiplient livres et articles.

En 1999, déjà très affaibli par la maladie qui ne devait l’emporter que six ans plus tard, “ ne pouvant plus travailler ” me dit-il, il dispersa sa bibliothèque. Il m’invita à venir choisir “ les livres qui pouvaient m’être utiles ”, dans le domaine de l’histoire religieuse et dans celui des études maurrassiennes. Même pour quelqu’un qui avait déjà beaucoup de livres, la bibliothèque de René Rancœur était d’une richesse exceptionnelle.

Au cours des différentes visites que je lui fis alors, c’est lui qui m’encourageait à prendre telle ou telle collection de livres, de revues, de dictionnaires, d’articles rassemblés en dossiers. Il me confia aussi des archives, des notes de travail, pensant que cela pourrait “ me servir ”.

Combien de fois depuis ai-je utilisé des instruments de travail, français, italiens ou espagnols, que je dois à René Rancœur ? À chaque fois, une pensée me ramenait à lui – et me ramènera à lui –, à sa méticulosité de bibliothécaire et de parfait bibliographe, à sa vraie humilité et à sa générosité en acte.

Deux livres d’Annie Laurent

Annie Laurent, spécialiste du Moyen-Orient, où elle a séjourné plusieurs années, a beaucoup réfléchi sur les rapports entre islam et christianisme. Elle a publié notamment un ouvrage collectif sur le sujet : Vivre avec l’Islam ? Réflexions chrétiennes sur la religion de Mahomet (éditions Saint-Paul, 1996). Elle a signé ces derniers mois deux livres importants qui méritent d’être lus :

• Sous le titre Dieu rêve d’unité. Les catholiques et les religions : les leçons du dialogue (Bayard, 216, 20 euros), elle publie un livre d’entretiens avec Mgr Fitzgerald .

Mgr Michael Fitzgerald est, depuis 2002, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Les entretiens qu’il a eus avec Annie Laurent permettent d’éclairer un champ d’action de l’Eglise qui, depuis le concile Vatican II, s’est beaucoup développé et a donné lieu aussi à de nombreuses critiques. Sous le feu serré des questions d’Annie Laurent, Mgr Fitzgerald apporte des éclaircissements et des mises au point qu’on ne trouve pas forcément dans les documents officiels. Ses réponses permettent aussi de mieux comprendre le sens de certaines initiatives du pontificat de Jean-Paul II (les rencontres d’Assise, par exemple).

Mgr Fitzgerald explique ainsi : “ le dialogue interreligieux ne peut viser l’unification des religions. Si l’on peut trouver, dans les diverses croyances, des points communs, ceux-ci ne sauraient suffire comme base pour une unité de foi. Le jugement appartient à Dieu, principe d’unité, qui réalisera l’unité religieuse de l’humanité selon son bon plaisir ” (p. 22).

Parfois Mgr Fitzgerald est trop rapide quand il s’agit d’expliquer certaines initiatives qui ont choqué des catholiques (par exemple, p. 85, quand il essaie d’expliquer pourquoi Jean-Paul II a baisé un exemplaire du Coran en mai 2000). En revanche, quand, plus loin (p. 124), il est interrogé sur le statut théologique de l’Islam, il expose comment le Coran ne s’inscrit pas dans “ la Révélation biblique ” et pourquoi l’Islam n’est pas “ une religion révélée ” comme le christianisme.

• Plus récemment, Annie Laurent a publié L’Europe malade de la Turquie (F.-X. de Guibert, 172 pages, 19 euros). À l’heure où la candidature de la Turquie à l’entrée dans l’Union européenne est à l’étude, le livre d’Annie Laurent s’ouvre par deux citations : l’une du futur Benoît XVI, en septembre 2004 (“ Historiquement et culturellement, la Turquie a peu de choses en commun avec l’Europe ”), l’autre de l’historien Jean-Paul Roux, spécialiste du monde turcophone (“ La Turquie n’est pas européenne. Mais elle s’est toujours voulue européenne ”).

Annie Laurent ne se contente pas d’apporter la démonstration du caractère non-européen de la Turquie, elle invite aussi à une longue plongée dans l’histoire turque, qui a été “ en contraste permanent avec l’Europe ” selon une autre formule du futur Benoît XVI.

La Turquie qui frappe aujourd’hui à la porte de l’Europe est un révélateur sur l’Europe elle-même. Jadis, au XIXe siècle, on disait de la Turquie – l’Empire ottoman – qu’elle était “ l’homme malade de l’Europe ”. Annie Laurent retourne la formule : c’est l’Europe qui est “ malade de la Turquie ”. Ceux qui acceptent de la faire entrer dans l’Union européenne sont ceux qui veulent édifier une Europe sans référence à ses racines chrétiennes. La “ question turque ” révèle une crise d’identité de l’Europe.


Par un courrier en date du 12 décembre 2005, Benoît XVI a bien voulu accorder à l’auteur de Diviniser l’humanité. Anthologie sur la communion fréquente (Editions la Nef, 2005) sa Bénédiction apostolique. Que cette mansuétude du Saint-Père accompagne toute notre année 2006.

dimanche 18 décembre 2005

[Aletheia n°85] Le dialogue entre la FSSPX et ROME : “sans illusion”

Aletheia n° 85 - 18 décembre 2005

Le dialogue entre la FSSPX et ROME : “sans illusion”

Dans les quatre mois qui se sont écoulés depuis la rencontre du 29 août dernier entre Mgr Fellay, Supérieur général de la FSSPX, et Benoît XVI, les autorités de la FSSPX comme certaines autorités romaines ont multiplié les déclarations publiques, non sans poursuivre le dialogue par des échanges de correspondance et des rencontres discrètes. Dans le flot des rumeurs, des bruits, des prises de position contradictoires et des projets point encore réalisés, on peut relever, me semble-t-il, quelques étapes saillantes. Cette chronologie se fonde sur les déclarations publiques des deux parties, et aussi sur des informations, italiennes et romaines, qui, pour certaines, n’ont pas encore transparu dans la presse française :

• On ne reviendra pas sur la rencontre du 29 août sur laquelle beaucoup a été dit. Sinon pour relever deux choses.

Le cardinal Castrillon Hoyos, Président de la Commission pontificale ”Ecclesia Dei” depuis 2000, qui assistait à l’audience du 29 août, reste le principal interlocuteur de la FSSPX depuis cette date.

L’insistance de Benoît XVI sur la nécessité d’une réception du concile Vatican II pour tous les catholiques a fortement impressionné la FSSPX. Ce qui a amené Mgr Fellay, quelque temps après l’audience, à écrire une lettre au Pape pour dire qu’ “ en conscience ” cette perspective l’effrayait.

• Différentes sources affirmaient qu’une “ libéralisation ”, au moins partielle, de la messe traditionnelle interviendrait à l’occasion du synode sur l’Eucharistie organisé en octobre. Les oppositions rencontrées par Benoît XVI au sein de la Curie lui ont fait renoncer, à ce moment-là, au décret prévu. Ces oppositions sont venues, notamment, du cardinal Arinze, Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, et de Mgr Sorrentino, secrétaire de la même Congrégation. Ils ont signé une note de sept pages qui a été remise au pape.

À cette opposition, interne si l’on peut dire, s’est ajoutée une intervention publique du cardinal Arinze. Le 7 octobre, au cours d’une conférence de presse et alors que le synode sur l’Eucharistie était en cours, il a affirmé que la question de la messe traditionnelle “ n’était pas une priorité pour le synode, et que personne n’en avait parlé ”.

On signalera, en y voyant plus qu’une coïncidence, que Mgr Sorrentino a été nommé, quelques semaines plus tard, évêque d’Assise et qu’un nouveau secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin vient d’être nommé : Mgr Ranijth, qualifié de conservateur, réputé favorable à une plus grande liberté pour la messe traditionnelle et en phase avec la perspective ratzinguérienne de “ réforme de la réforme ” (en avril 2004, Mgr Ranijth avait publié dans l’Osservatore romano un commentaire “ autorisé ” de l’instruction Redemptionis Sacramentum, déplorant les abus engendrés par la réforme liturgique et dénonçant l’ “ interprétation réductrice ” du sacrement de l’Eucharistie faite par certains).

• Le 13 novembre, dans une déclaration faite à chaîne de télévision Canal 5, le cardinal Castrillon Hoyos a affirmé à propos de la FSSPX :

“ Nous ne sommes pas face à une hérésie. On ne peut pas dire en termes corrects, exacts, précis qu’il y ait un schisme. C’est une attitude schismatique de consacrer des évêques sans mandat pontifical. Mais ils sont dans l’Eglise, il manque seulement une pleine, une plus parfaite – comme il a été dit lors de la rencontre avec Mgr Fellay – une plus pleine communion, parce que la communion existe déjà. ”

Cette déclaration a fortement et favorablement impressionné les autorités de la FSSPX. Est affirmée publiquement – même si ce n’est pas la déclaration solennelle que ces autorités attendent toujours – que la FSSPX n’est ni hérétique, ni schismatique, ni excommuniée.

• Cette déclaration a très certainement favorisé le déjeuner, discret, qui a réuni, début décembre, le cardinal Castrillon Hoyos et Mgr Fellay. La presse et les outils de communication internautiques français n’ont pas, à ma connaissance, rapporté cette rencontre. Elle a eu lieu dans la résidence du cardinal Castrillon Hoyos, Piazza della Citta Leonina. L’abbé Marc Nély, Supérieur du district italien de la FSSPX, accompagnait Mgr Fellay. Plus qu’un déjeuner de convivialité, il s’est agi d’une rencontre approfondie puisque, arrivés vers 11 heures à la résidence cardinalice, les deux clercs de la FSSPX en sont repartis après 16 heures.

Ils ont remis au cardinal Castrillon Hoyos un exemplaire de la traduction italienne de la biographie de Mgr Lefebvre par Mgr Tissier de Mallerais, traduction qui vient de paraître, et aussi un memorandum sur les objections faites par la FSSPX au concile Vatican II et aux réformes qui l’ont suivi.

• Le 11 décembre dernier, Mgr Fellay a fait, à Paris, une conférence intitulée : “ Le point sur nos relations avec Rome ”. Je ne peux qu’inviter mes lecteurs à en écouter l’enregistrement intégral qui est disponible sur le site officiel de la FSSPX en France (www.laportelatine.org). Le Supérieur général de la FSSPX expose longuement “ les principes qui nous guident dans nos relations avec Rome ”. Il reconnaît que, dans les discussions avec Rome, “ le grand point d’achoppement, ça sera le concile ”. Il porte, sur Benoît XVI, un jugement ainsi formulé : “ Une tête mal formée, par une philosophie moderne, libérale, parfois moderniste, et un cœur conservateur ”. Enfin, dans l’état actuel des discussions avec Rome, en considérant aussi les projets de décret et de réforme en préparation, il estime que, pour le moment, il y a “ plus d’espérance que de mécontentement, mais sans illusion ”.


Maurice Brillaud – Yves Chiron: L’abbé Emmanuel Barbier (1851-1925)

L’abbé Barbier a d’abord été un grand éducateur, directeur ou fondateur de plusieurs collèges jésuites qui ont fait la réputation de la Compagnie de Jésus. Puis, le “ grand exil ” des congrégations, consécutif à la loi de 1901, l’amène à quitter la Compagnie de Jésus et à demeurer simple prêtre, attaché à une paroisse parisienne.

C’est alors qu’il va devenir un des principaux combattants du libéralisme religieux et du modernisme, à travers une œuvre abondante (sur le Sillon, notamment) et une revue, la Critique du libéralisme.

Deux de ses livres sur le libéralisme de Léon XIII ont été mis à l’Index, en 1908, et pourtant saint Pie X, en 1912, lui accordera une bénédiction publique pour “ avoir très bien mérité de la cause catholique ”. Les cinq volumes de son Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France. Du concile du Vatican à l’avènement de S.S. Benoît XV (1870-1914) reste un ouvrage de référence par l’immense documentation fournie.

On trouvera d’abord dans ce volume l’édition des “ Souvenirs ” de Maurice Brillaud sur l’abbé Barbier.

Puis, Yves Chiron publie une biographie de l’abbé Barbier, la première parue à ce jour, fondée sur des sources d’archives inédites (archives diocésaines de Paris, Nancy et Poitiers et archives jésuites de Vanves). Elle est suivie d’une bibliographie exhaustive de l’œuvre de l’abbé Barbier.

Maurice Brillaud (1886-1950), romancier et mémorialiste, fut l’élève de l’abbé Barbier à Poitiers et resta en relations avec lui jusqu’à sa mort.

Yves Chiron, membre de la Société d’histoire religieuse de la France, spécialiste de l’histoire religieuse contemporaine, auteur de biographies de Pie IX (traduit en anglais, italien et espagnol), de saint Pie X (traduit en anglais), de Pie XI (traduit en italien) et de Paul VI.

ISBN 2-35005-011-4
Un volume de 175 pages – 16 euros
A commander (avec ses coordonnées: nom, prénom, adresse complète) à:
Association Nivoit 5, rue du Berry 36250 NIHERNE
Chèque à l'ordre de l'Association Nivoit.